Le Monde des Cigares Cubain

 

Le Havane… toute une histoire !

D’ailleurs, lorsqu’un cubain vous fait une explication compliquée et longue sur un sujet quelconque, on dit qu’il raconte « la historia del Tabaco » (l’histoire du cigare)… car en fait, c’est une des plus longues épopées de la culture cubaine. Christophe Colomb en fait déjà référence dans son journal de bord.

On devrait dire Habanos et non pas Havane, respectant ainsi son « appellation d’origine » comme Champagne ou Cognac. Ce produit, de luxe pour nous, si populaire pour les cubains, et aussi objet de frustration pour nombre d’amateurs, même s’ils ne se l’avoueront jamais. Car enfin, combien d’amateur de cigare savent ce qu’ils font en réalité ? A l’inverse des vins et de la bonne chair en France, il y a très peu de recul, de connaissance, d’expérience sur la dégustation des cigares. La revue L’Amateur de Cigare est une des références mondiales en la matière. Et c’est sur les bases de ses informations que nous tenterons au cours de quelques articles d’aider les amateurs en herbe à apprécier le cigare en donnant les premières indications. Après, il reviendra à chacun de tracer son chemin initiatique pour découvrir le monde magique des arômes du Habanos…

L'abécédaire Du Cigare

 

A B C D E F G H L M P S T V Y Z

·         Anilla (Bague)

 

Mot utilisé à Cuba pour désigner la bague du cigare (désignée en Espagne comme la vitola).

·         Aporque (Buttage)

Action qui consiste à tasser la terre autour du pied du plant de tabac pour favoriser la croissance de racines fortes.

 

·         Arome

Odeur dégagée par le cigare lorsqu’il brûle ou lorsqu’il est fumé. Le bouquet est le parfum de la cape et de l’extrémité du cigare lorsque celui-ci n’est pas encore allumé.

 

 

Batillon : déchets de tabac utilisés pour fabriquer la tripe des cigares bon marché.

 

 

Biddies : petit cigare originaire des Indes.

·         Bonche (Poupée)

Obtenue en enroulant les feuilles de tripe dans la sous-cape.

·         Boquilla (Pied)

Le pied du cigare, extrémité par où on l‘allume.

 

 

Bourrage : Obstruction dans le cigare dû à un roulage trop serré et rendant le tirage difficile.

·         Capa (Cape)

 

La feuille extérieure qui habille le cigare.

·         Capote (Sous-cape)

La sous-cape est choisie parmi les plus grandes feuilles de volado, qui poussent au pied du plant.

·         Casa de Tabaco (Maison du tabac)

 

La maison du tabac, construite près des plantations et où les feuilles sont mises à sécher.

·         Casa del Habano

La Casa del Habano est une franchise de la Corporación Habanos s.a à Cuba. Les Casas forment au niveau international un réseau de magasins spécialisés. En ce moment 135 de ces magasins existent dans environ 50 pays autour du monde. Dans le Casas, sont exclusivement vendus des produits de HABANOS S.A. Les Casas garantissent à l'Aficionado non seulement l'authenticité des produits, stocké dans de parfaites conditions, mais offrent, en outre, un assortiment complet de marques et de formats de Habanos. Les Casas achètent (sauf à Cuba, où Habanos approvisionne bien sûr directement les Casas) leurs produits chez l'importateur exclusif, respectif, de leur pays. 

·         Casquillo (Douille)

Le petit emporte-pièce cylindrique qu’utilise le torcedor pour la finition de la tête du Habano.

·         Catadores (Goûteurs)

Quotidiennement, ils testent les cigares produits par leur manufacture.

·         Cedros (Feuilles de cèdre)

Les feuilles de cèdre, utilisées pour envelopper individuellement certains Habanos ou pour séparer les rangées de cigares dans une boîte.

·         Cepo (Gabarit)

Le gabarit utilisé pour mesurer la longueur et le diamètre d’un cigare terminé. Également employé pour indiquer le diamètre du Habano.

·         Chaveta (Lame semi-circulaire)

La lame semi-circulaire coupante et sans manches qu’utilisent les torcedores.

·         Cigares grand public

Cigares peu onéreux fabriqués mécaniquement en grandes quantités.

·         Cigares haut de gamme

Cigares de grande qualité fabriqués toujours à la main avec des tabacs longs.

·         Cigares secs

Petits cigares n’ayant pas besoin d’humidification, ils sont fabriqués par les Suisses et les Hollandais.

·         Claro (Nuance claire)

Un terme qui qualifie la nuance la plus claire d’une cape.

·         Clear havana

 

Cigare fabriqué uniquement avec des tabacs de la Havane.

 

·         Coiffe

 

Pièce de tabac recouvrant la tête du cigare et que l’on coupe avant de le fumer.

·         Colorado (Nuance soutenue)

Terme pour qualifier une couleur plus soutenue de cape. On distinguera le colorado claro (marron clair) et le colorado maduro (marron foncé).

 

·         Corps

Partie centrale du cigare.

·         Cortaperillas (Coupe cigare)

Nom donné aux appareils utilisés pour couper la tête du cigare, l’extrémité que l’on porte en bouche.

 

·         Criollos

Cigares bruts fumés à Cuba.

·         Cuje (Perche)

Perche de bois sur laquelle sont placées les feuilles cousues par paires dans la Casa de Tabaco.

 

·         Culebras

 

Les Culebras, sont des cigares formés de trois cigares entortillés en une tresse.

·         Curación (Séchage)

Le processus de séchage que subissent les feuilles dans la Casa de Tabaco.

 

·         Demi-tasse

Petit cigare de 10 centimètres de long et de 11,91mm de diamètre env.

·         Desbotonar (Extirper le bourgeon supérieur)

 

Opération qui consiste à extirper le bourgeon supérieur de la plante pour permettre aux feuilles de croître plus vigoureusement.

·         Deshije (Extirper les bourgeons latéraux)

Action qui consiste à éliminer les bourgeons latéraux qui apparaissent après le desbotonado.

·         Despalilladoras (Ecoteuse)

Ce sont essentiellement des femmes qui écotent les feuilles de sous-cape et de tripe au centre d’écôtage ainsi que les feuilles de cape à la manufacture.

·         Despalillo (Ecôtage)

L’écôtage mais également le lieu où se réalise, pour les feuilles de tripe et de sous-cape, l’opération qui consiste à retirer la partie inférieure de la nervure centrale des feuilles avant la seconde fermentation. La nervure des feuille de cape est, elle, ôtée à la manufacture et dans sa totalité.

·         Diamètre

Le diamètre des Habanos est exprimé en 64ème d‘Inches (1 Inch = 25,4 mm). Par exemple un Mareva possède un diamètre de 42 ce qui équivaut à (42/64 x 25,4) = 16,67 mm de diamètre.

·         E.M.S English Market Selection

Cape de couleur brune.

·         Ensarte (Réunir les feuilles en lot)

Dans la Casa de Tabaco, l’action de réunir par un fil les feuilles par paires avant de les placer sur les cujes pour qu’elles subissent le traditionnel processus de séchage.

·         Escaparate (Lieu de repos pour les cigares fraichement roulés)

Le lieu de la manufacture où, une fois terminés, les cigares vont reposer – à une température allant de 16 à 18“C et à une humidité cariant de 65 à 70%. Ils récupèrent ainsi de l’éprouvant processus de fabrication qu’ils ont subi et perdent ainsi l’excédent d’humidité.

·         Escogida (Centre de sélection)

L’atelier où les feuilles sont classées en fonction du rôle qu’elles auront à jouer : cape, sous-cape ou tripe. Les feuilles y vivent leur première fermentation.

 

·         Fait à la main

Cigare dont la poupée et le robage sont faits uniquement à la main.

·         Fermentation

Procédé pendant lequel le tabac grâce à sa chaleur élimine la nicotine et d’autres composants, c’est à ce moment qu’il change de couleur et développe ses arômes.

·         Feuilles cultivées sous toile

Feuilles cultivées sous un voile protecteur de mousseline pour les protéger du soleil.

·         Figurado (Forme de cigare non cylindrique)

Un cigare non cylindrique, pointu à un bout. On parle de double figurado quand il est pointu aux deux bouts.

·         Fortaleza (Force/Puissance)

Littéralement la force. Fortaleza 1, 2, 3 et 4 correspondent, respectivement à Volado, Seco, Ligero et Medio Tiempo.

·         Galera (Galère)

La galère, ainsi est nommée, à Cuba, l’atelier où sont confectionnés les cigares à la main.

·         Gavilla (Gerbe de feuilles de cape)

La gerbe de feuilles de cape, liées à la hauteur de leur tige pour faciliter leur manutention.

·         Goma (Colle végétale)

La colle végétale sans saveur et inodore, généralement de la tragacanthe, utilisée par les torcedores pour la confection d’un Habano.

 

·         Guillotine

Coupe cigare dans lequel on insère le cigare dans un trou puis ce dernier est coupé par une lame.

·         Habanos (Cigare cubain)

Nom de l’appellation d’origine protégée que seuls les meilleurs cigares cubains peuvent revendiquer.

·         Habanos SA, Corporación

Société, ayant son siège à La Havane, qui a la charge de commercialiser les cigares cubains à travers le monde.

·         Habanos Specialist

A côté des Casas del Habano il y a en Suisse, depuis fin 2007, une nouvelle marque pour les magasins de tabac spécialisés, qui par leur assortiment, leur compétence et leur passion pour les Habanos, possèdent le titre "Habanos Specialist". Le porteur de ce concept est INTERTABAK SA, importateur officiel et exclusif de Habanos en Suisse.

·         Habilitaciónes (Habillage des boîtes)

Les images, riches en couleurs, utilisées par les marques pour décorer les boîtes traditionnelles de Habanos.

 

·         Humidificateur ou humidor

Boite hermétique avec un élément humidifiant servant à conserver les cigares.

·         Hygromètre

Appareil qui sert à mesurer l’humidité relative et qui peut être utilisé dans un humidificateur.

·         Ligador (Assembleur de tabacs)

Également appelé Maestro Ligador. Dans une manufacture, la personne responsable des assemblages de tabacs.

·         Ligero (Léger)

Une des trois classes (ou tiempos) de feuille de tripe. Même si ligero signifie léger, ce sont précisément ces feuilles (du sommet du plant) qui apportent la force au Habano. Elle est généralement de couleur foncée.

·         Maduro (Mature/Foncé)

Un terme qui désigne une couleur de cape très foncée.

·         Manojo (Bouquet)

Un bouquet constitué de quatre gerbes (gavillas) de feuilles.

 

·         Masse de fermentation

Entassement de feuilles de tabac séchage afin de provoquer la fermentation sans hausse de la température.

·         Maturation

Période pendant laquelle les cigares restent dans une chambre de maturation en bois de cèdre avec une humidité contrôlée pour permettre aux arômes des tabacs de se mélanger à l’intérieur du cigare.

·         Mecanizado (Fait machine)

Cigare fait machine.

·         Media Rueda (Demi-roue)

Littéralement : demie-roue. En réalité, un fagot de 50 cigares.

·         Moja (Humidité)

L’action de ré-humidifier les feuilles. Un processus auquel on a souvent recours lors de la confection d’un Habano.

·         Pacas (Balle de feuilles fait en jute)

Nom donné à l’emballage de toile de jute à l’intérieur duquel vieillissent les feuilles de tripe et de sous-cape.

·         Parejo (Forme cylindrique)

Cigare parfaitement cylindrique.

·         Perilla (Tête)

 

La tête du cigare. L’extrémité que le fumeur porte en bouche.

·         Pied

Partie du cigare qu’on allume.

·         Poupée

Lors de la fabrication du cigare, ensemble des feuilles formé par la tripe et la sous-cape, celle-ci est ensuite enveloppée dans la cape.

·         Puro

Terme espagnol signifiant pur et désignant des cigares dont la cape, la sous-cape et la tripe proviennent du même pays.

·         Roulé à la main

Cigare dont la cape a été mise à la main, mais dont la poupée a été faite mécaniquement.

·         Rouleur

Personne qualifiée chargé d’appliquer la cape sur le cigare

·         Seco (Sec)

La seconde des trois classes (tiempos) de feuille qui composent la tripe. Feuilles du milieu de plant, elles jouent un rôle très important dans le domaine des arômes.

 

·         Sous-cape

Feuilles de tabac qui enveloppent la tripe et la maintiennent. Cette sous-cape est recouverte par la cape.

·         Tabaco (Tabac)

Mot espagnol pour Tabac. À Cuba ce mot signifie aussi cigare.

·         Tabaco Negro Cubano (Tabac brun cubain)

Le tabac brun cubain, héritier des plants originels découverts par Christophe Colomb.

·         Tabacuba

La société qui administre tous les secteurs agricoles et industriels du tabac cubain.

·         Tabla (Planche de bois)

La planche de bois dur sur laquelle les torcedores roulent les cigares.

·         Tapado (Couvert)

Littéralement, signifie couvert. Le terme est utilisé pour désigner la méthode de culture du tabac sous voiles de mousseline pour les feuilles de capes.

·         Tercio (Balles de feuilles de capes faites en écorce de palmier royal)

Emballages faits de yagua (voir le mot) dans lesquels vieillissent les feuilles de cape.

 

·         Tête

 

Bout du cigare qui a été coupé et que l’on met dans la bouche.

·         Tiempos (Temps/Classes)

Voir Fortaleza. Désigne les différentes classes de feuilles qui entrent dans la composition de la tripe et don l’assemblage est nécessaire à la réalisation de la ligada de chaque Habano.

·         Torcedor(a) (Rouleur/Rouleuse)

Celui (ou celle) qui roule le cigare. Torcer, en espagnol signifie aussi bien rouler que tordre. Ce que naturellement, ne doit jamais faire un torcedor.

·         Totalmente a mano (Totalement fait main)

Entièrement fait à la main. Une expression créée à La Havane afin de bien distinguer les méthodes cubaines, pour réaliser les Habanos.

·         Tripa (Tripe)

La tripe, l’assemblage de deux ou trois classes différentes de feuilles qui forment le coeur du Habano et détermine l’essentiel de ses arômes et de son caractère.

·         Tripa Corta (Tripe courte)

Tripe courte, faite de feuilles de tabac „battu“, c’est-à-dire coupées ou tronçonnées (les Cubains parlent parfois de Picadura).

·         Tripa larga (Tripe longue)

Tripe longue, constituée de feuilles de tabac entières.

·         Vegas Finas de Primera (Plantations de première qualité)

Qualification décernée par l’Institut du tabac aux meilleures plantations situées dans des régions tabacoles de Cuba très précises. C’est uniquement dans ces régions que s’élève le tabac de qualité pour les Habanos.

·         Vitola (Vitole)

Un mot riche de nombreuses significations. À Cuba, il qualifie la taille et la forme d’un cigare. Vitola de galera : nom du module donné par la manufacture. Vitola de salida : appellation commerciale. Il peut aussi désigner un type d’emballage.

·         Volado (Volant)

Le troisième tiempo des feuilles de tripe. Désigne une feuille du bas du plant, légère en arômes et en puissance, mais qui joue un rôle important dans la bonne combustion du cigare.

·         Yagua (Écorce du palmier royal)

La partie molle de l’écorce du palmier royal, l’arbre national cubain, utilisé pour fabriquer les tercios dans lesquels vieillissent les feuilles de cape.

·         Zafado (Libération)

Opération, tout en délicatesse, qui consiste à retirer des tercios les bouquets de feuilles de capes et à les décompresser.

 

Histoire et origines du cigare

 

En 1492, quand Christophe Colomb débarque à Cuba, il remarque que les indigènes inspirent la fumée émanant de la combustion de plantes. A son retour sur le continent, il introduit le tabac en Occident et démarre ainsi la légende du cigare…

Chronologie du cigare

  • 1492 : Christophe Colomb découvre le tabac à Cuba et le rapporte en Europe.
  • 1676 : naissance du cigare à Séville.
  • 1762 : première manufacture de cigares aux USA
  • 1799: ouverture de la première manufacture à La Havane.
  • 1815 : Napoléon lance la fabrication de cigares en France.
  • 1817 : abolition du monopole royale d’Espagne à Cuba. Ouverture de centaines de manufacturiers.
  • 1825 : création du registre des marques de La Havane.
  • 1961 : embargo américain sur Cuba qui entraîne la création de nouveaux terroirs en Jamaïque, au Mexique, en Floride et à Saint Domingue.

Le nom : cigare

On ne sait pas exactement d’où vient le terme "cigare". Certains écrits du XVe siècle parlent de "tabaco" et "cohiba", mais c’est le terme maya "segar" qui entraîne vraisemblablement la terminologie d’origine espagnole : "cigarro".

Le terme : Havane

Une des histoires sur l’origine du terme "Havane", selon le spécialiste du tabac cubain Raynaldo Gonzales, remonte à 1799 sur un document officiel de la Junta de la Factoria de Tabacos.
Désormais Cuba a décidé qu’il fallait dire "habano" à la place de "havane" mais le terme originel est encore utilisé majoritairement par tous les amateurs de "puros".

 

 

Les Terroirs du cigare

Le Cigare est, comme le vin, est une affaire de mélange. Il est constitué par l’assemblage de deux ou, plus souvent, trois feuilles de tabac différentes assurant un subtil équilibre entre arômes, puissance et combustibilité. Cet assemblage est ensuite enveloppé dans un feuille de sous-cape pour donner la forme voulue, puis le tout est recouvert par dans une feuille de cape dont le but est essentiellement esthétique.

L’art de la fabrication d’un cigare est donc bien celui de trouver le meilleur assemblage (liga) pour aboutir à l’architecture de goût souhaitée. Depuis des générations les manufacturiers, hollandais, espagnols et américains principalement, ont donc cherché à disposer de la plus grande diversité de tabacs possible et ont, dans cette optique, testé et développé de multiples terroirs.

Des tabacs à cigares sont récoltés aux quatre coins du monde : Philippines, Canaries, Pérou, Paraguay, Venezuela, Mexique, mais la vraie qualité n’est pas encore au rendez-vous.
D’autres pays se sont spécialisés dans la culture de feuilles de cape : Equateur, Brésil, Indonésie (très belles capes Sumatra), Etats-Unis (fameuses capes Connecticut) et Cameroun.

Le niveau supérieur est occupé par des pays, tous autour de la mer des Caraïbes, qui produisent des cigares de bonne qualité, principalement depuis que la révolution cubaine de 1949 a obligé certains des meilleurs cigariers du pays à chercher de nouvelles terres et que l’embargo des Etats-Unis contre Cuba du 7 février 1962 a obligé les américains à acheter leurs cigares ailleurs.
Parmi ceux-ci on trouve le Honduras et le Nicaragua dont le développement en matière de cigares a longtemps été ralenti par une situation politique instable dans laquelle la guérilla sandiniste bloquait les initiatives dans les deux pays. Ortega parti, la production a connu une croissance spectaculaire, principalement centrée autour des vallées de Jalapa dans la région d’Esteli au Nicaragua et de Danli dans l’est du Honduras. Avec 100 millions de cigares faits main par an, ce dernier pays se situe aujourd’hui au troisième rang dans le monde.

Un classement au premier rang duquel on trouve – surprise – la République Dominicaine avec 170 millions de cigares faits main par an. C’est que la grande île voisine de Cuba a su tirer profit de l’embargo sur Cuba et de l’instabilité politique en Amérique centrale. Davidoff fournit l’élément déclencheur en 1991 en quittant Cuba avec fracas pour s’installer République Dominicaine et donner à cette dernière la crédibilité qui lui manquait. Les meilleures plantations, qui se trouvent dans les vallées du Cibao et de la Yaque au Nord-Ouest du pays. Elles fournissent d’excellentes feuilles de tripe dont la principale caractéristique est la légèreté, ce qui oblige les dominicains à importer à la fois des tabacs plus forts pour leurs mélanges et des feuilles de cape pour produire leurs cigares.

Même si Cuba n’est plus que le deuxième producteur mondial de cigares faits main avec environ 140 millions de puros par an, ceux-ci restent et de loin les meilleurs du monde. Les raisons en sont nombreuses. Bien sûr le travail des hommes a été, comme toujours, prépondérant : c’est à Cuba que des familles d’entrepreneurs ont inventé l’art de produire les cigares, que les processus de récolte, culture, maturation et fabrication ont été développés et que les ingénieurs agronomes élaborent en permanence des plans de tabac de plus en plus productifs et résistants. Mais tout cela n’aurait servi à rien si Cuba n’avait pas présenté des conditions naturelles (ensoleillement, humidité, pluviométrie, vents marins et composition des sols) constitutives de terroirs produisant un tabac dont la qualité a été jusqu’ici inégalée.

Cuba compte cinq terroirs de tabacs (Oriente, Remedios, Semi-Vuelta, Partido et Vuelta Abajo) dont seuls les deux derniers sont éligibles à produire des feuilles entrant dans la confection des « habanos » :

Semi-Vuelta (entre La Havane et la Vuelta Abajo) et Oriente (à l’est, comme son nom l’indique) sont exclusivement exploités pour la production de cigarettes. Remedios, au centre de l’île produit des cigares de qualité inférieure, destinés au marché intérieur.
A noter que depuis quelques années, les cubains ont décidé de donner un nouvel élan aux terroirs Oriente et surtout Remedios, sous l’appellation de « Vuelta Arriba » (voir carte ci-dessus). Ils y produisent des cigares identifiés « Habanos », mais de moindre qualité et à moindre coût. C’est par exemple le cas des marques José L. Piedra et Guantanamera, qui connaissent un succès commercial intéressant.

Partido, tout près de La Havane, est la terre des débuts du tabac à Cuba mais ne produit aujourd’hui quasiment plus que des feuilles de cape, plutôt claires d’ailleurs.

A l’extrême Ouest de l’île se trouve la prestigieuse Vuelta Abajo dont les terres rouges et sablonneuses se sont révélées dès le XVIIIème siècle d’une richesse absolument incomparable et où sont produites les meilleures feuilles de tabac, de tripe comme de cape. C’est le terroir mythique du cigare dans le monde, au cœur duquel se trouve la magique vallée de Vinales (ci-dessus), patrimoine de l’humanité.

 

 

Le long voyage du tabac

La feuille du tabac (Photo: Photocuba)

À Cuba, le tabac a suivi une destinée parsemée de hasard et de violence. Comme la canne à sucre, la culture du tabac est restée gravée dans l’identité de l’Île des Caraïbes.

Fernando Ortiz, célèbre ethnologue cubain, écrit dans son œuvre Contrapunteo cubano del tabaco y el azúcar : « le tabac et le sucre sont les personnages les plus importants dans la construction de l’histoire cubaine. » Il démontre ensuite comment la fièvre du sucre et la fumée du Havane ont pris part au développement du pays.

 

Le tabac existait à Cuba bien avant la conquête espagnole qui décima de nombreux cultivateurs et aborigènes. Bien que le sortilège des « Indiens » (comme l’appelait Christophe Colomb) ne soit pas parvenu à les protéger de la cruauté des colonisateurs,  cinq siècles plus tard, des centaines de milliers de touristes européens continuent à apprécier le « dieu Havane ». Ils ont même terminé par adorer cette divinité qu’ils ont longtemps crue maléfique à cause des invocations mystérieuses des prêtres tainos.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Veguero (Photo: Photocuba)

 

La rébellion qui permit au tabac de se développer

Le tabac est le symbole de l’Homme libre contrairement au sucre qui fit tomber de nombreux esclaves. Les aborigènes cubains, longtemps libres, se sont suicidés en masse lorsqu’ils se sont sentis oppressés par le joug espagnol. Quant aux agriculteurs, libres également, ils ont développé la culture du tabac pour en faire une des plus riches traditions cubaines.

Alors que personne ne pensait à la chute de l’empire espagnol dans ses colonies américaines, une série de révoltes paysannes mit en crise le gouvernement de la « toujours très fidèle » Île de Cuba. Entre 1717 et 1723, les vegueros (planteurs) de la région de La Havane se sont rebellés plusieurs fois contre la « régie du tabac » mise en place par Madrid et interdisant le libre commerce de cette plante.

Le soulèvement s’est terminé par une confrontation directe entre l’armée espagnole et les vegueros armés de leurs outils de travail. Un des agriculteurs a été tué et onze autres ont été faits prisonniers. Le gouverneur espagnol ordonna leur exécution et l’exposition de leur corps sur le chemin de Jesús del Monte, une des principales voies d’accès à la ville de San Cristóbal de La Habana.

 

La fin de la révolte marqua le début de l’exode des plantations de tabac vers l’ouest de l’Île dans les environs de Pinar del Rio. Depuis le XVIème siècle, quelques petites parcelles s’étaient maintenues dans cette région mais ce n’est qu’à partir du XIXème siècle que les plantations se sont étendues jusqu’à devenir la principale activité de la population résidant entre San Luis et San Juan y Martínez (zone plus connue sous le nom de Vueltabajo).

Plantation de tabac (Photo: Photocuba)

Le hasard et l’économie

Selon l’historien cubain Manuel Moreno Fraginals, auteur d’El Ingenio, la découverte des terres fertiles de Pinar del Rio résulterait du pur hasard. Un même processus s’est produit dans les plantations de canne à sucre au sud de La Havane. Les agriculteurs ont dû déplacer leurs autres plantations au-delà des cannaies.

Au XVIIIème siècle, Pinar del Rio était un territoire oublié où vivaient quelques milliers de personnes élevant du bétail. Le hasard a fait qu’ils ont rencontré les vegueros. La ville s’est considérablement développée également grâce au développement de l’industrie sucrière et à l’arrivée d’immigrants provenant des Îles Canaries pour travailler en famille dans les cultures de tabac.

La grande fertilité des terres de Vueltabajo a amené plusieurs Cubains à s’interroger sur ce phénomène. Certains y trouvaient des raisons rationnelles économiques alors que d’autres préféraient perpétuer le mythe de la région (on surnomme Cuba le pays du réel merveilleux).

Pinar del Rio a commencé à se peupler grâce aux agriculteurs. À l’Est de la province, on trouvait les plantations de café et de canne à sucre alors qu’à l’ouest était produit le tabac. À la fin du XIXème siècle, le nombre d’habitants approchait les 200 000 personnes.

En l’honneur du tabac et des bénéfices que ces cultures ont apportés à la zone, l’écu de Pinar del Rio compte un plant de tabac en fleur. De plus, l’emblème de la ville de San Juan y Martínez (épicentre de Vueltabajo) arbore une plantation en fleur accompagnée de la devise  « de mi tabaco el mundo entero proclama la fama »  (Le monde entier proclame la renommée de mon tabac).

La supériorité des feuilles récoltées sur les terres pinareñas n’est pas seulement célébrée par les Cubains (qui font le même éloge pour le rhum, le cacao ou le café produits sur l’Île !). Dans le Manuel du fumeur de havanes, signé par Zino Davidoff en 1967, la zone de Vueltabajo est reconnue comme « le berceau du meilleur tabac, du plus important Havane ».

Les régions tabacoles de Cuba

Un terroir unique

Le terroir cubain est exceptionnel. Mais, comme pour le vin, il n’explique pas tout. D’autres facteurs agissent de manière déterminante. Ils définissent les caractères sensoriels du havane et expliquent la fragrance exceptionnelle des feuilles de tabac de la Vuelta Abajo. « L’air, la terre, le complant », la fameuse définition d’Olivier de Serres, qui énumère les trois influences déterminant le vin, peut tout aussi bien s’appliquer au havane. La région de Pinar del Río jouit d’un climat à part dans les Caraïbes. Le sol et le sous-sol y sont particuliers. La sélection des plants de tabac a été effectuée de manière exceptionnelle. Reste un dernier facteur, tout aussi décisif : le savoir-faire des hommes.

 

 

Les régions productrices de tabac

Il y a quatre régions différentes pour la production du tabac cubain :

 

·      La Vuelta Abajo

Vuelta Abajo (ou Vueltabajo) est une région située dans la partie ouest de Cuba entre Pinar del Río, San Juan y Martinez et San Luis. Cette petite région produit un tabac excellent. Les conditions de pousse idéales sont le résultat d'une combinaison de facteurs. La sierra del Rosario protège les plants des grosses averses tandis que le sol rouge et sableux dans lequel poussent les plants de tabac est bien drainé et riche en azote.


La Vuelta Abajo. La plus célèbre et prestigieuse région tabacole de Cuba. C'est ici que poussent les tabacs les plus fins. Elle est aussi la région principale de production de tabacs pour les grandes marques que nous connaissons, faisant pousser tous les types de feuilles, de tripe et de cape. Et même ici, seulement un quart des fermes ont obtenu le statut de "Vega primera", condition ultime afin d'approvisionner les manufactures pour la confection de nos habanos préférés. L'influence du terroir est telle qu'ici, chaque "Vega" produit un tabac différent, typé et reconnaissable, comme un Volnay et un Pommard qui, bien qu'étant voisins, ont une personnalité toute différente. Pinar del Rio est la capitale administrative de la région. Elle se divise en sept districts : El Lano, Lomas, Remates, Guane, Mantua, Costa Sur et Costa Norte. C’est au sud de celle-ci que se trouvent les sols les plus appropriés à la culture du tabac. La plantation Vizcaino par exemple, qui est célèbre pour ses feuilles de cape.
La 
Vuelta Abajo : la seule région ou l'on cultive toutes les sortes de feuilles de tabac.

San Luis :

San Luis est une petite ville qui se situe à l'épicentre de la culture du tabac, la plus renommée pour la culture des feuilles de capes. C'est dans cette région que se trouve la mondialement célèbre "el corojo Vega" ainsi que "Chuchillas de Barbacoa", village où se trouve la Vega de la famille Robaina.

La Semi Vuelta :

 

La Semi Vuelta se situe dans la partie ouest de Cuba. Elle est principalement connue pour la production de tabac de tripe et de sous-cape. Seulement un pour cent de sa surface de culture dédiée au tabac est destinée à la production de cigares d'exportation. Son microclimat est très bien adapté à la production de graines. La plus grande partie de cette région étant utilisée à d'autres usages que la culture du tabac.

Zone de production surtout spécialisée dans les feuilles de tripe et de sous-cape, ainsi que la production des graines pour les semis.

 

·         Partido:

Cette zone agricole a été fondée au XVIIème siècle dans la province de la Havane. Elle est spécialisée dans la culture de feuilles de cape. La Havane, capitale de Cuba, est l'endroit qui compte le plus de manufactures. Elle a naturellement donné son nom aux "habanos" car c'est de son port que partent toutes les exportations.

·         La Vuelta Arriba :

La Vuelta Arriba est la nouvelle dénomination donnée au regroupement des deux régions que sont Remedios et  Oriente.

·         Region de Remedios :

 

Cette zone agricole a été fondée au XVIIème siècle dans la province de la Havane. Elle est spécialisée dans la culture de feuilles de cape. La Havane, capitale de Cuba, est l'endroit qui compte le plus de manufactures. Elle a naturellement donné son nom aux "habanos" car c'est de son port que partent toutes les exportations.

C'est la plus grande et la plus ancienne des régions productrices de 
tabac, les feuilles sont destinées essentiellement aux marques "Guantanamera" et "José L. Piedra".

·         Region Oriente :

Oriente, à la pointe est de l'île, est la région où Christophe Colomb accosta et qu'il découvrit les indiens fumant des "habanos". Le tabac pousse toujours dans cette région mais il est destiné à d'autres usages que la confection de cigares.

Le climat

 

La culture du tabac à Cuba s’effectue entre octobre et février, à un moment où les conditions météorologiques dans la partie ouest de l’île ne ressemblent à nulles autres. Tous les fronts froids en provenance du nord des États-Unis et du Canada qui quittent la côte américaine se heurtent en premier lieu à la Vuelta Abajo. La « fenêtre » météorologique dont il faut profiter est le moment intermédiaire entre l’hiver et l’été. La fraîcheur est capitale. Dans cette région, seule la Vuelta Abajo peut se prévaloir de telles conditions. La moyenne des températures les plus basses se situe entre 19,2 et 19,8 °C, les plus hautes entre 23,4 et 23,8 °C. À la station expérimentale de Pinar del Río, les ingénieurs agricoles ont même pu déterminer que l’époque optimale pour le repiquage des plants issus des semis se situe entre le 10 et le 20 novembre. Il n’existe nulle part sous ces latitudes des mois de décembre et de janvier aussi frais. Ces températures peuvent se maintenir jusqu’en février, qui est la période de la récolte. Le mois de décembre dans cette partie du tropique du Cancer a, en outre, l’avantage d’être le plus sec de l’année – entre 26 et 36,7 mm de précipitations. En même temps, l’insolation n’y est pas au maximum. Le climat est sans doute la vraie marque de la prédestination cubaine, c’est probablement le facteur qualificatif le plus décisif.

 

Le sol et le sous-sol

La culture du tabac ne s’accommode pas de tous les terrains. Les vegueros de la Vuelta Abajo ont eu tôt fait d’occuper les meilleures parcelles de la région de Pinar del Río. À l’origine, ils ont choisi des sols sablonneux contenant de l’argile mais en ayant toujours soin de sélectionner empiriquement les emplacements où la proportion d’argile était inférieure à 50 %. La granulométrie est un facteur déterminant. De ces grains et de ces particules dépend le pouvoir filtrant de la terre. De même, l’apport de 2 % de matières organiques est capital, même si cette opération est possible sur tous les types de sol. La différence est que dans tous les pays tropicaux, ces micro-organismes se dégradent en raison d’un ensoleillement trop intense ou de pluies trop violentes, alors qu’à la Vuelta Abajo, l’équilibre est idéal.

 

Les plants

Deux familles de plants fournissaient, traditionnellement, les feuilles des havanes : le criollo et le corojo. Le criollo, plus résistant, est planté en plein air et exposé au soleil. Le corojo, lui, pousse sous la protection des tapados, sortes de serres faites d’un voile blanc, très léger, qui atténue les effets du soleil. Les feuilles, ainsi protégées, sont plus fines. Mais le criollo comme le corojo, en dépit de leurs qualités gustatives, ont un défaut : leur vulnérabilité aux divers parasites du tabac – notamment le moho azul (mosaïque bleue du tabac, ou mildiou). Après un désastre économique en 1980 dû  au moho azul et qui a vu la quasi-totalité de la récolte disparaître, les chercheurs cubains ont mis au point, en 1994, deux variétés de criollo et de corojo : le habana 92 et le habana 2000. En 1999, ce sont les criollo 98 et criollo 99 qui ont vu le jour. Telles sont les quatre variétés aujourd’hui utilisées à Cuba.

 

Le choix des plants

 

Le choix du plant influe sur la qualité des feuilles. Il détermine la personnalité du cigare, la texture, les arômes et la structure. Cuba possède un patrimoine de plants de tabac considérable. Mais face à cette richesse, il a fallu procéder à une sélection. En 1937, la station expérimentale de San Juan y Martínez parvenait à isoler le criollo, souche améliorée de plants typiquement cubains, réunissant des propriétés organoleptiques exceptionnelles en même temps qu’une résistance aux maladies, aux parasites et aux accidents climatiques. À partir de ce criollo fut effectuée une sélection appelée corojo. Les variétés actuelles, habanera 2000, criollo 98 ou corojo 99, sont issues du criollo et du corojo originels.

Le savoir-faire

C’est le facteur le plus impalpable, le plus indéfinissable. Sans l’esprit inventif des vegueros, leur résistance aux contraintes physiques, la Vuelta Abajo n’existerait pas. C’est l’homme qui a identifié les particularités climatiques et révélé ce terroir exceptionnel. Ce fut un long et délicat travail d’adaptation. Depuis le XVIIIe siècle, cette tradition transmise par des géné­rations de vegueros a créé des habitudes, des automatismes ancrés dans le patrimoine culturel de la région. Consciente de cette exception, la révolution castriste n’a jamais voulu toucher dans le domaine du tabac à la propriété individuelle. Les vegueros sont restés propriétaires de leurs parcelles. Dernièrement, ils ont même pu, dans des limites fixées par la loi, agrandir leurs vegas.

Une année de culture

La culture du tabac exige des soins permanents. Tout commence avec la préparation de la terre, au plus chaud de l’été cubain, en juillet-août. Les labours se font encore à l’ancienne, avec charrue tractée par des bœufs. On sème en septembre, on repique les plants naissants à la mi-novembre. La croissance des pieds doit être très surveillée. Le veguero, dit-on, vérifie cent cinquante fois chaque pied de tabac… La récolte, à partir de janvier, se fait entièrement à la main et, pratiquement, feuille par feuille.

Le champ

 

La préparation du champ est fondamentale. Elle requiert de gros efforts physiques et de la persévérance. Primo, le défrichage est un passage obligé. Secundo, pour que les plants de tabac poussent sans encombre et donnent de belles et solides feuilles aromatiques, ils ont besoin d’un sol humifère riche entre autres en humus, profond (les racines sont longues et puisent les sels minéraux en profondeur), bien drainé (de l’eau en abondance est dangereuse pour le tabac, car celui-ci pourrit), frais et aéré. Pour satisfaire ces deux dernières exigences, le labourage du terrain est opéré à plusieurs reprises en veillant d’une part à obtenir un sol affichant un aspect précis (généralement, le cultivateur cherche à constituer des billons même s’il lui est possible de planter à plat) et d’autre part à respecter une profondeur bien déterminée. Encore aujourd’hui, les vegueros optent pour des animaux de trait lorsqu’ils labourent le futur champ de tabac.

Quand 18 à 20 jours sont écoulés à partir de la date des transplantations, l’agriculteur travaille de nouveau le sol. S’il a opté pour une plantation à plat, il procède à un buttage c’est-à-dire qu’il agglomère la terre située aux pieds des plantes. S’il a préféré les billons, il les reforme, car souvent, à ce stade, ils ont commencé à s’affaisser sous l’effet notamment de la pluie. Dans les deux cas, les racines vont gagnent en vigueur.

L’agriculteur procède à l’élimination du bourgeon situé tout au sommet de la plante une fois que celle-ci a atteint une hauteur prédéfinie. En l’absence de ce bourgeon, il se contente de couper le haut de la tige. Cette opération présente l’avantage d’orienter la croissance de la plante vers le développement des feuilles afin que celles-ci s’épaississent, foncent davantage et deviennent plus larges. Mais elle a malheureusement un inconvénient, à savoir, la multiplication des pousses latérales. Lorsque ces dernières atteignent 10, voire 15 cm, il est nécessaire de les supprimer.

Les semis

Traditionnellement, les graines sont plantées dans des pépinières protégées par un toit de paille ou de feuilles de palmier. Une pépinière consiste à surélever des bandes de terre rectangulaires afin de créer ce que l’on appelle des planches. Ces dernières sont labourées, désinfectées, travaillées au râteau, mélangées à du fumier ou de l’engrais complet ou du compost avant d’être finalement aptes à recevoir les graines de tabac.

À l’heure actuelle, la technique du semis flottant reçoit l’adhésion d’un grand nombre d’agriculteurs. Elle consiste à utiliser des plateaux alvéolés en polystyrène. Ils sont disposés dans des bacs remplis d’eau pauvre en nitrate et dans laquelle on a versé de l’engrais complet soluble dédié à l’horticulture. Pour information, l’engrais complet contient de l’azote, du phosphore et du potassium. Les bacs sont gainés dans des bâches en plastique afin de les étanchéifier. Chacune des alvéoles des plateaux reçoit un substrat (terre) spécial où une graine est semée.

Après 45 jours, les graines sont devenues des plants arborant une hauteur de 13 à 15 cm. Il est alors temps de planter ces semis dans le champ pour que leur croissance se fasse en pleine terre.

Les semis doivent être effectués sur terrain plat, afin que le ruissellement n'emporte pas les graines, recouvertes de paille ou de tissu pour les protéger du soleil (cette protection est retirée au cours de la germination).

 

Le repiquage

Au bout d'un mois environ (pendant lequel elles sont traitées avec des pesticides), dans la deuxième moitié d'octobre le plus souvent, les pousses sont repiquées dans les champs de tabac.
Elles bénéficient de l'arrosage des pluies et de la rosée, mais aussi d'une irrigation artificielle au sol. Le tabac est une plante hivernale : d'Octobre à Janvier les planteurs (vegueros) procèdent au repiquage des semis, ils atteindront la taille idéale au bout de 45 jours.

Corona, tapados

On distingue trois parties sur un plant de tabac le sommet (corona), le milieu et le bas. Lorsque les feuilles commencent à se développer, les bourgeons apparaissent, qui doivent être retirés à la main pour qu'ils ne nuisent pas au développement de la plante. Les plants destinés à la production des capes des meilleurs cigares (essentielles à leur qualité) poussent sous un voile protecteur de mousseline (tapados), porté sur des piquets, qui leur évite de devenir trop huileuses en réaction à l'agression solaire. La pose de ces voiles de mousseline est réalisée par des hommes juchés sur des échasses.

 

Différence entre culture en sous-serre et culture en plein air

La culture en sous-serre (tabaco tapado) concerne le tabac dont les feuilles sont destinées à servir de cape aux cigares. Entre 10 et 20 jours dans la période de pousse, les plantations sont mises à l’abri sous une toiture en mousseline. L’objectif est d’atténuer l’intensité de la lumière du soleil qui parvient sur les feuilles. Dans le même temps, la chaleur diffusée par le soleil reste piégée sous la serre. Pour aller encore plus loin dans le dispositif, chaque plante est recouverte de mousseline. Quant à l’irrigation, elle est minutieusement contrôlée : la plantation est irriguée à des moments bien définis et la quantité d’eau qui y est déversée est rationnée.

La méthode de culture en plein air (tabaco de sol) est utilisée pour les variétés de tabac dont les feuilles servent à la confection de la tripe du cigare et la sous-cape. Cette fois-ci, la plante est exposée aux caprices de la météo, mais surtout, elle est soumise à la toute-puissance des rayons du soleil cubain, réputés pour être forts. Il en résulte des feuilles riches en variété d’arômes lesquels se répandent avec une forte intensité.

 

Le calendrier du veguero

Le veguero est le nom donné au propriétaire d’une ou de plusieurs plantations de tabac. On peut traduire ce terme par paysan ou agriculteur en fonction des superficies exploitées. Son activité n’est pas de tout repos. Si le veguero possède plusieurs champs, il les cultive en alternance afin de répartir la charge de travail sur plusieurs saisons. Travailler ces plantations simultanément représente en effet une tâche trop lourde, ce qui est susceptible d’être à l’origine d’une baisse de la qualité de la production.

Le planning

Le calendrier de la culture de tabac débute en juin sous l’accablante chaleur estivale de l’île. Il s’étale sur 9 mois durant lesquels les cultivateurs ne connaissent aucun répit. Dans le cas des plantes poussant en sous-serre, il se passe environ 19 semaines entre le moment où les graines sont semées et la fin de la récolte des feuilles. Cette durée est réduite à 16 semaines pour les plantations en plein air. Globalement, une année de culture peut être divisée en 5 périodes. De juin à août, le veguero et son équipe préparent la terre des champs. Entre septembre et octobre, les graines de tabac sont cultivées en semis. En novembre, on obtient des plants qui sont repiqués dans les champs préalablement préparés. À partir de décembre, c’est donc en pleine terre que les plantes poursuivent leur croissance. La période de pousse s’achève en février. Les récoltes ont lieu en mars.

 

Le calendrier de la culture

Le calendrier de la culture.

De juin à fin août

C'est la préparation des champs, au plus chaud de l'été cubain, quand la terre est gorgée d'eau par la saison des pluies commencée en mai.

De septembre à fin novembre

C'est la croissance des semis, on sème en septembre et on repique les plants naissants mi-novembre. C'est aussi à partir de mi-octobre la croissance des plantes qui s'achèvent fin décembre.

De décembre à mi-mars

C'est la période des récoltes, qui se fait entièrement à la main, feuille par feuille, ainsi que le séchage jusqu'à mi-avril.

Les méthodes de culture

Il y a deux méthodes différentes de culture en fonction de la destination :

Tabac tapado

Il s'agit là de la méthode de culture des feuilles qui vont être destinées à la cape du cigare, les plants de tabacs sont cultivés sous des serres de fine mousseline blanche (tapado) qui va protéger les feuilles de la rudesse du soleil cubain. Par cette méthode la chaleur est retenue sous la mousseline et la lumière filtrée, ce qui permet à la feuille de devenir plus longue et plus fine, afin d'offrir une riche palette de taille pour le torcedor.

Tabac de sol

C'est la méthode normale de culture des plants de tabac, ils ne sont pas protégés des rayons du soleil, le soleil joue un rôle dans la maturation des feuilles qui en fonction de leur exposition seront choisies pour donner un goût particulier au habano.

 

La Récolte du Tabac

Le début des récoltes a lieu 40 jours après le repiquage. C’est une étape particulièrement laborieuse dans la mesure où elle est mise en œuvre entièrement à la main. Du coup, on ne peut cueillir que 2 à 3 feuilles en même temps. De plus, les récoltes ne se font pas d’un trait : on distingue en général 4 vagues dans le cas des Tabaco del sol. La première récolte concerne les feuilles de la base appelées Mañanita. Elles sont trop petites pour entrer dans la composition d’un cigare cubain et de ce fait, elles sont affectées à la fabrication des mini-cigares cubains. Au bout de 7 jours, on s’occupe des feuilles Libre de pie situées légèrement au-dessus de la base. Les feuilles du milieu, désignées par l’expression Uno y medio, sont prélevées 3 jours après. Enfin, on attend de nouveau que s’écoulent 3 jours pour recueillir les feuilles du sommet (les Corona). À elle seule, une plante de tabac peut mobiliser jusqu’à 30 jours pour que ses feuilles soient toutes cueillies. Grâce à ce procédé, les agriculteurs sont sûrs que toutes les feuilles ont fait leur apparition sur chaque plante lorsque la récolte arrive à son terme. On notera pour finir que les plantes de tabacs cultivées en sous-serre sont les plus hautes et les plus feuillues. Le temps de récolte dure donc plus longtemps puisqu’on compte jusqu’à 9 vagues.

La récolte

La récolte est un travail qui débute environ quarante jours après le repiquage, c'est un travail fastidieux, car la récolte se fait feuille par feuille à la main et par étapes, un plant de tabac met trente jours à être entièrement récolté. La récolte se fait en commençant par le bas et en laissant s'écouler quelques jours avant la récolte des feuilles suivantes, ceci leur permet de continuer de poursuivre leur croissance dans des meilleures conditions.

La récolte des Tabaco de sol

·         Première récolte : Ce sont les feuilles tout en bas du plant, les Mañanita qui sont récoltées.

Sept jours plus tard,

·         Deuxième récolte : Ce sont les feuilles dites Libre de pie.

Trois jours plus tard,

·         Troisième récolte : Ce sont les Uno y medio (les feuilles du milieu de la plante)

Trois jours plus tard,

·         Quatrième récolte : Les Centro fino (feuilles médianes plus fines)

Trois jours plus tard,

·         Cinquième récolte : Les Centro gordo, qui sont des feuilles fines, mais de taille supérieure.

Trois jours plus tard,

·         Sixième récolte : Les feuilles du sommet du plant, les Corona, beaucoup plus exposées au soleil elles sont les plus fortes et les plus sombres.

La récolte des Tabaco tapado

·         Première récolte : Ce sont les feuilles tout en bas du plant, les Mañanita qui sont récoltées.

Sept jours plus tard,

·         Deuxième récolte : Ce sont les feuilles dites Libre de pie.

Trois jours plus tard,

·         Troisième récolte : Ce sont les Uno y medio qui sont ici beaucoup plus proches du sol que dans les plants de tabaco de sol.

Trois jours plus tard,

·         Quatrième récolte : Les Primer centro ligero.

Trois jours plus tard,

·         Cinquième récolte : Les Segundo centro ligero, ce sont des feuilles de la même catégorie que les primer centro ligero, elles sont plus mature et plus forte et servent à diversifier la tripe.

Trois jours plus tard,

·         Sixième récolte : Ce sont les Primer centro fino qui sont récoltées.

Trois jours plus tard,

·         Septième récolte : Vient le tour des Segundo centro fino.

Trois jours plus tard,

·         Huitième récolte : Les Centro gordo, qui sont des feuilles fines mais de taille supérieure.

Trois jours plus tard,

·         Neuvième et dernière récolte : Les feuilles du sommet du plant, les Corona, beaucoup plus exposées au soleil elles sont les plus sombres, qui donneront les plus belles capes.

 

Les capes poussées sous abri sont classées par couleur ligero (clair), viso (luisant), amarillo (jaune), medio tiempo (moyen) et quebrado (brisé). Celles qui ont poussé au soleil sont réparties en volado, seco, ligero et medio tiempo. 

Les feuilles ligero sommitales ont un parfum très puissant, les seco données par la partie médiane sont plus légères et les volado de la partie inférieure sont utilisées pour faire du volume et améliore la combustion.

 

Tout l'art du cigare réside dans le mélange de ces qualités en des proportions qui donneront des goûts plus ou moins puissants tout en assurant une bonne combustion.

On classe aussi les feuilles par taille et par aspect : les feuilles malades ou abîmées servent aux cigarettes ou aux cigares de fabrication mécanisée. Un plant peut donner jusqu'à trente-deux capes dont la qualité est essentielle tant pour l'aspect du cigare que pour son goût. On emporte ensuite les paquets de feuilles dans les séchoirs de la plantation, orientés est-ouest pour que le soleil donne d'un côté le matin et de l'autre le soir. Température et humidité sont contrôlées en permanence, au besoin en ouvrant les portes (qui sont ordinairement tenues fermées) pour suivre les variations de la température ou des précipitations.
Les feuilles sont alors montées sur des perches, ou cujes, à l'aide de fil et d'aiguilles. Les perches, dont chacune soutient une centaine de feuilles, sont hissées à l'horizontale pour permettre à l'air de circuler en bas de la grange.

Le séchage

 

Le séchage est réalisé dans des hangars appelés casas del tabaco. Traditionnellement, il s’agissait de maisons de bois au toit de palmes. Les cyclones qui balayent presque chaque année la Vuelta Abajo en ont détruit la quasi-totalité mais elles sont reconstruites chaque année, en bois ou en résine ondulée de couleur marron foncé. Un certain nombre sont équipées d’un système de chauffage accélérant le séchage des feuilles. Les antiques casas et leur toit de palmes sont ainsi en passe de devenir des pièces de musée destinées aux touristes. En revanche, le processus n’a guère changé. Les feuilles, cousues par paires, sont pendues sur des perches (cinquante paires par perche), elles-mêmes suspendues. Les plus fraîchement cueillies sont accrochées au ras du sol. Elles gagneront les étages supérieurs au fur et à mesure de leur maturation. 

Les feuilles sèchent alors en 45 à 60 jours, selon le temps. La chlorophylle se transforme en carotène et vire du vert au brun. On redescend ensuite les perches avant de couper les fils et d'entreposer les feuilles en les regroupant par type. Ces paquets vont ensuite dans des caisses de bois jusqu'à l'escogida, ou atelier de tri. Les feuilles sont séparées puis humidifiées et aérées avant d’être aplaties et ficelées en paquets de cinquante.

Les fermentations

 

Une cinquantaine de jours plus tard a lieu la première fermentation des feuilles, sous surveillance, afin que leur température ne dépasse jamais 35 °C. Empilées, les feuilles exsudent leur excès de résine. Puis elles sont mouillées, avant de passer dans les mains des regazadoras qui les écotent – opération consistant à ôter la nervure médiane de la feuille (les feuilles de cape ne la subissent qu’à leur arrivée dans la fabrique) – et les classent en fonction de leur taille, de leur teinte et de leur texture.

Triées, classées, les feuilles sont rassemblées en ballots. Puis elles connaissent leur seconde fermentation (celles qui sont utilisées pour la fabrication des Cohiba en subiront une troisième à la manufacture même et en tonneau), qui affine saveurs et arômes et élimine les dernières impuretés, notamment les produits nitrés. Lors de cette seconde fermentation, qui dure jusqu’à soixante jours, la température ne doit pas dépasser 42 °C. Après une phase de repos sur clayettes, les feuilles, enveloppées dans un emballage en toile ou, plus rarement aujourd’hui, en écorce de palmier royal, sont mises en balles. Elles vieilliront ainsi, de six mois (feuilles de cape) à deux ans (ligero), ou plus, avant de prendre le chemin de la manufacture.

 

C’est durant cette période que les directeurs des fabriques, accompagnés de leur chef de liga (véritables maîtres de chai du cigare), viennent faire leur marché. 

En fonction de leurs besoins et de la qualité des récoltes, les responsables sélectionnent les diverses qualités de ligero, seco, volado nécessaires à la réalisation de chacune de leurs vitoles. Car toutes les feuilles de ligero, par exemple, ne présentent pas les mêmes qualités. Et c’est tout l’art du chef de liga que de savoir quelle qualité de ligero conviendra pour que telle vitole offre, d’une année sur l’autre, les mêmes caractéristiques.

 

Cape, sous-cape ou tripe

Cette opération est parfois répétée plusieurs fois. Les feuilles sont alors triées (selon la tradition, par des femmes) en fonction de leur destination : cape, sous-cape ou tripe. Ce tri peut comporter une cinquantaine de catégories différentes, selon la couleur, la taille et la qualité. Puis vient l'écôtage, opération pratiquée dans le despalillo qui consiste, une fois les feuilles cassées écartées, à retirer la nervure centrale des feuilles avant de les aplatir. Les feuilles de cape seront écotées plus tard, à la manufacture.

 

Ligero, seco et volado

Les feuilles sont ensuite humidifiées et couvertes d'une toile sous laquelle elles vont connaître une nouvelle fermentation (60 jours pour les ligero 45 pour les seco et volado, 35 à 40 jours pour les capes, à une température légèrement plus basse) avant de subir un dernier tri.
La fermentation permet d'uniformiser un peu les arômes du tabac mais diminue surtout sa teneur en acidité, goudrons et nicotine, rehaussant ainsi son goût. Les feuilles peuvent alors être acheminées vers les manufactures ou les entrepôts, dans des ballots d'écorce de palmier, nommés tercios, qui préservent leur teneur en humidité pendant une période de maturation pouvant atteindre deux ans.
Ces opérations de sélection et fermentation, essentielles à la réussite d'un bon cigare doivent être l'objet des plus grands soins.