De nombreux Américains considèrent la Corée du Nord et ses dirigeants comme des « dingues », mais l’histoire qui sous-tend la crise contemporaine révèle une réalité plus complexe qui pourrait modifier ces impressions simplistes, comme l’explique l’historien William R. Polk.

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Les États-Unis et la Corée du Nord sont à deux pas d’une guerre qui, si elle commençait, se terminerait presque certainement en un échange nucléaire. C’est un jugement exprimé par les observateurs les plus compétents. Ils diffèrent sur les causes de cette confrontation et sur sa taille, la portée et l’impact des armes qui seraient tirées, mais personne ne peut douter que même un échange nucléaire « limité »ait des effets horribles sur une grande partie du monde, dont l’Amérique du Nord.

 

Alors, comment en est-on arrivé là, que faisons-nous ou que pourrions-nous faire pour éviter ce que seraient presque certainement les conséquences désastreuses d’une guerre nucléaire, même « limitée » ?

Une fille coréenne porte son frère sur le dos, passant devantr un char M-26 bloqué, à Haengju, en Corée., Le 9 juin 1951. (photo militaire américaine)

Les médias sont remplis de compte-rendu des dernières déclarations et événements, mais, de par mon expérience personnelle du plus récent cas de catastrophe nucléaire, la crise des missiles cubains, et l’étude de nombreux autres « moments de tension », j’ai appris que ne pas bien comprendre le fond et la séquence des événements rend incapable de comprendre le présent et est donc susceptible d’entrainer des actions contre productives. Avec cet avertissement à l’esprit, je raconterai dans la partie 1 comment nous et les Coréens en sommes arrivés là. Ensuite, dans la partie 2, j’aborderai la façon dont nous pourrions partir en guerre, ce que cela signifie et ce que nous pouvons faire pour rester en vie.

Tout au long de la majeure partie de son histoire, la Corée a considéré la Chine comme son professeur. Elle a emprunté au confucianisme chinois ses concepts de droit, ses canons d’art et sa méthode d’écriture. Pour cela, les Coréens rendaient généralement hommage à l’empereur chinois.

Avec le Japon, les relations étaient différentes. Armé d’une arme de destruction massive, le mousquet, le Japon a envahi la Corée en 1592 et l’a occupée avec plus d’un quart de million de soldats. Les Coréens, armés uniquement d’arcs et de flèches, ont été battus et soumis. Mais, en raison d’événements au Japon, et en particulier de la décision d’abandonner l’arme à feu, les Japonais se sont retirés moins d’une décennie plus tard et ont totalement quitté la Corée.

Nominalement unifiée en un seul royaume, la société coréenne était déjà partagée entre les Puk-in ou « peuple du nord » et les Nam-in ou « peuple du sud ». L’importance pratique de cette division politique n’est pas bien connue, mais elle a apparemment joué un rôle contre les tentatives de réforme et dans le maintien du pays isolé des influences extérieures. Cela a affaibli le pays et facilité la seconde intrusion des Japonais. À la recherche de minerai de fer pour leur industrie naissante, ils ont « ouvert » le pays en 1876. Sur les traces japonaises sont venus les Américains pour établir des relations diplomatiques avec la cour coréenne en 1882.

Les missionnaires américains, dont la plupart étaient aussi marchands, ont suivi le mouvement. Le christianisme arrivait souvent sous couvert de commerce. Les marchands missionnaires vivaient à l’écart des Coréens, dans des villes séparées, à l’américaine, tout comme les Britanniques le faisait en Inde au début du siècle. Ils rencontraient rarement les indigènes sauf pour le commerce. Contrairement à leurs homologues du Moyen-Orient, les Américains n’étaient pas connus pour leurs « bonnes œuvres ». Ils consacraient plus de temps à vendre des biens qu’à enseigner l’anglais, à réparer des corps ou à faire du prosélytisme ; et comme les Coréens admiraient leurs marchandises, peu se sont adaptés aux manières confucéennes.

La protection chinoise

 

C’est vers la Chine, plutôt que vers l’Amérique, que les Coréens se sont tournés pour demander protection contre le « soleil levant »japonais. Au fur et à mesure qu’ils devenaient plus puissants et commencèrent leur poussée extérieure, les Japonais ont décidé de mettre fin à la relation entre la Corée et la Chine. En 1894, les Japonais ont envahi la Corée, ont capturé son roi et ont installé un gouvernement « amical ». Puis, comme une sorte de sous-produit de leur guerre de 1904-1905 contre la Russie, les Japonais en ont pris le contrôle et, conformément aux politiques de tous les gouvernements occidentaux, ils ont porté le « fardeau du Blanc » [Apporter la « civilisation » au reste du monde, NdT]. Les politiciens et les hommes d’État américains, dirigés par Theodore Roosevelt, trouvaient à la fois inévitable et bénéfique que le Japon ait transformé la Corée en une colonie. Pendant les 35 années suivantes, les Japonais ont dirigé la Corée tout comme les Britanniques ont dirigé l’Inde et les Français l’Algérie.

Une carte de la péninsule coréenne montrant le 38ème parallèle où la DMZ, créée en 1953. (Wikipedia)

Si les Japonais étaient brutaux, comme ils l’étaient certainement, et qu’ils exploitaient aussi certainement, ils étaient comme les autres puissances coloniales. Et, comme d’autres peuples coloniaux, alors qu’ils devenaient peu à peu politiquement éveillés, les Coréens commencèrent à réagir. Au fil du temps, ils ont vu les intrus japonais non pas comme les porteurs du « fardeau de l’homme blanc » mais comme étant eux-mêmes le fardeau. Certains Coréens ont réagi en fuyant.

Le plus connu parmi eux était Syngman Rhee. Converti au christianisme par les missionnaires américains, il est parti en Occident. Après une tortueuse carrière en exil, les autorités militaires américaines l’ont autorisé, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à devenir le premier président de la Corée (du Sud).

Mais la plupart de ceux qui ont fui les Japonais avaient trouvé asile en Mandchourie, sous influence russe. Le plus connu de ces exilés « orientaux », Kim Il-sung, est devenu un résistant anti japonais et a rejoint le Parti communiste. En même temps que Syngman Rhee est arrivé dans le sud contrôlé par les États-Unis, Kim Il-sung est devenu le chef du Nord, soutenu par les Soviétiques. Là, il a fondé la « dynastie » dominante dont son petit-fils, Kim Jong-un, est le dirigeant actuel.

Au cours des 35 années d’occupation japonaise, personne en Occident n’a accordé beaucoup d’attention à Syngman Rhee ou à ses espoirs pour l’avenir de la Corée, alors que le gouvernement soviétique était plus attentif à Kim Il-sung. Car si la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis n’avaient aucun rôle actif, l’Union Soviétique proche et sa longue frontière avec un territoire coréen détenu par le Japon a elle dû s’en préoccuper.

Ce ne fut pas tellement par stratégie ou par la perception d’un danger qu’a évolué la politique occidentale (avec le consentement soviétique). Conduite en partie par sentimentalisme, l’Amérique a forcé un changement dans le style de relations avec les colonies à travers le monde pendant la Seconde Guerre Mondiale et, entraînées par la nécessité d’apaiser l’Amérique, la Grande-Bretagne et la France l’ont accepté. C’est la guerre, plutôt que tout plan préconçu, qui a entrainé la Corée dans le groupe très dispersé et mal défini des « nations émergentes ».

En tant qu’héritier des rêves de Woodrow Wilson, Franklin Roosevelt a proclamé que les peuples coloniaux méritaient d’être libres. La Corée devait donc bénéficier de la grande libération de la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, le 1er décembre 1943, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine (alors nationaliste) ont convenu lors de la Conférence du Caire d’appliquer les mots révolutionnaires de la Charte de l’Atlantique de 1941 : « Conscients de l’asservissement du peuple coréen », Roosevelt et un Churchill réticent ont proclamé « leur détermination à ce que, en temps voulu, la Corée devienne libre et indépendante ».

Lors de la conférence de San Francisco, en avril-juin 1945, quand les Nations Unies ont été fondées, la Corée a peu attiré l’attention, mais un vague arrangement était envisagé dans lequel la Corée serait soumise à une tutelle de quatre pouvoirs (américain, britannique, chinois et soviétique). Cette politique a ensuite été confirmée lors de la conférence de Potsdam, le 26 juillet 1945, et a été acceptée par l’Union Soviétique, le 8 août, quand elle a déclaré la guerre au Japon. Deux jours plus tard, les troupes russes se sont dispersées dans la région nord de la Corée. Ce n’est que près d’un mois plus tard, le 8 septembre, que les premiers contingents de l’armée américaine sont arrivés.

Les conséquences de la guerre

Jusque-là, la plupart des Coréens ne pouvaient pas faire grand-chose pour obtenir leur propre libération : ceux qui se trouvaient en Corée étaient ou en prison, ou vivaient dans la terreur d’être bientôt arrêtés ou collaboraient avec les Japonais. Les rares qui avaient bénéficié de l’asile en Occident, comme Syngman Rhee, ont constaté que même s’ils pouvaient parler, personne en capacité de pouvoir les aider ne les écoutait. Ils allaient être libérés mais n’allaient pas être aidés à se libérer eux-mêmes. Ce ne sont que des petits groupes d’exilés coréens dans les zones contrôlées par les Soviétiques qui ont réellement combattu leurs bourreaux japonais. C’est ainsi que le mouvement de guérilla coréenne dirigé par les communistes a commencé à jouer un rôle similaire aux insurrections anti coloniales en Indochine, aux Philippines et en Indonésie.

Alors qu’ils se préparaient à envahir la Corée, ni les Américains ni les Russes ne faisaient la moindre différence entre les Puk-in, les « peuple du nord », et les Nam-in ou « peuple du sud ». Ils étaient surtout préoccupés, au moins dans leurs accords les uns avec les autres, comme ils l’avaient été en Allemagne, par la nécessité d’empêcher la collision de leurs forces armées en progression. Les Japonais, par contre, ont traité différemment les deux zones créées par cette décision militaire ad hoc.

À mesure que l’armée soviétique avançait, les Japonais se rendaient compte qu’ils ne pouvaient pas résister, mais ils ont détruit autant d’infrastructure dans le nord qu’ils le pouvaient avant de fuir vers le sud. En arrivant au sud, les soldats et les fonctionnaires ont coopéré, au moins au début, avec les forces américaines arrivantes. Ces différentes réactions satisfaisaient à la fois les Russes et les Américains – les Russes avaient l’intention de chasser les Japonais alors que les Américains commençaient déjà à leur pardonner. Ce qui s’est passé dans cette période confuse a formé en grande partie la Corée contemporaine.

Les Russes semblent avoir eu une politique à long terme envers la Corée et se sont appuyés sur les forces insurgées dirigées par les communistes pour la mettre en œuvre, mais ce n’est que lentement et à contrecœur que les Américains ont élaboré un plan cohérent pour « leur » Corée et ont commencé à trouver des indigènes pour le mettre en œuvre. Ce qui s’est passé était en partie idéologique et en partie circonstanciel. Il est utile et peut-être important d’en souligner les points principaux.

Le premier point est que les étapes initiales de ce qui est devenu la guerre froide avaient déjà été commencées et se sont rapidement renforcées. Bien que la Conférence de Yalta comprenne l’accord forçant le Japon à se rendre face à tous les alliés, et non pas seulement face aux États-Unis et à la Chine, le Président Truman a mis en place une politique américaine différente sans consulter Staline.

Excité par le succès du test de la bombe atomique du 16 juillet 1945, il a décidé que l’Amérique déciderait unilatéralement des conditions de la fin la guerre du Pacifique. Staline a réagi en accélérant l’attaque de son armée contre la Corée et la Mandchourie détenues par les Japonais. Il avait l’intention de créer des « faits accomplis ». C’est ainsi que les événements de juillet et d’août 1945 ont ancré les politiques – et les interprétations de la guerre – de chaque grande puissance. Ils ont façonné la Corée d’aujourd’hui.

Depuis, les arguments se sont centrés sur les justifications des politiques de chacune des grandes puissances. Pendant de nombreuses années, les Américains ont soutenu que c’était les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août, et non la menace ou le fait de l’invasion soviétique, qui ont obligé les Japonais à se rendre.

Butin de guerre

 

Selon le credo officiel étasunien, c’est l’Amérique qui a gagné la guerre dans le Pacifique. Île par l’île, à partir de Guadalcanal, des soldats américains ont avancé, navigué et volé vers la dernière île, le Japon. Décollant des îles voisines et de porte-avions, des avions américains ont bombardé et brûlé ses villes et ses usines. Hiroshima et Nagasaki ont été le coup final d’un long, douloureux et coûteux processus.

Le nuage en forme de champignon de la bombe atomique lancée sur Hiroshima, au Japon, le 6 août 1945.

Truman a estimé que les Russes n’étaient apparus qu’après la défaite des Japonais. Ainsi, il s’est senti justifié – et habilité – à agir seul à propos du Japon. Donc, lorsque le général Douglas MacArthur a organisé la déclaration de la victoire, le 2 septembre, il a écarté les Russes. La procédure a eu lieu sur un cuirassé étasunien, sous un drapeau étasunien. Une décennie devait passer avant que l’URSS ne mette officiellement fin à sa guerre contre le Japon.

Le deuxième point crucial est ce qui se passait dans la péninsule coréenne. Une puissante armée russe était présente dans le Nord et une armée américaine contrôlait le Sud. Les décisions du Caire, de San Francisco et de Potsdam étaient aussi éloignées de la Corée que les sentiments des hommes d’État l’étaient des réalités du terrain, ses dangers et ses opportunités. Ce que l’Amérique et l’Union Soviétique ont fait sur le terrain est important pour comprendre la Corée d’aujourd’hui.

Comme les Hollandais le faisaient en Indonésie, les Français en Indochine et les Américains aux Philippines, les autorités militaires américaines installées en Corée ont écarté les dirigeants nationalistes (que les Japonais venaient de libérer de prison) et ont insisté pour garder tout le pouvoir. Ils ne connaissaient presque rien (mais ils en étaient très suspicieux) des Coréens anti-japonais qui ont établi leur « République populaire ». Au nom des États-Unis, le général John Hodge a rejeté le gouvernement national autoproclamé et a déclaré que le gouvernement militaire était la seule autorité dans la zone contrôlée par les États-Unis.

Hodge a également annoncé que « l’administration japonaise existante continuerait à exercer temporairement son mandat pour faciliter l’occupation », tout comme les Hollandais continuaient à utiliser les troupes japonaises pour contrôler le peuple indonésien. Mais les Américains ont rapidement compris combien cet arrangement était impopulaire et, en janvier 1946, ils ont démantelé le régime japonais.

Dans le chaos qui s’en est suivi, des dizaines de groupes avec des différences réelles mais souvent vagues se sont regroupés en partis et ont commencé à exiger un rôle dans les affaires coréennes. Ce développement a alarmé le gouverneur militaire américain. L’objectif de Hodge, de façon compréhensible, était l’ordre et la sécurité. Les politiciens locaux semblaient incapables d’offrir les deux et pendant les années suivantes, le gouvernement militaire américain a emprisonné des dizaines de milliers de militants politiques.

Une guerre froide in vitro

Bien que cela ne soit pas vraiment évident dans les déclarations publiques, les Américains étaient déjà motivés par la peur des Russes, de leurs sympathisants et des communistes locaux, réels ou potentiels. Encore une fois, la Corée rappelle l’Indochine, les Philippines et l’Indonésie. Les alliés en temps de guerre sont devenus des ennemis en temps de paix. Au moins in vitro, la guerre froide avait déjà commencé.

Juste au bon moment, comme un deus ex machina, Syngman Rhee est apparu sur la scène. Un anti-communiste fervent et qui l’affichait, pro-américain, ethniquement coréen même s’il était peu au courant des affaires coréennes, il correspondait tout à fait à ce que les autorités américaines recherchaient. Il a donc rassemblé les groupes de droite dans un gouvernement virtuel qui devait devenir le gouvernement réel, bien que sous l’égide des États-Unis.

Pendant ce temps, les autorités soviétiques ne se heurtaient à aucun problème politique ou administratif similaire. Ils avaient déjà le prototype d’un gouvernement coréen disponible. Ce gouvernement avait déjà une histoire : des milliers de Coréens s’étaient enfuis vers la Mandchourie pour échapper à la domination japonaise et, lorsque le Japon leur a mené la guerre en formant l’État marionnette qu’ils ont appelé Manchoukouo, en 1932, certains des réfugiés se sont regroupés pour lancer une guerre de guérilla. Le Parti communiste a inspiré et assumé la direction de cette insurrection. Puis, comme tous les insurgés – de Tito à Ho Chi-minh et à Sukarno – ils se sont proclamés gouvernement en exil.

Le groupe coréen était prêt, lorsque l’invasion soviétique l’a rendu possible, à devenir le noyau de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). L’URSS l’a reconnu comme seul gouvernement de (toute) la Corée, en septembre 1948. Malgré ses méthodes rudes et souvent brutales, il avait acquis une patine de légitimité par ses années de lutte armée contre les Japonais.

À la fois L’URSS et les États-Unis considéraient la Corée comme leur avant-poste. Ils ont d’abord essayé de conclure un accord pour se répartir l’autorité entre eux. Mais ils ont admis l’échec de cette tentative le 2 décembre 1945. Les Russes semblaient s’attendre à cet échec et n’ont guère réagi, mais les Américains ont cherché l’aide des Nations Unies pour formaliser leur position en Corée. À leur demande, l’ONU a formé une « Commission temporaire sur la Corée ». Elle était censée opérer en Corée, mais les Russes l’ont considérée comme une opération américaine et l’ont exclue du Nord. Après une campagne laborieuse, elle a réussi à superviser des élections mais seulement au sud, en mai 1948.

Les élections ont abouti à la formation, le 15 août, d’un gouvernement dirigé par Syngman Rhee. En réponse, un mois plus tard, le 9 septembre, l’ancien chef de la guérilla, le communiste et allié des soviétiques Kim Il-sung, a proclamé l’État de Corée du Nord. Ainsi, l’arrangement ad hoc pour empêcher la collision de deux armées s’est transformé en deux États.

L’URSS a eu une longue histoire avec Kim Il-sung et la direction du Nord. Elle avait discrètement soutenu le mouvement de guérilla au Mandchoukouo (ex-Mandchourie), aurait vraisemblablement sélectionné les dirigeants communistes grâce aux purges des années 1930 et les observait de près pendant la guerre. Les survivants étaient, selon les critères soviétiques, des hommes fiables. Il est donc possible que les Russes ne se soient pas trop impliqués dans les affaires nord-coréennes. Contrairement aux Américains, ils se sont sentis aptes à retirer leur armée dès 1946. Pendant ce temps, bien sûr, leur attention était centrée sur la marée beaucoup plus massive de la révolution chinoise. La Corée devait leur sembler un problème secondaire.

La position des États-Unis était différente à tous les niveaux. Premièrement, il n’y avait pas de cadre de confiance, pro-américain et idéologiquement démocratique dans le Sud.

L’ascension de Rhee

 

La figure principale, comme je l’ai mentionné, était Syngman Rhee. Alors que Kim Il-sung était un communiste dévoué, Rhee n’était certainement pas un fervent démocrate. Mais l’idéologie mise à part, Rhee a été profondément influencé par ses contacts avec les Américains. Les missionnaires ont sauvé sa vue (après la variole), lui ont donné une éducation de base de style occidental, l’ont employé et l’ont converti au christianisme. Probablement également influencé par eux, en tant que jeune homme il s’était investi dans les manifestations contre la mentalité coréenne arriérée, la corruption et l’incapacité à résister au colonialisme japonais. Ces activités l’ont envoyé en prison à l’âge de 22 ans. Après quatre ans de ce qui semble avoir été un régime sévère, il a été libéré et en 1904 prenait le chemin de l’exil vers les États-Unis.

Le leader sud-coréen Syngman Rhee

Étonnamment pour un jeune homme sans distinction particulière – bien qu’il fût fier d’une relation éloignée avec la famille royale coréenne – il a été au moins reçu, sinon écouté par le président Theodore Roosevelt. Des rencontres cérémonielles avec d’autres dirigeants américains ont suivi au fil des ans. Ceux qu’il a rencontrés ne considéraient pas la Corée comme étant d’une grande importance et, même s’ils l’avaient considéré, Rhee n’avait rien à offrir. J’en déduis donc que ses 40 ans de balade d’une université à l’autre (BA à l’Université George Washington, MA à Harvard et PhD à Princeton) et de travail dans les auberges de jeunesses et autres organisations furent une litanie de frustrations.

C’est l’entrée en guerre des États-Unis, en 1941, qui a donné à Rhee l’occasion qu’il recherchait depuis longtemps : il a convaincu le président Franklin Roosevelt d’épouser, au moins en mots, la cause de l’indépendance coréenne. Les paroles aimables de Roosevelt avaient probablement peu d’effet – comme l’avait apparemment compris Rhee. Pour leur donner de la profondeur, il a travaillé en étroite collaboration avec l’OSS (l’ancêtre de la CIA) et a développé des contacts avec les chefs militaires étasuniens. Deux mois après la capitulation japonaise, en 1945, il a été ramené en Corée sur décision du général Douglas MacArthur.

S’établissant à Séoul, il a poussé les groupes coréens de droite à s’opposer à toute tentative de coopération avec l’Union Soviétique et surtout à s’opposer à la création d’un État en Corée du Nord. Pour ceux qui connaissent bien l’histoire européenne, il pourrait être considéré comme ayant aspiré au rôle joué en Allemagne par Konrad Adenauer. Pour jouer un rôle similaire, Rhee s’est fait « l’homme des États-Unis ». Mais il n’a pas été en mesure de faire ce qu’Adenauer a pu faire en Allemagne et n’a donc pas pu offrir aux États-Unis une société idéologiquement contrôlée et les éléments d’un État unifié, comme Kim Il-Sung a pu le faire pour l’Union Soviétique. Mais, soutenu par le gouvernement militaire américain et utilisant ouvertement des formes démocratiques, Rhee a été élu, par une douteuse élection, à 92,3 % des voix, président de la nouvellement proclamée république de Corée.

La faiblesse de Rhee par rapport à Kim a eu deux conséquences : la première fut que, si les forces soviétiques ont pu se retirer du Nord en 1946, les États-Unis n’ont pas pu retirer leurs forces du Sud. Elles y sont toujours. Et la deuxième fut que si Rhee essayait d’imposer à sa société un régime autoritaire, semblable à celui imposé au Nord, il a été incapable de le faire efficacement et à un coût acceptable.

L’administration dont il a héritée dépendait en grande partie des hommes qui avaient servi les Japonais en tant que soldats et policiers. Il fut donc assimilé à eux. Il a délaissé l’appel positif qu’est le nationalisme pour l’approche négative de l’anticommunisme. Manquant de légitimité, il a utilisé la répression. Celle-ci fut brutale, semblable à celle qu’a connue la Corée du Nord, mais, contrairement à la tyrannie nord-coréenne, celle-ci fut largement médiatisée. Le ressentiment en Corée du Sud contre Rhee et son régime a bientôt atteint le niveau d’une insurrection virtuelle. Rhee était peut-être le chéri des États-Unis, mais il n’était pas aimé en Corée. Telle était la situation au début de la guerre de Corée.

Redémarrage de la guerre

 

La guerre de Corée a pratiquement débuté le 25 juin 1950 mais, bien sûr, le processus avait commencé avant le début des premiers coups de feu. Syngman Rhee et Kim Il-sung avaient décidé de réunir la Corée, chacun selon ses propres termes. Rhee parlait publiquement du « besoin » d’envahir le Nord pour réunifier la péninsule ; le gouvernement communiste n’avait pas besoin de faire des déclarations publiques, mais les événements sur le terrain ont dû convaincre Kim Il-sung que la guerre avait déjà commencé. Le long de la ligne de démarcation, selon un spécialiste étasunien sur la Corée, le professeur John Merrill, un grand nombre de Coréens avaient déjà été blessés ou tués avant même le début officiel de la « guerre ».

Sur cette photographie d’archives de l’armée américaine des États-Unis de juillet 1950 classée « top secret », les soldats sud-coréens se promènent parmi quelques-uns des milliers de prisonniers politiques sud-coréens tués à Taejon, en Corée du Sud, au début de la guerre de Corée. (AP Photo / Archives nationales, Major Abbott / US Army, dossier)

L’événement qui semble avoir précipité la guerre à grande échelle fut la déclaration de l’indépendance du Sud par le gouvernement de Syngman Rhee. Dans un tel cas, comme Kim Il-sung l’a clairement compris, toute unification devenait impossible. Il l’a donc considérée comme un acte de guerre. Il y était prêt. Il avait utilisé ses années au pouvoir pour construire une des plus grandes armées du monde alors que l’armée du Sud avait été saignée par les dirigeants du Sud.

Kim Il-sung devait connaitre en détail la corruption, la désorganisation et la faiblesse de l’administration de Rhee. Comme l’a signalé le journaliste et commentateur anglais sur la Corée Max Hastings, l’entourage de Rhee était engagé dans un vol massif des ressources publiques et des revenus. L’argent donné par les donateurs étrangers, qui était destiné à construire un État moderne, a été siphonné  vers des comptes bancaires à l’étranger ; des « soldats fantômes », l’équivalent militaire des âmes mortes de Gogol, qui n’existaient que sur les listes de l’armée, recevaient des salaires que les officiers supérieurs empochaient alors que les soldats réels étaient relativement peu payés et même sans vêtements, sans armes et sans nourriture. En deux mots, Rhee offrait à Kim une occasion qu’il ne pouvait pas refuser.

Nous savons maintenant, mais ce n’était pas le cas à l’époque, que Staline n’était pas favorable à l’attaque par la Corée du Nord et ne l’acceptait que si la Chine, à l’époque un État communiste collègue, en prenait la responsabilité. Ce que « responsabilité » signifiait n’était pas vraiment clair, mais cela a suffi  pour que Kim Il-sung passe à l’action. Il a ordonné à son armée d’envahir le Sud. Traversant rapidement la ligne de démarcation, ses soldats foncèrent vers le sud. Bien mieux disciplinés et motivés, ils ont pris Séoul en trois jours, le 28 juin.

Syngman Rhee a proclamé un combat à mort mais en fait son cercle proche et lui avaient déjà fui. Ils ont été rapidement suivis par des milliers de soldats de l’armée du Sud. Beaucoup de ceux qui n’avaient pas fui ont déserté pour le Nord.

Organisé par les États-Unis, le Conseil de sécurité des Nations Unies – profitant de l’absence de la délégation soviétique – a voté le 27 juin, juste avant la chute de Séoul, la création d’une force de protection du Sud. Vingt-et-un pays, dirigés par les États-Unis, ont fourni environ trois millions de soldats pour défendre le Sud. C’était des pays comme la Thaïlande, le Vietnam du Sud et la Turquie, qui avaient leurs propres problèmes d’insurrection, mais la plupart des combats ont été menés par les forces américaines. Elles ont été repoussées vers le sud et quasiment hors de la péninsule coréenne par l’armée de Kim Il-Sung. Les troupes américaines étaient mal équipées et presque toujours inférieures en nombre. Les combats furent violents et le nombre de victimes élevé. Fin août, elles ne tenaient qu’un dixième de ce qu’avait été la République de Corée, uniquement la province du sud autour de la ville de Pusan.

Les Chinois se préparent

 

En analysant le déséquilibre réel des forces américaines soutenues par les États-Unis et les forces apparemment victorieuses commandées par Kim Il-sung, l’homme d’État chinois Zhou Enlai a ordonné à son état-major militaire de deviner ce que les Américains pourraient faire : négocier, se retirer ou essayer de sortir de leur position à Pusan. L’analyse a conclu que les Américains mobiliseraient certainement leur puissance militaire supérieure pour une contre-attaque.

Des soldats nord-coréens gravement blessés se trouvent là où ils sont tombés et attendent des soins médicaux par des corps de corps d’hôpitaux de la marine qui accompagnent les marines dans leur avance. 15 septembre 1950. (Photo du sergent Frank Kerr, USMC)

Pour se prémunir contre une intrusion en Chine, Zhou a convaincu ses collègues de transférer des forces militaires à la frontière sino-coréenne et a convaincu le gouvernement soviétique de donner son soutien aérien aux Nord-Coréens. Ce qui était remarquable, c’est que le personnel de Zhou a exactement prévu ce que les Américains feraient et où ils le feraient. Dirigés par le général Douglas MacArthur, les Américains ont lancé une contre-attaque habile et audacieuse. Atterrissant à Inchon le 15 septembre, ils ont coupé la majeure partie de l’armée du Nord de ses bases. L’opération a été un brillant succès militaire.

Mais, comme beaucoup d’actions militaires brillantes, elle a développé sa propre dynamique. MacArthur, soutenu par le secrétaire d’État américain Dean Acheson et le général George Marshall – et commandé par le président Truman – a décidé de se déplacer vers le nord pour mettre en œuvre le programme de Syngman Rhee d’unifier la Corée. À partir du 25 septembre, les forces américaines ont repris Séoul, ont pratiquement détruit l’armée nord-coréenne encerclée et, le 1er octobre, ont franchi le 38e parallèle. N’ayant plus grand chose pour les arrêter, ils ont ensuite poussé vers la rivière Yalu sur la frontière chinoise. Ce mouvement a effrayé à la fois les gouvernements soviétique et chinois qui craignaient que cette série de victoires n’amène les États-Unis sur leur territoire. Staline a refusé d’engager des forces soviétiques, mais il a rappelé aux Chinois leur « responsabilité » envers la Corée.

En réponse, les Chinois ont adopté une nouvelle tactique. Ils ont envoyé une énorme force armée, quelque 300 000 hommes pour arrêter les Américains, mais pour éviter au moins formellement et directement un conflit avec l’Amérique, ils l’ont présentée comme un groupe de bénévoles irrégulier – « l’Armée des volontaires du peuple chinois ». À partir du 25 octobre, des Chinois légèrement armés ont presque annihilé ce qui restait de l’armée sud-coréenne et expulsé les Américains de la Corée du Nord.

Étonné par l’effondrement de ce qui avait semblé une victoire définitive, le président Truman a déclaré une urgence nationale, et le général MacArthur a exhorté l’utilisation de 50 bombes nucléaires pour arrêter les Chinois. Ce qui serait arrivé alors reste une question de spéculation, mais ce qui s’est passé, c’est que MacArthur a été remplacé par le général Matthew Ridgeway qui a rétabli l’équilibre des forces conventionnelles. La guerre s’est donc poursuivie.

Au cours de cette période et pendant les deux années suivantes, l’armée de l’air américaine a mené des bombardements massifs. Une partie des bombardements étaient censée détruire la capacité chinoise et nord-coréenne pour les empêcher de continuer à se battre, mais la Corée est un petit territoire et ce qui a commencé comme des « frappes chirurgicales » s’est vite transformé en bombardements massifs. (Un tel bombardement serait aujourd’hui considéré comme un crime de guerre selon le Protocole I de la Convention de Genève de 1977).

Les bombardements furent énormes. Environ 635 000 tonnes d’explosifs et d’armes chimiques ont été larguées – ce qui représentait bien plus que ce qui avait été utilisé contre les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme l’a souligné l’historien Bruce Cumings, l’armée de l’air des États-Unis a constaté que « trois ans de pluie et de ruine » avaient infligé des dégâts plus importants aux villes coréennes « que les villes allemandes et japonaises qui ont été bombardées pendant la Seconde Guerre Mondiale ». La capitale nord-coréenne Pyongyang  a été rasée et le général Curtis LeMay pense que les bombardements américains ont causé la mort d’environ 20 pour cent – un sur cinq – des Nord-Coréens.

Le bombardement massif du Nord

 

Les chiffres de LeMay, aussi horribles qu’ils soient, doivent être repensés aujourd’hui. Commencez par la probabilité qu’ils soient sous-estimés. L’économiste canadien Michel Chossudovsky a écrit que l’estimation de 20 % de LeMay devrait être révisée à près de 33 % ou environ un Coréen sur trois tué. Il poursuit en soulignant une comparaison remarquable : pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Britanniques ont perdu moins de 1% de leur population, la France a perdu 1,35%, la Chine a perdu 1,89% et les États-Unis seulement 0,30 %. Dit autrement, la Corée a subi proportionnellement environ 30 fois plus de personnes tuées en 37 mois de bombardement américain que ces autres pays ont perdu pendant toute la Seconde Guerre Mondiale.

US Army General. Curtis LeMay

Au total, 8 millions à 9 millions de Coréens ont été tués. Des familles entières ont été anéanties et pratiquement aucune famille vivant en Corée n’est aujourd’hui sans parents proches ayant péri. Pratiquement tous les bâtiments du Nord ont été détruits. Ce que le général LeMay a dit dans un autre contexte – « les bombarder jusqu’à les renvoyer à l’âge de pierre » – s’est révélé exact pour la Corée. Les seuls survivants étaient ceux qui ont pu se protéger dans des grottes et des tunnels.

Les souvenirs de ces horribles jours, semaines et mois de peur, de douleur et de mort ont marqué au fer rouge les souvenirs des survivants et, selon la plupart des observateurs, ils constituent l’état d’esprit sous-jacent de haine et de peur si évidente aujourd’hui chez les Nord-Coréens. Ils conditionneront toutes les négociations que l’Amérique pourra tenter avec le Nord.

Enfin, après des combats prolongés au sol et des assauts quotidiens venant du ciel, les Nord-Coréens ont accepté de négocier un cessez-le-feu. En réalité, il a fallu deux ans pour y parvenir.

Les points les plus significatifs de l’accord étaient que (d’abord) il y aurait deux Corées divisées par une zone démilitarisée essentiellement sur ce qui avait été tracé le long du 38e parallèle pour empêcher les armées soviétiques et américaines de se heurter et (deuxièmement) l’article 13 (d) de l’accord stipulait qu’aucune nouvelle arme autre que le remplacement de celles obsolètes ne serait introduite dans la péninsule. Cela signifie que toutes les parties ont convenu de ne pas introduire d’armes nucléaires et d’autres armes « avancées ».

Ce qui doit être rappelé afin de comprendre les événements futurs, c’est que, en fait, le cessez-le-feu a créé non pas deux, mais trois Corées : le Nord, le Sud et les bases militaires américaines.

Le Nord a commencé par se remettre de cette dévastation. Il a fallu creuser sous les décombres et ils ont choisi de continuer à être un État garnison. C’était certainement une dictature, comme l’Union Soviétique, la Chine, le Vietnam du Nord et l’Indonésie, mais les observateurs proches ont vu que le régime était soutenu par les gens. La plupart des observateurs ont constaté que le souvenir de la guerre, et en particulier du bombardement constant, a créé un sentiment qui unifiait le pays contre les Américains et le régime du Sud. Kim Il-sung a réussi à étouffer toute dissidence. Il l’a fait brutalement. Personne ne peut juger avec certitude, mais il y a lieu de croire que le sentiment de patriotisme sur la défense demeure vivant aujourd’hui.

Les dictatures militaires du Sud

Le Sud a été beaucoup moins touché par la guerre que le Nord et, avec les grandes injections d’aide et d’argent en provenance du Japon et de l’Amérique, il a commencé son chemin sur la voie d’une prospérité remarquable. Peut-être en partie à cause de ces deux facteurs – relativement peu de dégâts dus à la guerre et une prospérité croissante – son système politique était instable.

Pour le contenir et rester au pouvoir, le gouvernement de Syngman Rhee a imposé la loi martiale, a modifié la Constitution, a fraudé aux élections, a tiré sur les manifestants et même exécuté des dirigeants des partis d’opposition. Nous déplorons à juste titre l’oppression du Nord, mais les enquêtes sur les droits humanitaires ont montré peu de différence entre le Nord communiste/confucéen et le Sud capitaliste/chrétien. Les méthodes de Syngman Rhee n’étaient pas moins brutales que celles de Kim Il-sung.

En les utilisant, Rhee a gagné les élections de 1952, puis celles de 1960. Il a remporté les élections de 1960 avec un vote favorable officiellement enregistré de 90 %. Évidemment il a été accusé de fraude. Les organisations étudiantes considéraient cette manipulation comme la « dernière goutte d’eau » et, n’ayant aucun autre recours, sont descendues dans la rue. Alors que la foule convergeait vers son palais – comme pour le dernier jour du gouvernement sud-vietnamien quelques années plus tard – il a été extradé de Séoul par la CIA et placé en exil à Honolulu.

La troisième Corée, la « Corée » américaine, n’aurait pu être que théorique, sauf qu’elle occupait une partie du Sud (le périmètre sud de la zone démilitarisée et diverses bases ailleurs), avait le contrôle ultime des forces militaires du Sud (elle était autorisée à en prendre le commandement en cas de guerre) et, comme les Britanniques l’avaient fait en Égypte, en Irak et en Inde, « guidait » le gouvernement indigène qu’elle avait favorisé. Ses forces militaires ont garanti l’indépendance du Sud et, au moins au début, les États-Unis ont payé environ la moitié des coûts de fonctionnement du gouvernement et ont maintenu son économie.

En même temps, les États-Unis cherchaient à affaiblir le Nord en imposant des embargos. Ils ont gardé le Nord sur la défensive en faisant ce que le Nord considérait comme des manœuvres menaçantes sur sa frontière et, de temps à autre, comme l’a fait le président Bill Clinton en 1994 (comme le président Donald Trump le fait maintenant), les menaçaient d’une frappe préventive dévastatrice. Le Département de la Défense et le Joint Chiefs of Staff ont également développé l’OPLN 5015, l’un d’une série de plans secrets dont l’intention, selon les mots du commentateur Michael Peck, était de « détruire la Corée du Nord ».

À la lumière de l’inquiétude de l’Amérique concernant les armes nucléaires en Corée, nous devons reconnaitre le fait que c’est l’Amérique qui les a introduites. En juin 1957, les États-Unis ont informé les Nord-Coréens qu’ils ne respecteraient plus le paragraphe 13 (d) de l’accord d’armistice qui interdisait l’introduction de nouvelles armes. Quelques mois plus tard, en janvier 1958, ils ont mis en place des missiles nucléaires capables d’atteindre Moscou et Pékin. Les États-Unis les ont conservés jusqu’en 1991. Ils voulaient les réintroduire en 2013, mais le Premier ministre sud-coréen Chung Hong-won a refusé.

Comme je le mentionnerai plus loin, la Corée du Sud a rejoint le Traité sur la non-prolifération nucléaire en 1975 et la Corée du Nord l’a rejoint en 1985. Mais la Corée du Sud l’a ouvertement violé de 1982 à 2000 et la Corée du Nord l’a violé en 1993 puis s’en est retirée en 2003. La Corée du Nord a effectué son premier essai nucléaire souterrain en 2006.

 

Aucune des « trois Corées » ne peut s’estimer moralement supérieure à l’autre.

Leader sud-coréen Park Chung Hee

De nouvelles élections se sont déroulées dans le Sud et ce que l’on a appelé la Deuxième République a été créé en 1960 sous la direction du parti d’opposition. Il a laissé exploser la colère refoulée contre la tyrannie et la corruption du gouvernement de Syngman Rhee et a pris des initiatives pour purger l’armée et les forces de sécurité. Quelques 4 000 hommes ont perdu leur emploi et beaucoup ont été inculpés. Craignant pour leur travail et leur vie, ils ont trouvé un sauveur en la personne du général Park Chung-Hee qui a mené l’armée à fomenter un coup d’État, le 16 mai 1961.

Le général Park était surtout connu pour avoir combattu la guérilla dirigée par Kim Il-sung comme officier dans la « force de pacification » japonaise au Manschoukouo. Pendant cette période de sa vie, il a même remplacé son nom coréen par un nom japonais. En tant que président, il a courtisé le Japon. Restaurant les relations diplomatiques, il a également promu des investissements japonais massifs qui ont lancé le développement économique coréen. Il était encore plus proche des États-Unis. En contrepartie de l’aide, et peut-être en raison de sa participation étroite à l’armée américaine – il a étudié à l’école du commandement de Fort Sill – il a envoyé un quart de million de troupes sud-coréennes pour se battre sous commandement américain au Vietnam.

Pas moins oppressif que le gouvernement de Rhee, le gouvernement de Park fut aussi une dictature. Pour protéger son régime, il a remplacé les fonctionnaires civils par des officiers militaires. En outre, il a formé un gouvernement secret au sein du gouvernement formel ; connue sous le nom de Korean Central Intelligence Agency, elle fonctionnait comme la Gestapo. Il a régulièrement arrêté, emprisonné et torturé des Coréens soupçonnés d’opposition. Et, en octobre 1972, Park a réécrit la Constitution pour s’arroger le pouvoir à vie. Il est resté au pouvoir pendant 16 ans. En réponse à l’oppression et malgré l’atmosphère de peur, des manifestations à grande échelle ont éclaté contre son régime. Ce ne fut cependant pas un soulèvement public qui a mis fin à son règne mais le chef de son service de renseignement qui l’a assassiné, en 1979.

Une tentative de retour à un régime civil a été bloquée en une semaine par un nouveau coup d’État militaire. Les protestations qui ont suivi ont été rapidement réprimées et des milliers d’autres personnes ont été arrêtées. Une confuse bataille pour le pouvoir s’en est suivie et, en 1987, une Sixième République a été annoncée, et l’un des membres de la junte militaire est devenu président.

Le nouveau président, Roh Tae-woo, a mis en place une politique de conciliation avec le Nord et, avec le réchauffement des relations entre le Nord et le Sud, a rejoint l’ONU en septembre 1991. Ils ont également accepté la dénucléarisation de la péninsule. Mais, comme cela arrive souvent, l’assouplissement du régime oppressif a provoqué la chute du « réformateur ». Roh et un autre ancien président ont été arrêtés, jugés et condamnés à la prison pour une variété de crimes – mais pas pour leur rôle dans la politique antidémocratique. Les Coréens restaient peu motivés par plus que des formes apparentes de démocratie.

Les relations entre le Nord et le Sud au cours des années suivantes sont passées du « doigt sur la gâchette » à la « main tendue ». La tentative finale d’apporter l’ordre au Sud est venue lorsque Park Geun-hye a été élue en 2013. Elle était la fille du général Park Chung-hee qui, comme nous l’avons vu, avait pris le pouvoir dans un coup d’état en 1963 et était resté président de Corée du Sud pendant 16 ans. Park Geun-hye, a été la première femme à devenir chef d’État en Asie de l’Est. En vraie fille de son père, elle a dirigé d’une main de fer, mais, comme d’autres membres du groupe dirigeant, elle a surestimé sa puissance et a été reconnue coupable de malversations et destituée de la présidence en mars 2017.

La dynastie des Kim

 

Pendant ce temps, dans le Nord, en tant que chef du parti communiste, Premier ministre de 1948 à 1972 et président de 1972 à sa mort en 1994, Kim Il-sung a gouverné la Corée du Nord pendant près d’un demi-siècle. Sa politique pour la nation fut une sorte de retour vers l’ancien idéal coréen d’isolement. Connu sous le nom de Juche, elle mettait l’accent sur l’autosuffisance. Le Nord était essentiellement une société agraire et, contrairement au Sud qui, à partir des années 1980, a accueilli aide et investissement de l’étranger, elle est restée fermée. Au début, cette politique a bien fonctionné. Jusqu’à la fin des années 1970, la Corée du Nord était relativement plus riche que le Sud mais le Sud l’a dépassé grâce à sa révolution industrielle.

Le leader nord-coréen Kim Il-sung

Étonnamment, Kim Il-sung a partagé avec Syngman Rhee une jeunesse chrétienne protestante. En effet, Kim a déclaré que son grand-père était un prêtre presbytérien. Mais l’influence la plus importante sur sa vie fut la brutale occupation japonaise. Les informations que nous avons viennent de ses déclarations officielles. Mais probablement, comme beaucoup de nationalistes asiatiques, en tant que jeune homme, il a participé à des manifestations contre la puissance occupante. Selon le récit officiel, à l’âge de 17 ans, il a passé du temps dans une prison japonaise.

À 19 ans, en 1931, il a rejoint le Parti communiste chinois et quelques années plus tard est devenu membre de ses groupes de combat mandchouriens. Chassé par les Japonais et leurs collaborateurs coréens comme Park Chung-hee, Kim a traversé le territoire russe et a été placé dans l’armée soviétique dans laquelle il a servi jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Puis, comme les Américains l’ont fait avec Syngman Rhee, les Russes l’ont installé en tant que chef du gouvernement provisoire.

Dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir, Kim Il-Sung s’est concentré sur l’acquisition du pouvoir militaire. D’après sa propre expérience, il a insisté pour le former aux tactiques informelles, mais lorsque l’Union Soviétique a commencé à fournir du matériel lourd, il a poussé ses officiers dans une formation militaire conventionnelle dispensée par des experts russes. Au moment où il a décidé d’envahir la Corée du Sud, l’armée était massive, armée selon les normes européennes et bien organisée. Presque tous les adultes coréens y étaient ou y avaient servi.

L’armée était pratiquement devenue l’État. Cette répartition des ressources, comme l’a montré la guerre de Corée, a entraîné une puissante force de frappe, mais une économie affaiblie. Cela a également amené les partisans chinois à décider de le mettre de côté. Comment il a survécu à cela n’est pas connu, mais au lendemain du cessez-le-feu il contrôlait de nouveau le Parti communiste et l’État nord-coréen.

L’État nord-coréen, comme nous l’avons vu, a pratiquement cessé d’exister sous les bombardements massifs. Kim ne pouvait espérer beaucoup d’aide à la reconstruction venant de l’étranger et l’a encore moins cherchée. Sa politique d’autosuffisance et de militarisation a été imposée au pays. Sur le modèle soviétique des années 1930, il a lancé un plan quinquennal draconien dans lequel pratiquement toutes les ressources économiques ont été nationalisées. Pendant la brouille sino-soviétique très médiatisée, il s’est d’abord attaché aux Chinois mais, dérangé par la Révolution culturelle chinoise, il a repris ses relations avec l’Union Soviétique.

En effet, les deux puissances voisines devaient être ses pôles. Sa politique d’indépendance a été importante mais n’a pas pu être décisive. Pour consolider son régime et vraisemblablement pour encourager le sentiment d’indépendance de son peuple, il a développé un culte de la personnalité élaboré. Ce culte lui a survécu. Quand il est mort en 1994, à l’âge de 82 ans, son corps a été conservé dans une vitrine où il est devenu l’objet d’un pèlerinage.

Insolite pour un régime communiste, Kim Il-sung a été succédé par son fils Kim Jong-il. Kim Jong-il a poursuivi la plupart des politiques de son père qui, vers la fin de sa vie, s’était tourné vers un accommodement partiel avec la Corée du Sud et les États-Unis. Puis le pays a été confronté à une sécheresse dévastatrice, en 2001, et à une famine qui aurait touché environ 3 millions de personnes. Cherchant peut-être à dissimuler l’impact de cette famine, il a abrogé l’armistice et envoyé des troupes dans la zone démilitarisée. Cependant, des initiatives intermittentes ont été prises pour améliorer les relations avec le Sud, y compris la création d’une enclave industrielle partiellement extra-territorialisés pour le commerce extérieur.

Puis, en janvier 2002, le président George Bush a fait son discours sur « l’Axe du mal » dans lequel il a diabolisé la Corée du Nord. Par la suite, la Corée du Nord s’est retirée de l’accord d’interdiction des armes nucléaires de 1992 et a annoncé qu’elle avait suffisamment de plutonium de qualité militaire pour fabriquer environ 5 ou 6 armes nucléaires. Bien que Kim Jong-il ait probablement été handicapé par un accident vasculaire cérébral en août 2008, son état est resté caché le plus longtemps possible pendant que les préparatifs étaient faits pour sa succession. Il est décédé en décembre 2011 et son fils Kim Jong-un lui a succédé.

Après cet aperçu des événements jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un et Donald Trump, je vais continuer la partie 2 de cet essai sur la situation dangereuse dans laquelle nos gouvernements – et nous tous individuellement – nous retrouvons aujourd’hui.

William R. Polk

Source ConsortiumNews

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

via: http://lesakerfrancophone.fr/comprendre-la-crise-coreenne-grace-a-lhistoire

Des documents déclassifiés de la CIA révèlent que Hitler était vivant et en bonne santé en Argentine dans les années 1950

Malgré ces documents déclassifiés, il sera difficile de rétablir ce qui s’est vraiment passé. Cependant, les connaissances accrues que nous avons aujourd’hui sur l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale peuvent nous amener à penser que la possibilité qu’Hitler se soit réfugié en Amérique du Sud n’a rien de farfelue. Il ne serait étonnant pour personne qu’une opération d’exfiltration pour Hitler ait été effectuée, ou au moins tentée, comme pour beaucoup d’autres à la fin de la guerre. Les opérations d’exfiltration pour les djihadistes à Deir Ez-Zor, Mossoul ou ailleurs au Moyen-Orient viennent étayer cette possibilité.

***

Des documents déclassifiés de la CIA montrent qu’en 1955, un informateur s’est vanté d’avoir rencontré Adolf Hitler en Colombie et a fourni des photos de lui-même avec le Führer – plus de 10 ans après le suicide du Führer.

Les documents déclassifiés montrent qu’en 1955, le chef de la Division de l’hémisphère occidental (WHD) de la CIA a reçu un mémo secret, soutenant une thèse qui a certainement dû le faire tomber de sa chaise et le faire s’étrangler de surprise – « Opérationnel : Adolf Hitler. « 

Comme le suggère ce titre époustouflant, le chef de la station action du Venezuela affirmait avoir eu l’occasion de recevoir de la part d’un de ses contacts, une décennie après sa mort apparente par suicide dans le Führerbunker, une information selon laquelle Hitler était en fait bien vivant et se trouvait en Argentine.

Hitler ou pas Hitler ?

En bref, l’un des informateurs du chef de la station action, CIMELODY, a été contacté par un ami de confiance, l’ancien soldat SS Phillip Citroën, qui prétendait avoir été en contact avec Hitler – caché sous le pseudonyme Adolph Schuttlemayer – environ une fois par mois en Colombie, où il était en voyage en provenance de Maracaibo en tant qu’employé de la Royal Dutch Shipping Company.

 

Citroën a indiqué à CIMELODY qu’il avait même pris une photo avec le Fuhrer déchu, et un cliché flou est bien inclus dans le mémo.

Le chancelier allemand Adolf Hitler lors de son allocution devant 80 000 travailleurs dans le Lustgarten, à Berlin, le 1er mai 1936, dans le cadre des célébrations du 1er mai.

Il a également déclaré qu’Hitler avait quitté la Colombie pour l’Argentine vers janvier 1955 et a ajouté que, comme dix ans s’étaient écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Alliés ne pouvaient plus poursuivre Hitler comme criminel de guerre, suggérant à tort que le délai de prescription des crimes de guerre était aussi court.

Le message concluait que ni CIMELODY ni la station de la CIA n’était en mesure de donner une analyse intelligente de l’information contenue dans le mémo, mais elle était transmise avec la mention «intérêt possible».

Le chef de la WHD, qui devait être estomaqué, a suivi le mémo en examinant les dossiers de l’agence, et a trouvé qu’il y avait eu effectivement, un an plus tôt, un rapport qui ne faisait pas seulement la même affirmation au sujet d’Hitler, mais qui suggérait qu’il y avait toute une colonie de nazis en Amérique du Sud – encore réalisé par Citroën.

« Phillip Citroën a déclaré à un ancien membre de cette base que, pendant qu’il travaillait pour une compagnie ferroviaire en Colombie, il avait rencontré un individu qui ressemblait fortement à Adolf Hitler et prétendait l’être. Citroën a affirmé avoir rencontré l’individu à un endroit appelé ‘Residencias Coloniales ‘à Tunja, en Colombie, qui est, selon la source, peuplée de beaucoup d’anciens nazis, suivant ce prétendu Adolf Hitler avec l’ancienne idolâtrie nazie, s’adressant à lui par der Fuhrer ‘et lui adressant le salut nazi et l’adulation militaire ! » Dit le mémo.

Plus de problèmes que cela n’en vaut

Quelques jours plus tard, le chef de la station a écrit au chef de la WHD à nouveau, lui demandant s’il souhaitait faire d’autres enquêtes sur Hitler potentiellement vivant ou non.

« Si le quartier général le souhaite, la station de Bogota peut faire une enquête concernant ‘Adolph Schuttlemayer’ à Tonga, en Colombie, » a déclaré le mémoire.

 

Une semaine plus tard, le chef de la WHD a répondu d’une manière ambigüe.

Adolf Hitler, à gauche, le chancelier nazi d’Allemagne, et Konstantin von Neurath, ministre allemand des Affaires étrangères, (au centre) à leur retour à Munich en Allemagne, après leur rencontre avec le Premier ministre d’Italie Benito Mussolini, le 25 juin 1934.

Bien qu’il n’ait pas eu d’objection à entreprendre d’autres enquêtes sur la question, il a estimé que « d’énormes efforts pourraient être déployés sur cette question » sans qu’il soit possible d’établir quoi que ce soit de concret.

En conséquence, il suggéra que la question soit abandonnée.

Source : https://sputniknews.com/latam/201709081057225023-hitler-cia-documents-alive-argentina/

 

Traduction : Avic – Réseau International

 

Le 8 septembre 1941

 

commençait le blocus de

 

Leningrad.

 

Il y a 76 ans, l’armée hitlérienne a pris Leningrad dans l’étau d’un blocus privant ses habitants pour de longs 872 jours de nourriture, du chauffage, de l’électricité et de l’eau courante.

 

La prise de Leningrad faisait partie du plan Barbarossa selon lequel l’Union Soviétique aurait dû être anéantie en 3-4 mois de l’été/automne 1941 de guerre éclair (« Blitzkrieg »). Ensuite, suivant le Generalplan Ost, pendant quelques années à venir, la majorité de la population, en priorité les Russes, les Ukrainiens, les Biélorusses, mais aussi tous les Juifs et Tziganes – pas moins de 30 millions de personnes au total – auraient dû être éliminés. Aucun des peuples vivant sur le territoire de l’URSS n’aurait le droit à une quelconque autonomie.

N’ayant pas réussi à prendre la ville, le 8 septembre 1941, les troupes allemandes l’ont encerclée et l’ont coupée du reste du pays. Le blocus de Leningrad a marqué l’histoire comme un des événements les plus tragiques de la Seconde Guerre Mondiale et nous devons des devoirs de mémoire envers l’exploit de ses habitants. Seul un passage de 60 km de large et bombardé en permanence, sur le lac de Ladoga reliait la ville avec la « Grande terre ». Lorsque le lac a gelé, une route appelée la « Route de la vie », a été mise en service sur la glace du lac. Elle permettait d’évacuer la population et acheminer la nourriture. Mais cette route fut particulièrement dangereuse, car de nombreux camions se sont noyés avec leur charge.

Quelques faits et chiffres du blocus de Leningrad à retenir

630 milles habitants de la ville – chiffre qui a été annoncé par l’URSS lors du tribunal de Nuremberg – sont morts pendant le blocus dont 3% seulement ont péri sous les bombes et 97% sont morts de faim. Selon d’autres sources, le nombre de morts pourrait atteindre 1,5 million de personnes. La plupart de ceux qui sont morts au cours du blocus sont enterrés dans le cimetière Peskarevski.

 

La ration était de 500 grammes de pain pour les soldats en première ligne, de 250 pour les ouvriers et de 125 grammes pour tous les autres. Le pain était fabriqué d’un mélange de farine de seigle et d’avoine, de tourteau et du malt non filtré. Il était presque noir et avait un goût amer.

1,5 million de personnes ont été évacuées de la ville, principalement via la « Route de la vie ». Mais nombreux ont été ceux qui ont refusé de quitter leurs maisons. Les habitants continuaient à travailler, à étudier, il y avait même des spectacles et des concerts.

1500 haut-parleurs ont été installés partout dans la ville pour prévenir la population des attaques aériennes. Il était interdit de couper la radio dans les maisons dont la retransmission était assurée 24 h sur 24. Durant les pauses entre les émissions radio, c’est le son du métronome qui était retransmis. Le tempo était lent pendant les heures d’accalmie et s’accélérait à l’approche d’une attaque. Les habitants appelaient le son du métronome « le battement du cœur de Leningrad ».

L’hiver de 1941-1942 a été particulièrement rude et long : la température est descendue jusqu’à moins 32° et la neige est restée au sol jusqu’en avril. L’eau et les canalisations ont été coupées et les habitants se réchauffaient avec des poêles à bois dans lesquels ils brûlaient même des livres et des meubles.

150 milles obus ont été largués sur la ville, 3 000 immeubles ont été détruits et plus de 7 000 ont été endommagés.

 

Les chats ont sauvé les habitants de la ville assiégée à deux reprises. Pendant la première année du siège, les habitants affamés ont mangé presque tous les animaux domestiques, dont les chats, pour ne pas mourir de faim. L’absence de chats a provoqué une invasion de rongeurs. Après la percée du blocus en janvier 1943, l’un des premiers trains transportait quatre wagons de chats pour sauver les réserves des habitants meurtris. Il y a quelques années, un monument aux chats a été érigé par les autorités de Saint-Pétersbourg.

Traduit du russe par Svetlana Kissileva

 

Source: http://nrt24.ru/fr/news/le-8-septembre-1941-commencait-le-blocus-de-leningrad

En 1922, nouvelle tentative de soumission des Soviets aux puissances créancières

Les gouvernements occidentaux ont présenté un programme complet d’exigences visant à résoudre en leur faveur le contentieux qui concernait la répudiation des dettes et les expropriations décrétées par le gouvernement soviétique. Elles ont été présentées à Gênes le 15 avril 1922, 5 jours après le début de la conférence, dans un document intitulé « Rapport du comité des experts de Londres sur la question russe ».

Les exigences occidentales à l’égard de Moscou

L’article 1 disait : « Article 1.
Le Gouvernement Soviétique russe devra accepter les 
obligations financières de ses prédécesseurs, c’est-à-dire du Gouvernement Impérial russe et du Gouvernement provisoire russe, vis-à-vis des Puissances étrangères et de leurs ressortissants. »

La forme et le contenu de tout le document indiquent très clairement qu’il s’agissait d’une série d’impositions que les puissances occidentales voulaient dicter au pouvoir soviétique.

Toujours dans le premier article, on trouvait une disposition qui allait directement à l’encontre des traités que la Russie soviétique avait signés en 1920-1921 avec les républiques baltes et avec la Pologne (qui avaient obtenu leur indépendance après la chute du régime tsariste) qui prévoyaient, comme nous l’avons vu, que ces États ne devraient pas assumer des dettes tsaristes.

« Il en est de même de la question de savoir si et dans quelle mesure les États nouveaux issus de la Russie et actuellement reconnus, ainsi que les États ayant acquis une partie du territoire russe, devront supporter une part des obligations envisagées dans les présentes dispositions. »

L’article 3 rendait redevable le gouvernement soviétique des actes posés par le régime tsariste :

« Article 3.
Le Gouvernement Soviétique russe devra s’engager à assumer la responsabilité de tous les dommages matériels et directs, nés ou non à l’occasion de contrats et subis par les ressortissants des autres Puissances, s’ils sont dus aux actes ou à la négligence du Gouvernement Soviétique ou de ses prédécesseurs…
 »

C’était évidemment en contradiction totale avec la position de Moscou.

L’article 4 donnait presque tous les pouvoirs à des organes étrangers aux autorités soviétiques :

« Les responsabilités prévues par les articles précédents seront fixées par une Commission de la dette russe et par des Tribunaux Arbitraux Mixtes à créer. »

L’annexe 1 précisait la composition de la Commission de la dette russe et ses compétences. Le gouvernement soviétique serait clairement en minorité dans la Commission :
« Annexe I.
Commission de la dette russe.
1. Il sera constitué une Commission de la dette russe, composée de membres nommés par le Gouvernement russe, de membres nommés par les autres Puissances, et d’un Président indépendant, qui sera choisi d’accord entre les autres membres et en dehors d’eux, ou qui, à défaut d’accord, sera désigné par la Société des Nations, s’exprimant, par exemple, par son Conseil ou par la Cour de Justice Internationale.
 »

La commission aura le pouvoir d’émettre de la nouvelle dette russe pour payer les anciennes dettes tsaristes et pour indemniser les capitalistes étrangers dans les entreprises ayant été nationalisées :

« La Commission aura les attributions ci-après : a) régler la constitution et la procédure des Tribunaux Arbitraux Mixtes, qui doivent être institués conformément aux dispositions de l’Annexe II, et donner toutes instructions nécessaires en vue d’assurer l’unité de leur jurisprudence ; (…)
 délivrer les nouvelles obligations russes, en conformité avec les dispositions de l’Annexe II, aux personnes qui y ont droit en vertu des décisions des Tribunaux Arbitraux Mixtes : aux porteurs de titres d’État anciens ou autres titres ou valeurs, en échange desquels les nouvelles obligations russes doivent être remises ; aux personnes y ayant droit à titre de consolidation d’intérêts et de remboursement de capital. »

La commission dominée par les créanciers devait avoir des pouvoirs exorbitants allant jusqu’à déterminer quelles ressources de la Russie devraient être utilisées pour rembourser la dette :

« Déterminer, s’il y a lieu, dans l’ensemble des ressources de la Russie celles qui devront être spécialement affectées au service de la dette ; par exemple, un prélèvement sur certains impôts ou sur les redevances ou taxes frappant les entreprises en Russie. Contrôler, le cas échéant, si la Commission le juge nécessaire, la perception de tout ou partie de ces ressources affectées, et en gérer le produit. »

Pour les puissances invitantes, il s’agissait de faire accepter à la Russie soviétique une institution de tutelle bâtie sur le modèle de ce qui avait été imposé à la Tunisie, à l’Égypte, à l’Empire ottoman et à la Grèce au cours de la seconde moitié du 19e siècle |1|. Cela ressemble également fortement à ce qui a été imposé à la Grèce à partir de 2010.

L’annexe III donnait les pleins pouvoirs en ce qui concerne l’émission de la dette russe à la Commission de la dette dans laquelle les autorités soviétiques étaient marginalisées :

« Toutes les indemnités pécuniaires accordées à la suite de réclamations formulées contre le Gouvernement soviétique seront réglées par la remise de nouvelles obligations russes pour le montant fixé par les Tribunaux Arbitraux Mixtes. Les conditions dans lesquelles ces obligations seront remises, ainsi que toutes autres questions naissant de la conversion des anciens titres, et des opérations concernant les nouvelles émissions, seront déterminées par la Commission de la dette russe.
2. Les obligations produiront un intérêt, dont le taux sera fixé par la Commission de la dette russe.
 »

Alors que le gouvernement soviétique avait dit très clairement qu’il refusait de payer les dettes contractées après le 1er août 1914 pour mener la guerre, le texte de l’annexe III affirmait « en raison de la situation économique très grave dans laquelle se trouve la Russie, lesdits Gouvernements créanciers sont prêts à abaisser le montant des dettes de guerre que la Russie a contractées envers eux ».

Eric Toussaint


Prochaine partie à paraître : La contre-attaque soviétique : le traité de Rapallo de 1922

Partie 1 : Russie : La répudiation des dettes au cœur des révolutions de 1905 et de 1917
Partie 2 : 
De la Russie tsariste à la révolution de 1917 et à la répudiation des dettes
Partie 3 : 
La révolution russe, la répudiation des dettes, la guerre et la paix
Partie 4 : 
La révolution russe, le droit des peuples à l’autodétermination et la répudiation des dettes
Partie 5 : 
La presse française à la solde du tsar
Partie 6 : 
Les titres russes ont eu une vie après la répudiation
Partie 7 : 
Le grand jeu diplomatique autour de la répudiation des dettes russes

Notes

|1| Pour rappel, une Commission internationale de mise sous tutelle financière pour le paiement de la dette a été imposée en 1869 à la Tunisie, en 1876 à l’Égypte, en 1881 dans l’Empire ottoman et en 1898 à Grèce.

Eric Toussaint, docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

 

Source: http://www.cadtm.org/En-1922-nouvelle-tentative-de

Les USA dans la Première Guerre Mondiale: une leçon de fraude politique

Tenu à Paris sous le signe de l’amitié franco-américaine, le défilé du 14 Juillet a marqué le 100e anniversaire de l’engagement américain dans la Première Guerre Mondiale. Quelle est la vérité derrière cet engagement? L’expert de Sputnik Ernst Wolff a analysé les objectifs politiques et financiers de Washington à cette époque.

Dans le cadre de la célébration du 100e anniversaire de l’entrée en guerre des États-Unis dans la Première Guerre Mondiale, marquée en particulier par la participation de Donald Trump et de soldats américains au défilé du 14 Juillet à Paris, le chroniqueur et expert financier de Sputnik Deutschland Ernst Wolff, se lance dans l’analyse des objectifs politiques et financiers poursuivis par Washington et les avantages obtenus lors de la guerre. Selon lui, les résultats de la participation américaine sont impressionnants: la crise des marchés boursiers et la Grande dépression de 1929, qui a déstabilisé l’Allemagne et a ouvert la voie à l’arrivée au pouvoir des nazis.

Première Guerre Mondiale, planifiée à l’avance

La Première Guerre Mondiale a été déclenchée à la suite de l’assassinat de l’héritier du trône austro-hongrois Franz Ferdinand à Sarajevo, la capitale de la Bosnie, en juin 1914. Cependant, sa cause est étroitement liée à des «changements tectoniques» dans les relations entre les grandes puissances, écrit l’expert.

L’Empire britannique, première puissance mondiale au seuil du XXème siècle, éprouvait des difficultés financières importantes, principalement en raison de la Seconde Guerre des Boers. Proclamée en 1871 après la guerre franco-prussienne, l’Empire allemand est devenu un état industriel puissant. Les États-Unis ont également connu une croissance économique rapide.

Dans leur quête pour la domination mondiale, l’Allemagne et les États-Unis suivaient deux stratégies différentes: l’Allemagne menait ouvertement la guerre pour les matières premières, les marchés et les territoires tandis que les États-Unis agissaient avec modération, restant officiellement neutres, avec un gouvernement déclenchant une guerre dans le dos de la communauté internationale. Il a permis aux plus grandes banques américaines d’octroyer les crédits aux belligérants. Ces prêts militaires déguisés en «crédits commerciaux», produisaient non seulement des intérêts mais aussi des commandes pour une industrie militaire américaine croissante. C’est-à-dire que la guerre est devenue extrêmement lucrative pour l’élite financière des États-Unis.

Le Président Woodrow Wilson a gagné sa réélection en 1917, promettant à ses compatriotes que les États-Unis resteraient à l’écart de la guerre. Cependant, peu de temps après son investiture, la guerre a connu une tournure inattendue: on a eu l’impression que l’Allemagne pourrait la gagner. Wall Street a sonné l’alarme: les banques américaines avaient peur que la Grande-Bretagne, la France et l’Italie ne soient pas en mesure de rembourser leurs dettes. Cette situation a défini clairement qui possédait le pouvoir aux États-Unis: Wall Street demandait une guerre au Président.

Comment préparer le peuple à la guerre

Comment pourrait-il expliquer aux Américains pourquoi il a brusquement changé d’avis? Le 13 avril 1917, le Président Wilson a fondé le Comité d’information publique, dont le seul but était de préparer la population à la guerre.

Le secrétaire d’État, le ministre de la Guerre et le ministre de la Marine ont administré le Comité, appuyés par de grandes figures médiatiques, des milieux universitaires, et d’art. En fin de compte, il a demandé au Comité de créer des slogans patriotiques et de diffuser des information négatives envers l’Allemagne.

Par exemple, la presse publiait délibérément des rapports sur des atrocités commises par des soldats allemands. L’administration a distribué des affiches provocatrices dans l’ensemble du pays, qui devaient inculquer aux gens le sentiment que leur propre sécurité est menacée par le militarisme allemand. On a même impliqué Hollywood,  qui a contribué à la campagne avec des films tels que «Dans les griffes des Huns», «Kaiser — Bête de Berlin» et «Fils de p*te prussien».

Wall Street, vainqueur absolu de la guerre

La campagne a été couronnée de succès, en premier lieu en raison du faible niveau de formation de nombreux immigrants: leur position sociale difficile les rendait sensibles aux slogans simples et imagés de l’ennemi. Des centaines de milliers de jeunes chômeurs sont entrés dans les rangs de l’armée et espéraient assurer à la nation un avenir meilleur. Plusieurs dizaines de milliers d’entre eux ont trouvé la mort sur les champs de bataille en Europe.

En fin de compte, les États-Unis et leurs alliés ont vaincu l’Allemagne. Comme les alliés étaient insolvables en raison des dépenses militaires, le gouvernement américain a fait une nouvelle intervention: il s’est soucié d’inclure des engagements de réparation aux parties britannique, française et italienne dans le traité de Versailles. Cependant, ces réparations n’allaient pas aux victimes de la guerre: les gouvernements à Londres, Paris et Rome les envoyaient immédiatement aux banques américaines pour rembourser leurs dettes.

L’avidité de Wall Street ne s’est pas arrêtée là: car l’Allemagne ne pouvant pas payer les réparations, les banques américaines octroyaient de nouveaux prêts, cette fois-ci à l’ennemi déjà vaincu. Quand ils ont demandé leurs remboursements après la crise boursière de 1929, ils ont déstabilisé l’Allemagne et ont ainsi préparé le terrain pour la montée du Parti national-socialiste des travailleurs allemands.

Source:https://fr.sputniknews.com/international/201707201032303911-etats-unis-premiere-guerre-mondiale-expert-financier/

 

Seconde Guerre Mondiale: Quand la Pologne gomme l’histoire nationale

La complexité de l’histoire est ce qui fait la richesse d’un pays, sa base civilisationnelle. Il semble que nous entrions de pleins pieds dans une phase de barbarie rampante. La Pologne, comme beaucoup d’autres pays, ne semble plus parvenir à maîtriser cette complexité, l’époque a besoin de gentils qui soient uniquement gentils et de méchants avec de véritables têtes de méchants. L’histoire nationale est donc rabaissée à la hauteur de vue des nouveaux idéologues hollywoodiens.

La Pologne a ainsi décidé de modifier sa législation et de démolir environ 500 monuments de l’époque soviétique, dont plus de la moitié sont directement consacrés à la mémoire des soldats, officiers et de tous ceux morts pour libérer la Pologne de l’occupation nazie. Et l’on se demande ce que regrettent le plus les Polonais d’aujourd’hui, car à l’époque la question ne se posait pas: regrettent-ils d’avoir été libérés ou bien de l’avoir été non pas par les « amis américains qui seuls ont gagné la guerre« ?

L’histoire d’un pays civilisé est toujours complexe, comporte des instants de gloire, des moments que l’on préfèrerait oublier. Quelques grands hommes, beaucoup d’arrivistes. Les idéologies changent, mais l’Histoire reste, nous venons d’elle, tout comme nous la faisons. Ce rapport dialectique est très fragile, difficile à assumer et il semblerait que la Pologne n’y arrive plus. Elle a déjà adopté les lois de décommunisation permettant de justifier la russophobie par l’invocation du totalitarisme soviétique. Maintenant, elle remet en cause la mémoire des hommes et des femmes soviétiques qui ont lutté aux côtés des Polonais contre le seul ennemi de l’époque: les nazis. Car aujourd’hui, l’ennemi n’est manifestement plus le nazi, que l’on voit ressurgir en Europe de l’Est, au grand jour, dans les rues, sans aucune condamnation des instances de l’UE et même réhabilité par l’OTAN (sur la réhabilitation par l’OTAN de la collaboration nazie en Lettonie, voir notre article ici).

En 1944-1945, plus de 600 000 militaires de l’armée soviétique ont trouvé la mort en libérant la Pologne de l’occupation nazie. Les quatre grands maréchaux soviétiques qui participèrent à la Victoire, Joukov, Rokossovsky, Konev et Vassilievsky, furent faits en Pologne cavaliers de l’ordre Virtuti Militari de première classe. Rokossovsky avait des origines polonaises.

Mais suivant la grande vague de russophobie qui sert de ligne politique en Europe, le mois dernier, le Parlement polonais a décidé de modifier la loi de décommunisation afin de permettre la destruction de plus de 500 monuments de l’époque soviétique, dont plus de la moitié sont consacrés à la mémoire des morts soviétiques pour la libération de la Pologne contre les nazis.

Comment concrètement vont-ils faire la part des choses? Par exemple, la première armée polonaise était armée par les Soviétiques, elle comportait des soldats et des officiers polonais et soviétiques qui se battaient ensemble et sont morts en 1944. Les monuments à leur mémoire vont également être détruits? Ou bien seront-ils réécrits, subiront-ils eux aussi une « rénovation » qui permettra d’ôter toute mention à la participation soviétique?

Rappelons que les soldats morts étaient enterrés là où ils se trouvaient. Détruire ces monuments, c’est un peu comme détruire des cimetières.

Israel s’est prononcé contre cette mesure qui vise à la réécriture de l’histoire et remet en cause les conclusions du tribunal de Nuremberg. La Douma a adopté une résolution demandant aux instances européennes de réagir, le revanchisme que l’on remarque dans certains pays de l’Est comme la Pologne, l’Ukraine ou les pays baltes, de la part des collaborationnistes et néo-nazis est inadmissible en Europe. La député Iarovaya a estimé qu’une telle démarche est une insulte à la mémoire de tous les pays qui se sont battus pour libérer la Pologne.

Puisque le silence des instances européennes signifie non seulement leur consentement, mais leur complicité, leur « collaboration » une fois n’est pas coutume, le Ministère russe de la défense a retiré la mention secret défense de toute une partie des documents d’époque concernant la libération de la Pologne et ils sont tous en ligne, disponibles sur son site ici. Comment les Polonais ont accueilli et fêté les soldats soviétiques les libérant, comment ils ont aidé à enterrer les morts, comment ils ont construit les monuments et promis de garder vivante la mémoire de cette tragédie, pour que cela ne se reproduise pas.

Mais le temps passe, la mémoire est petit à petit effacée, pour faire place à une autre victoire, dans les salles de cinéma et dans les consciences populaires occidentales par la réécriture de l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale, pour donner aux Etats Unis le rôle qu’ils n’ont pas joué. Pour qu’à moindre frais, ils puissent être les libérateurs du Monde, puisqu’ils prétendent en être devenus les maîtres. Et tout petit chef qui ne sait user de son pouvoir a besoin d’un tableau « d’époque » à son effigie. (Sur la réécriture de l’histoire, voir notre texte ici)

Car finalement, l’enjeu est bien là. Celui de la réécriture de l’histoire, donc de la prise de pouvoir, de l’assise de son pouvoir d’influence, d’une magistrature morale. Tous ces monuments rappellent le rôle décisif joué par l’Union Soviétique dans la libération des pays européens et l’ampleur du sacrifice humain qui a été fait par l’URSS. Cela donne des droits et oblige. Détruire ces momuments, c’est au fur et à mesure vider la mémoire nationale de ces pays, l’épurer, pour laisser la place à une nouvelle histoire, celle de l’URSS combattant contre l’Europe et des Etats Unis défendant le « Monde libre » – contre la Russie. Puisque c’est cette fable que nos dirigeants veulent nous faire avaler afin de justifier des choix géopolitiques, qui contreviennent à l’intérêt des Etats européens.

Karine Bechet-Golovko

 

source: http://russiepolitics.blogspot.fr/2017/07/seconde-guerre-mondiale-quand-la.html

Le massacre de Thiaroye, une conséquence de l’esprit colonial ?

En 1857, Louis Faidherbe, gouverneur général de l’Afrique de l’Ouest Française, crée une unité de combat africaine destinée à compenser le manque d’effectifs de l’armée française. De sa création jusqu’en 1905, ces troupes sont constituées d’esclaves rachetés à leurs maîtres africains et « affranchis » pour servir sous le drapeau français, après quoi ils se compléteront de prisonniers de guerre et de volontaires, simples soldats et sous-officiers, venus de toute l’Afrique Occidentale Française.

Après 1905, les tirailleurs sénégalais servent de police et de troupes coloniales sur l’immense territoire de l’AOF. Excellents soldats, ils donneront leur pleine mesure au cours de la Première Guerre Mondiale, quand 161 250 d’entre eux combattront sur les fronts français les plus exposés, dont Verdun et la Somme. Leur bravoure devient rapidement légendaire et sera même, à ce titre, instrumentalisée par des publicitaires : même si cela a l’air de relever de la petite histoire, de façon symboliquement éclairante, l’image des tirailleurs sénégalais de la Grande guerre, à la fois extrêmement positive et entachée de paternalisme colonialiste, lancera en 1915 une boisson chocolatée qui entamera une ascension météorique en étant distribuée aux soldats français dans les tranchées. 1

L’utilisation de l’image de soldats africains par un produit ‘patriotique’ de grande consommation familiale définit leur statut et résume l’ambivalence colonialiste française : le tirailleur sénégalais est quelqu’un dont la France est fière et qu’elle plébiscite, mais qu’elle possède corps et âme, une mascotte « porte-bonheur » sans individualité qu’elle n’hésite pas à réduire à un grand sourire sur une étiquette et à un slogan en petit-nègre (en réalité en « français-tirailleur », à savoir un français simplifié à l’usage des troupes venues de divers pays d’Afrique et ne parlant ni la même langue, ni pour nombre d’entre eux, le français.)

De toute évidence, les officiers qui travaillent au contact direct des tirailleurs partagent la myopie de cette vision, ce qui peut au moins constituer un début d’explication à leur incompréhension et la violence de leur réaction face aux justes revendications des tirailleurs, bien sûr sans les justifier en quoi que ce soit.

 

Une sombre affaire de détournement de fonds

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tirailleurs prisonniers, 1940. Crédit photo : https://campvolant.com/2013/12/02/heros-et-bougnoules-un-crime-de-larmee-francaise-dans-lafrique-coloniale/

Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, 2 les tirailleurs passent quatre ans à trimer en Arbeit kommandos dans des camps de prisonniers allemands situés à l’extérieur du Reich, les Frontstalag.

A la Libération, ils rejoignent la caserne de Thiaroye, au Sénégal, via Morlaix.

Selon une circulaire du Ministère de la Guerre, l’intégralité de leur solde de captivité doit leur être versée, pour un quart lors du départ de la métropole et pour les trois-quarts restants à l’arrivée, au Sénégal.

Or, si le quart de solde du départ a peut-être été perçu par les soldats, le reste certainement pas. Des circulaires se croisent ; selon l’une, la solde aurait été intégralement versée en France. Une autre, immédiatement après, indique qu’elle n’a pas été réglée et demande qu’à l’avenir, l’intégralité de la solde « soit payée en métropole ». Là-dessus, des rapports d’inspection affirment qu’elle a bien été versée. Il s’avérera au bout du compte que le complément de solde n’a été réglé ni en France, ni au Sénégal. En réalité, les sommes dues aux soldats ont été détournées sans qu’à ce jour, on sache par qui ou comment. 3

Par la bêtise et la brutalité d’officiers français, l’affaire vire au drame

Le 28 novembre 1944, le général Dagnan, mis au courant des revendications de cinq cent soldats africains de la caserne de Thiaroye, s’y déplace. Quand les « mutins » bloquent sa voiture pour réclamer leur dû, il leur promet d’étudier leurs exigences et s’il y a lieu, de leur faire droit. Au lieu de quoi le malavisé Dagnan, pour qui le dialogue ou même une simple vérification du bien-fondé des doléances des soldats semble une impossibilité, passe à la préparation de représailles armées. Le général Yves de Boisboissel, un officier encore moins intègre, donne son accord à la répression et réunit à cet effet trois compagnies indigènes, deux bataillons d’infanterie et un peloton d’officiers et d’hommes de troupes pour le 1er décembre, date prévue des représailles.

Mais même des officiers colons ne peuvent pas faire tirer sans raison valable sur des hommes désarmés, même indigènes. Qu’à cela ne tienne, on concoctera une fausse histoire d’attaque armée de la part des « mutins » que des rapports de complaisance se chargeront de corroborer.

Heureusement pour le rétablissement actuel de la vérité historique, lesdits rapports, rédigés à la hâte, confus et contradictoires, ne résistent pas à l’analyse. Rien ne tient, ni les horaires, ni le nombre de cartouches et d’armes distribuées aux troupes de la répression, ni les armes inventées dont sont censément munis les « mutins », ni les ordres soi-disant écrits mais introuvables dans les archives, etc. Au contraire, l’examen attentif des pièces prouve une répression organisée, préméditée, et non une réponse imprévue à un « soulèvement spontané ».

De plus, lors d’une enquête des années 80 menée pour les besoins d’un film qui ne sera, au final, jamais tourné, les habitants de Thiaroye certifieront avoir vu des militaires creuser une fosse commune avant la soi-disant « mutinerie spontanée » du 1er décembre 44.

Un massacre absurde

Le 1er décembre au matin, les rapatriés reçoivent l’ordre de se réunir sur l’esplanade. Ils y seront accueillis par des tirs nourris d’artillerie, officiellement « en riposte » à leur attaque, en réalité totalement injustifiés. En outre, deux listes contradictoires d’armes soi-disant portées par les « insurgés » indiquent qu’ils n’étaient même pas armés de quoi que ce soit de plus dangereux que d’armes légères, voire de simples couteaux. Enfin, il semble, selon les rapports, qu’entre la moitié et les deux tiers du contingent de Thiaroye se soient retrouvés directement sous le feu de fusils mitrailleurs. Comme tout le reste de cette affaire où l’hypocrisie le dispute à la brutalité et à la stupidité de l’armée coloniale française, le nombre des morts est également sujet à controverses. Selon le rapport officiel, il y en aurait eu 35. Mais le décompte des hommes présents dans la caserne de Thiaroye fait débat : selon un rapport officiel, 400 des quelques 1700 tirailleurs de Morlaix en route pour le Sénégal avaient arrêté leur voyage à Casablanca et ne pouvaient donc se trouver à Thiaroye — ce que nient les commandants du navire de transport qui les rapatriait en Afrique, le Circassia.

Pour autant que les historiens arrivent à dégager des chiffres exacts en recoupant les sources, 1635 hommes étaient partis de Morlaix sur le Circassia et non les 1300 indiqués par l’acte d’accusation du 15 février 1945 contre les « mutins » de Thiaroye. Selon les commandants du Circassiaaucun n’avait arrêté son voyage à Casablanca ou ailleurs. 1300 contre 1635, il manque 335 hommes. C’est très probablement une approximation correcte du nombre réel des victimes du massacre.

Après le massacre, le procès truqué des « mutins » survivants

Sous l’autorité du général Dagnan, le sous-lieutenant Arrighi, de l’État-Major de la division Sénégal-Mauritanie, compile un dossier qui conduira à un acte d’accusation et au procès des tirailleurs « insoumis ». L’accusation la plus incongrue, celle de Boisboissel pour qui les tirailleurs voulaient « prendre des familles européennes en otage » ne sera pas retenue. Malgré ce reliquat de pudeur, l’instruction, clairement menée à charge, ira jusqu’à occulter volontairement l’appartenance de certains tirailleurs à la Résistance pour en faire des hommes désaxés par « l’intense propagande allemande » subie au cours de leur détention dans les stalags.

L’un des inculpés, Antoine Abibou, racontera s’être évadé du Frontstalag de Rennes et s’être rendu à Paris où, caché au sein d’une famille, il rejoint la Résistance. Le récit de Abibou a beau être étoffé de détails très précis, de noms et de dates, aucune vérification ne s’ensuivra ; il sera même accusé de mensonge et d’intelligence avec l’ennemi, et lourdement condamné.

L’armée coloniale française ayant tué sans aucun motif ni excuse possible des hommes qui servaient sous le drapeau, il lui faut couvrir ses errements au prix de n’importe quel mensonge, approximation ou déni.

Depuis, l’histoire d’Abibou a été vérifiée auprès des membres survivants de la famille de Paris qui l’avait recueilli. Antoine Abibou avait dit l’exacte vérité. C’était un résistant.

La suspicion envers les tirailleurs ne s’arrête toutefois pas à des rationalisations directement issues de la mauvaise conscience de l’armée française, il y entre aussi une bonne part de racisme colonialiste. Par exemple, certains des « mutins » portent sur eux des sommes dépassant les possibilités de simples soldats de l’AOF : immédiatement, on les soupçonne de les avoir volées. En réalité, ces hommes avaient tout simplement déposé le petit pécule gagné en tant que travailleurs forcés sur des comptes d’épargne français gérés par les Frontstalags.

Si ces officiers coloniaux n’avaient pas été aveuglés par des stéréotypes coloniaux, ils auraient au moins appris quelque chose au contact de leurs tirailleurs : les Africains ne sont pas des voleurs. Leur culture l’interdit.

Le 5 mars 1945, le jugement condamne six hommes à dix ans de prison avec dégradation militaire et interdiction de séjour en France, un à 7 ans et dégradation militaire, deux à 5 ans et dégradation militaire, trois à 5 ans, un à 4 ans, six à 3 ans, six à 2 ans, trois à 18 mois et six à 1 an. Les autres doivent verser une amende.

Le 17 avril 1945, le pourvoi en cassation est rejeté.

Deux ans et quelques plus tard, le 17 septembre 1947, à la suite d’une loi d’amnistie, des avis individuels d’amnistie permettent l’élargissement des dix-huit « mutins » de Thiaroye encore sous les verrous. Ce qui n’équivaut en aucune façon à une révision du procès, les amnistiés restant sous le coup d’accusations mensongères et coupables au regard de la loi. De plus, les hommes demeurent exclus de l’armée et leur grade ne leur est pas restitué.

73 ans après, un épilogue toujours en suspens

Le 9 mars 2015, François Hollande reconnaît enfin la culpabilité française dans le massacre de Thiaroye et l’innocence des tirailleurs tués ou condamnés et remet des archives qualifiées « d’intégrales » mais en réalité très partielles à la République du Sénégal. 4 Il y manque notamment les documents conservés aux Archives nationales de l’outre-mer (ANOM) et au Dépôt central d’archives de la justice militaire. Or, selon l’historienne Armelle Mabon, impossible de comprendre le déroulement des faits sans les pièces manquantes. Et, si Hollande a bien parlé de réparations, aucune démarche d’ouverture d’une révision du procès n’a été entamée. Quant aux réparations financières, à commencer par un simple règlement des arriérés de soldes et sans même parler de dommages et intérêts, est-il besoin de souligner le silence de l’Élysée ?

Une pétition de réclamation d’un procès en révision est ouverte ici.

Corinne Autey-Roussel

Photo de la page d’accueil : Tirailleurs sénégalais, carte postale 1914.

Pour aller plus loin : la synthèse de l’historienne Armelle Mabon

« Y’a bon » Banania
https://www.histoire-image.org/etudes/y-bon-banania

2 On les appelait les tirailleurs sénégalais
http://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/MOBE/51040

3 Le massacre de Thiaroye, par Armelle Mabon
http://ldh-toulon.net/le-massacre-de-Thiaroye-une.html

4 http://ldh-toulon.net/le-massacre-de-Thiaroye-une.html

 

Source: http://www.entelekheia.fr/massacre-de-thiaroye-consequence-de-lesprit-colonial/

L’épopée du Normandie-Niemen

En ces jours dédiés à la mémoire des combattants et victimes de la seconde guerre mondiale, nous allons revenir sur un épisode assez méconnu de l'histoire militaire française : le régiment Normandie-Niemen. Si l'on évoque souvent dans les grands médias la participation des Forces Françaises Libres au débarquement en Normandie, le rôle des aviateurs français sur le front de l'Est est étrangement négligé.

 

La genèse de l'escadron

Lorsque l'Allemagne attaque l'Union Soviétique le 22 juin 1941, le régime de Vichy rappelle le personnel de l'ambassade de France à Moscou. Parmi la délégation se trouve le lieutenant-colonel Luguet, attaché militaire de l'air, qui décide de gagner Londres. Il y rencontre le général De Gaulle à qui il expose sa vision du conflit : l'Allemagne ne parviendra probablement pas à vaincre la Russie. Luguet propose à De Gaulle d'envoyer un effectif symbolique de Français combattre aux côtés des troupes russes. Le Général est immédiatement séduit par l'idée. Il est alors en froid avec les Anglais et les Américains, un rapprochement avec les Soviétiques pourrait faire contrepoids à la domination anglo-saxonne. En outre, De Gaulle prépare aussi l'après-guerre où il aura besoin de l'appui du Parti communiste français, rentré en résistance en juin 1941.

Quel appui accorder aux Russes ? Les effectifs modestes des FFL (moins de 50000 hommes) empêchent d'envoyer une unité terrestre et les Anglais y sont opposés. Luguet insiste pour la constitution d'une unité aérienne composée de pilotes et de leurs mécaniciens. Les pilotes français seraient équipés et assistés par les Russes. En février 1942, De Gaulle donne son aval à Luguet pour parler à la mission soviétique à Londres. En mars, Staline approuve le projet ; il espère ainsi que De Gaulle plaidera pour l'ouverture d'un second front en Europe de l'Ouest.

Après quelques semaines de paperasserie soviétique, De Gaulle obtient la création d'un groupe de chasse autonome au sein de l'armée Rouge. Le dénommé " groupe de chasse n°3 " sera composé de 14 pilotes et d'une cinquantaine de mécaniciens tous volontaires. A noter que seuls 7 pilotes totalisent les 150 heures de vol requises ; les autres ont menti afin de pouvoir être acceptés. Par ailleurs, tous les sous-officiers sont nommés officiers, chose indispensable pour piloter en URSS.

 

Reste à trouver un nom plus clinquant à cette unité... Au sein des Forces Françaises Libres, les groupes aériens portent le nom d'une province française. Le commandant Pouliquen nommé à la tête de l'unité voudrait la baptiser du nom de sa région natale, la Bretagne, mais celui-ci est déjà pris ; on choisira la Normandie.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'arrivée en Russie

Fin 1942, les membres du nouvel escadron voyagent vers la Russie en passant par les pays du Levant. A leur arrivée sur la base d'Ivanovo, les Soviétiques surprennent les Français en leur laissant le choix entre des chasseurs Yak soviétiques et des Airacobra américains. Les Français optent pour les Yak, ce qui ravit leurs hôtes. Les pilotes seront formés pendant trois mois et demi sur Yak-7 et Yak-1. Après inspection en mars 1943, l'unité est déclarée apte à rejoindre le front et part pour la base de Polotniany Zavod où elle est intégrée à la 303ème division de l'Air soviétique. Dés lors, l'escadron ne cessera de se déplacer, stationnant sur pas moins de 25 bases différentes.

 

Les Français supportent mal le froid (-30°C) et pestent contre la nourriture et les conditions spartiates d'hébergement. Plus grave, ils rechignent à combattre systématiquement en groupe à la manière soviétique et peinent à se repérer dans l'immensité de la steppe russe ; le pilote Jean Rey est ainsi abattu en août 1943 après s'être égaré en zone occupée par les Allemands.

Les faits d'armes du Normandie-Niémen

Dans un premier temps, l'escadron a pour mission d'escorter des bombardiers soviétiques. Le baptême du feu a lieu le 5 avril 1943 quand une première rencontre avec la Luftwaffe se solde par deux appareils allemands abattus et le retour de tous les chasseurs et bombardiers à la base. Désormais, les combats et les pertes vont se succéder à un rythme soutenu et Londres devra envoyer des renforts dès le mois de mai. En juin, la Pravda évoque dans ses colonnes la bravoure des pilotes français décorés de " L'ordre de la guerre pour la patrie ".

 

Lors de la bataille d'Orel, du 12 au 19 juillet 1943, les Français aux commandes des nouveaux Yak-9 font 112 sorties, descendent 17 avions ennemis mais en perdent 6. Le commandant Tulasne, tué au combat, est remplacé par le commandant Pouyade.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le commandant Tulasne

 

 

En signe de reconnaissance de la présence française, le 14 juillet 1943 les Soviétiques acceptent que notre drapeau soit hissé durant quelques minutes au mât des couleurs. Le Groupe de Combat se voit dôté des nouveaux Yak-3 très performants. Les mécanos français, épuisés car trop peu nombreux, partent pour le Moyen-Orient en août. Ils sont remplacés par des mécanos russes, ce qui ne va pas sans poser des problèmes de communication mais permet aussi de tisser des liens forts entre Français et Soviétiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le commandant Pouyade avec ses mécanos russes

 

Les résultats sont là mais les pertes également : en six mois, 21 pilotes ont été tués, faits prisonniers ou ont disparu, 4 ont été blessés. Le Normandie est donc mis au repos pour quelques temps à Toula, au sud de Moscou. 33 pilotes arrivent d'Afrique du Nord entre décembre 1943 et février 1944, ce qui porte l'effectif total à 61 pilotes qui seront répartis dans 4 escadrilles.

En mars 1944, le Normandie repart au combat. Les pilotes français appuient l'offensive soviétique en Biélorussie et en Lituanie, qui enfonce les lignes allemandes de 400 kilomètres. Le 15 juin, alors qu'il effectue un vol de liaison, l'avion du lieutenant De Seynes s'enflamme. Il a alors ordre de s'éjecter en parachute mais De Seynes, accompagné d'un mécanicien russe qui en est dépourvu, refuse l'ordre et tente un atterrissage. Il s'écrase et les deux hommes meurent. Ils seront enterrés côte à côte. L'évènement fait le tour des journaux qui célèbrent l'amitié franco-soviétique. Le 21 juillet 1944, Staline en personne couronne le régiment du nom d'un fleuve lituanien qui a pu être franchi grâce à son rôle décisif : le Normandie devient alors le " Normandie-Niémen ".

 

Les pilotes français enchainent les victoires : le 16 juillet, ils abattent 29 avions allemands au cours d'une centaine de sorties, sans déplorer aucune perte. Le 22, 14 avions ennemis sont abattus en 56 sorties, encore une fois sans pertes... Fin novembre, le Normandie-Niémen est la première unité française à pénétrer sur le sol allemand en ancienne Prusse orientale. Le 28, les lieutenants De la Poype et Albert sont faits " Héros de l'Union soviétique ". Le 30 décembre 1944, la 200ème victoire du Normandie-Niémen est homologuée.

  Le lieutenant Roland de La Poype (1920-2012) a remporté 16 victoires homologuées

 

Un bilan glorieux

Début 1945, l'issue de la guerre ne fait plus de doute : l'Armée rouge se bat désormais à 18 contre 1 dans les airs ! Faute d'adversaires, le projet de transformation du régiment en division aérienne, incluant un second groupe de chasse et un groupe de bombardement, est avorté. De plus, tous les pilotes n'ont pas été remplacés et le commandant Delfino dissout 2 escadrilles pour pouvoir en conserver 2 à effectifs complets. Le lieutenant Georges Henry remporte la dernière victoire du régiment le 12 avril 1945.

A l'issue de 5240 missions et 869 combats, le régiment Normandie-Niémen a abattu 273 avions confirmés, 37 probables et endommagé 47 autres. Sur les 96 pilotes engagés, 45 sont morts au combat ou ont disparu. 4 pilotes seront faits " héros de l'Union soviétique " et vingt-et-un Compagnons de la Libération. Le régiment est décoré entre autres de la Légion d'honneur, de la croix de la Libération, de la médaille militaire avec 6 palmes et des ordres soviétiques du Drapeau rouge et d'Alexandre Nevski.

 

 

Après la capitulation allemande, Staline décide d'offrir à chaque officier français l'avion Yak-3 qu'il pilote. Les 40 aviateurs décollent le 15 juin et se posent au Bourget le 20 devant une foule immense. Les Yak sont réquisitionnés par l'Armée de l'Air. Le musée de l'Air et de l'Espace du Bourget en conserve le dernier exemplaire. La combativité du Normandie-Niémen n'a jamais été oubliée par les Russes, qui viennent régulièrement fleurir les tombes des pilotes tombés sur leur sol. Comme l'a écrit Max Schiavon, ces pilotes français n'ont certes pas changé le cours de la guerre mais ils ont offert une chose précieuse que la France libre avait alors à donner : des hommes et du courage.

50 vérités sur Antonio Maceo

Le “Titan de bronze”, figure emblématique de la Guerre d’indépendance de Cuba, est un symbole de la résistance à l’oppression et de l’aspiration du peuple cubain à la liberté.

 

1. Né le 14 juin 1845 à Majaguabo, près de Santiago de Cuba, de l’union de Mariana Grajales Coello, d’origine dominicaine, et de Marcos Maceo, originaire du Venezuela, Antonio de la Caridad Maceo Grajales, « fils de lion et de lionne » selon José Martí, est l’ainé d’une famille de 13 enfants.

 

2. En raison de son ascendance africaine, le jeune Antonio n’est pas autorisé à suivre des études, que le système colonial et ségrégationniste réserve aux blancs disposant d’un certificat de pureté de sang. Ses parents, petits propriétaires terriens, s’occupent de son éducation en l’inscrivant à des cours privés, après les journées de travail agricole dans la propriété de Las Delicias. Ils lui inculquent les valeurs morales et patriotiques qui l’accompagneront toute sa vie. Antonio apprend également le maniement des armes. Son parrain, Ascensio de Asencio, homme blanc et fortuné, l’aide à intégrer certains milieux sociaux, notamment la Loge Oriente, alors réservés aux gens de bien.

 

3. En 1866, Maceo épouse María Magdalena Cabrales Fernández, laquelle se dévouera corps et âme pour la cause défendue par son mari. Elle vouera une grande admiration à celui qui saura se montrer « aussi courageux dans la bataille que généreux dans la victoire avec l’ennemi battu ». En dépit des longues périodes de séparation dues à son engagement patriotique, Maceo portera un amour indéfectible à sa femme.

 

4. Le 10 octobre 1868 éclate la Première guerre d’indépendance de Cuba suite à l’Appel de Yara lancé par Carlos Manuel de Céspedes, Père de la Patrie. Toute la famille Maceo adhère au mouvement libérateur et fait le serment de lier son destin à celui de Cuba. Mariana Grajales, mère d’Antonio, crucifix en main, prononce des paroles qui marqueront l’histoire de Cuba : « A genoux, parents et enfants, devant le Christ qui fut le premier homme libéral à venir au monde, jurons de libérer la Patrie ou mourir ». Dénoncés aux autorités espagnoles pour leur engagement patriotique, les Maceo, qui paieront un lourd tribut dans la lutte pour l’indépendance, sont contraints de se réfugier dans la campagne aux côtés des révolutionnaires.

 

5. Antonio Maceo, alors âgé de 23 ans, se lance dans l’épopée émancipatrice. Sous les ordres du capitaine Juan Bautista Rondón, il réalise son premier combat le 12 octobre à Tí Arriba, soit deux jours après le déclenchement de la guerre d’indépendance. Le courage dont il fait preuve sur le champ de bataille lui vaut ses premiers galons de sergent. Son leadership naturel et son enthousiasme lui permettent de gravir rapidement les échelons. Ainsi, il est nommé lieutenant dès le 20 octobre 1868, à peine une semaine après son premier affrontement avec l’ennemi, et capitaine, le mois suivant. Il participe à de nombreux combats contre les soldats espagnols à El Cobre, El Cristo, Jiguaní, Cupeyales, Arroyo Blanco et Palmarito. Face à la supériorité militaire de l’armée coloniale, dotée des meilleurs canons et fusils, les mambises compensent leurs limites matérielles par une combativité hors normes, illustrée par les charges à la machette sous le feu de l’ennemi, qui deviendront rapidement la hantise des troupes espagnoles.

 

6. Maceo, humaniste et partisan des mêmes droits pour tous, libère les esclaves et les fédère autour du projet émancipateur d’une patrie souveraine et indépendante. Il s’en expliquera dans un courrier au Général espagnol Camilo García de Polavieja en juin 1881 : « J’aime toutes les choses et tous les hommes […]. C’est pourquoi l’intérêt de l’Humanité sera pour moi toujours supérieur à l’intérêt de race, quelle qu’elle soit, et c’est, en un mot, tout le bien que je souhaite à ma chère patrie. La conformité de l’œuvre avec la pensée : voilà la base de ma conduite, la norme de la pensée et l’accomplissement de mon devoir ».

 

7. Trois mois après son incorporation dans l’Armée rebelle, Antonio Maceo est nommé Commandant puis Lieutenant-colonel en janvier 1869 pour sa résistance tenace dans la défense de la ville de Bayamo, assiégée par les troupes du Capitaine général Valmaseda. Quelques mois plus tard, il affronte la douloureuse épreuve du deuil avec le décès de son père, alors sergent de l’armée de Libération, tombé au combat à San Agustín de Aguarás.

 

8. En 1870, le Major Général Máximo Gómez, chef des forces insurrectionnelles, qui deviendra le père spirituel de Maceo, décide de lui confier le commandement du Bataillon n°4. Connu pour son mépris du danger et de la mort, Maceo est blessé à plusieurs reprises au cours des combats de Majaguabo, Santa Rita et Nuevo Mundo.

 

9. En 1871, Antonio Maceo prépare l’invasion de Guantanamo avec Máximo Gómez. La même année, le Major Général le nomme chef des opérations de cette ville.

 

10. En 1872, Carlos Manuel de Céspedes, Premier Président de la République en armes, promeut Maceo au grade de colonel, lequel occupe provisoirement le commandement de la Division Cuba, en remplacement de Máximo Gómez. Dans un courrier à son épouse du 23 juin 1872, Céspedes ne tarit pas d’éloges à son sujet : « Gómez m’a présenté le colonel José Antonio Maceo. C’est un jeune mulâtre, de grande taille, solide, à l’air affable et d’un grand courage personnel ».

 

11. En 1873, en raison de ses multiples mérites obtenus lors des combats, notamment à El Zarzal, Maceo est nommé Général de Brigade par Céspedes et passe sous les ordres de Major Général Calixto García. En mars 1874, Maceo participe à la bataille de Las Guásimas sous le commandement de Máximo Gómez qui se scelle par un triomphe historique pour les indépendantistes. L’armée espagnole compte 1037 victimes parmi ses rangs. Il s’agit du plus lourd tribut payé par les forces armées ibériques dans toute l’Histoire des guerres d’indépendance. Du côté cubain, les pertes s’élèvent à 174 hommes.

 

12. En 1874, Maceo est nommé responsable des forces insurgées dans la zone de Villa Clara, suite au décès du Président Carlos Manuel de Céspedes lors de la bataille de San Lorenzo. Néanmoins, face à l’opposition de certains éléments révolutionnaires locaux qui refusent l’autorité d’un leader mulâtre et, de surcroît, issu d’autres contrées, il est contraint de retourner dans la région orientale pour prendre le commandement de la 2ème Division Cuba qui inclut les zones de Santiago de Cuba et Guantánamo, en remplacement du Général Calixto García, capturé par les Espagnols.

 

13. Quelque temps plus tard, en 1875, Maceo prend la tête de la 1ère Division Cuba. Néanmoins, cette fulgurante ascension militaire n’est pas du goût de certains leaders révolutionnaires, imprégnés de la culture raciste et colonialiste en vigueur dans un pays qui n’abolira l’esclavage qu’en 1886. Ces derniers questionnent la nouvelle responsabilité du « mulâtre » et certains accusent même Maceo de favoriser les hommes de couleur au sein de sa troupe, au détriment des hommes blancs. Le but de ces campagnes de discrédit est de semer la zizanie et la division et ternir son prestige conquis sur le champ de bataille.

 

14. Malgré les calomnies et les coups bas, Maceo obtient en 1877 le grade suprême de Major Général. Son nouveau titre ne l’empêche pas de montrer l’exemple au combat. Ainsi, en août 1877, il manque de perdre la vie dans la bataille de Mangos de Mejías où il est touché par six balles. Il mettra plusieurs semaines à retrouver ses pleines capacités avant de reprendre le chemin de la lutte armée.

 

15. La même année, Maceo s’oppose à la tentative de sédition de Santa Rita et réaffirme l’importance de présenter un front uni et discipliné face à l’ennemi, seule attitude capable de mener vers le triomphe du peuple et la victoire de l’indépendance. Dans un courrier au factieux Vicente García de juin 1877, Maceo rejette la proposition de ce dernier, le conjure de respecter l’autorité présidentielle et l’exhorte à prendre en compte les intérêts de la Patrie.

 

16. En raison des profondes divisions et des régionalismes funestes qui minent le mouvement révolutionnaire, certaines factions décident de déposer les armes et de négocier un armistice avec le général espagnol Arsenio Martínez Campos. De leur côté, les chefs militaires des provinces de Las Villas et de Camagüey refusent d’obéir au commandement général, à la grande colère de Maceo, et finissent également par se rendre. Le Pacte de Zanjón est finalement signé le 10 février 1878 et met fin à la Guerre des dix ans, sans pour autant que Cuba obtienne son indépendance. L’île dispose, tout au plus, d’une autonomie limitée. La victoire espagnole a un rude impact politique et psychologique sur les forces révolutionnaires. Dans un courrier du 19 janvier 1894 à José Martí, Antonio Maceo lui confessera que la capitulation de Zanjón fut l’un des épisodes les plus douloureux de son existence : « Trois fois dans ma vie tourmentée de révolutionnaire cubain, j’ai souffert les plus fortes émotions de douleur et de tristesse […] : [La perte de] mon père, le Pacte de Zanjón [et la perte de] ma mère ».

 

17. Loin d’abdiquer, Antonio Maceo refuse de déposer les armes et de s’avouer vaincu, rejetant le Pacte de Zanjón conclu sur des « bases déshonorantes ». Dans une missive à Martínez Campos du 21 février 1878, il l’informe que les régions de « l’Orient et de Las Tunas, qui se trouvent en condition de lutter, rejettent de Résolution de la Junte du Centre », qui a signé la capitulation. En mars 1878, le Colonel Federico Incháuste gui fait parvenir une missive à Maceo, au nom des capitulards du Centre, dans laquelle il sollicite une rencontre urgente et l’invite à accepter les termes de la reddition de Zanjón. Dans une réponse cinglante du 13 mars 1878, le général refuse la rencontre qu’il qualifie d’inutile : « Si elle est destinée à soulager votre conscience du poids qui doit vous écraser à cette heure, la Patrie aura, quand le moment sera venu, – sans doute très bientôt – son tribunal où il vous sera facile de le faire ».

 

18. Le 15 mars 1878, il rencontre le général Martínez Campos à Mangos de Baraguá et lui fait part de son rejet du Pacte de Zanjón qui ne répond pas à deux revendications fondamentales du mouvement révolutionnaire : l’indépendance de Cuba et l’abolition de l’esclavage. Récusant la résignation à la défaite, il oppose alors à l’armistice la Protesta de Baraguá et annonce la reprise des hostilités dès le 23 mars 1878, puisque l’Espagne a refusé de faire « des propositions de paix plus honorables ». L’insoumission de Baraguá reste aujourd’hui le symbole par excellence des aspirations du peuple cubain à la liberté, à la dignité et à l’indépendance.

 

19.  Maceo a toujours eu un haut sens de l’honneur. Lorsqu’un chef rebelle lui propose de profiter de la rencontre avec Martínez Campos pour le capturer, ce dernier lui oppose un refus cinglant : « Je ne veux pas la liberté de Cuba au prix du déshonneur ».

 

20. Suite à la Protesta de Baraguá, une nouvelle Constitution voit le jour et le Gouvernement provisoire de l’Orient, en représentation du peuple insoumis de Cuba, est créé, dans lequel Maceo occupe le poste de Second du Major Général García. Une seule issue est possible : la victoire ou la mort. Refusant la capitulation de Zanjón, Antonio Maceo entreprend à partir de septembre 1879 la « Petite Guerre ». Il lance l’Appel de Kingston avec Calixto García appelant les Cubains à prendre les armes contre l’oppresseur espagnol, même s’il ne participe pas aux combats. Sa première tentative de débarquement à partir de la République dominicaine à la tête de 34 expéditionnaires échoue en juillet 1880.

 

21. Maceo est contraint de se réfugier au Honduras en juin 1881. Il intègre alors l’armée hondurienne en tant que Général de division et se retrouve à la tête du Commandement militaire de Tegucigalpa, la capitale. En 1882, il est nommé vice-président du Tribunal suprême de Guerre et Commandant des ports Puerto Cortés y Omoa.

 

22. Entre 1884 et 1886, Maceo jette les bases d’un accord avec Máximo Gómez afin de reprendre la guerre d’indépendance à Cuba. Mais il n’arrive pas à fédérer les forces vives autour du nouveau projet émancipateur. José Martí, héros national et leader de la seconde guerre d’indépendance, s’opposa notamment à l’initiative, jugeant que les conditions d’un soulèvement armé n’étaient pas réunies.

 

23. Lorsqu’en 1884, Antonio Maceo apprend que certains propriétaires terriens, soucieux de protéger leurs intérêts, ont relancé la campagne en faveur d’une annexion de Cuba aux Etats-Unis, il écrit un courrier depuis le Honduras à José Dolores Poyo, directeur du journal El Yara de Key West, en Floride. Dans sa missive, le Général rappelle son engagement indéfectible en faveur de la liberté de son île natale : « Cuba sera libre quand l’épée rédemptrice aura jeté à la mer ses ennemis […]. Mais qui tentera s’emparer de Cuba recueillera seulement la poussière du sol noyé dans son sang, s’il ne périt pas dans la lutte. Cuba a de nombreux enfants qui ont renoncé à leur famille et au bien-être, pour conserver l’honneur et la Patrie. Nous périrons avec elle, plutôt que d’être de nouveau sous le joug de l’asservissement. Nous voulons l’indépendance et la liberté ».

 

24. En 1888, Antonio Maceo informe José Martí de sa disposition à contribuer à la « Guerre nécessaire » qui débutera en 1895. Dans une missive du 4 janvier, il lance un appel à l’union de toutes les forces patriotiques : « Aujourd’hui comme hier, je pense que tous les Cubains, sans distinctions sociales d’aucune sorte, doivent déposer sur l’autel de la patrie esclave et chaque jour plus malheureuse, toutes nos dissensions et tous les germes de la discorde que les ennemis de notre noble cause ont pu sournoisement semer dans nos cœurs ». L’Apôtre cubain est frappé par la lucidité du chef militaire : « Il faut accorder du crédit à ses propos, car Maceo dispose d’autant de force intellectuelle que de force physique […]. Sa pensée est ferme et harmonieuse ».

 

25. En janvier 1890, Maceo est autorisé à rentrer à Cuba pour régler des affaires personnelles. Lors d’un banquet donné à son honneur à Santiago de Cuba le 29 juillet 1890, l’un des invités, José Hernández Mancebo, fait part de sa conviction que le destin de Cuba est fatalement lié aux Etats-Unis : « Cuba sera, par la force des circonstances, une étoile de plus dans la grande constellation américaine ». Maceo, attentif au propos, ne manque pas de lui répliquer : « Je crois, jeune homme, même si cela me semble impossible, que ce serait le seul cas où je m’allierais aux Espagnols ». Peu de temps après, Maceo, impliqué dans le projet « Paix du Manganèse » destiné à déclencher un soulèvement, est expulsé par les autorités royales.

 

26. Antonio Maceo décide de s’installer au Costa Rica à partir de 1891. Il y établit une colonie agricole nommée Nicoya qui accueille tous les patriotes cubains ayant au cœur l’indépendance de Cuba, tels que José Maceo, Flor Crombet ou Agustín Cebreco. La monarchie espagnole tente de l’assassiner à plusieurs reprises.

 

27. En 1893, débute une collaboration étroite avec José Martí, qui rend visite à Maceo au Costa Rica en tant que secrétaire général du Parti révolutionnaire cubain. La rencontre permet de jeter les bases du Plan de Fernandina. Le projet consiste à organiser un débarquement armé à Cuba en 1894 à partir du port de Fernandina en Floride, depuis le Costa Rica où se trouve alors Maceo et de République dominicaine où réside Máximo Gómez. Mais le plan échoue suite une dénonciation, entrainant l’intervention des autorités étasuniennes qui confisquent armes et matériel.

 

28. Le 24 février 1895, sous l’égide de José Martí, guide moral des indépendantistes, éclate la Seconde guerre d’indépendance qui allait libérer Cuba du joug espagnol. Antonio Maceo et Flor Crombet débarquent sur l’île avec un petit groupe de combattants à Duaba, dans la zone orientale de Baracoa le 1er avril 1895.

 

29. Maceo intègre plusieurs éléments révolutionnaires et renforce son groupe de combat. Le 10 avril, sa troupe subit un sérieux revers face à l’armée espagnole. Flor Crombet perd la vie au combat et plusieurs chefs tombent entre les mains de l’ennemi. Maceo se retrouve seul, sans nourriture, et doit réaliser une marche épuisante de près de 200 kilomètres pour rejoindre, huit jours plus tard, un campement à Vega Vellaca.

 

30. Le 5 mai 1895, Antonio Maceo retrouve José Martí et Máximo Gómez lors d’une rencontre historique à La Mejorana. Les trois principales figures de la Guerre d’indépendance établissent ensemble la stratégie de combat. Maceo est chargé du commandement dans la province orientale. Il crée la Division n’°1 dirigée par son frère José et jette les bases de la Division n°2 quelque temps plus tard. Maceo et ses hommes remportent d’importants combats à Jobito, Sagua de Tánamo, Aguas Claras, Jiguaní, entre autres. Ils ne laissent aucun répit aux soldats espagnols et attaquent même les trains qui font la liaison entre Caimanera et Guantanamo.

 

31. En septembre 1895, Antonio Maceo est nommé Lieutenant général de l’Armée de libération par l’Assemblée constituante de Jimaguayú, devenant ainsi le second chef militaire après le Général en chef Máximo Gómez. Tous les généraux sont ainsi sous ses ordres. Gómez décide d’étendre la guerre, alors confinée à l’Est de Cuba, à toute l’île et d’entreprendre l’invasion de la partie occidentale du territoire.

 

32. En octobre 1895, Maceo part avec ses hommes de Mangos de Baraguá, lieu symbolique, en tant que Commandant en chef de l’Armée d’invasion. Sa mission est de rendre la guerre insupportable à la Couronne espagnole – qui a juré de conserver Cuba quitte à sacrifier « jusqu’au dernier homme et jusqu’à la dernière pésète » - tant d’un point de vue économique qu’humain. Les combats de guerre de guérilla sont d’une grande violence et les révolutionnaires pratiquent la politique de la terre brûlée afin de ruiner les finances espagnoles.

 

33. La généralisation de la guerre révolutionnaire à tout le pays constitue la plus importante campagne militaire de l’Histoire des guerres d’indépendance latino-américaines. Les 4 000 combattants mambis doivent faire face à près de 10 000 soldats espagnols, dotés des armes les plus modernes, dans ce qui est la guerre d’indépendance la plus longue et la plus sanglante de l’Amérique latine.

 

34. En décembre 1895, Maceo retrouve Máximo Gómez pour lancer l’offensive dans la zone de Las Villas. La bataille historique de Mal Tiempo scelle une importante victoire des révolutionnaires sur les troupes coloniales, qui subissent de lourdes pertes, et ouvre la voie vers la capitale.

 

35. Le 1er janvier 1896, les troupes mambises de Maceo et Gómez arrivent à La Havane. Maceo est chargé de poursuivre la lutte dans la province de Pinar del Río afin de prendre le contrôle de l’intégralité du territoire. Quant à Gómez, il se s’occupe de la campagne militaire à La Havane.

 

36 Le 22 janvier 1896, les troupes de Maceo atteignent Mantua, point culminant de l’invasion, après un périple de trois mois, jour pour jour, depuis le départ de Mangos de Baraguá. Che Guevara, qui réalisera la même traversée 52 ans plus tard, en 1958, à la tête de la colonne Ciro Redondo, lors de l’offensive finale contre la dictature de Fulgencio Batista, exprimera son admiration envers Maceo : « Pour réaliser cela, il faut un immense pouvoir d’organisation, une immense foi en la victoire et en la capacité de lutte de ses hommes, et un pouvoir de commandement pour l’exercer jour après jour, durant des années de lutte, dans des conditions extrêmement difficiles ».

 

37. Après avoir pris le contrôle du territoire, le Titan de bronze décide de retourner à La Havane afin de poursuivre les combats, en compagnie de Gómez et du Général de Brigade Quintín Bandera, face à l’ennemi qui oppose une résistance farouche. Néanmoins, dans un courrier de juin 1896 à Gómez, Maceo dénonce l’incurie du Gouvernement révolutionnaire qui a abandonné les patriotes à leur sort : « A ce jour, je n’ai reçu aucune ressource, absolument aucune. Je suis en train de faire la guerre avec ce que j’ai pris à l’ennemi […]. Comme vous le savez, dans ce Département [La Havane], se trouvent les plus importants contingents de l’Armée espagnole […]. J’ai défendu cette province, morceau par morceau, contre un ennemi imposant en nombre, fort et bien dirigé par ses principaux chefs ». Dans un autre échange épistolaire avec le patriote Federico Pérez Carbó de juillet 1896, Maceo fait part de son amertume : « Il semble que ni le Secrétaire général ni le Gouvernement n’ont pris en compte l’importance de l’invasion, pour me soutenir à temps. En revanche, ils l’ont fait avec les enfants gâtés de la fortune, vis-à-vis desquels on multiplie les privilèges et les erreurs préparant ainsi les désillusions. J’ai eu à Las Villas et ici jusqu’à 75 000 soldats contre moi, dirigés par les meilleurs chefs de l’armée ennemie. Il n’y a pas un morceau de terre ici qui ne soit pas inondé de sang cubain et espagnol. Même la campagne de 1871 n’a pas été aussi rude pour moi ». Dans une autre missive écrite le même mois à José M. Rodríguez, Maceo dénonce une nouvelle fois l’attitude du gouvernement : « Sans le courage, l’abnégation et l’habileté démontrés par chaque homme des forces de ce Département, la Révolution aurait échoué ici, alors que les messieurs du Gouvernement regardaient depuis leur éminence, avec une impassible indifférence, le sacrifice que faisait cette armée sans secours ni autre aide que ses propres efforts, pour se sauver du naufrage […]. De quel genre d’éléments se compose notre Gouvernement […] ? Même le patriotisme ne les a pas amenés à offrir une aide immédiate à ses frères d’ici, qui succombaient tels des héros […] [Il vaut mieux] fermer les yeux face à tant de bassesses et de misères, qui ont amené le Gouvernement à agir de la sorte. Il portera en la responsabilité, face à l’Histoire ».

 

38. L’optimisme et l’abnégation, qui sont des caractéristiques de la personnalité de Maceo, lui permettent de faire face à l’adversité. Dans une déclaration au quotidien The Star de Washington en janvier 1896, il déclare que « l’armée cubaine est pleine d’enthousiasme ». Il exprime à maintes reprises sa foi en la victoire finale : « Je ressens en moi, dans mon sang, le triomphe de notre cause. Si je me décourageais, je mourrais dans l’instant même qui hébergerait ces doutes. […]. Je me sens de plus en plus disposé à résister contre la nature et contre les hommes qui s’opposent à la réalisation de nos objectifs politiques. Je vaincrai ». Dans un courrier au patriote José Dolores Poyo, Maceo lui fait part de son optimisme : « Cuba est en train de conquérir son indépendance avec le bras et le cœur de ses enfants. Elle sera bientôt libre ». En novembre 1896, il fait part de sa résolution au journaliste étasunien Clarence King : « Toutes ces difficultés et ces attaques n’effrayent pas notre vaillante armée. Au contraire, elles stimulent son héroïsme et lui insufflent une plus grande foi, si cela est possible, dans le triomphe définitif de nos armes ».

 

39. En mars 1896, Maceo lance une nouvelle campagne militaire dans la région de Pinar del Río et doit faire face à l’arrivée du nouveau Capitaine Général espagnol, Valeriano Weyler, à la tête de 20 000 hommes. Ce dernier s’illustre par sa cruauté et sa politique génocidaire de concentration des populations, dans le but de couper tout lien entre les habitants et les révolutionnaires. Près de 30% des paysans cubains perdront la vie dans les camps de concentration créés dans villes, notamment dans la zone occidentale. Ces pratiques suscitent l’indignation de Maceo qui dénonce, dans une missive du 21 avril 1896 au quotidien étasunien World, « la boucherie contre des gens sans défense » et « les familles innocentes assassinées tous les jours ».

 

40. Les Etats-Unis, opposés à l’indépendance de Cuba, n’attendent que l’opportunité idéale pour intervenir et s’emparer du « fruit mûr ». Maceo est conscient de cette réalité. Dans une missive du 14 avril 1896 à Tomás Estrada Palma, alors secrétaire général du Parti Révolutionnaire cubain, il rejette toute idée d’intromission étrangère dans la guerre de libération de Cuba : « Nous n’avons pas besoin d’une telle intervention pour triompher ». En juillet 1896, Maceo fait parvenir un courrier au colonel Federico Pérez Carbó dans lequel il rappelle une nouvelle fois le danger que représentent pour l’indépendance de Cuba les velléités expansionnistes des Etats-Unis : « Je n’ai jamais rien attendu de l’Espagne qui nous a toujours méprisés […]. La liberté se conquiert avec le fil de la machette, on ne la quémande pas. Mendier des droits est du ressort des lâches incapables de les exercer. Je n’attends rien non plus des Américains. Nous devons tout obtenir par nos propres efforts. Il est préférable de se lever ou de tomber sans leur aide que de contracter des dettes de gratitude avec un voisin si puissant ». Dans un autre courrier au révolutionnaire Alberto Díaz, il réitère sa mise en garde : « La reconnaissance de notre belligérance [par les Etats-Unis] ne me semble pas si importante que cela. De la même manière, l’intervention américaine ne me paraît pas bénéfique pour l’avenir de Cuba, comme le supposent la majorité de nos compatriotes. Je crois plutôt que le secret de notre triomphe définitif se trouve dans l’effort des Cubains qui travaillent pour la patrie indépendante, qui s’accompagnera du bonheur seulement si nous l’obtenons sans cette intervention ».

 

41. Maceo est un internationaliste convaincu, solidaire de toute l’Amérique latine. Dans un courrier à Anselmo Valdés daté du 6 juin 1884, il lui fit part de son intention de lutter pour l’indépendance de Porto Rico : « Quand Cuba sera indépendante, je demanderai alors au Gouvernement l’autorisation pour libérer Porto Rico, car je n’aimerais pas déposer l’épée en laissant cette portion de l’Amérique sous l’esclavage ». Maceo partage l’idéal humaniste de José Martí pour « l’indépendance absolue de Cuba, non comme fin unique, mais comme condition indispensable pour d’autres fins ultérieures plus conformes à l’idéal de la vie moderne […], avec la loyauté du citoyen qui se doit à la Patrie et avec l’honorabilité et la pureté des objectifs de l’homme, qui se doit avant tout à l’Humanité ».

 

42. Maceo n’a jamais exprimé d’ambitions politiques personnelles. Il était au service d’une cause : « Nous ne travaillons pas principalement pour nous, pour l’actuelle génération. Bien au contraire, nous luttons surtout pour le triomphe du droit de toutes les générations qui se succèderont à Cuba, et nous n’avons jamais cru qu’il fallait compromettre le bonheur de la majorité pour une heure de vanité ou d’égoïsme ».

 

43. Face à la conspiration de 1896 destinée à renverser le Général en Chef Máximo Gómez, élaborée par certains éléments de la partie centrale et orientale de l’île, Maceo rejette les propositions qui lui sont faites de remplacer le stratège dominicain et réaffirme sa loyauté au leader militaire.

 

44. L’intromission du Conseil de gouvernement en armes dans les affaires militaires contraint Maceo à retrouver Máximo Gómez à San Pedro en décembre 1896 afin de faire face à la crise politique qui met en péril l’entreprise révolutionnaire. Ce déplacement dans la région de la capitale scellera le sort du Lieutenant-Général.

 

45. Le 6 décembre 1896, à San Pedro, dans la province de La Havane, Maceo et ses hommes, qui préparent une offensive sur Marianao, une banlieue de la capitale, sont surpris par les troupes espagnoles qui lancent une attaque contre le campement rebelle. Lors de la contre-offensive du 7 décembre, Maceo est atteint par un tir à la tête et meurt au combat à l’âge de 51 ans, avec plusieurs de ses hommes. Son aide de camp, Francisco Gómez Toro, fils de Máximo Gómez, alors âgé de 21 ans, ne se trouvait pas en sa compagnie lors du moment fatal. En apprenant la nouvelle, il se rend seul pour récupérer le corps de son chef et tombe sous les balles espagnoles, dans un geste ultime de fidélité.

 

46. Dans une missive de condoléances à son épouse María Cabrales, Máximo Gómez exprime sa profonde douleur : « Avec la disparition de cet homme extraordinaire, vous perdez le doux compagnon de votre vie. Quant à moi, je perds le plus illustre et le plus courageux de mes amis et l’armée de Libération perd la figure la plus éminente de la Révolution ».

 

47. Homme d’action et de convictions, Maceo a également été un homme de pensée comme le rappelle Eusebio Leal, l’historien de La Havane : « Plongé dans la lecture des grands poètes et hommes de lettres de son temps, il a acquis la culture que n’offrait ni l’université ni l’école, mais sa propre volonté. En plus de la presse, ses lectures favorites étaient les œuvres de Victor Hugo, le penseur le plus solide de l’époque, que Martí avait connu lors de sa brève visite en France, la poésie de l’Allemand Heine, les poètes cubains, surtout José María Heredia, qui l’impressionnait tant […]. Il croyait en la nécessité de la culture et de l’information pour commander et diriger ».

 

48. Lors du centenaire de la « Protestation de Baraguá », Fidel Castro saluera la résistance de Maceo : « Il a laissé un héritage gigantesque à notre peuple avec cette attitude […] L’esprit patriotique et révolutionnaire de notre peuple a atteint son sommet » avec Maceo. Un monument à sa mémoire a été érigé à San Pedro, où il a livré son ultime combat pour la libération de sa patrie.

 

49. Le poète cubain Manuel Navarro Luna lui dédia un poème en hommage à son héroïsme :

« Si vous parlez de la Patrie, de la douleur et de la vaillance

De la marche affamée et du chemin sinueux et rugueux

De la gloire dans la blessure et de la gloire dans le sang

 De l’incessante lutte longue et sanglante […]

 Vous devez parler du Général Antonio ! »

 

50. Le « Titan de bronze » – ainsi le surnommaient les Cubains en raison de sa force et de sa peau dorée –, a été un combattant exceptionnel, doté d’une intelligence tactique extraordinaire. Reconnu pour sa bravoure à la limite de la témérité et son désintéressement, sans ambition politique personnelle, toujours en première ligne de combat, comme l’attestent ses 26 blessures de guerre, il a toujours prêché par l’exemple et a participé à plus de 600 batailles durant les trente années de sa vie dédiées à la liberté de Cuba. Partisan de l’égalité pour tous, héros de la guerre d’indépendance, il reste aujourd’hui un symbole de l’insoumission, de la dignité et de la lutte pour la souveraineté et la liberté de Cuba.

 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet.

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

 

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

Le discours qui a déterminé le destin de John F. Kennedy ? (encore d’actualité aujourd’hui !)

Le 27 avril 1961 à New York devant les plus importants éditeurs de journaux du pays John F. Kennedy a fait un discours hors du commun concernant « une grande menace ». Il a parlé du « grand danger que l’annonce d’un besoin accru de sécurité (…) soit utilisé pour élargir sa portée jusqu’aux limites extrêmes de la dissimulation et de la censure officielle », et cela « à cause d’une conspiration monolithique, c’est-à-dire uniforme ou extrême et implacable, à laquelle on se trouve confronté sur toute la terre ». Il a demandé aux journaux d’alerter le peuple américain et de l’informer sur tout et sans restrictions.

Vous n’avez probablement jamais entendu parler de ce discours et encore moins lu à son sujet dans la presse du mainstream. Le contenu de ce discours était tellement explosif qu’il a très probablement déterminé le destin mortel que Kennedy a subi le 22 novembre 1963 à Dallas. Ecoutez maintenant en traduction française des extraits du discours de Kennedy, qui peut avoir déterminé son destin et n’a rien perdu en importance ni en actualité.

« Même aujourd’hui, il est peu justifié d’assurer la survie de notre nation si nos traditions ne survivent pas avec elle. Et il y a un danger très grave qu’un besoin annoncé de sécurité accrue soit l’opportunité que saisiront ceux qui cherchent à étendre sa portée aux limites extrêmes de la dissimulation et de la censure officielle. Voilà ce que je n’ai pas l’intention de laisser faire dans la limite de mes pouvoirs. Et aucun membre de mon gouvernement, qu’il soit de rang élevé ou bas, qu’il soit civil ou militaire, ne devrait interpréter mes paroles ici ce soir comme une justification pour censurer la presse, étouffer la dissidence, cacher nos erreurs ou taire au public et à la presse les faits qu’ils méritent de connaître. Mais je demande à tout rédacteur, à tout éditeur, à tout journaliste dans ce pays de réexaminer ses propres principes moraux et de reconnaître la nature du péril qui menace notre pays. (…)

Cela requiert un changement de perspective, un changement de tactique, un changement de missions, de la part du gouvernement, du peuple, de tout homme d’affaire ou chef d’entreprise et de tout journal. Car nous sommes confrontés dans le monde à une conspiration monolithique et implacable qui repose essentiellement sur des moyens secrets pour étendre sa sphère d’influence : sur l’infiltration plutôt que sur l’invasion, sur la subversion plutôt que sur des élections, sur l’intimidation plutôt que sur le libre choix, sur des guérillas de nuit plutôt que sur des armées en plein jour.

C’est un système qui a mobilisé de vastes ressources humaines et matérielles dans la construction d’une machinerie très efficace et au maillage très serré qui combine opérations militaires, diplomatiques, économiques, scientifiques, politiques, et des services secrets.

Leurs plans sont dissimulés, non publiés. Leurs erreurs sont cachées, non affichées. Leurs dissidents sont réduits au silence, pas complimentés. Aucune dépense n’est remise en question, aucune rumeur n’est imprimée, aucun secret n’est révélé. En un mot ils conduisent la Guerre froide avec une discipline de guerre à laquelle aucune démocratie ne pourrait jamais espérer ou désirer correspondre. (…)

Je ne demande pas à vos journaux de soutenir le gouvernement mais je vous demande votre aide dans la tâche énorme d’informer et d’alerter le peuple américain. Car j’ai toute confiance en la réponse et le dévouement de nos citoyens dès lors qu’ils sont pleinement informés. Non seulement je ne pourrais pas réprimer la controverse parmi vos lecteurs, mais je dis qu’elle est la bienvenue. Mon gouvernement a l’intention d’être franc concernant ses erreurs car comme un homme sage a dit un jour : « Une erreur ne devient une faute que lorsqu’on refuse de la corriger. »

Nous avons l’intention de prendre la pleine responsabilité de nos erreurs. Et nous attendons de vous que vous les pointiez du doigt quand elles nous échapperont. Sans débat, sans critique, aucun gouvernement et aucun pays ne peuvent réussir, et aucune république ne peut survivre. C’est pourquoi le législateur athénien Solon décréta que c’était un crime qu’un citoyen se dérobe à la controverse. Et c’est pourquoi notre presse est protégée par le Premier Amendement (c’est le seul business en Amérique spécifiquement protégé par la Constitution), pas en premier lieu pour amuser ou divertir, pas pour exacerber ce qui est futile et sentimental, pas pour simplement « donner au public ce qu’il veut », mais pour informer, réveiller, réfléchir, faire état des dangers et des opportunités, montrer nos crises et nos choix pour mener, façonner, éduquer l’opinion publique et parfois même provoquer sa colère. Cela signifie une plus vaste couverture et analyse des nouvelles internationales (car aujourd’hui l’information n’est plus lointaine et étrangère mais à portée de main et locale). Cela signifie une attention accrue à une compréhension améliorée des actualités autant qu’une meilleure transmission. Et cela signifie, enfin, que le gouvernement à tous les niveaux, doit remplir son obligation de vous fournir l’information la plus complète possible en limitant le plus possible les restrictions dues à la sécurité nationale. (…)

C’est donc de la machine à imprimer (la mémoire des actions des hommes, la gardienne de leurs consciences, la messagère de leurs nouvelles) que nous attendons la force et l’assistance, qu’elle nous donne confiance qu’avec votre aide l’homme sera ce pour quoi il est né : libre et indépendant. »

Liens : http://www.expresszeitung.com
https://www.jfklibrary.org/Research/Research-Aids/JFK-Speeches/American-Newspaper-Publishers-Association_19610427.aspx

 

Source: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

Guerre des 6 jours, occupation de 50 ans : que s’est-il réellement passé en juin 1967 ? (Norman Finkelstein)

Dans la première partie d’un long entretien en trois parties à l’occasion du 50e anniversaire de la guerre israélo-arabe de juin 1967, l’auteur et universitaire Norman Finkelstein déconstruit les mythes persistants qui entourent cette confrontation historique – des mythes qui ont soutenu l’occupation israélienne des territoires palestiniens qui en a résulté.

 

Source : http://therealnews.com/t2/story:19230:Six-Day-War%2C-50-Year-Occupation%3A-What-Really-Happened-in-June-1967%3F

 

 

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr 

Norman G. Finkelstein a obtenu son doctorat en 1988 au Département de la politique de l’Université de Princeton. Il enseigne actuellement au Centre de l’Université de Sakarya pour les études sur le Moyen-Orient en Turquie. Finkelstein est l’auteur de dix livres qui ont été traduits en 50 éditions étrangères.

 

Transcription :

 

Aaron Mate : Voici l’émission The Real News, je suis Aaron Mate. Le 5 juin marque le 50eanniversaire de la guerre de 1967 entre Israël et les États arabes voisins. En six jours de conflit, Israël a capturé le Sinaï égyptien, les hauteurs du Golan syrien, la Cisjordanie et la bande de Gaza. A l’exception du Sinaï, Israël contrôle toujours tous ces territoires. De fait, l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et de Gaza est la plus longue des temps modernes. Dans cette première partie, nous allons étudier ce qui s’est passé en 1967. Mais ce n’est pas seulement une leçon d’histoire. Le récit dominant de 1967 est qu’Israël a fait face à une menace existentielle, qu’il a mené une guerre défensive et qu’il ne voulait pas occuper des terres arabes. Ce récit a été utilisé à maintes reprises pour justifier la violence et la répression d’Israël dans les territoires occupés, et il est donc important que nous comprenions bien l’histoire réelle et rectifions ceux qui la déforment. Mon hôte est quelqu’un qui a accompli cette tâche pendant des décennies. Norman Finkelstein est un universitaire, auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien, et je suis très heureux qu’il soit parmi nous. Bienvenue, Norman.

Norman Finkelstein : Eh bien, merci de me recevoir, Aaron.

Aaron Mate : Merci d’être avec nous. Nous allons entendre beaucoup de commémorations de la guerre de 67, et le récit qui nous sera proposé ressemble beaucoup à celui-ci. Il est issu du New York Times. Le NY Times écrit :

« Cette année marque un demi-siècle depuis la guerre israélo-arabe de 1967 dans laquelle Israël a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement par ses voisins arabes et en est également venu à dicter sa loi aux Arabes palestiniens dans les zones capturées, y compris dans la vieille ville [de Jérusalem]. »

Norman, c’est le NY Times qui dit qu’Israël « a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement » en 67. Quel est le problème avec cette image [qui nous est présentée] ?

Norman Finkelstein : Eh bien, ce qui ne va pas avec elle, c’est que cela ne s’est jamais produit, et c’est généralement un gros problème. C’est ce qu’on appelle « falsifier l’histoire ». Les faits sont très clairs pour 1967, au moins sur le point que nous allons maintenant aborder. Les États-Unis avaient de nombreuses agences de renseignement qui surveillaient la situation entre Israël et ses voisins arabes, probablement près d’une demi-douzaine d’organismes de renseignement, et l’administration américaine sous Lyndon Johnson était rigoureusement tenue au courant de tout ce qui se passait là-bas.

Maintenant, la grande question pour Israël en 1967 n’était pas de savoir s’ils allaient prévaloir sur les Arabes. Ils savaient que c’était dans la poche parce qu’ils avaient déjà [les enseignements de] leur répétition de bal en 1956 quand ils ont conquis [tout] le Sinaï en 100 heures environ, et [en 1967], nous ne sommes qu’une décennie plus tard, et ils savent qu’ils vont vaincre facilement. Leur principale préoccupation était : comment les États-Unis réagiraient-ils ? Et en 1957, une décennie plus tôt, les États-Unis avaient agi assez sévèrement. Dwight D. Eisenhower avait donné à Israël un ultimatum : sortez ou alors... En d’autres termes, sortez du Sinaï ou vous allez faire face à une forte réaction du gouvernement des États-Unis. Les Israéliens craignaient qu’il y ait une répétition de 1957 en 1967.

Donc les Israéliens envoyaient beaucoup de gens pour tâter l’administration américaine, en posant des questions à des personnes qui avaient des accès et qui étaient liées à Johnson. Parmi les personnes envoyées, il y avait le Major-Général de division Meir Amit, qui était le chef du Mossad israélien, l’agence de renseignement. Maintenant, les États-Unis avaient abouti à deux conclusions fermes à propos de 1967. Conclusion numéro un, le Président égyptien Gamal Abdel Nasser n’allait pas attaquer. Il n’y avait aucun élément de preuve indiquant qu’il allait attaquer. Conclusion numéro deux, si, contre toutes les données, il attaquait, comme Johnson le disait à l’époque : « Vous allez leur mettre une raclée s’il attaque. C’est ce que disent tous nos services de renseignement ».

Maintenant, vous pourriez poser la question, eh bien, c’est ce que le renseignement américain disait, mais que disait le renseignement israélien ? Eh bien, nous le savons, parce que le 1er juin, le Général-Major Meir Amit est venu à Washington et il a parlé à des hauts fonctionnaires américains. Il a dit, et maintenant je le cite, qu’il n’y avait « aucune différence dans l’évaluation de la situation actuelle au Moyen-Orient par nos services de renseignement [respectifs]. Aucune différence. » Ce qui signifie que les Israéliens savaient aussi que Nasser n’allait pas attaquer et qu’ils savaient aussi que s’il attaquait, alors, comme Johnson l’a déclaré : « Vous allez leur mettre une raclée. » De fait, c’est ce qui s’est passé…

 

Le secrétaire à la Défense à l’époque était alors Robert McNamara et, dans les discussions internes, il a prédit que la guerre durerait de sept à dix jours. Plus tard, il se vanterait de la justesse de son estimation. En fait, la guerre était terminée non pas en six jours, mais la guerre était terminée, vraiment littéralement, elle était finie en six minutes environ. Au moment où Israël a lancé sa frappe Blitzkrieg et anéanti l’armée de l’air égyptienne, qui était encore au sol, alors les troupes au sol n’avaient aucun soutien aérien. C’était fini. La seule raison pour laquelle ça a duré six jours, c’est parce qu’ils voulaient s’emparer de territoires. C’était une capture de terres [par la force].

 

Aaron Mate : D’accord, mais le récit que nous avons entendu pendant 50 ans, j’ai appris cela à l’école hébraïque, à l’école du dimanche, et dans mon camp d’été juif, est qu’Israël était confronté à une menace existentielle et qu’il a mené une guerre défensive. Examinons donc certains des points clés utilisés pour avancer cet argument. Puisque vous avez mentionné Nasser, commençons par lui. Il a bien ordonné le retrait des troupes de l’ONU qui étaient stationnées de son côté de la frontière israélo-égyptienne. C’est souvent cité comme preuve qu’il se préparait à attaquer Israël.

Norman Finkelstein : Juste. Eh bien, ce qui s’est passé est qu’en avril 1967, il y a eu un combat aérien entre la force aérienne syrienne et la force aérienne israélienne. Au cours de ce combat, Israël a abattu six avions syriens, dont un au-dessus de Damas. Vous demanderez peut-être pourquoi cela s’est-il passé ? Eh bien, les preuves sont parfaitement claires pour ce qui s’est passé et nous les tenons d’une source irréfutable, à savoir Moshe Dayan, et Moshe Dayan, en 19-

Aaron Mate : Qui était un général israélien.

Norman Finkelstein : Il était le personnage principal en 1967, puis il est devenu sous [Menahem] Begin le ministre des Affaires étrangères, lorsque Begin est arrivé au pouvoir en 1977. Mais en 1976, Moshe Dayan, il a donné une interview et il a dit : « Je vais vous dire pourquoi nous avions tous ces conflits avec la Syrie. Il y avait une zone démilitarisée formée après la guerre de 1948, entre la Syrie et Israël. Alors, qu’est-ce qui se passe dans cette zone démilitarisée ? » Dayan a déclaré : « Au moins 80% du temps, et probablement plus, mais limitons-nous à 80% du temps, nous envoyions des bulldozers dans cette zone démilitarisée, parce qu’Israël été engagé dans une saisie de terre [par la force]. Israël essayait de s’emparer de terres dans la zone démilitarisée. Il envoyait des bulldozers, les Syriens réagissaient, et cela escaladait. En avril 67, cela a escaladé en un combat aérien entre les Syriens et les Israéliens.

Après cela, Israël a commencé à menacer, verbalement, qu’il allait lancer une attaque contre la Syrie. Beaucoup de responsables israéliens... La déclaration la plus célèbre est venue à ce moment-là d’Yitzhak Rabin, mais de nombreux responsables israéliens menaçaient la Syrie. Il est arrivé que l’Union soviétique a eu écho des réunions du Cabinet en Israël. À la mi-mai, le Cabinet a pris une décision : nous allons attaquer la Syrie. L’Union soviétique a communiqué cette information aux États arabes voisins. Dans l’histoire officielle, on appelle ça la fausse alarme, à savoir que l’Union soviétique aurait inventé cette attaque israélienne imminente.

Aaron Mate : Lorsque vous dites « l’histoire officielle », c’est l’histoire qu’on nous enseigne et qu’on entend souvent dans les médias, oui.

Norman Finkelstein : C’est une histoire que, littéralement, en dehors d’une poignée d’érudits, y compris d’universitaires israéliens – [personne ne connaît].

Aaron Mate : Permettez-moi de citer un, en fait. L’historien israélien Ami Gluska, dans son livre L’armée israélienne et les origines de la guerre de 1967, écrit : « L’évaluation soviétique de la mi-mai 1967, qu’Israël était sur le point de frapper en Syrie, était correcte et bien fondée. »

Norman Finkelstein : Vous savez, j’utilise souvent cette citation parce que c’était la première fois que je l’avais vue imprimée. Il y avait des rumeurs selon lesquelles Israël allait attaquer, et il y avait des indices occasionnels sur la réunion du Cabinet où ils avaient pris cette décision, mais ça n’a jamais été publié jusqu’à ce que je lise le livre de Gluska. Il dit que oui, les Israéliens avaient pris la décision d’attaquer. L’Egypte avait un pacte de défense avec la Syrie. Sachant qu’une attaque israélienne est imminente, elle avait l’obligation de se lancer au secours de la Syrie. Elle déplace donc des troupes égyptiennes dans le Sinaï. Séparant l’Egypte d’Israël, il y avait une force de maintien de la paix appelée United National Emergency Force, l’UNEF. Nasser a demandé à U Thant de la retirer…

Aaron Mate : Le secrétaire général.

Norman Finkelstein : Excusez-moi, oui. Le Secrétaire général de l’ONU. Il a demandé au Secrétaire général de l’ONU, U Thant, de retirer l’UNEF, la Force d’urgence des Nations Unies. En vertu de la loi, U Thant avait l’obligation de retirer ces forces. Maintenant, U Thant a été très vicieusement attaqué pour cette décision. En fait, elle a détruit son mandat aux Nations Unies, car tout le monde l’a blâmé pour la guerre de 1967. Tout cela est oublié maintenant, mais c’est ce qui s’est passé. Mais il y avait une réponse simple. Il y avait une réaction simple [à cette demande de Nasser].

Aaron Mate : Mettez-les du côté israélien.

Norman Finkelstein : Oui, parce qu’en 1957, lorsque l’UNEF a été installé, l’accord était censé la voir placée sur le côté égyptien de la frontière et sur le côté israélien de la frontière. Ainsi, en 67, une fois que Nasser a dit : « Retirez l’UNEF de notre côté », tout ce qu’Israël avait à dire, c’est « Bien, nous allons le repositionner de notre côté de la frontière », à savoir le côté israélien. Ils n’ont pas fait cela. Si l’UNEF aurait vraiment pu éviter une attaque égyptienne, et c’est ce qu’Israël suggère en disant que U Thant a commis cette erreur monumentale en l’enlevant, pourquoi ne l’avez-vous pas tout simplement positionnée de l’autre côté de la frontière ?

Aaron Mate : Permettez-moi de poursuivre avec les autres raisons invoquées en faveur d’Israël pour justifier leur attaque. Il y avait des attaques de guérilla contre le côté israélien lancées depuis la Jordanie et la Syrie.

Norman Finkelstein : Mm-hmm (affirmatif).

 

Aaron Mate : Elles sont décrites dans l’histoire officielle comme une menace majeure pour la sécurité d’Israël.

Norman Finkelstein : Eh bien, tout d’abord, nous devons comprendre ce qu’il y avait derrière ces attaques. Il s’agissait de raids de commandos palestiniens, principalement soutenus par le régime syrien. Mais comme les officiers supérieurs israéliens l’ont reconnu, la raison pour laquelle la Syrie soutenait ces raids de commandos était la capture de terres par Israël dans les zones démilitarisées. Deuxièmement, avec tout le respect qui leur est dû, je ne vais pas ridiculiser les Palestiniens ou l’OLP, je reconnais qu’il s’agissait d’actes de courage de la part de personnes qui ont été dépossédées de leur patrie –

Aaron Mate : En 1948.

Norman Finkelstein : En 48. C’était des réfugiés. Rappelez-vous, il s’est passé peu de temps entre 48 et 67. C’est moins d’une génération. Mais la réalité historique montre que ces raids de commandos étaient extrêmement inefficaces. L’un des chefs du renseignement israélien, Yehoshafat Harkabi, les a décrits après 67 comme « très peu impressionnants selon n’importe quelle norme. »

Aaron Mate : D’accord. L’autre incident historique principal cité est que Nasser a fermé le détroit de Tiran.

Norman Finkelstein : Oui, donc au milieu du mois de mai, je pense que c’était le 17 ou le 18 mai, Nasser a fermé... Il y avait aussi des forces de l’UNEF stationnées sur le détroit de Tiran, et elles ont été enlevées lorsque Nasser a demandé à U Thant de retirer l’UNEF. U Thant, encore une fois, a été très lourdement critiqué pour cela. On a prétendu qu’il aurait pu seulement retirer l’UNEF de la frontière égypto-israélienne et non du détroit de Tiran, mais il les a tous retirés. J’ai lu sa défense. J’ai trouvé sa défense très crédible. C’était un homme extrêmement honorable, U Thant. Probablement le plus honorable secrétaire général de l’ONU de toute son histoire. Quoi qu’il en soit, l’UNEF a été retiré du détroit de Tiran et Nasser a déclaré le détroit de Tiran fermé. Maintenant, le détroit de Tiran –

Aaron Mate : Donc, l’UNEF a été retirée de Sharm el-Sheikh.

Norman Finkelstein : Oui. C’est essentiellement la même zone. C’était la voie navigable vers Eilat, la ville portuaire israélienne d’Eilat. Eh bien, que dire de cette décision ? Premièrement, Abba Eban, qui a toujours été porté sur le drame –

Aaron Mate : Un célèbre diplomate israélien.

Norman Finkelstein : Il était alors le représentant israélien à l’ONU. Plus tard, il est devenu ministre des Affaires étrangères. Il a dit, très dramatiquement, « Israël respire maintenant avec un seul poumon. » C’était sa phrase célèbre. Quoi qu’il en soit, Eilat était à peine utilisé. La seule marchandise importante qui venait via Eilat était le pétrole, mais Israël avait plusieurs mois d’approvisionnement de pétrole accumulés, de sorte que l’approvisionnement en pétrole n’était pas menacé, au moins pendant plusieurs mois. Mais le plus important est qu’il n’y a pas eu de blocus. Il se trouve que Nasser était un fanfaron : il a annoncé un blocus, l’a appliqué pendant ce qu’on estime habituellement à environ deux à trois jours, puis il a commencé à laisser les navires [israéliens] passer tranquillement. Il n’y avait pas de blocus. Le problème n’était pas un blocage physique, le problème était politique. A savoir que Nasser avait publiquement défié Israël. Il avait scellé une « voie navigable internationale », comme l’a déclaré Israël. S’il s’agissait d’une voie navigable internationale, ou si elle appartenait à l’Egypte, est une question juridique complexe. Nasser a déclaré, à la fin du mois de mai, il a déclaré à plusieurs reprises : « Israël prétend qu’il a le droit de passage dans le détroit de Tiran. Nous disons qu’ils ne l’ont pas. Allons à la Cour internationale de Justice pour en juger. »

Aaron Mate : Quelques jours avant que la guerre éclate.

Norman Finkelstein : Quelques jours, oui. Environ une semaine auparavant. Israël dit : « Non, nous n’allons pas à la Cour internationale », parce qu’Israël veut le droit de faire ce qu’il lui plaît, quand ça lui plaît. Vous n’allez pas sur un pied d’égalité avec un Arabe devant la Cour internationale de Justice. « Ce n’est pas la façon dont les choses fonctionnent ici. Nous sommes les chefs ici. » Ce n’était donc pas une voie navigable importante. Le seul produit important qui y entrait était le pétrole. Ils avaient des approvisionnements importants en pétrole. La voie navigable n’a pas été fermée. Nasser a proposé de porter l’affaire à la Cour internationale de Justice pour statuer. Ce n’est pas, pour utiliser le langage technique, ce n’est pas un casus belli, une justification pour la guerre.

Ensuite, il y a des questions juridiques distinctes, à savoir qu’en en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, vous êtes autorisé à lancer une attaque préventive seulement en cas d’attaque armée contre vous. La fermeture d’une voie navigable n’est pas une attaque armée. Cela aurait dû être porté au Conseil de sécurité. Donc il y a 1000 raisons, vous savez, c’est une question qui a différents niveaux et aspects, mais dans tous les chefs d’accusation, Israël n’avait aucune justification. À chaque égard, Israël n’avait aucune raison valable.

Aaron Mate : Vous avez abordé un peu ce sujet, mais peut-être pouvez-vous entrer dans les détails : pourquoi Israël a pris des mesures si extraordinaires pour lancer cette guerre et s’emparer de tant de territoire ? Quelle était leur motivation ?

 

Norman Finkelstein : Eh bien, ce sont plusieurs motivations qui convergent. L’image d’ensemble est qu’Israël, depuis sa fondation en 1948, en particulier son Premier ministre et sa figure dominante, David Ben Gourion, il s’est toujours inquiété de ce qu’il appelait un « Atatürk arabe » arrivant au pouvoir dans le monde arabe. A savoir, quelqu’un comme la figure turque Kemal Ataturk qui a modernisé la Turquie, a amené la Turquie dans le monde moderne, et il y avait toujours la peur de Ben Gurion selon lequel une figure comme Ataturk pourrait émerger dans le monde arabe, et le monde arabe se retirerait alors de l’état d’arriération et de dépendance vis-à-vis de l’Occident, et deviendrait une puissance avec laquelle il faudrait compter dans le monde et dans la région. En 1952, quand il y a eu la révolution égyptienne, et que finalement Nasser a émergé comme la figure dominante, Nasser était une sorte de figure emblématique de cette époque. C’est évidemment complètement oublié par tout le monde, sauf les historiens, mais c’était une époque très enivrante, c’était l’ère d’après-guerre du non-alignement, le Tiers-mondisme…

Aaron Mate : La solidarité au sein du Tiers-Monde, oui.

Norman Finkelstein : ...l’anti-impérialisme, la décolonisation et les figures emblématiques étaient Nehru en Inde, Tito en Yougoslavie et Nasser. Les trois d’entre eux n’étaient pas officiellement le bloc soviétique. Ils étaient une troisième force.

Aaron Mate : Non-alignée.

Norman Finkelstein : Non-alignée, exactement. Les Non-alignés ont tendance à pencher vers le bloc soviétique parce que le bloc soviétique était officiellement anti-impérialiste, mais ils n’étaient pas alignés. Nasser était l’un des personnages dominants de cette période, donc il était anti-impérialiste, il était un modernisateur. Israël était vu, non sans raison, comme un implant occidental dans le monde arabe, et était également considéré comme essayant de maintenir le monde arabe [dans l’arriération].

Il y avait donc une sorte de conflit et de collision entre Nasser et Israël. Et cela a commencé, encore une fois [ce que je dis est] très scrupuleusement documenté, pas par Finkelstein, mais par un historien dominant très réputé, à savoir Benny Morris. Si vous regardez son livre, « Les guerres des frontières d’Israël », qui parle de la période de 1949 à 1956, il montre qu’autour de 1952-53, Ben Gourion et Moshe Dayan, étaient vraiment déterminés, et je le cite littéralement de lui, à provoquer Nasser. A continuer à le frapper et à le frapper jusqu’à ce qu’ils aient un prétexte pour détruire Nasser. Ils voulaient se débarrasser de lui, et de continuer à le provoquer, et dans une certaine mesure, Nasser ne pouvait pas s’empêcher [de riposter] après un certain point, il a été pris dans le piège, essentiellement. Cela n’a pas fonctionné exactement comme l’espéraient les Israéliens et donc en 56, ils ont comploté, en collusion avec les Britanniques et les Français, pour renverser Nasser. Cela a fonctionné, jusqu’à un certain point. Ils ont envahi le Sinaï, les Britanniques et les Français ont joué leur rôle dans cette collusion…

Aaron Mate  : Mais les Américains leur ont dit d’arrêter.

Norman Finkelstein : Pour plusieurs raisons qui ne valent pas la peine d’être évoquées maintenant, les Américains ont dit à Israël de sortir.

Aaron Mate  : Ils voulaient retarder tout ça, en gros.

Norman Finkelstein : Oui. Dwight Eisenhower ne pensait pas que le moment était venu. Mais bien sûr, [les Américains] voulaient eux aussi se débarrasser de Nasser. Ils le voyaient tous comme une aiguille plantée dans leurs flancs. Donc 67 n’est fondamentalement qu’une répétition de 56, avec un changement critique.

Aaron Mate : Le soutien américain.

Norman Finkelstein  : Les États-Unis ne s’y sont pas opposés. Ils ont été très prudents et précautionneux dans leur formulation. Certaines personnes l’appellent un feu orange, certaines personnes l’appellent un feu vert, mais ils ne l’ont pas ouvertement soutenu, car c’était illégal. 

 

Vous savez ce qu’a fait Israël. À ce moment-là, les États-Unis menaient une guerre au Vietnam qui était très impopulaire, et ils ne voulaient pas en plus s’engager dans le soutien à Israël, ce qui aurait également été vu comme le colonialisme occidental qui tente de s’affirmer sur le Tiers-Monde, le monde non-aligné, quel que le nom qu’on lui donne.

Le premier objectif était d’éliminer Nasser. C’était un objectif à long terme, de maintenir le monde arabe dans l’arriération. De le maintenir dans un état subordonné, primitif. Deuxièmement, c’est ce qui s’est passé avec la fermeture du détroit de Tiran. À savoir, Nasser agissait de manière très arrogante. Il défiait les Israéliens. Dans une certaine mesure, il les houspillait, je pense que c’est vrai. Ce n’était que du vent, et les Israéliens savaient que c’était du vent, mais ils pensaient... Une phrase très révélatrice de l’une des réunions du Cabinet a été prononcée par quelqu’un qui, à ce moment-là, était commandant, Ariel Sharon. Il y avait certains membres du Cabinet israélien qui hésitaient encore à lancer une attaque. Il a déclaré : « Nous devons attaquer maintenant, parce que nous perdons notre capacité de dissuasion. » C’est l’une des phrases favorites des militaires israéliens.

Aaron Mate : Ça continue aujourd’hui avec Gaza…

Norman Finkelstein : Oui.

Aaron Mate : Et le Liban.

 

Norman Finkelstein : La « capacité de dissuasion » signifie la peur qu’a de nous le monde arabe, que Nasser attisait le moral des Arabes et qu’ils n’avaient plus peur. Pour les Israéliens, la peur, la capacité de dissuasion, est une carte très forte de leur côté, pour garder les Arabes à leur place. Donc, la deuxième raison était qu’ils devaient restaurer, comme ils l’appellent, leur capacité de dissuasion. 

 

La troisième (raison), que je ne caractériserais pas comme principale, je ne dirais pas que c'était LA raison, tous les généraux avaient leurs propres désirs de vouloir récupérer des terres. Tout le monde a convenu qu’ils voulaient obtenir Jérusalem, parce qu’ils en avaient perdu une partie en 48. Un grand nombre d’entre eux voulait la Cisjordanie, d’autres voulaient les hauteurs du Golan, d’autres voulaient le Sinaï, et il y avait donc un élément de capture de territoires dans la guerre.

Aaron Mate : D’accord sur ce point, et une question rapide alors que nous arrivons à la fin de la première partie de cette discussion. En ce qui concerne la capture de terre en Cisjordanie, la présence aujourd’hui en Cisjordanie de centaines de milliers de colons juifs, dont beaucoup sont des fanatiques religieux qui croient qu’ils sont là parce que Dieu leur a promis cette terre, est-ce que ce type de fanatisme religieux était une composante forte dans la pensée interne israélienne à ce moment-là ? Comme le fait de vouloir ...

Norman Finkelstein : Ce n’était pas religieux… Mais vous devez vous rappeler que le mouvement sioniste était très majoritairement séculier, très majoritairement athée. En fait, un grand nombre d’entre eux se considéraient comme des socialistes et des communistes et n’avaient aucune attache avec la religion. Mais ils considéraient tout de même qu’ils avaient un titre légal sur la terre, parce que dans leur pensée, la Bible n’était pas seulement un document religieux, la Bible était un document historique, et historiquement, les Juifs ont été en Palestine, et elle leur appartenait. C’était la même mentalité en 67. C’était séculier, mais c’était aussi profondément enraciné et fanatique. Le fait qu’ils avaient une revendication sur la terre n’en faisait pas nécessairement dans leur esprit une revendication religieuse. C’était une revendication séculière, mais quand même une revendication fanatique, que c’était leur terre parce que c’est ce qui était dit dans la Bible, et la Bible est un document historique, vous savez, pour eux, la Bible est un acte [de propriété] historique.

 

Aaron Mate : Cela va conclure cette partie de la discussion. Dans la prochaine partie, nous allons voir ce qui a changé pour Israël après 67 en termes de soutien juif américain et aussi de soutien du gouvernement américain, et comment ces deux éléments se sont entrelacés. Mon invité est Norman Finkelstein. Rejoignez-nous dans la prochaine partie de cette discussion.

Cérémonie du souvenir à Donetsk à l’occasion du 76e anniversaire de l’agression nazie le 22 juin 1941

Aujourd’hui à Donetsk, je me suis rendu à une cérémonie à l’occasion du 76e anniversaire de l’opération Barbarossa qui sonnera le début des hostilités entre l’envahisseur nazi et l’U.R.S.S. Cette rencontre s’est déroulée au monument des victimes du fascisme, situé dans le parc du centre de la culture slave dans le district de Leninski.


Donetsk, qui s’appelait Stalino lors de la grande guerre patriotique, tout comme le reste du Donbass, rend hommage plusieurs fois par an lors de diverses cérémonies, à toutes les victimes de la barbarie nazie et de ses complices.
L’arrivée des illustres et courageux aînés à la cérémonie :

 

 

 

 

 

 

 

L’événement était animé par le chef du district, Oleg Belyaev, des députés du parlement.
Environ 300 personnes ont assisté à la cérémonie au cours de laquelle une minute de silence a été scrupuleusement observée à la mémoire des soldats soviétiques et des civils morts suite à cette invasion mortifère.

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs discours furent prononcés pour rappeler cette funeste journée du 22 juin 1941, où les hordes nazies et leurs alliés ont envahi l’Union Soviétique y semant sur leur passage la mort et la désolation. Donetsk fut occupée par les barbares le 21 octobre 1941 et ne sera débarrassée de ces encombrants visiteurs que le 8 septembre 1943.
A la fin de la cérémonie, les officiels de la DNR (République Populaire de Donetsk), les anciens combattants et les résidents ont déposé des fleurs au pied du monument dans une ambiance de recueillement et de respect.


  Barbarossa

L’opération Barbarossa débute le 22 juin 1941. Hitler voulant un espace vital dans l’est de l’Europe, avait impérativement besoin des terres et des richesses de l’U.R.S.S pour le régime du Troisième Reich qu’il dirigeait depuis 1933.

L’armée nazie et ses alliés massèrent pour cette opération 5,5 millions de soldats à la frontière soviétique. Les autres pays composant cette coalition regroupaient la Finlande, l’Italie, la Hongrie et la Roumanie. 153 divisions, dont 17 blindées et 13 motorisées, se retrouvaient réparties au sein de 3 groupes d’armées : nord, centre et sud. Le groupe centre étant le plus important, car il était censé prendre Moscou. Le groupe nord, devait quant à lui capturer Leningrad (Saint-Pétersbourg aujourd’hui).  Celui du sud était chargé de prendre l’Ukraine, la Moldavie et la Crimée.
En plus des 5,5 millions d’hommes, il y avait 3500 chars, et 2800 avions.
L’armée rouge comptait à sa frontière un peu plus d’un million de soldats. Il ne faut pas oublier, que l’Union Soviétique devait aussi protéger sa frontière à l’Extrême-Orient face à la menace du Japon, allié de l’Allemagne nazi. D’ailleurs, une fois la menace nippone levée, de nombreuses troupes composées de Sibériens, arriveront à point nommées lors de la bataille de Moscou au mois de décembre 1941 et chasseront les troupes allemandes, dont la pointe la plus avancée se trouvera à seulement 12 kilomètres du centre moscovite ! Mais ceci sort du cadre de cet article, cette bataille faisant partie du plan Typhoon, qui prendra le relais de Barbarossa lors de son enlisement à l’automne 1941.

 

Un matériel pléthorique, mais très souvent dépassé technologiquement faisait face à l’armée brune, aux moyens modernes (sauf sur certains modèles de chars, en particulier les  panzers 1 et 2 totalement inaptes dans une confrontation blindée et l’artillerie antichar, avec un tube de 37mm).


Outre ce déficit qualitatif, les techniques et les stratégies de combat de l’armée rouge sont, comme pour leurs homologues Franco-Britanniques l’année précédente, totalement en retard d’une guerre.
Les purges Staliniennes au sein de l’armée achevant le tableau d’un portrait inquiétant de la défense militaire de l’U.R.S.S face à une armée psychologiquement motivée et surtout qui arrivent avec le statut de vainqueur après l’effondrement des alliés de l’ouest (France en grande partie occupée, l’Angleterre recluse sur son île et la politique isolationniste des USA).

Les hordes nazies s’élancent de leurs positions le dimanche 22 juin 1941  à 04:45 du matin, sans déclaration de guerre officielle, et franchissent la frontière, alors qu’à 04:15 un puissant barrage d’artillerie commencera à cracher ses projectiles sur les troupes soviétiques.
Cette invasion terrestre sera précédée d’une offensive aérienne d’une ampleur jusque-là inédite, visant 66 aérodromes de l’armée rouge. Plus de 2700 avions participent à cette attaque détruisant au soir de cette funeste journée, 1489 appareils au sol, et 389 lors de combats aériens. Les pertes de la Luftwaffe (armée de l’air nazie), se chiffrent à 63 aéronefs.

Staline, incrédule et ne croyant pas son entourage politique et militaire, ne prend aucune mesure coercitive face à l’agression en cours, pensant avoir à faire à une simple escarmouche locale, malgré les rapports alarmistes venant de toute la longueur du front !
Il faudra attendre la fin d’après-midi pour qu’enfin, Staline commence à réaliser l’ampleur du désastre qui se joue dans cette bataille en cours, connue aussi sous le nom de bataille des frontières. Bataille qui ne durera que peu de temps, vu la léthargie dans laquelle se trouve l’armée rouge à ce moment-là…

 

Lors des premiers jours, certaines unités sont littéralement pulvérisées par la force de frappe de l’agresseur, d’autres se débandent et abandonnent le front dans une panique communicative dès qu’une minorité perd pied et transmet sa peur à l’ensemble d’un corps constitué. D’autres, résisteront héroïquement à l’envahisseur, comme les courageux défenseurs de la forteresse de Brest-Litovsk qui tiendront jusqu’à fin juillet sans aucun espoir de secours vu l’avancée rapide des troupes nazies.
Le 26 juin, après avoir réalisé une première poche de troupes soviétiques (environ 400 000 hommes), connue sous le nom de Bialystok-Minsk (Biélorussie), le groupe d’armée centre allemand a progressé de 600 kilomètres.
Le groupe d’armée nord, en direction de Leningrad en ligne de mire, avec l’appui de l’armée finlandaise, progresse de 350 kilomètres en quatre jours. Mais sur ce front, une très désagréable surprise attend les nazis : la première confrontation avec des chars soviétiques, en l’occurrence des KV-1 mais surtout le char lourd KV-2.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour l’armée allemande, c’est la douche froide, car aucun char allemand n’est de taille pour affronter ce blindé ! Dans l’urgence, les nazis utiliseront les canons antiaériens de 88mm et le canon de 105mm destiné à l’origine pour les bombardements et le soutien à l’infanterie, non au combat antichar.

 

Le groupe d’armée sud qui vise l’Ukraine, la Moldavie et la Crimée, dans un premier temps progresse difficilement, car l’armée rouge dispose de nombreux chars modernes sur cette portion de front (des KV-1 et les fameux T-34).

Malheureusement, les contre-attaques soviétiques, mal préparées et sans coordination interarmes, sont irrémédiablement brisées par les troupes nazies.
Vient ensuite, une poche au sud-ouest de Tcherkassy, en Ukraine, dans laquelle 200 000 soldats seront tués et 100 000 capturés par les envahisseurs lors de la fin de la résistance des unités soviétiques le 8 août.
Le 10 juillet va arriver un premier grain de sable sérieux, mais aussi un avertissement de ce qui attend les nazis en Union Soviétique. Car ce jour-là débute la bataille pour la réduction d’une nouvelle poche (mais pas totalement hermétique cette fois), où suite à l’appel à la résistance lancé par Staline à la radio, les soldats de l’armée rouge raidissent de plus en plus fermement leur résistance à cet envahisseur honni. 323 000 soldats sont encerclés par l’armée allemande et la bataille pour réduire cette poche durera 2 mois (10 juillet au 10 septembre). Si les Soviétique perdent cette bataille, avec un bilan en perte humaine élevée (310 000 hommes capturés, dont un très grand nombre seront exécutés sur place par les nazis), les Allemands subiront des pertes énormes en lors de cette confrontation : 250 000 hommes, morts ou blessés ! Ce sera le premier avertissement, il y en aura d’autres. Ne pas oublier non plus, que le fait que les nazis exécuteront massivement leurs prisonniers ne fera que motiver encore plus la résistance des troupes soviétiques face aux barbares qui les envahissaient.
S’ensuit, toujours sur le front allemand du groupe sud, la bataille pour Kiev et la capture du Donbass. Hitler, le dictateur nazi, contrairement à l’avis de ses généraux qui souhaitent poursuivre l’offensive en direction de Moscou avec le groupe d’armée centre, bloque provisoirement cette dernière option, craignant une exposition trop importante (800 kilomètres), des lignes de communication et d’approvisionnement tant que le front sud n’aura pas progressé pour sécuriser le flanc sud du groupe centre.
La bataille de Kiev verra une nouvelle fois une poche se former autour des troupes soviétiques. La bataille commence le 25 août et se terminera fin septembre (Kiev tombe le 19 septembre).
Les pertes sont catastrophiques pour l’armée rouge : 1 million d’hommes ! 400 000 soldats meurent dans les combats, 500 000 sont massacrés par les nazis sur place ou sont laissés dans des champs sous la surveillance de SS qui les laissent mourir de faim. Les autres sont déportés dans des camps de « travail », où peu de survivants reviendront de l’enfer concentrationnaire nazi !
Les troupes nazies perdent quant à elles 200 000 soldats, morts ou blessés.
Pendant cette défaite, le Donbass tombera lui aussi et les envahisseurs arriveront à Rostov sur le Don le 21 septembre.

Ce n’est que le 30 septembre que la progression du groupe centre en direction de Moscou peut reprendre. Mais il est déjà trop tard pour les Allemands et leurs alliés. La pluie s’invite dans cette danse macabre et la rapoutitsa (la boue), rend les routes impraticables et les envahisseurs sont freinés et stoppés dans leur progression pendant près de 15 jours. Ces 2 semaines, combinés à la vaillante résistance des troupes encerclées pendant l’été constitueront le terreau de la première défaite majeure de la Wehrmacht (armée de terre allemande) et des Waffen SS devant Moscou.

Au nord, les troupes allemandes avec leur allié finlandais, commencent le siège de Leningrad le 8 septembre 1941 qui se terminera le 27 janvier 1944 (872 jours). Le siège de Leningrad causera la perte de 1 800 000 personnes, dont 1 million de civils.

 

L’opération Typhon débute le 2 octobre 1941, ne concerne que le groupe d’armée centre et a comme finalité la prise de Moscou. De mon point de vue, elle sort du cadre de Barbarossa. Mais la bataille pour Moscou sera la première défaite majeure des nazis et de leurs alliés sur le front de l’Est.
La contre-offensive soviétique qui débute le 5 décembre menée en particulier par des troupes sibériennes repoussera sèchement les barbares loin de la cité Moscovite.
Cette défaite en annoncera beaucoup d’autres pour l’envahisseur et se terminera par sa défaite totale dans sa tanière berlinoise le 09 mai 1945 !

Sébastien Hairon, volontaire bénévole et indépendant à Donetsk (DNR)

 

Source: http://peupleslibres-nouvelle-russie.blogspot.fr/2017/06/ceremonie-du-souvenir-donetsk-loccasion.html

50 vérités sur

Ernesto « Che » Guevara

Le « guérillero héroïque » cubano-argentin perdure dans la mémoire collective comme symbole de résistance à l’oppression.

 1. Ernesto Guevara est né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, au sein d’une famille de cinq enfants. Ses parents Ernesto Guevara Lynch et Celia de la Serna font partie de la classe aisée et aristocratique.

2. A l’âge de deux ans, le jeune Ernesto souffre de sa première crise d’asthme, maladie qui l’accompagnera toute sa vie et qui forgera sa volonté à toute épreuve. Sa famille déménage à Córdoba puis à Alta Gracia où le climat est plus propice. Guevara y passera 17 ans de sa vie, jusqu’en 1947.

3. Lecteur avide, Guevara dévore livre après livre dès son plus jeune âge et se passionne pour la philosophie, notamment sociale.

4. En 1948, il commence une carrière de médicine à l’Université de Buenos Aires. Il obtiendra son diplôme en 1953.

5. En 1950, Guevara réalise son premier voyage à moto dans le nord de l’Argentine et visite les régions les plus pauvres du pays. Il parcoure au total 4 500 kilomètres et est marqué par la misère qui frappe son peuple. A ce sujet, il écrit : « Je ne me nourris pas des mêmes formes que les touristes […]. L’âme du peuple est reflétée chez les malades dans les hôpitaux ».

6. Un an plus tard, il parcourt la côte Atlantique de l’Amérique du Sud à bord d’un bateau pétrolier de la compagnie nationale argentine qui l’a recruté en tant que personnel médical.

7. De janvier à juillet 1952, à l’âge de 24 ans, Guevara réalise son premier voyage international à moto avec son ami Alberto Granado. Ils visitent le Chili, le Pérou, la Colombie et le Venezuela. En mai 1952, à Lima, Guevara fait la connaissance du docteur Hugo Pesce, dirigeant du Parti communiste péruvien et disciple de José Carlos Mariátegui qui travaille dans une léproserie. Cette rencontre ainsi que les mois qu’il passera au sein de l’institution médicale à soigner les lépreux se révèleront décisifs et traceront son destin futur de lutte en faveur des opprimés. Durant ce voyage, Guevara découvre la misère et l’exploitation des peuples latino-américains, notamment par les multinationales étasuniennes.

8. En juillet 1953, après avoir obtenu son diplôme de médecin, Guevara entreprend un nouveau voyage à travers l’Amérique latine avec son ami d’enfance Carlos Ferrer. En Bolivie, il découvre le processus radical lancé par Mouvement nationaliste révolutionnaire en 1952.

9. Le 24 décembre 1953, il arrive au Guatemala alors dirigé par le Président réformateur Jacobo Arbenz. Il y passera neuf mois dans des conditions économiques difficiles.

10. Au Guatemala, Guevara se lie d’amitié avec Antonio « Ñico » López, exilé cubain qui avait pris part à l’attaque de la caserne Moncada lancée par Fidel Castro le 26 juillet 1953. López sera à l’origine du surnom « Che » de Guevara, en référence à l’interjection typiquement argentine utilisée par le jeune médecin.

11. Guevara arrive au Guatemala avec une pensée politique bien définie comme le montre la lettre qu’il écrit à sa tante Beatriz le 10 décembre 1953 : « J’ai eu l’opportunité de passer par les domaines de la United Fruit, me convainquant une fois de plus que ces poulpes sont terribles. J’ai juré devant une photo du vieux et regretté camarade Staline de n’avoir de trêve tant que ces poulpes capitalistes n’auront pas été détruits. Au Guatemala, je me perfectionnerai et j’obtiendrai ce qui me manque pour être un révolutionnaire authentique. Ton neveu, celui à la santé de fer, à l’estomac vide et à la foi lumineuse en l’avenir socialiste ».

12. Guevara assiste au coup d’Etat organisé par la CIA et le colonel Castillo Armas en juin 1954. Il intègre les brigades juvéniles communistes qui organisent la résistance et demandent en vain des armes au gouvernement. L’Etat-major de l’armée soutient le putschiste et exige le départ de Jacobo Arbenz qui est renversé en juillet 1954.

13. Guevara tire les leçons du coup d’Etat contre Arbenz dans une lettre à sa mère : « La trahison est toujours le patriotisme de l’armée, et une fois de plus est démontré l’aphorisme qui indique que la liquidation de l’armée est le véritable début de la démocratie ».

14. Après s’être réfugié à l’ambassade d’Argentine, il obtient en septembre 1954 un sauf-conduit pour se rendre au Mexique, où il résidera plus de deux ans. Il travaille comme photographe et médecin et arrive à survivre tant bien que mal. Peu après son arrivée, il retrouve son ami cubain López qui l’invite à rejoindre les autres rescapés du Moncada.

15. En 1955, Guevara rencontre Raúl Castro, récemment sorti de prison, avec lequel il se lie d’amitié. Peu après, il le présente à Fidel Castro. Ce dernier se souvient : « Le Che était de ceux pour qui tout le monde ressentait immédiatement de l’affection, à cause de sa simplicité, de son caractère, de son naturel, de son esprit de camaraderie, de sa personnalité, de son originalité. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour nous mettre d’accord et l’accepter dans notre expédition. […] Quand nous nous sommes rencontrés, il était déjà un révolutionnaire formé, un grand talent, une grande intelligence et une grande capacité théorique ». Fidel Castro est également frappé par le caractère de l’Argentin : « Le Che souffrait d’asthme. Il y avait le Popocatépetl, un volcan qui se trouve près de Mexico, et tous les weekends, il essayait d’escalader le Popocatépetl […] de 5 482 mètres avec des neiges éternelles. Il commençait son ascension, il faisait un effort énorme et n’arrivait pas au sommet. L’asthme réduisait ses efforts à néant. La semaine suivante, il essayait de nouveau de grimper et il n’y arrivait pas. […] Il n’est jamais arrivé au sommet. Mais il essayait de nouveau d’y grimper et il aurait passé sa vie entière à tenter de grimper au Popocatépetl, il faisait un effort héroïque, même s’il n’atteignait jamais le sommet. Vous voyez le caractère. Cela donne une idée de sa force d’esprit, de sa constance ».

16. Guevara est également marqué par la personnalité de Fidel Castro. Dans une lettre à ses parents, il écrit : « J’ai sympathisé avec Raúl Castro, le petit frère de Fidel. Il m’a présenté au chef du Mouvement. […] J’ai bavardé avec Fidel toute la nuit. Et au petit matin j’étais déjà le médecin de la future expédition. […] Fidel m’a impressionné comme un homme extraordinaire […]. Il avait une foi exceptionnelle. […] Je partageais son optimisme ». Che demande alors à Fidel Castro de lui permettre d’aller se battre en Argentine, une fois que la Révolution triompherait à Cuba.

17. Le 2 décembre 1956, Guevara débarque à Cuba avec les révolutionnaires menés par Fidel Castro. Ils sont rapidement dispersés par l’armée de Batista qui les surprend dès leur arrivée.

18. Che Guevara se distingue très vite par son audace et ses capacités de leader. Fidel Castro se remémore les premiers moments : « Lors du premier combat victorieux, le Che était déjà soldat de notre troupe et, en même temps, il était toujours médecin. Lors du deuxième combat victorieux, le Che n’était pas seulement soldat mais le soldat le plus distingué de ce combat, réalisant pour la première fois l’une de ces prouesses singulières qui le caractérisaient dans toutes les actions […]. C’était l’une de ses caractéristiques essentielles : la disposition immédiate, instantanée, à se porter volontaire pour réaliser la mission la plus dangereuse. Et cela, naturellement, suscitait l’admiration, la double admiration vis-à-vis du compagnon qui luttait avec nous, qui n’était pas né sur cette terre, qui était un homme aux idées profondes, qui était un homme dont l’esprit bouillonnait de rêves de lutte dans d’autres parties du continent, mais qui disposait de cet altruisme, de ce désintéressement, de cette disposition à faire toujours ce qui était le plus difficile, à constamment risquer sa vie ».

19. Fidel Castro décide de le nommer commandant en juillet 1957 et Guevara prend la tête d’une deuxième colonne appelée « Colonne n°4 » pour tromper l’ennemi sur le nombre de guérilléros. Guevara est le premier à obtenir ce grade, bien avant Raúl Castro.

20. Implacable avec les traitres, les assassins, les voleurs et les violeurs à qui il applique la peine capitale, Guevara se montre en revanche généreux avec les soldats ennemis faits prisonniers auxquels il accorde la plus grande attention, ainsi qu’avec les blessés. Guevara relate un épisode à ce sujet : « En prenant d’assaut le premier camion, nous avons trouvé deux soldats tués et un blessé qui dans son agonie faisait encore mine de se battre. Il a été achevé sans que lui soit laissé la possibilité de se rendre, ce qu’il ne pouvait faire car il était à demi inconscient. Cet acte de vandalisme a été réalisé par un combattant dont la famille avait été anéantie par l’armée de Batista. Je lui ai reproché violemment son acte sans me rendre compte qu’un autre soldat blessé m’entendait. Il s’était glissé sous des couvertures et était resté sans bouger sur la plateforme du camion. En entendant cela, et les excuses fournies par notre camarade, le soldat ennemi s’est signalé à nous en nous demandant de ne pas le tuer ; une balle lui avait fracturé la jambe et il est resté étendu au bord du chemin tandis que les combats se poursuivaient dans les deux autres camions. Chaque fois qu’un combattant passait à côté de lui, l’homme criait : ‘Ne me tuez pas, ne me tuez pas, le Che a dit qu’on ne tuait pas les prisonniers !’ »

21. En 1958, Fidel Castro décide de nommer le Che à la tête de l’Ecole militaire nouvellement créée pour former les futurs guérilléros, afin de le protéger de son caractère trop téméraire : « Le Che était un soldat sans équivalent. Le Che était un chef sans équivalent. Le Che était, d’un point de vue militaire, un homme d’une capacité extraordinaire, d’un courage extraordinaire, d’une agressivité extraordinaire. S’il avait un talon d’Achille comme guérilléro, ce talon d’Achille était sa témérité excessive, son mépris absolu du danger ».

22. En juin 1958, Guevara forme la Colonne n°8 avec les nouvelles recrues pour faire face à l’offensive finale lancée par Batista un mois auparavant en dépêchant 10 000 soldats à la Sierra Maestra pour écraser la guérilla.

23. Le 31 août 1958, après l’échec militaire de la dictature, Fidel Castro lance une contre-offensive afin d’étendre la guérilla à tout le pays et ordonne au Che et à Camilo Cienfuegos de marcher en direction de la capitale. Le périple de plus de 500 kilomètres met la troupe à rude épreuve, harcelée par les inclémences de la nature et l’armée gouvernementale. Dans une lettre à Fidel Castro, Cienfuegos raconte les souffrances endurées durant leur odyssée : en trente et un jours de marche, ils mangent seulement onze fois dont « une jument crue et sans sel ». « Seules les insultes et les menaces en tout genre arrivaient à faire avancer cette masse épuisée ».

24. Dans la zone de Villa Clara, le Che crée le « Peloton suicide » intégré de guérilléros aguerris, chargés des missions les plus difficiles : « Le ‘Peloton suicide’ était un exemple du moral révolutionnaire et se composait uniquement de volontaires triés sur le volet. Cependant, chaque fois qu’un homme mourait – et cela arrivait lors de chaque combat –, au moment de la désignation du nouvel aspirant, les recalés offraient des scènes de douleurs qui allaient jusqu’aux pleurs. Il était curieux de voir les jeunes guerriers […] montrer leur jeunesse en laissant couler quelques larmes, pour ne pas avoir eu l’honneur d’être en première ligne de combat de mort ».

25. Le 28 décembre 1958, Guevara lance l’attaque contre la ville de Santa Clara, dernier bastion du régime avant La Havane, renforcé par des troupes dix fois supérieures au nombre de guérilleros qui ne dépassaient pas les 300 hommes. La bataille s’achève avec la capture du train blindé en provenance de la capitale avec les renforts. Néanmoins, les rebelles en payent le prix fort. Guevara rapporte un témoignage à ce sujet : « Je me souviens d’un épisode qui était révélateur de l’esprit de notre force dans ces jours finaux. J’avais admonesté un soldat qui s’était endormi en plein combat et il me répondit qu’on l’avait désarmé car un tir lui avait échappé. Je lui répondis avec mon ton sec habituel : ‘Obtiens un autre fusil en te rendant désarmé en première ligne de combat … si tu es capable de le faire’. À Santa Clara, alors que j’étais en train de réconforter les blessés, un moribond me toucha la main et me dit : ‘Vous vous souvenez Commandant ? Vous m’aviez envoyé chercher une arme à Remedios… la voici’. Il s’agissait du [même] combattant […], heureux d’avoir pu démontrer son courage. Telle est notre Armée rebelle ».

26. En apprenant la chute de Santa Clara aux mains des rebelles, Batista décide de fuir dans la nuit du 1er janvier 1959 vers la République dominicaine. Fidel Castro ordonne à Guevara et à Cienfuegos de se diriger vers La Havane et de prendre le contrôle des casernes de Columbia et de la Cabaña.

27. Durant les premiers mois de 1959, Guevara est chargé des tribunaux révolutionnaires qui jugent les crimes commis durant la dictature militaire. Près de 1 000 personnes passent la « justice expéditive » et près de 500 sont fusillées. En guise de comparaison, lors de l’Epuration survenue en France à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, plus d’un million de personnes furent arrêtées et près de 100 000 furent condamnées. Il y eut près de 10 000 exécutions, dont 9 000 extrajudiciaires.

28. En février 1959, Ernesto Guevara est déclaré citoyen cubain de naissance par le Président Manuel Urrutia pour services rendus à la nation.

29. Guevara joue un rôle-clé dans la création de l’Institut national de réforme agraire et l’élaboration de la loi de Réforme agraire promulguée en mai 1959. Selon lui, « le guérillero est d’abord et avant tout un révolutionnaire agraire. Il interprète les souhaits de la grande masse paysanne de posséder la terre, les moyens de production, les animaux et tout ce pour quoi elle a lutté pendant des années ».

30. En 1959, Guevara est nommé Ministre de l’Industrie puis Président de la Banque nationale et signe les billets de son surnom « Che », pour illustrer son mépris pour l’argent et les richesses matérielles. Il procède à la nationalisation des secteurs stratégiques de l’économie du pays.

31. En 1960, lors du Premier Congrès des jeunesses latino-américaines, Guevara développe le concept de « l’homme nouveau socialiste » qui privilégierait l’intérêt général aux aspirations personnelles. Il met en avant l’importance du travail volontaire, « une école qui développe la conscience », et donne l’exemple tous les weekends en travaillant bénévolement dans les usines, les champs de canne et les ports. Il entreprend également une tournée dans le bloc socialiste et en Chine et signe de nombreux accords commerciaux.

32. Farouche détracteur de la coexistence pacifique mise en place par les Etats-Unis et l’Union soviétique suite à la crise des missiles d’octobre 1962, Guevara multiplie l’aide aux mouvements révolutionnaires en Amérique latine et dans le monde au nom de la solidarité internationaliste. Son rêve est de déclencher une guerre insurrectionnelle en Argentine.

33. En 1964, le Che renonce à ses fonctions au sein du gouvernement révolutionnaire afin de reprendre la lutte armée en Amérique du Sud. Les conditions n’étant pas encore réunies, Fidel Castro lui propose de partir en Afrique, au Congo, où Patrice Lumumba venait d’être assassiné par la CIA trois ans auparavant. Situé au centre de l’Afrique, doté de frontières avec neuf pays, le Congo pouvait être le noyau révolutionnaire qui s’étendrait à tout le continent.

34. En 1965, Guevara écrit la lettre d’adieu à Fidel Castro dans laquelle il renonce définitivement à ses fonctions et à la nationalité cubaine et fait part de sa volonté de faire la révolution dans d’autres contrées. La lettre sera rendue publique en octobre 1965 lors du Premier congrès du Parti communiste cubain.

35. En avril 1965, Guevara arrive en Tanzanie, base arrière des révolutionnaires congolais. La présence du leader argentin sur le champ de bataille suscite l’inquiétude chez les chefs de la rébellion congolaise en raison des implications internationales. De la même manière, alors que ces derniers passent la majeure partie de leur temps à Dar es Salaam, en Tanzanie, Guevara leur rappelle par sa présence qu’un chef doit être parmi ses hommes en première ligne de combat. L’expérience congolaise qui durera neuf mois sera un « échec » selon le Che, en raison des luttes internes, du manque de discipline au sein des insurgés et de la décision unilatérale de la Tanzanie de cesser d’approvisionner les rebelles. Dans une lettre au Président Julius Nyerere, Guevara exprime son incompréhension et sa colère : « Cuba a offert une aide sujette à l’approbation de la Tanzanie. Vous avez accepté et l’aide est devenue effective. Elle était sans conditions ni limites dans le temps. Nous comprenons les difficultés de la Tanzanie aujourd’hui, mais nous ne partageons pas votre point de vue. Cuba ne recule pas face à ses engagements et ne peut pas accepter une fuite honteuse en abandonnant son frère dans le malheur à la merci des mercenaires ».

36. Après un séjour à Prague, Guevara retourne secrètement à Cuba où il décide de partir pour la Bolivie, alors sous le joug de la dictature du général René Barrientos. L’objectif est de lancer un mouvement insurrectionnel qui s’étendrait à toute l’Amérique du Sud.

37. Le 7 novembre 1966, Guevara commence la rédaction de son journal de Bolivie. Au total, 47 combattants, dont 16 Cubains, composent l’Armée de libération nationale de Bolivie et occupent la zone montagneuse du sud-est du pays près du fleuve Ñancahuazú.

38. En mars 1967, l’arrestation de deux déserteurs met en alerte le régime militaire qui sollicite l’aide des Etats-Unis pour capturer Guevara et ses hommes. Le même mois débutent les combats entre la guérilla et l’armée bolivienne, qui inflige de sérieuses pertes à la troupe d’insurgés.

39. Le 20 avril 1967, l’armée arrête Régis Debray et Ciro Bustos, deux membres du réseau de soutien de la guérilla. Tous deux sont soumis à des actes de torture et donnent des informations qui permettent au régime de localiser les révolutionnaires.

40. Mario Monje, secrétaire général du Parti communiste bolivien, censé apporter une aide logistique et humaine à la troupe, abandonne Guevara et les guérilleros à leur sort.

41. Loin de se résigner, Guevara lance son célèbre « Message aux peuples du monde » et exhorte les révolutionnaires à « créer deux, trois, de nombreux Vietnam ».

42. En août 1967, la colonne n°2 est anéantie par l’armée et Guevara se retrouve seul avec une vingtaine de combattants à la tête de la colonne n°1.

43. Le 7 octobre 1967, Guevara se trouve près de La Higuera avec 16 combattants et rédige son ultime réflexion dans son journal de bord, après « 11 mois » de lutte.

44. Le 8 octobre 1967, l’armée surprend la troupe à Quebrada del Churo. Afin de permettre aux blessés de s’échapper, Che décide d’affronter l’armée avec les quelques hommes valides. Après plusieurs heures de combat, Guevara, blessé à une jambe, est capturé par l’armée, qui l’enferme dans une école de La Higuera. Seuls cinq guérilléros survivront et réussiront à se réfugier au Chili.

45. Le 9 octobre, le dictateur Barrientos, suivant les ordres de la CIA, ordonne l’exécution du Che. Le colonel bolivien Miguel Ayoroa, qui a participé à la capture du Che, témoigne : « Un des hommes de la CIA était Félix Rodríguez, un Cubain exilé. Il est entré dans la petite école et a crié ‘Tu sais qui je suis ?’. Le Che l’a regardé avec mépris et lui a répondu : ‘Oui, un traitre’, et il lui a craché dessus ».

46. Félix Rodríguez racontera plus tard : « J’ai demandé [au sergent] Terán d’accomplir l’ordre. Je lui ai dit qu’il devait viser en dessous du cou car ainsi nous pourrions démontrer qu’il était mort au combat. Terán a demandé un fusil et est entré dans la salle avec deux soldats. Quand j’ai entendu les tirs, j’ai noté dans mon carnet 1h10 pm, 9 octobre 1967 ».

47. Le sergent Mario Terán racontera son expérience en 1977 à la revue française Paris-Match : « Je suis resté 40 minutes avant d’exécuter l’ordre. J’ai été voir le colonel Pérez en espérant que l’ordre avait été annulé. Mais le colonel est devenu furieux. C’est ainsi que ça s’est passé. Ça a été le pire moment de ma vie. Quand je suis arrivé, le Che était assis sur un banc. Quand il m’a vu il a dit « Vous êtes venu pour me tuer ». Je me suis senti intimidé et j’ai baissé la tête sans répondre. Alors il m’a demandé: « Qu’est-ce qu’ont dit les autres ? ». Je lui ai répondu qu’ils n’avaient rien dit et il m’a rétorqué: « Quel courage ! ». Je n’osais pas tirer. À ce moment je voyais un Che, grand, très grand, énorme. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu’il se levait et quand il m’a regardé fixement, j’ai eu la nausée. J’ai pensé qu’avec un mouvement rapide le Che pourrait m’enlever mon arme. « Sois tranquille me dit-il, et vise bien ! Tu vas tuer un homme ! ». Alors j’ai reculé d’un pas vers la porte, j’ai fermé les yeux et j’ai tiré une première rafale. Le Che, avec les jambes mutilées, est tombé sur le sol, il se contorsionnait et perdait beaucoup de sang. J’ai retrouvé mes sens et j’ai tiré une deuxième rafale, qui l’a atteint à un bras, à l’épaule et dans le cœur. Il était enfin mort ».

48. En 1997, les restes du Che et de ses camarades de lutte sont transférés à Cuba où ils reposent dans le Mémorial Ernesto Guevara de la ville de Santa Clara.

49. Doté d’une grande intelligence, Guevara a laissé de nombreux écrits et une philosophie politique nommée Guevarisme. Selon Fidel Castro, « le Che était un homme de pensée profonde, d’une intelligence visionnaire, un homme de grande culture. Il réunissait en sa personne l’homme d’idées et l’homme d’action […]. La pensée politique et révolutionnaire du Che aura une valeur permanente au sein du processus révolutionnaire cubain et du processus révolutionnaire latino-américain ».

50. Che Guevara reste dans la mémoire collective des peuples comme le défenseur des opprimés, celui qui s’est indigné face aux injustices, le symbole du désintéressement, et l’homme qui a pris les armes au nom de l’intérêt supérieur des damnés de la terre.

 Salim Lamrani

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités (Paris, Editions Estrella, 2016) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

 

Source: http://www.investigaction.net/50-verites-sur-ernesto-che-guevara/#sthash.UflmBpze.dpuf

6 Juin : Le jour où tout a commencé

Qui se souvient encore de la journée du 6 Juin ? Pendant des années, elle fut au moins aussi importante que le 8 Mai ou le 11 Novembre. C’était jour de commémoration, de souvenirs, d’émotions et d’autoglorification, Il marquait le début d’une ère nouvelle, la Libération. Durant des années, ce jour avait acquis des noms et des qualificatifs qui lui étaient propres : le jour du débarquement, D Day, le Jour J, le jour le plus long, etc. Pour marquer à jamais ce jour béni entre tous, un film lui a été consacré, réunissant les plus grands acteurs des deux rives de l’Atlantique : « The Longest Day », « le Jour le plus long », sur une musique de Paul Anka dont la chanson-tube fut reprise en français par Dalida.

Que d’émotion larmoyante alors, à l’évocation des sacrifices hors du commun des boys américains venus donner leur vie pour la libération de la France. Plus tard, pour rafraichir les mémoires, ce sera Spielberg lui-même qui partira à la recherche du soldat Ryan dans cette France devenue terre de sacrifice pour les courageux Gis américains. Le général de Gaulle avait été soigneusement écarté de l’opération de débarquement Overlord, mais cela n’empêchait nullement de célébrer l’amitié franco-américaine en rappelant Lafayette.

C’était aussi l’occasion de rappeler certaines souffrances localisées comme Oradour-Sur-Glane ou les pendus de Tulle. Les anciens résistants sortaient leurs drapeaux et leurs médailles, et tout le monde entonnait, ému, le Chant des Partisans. On n’évoquait pas encore le Vel d’Iv ou Drancy ; chaque programme en son heure… En ces temps-là, l’heure était à la glorification de ce fameux jour où l’Amérique arrivait pour libérer l’Europe en débarquant sur les plages de Normandie, rebaptisées pour la circonstance avec des noms bien américains.

 

Avec la sortie du film et la chanson « Le jour le plus long », la journée du 6 Juin devenait encore plus mythique. Il existe peu d’exemples dans l’Histoire où un peuple chante et danse pour fêter l’invasion de son territoire. Car c’en était bien une, et les Français ne le savaient pas. Ils ne savaient pas non plus que les Normands avaient payé le prix fort pour cette invasion-libération. Ils connaissaient encore moins les plans géopolitiques de ceux qui avaient organisé le débarquement. Quant à savoir pourquoi les alliés ont attendu si tard pour débarquer, personne ne se posait la question à ce sujet.

Tout le monde était conscient que la lutte avait été terrible à l’Est, mais cela restait flou. Les témoignages venant de l’Est étaient couverts par un récit officiel qui se plaçait déjà dans un contexte de guerre froide et n’était déjà plus que de la propagande. Les Français ont fini non seulement par accepter ce récit, mais aussi par se l’approprier, comme au temps des Gallo-Romains, en assimilant cette invasion et en se plaçant du côté de l’envahisseur. Ils n’ont pas encore adopté l’anglais comme langue administrative comme ils l’avaient fait du latin, mais nous n’en sommes pas loin.

C’est que, ce 6 Juin 1944, il n’y a pas que les soldats américains qui ont débarqué sur les plages de Normandie. C’est toute l’Amérique qui arrivait en force, avec son american way of life, ses films hollywoodiens, son chewing gum, son Glen Miller, et… son projet pour les territoires européens qu’elle arrivera à « libérer » avant les Soviétiques. Projet facile à réaliser d’ailleurs, avec une population européenne sortant d’un cauchemar et encore traumatisée, et des dirigeants affaiblis ou parfois compromis.

73 ans après, nous sommes toujours dans la pax americana. Comme toutes les paix impériales, la pax americana s’est dotée d’une puissance militaire, l’OTAN, surtout destinée à la maintenir et à la renforcer face à des ennemis et des menaces qui n’existent pas ou créées de toute pièce. Malheureusement, à force de chercher un ennemi à tout prix, on finit par en trouver vraiment un. L’un des candidats à devenir cet ennemi est la Russie, qui a compris très vite que le jeu de l’OTAN destiné à préserver sa pax americana devenait très dangereux et qu’il fallait y mettre un terme.

L’une de ses premières actions a été de déconstruire le récit sur lequel s’est édifiée la pax americana, en rétablissant la vérité historique sur les évènements de la Deuxième Guerre Mondiale et en replaçant le débarquement de Normandie du 6 Juin 1944 dans son véritable contexte. Devant la souffrance et les sacrifices des Soviétiques, la recherche d’un soldat Ryan devenait tout d’un coup dérisoire. Depuis le réveil russe, d’autres vérités sont sorties de l’ombre, et toutes tendent à émietter le prestige du grand libérateur américain, certaines allant jusqu’à dévoiler quelques-uns des plans sordides qui avaient été conçus en vue de l’invasion de l’Europe.

Aujourd’hui, la journée du 6 Juin n’évoque plus grand-chose, sauf peut-être pour les Normands qui, eux, ont subi les bombardements, les viols et autres exactions dès les premiers jours de leur « libération ». Les militaires américains sont restés plus de 20 ans en France, avant de se faire chasser par le général de Gaulle, et ils sont encore des milliers éparpillés dans les autres pays d’Europe. La libération totale de l’Europe est décidément bien longue !

 

 Avic – Réseau International

Un agent de la CIA se confesse sur son lit de mort : « Je faisais partie de l’équipe chargée d’assassiner John F. Kennedy »

La cassette audio dans laquelle un ancien agent de la CIA et conspirateur de Watergate, E. Howard Hunt, admet sur son lit de mort qu’il a été contacté pour faire partie d’une équipe de la CIA chargée de tuer JFK a été diffusée ; un fait vraiment étonnant qui a été complètement ignoré par les médias.

Saint John Hunt, fils d’E. Howard Hunt, est apparu sur l’émission de radio Coast to Coast Live diffusée à l’échelle nationale pour discuter des révélations contenues dans la bande.

Hunt a déclaré que son père lui avait envoyé une cassette en janvier 2004 et a demandé qu’elle soit divulguée seulement après sa mort. La bande durait 20 minutes à l’origine, mais a été éditée à quatre minutes et demi pour la diffusion sur la radio Coast to Coast. Hunt promet que toute la bande sera téléchargée prochainement sur son site.

 

Regardez la vidéo ci-dessous :

E. Howard Hunt nomme de nombreuses personnes avec des connexions directes et indirectes de la CIA comme ayant joué un rôle dans l’assassinat de Kennedy, tout en se décrivant comme un «précurseur» dans l’intrigue. Saint John Hunt a convenu que l’utilisation de ce terme indique que Hunt était disposé à jouer un rôle plus important dans le complot du meurtre s’il avait été requis.

Hunt allègue sur la bande que le vice-président Lyndon B. Johnson a été impliqué dans la planification de l’assassinat et dans la dissimulation, affirmant que LBJ, « avait une envie presque maniaque de devenir président, il considérait JFK comme un obstacle à cette réalisation ».

En étant interrogé sur le fait de savoir si son père a suivi les théories de la conspiration dans l’assassinat de Kennedy, Saint John a déclaré qu’il a suivi le travail d’AJ Weberman, un écrivain autonome de New York qui, au début des années 70, a accusé Hunt d’être l’un des trois vagabonds qui ont été arrêtés à Dealy Plaza. Les soi-disant vagabonds (photo ci-dessus) ont été interrogés et plus tard les récits ont été publiés par les autorités peu de temps après l’assassinat. Weberman, l’un des fondateurs du Youth International Party, les Vippies, a publié des photographies des vagabonds et a constaté que deux d’entre eux avaient des similitudes frappantes avec Hunt et Frank Sturgis, également nommé par Hunt dans la bande comme ayant joué un rôle dans l’assassinat.

En demandant son avis sur la question de savoir si son père était l’un des vagabonds de Dealy Plaza, Saint John, dans une révélation étonnante, a déclaré que l’un d’eux ressemblait beaucoup à son père en 1963 (voir comparaison ci-dessus).

Frank Sturgis, opérateur éminent de la CIA, a déclaré une ressemblance avec l’un des « vagabonds ».

D’autres chercheurs croient que le « vagabond Hunt » est en fait Chauncey Holt, qui a par la suite avoué le fait. Charles Harrelson aurait été identifié comme le troisième vagabond.

Saint John Hunt a déclaré que peu de temps avant sa mort, son père s’était senti «profondément en conflit et profondément habité par les remords» parce qu’il n’avait pas signalé l’intrigue à l’époque ni empêché l’assassinat, tous les membres du gouvernement ont détesté Kennedy et voulaient l’éjecter de n’importe quelle manière. La promesse de Kennedy de « briser la CIA en mille pièces et disperser les restes au vent » a été menée et cela a fâché presque tout le monde à l’agence.

 1. https://en.wikipedia.org/wiki/E._Howard_Hunt
2. 
https://www.maryferrell.org/pages/Confession_of_Howard_Hunt.html
3. 
http://www.nara.gov/cgi-bin/starfinder/0?path=jfkcnew.txt&id=demo&pass=&OK=OK
source: 
AnonHQ

 

via:http://www.anguillesousroche.com/histoire/agent-de-la-cia-se-confesse-lit-de-mort-faisais-partie-de-lequipe-chargee-dassassiner-john-f-kennedy/

Gidéon Lévy: Cinquante ans, cinquante mensonges

Acceptons l’idée que l’occupation est justifiée. Disons aussi qu’Israël n’a pas le choix. Décidons même de ne pas l’appeler une occupation. Disons qu’elle a été reconnue par le droit international et que le monde l’a applaudie. Prétendons que les Palestiniens sont reconnaissants de sa présence. Reste cependant un petit problème qui continue à planer sur le sujet : tout ceci repose entièrement sur des mensonges.

Du début à la fin toujours repoussée, c’est un vrai tissu de mensonges. Il n’y a pas un mot de vérité qui y soit associé. Sans ces mensonges, ce serait tombé en décomposition depuis longtemps. Sans ces mensonges, il est peu probable que cela aurait jamais existé. Ces mensonges, dont la droite est fière de certains d’entre eux (« pour le bien de la Terre d’Israël, il est acceptable de mentir »), suffisent à faire bondir de dégoût toute personne honnête. On n’a pas besoin de ces autres horreurs pour en être convaincu.

Cela a commencé avec la question de savoir comment nommer les territoires. Sur la radio israélienne, on a décidé d’utiliser le terme « territoires temporairement détenus ». C’était le mensonge N° 1, impliquant que l’occupation était temporaire et qu’Israël avait l’intention d’évacuer ces territoires, qu’il ne s’agissait que d’un élément de marchandage dans la recherche de la paix. C’est probablement le plus gros mensonge et certainement le plus décisif. C’est celui qui a permis de célébrer son jubilé.

La vérité, c’est qu’Israël n’a jamais eu l’intention de mettre fin à l’occupation. Sa prétendue limitation dans le temps n’a servi qu’à endormir le monde dans sa duperie.

Le deuxième mensonge majeur a été l’argument comme quoi l’occupation sert les intérêts sécuritaires d’Israël, qu’il s’agit d’une mesure d’autodéfense utilisée par une pauvre nation cernée par des ennemis. Le troisième mensonge fut le « processus de paix », qui n’a jamais vraiment eu lieu et qui, de toutes façons, n’a été prévu que pour donner encore plus de temps à l’occupation. Ce mensonge a eu plusieurs appuis. Le monde en a été complice, se mentant continuellement à lui-même. Il y a eu des discussions, la présentation de cartes (toutes semblables), on a tenu des conférences de paix avec de nombreux cycles de négociations et des sommets, avec des envoyés qui se précipitaient dans des allers-retours, et surtout des boniments vides.

Tout ceci se fondait sur un mensonge, qui était la présomption qu’Israël n’ait jamais eu l’intention de mettre fin à l’occupation.

Le quatrième mensonge, évidemment, est l’entreprise de colonisation. Ce projet est né et a grandi dans un mensonge. Aucune colonie n’a été établie honnêtement, depuis la nuit passée au Park Hotel d’Hébron, en passant par les « camps de travail », les « camps de protection », les « fouilles archéologiques », les « réserves naturelles », les « espaces verts », les « zones de feu », les « terrains d’étude », les « avant-postes et expansions » – toutes ces inventions engagées sur un clin d’œil ou un hochement de tête, qui ont culminé dans le plus gros mensonge de ce contexte, celui des « terres d’Etat », mensonge qui ne peut être comparé qu’à celui des « absents présents » palestiniens d’Israël.

Les colons ont menti et les politiques ont menti, l’armée et l’Administration Civile dans les territoires ont menti – ils ont tous menti au monde et à eux-mêmes. De la protection d’un pylône d’antennes est née une méga-colonie et d’un week-end à cet hôtel est né le pire du lot. Les membres du cabinet qui ont ratifié, les membres de la Knesset qui ont opiné du chef et cligné de l’œil, les officiers qui ont signé et les journalistes qui ont blanchi le propos, tous connaissaient la vérité. Les Américains qui ont « condamné » et les Européens qui ont « été furieux », l’Assemblée Générale de l’ONU qui « a fait appel » et le Conseil de Sécurité qui « a tranché », aucun d’entre eux n’a jamais eu la moindre intention de donner suite avec quelque action que ce soit. Le monde se ment aussi à lui-même. Cette façon de faire arrange tout le monde.

Cela facilite aussi la sortie sans fin des mensonges quotidiens qui camouflent les crimes commis par les Forces de Défense Israéliennes, la Police des Frontières, le Shin Bet, l’Administration des Prisons et l’Administration Civile – la totalité de l’appareil de l’occupation. Cela facilite aussi l’utilisation d’un langage aseptisé, le langage de l’occupant tant aimé des médias, le même langage que celui utilisé pour décrire leurs excuses et leurs autojustifications. Il n’y a pas en Israël de blanchiment comparable à celui qui décrit l’occupation et il n’y a pas d’autre large coalition qui la diffuse et la soutienne avec autant de dévotion.

La seule démocratie du Moyen-Orient qui utilise une tyrannie militaire brutale et l’armée la plus morale du monde qui tue plus de 500 enfants et 250 femmes en un seul été – quelqu’un peut-il concevoir un mensonge plus gros que celui-là ? Quelqu’un peut-il imaginer une plus grande auto-tromperie que celle qui prévaut en Israël et qui dit que tout ceci nous a été imposé, que nous ne le voulions pas, que les Arabes sont à blâmer ? Et encore, nous n’avons pas mentionné le mensonge des deux Etats et le mensonge comme quoi Israël recherche la paix, les mensonges sur la Nakba de 1948 et la « pureté » de nos armes dans cette guerre, le mensonge à propos du monde entier qui serait contre nous et le mensonge comme quoi les deux côtés sont à blâmer.

Depuis les paroles de Golda Meir « nous ne pardonnerons jamais aux Arabes d’obliger nos enfants à les tuer » à « une nation ne peut pas être un occupant sur sa propre terre », les mensonges succèdent aux mensonges. Cela ne s’est pas arrêté jusqu’à aujourd’hui. Cinquante ans d’occupation, cinquante nuances de mensonges. Et maintenant ? Cinquante ans de plus ?

Traduction J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz

 

via: http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2017/06/03/gideon-levy-cinquante-ans-cinquante-mensonges/

La crise de Suez de 1956: Comment fonctionnent les conspirations occidentales contre la souveraineté des pays émergents

Des services secrets étrangers occidentaux qui effectuent des attentats contre le président d’un pays plein d’avenir, qui fournissent des mensonges aux journalistes et des informations négatives à leur propre Premier ministre ; un Premier ministre qui ment effrontément pour provoquer une guerre, etc. Tout ça sonne comme une « conspiration » ou comme une « théorie de conspiration », comme l’appellerait la presse d’aujourd’hui. Selon la définition de Wikipedia, le plus grand dictionnaire encyclopédique online, une conspiration est « une action secrète entre plusieurs personnes, dans un but précis, le plus souvent illégal ou illégitime. » Des incidents très différents et historiquement prouvés démontrent qu’il ne s’agit pas de seules « théories » mais de faits historiques. Comme par exemple la chute du gouvernement iranien prouvée par les services secrets britanniques pour l’étranger MI6 en 1953, ainsi que l’action soutenue par la CIA, l’agence américaine de services secrets à savoir « l’invasion de la baie des cochons » au sud de l’île de Cuba en 1961 avec l’objectif de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. (cf. www.kla.tv / 10013)

Dans l’émission d’aujourd’hui, l’attention doit être mise sur un incident historique, une conspiration prouvée qui a eu lieu en 1956 : la prétendue « crise de Suez », car actuellement on note fréquemment des conspirations qui fonctionnent selon ce même modèle :

En 2004, un documentaire de la BBC, radio britannique, – « The Other Side of Suez », montrait « l’autre côté de la crise de Suez » de 1956. Le documentaire évoque la montée de Gamal Abdel Nasser, le président de la république de l’Egypte de l’époque et la crise de Suez qui y est liée. Dans l’émission, la parole est donnée à beaucoup de témoins de ce temps-là, ce qui procure une image un peu différente de Nasser que celle qui est décrite dans les livres d’histoire occidentaux. En Occident, pour justifier sa chute, on comparait Nasser à un « Hitler ou un Mussolini du Nil ». Dans un documentaire allemand de la chaîne de TV « Arte » qui a paru fin 2015, Nasser était présenté comme un dictateur brutal qui tentait de mettre en œuvre un « socialisme adapté » et qui réprimait durement les opposants au régime et la société civile. Mais Nasser n’avait jamais eu le socialisme en vue et son peuple, dont il tentait d’améliorer la vie, se trouvait presque unanimement derrière lui. C’est ce que montrait le film de la BBC.

Il est significatif qu’en 2004, c’était justement « Arte » qui avait diffusé le film de la BBC en allemand ; « Arte » y présentait donc un autre point de vue qu’en 2015. Se pose alors la question : Pourquoi « Arte », mais aussi la BBC, laissent-ils actuellement cette manière d’exposer les faits aux médias libres, pour ensuite les attaquer et les accuser de transmettre des « Fake news » lorsqu’on est en présence de cas semblables mais actuels, comme la guerre en Libye ou le conflit en Syrie. Pourtant, ce serait leur tâche dans leur position de quatrième pouvoir dans le pays.

Mais revenons un peu à la crise de Suez :

Quand Nasser a été élu président de l’Egypte en 1956, le niveau de vie en Egypte était l’un des plus bas du monde. Cela bien que, après-guerre, l’Egypte ait été le pays au monde le plus important stratégiquement, grâce au canal de Suez qui fournissait en pétrole les pays industriels occidentaux, à cette époque-là et jusqu’à aujourd’hui. Mais l’entreprise qui contrôlait le canal à l’époque appartenait principalement aux anciens seigneurs coloniaux de l’Egypte, la Grande-Bretagne et la France. Le personnel se composait d’Européens ; presque aucun des nombreux millions de dollars que le canal générait chaque année, ne revenait à l’Egypte. Mais Nasser avait des plans « ambitieux » : « l’indépendance et la liberté », aider son pays à sortir de la pauvreté. Pour éradiquer la misère de masse, Nasser projetait la construction du barrage d’Assouan qui devait approvisionner la région en eau pour l’agriculture et en électricité. La Banque mondiale, une banque internationale de développement créée par le gouvernement des Etats-Unis, avait même initialement accordé un crédit. Quand Nasser a vu Israël s’armer « devant ses portes », il a décidé également de s’armer. Il s’est en fin de compte adressé à l’Union Soviétique parce que les pays occidentaux, et avant tout les États-Unis, n’ont pas voulu lui livrer d’armes. Après l’alliance avec l’Union Soviétique, le temps des faveurs envers Nasser était définitivement fini. Le Premier ministre britannique a décidé, d’un commun accord avec les Etats-Unis, de punir Nasser pour son accord avec les soviets. Leur réponse a été une opération secrète contre Nasser avec le nom de code « Omega ».

Selon le documentaire de la BBC on travaillait avec « les principes de conspiration » suivants, que l’on retrouve encore dans les incidents les plus divers jusqu’à aujourd’hui :

1. Avec la propagande : Les journalistes occidentaux étaient approvisionnés en informations négatives selon lesquelles Nasser était un dictateur brutal, etc.

2. Avec des sanctions : Le financement du barrage ainsi que d’autres aides au développement étaient gelés. Cela a directement poussé Nasser, le président de la République, à nationaliser « du jour au lendemain » le 26 juillet 1956 la Compagnie du canal de Suez. Ainsi les taxes de passage par le canal de Suez pourraient dès lors couvrir les frais de la construction du barrage.

3. Avec un changement de régime (renversement du gouvernement) : Plusieurs attaques contre la vie de Nasser ont été provoquées mais elles ont toutes échoué.

4. Avec un « mensonge du président » : Le Premier ministre britannique de cette époque Anthony Eden a affirmé « Je lutte pour la paix » et a justifié l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne grâce à des faits mensongers en disant que « Nasser est une marionnette des soviets et une menace directe contre les intérêts britanniques. »

 

5. Avec une stratégie de guerre perfide : Enfin, une « conspiration » prouvée entre la Grande-Bretagne, la France et Israël a conduit à l’invasion de l’Egypte par les Britanniques. Israël a été poussé à pénétrer dans la péninsule du Sinaï et à avancer en direction du canal de Suez. Après cela on a exigé, par un ultimatum franco-britannique, que les troupes égyptiennes reculent de dix miles derrière le canal de Suez et donc qu’elles se retirent de toute la péninsule du Sinaï. Comme on pouvait s’y attendre, le président Nasser a repoussé l’exigence, ce qui donnait à la Grande-Bretagne et à la France le prétexte souhaité pour gagner militairement le contrôle du canal et pour renverser le régime de Nasser. Parce que le peuple égyptien était uni derrière son président et en raison de la forte pression politique du président des Etats-Unis Eisenhower et du président soviétique Khrouchtchev, les forces armées de Grande-Bretagne, de France et d’Israël ont dû se retirer complètement de l’Egypte le 22 décembre 1956. Khrouchtchev a même menacé d’une guerre atomique !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les troupes franco-anglaises qui débarquent, le 5 novembre 1956, près de Port-Saïd, découvrent la zone du canal de Suez en feu.

La chute programmée de Nasser et un changement de régime n’avaient pas été atteints cette fois-là. Mais si la BBC examinait les incidents plus récents de la même manière qu’elle a examiné la chute programmée de Nasser, elle tomberait très vraisemblablement sur les mêmes « principes de conspiration » cités.

On peut mentionner les chefs d’Etat suivants qui se sont également efforcés de promouvoir l’essor économique et social de leur pays ou qui le font encore :

– L’ancien président de la République irakien Saddam Hussein qui a été renversé de force en 2003 et exécuté.

– L’ancien chef d’Etat Mouammar al-Kadhafi qui a été renversé en 2011 et brutalement assassiné.

– Le président de la République syrien Bachar al-Assad, que les puissances occidentales essaient de renverser depuis 2011.

L’objectif de cette énumération n’est pas de juger ni d’accepter toutes les actions isolées de ces chefs d’Etat. Au contraire il s’agit de montrer comment les gouvernements occidentaux travaillent encore aujourd’hui, à l’aide des « principes de conspiration » exposés, pour plonger dans le chaos les pays montants en plein essor, désagréables et très importants d’un point de vue géopolitique.

Liens : Quellen/Links: http://info.arte.tv/de/teil-1-gamal-abdel-nasser
https://de.wikipedia.org/wiki/Sueskrise
https://www.youtube.com/watch?v=fgB0F-IAwyY
(„arte“-Version auf Deutsch) 
https://www.youtube.com/watch?v=ETOUALw2EIs
(englisch Originalversion)

 

Source: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

France-Monde arabe : 1967-2017 Un demi-siècle d’infléchissements successifs

De la politique arabe à la politique sunnite à la politique wahhabite.

«La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose et d’attendre des résultats différents ». Albert Einstein

«L’occupation ne peut aller sans oppression, répression, expulsions et il s’y manifeste contre lui une résistance, qu’à son tour il qualifie de terrorisme.» Conférence de presse du Général De Gaulle Paris 27 Novembre 1967.

En un demi-siècle (1967-2017), la diplomatie française en direction de la rive méridionale de la Méditerranée a subi des infléchissements successifs pour déboucher sur une alliance contre nature avec le pays le plus antinomique de son héritage politique, passant ainsi par dégradés successifs de la politique arabe, à la politique sunnite à la politique wahhabite.

Prologue

Sans remonter aux Croisades, il est généralement admis que la politique française à l’égard du monde arabo-musulman s’est articulée autour de trois grandes dates fondatrices :

·         1536 : Le traité des Capitulations entre François 1 er et Soliman Le Magnifique.

·         1798-1801- Le recentrage Bonaparte par déplacement du curseur de la sublime porte vers l’axe Le Caire La Mecque, autrement dit le monde arabe, le noyau central et historique de l’Islam.

·         1967- La «Grande politique arabe de la France» du Général Charles de Gaulle, soit en quatre siècles trois infléchissements majeurs avec un bilan mitigé.

Le traité des capitulations entre François 1er et Soliman Le Magnifique

François Ier (1494-1574) et Soliman Le Magnifique, surmonteront leurs récriminations réciproques sur le contentieux des Croisades, particulièrement la Bataille de Poitiers (732), le sac de Jérusalem (1099) et de Constantinople (1204), -«les pages honteuses de l’Occident chrétien», selon l’expression de l’historien Jacques Le Goff-, pour sceller une audacieuse alliance.
Pris en tenaille entre l’Allemagne et l’Espagne, tous deux sous la couronne de Charles Quint (1550-1558), François Ier pactisera avec le chef de l’Empire ottoman, un infidèle, au grand scandale de la chrétienté d’alors, en vue de contrebalancer la puissance du saint Empire.

Dans la même veine de son inspiration, il créera le «Collège des lecteurs royaux», précurseur du Collège de France et imposera l’enseignement de l’arabe, en 1537, qui connaîtra sa consécration cinquante ans plus tard par la création de la chaire d’arabe. Louis XIV parachèvera son œuvre sur le plan culturel. Sous l’impulsion de Colbert désireux de mettre à la disposition des négociants français des interlocuteurs appropriés en Orient, le Roi Soleil fonde la section des langues orientales au Collège Louis le Grand.

Colbert, l’auteur du si horrible «Code Noir de l’esclavage» qui sera publié après sa mort sous l’Édit de Mars 1695, décrétera «le privilège de la terre de France» et son pouvoir libératoire ; une clause de sauvegarde qui permettait de satisfaire un triple objectif : l’affranchissement automatique des esclaves du seul fait de fouler le sol français, la consécration a priori de l’esclavage ans les possessions d’outre-mer et la préservation des intérêts fondamentaux de la France par la mise en valeur de sa tradition d’hospitalité et de son bon renom dans le monde.

Sous la Révolution, la section des langues orientales du collège Louis le grand deviendra une institution autonome «l’École des langues orientales». L’arabe, le turc et le persan y seront les premières langues enseignées. Le général Bonaparte en Égypte décrétera la politique des égards… à l’égard des indigènes. Non pas par tropisme arabo musulman, mais pour l’évidente raison que le respect d’autrui constitue la première forme de respect de soi. En un mot par un réalisme enrobé d’idéalisme qu’il considérera comme le meilleur gage de la pérennisation de son action.

1798- 1801 : Le curseur rectificatif de Bonaparte : La «Politique des égards»

Pour rappel : L’expédition d’Égypte de Bonaparte était autant une expédition militaire que scientifique. Une différence de taille avec l’aventurisme français des siècles suivants l’expédition «punitive» de Suez (1956), la guerre de prédation économique de Libye (2011) et de Syrie (2012).

François Ier le précurseur, Bonaparte, le successeur, percevront les dividendes de cette politique d’ouverture vers l’outre-mer, deux siècles plus tard avec Jean François Champollion, l’un des plus illustres élève des «Langues O», déchiffreur des hiéroglyphes égyptiennes, une découverte qui fera de l’Égypte, l’un des centres du rayonnement culturel français en Orient, un exemple de rentabilité opérationnelle, le fameux «retour sur investissement» du jargon moderne.

En stratège, le général corse, sans doute plus averti des subtilités géostratégiques de la Méditerranée, s’est borné à recentrer la politique de son royal prédécesseur considérant que La Mecque et non Constantinople constituait le centre d’impulsion de la politique française de la zone.

Se gardant de tout messianisme, il revendiquera pour la France la charge du domaine régalien, laissant aux autochtones la gestion de leurs propres affaires locales, en application de «la politique des égards», première expression politique de l’autogestion des territoires conquis.

Son neveu, Napoléon III, caressera même le projet de fonder un «Grand Royaume Arabe» en Algérie. Cette évidence mettra deux siècles à s’imposer. Mais, entre-temps, que d’humiliations, que de gâchis. Pour avoir méconnu ce principe, pour avoir renié ces propres principes, la France en paiera le prix.

Entre temps, au XIXe siècle

Le Monde arabe servira de cible compensatoire aux désastres militaires français successifs sur le théâtre européen, tout au long du siècle depuis Waterloo, fait unique dans les annales militaires internationales.
Waterloo (1815), Mexique (1862), Sedan (1870) Fachoda (1898),
avec leur projection belligène sur le théâtre arabe :

·         Conquête de l’Algérie, en 1830, quinze ans après le désastre de Waterloo 1815)

·         Conquête de la Tunisie, en 1881, dix ans après la défaite de Sedan, en superposition aux avatars de l’expédition du Mexique (1862-1867).

·         Enfin Fachoda (1898), qui débouchera sur la conquête du Mali (Gouraud-Al Many Touré) et le Maroc en 1912.

La crise de Fachoda (en anglais the Fashoda incident) est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume Uni en 1898 dans le poste militaire avancé de Fachoda au Soudan (aujourd’hui, Sud Soudan). Son retentissement a été d’autant plus important que ces pays étaient alors agités par de forts courants nationalistes. Dans l’imaginaire collectif français, la crise de Fachoda reste comme une profonde humiliation infligée par un Royaume-Uni triomphant, hautain et forcément de mauvaise foi. En somme, l’image même de la «perfide Albion» abondamment reprise par la presse et les caricaturistes de l’époque. Cet épisode reste comme l’un des événements fondateurs mais surtout représentatif de la Troisième République encore jeune et fragile, au même titre d’ailleurs que les scandales politiques et financiers ui ont émaillé le dernier quart du xixe siècle en France.

Au XXe siècle, la politique arabe de la France

Dans la première partie du XXe siècle, la politique arabe de la France que Nicolas Sarkozy, pourtant issu de la famille gaulliste, a cherché à déconstruire avec le soutien actif des transfuges atlantistes philo sionistes, notamment Dominique Strauss Khan et Bernard Kouchner, a surtout consisté pour les pays arabes à voler au secours de la France, à deux reprises, au cours du XXe siècle, pour l’aider à vaincre ses ennemis, notamment en 1939-1945, en l’aidant à se débarrasser du joug nazi dont une fraction importante de la communauté nationale de confession juive en avait lourdement pâti.

Avec en contrepoint et pour prix de la contribution arabe à la libération de l’Alsace-Lorraine, l’amputation de la Syrie du district d’Alexandrette et sa cession à la Turquie, l’ennemi de la France lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), et la carbonisation au napalm des habitants de Sétif, en Algérie, (1945), le jour même de la victoire alliée dans la deuxième Guerre Mondiale (1939-1945), ainsi que la fourniture dans la foulée à Israël de la technologie nucléaire au centre de Dimona (Néguev).

1967-2017 La Grande politique arabe du Général De Gaulle

Le tournant de la «Grande politique arabe» du Général de Gaulle est intervenu, en 1966, dans la foulée de l’indépendance de l’Algérie, clôturant une rupture quasi générale de la France avec le Monde arabe de dix ans, consécutive à l’expédition de Suez (1956), une agression tripartite des deux anciennes puissances coloniales de la zone (France-Grande Bretagne) de concert avec leur créature Israël.

Elle impliquait une politique d’ouverture sur l’ensemble de la rive sud de la Méditerranée, le Monde arabe, indépendamment de leurs systèmes politique -monarchiques ou républicains, progressistes ou conservateurs, aussi bien le Maroc que l’Algérie, la Libye que l’Arabie saoudite-, mais aussi les autres puissances régionales musulmanes du Moyen Orient : la Turquie (sunnite et laïc) et l’Iran (chiite).

Signe de la bonne entente Paris-Téhéran, le premier ministre de l’époque Georges Pompidou représentait la France aux festivités de Persépolis célébrant les fastes de l’Empire Pahlévi. La France, l’un des plus importants pollueurs nucléaires de la planète, équipementier d’Israël (Dimona) et de l’Apartheid d’Afrique du sud, nouait, parallèlement, une coopération nucléaire avec l’Iran impériale via le consortium EURODIF, avant que les hiérarques français -Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et Laurent Fabius- ne se drapent dans la dignité d’une dinde effarouchée dans la perspective d’un Iran nucléarisé.

A – L’Irak (1968) et la Libye (1969), deux percées majeures de la diplomatie gaulliste dans d’anciennes chassées gardées anglo saxonnes

En treize ans (1966-1979), la diplomatie gaulliste a permis deux percées majeures de la France dans d’anciennes chasses gardées anglo saxonnes :

En Libye (1969) avec le «contrat du siècle» de 105 Mirage conclu par le gouvernement de Jacques Chaban Delmas avec le colonel Kadhafi. Et la préservation de la quote-part de Total lors de la nationalisation de l’IPC (Iraq Petroleum Company), en Irak, par Saddam Hussein.

L’illustration la plus significative de la solidarité franco-arabe s’est manifestée lors de la guerre d’octobre 1973 avec la phrase de Michel Jobert, à l’époque ministre des Affaires étrangères : «Est ce que tenter de rentrer chez soi constitue forcément une agression ?», pour justifier le franchissement du Canal de Suez et la destruction de la Ligne Bar Lev par l’armée égyptienne. Avec en retour, le traitement de faveur réservé à la France lors du boycott pétrolier des pays amis d’Israël.

B – Le choc pétrolier de 1973 : «Des idées mais pas du pétrole»

En 1973, La France est officiellement le partenaire privilégié du Monde arabe, officiellement épargnée par le boycottage pétrolier anti-occidental, le principal bénéficiaire du boom pétrolier, le principal bénéficiaire des contrats pétro monarchiques, mais les Français se cramponnent à une xénophobie lancinante, crispés sur un comportement guidé par une psychorigidité nourrie d’une nostalgie de grandeur.

Tout le monde garde présent à l’esprit les traits d’humour d’une époque où les Français exultaient de compenser leur absence de ressources naturelles par une prétendue supériorité intellectuelle, affichant leur fierté de ne «pas avoir de pétrole mais des idées», formule qui peut se décrypter de la façon suivante : «pas d’essence, mais la quintessence de l’esprit», humour qui sous-tendait une arabophobie ambiante dans une période où les arabo-musulmans étaient cloués au pilori pour avoir osé frigorifier les Français avec leur crise de l’énergie.

Le renchérissement du coût du pétrole était vécu comme un crime de lèse-majesté, alors qu’il s’agissait d’un problème de rajustement des prix du brut, longtemps outrageusement favorables aux économies occidentales.

La contradiction entre l’ouverture pan-arabe de la diplomatie française et la crispation identitaire de l’opinion française posait déjà à l’époque le problème de la mise en cohérence de la politique française à l’égard du fait arabo-musulman.

1979 : Valéry Giscard d’Estaing, les prémisses d’une politique sunnite en substitution à la politique arabe

Le premier infléchissement à la politique gaullienne a été, naturellement, le fait de Valéry Giscard d’Estaing, un «gaulliste sous toute réserve («Oui Mais»), en 1979, sous l’influence du complexe militaro industriel français qui conduira la France à perdre délibérément le bénéfice de l’hospitalité qu’elle avait accordée à l’Ayatollah Ruhollah Khomeiny (Neauphle-le-château).

Initiée par le néo gaulliste Jacques Chirac (1974), le partenariat stratégique avec l’Irak fera de la France un «cobelligérant de l’Irak» dans sa guerre contre l’Iran Khomeyniste chiite (1979-1989), par ricochet l’alliée du bloc des pays sunnites arabes qu’ils soient Républicains (Irak, Égypte) ou monarchistes (les pétromonarchies du Golfe).

Curieux retournement que celui de la France et de l’Irak, les deux pays qui avaient accordé l’asile politique à l’Imam Khomeiny du temps de son exil, dont 14 ans à Najaf (sud de l’Irak), qui se retournent contre lui à son arrivée au pouvoir pour lui mener une guerre de près de dix ans… dont les rebondissements ultimes déboucheront sur la fin de Saddam Hussein, la perte de l’Irak par la France et son passage sous influence iranienne.
Drôle de résultat pour un pays qui se targue de la rationalité cartésienne.

La France, fer de lance du combat contre le Monde chiite

Sous le tandem Chirac-Giscard et son prolongement socialiste animé par François Mitterrand (1979-1995), la France se positionnera en fer de lance du combat contre le Monde chiite. D’abord en tant que cobelligérant de l’Irak contre l’Iran (1979-1989), deux décennies plus tard, dans la guerre contre la Syrie (2011-2016), le maillon intermédiaire de «l’Axe de la Résistance» à l’hégémonie israélo-occidentale ; puis dans son rôle dans la mise sur pied d’un Tribunal Spécial International sur le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, un crime interne instrumentaliser pour criminaliser tant la Syrie que le Hezbollah libanais, enfin dans son rôle d’obstruction dans les négociations internationales sur le nucléaire iranien.
Par ricochet, la France, pendant une décennie (1980-1990), se trouvera en butte avec le «noyau dur du Monde arabo-musulman», au Tchad face à la Libye, au Liban face à la Syrie, avec les attentats du Drakkar, l’assassinat de l’ambassadeur de France Louis Delamarre, la spirale des otages, dont le plus illustre dommage collatéral sera le chercheur Michel Seurat.
Face à l’Iran, enfin, en France même, où les attentats de Paris (1986-1987), salueront le retour au pouvoir de Jacques Chirac à la faveur de la 1 ère cohabitation socialo-gaulliste.

Le «printemps arabe» (2011-2016), le saccage des atlantistes philo sionistes, Nicolas Sarkozy et François Hollande

A- La Libye, le deuxième infléchissement de la politique arabe du Général de Gaulle

Percée de la diplomatie gaulliste dans la décennie 1070, la Libye sera détruite et le pré carré français en Afrique durablement déstabilisé, 40 ans plus tard, par Nicolas Sarkozy un post gaulliste, « le premier président de sang mêlé » de France, tel qu’il s’est défini avec ce terme de grande ambiguïté, sans préciser la nature de ce métissage : Franco hongrois ? Ou Judéo chrétien ?
Menée contre un pays sunnite à structure républicaine en coalition avec les pétro-monarchies wahhabites, la guerre contre la Libye a marqué un nouvel infléchissement de la « politique arabe du Général de Gaulle », réduite désormais à une solidarité avec les pays musulmans sunnites d’obédience exclusivement wahhabite, à structure monarchique.

La diplomatie française au XXIe siècle : Une diplomatie atlantiste par un couplage du wahhabisme avec la droite israélienne

De solidarité avec les pays sunnites (Guerre contre de l’Iran 1979-1989), la diplomatie française en direction du Moyen orient s’est ainsi réduite à une solidarité avec les pétromonarchies et les pays se réclamant du néo-islamisme (Turquie).

La Libye a en effet scellé la nouvelle politique arabe du pouvoir français dans ses deux versions -post gaulliste et socialo-motoriste. Une politique de substitution.

Une politique d’alliance avec le wahhabisme (Arabie saoudite, Qatar et le néo islamiste Erdogan) en substitution à la politique sunnite, prolongée par une solidarité avec la droite israélienne.
François Hollande a même été jusqu’à assurer Benyamin Netanyahu dans sa cuisine qu’il dénichera toujours une chanson d’amour pour Israël».

La guerre de Syrie accentuera cette tendance, particulièrement amplifiée avec l’entrée en scène de Laurent Fabius, le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations internationales sur l’accord sur le nucléaire iranien.

61 ans après l’agression tripartite (anglo-franco-israélienne) de Suez (1956), les socialistes s’inspirant de leur modèle Guy Mollet, laisseront libre cours à leur prurit belligène à l’égard des Arabes. Au nom du combat contre la démocratie.

Nasser en son temps avait été qualifié de Bickbachi et comparé à Hitler, le clan Assad de dictature sanguinaire, dans une alliance contre-nature avec les gérontocrates édentés, lubriques et libidineux du Golfe.

Que l’on ne s’y méprenne pas : L’alliance franco turque du XXIe siècle ne constitue en aucun cas une réédition du traité des Capitulations, mais une alliance, là aussi, contre nature entre la France et un pays présidé par un néo islamiste, Reccep Tayyib Erdogan, qui fait office de plaque tournante du djihadisme planétaire, le gestionnaire du flux migratoire des sinistrés de la politique occidentale vers l’hémisphère sud à destination d’une Europe en crise systémique.

Bilan

1er postulat : Le privilège de la terre de France a volé en éclat, dommage collatéral de la cécité politique des gouvernants. Il n’est pas indifférent de noter à ce propos que les plus célèbres réfugiés politiques du Moyen Orient en France de l’époque contemporaine, l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, guide de la révolution islamique iranienne, et l’ancien chef du gouvernement intérimaire libanais, le général Michel Aoun, chef du Courant Patriotique Libanais (CPL), se soient retournés contre leur pays hôte à leur retour au pays natal. Du fait de la France.

En application du primat sunnite, tendance wahhabite, Jacques Chirac, -incarnation non du gaullisme mais du gaullisme d’entreprise-, privilégiera, au Liban, l’alliance avec le milliardaire libano-saoudien Rafic Hariri.

Il mettra à l’index des forces représentatives libanaises, tel le Général Michel Aoun, chef du plus important parti politique chrétien, de même que le Hezbollah, dont le président français souhaitait qu’il soit passible de «mesures coercitives» alors que la formation paramilitaire chiite faisait face à une guerre de destruction du Liban de la part d’Israël, en juillet 2006.

Dans ce contexte, la «déconcertante alliance» du Hezbollah et du général Michel Aoun, pour reprendre l’expression des analystes occidentaux, apparaît comme la résultante et la réplique de la «déconcertante attitude» des Occidentaux à l’égard des aspirations du monde arabe, particulièrement en ce qui concerne la Palestine et les Chrétiens d’orient.

Une alliance d’autant plus impérieuse pour «préserver le caractère arabe» qu’elle a brisée stratégiquement le clivage confessionnel islamo chrétien de l’équation libanaise. L’adhésion à cette alliance du parti Tachnag, le plus important parti arménien de la diaspora, rejoint ces préoccupations, de même que les réticences du nouveau patriarche maronite à opter pour un alignement inconditionnel à la stratégie occidentale en terre arabe.

2e postulat : la France protectrice des Chrétiens d’orient. Voyons voir.
Terre d’asile, La France, fille aînée de l’église, accueillera les Arméniens rescapés du génocide turc, en 1915, mais, paradoxalement, gratifiera de son forfait la Turquie, leur éradicateur et ennemi de la France lors de la première guerre mondiale, en lui offrant sur un plateau, Hatay, par amputation du District d’Alexandrette de la Syrie.

Une opération qui s’est révélée être une aberration de l’esprit vraisemblablement unique dans l’histoire du monde, pathétique illustration d’une confusion mentale au nom de la préservation de prétendus intérêts supérieurs de la nation au détriment de la victime.

Protectrice des chrétiens d’Orient, elle a facilité l’accès de son territoire aux Libanais fuyant les ravages de la guerre civile (1975-1990), mais elle a, dans le temps institutionnalisé et instrumentalisé le confessionnalisme politique, au mépris du principe de la laïcité et de la séparation de l’église et de l’état, un des principes fondateurs de la République française.

En guise de conclusion

Comment expliquer l’alliance de la France avec les forces les plus rétrogrades et les plus répressives du Monde arabe, sous couvert de combat pour la démocratie, son prédécesseur gaulliste avec le Qatar, le parrain des destructeurs des sites islamiques de Tombouctou, et le successeur socialiste, avec le Royaume wahhabite.

L’empressement à faire intervenir le GIGN lors de la prise de la Mecque, en novembre 1979, et la passivité face au saccage des stèles de Tombouctou par les Wahhabites d’Ansar Eddine ?

Comment expliquer une alliance avec le parrain des preneurs d’otages des prélats de Syrie, de quatre journalistes français, des destructeurs des sites religieux, notamment de Maaloula, dans la banlieue de Damas, l’un des plus anciens sites antiques de l’humanité, dont les habitants parlent l’araméen, la langue du Christ, dont les religieuses ont fait office de bouclier humain.

Une alliance avec le maître de l’intolérance et de la xénophobie, celui dont l’un des dignitaires religieux a décrété la destruction des églises de la péninsule arabique, prioritairement aux nombreuses bases militaires occidentales qui paralysent la souveraineté de ces émirats mirages, ne se doutant nullement des inconséquences de ses propos qui pourraient entraîner, en représailles, une réplique de la xénophobie européenne sur les quatre mille mosquées qu’abrite la rive nord de la Méditerranée.

Comment expliquer enfin la nouvelle alliance avec la Turquie contre la Syrie, qui abrite le mémorial du génocide arménien à Deir Ez-Zor. Contre la Syrie, le siège des patriarcats d’orient depuis la chute de Constantinople. Contre la Syrie, que la France a amputé du district d’Alexandrette, cédée à la Turquie en guise de bonus à son génocide.
Chrétiens de Syrie et d’ailleurs doivent se pénétrer d’une réalité première à savoir que l’Occident, particulièrement la France, protectrice des chrétiens d’Orient, a été leur fossoyeur.

La création d’Israël a entraîné l’exode des chrétiens palestiniens, l’agression anti nassérienne de Suez, en 1956, l’exode des chrétiens d’Égypte, l’invasion américaine de l’Irak, l’exode des chrétiens d’Irak; et la bataille de Syrie, l’exode des chrétiens de Syrie, alors que la guerre civile libanaise a provoqué un exode massif des chrétiens libanais, dans une tentative occidentale de fixer sur place les Palestiniens et de faire du Liban leur patrie de rechange.

Que reste-t-il de la politique d’amitié affairiste du tandem Chirac-Hariri à l’origine de la mise à l’index du Général Aoun ?
L’ancien premier ministre Rafic Hariri a été pulvérisé par un attentat, en 2005, de même que le responsable de son service de sécurité, Wissam Hassan, la dague sécuritaire du clan saoudo-américain au Liban, ainsi que les vecteurs médiatiques de la diplomatie atlantiste, Gébrane Tuéni et Samir Kassir (Groupe An Nahar).

Son fils et successeur Saad a été caramélisé, dix ans plus tard, par sa déconfiture financière et sa faillite politique, au terme d’un long exil en Arabie Saoudite, en plein «printemps arabe», qui lui a valu le sobriquet infamant de «planqué de Beyrouth».

Du côté français, Jacques Chirac, pensionnaire posthume de son ami libanais Rafic Hariri assassiné du fait du retournement de la politique française au Liban, sera, lui, le premier président français depuis Pétain à faire l’objet d’une condamnation de Justice et son successeur, Nicolas Sarkozy, qui voulait confiner l’Iran et sanctuariser Israël avec son projet d’ «Union Pour la Méditerranée», est en maille avec la justice pour des affaires en rapport avec l’argent illicite… de Bygmalion au financement libyen de sa campagne présidentielle.

Le retour sur investissement de la politique arabe de Bonaparte a eu pour nom Lesseps, Canal de Suez, Champollion, hiéroglyphe… un rayonnement qui perdure encore de nos jours.

Le retour sur investissement de la politique arabe du tandem philo sioniste atlantiste Sarkozy-Hollande a eu pour nom Mohammed Merah, les Frères Kouachi, Hédi Nemmouche, Si Ahmed Glam, Salah Abdel Salam, Charlie Hebdo, Paris Bataclan, Nice etc.. Un bain de sang qui déshonore les stratèges en chambre du nouveau cours de la diplomatie française.

Si la France se range de nos jours dans le camp de la démocratie, elle le doit certes aux « Croix Blanches » des cimetières américains de Normandie, mais aussi au sacrifice des quelques cinq cent mille combattants du Monde arabe et africain qui ont aidé la France à se libérer du joug nazi, alors qu’une large fraction de la population française pratiquait la collaboration avec l’ennemi. Cinq cent mille combattants pour la Première Guerre mondiale (1914-1918), autant sinon plus pour la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945).

Au terme d’un centenaire calamiteux généré par une gestion aberrante des accords Sykes-Picot, la politique française en direction du Monde arabe porte la marque de stigmates de sa diplomatie erratique dont la scarification morale aura été, symboliquement, la Légion d’Honneur épinglée sur la poitrine du prince héritier d’un Royaume détenteur du record mondial des décapitations, la marque de fabrique de son pupille Daech, la terreur de la France et du Monde occidental.

Pays européen disposant de la plus importante façade maritime face la rive musulmane de la Méditerranée, abritant de surcroît la plus importante communauté arabo musulmane de l’Union Européenne, ces deux paramètres commandent à la France de définir une stratégie à long terme en direction de son environnement méditerranéen et non de réduire sa «politique arabe» à une variable d’ajustement conjoncturel de la compétitivité de son complexe militaro-industriel et du train de vie des dirigeants français, particulièrement des béquilles financières dont ils escomptent se doter du fait de leur mansuétude à l’égard de leurs mécènes : Valéry Giscard D’Estaing du diamantaire Bokassa, Jacques Chirac de son hébergeur posthume Rafic Hariri, le sang mêlé Nicolas Sarkozy du crésus du Qatar et le socialo motoriste François Hollande de la dynastie wahhabite dont il décernera la Légion d’Honneur à son prince héritier.

L’honneur de la France lui commande de rompre avec la politique de la punition et de l’humiliation, si préjudiciable à son renom.

·         De favoriser, non la balkanisation du Monde arabe, mais son unité afin de doter cet ensemble d’un seuil critique à l’effet de fonder un véritable partenariat avec l’ensemble européen, sur un pied d’égalité.

·         De contribuer à la renaissance non du chauvinisme bureaucratique, mais une forme rénovée du nationalisme arabe sur de bases démocratiques, meilleur garde-fou à l’expansionnisme néo-islamiste confrérique de sensibilité wahhabiste, si destructeur de civilisations, si destructeur de nos valeurs communes.

·         Dernier, mais non le moindre, Restaurer le peuple palestinien, victime par excellence des turpitudes occidentales, dans ses droits nationaux légitimes, tant il est vrai qu’il ne saurait y avoir de sérénité trans-méditerranéenne sans le recouvrement du peuple palestinien de sa dignité.

René Naba

 

Source:http://www.madaniya.info/2017/06/01/france-monde-arabe-1967-2017-un-demi-siecle-d-inflechissements-successifs/

Il faut rechercher le véritable Islam dans le passé, et non chez Daech

L’Emir Abdelkader était un musulman, un soufi, un Cheikh, un humaniste, protecteur de son peuple contre la barbarie occidentale, protecteur des chrétiens contre la barbarie musulmane, si noble qu’Abe Lincoln lui avait envoyé une paire de pistolets Colt.

Après le massacre de Manchester… oui, et après Nice et Paris, Mossoul et Abu Ghraib, le 7 juillet [2005 à Londres] et le massacre de Haditha – vous rappelez-vous de ces 28 civils, y compris des enfants, tués par les Marines américains, quatre de plus qu’à Manchester, mais pas une minute de silence pour eux ? Et bien sûr, le 11 septembre…

Rééquilibrer la réalité de la cruauté n’est pas une réponse, bien sûr. Juste un rappel. Tant que nous bombarderons le Moyen-Orient au lieu d’y rechercher la justice, nous serons nous aussi attaqués. Mais ce sur quoi nous devons nous concentrer, selon le monstrueux Trump, est le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme, le terrorisme. Et la peur. Et la sécurité. Ce que nous n’aurons pas tant que nous promouvons la mort dans le monde musulman et vendons des armes à ses dictateurs. Croyez au « terrorisme » et Daech gagne. Croyez en la justice et Daech est vaincu.

Je pense donc qu’il est temps de convoquer les mânes d’un homme connu sous le nom de l’Emir Abdelkader – musulman, soufi, Cheikh, guerrier redoutable, humaniste, mystique, protecteur de son peuple contre la barbarie occidentale, protecteur des chrétiens contre la barbarie musulmane, tellement courageux que l’Etat algérien a insisté pour que ses restes soient rapatriés au pays depuis sa bien-aimée Damas, si noble que Abe Lincoln lui a envoyé une paire de pistolets Colt et que les Français lui ont accordé la Grande Croix de la Légion d’honneur. Il aimait l’éducation, il admirait les philosophes grecs, il interdisait à ses combattants de détruire les livres, il adorait une religion qui croyait – considérait-il – aux droits de l’homme. Mais que tous les [rares] lecteurs qui connaissent le nom d’Abdelkader lèvent la main.

Nous devrions penser à lui maintenant plus que jamais. Il n’était pas un « modéré » parce qu’il a résisté sauvagement contre l’occupation française de sa terre. Il n’était pas un extrémiste car, durant son emprisonnement au château d’Amboise, il a décrit les chrétiens et les musulmans comme des frères. Il a été soutenu par Victor Hugo et Lord Londonderry et a gagné le respect de Louis-Napoléon Bonaparte (plus tard Napoléon III), et l’Etat français lui a versé une pension de 100 000 francs. Il la méritait.

Lorsque les Français ont envahi l’Algérie, Abdelkader Ibn Muhiedin al-Juzairi (Abdelkader, fils de Muhiedin, l’Algérien, 1808-1883, pour ceux qui aiment les obituaires) s’est engagé dans une guerre de guérilla victorieuse contre l’une des armées les mieux équipées du monde occidental – et il a gagné. Il a mis en place son propre État dans l’ouest de l’Algérie – musulman mais employant des conseillers chrétiens et juifs – et a créé des départements distincts (défense, éducation, etc.) qui s’étendaient jusqu’à la frontière marocaine. Elle avait même sa propre monnaie, la « muhamediya ». Il a fait la paix avec les Français – une trêve que les Français ont violée en envahissant encore son territoire. Abdelkader a exigé un prêtre au service de ses prisonniers français, leur rendant même la liberté quand il n’avait pas de quoi les nourrir. Les Français ont pillé les villes algériennes qu’ils ont capturées, (l’équivalent de) cent Haditha pour réprimer la résistance de Abdelkader. Lorsqu’il fut finalement vaincu, il se rendit honorablement – livrant son cheval comme un guerrier – sur la promesse d’un exil à Alexandrie ou à Acre. Encore une fois, les Français le trahirent, l’emmenant en prison à Toulon puis à l’intérieur de la France.

Pourtant, dans son exil français, il a prêché la paix et la fraternité, a étudié le français, et a parlé de la sagesse de Platon et de Socrate, d’Aristote, de Ptolémée et d’Averroès. Il a plus tard écrit un livre intitulé Appel à l’Intelligent, qui devrait être disponible sur toutes les plateformes de médias sociaux. Il a du reste également écrit un livre sur les chevaux qui prouve qu’il a toujours été un arabe en selle. Mais son courage a encore été démontré à Damas en 1860, où il a vécu comme un exilé honoré. La guerre civile entre chrétiens et druzes au Liban s’est propagée à Damas où la population chrétienne s’est trouvée entourée par les Druzes musulmans qui sont arrivés avec une cruauté comparable à celle de Daech, brandissant des épées et des couteaux pour massacrer leurs adversaires.

Abdelkader a envoyé ses gardes musulmans algériens – sa milice personnelle – pour fendre la foule et escorter plus de 10 000 chrétiens dans son domaine. Et quand la foule aux couteaux est arrivée à sa porte, il l’a accueillie avec un discours qui est encore récité au Moyen-Orient (quoique totalement ignoré ces jours-ci en Occident). « Créatures pitoyables, s’écria-t-il. Est-ce la manière dont vous honorez le Prophète ? Que Dieu vous punisse ! Honte à vous, honte à vous ! Le jour viendra où vous payerez pour ça… Je ne vous livrerai pas un seul chrétien. Ils sont mes frères. Sortez d’ici ou je lancerai mes gardes contre vous. »

Les historiens musulmans affirment qu’Abdelkader a sauvé 15 000 chrétiens, ce qui est peut-être un peu exagéré. Mais c’était un homme à imiter pour les musulmans et à admirer pour les Occidentaux. Il a exprimé sa révolte par des mots qui auraient sûrement été utilisés aujourd’hui contre les bourreaux fanatiques de Daech. Bien sûr, l’Occident « chrétien » l’honora à l’époque (bien qu’il ait reçu, de manière intéressante, une lettre d’éloges du leader musulman de la Tchétchénie alors largement indépendante). C’était un homme du « dialogue interreligieux » fait pour plaire au Pape François.

Abdelkader a été invité à Paris. Une ville américaine a été nommée après lui – Elkader dans le comté de Clayton, en Iowa, et elle est toujours là, 1 273 habitants. Fondée au milieu du 19ème siècle, lorsqu’il était naturel de nommer votre lieu de résidence d’après un homme qui, n’est-ce pas, faisait honneur aux Droits de l’homme de l’Indépendance américaine et de la Révolution française ? Abdelkader aurait flirté avec la franc-maçonnerie – la plupart des spécialistes considèrent qu’il n’y est pas entré – et aimait la science au point qu’il a accepté une invitation à l’ouverture du canal de Suez, qui était sûrement un projet impérial plutôt que scientifique. Abdelkader a rencontré De Lesseps. Il se considérait, pense-t-on, comme l’homme de la Renaissance de l’Islam, un homme pour toutes les saisons, le musulman pour tous, un exemple plutôt qu’un saint, un philosophe plutôt qu’un prêtre.

Mais bien sûr, l’Algérie natale d’Abdelkader est voisine de la Libye d’où est venue la famille de Salman Abedi, et Abdelkader est mort en Syrie, dont l’assaut par l’aviation américaine – selon la sœur d’Abedi – fut la raison pour laquelle il a massacré les innocents de Manchester. Ainsi, la géographie se contracte et l’histoire se dissipe, et le crime d’Abedi est, pour l’instant, plus important que toute la vie, l’enseignement et l’exemple d’Abdelkader. Donc, pour les Mancuniens, qu’ils se tatouent des abeilles ou qu’ils achètent simplement des fleurs, pourquoi ne pas aller à la bibliothèque centrale de Manchester au square St Pierre et demander Le Combattant compatissant d’Elsa Marsten ou Le Commandeur des croyants de John Kiser ou, publié il y a quelques mois, L’Emir Abdelkader: Apotre de la fraternité de Mustapha Sherif ?

Ce ne sont pas des antidotes pour le chagrin ou le deuil. Mais ils prouvent que Daech ne représente pas l’Islam et qu’un musulman peut gagner respect et honneur auprès du monde entier.

Robert Fisk

Source : http://www.independent.co.uk/voices/manchester-attack-muslim-islam-true-meaning-a7754901.html

 

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

Il y a cent ans… Printemps 1917: les États-Unis entrent en guerre, mais pourquoi ?

Un chapitre du livre de Jacques R. Pauwels, ‘1914-1918 : La grande guerre des classes’, deuxième édition, Editions Delga, Paris, 2016

En 1917, contre la volonté de l’écrasante majorité de la population américaine, les États-Unis font leur entrée en guerre et ce, aux côtés de l’Entente et contre l’Allemagne. Ils ne le font pas en raison des attaques des sous-marins allemands contre les navires tels le « Lusitania », et encore moins pour défendre la cause de la démocratie contre la dictature et l’injustice. Ils le font parce que l’élite américaine — à l’instar des élites européennes en 1914 — attend toute sorte d’avantages de cette guerre, par exemple, d’énormes bénéfices supplémentaires et plus de docilité du côté des travailleurs…

1917 ne fut une bonne année pour aucune des nations belligérantes mais, pour les membres de l’Entente, elle fut à tout le moins catastrophique. Les principales raisons à cela furent les mutineries dans l’armée française, qui accrurent particulièrement la précarité de la situation militaire sur le front occidental, ainsi que la double révolution en Russie qui menaçait de mettre ce pays hors circuit en tant qu’allié. Ajoutez-y le fait qu’aussi bien les soldats que les civils en France et en Grande-Bretagne en avaient assez de cette misérable guerre et qu’ils aspiraient à la paix à tout prix et l’on comprendra que les autorités politiques et militaires de Londres et de Paris devaient se faire pas mal de soucis. Elles avaient voulu cette guerre et en avaient espéré beaucoup, elles voulaient absolument la gagner et, pour cela, elles avaient besoin du soutien de la population et, bien sûr aussi, de leurs alliés. Mais, en 1917, la victoire n’était pas encore en vue. On en était même très loin. Et que se passerait-il si on ne gagnait pas la guerre ? La réponse vint des événements en Russie et sous forme d’un avertissement macabre : la révolution !

La seule lueur d’espoir, en 1917, du moins du point de vue de l’Entente, fut qu’en avril de cette année, les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne, ce qu’on espérait depuis longtemps à Paris et à Londres. Cela pouvait évidemment prendre du temps avant que les troupes américaines ne débarquent en Europe afin de pouvoir renverser la vapeur au profit de l’Entente, mais au moins l’espoir d’une victoire finale pouvait enfin se raviver.

Pour l’écrasante majorité de la population des États-Unis, toutefois, l’entrée en guerre de leur pays n’avait rien d’une lueur d’espoir. Les gens se rendaient parfaitement compte que cette guerre en Europe avait tout d’une catastrophe et que les civils et les soldats des pays belligérants ne désiraient plus rien qu’un retour à la paix. Les Européens voulaient sortir au plus vite de cette guerre, pourquoi les Américains voulaient-ils y entrer ? Et pourquoi devraient-ils aller se battre aux côtés des Britanniques et des Français contre les Allemands ? Et pourquoi pas aux côtés des Allemands contre les pays de l’Entente ? Le fait que bien des Américains se posaient de telles questions était dû aux facteurs suivants.

Depuis longtemps, les États-Unis entretenaient d’assez bonnes relations avec les Allemands. Ce n’était pas l’Allemagne, mais la Grande-Bretagne, qui était l’ennemie traditionnelle et la grande rivale d’Uncle Sam. Les Britanniques étaient les anciens maîtres coloniaux contre lesquels, dans les années 1770, on avait mené une guerre d’indépendance et contre qui, plus tard, de 1812 à 1815, on avait encore été en guerre. (Cette guerre de 1812 s’était terminée par un traité de paix conclu à Gand.) Et, plus tard encore au xixe siècle, des tensions entre Américains et Britanniques se firent jour, entre autres, à propos de la frontière avec l’Amérique du Nord britannique, appelée Canada dès 1867, et à propos de l’influence et du commerce dans l’océan Pacifique, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, et aussi en raison des sympathies britanniques avec les États confédérés lors de la guerre de Sécession. Jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il y eut à Washington des plans tout prêts pour une guerre contre la Grande-Bretagne.

Les Américains ne voyaient pas non plus dans les Britanniques d’affables frères jumeaux « anglo-saxons », comme on voudrait parfois nous le faire croire. La majorité des Américains — au contraire de l’élite du Nord-Est du pays, constituée en grande partie de WASP — n’étaient absolument pas des « Anglo-Saxons », mais étaient originaires de toute sorte de pays en Europe, et surtout d’Irlande et d’Allemagne. En 1914, quand la guerre éclata en Europe, ces Américains d’origine irlandaise ou allemande avaient de bonnes raisons de croiser les doigts pour l’Allemagne et de souhaiter une défaite britannique. Mais, évidemment, beaucoup d’Américains étaient d’origine anglaise et sympathisaient par conséquent avec les Alliés.

En ce qui concerne la France, après leur entrée en guerre, les Américains allaient y débarquer en agitant la bannière de « Lafayette, nous voici ! » C’était une allusion à l’aide française aux Américains à l’époque de leur guerre d’indépendance contre la Grande-Bretagne, aide qui avait été personnifiée par le marquis de Lafayette. Ce slogan faisait comprendre qu’à leur tour, les Américains venaient rendre aux Français un service qu’ils leur devaient.

Mais pourquoi alors ne s’étaient-ils pas empressés de venir en aide à leurs chers amis français dès 1914 ? En réalité, une reconnaissance réelle ou supposée à l’égard des Français n’avait rien à voir avec l’entrée en guerre des Américains, d’autant que bon nombre d’entre eux étaient très religieux et n’avaient que peu de sympathie, voire pas du tout, pour cette république gauloise athée ou du moins anticléricale. Les protestants américains sympathisaient avec l’Allemagne, dirigée par les Hohenzollern, des luthériens, et les catholiques américains avaient un faible pour l’Autriche-Hongrie, dont la dynastie régnante, les Habsbourg, passaient depuis l’époque de la Réforme déjà (et de l’empereur Charles Quint) pour les grands champions du catholicisme 1.

Quant à la Russie, cet empire était considéré par bien des Américains comme un bastion du monarchisme autocratique passé de mode et donc comme le contraire de la république démocratique qu’étaient les États-Unis, en théorie, du moins. Nombre d’Américains étaient par ailleurs des réfugiés de l’empire des tsars, par exemple des juifs et des Ukrainiens qui, à l’égard des Russes en général et du tsar et de son régime en particulier, éprouvaient à peu près les mêmes sentiments que les Irlandais à l’égard des Britanniques. À l’égard de l’Allemagne, d’autre part, aux États-Unis on n’affichait ni rivalité, ni aversion, ni hostilité 2. Et les nombreux Américains qui, comme Theodore Roosevelt, se considéraient comme faisant partie de la « race nordique », se sentaient proches de ces Allemands « aryens » présumés supérieurs.

Le fait que l’Allemagne n’était pas une démocratie ne constituait pas un problème pour des personnalités élitistes comme Roosevelt qui, à l’égard des « masses » populaires, n’éprouvaient pas de sentiments charitables. En ce qui concerne ces Américains non élitistes mais quand même favorables à la démocratie, eux non plus, sur ce plan, ne se formalisaient pas des conditions existant en Allemagne. Avec sa législation sociale et son suffrage universel, l’Empire était par de nombreux aspects plus démocratique que la Grande-Bretagne, par exemple, et même que les États-Unis, d’ailleurs. La démocratie américaine était en effet une sorte de « démocratie de seigneurs » dont étaient résolument exclus les Indiens et les noirs qui, pourtant, constituaient un pourcentage considérable de la population ; dans cette « démocratie du petit nombre » (democracy for the few), comme la définit le politologue et historien Michael Parenti, régnait une sorte d’apartheid avant la lettre, où les noirs étaient soumis au lynchage et où les Indiens étaient tenus à l’écart dans de misérables réserves. En comparaison, l’Allemagne de Guillaume II était un paradis sur terre. Non seulement l’affirmation du président Woodrow Wilson disant que les États-Unis étaient partis au combat pour la démocratie, affirmation à laquelle on a toujours accordé trop de foi — et aujourd’hui encore —, était complètement fausse, mais même ridicule. Si Wilson avait vraiment voulu promouvoir la démocratie, il aurait pu commencer par son propre pays, où il y avait encore beaucoup à faire sur ce plan.

On peut dire qu’au début 1917, la population américaine était divisée à propos de la guerre. Certains Américains — et surtout les déjà cités WASP et autres Américains d’origine anglaise — croisaient les doigts pour l’Entente, d’autres sympathisaient avec les puissances centrales. Et bien des Américains n’avaient probablement pas d’opinion prononcée sur ce qui se passait dans la lointaine Europe. Mais la sympathie est une chose et aller combattre en est une autre. L’écrasante majorité des Yankees étaient sans aucun doute opposés à l’entrée en guerre de leur pays, ils étaient de tendance pacifiste et « isolationniste » et ne voulaient pas avoir affaire avec la guerre en Europe. C’est dans ce contexte qu’en 1915 déjà était née une chanson qui connut également beaucoup de succès en Grande-Bretagne mais qui, aux États-Unis, se révéla comme l’icône musicale du pacifisme et de l’isolationnisme, à savoir I didn’t raise my boy to be a soldier, déjà mentionnée. La chanson offusqua particulièrement les Américains qui étaient bel et bien partisans d’une intervention dans la guerre, ce genre d’Américains dont « Teddy » Roosevelt était la figure de proue 1.

Les élections présidentielles de 1916 furent remportées par Wilson, le président déjà en fonction. Il était considéré comme le candidat partisan de la paix, opposé à l’entrée en guerre. Comme cela se présente assez souvent avec nombre de présidents américains, il fit précisément le contraire de ce qu’on avait attendu de lui : le 2 avril 1917, il convainquit le Congrès de déclarer la guerre à l’Allemagne, décision qui fut officialisée le 6 avril. Les raisons avancées par Wilson furent que la guerre pouvait signifier la fin de la civilisation « occidentale » et même menacer l’existence de l’humanité si les États-Unis n’intervenaient pas afin de remettre les choses en ordre ; une fois les États-Unis impliqués, fit-il savoir, la guerre devenait une « guerre pour la démocratie », une « guerre qui allait mettre un terme aux guerres ». C’est à juste titre que les historiens ne prennent pas ces déclarations de Wilson très au sérieux et qu’ils cherchent ailleurs les raisons qui l’ont poussé à entraîner les Américains à contrecœur dans la guerre. Habituellement, on rejette la faute sur l’Allemagne puisque, dès 1917, le Reich réagit au blocus britannique — et au fiasco de la bataille du Jutland en 1916 — par une escalade dans la guerre sur mer à l’aide de sous-marins.

Dans ce nouveau genre de guerre, Berlin espérait pouvoir faire capituler les Britanniques en six mois. Entre janvier et avril 1917, les Allemands coulèrent un tonnage important de navires mais, après qu’en mai les Britanniques eurent introduit le système des convois, ils subirent déjà nettement moins de pertes. Mais la guerre des sousmarins contrariait également les puissances maritimes neutres, y compris les États-Unis, et durcit les relations entre Washington et Berlin. C’est ainsi que de nombreux historiens tentent d’expliquer l’entrée en guerre des États-Unis. Dans ce contexte, on mentionne habituellement le nom du Lusitania. Ce gros paquebot britannique, parti de New York pour Liverpool, avait été envoyé par le fond par les Allemands, et ce drame avait fait des victimes américaines. Aux États-Unis, cela avait fortement avivé les sentiments anti-allemands. Cette attaque apportait de l’eau au moulin des « interventionnistes », partisans d’une entrée en guerre, et aurait ainsi mené inéluctablement vers une déclaration de guerre américaine à l’Allemagne. Le problème avec ce scénario est que le Lusitania avait été coulé le 7 mai 1915, déjà, soit près de deux ans avant que Washington n’eût déterré la hache de guerre. Et, sur les 1 198 victimes, il n’y avait que 128 Américains, les autres étant des Britanniques et des Canadiens. En outre, le Lusitania transportait des munitions et du matériel de guerre, ce qui, selon les critères juridiques du droit international de l’époque, autorisait les Allemands à le couler. Le consulat allemand à New York avait par ailleurs prévenu les passagers potentiels que la chose pouvait se produire. Enfin, il est très vraisemblable que les autorités britanniques, dont Churchill, avaient intentionnellement fait charger le navire de munitions dans l’espoir qu’il fût pour cette raison coulé par les Allemands et que cela provoquerait ainsi l’entrée en guerre des Américains. L’on comprend que, dans des circonstances aussi douteuses, le gouvernement américain ne se soit pas laissé tenter par une déclaration de guerre à l’Allemagne.

Début 1917, l’attitude des États-Unis à l’égard de l’Allemagne se durcit, naturellement en raison de l’intensification par Berlin de la guerre sous-marine, mais ce n’est quand même pas pour cette raison que Wilson fit sa déclaration de guerre en avril. Ce n’était pas le peuple américain, mais bien l’élite de l’Amérique, dont Wilson était un représentant typique, qui voulait la guerre, et plus précisément la guerre contre l’Allemagne. La raison en est qu’en 1917, cette élite, à l’instar des élites européennes en 1914, pensait pouvoir s’attendre à des avantages considérables, dans une guerre contre l’Allemagne et croyait en même temps pouvoir conjurer ainsi un grand malheur qui menaçait. Primo, les États-Unis, tout comme la Grande-Bretagne, la France, la Russie et l’Allemagne, étaient une grande puissance impérialiste. Avec une petite différence, mais non sans importance : le fait que les États-Unis avaient développé une nouvelle stratégie impérialiste, à savoir le néocolonialisme. Par cette stratégie une puissance impérialiste tente d’acquérir des matières premières, des marchés de débouchés et de la main-d’œuvre à bon marché, non pas au moyen d’un contrôle colonial direct d’un pays, mais via une pénétration indirecte, avant tout économique, de ce pays, allant de pair avec une sorte d’influence hégémonique requérant la collaboration des élites locales. Les Etats-Unis ne se servaient donc plus de colonies et protectorats, comme les puissances européennes continuaient à faire.

La Grande Guerre se résuma en un conflit entre les grandes puissances impérialistes. Il fut clair que les puissances qui allaient sortir victorieuses de la guerre en seraient aussi, inévitablement, les grandes gagnantes sur le plan des intérêts impérialistes. Il fut tout aussi clair que, tout comme lors d’une loterie, ceux qui n’avaient pas joué ne pourraient pas gagner non plus. Il est fort probable qu’au moment de sa déclaration de guerre à l’Allemagne le gouvernement états-unien fut à la hauteur d’une déclaration faite peu auparavant, à savoir le 12 janvier 1917, par le président du Conseil français, Aristide Briand. Ce dernier y avait réfléchi, et en avait tiré des conclusions. Faisant clairement allusion aux États-Unis, Briand avait fait savoir qu’« il serait désirable, à la future conférence de paix, d’en écarter les puissances qui n’auront pas participé à la guerre ». Et n’y avait-il pas fort à gagner pour celles qui seraient présentes à cette conférence ? Les vastes possessions des perdants seraient partagées comme le manteau du Christ, par exemple, les possessions immobilières « allemandes » en Afrique, et surtout les riches régions pétrolifères de l’Empire ottoman. Et l’influence en Chine était elle aussi en jeu. Tous les acteurs impérialistes lorgnaient vers ce pays gigantesque mais d’une faiblesse insigne, afin d’y être présents lorsqu’il y aurait des concessions à recevoir, des droits d’exploiter des mines, de poser des voies ferrées et de pénétrer économiquement dans le pays d’autres manières encore. Sur ce plan, le Japon avait déjà dévoilé tout son jeu en faisant main basse sur la concession allemande en Chine. Le Japon commença à se poser en petit rival, prétendument de race inférieure, certes, mais agressif et dangereux, des États-Unis en Extrême-Orient. Grâce à leur récente guerre contre l’Espagne, ces derniers avaient pu prendre pied dans cette partie du monde sous forme d’une sorte de tutelle sur les Philippines qu’ils avaient « libérées ».

Si les États-Unis restaient en dehors de la guerre et n’étaient donc pas présents non plus lors de la distribution des prix en Chine, le danger consistait donc en ce que le Japon, via une sorte de version asiatique de la doctrine américaine de Monroe, pût monopoliser la Chine sur le plan économique et que par conséquent les hommes d’affaires américains n’y trouvent pas la « porte ouverte » qu’ils souhaitaient ardemment. À ce propos, on peut même lire ce qui suit dans Wikipédia :

 

« Si les Alliés avaient gagné la guerre sans l’aide américaine, le danger eût été qu’ils se fussent partagé le monde entre eux sans prendre en considération les intérêts commerciaux de l’Amérique. »

By Unknown – http://media.iwm.org.uk/iwm/mediaLib//355/media-355230/large.jpgThis is photograph Q 53994 from the collections of the Imperial War Museums., Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=39780391

Avec sa déclaration de guerre à l’Allemagne en avril 1917, Wilson éliminait précisément ce danger. Plus tard, dans les années 1930, une commission d’enquête du Congrès américain allait également en arriver à la conclusion que la déclaration de guerre de Wilson à l’Allemagne avait été motivée par le souhait d’être présent quand on en serait arrivé « au partage des possessions impériales.

Les États-Unis partirent en guerre pas exclusivement mais certainement aussi, et probablement surtout, afin de pouvoir tirer des avantages, après la guerre, du partage du butin parmi les puissances impérialistes. Or, rester neutre signifiait non seulement ne pas profiter de la victoire mais impliquait même le risque de devenir la victime de l’appétit impérialiste des vainqueurs.

Le 9 mars 1916, le Portugal décida d’entrer en guerre aux côtés de l’Entente afin d’éviter que ses possessions coloniales ne fussent repartagées par les puissances victorieuses. On avait peur surtout des Britanniques, qui avaient en effet cette intention et essayaient par conséquent de maintenir le Portugal en dehors du conflit. Sa participation à la guerre, rejetée par la grande majorité de la population, allait coûter au Portugal plus de 8 000 morts, 13 000 blessés et 12 000 prisonniers de guerre, mais ne rapporta le pays aucun bénéfice. D’autres pays devaient également réfléchir aux avantages et désavantages de la neutralité.

Les Pays-Bas pouvaient espérer, comme les États-Unis, qu’abandonner la neutralité apporterait des avantages. D’autre part, comme le Portugal, son gouvernement devait craindre que le maintien de la neutralité pût être néfaste. En se rangeant du côté de l’Allemagne, les Pays-Bas pouvaient peut-être acquérir la Flandre, et cette idée fut en fait encouragé par Berlin via son ambivalente « politique flamande » (Flamenpolitik) en Belgique occupée. Inversement, rester neutre signifiait qu’après la guerre on pouvait être forcé par les vainqueurs de céder des colonies ou une partie de son propre territoire. Durant la guerre et pendant la Conférence de paix de Paris certains politiciens belges œuvreront en effet — mais en vain — pour l’annexion de la Flandre zélandaise et du Limbourg néerlandais. Une deuxième raison explique pourquoi l’élite américaine qui, rappelons le, était constituée presque exclusivement des grands industriels et banquiers du Nord-Est du pays, voulait la guerre.

 

Dans les années ayant précédé 1914, les ÉtatsUnis avaient été frappés par une lourde récession économique. Mais la guerre qui éclata alors en Europe amena des commandes de matériel en tout genre, et à cause de cette hausse de la demande, la production et les profits augmentèrent également. Entre 1914 et 1917, la production industrielle s’accrut d’au moins 32 %, le PNB du pays de 20 % et les exportations américaines vers les pays belligérants grimpèrent en flèche. Naturellement, on exporta également des produits agricoles, mais en tout cas, les industriels américains — bref, les capitalistes — gagnèrent des fortunes dans cette guerre qui faisait rage en Europe et qui, à leur grande joie et à leur grand avantage — semblait vouloir durer indéfiniment. Qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire que, chaque jour, dans cette guerre, 6 000 hommes en moyenne perdaient la vie et que d’innombrables autres étaient mutilés ? Ce qui comptait, c’étaient les bénéfices et ils étaient pharaoniques. En guise d’illustration, on peut citer les bénéfices (en dollars) réalisés par nombre de grandes entreprises américaines au début et à la fin de la Grande Guerre:

Dès le début de la guerre, en 1914, il apparut qu’en raison du blocus britannique, il y avait moins d’affaires à réaliser avec l’Allemagne et l’AutricheHongrie, alors que, inversement, le chiffre d’affaires avec les pays de l’Entente, et surtout avec la Grande-Bretagne, atteignait des sommets. Entre 1914 et 1916, les exportations américaines vers la Grande-Bretagne et la France passèrent d’environ 800 millions de dollars à 3 milliards, alors que le volume des exportations vers l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie dégringolait à un maigre 1 ou 2 millions de dollars. En raison du blocus britannique, il était devenu pratiquement impossible de continuer à faire des affaires avec les puissances centrales, même si on l’eût fait volontiers. Mais, finalement, qu’importait, de ce point de vue, que le client fût un vieil ami ou un ennemi, un pays démocratique ou autocratique, un parent « anglo-saxon » ou pas ? Pourtant, il y avait bien un petit cheveu dans la soupe. On faisait des affaires en or avec les Britanniques et, dans une moindre mesure, avec les Français, mais la part du lion de ces achats se déroulait sur base de crédits accordés par des banques américaines.

En 1917, les banques américaines avaient déjà alloué un total de 2,3 milliards de dollars de ces crédits. Les prêts à la seule France augmentaient spectaculairement au cours de la guerre, à savoir de 0,05 milliards de francs en 1914 à 1,9 en 1915, 1,6 en 1916, 7,5 en 1917, 5,3 en 1918 et 9,2 en 1919. Dans ce contexte, le rôle de J. P. Morgan & Co, la banque que l’on désignait également du nom de « House of Morgan » (la maison Morgan) fut crucial. Avec des représentations à Londres et à Paris, cette société de Wall Street occupait une position idéale pour financer des affaires transatlantiques et, dès 1915, Morgan fut désigné comme agent unique pour les achats au nom de la Grande-Bretagne de produits tels que munitions, denrées alimentaires, etc. aux États-Unis. (D’ailleurs, les Britanniques achetaient aussi aux États-Unis pour le compte de leurs alliés, surtout les Français et les Russes.) De la sorte, naquit aux États-Unis un genre de « cercle d’amis » de Morgan, constitué de firmes comme DuPont et Remington, qui raflaient les contrats et gagnaient ainsi des fortunes. Morgan même mettait en poche 2 % de commission sur tous les achats. (Rien qu’en 1917, le total de ces achats s’éleva à 20 milliards de dollars, vous pouvez donc en déduire combien Morgan y gagna.) Ce fut d’ailleurs de cette façon que les États-Unis devinrent aussi forts et même plus forts, sur le plan financier, que la Grande-Bretagne. Wall Street à New York allait remplacer la City à Londres en tant que capitale financière du monde et le dollar allait déboulonner la livre britannique de son trône.

Pour Wall Street, la guerre pouvait encore durer longtemps mais, à ses yeux, il devint de plus en plus important que l’Entente gagnât la guerre. Autrement dit, « les intérêts économiques plaçaient clairement les États-Unis dans le camp des Alliés ». On peut même dire que l’arrangement financier évoqué plus haut équivalait à une violation de facto de la législation américaine sur la neutralité ; comme certains hommes politiques pacifistes américains le firent remarquer et comme la Commission Nye (Nye Committee) du Congrès allait le reconnaître dans les années trente.

Il est en tout cas compréhensible que l’Allemagne vît les choses de cette façon et qu’elle affichât une hostilité croissante à l’égard des États-Unis. Morgan n’en avait cure mais, à Wall Street, dès 1916, on commença toutefois à s’inquiéter de ce que les dettes britanniques fussent de plus en plus élevées. Et, au début 1917, la situation se mit à devenir réellement inquiétante.

La révolution en Russie fit en effet apparaître le spectre d’un retrait des Russes de la guerre, suivi par une victoire allemande ; dans ce cas, la Grande-Bretagne ne pourrait vraisemblablement pas rembourser ses dettes, ce qui, pour Morgan, signifierait une catastrophe financière. Il devint on ne peut plus clair que seule une entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Britanniques pourrait empêcher une telle catastrophe. En mars 1917, l’ambassadeur des États-Unis à Londres prévint Wilson que « la crise imminente » constituait une grave menace pour Morgan et qu’« une déclaration de guerre à l’Allemagne était probablement la seule façon de maintenir une excellente situation commerciale et de prévenir une panique ». Naturellement, Morgan en personne et son puissant cercle d’amis commencèrent eux aussi à exercer des pressions dans le même sens. Quelques semaines plus tard, début avril 1917, les États-Unis déclarèrent la guerre à l’Allemagne et, ainsi, le but du puissant lobby de Wall Street était atteint. « L’argent parle » (Money talks), disent les Américains ; en 1917, c’est effectivement ce qu’il fit, et le président Wilson l’écouta.

Les critiques radicaux de Wilson étaient déjà convaincus à l’époque que « la véritable raison pour laquelle les États-Unis étaient entrés en guerre pour aider les Alliés à vaincre, était de s’assurer que les crédits de guerre massifs des Américains à la Grande-Bretagne et à la France seraient remboursés ». Par cette décision, écrit Niall Ferguson, Wilson sauva non seulement la Grande Bretagne et l’Entente en général, mais aussi et surtout la Maison Morgan. Le fait que les sous-marins allemands aient enfreint les règles de la neutralité servit tout simplement de paravent afin de camoufler l’immoralité de la vérité. Dorénavant, Morgan allait encore pouvoir gagner plus via la vente des obligations de guerre (war bonds, appelés par euphémisme liberty bonds), dont le volume, en juin 1919, allait s’élever à 21 milliards de dollars.

Au contraire de l’élite industrielle et financière du pays, le peuple américain ne témoigna pas le moindre enthousiasme pour la guerre. Surtout les américains noirs « hésitaient de donner leur soutien à un projet qu’ils jugeaient hypocrite ». L’un d’entre eux, habitant du quartier newyorkais de Harlem, déclara d’un ton sarcastique « les Allemands ne m’ont jamais fait du mal, et si par hasard ils l’avaient fait, je leur le pardonne. » Faisant allusion au slogan de Wilson prétendant que l’Amérique partait en guerre afin d’établir la démocratie partout dans le monde, certains leaders noirs lui demandaient publiquement de bien vouloir « commencer par introduire la démocratie en Amérique même ». Très peu de volontaires se présentèrent pour aller servir de chair à canon de l’autre côté de l’océan Atlantique. Les autorités espéraient un million de volontaires mais 73 000 hommes seulement se présentèrent. Le 18 mai déjà, par conséquent, une loi fut votée, le Selective Service Act ou Selective Draft Act, qui introduisait un système de service militaire obligatoire sélectif, le draft. C’est ainsi qu’on put recruter le nombre de soldats nécessaire. Il y eut toutefois beaucoup d’opposition au draft, et plus de 330 000 personnes allaient être classées comme draft evaders, c’est-à-dire réfractaires au service. Il ne faut en tout cas pas nous étonner que les membres de la classe supérieure, de même que les travailleurs qualifiés, dont on pouvait difficilement se passer dans les usines, eussent été en grande partie à l’abri du draft.

Ce furent surtout les pauvres qui furent visés, parce que l’on considérait qu’on pouvait très bien se passer de leur présence. Comme dans le cas des armées des autres pays belligérants, les piottes états-uniens provenaient majoritairement des classes inférieures de la population, il s’agissait surtout de noirs, d’immigrants arrivés récemment, d’analphabètes, d’autres personnes sans ou avec très peu d’éducation, etc. Les noirs furent appelés en grand nombre mais ils durent surtout aller servir dans des bataillons de travail séparés, de façon que les soldats blancs ne dussent pas les considérer comme leurs égaux. Ils y recevaient aussi des vêtements, de la nourriture et un logement de qualité nettement inférieure Sur un total de 370 000 Afro-américains qui servaient dans l’armée, 200 000 furent en Europe, mais seulement 40 000 d’entre eux reçurent des armes et furent engagés dans une des deux divisions de combat noires. C’est ainsi que fut rassemblée une armée prétendument partie en guerre pour la démocratie.

Que l’Amérique partait en croisade au profit de la démocratie et/ou en guerre pour mettre un terme à la guerre, voilà ce que Wilson voulait faire avaler au peuple américain et au monde entier. Pour mener ce dessein à bien, une énorme machine de propagande fut mise sur pied, recourant à des articles de presse, des orateurs, des affiches, des productions hollywoodiennes, etc. pour faire passer son message dans les ménages américains.

Le centre nerveux de cette machine fut ce qu’on avait appelé par euphémisme le Committee on Public Information (CPI — Commission d’information publique), dirigé par le journaliste présumé « progressiste » George Creel. Il s’agissait de faire pencher les Américains — et même de les enthousiasmer — en faveur d’une guerre dont ils ne voulaient pas, dont ils ne tireraient pas le moindre avantage mais qu’ils paieraient au prix fort, de leur sang et de leur argent, en d’autres termes, afin de « pouvoir bricoler l’approbation ou l’accord » du public. Un collaborateur de Creel, le journaliste Walter Lippmann, baptisa la chose « manufacture of consent » (fabrication du consentement) — expression qui, plus tard, sera reprise par Noam Chomsky. Ce qu’il fallait en tout premier lieu susciter chez le public, c’était un sentiment anti-allemand et cela se fit en imitant l’exemple britannique s’appuyant surtout sur l’atrocity mongering, c’est-à-dire au moyen d’une exagération honteuse des atrocités commises par les Allemands en 1914, dans la petite Belgique. Creel et son équipe firent un excellent travail et on vit bientôt s’installer dans le pays une véritable hystérie anti-allemande. La choucroute, qui se dit en anglais aussi bien qu’en allemand Sauerkraut et qui était aussi populaire aux États-Unis de l’époque qu’en Allemagne même, fut rebaptisée freedom cabbage, « chou de la liberté », et la maladie virale rubéole, qui se dit également German measles, « rougeole allemande », devint liberty measles, « rougeole de la liberté ».

Hollywood fut amené à produire une collection de films de propagande, par exemple, une grosse production au titre très éloquent, Le Kaiser, la bête de Berlin. (Plus tard, d’autres ennemis des États-Unis tels que Saddam Hussein et le colonel Khaddafi seront « diabolisés » de la même façon.) Plus grave, toutefois, était le fait que des Américains d’origine allemande furent obligés de porter un signe distinctif jaune et que, dans bien des cas, leurs avoirs furent confisqués, sort qui, plus tard, allait échoir aux juifs en Allemagne nazie 1.

Les églises elles aussi faisaient de la propagande de guerre. Surtout les églises protestantes proclamaient que le conflit était une « croisade » contre l’Allemagne impériale. L’église catholique se révélait quelque peu moins enthousiaste dans ce sens, car le Vatican sympathisait discrètement avec les puissances centrales et surtout avec l’Empire des Habsbourg ; et elle ne se permettait guère d’offusquer les très nombreux Américains catholiques d’origine irlandaise et allemande, dont il était clair qu’ils soutenaient l’axe Berlin-Vienne. Il y eut encore une autre raison pour laquelle l’élite américaine aspirait tant à la guerre en 1917. Tout comme les élites européennes en 1914, l’élite américaine de 1917 était convaincue qu’une guerre allait consolider son pouvoir et son prestige, mettre au point mort et peut-être même refouler la tendance à la démocratie du xixe siècle et, enfin, éliminer pour de bon peut-être le danger d’un changement révolutionnaire. En effet, aux États-Unis aussi, les années précédant 1914 avaient vu l’élite très préoccupée par les graves tensions sociales, les nombreuses grèves et la croissance apparemment irrésistible du Socialist Party et du syndicat militant IWW. Cette agitation atteignit un point culminant en avril 1914 avec ce qu’on a appelé le « massacre de Ludlow ».

Un camp de grévistes dans un charbonnage des Rockefeller à Ludlow (Colorado) avait été attaqué par des troupes et plus de vingt personnes avaient été abattues, dont des femmes et des enfants de grévistes. Tout le pays en était troublé et, à Denver même, une unité de soldats avait même refusé d’être engagée contre les grévistes. Heureusement, l’attention du public put être rapidement détournée par le fait que le président Wilson estima brusquement nécessaire — sous un prétexte ridicule — de faire bombarder le port mexicain de Vera Cruz et d’aller mener une mini-guerre contre ce pays voisin où, en outre, une révolution battait son plein.

L’historien américain Howard Zinn estime que ce ne fut pas un hasard. Il suggère que « le patriotisme et le militarisme ont remis la lutte des classes dans l’ombre », que « le grondement des canons a détourné l’attention » et qu’« un ennemi extérieur a assuré l’unité au pays même » ; il conclut que l’agression contre le Mexique « fut une réaction instinctive du système, dans le but de créer l’unité au sein d’un peuple déchiré par des conflits internes ».

La guerre contre le Mexique peut et doit être également considérée comme une lutte de classes. Il s’agissait en effet d’un conflit entre deux « classes » de pays. C’était un conflit qui reflétait l’oppression et l’exploitation d’un pays pauvre et impuissant par un pays puissant et riche. En tout cas, la déclaration de guerre de Wilson à l’Allemagne peut être perçue similairement comme une manière de conserver la paix sociale à l’intérieur du pays via une guerre extérieure. Wilson n’est certainement pas parti en guerre uniquement pour cette raison, mais il a avidement profité de l’occasion qui lui était offerte pour réprimer toute forme de radicalisme en paroles et en actes et — au profit de l’élite du pays inquiète du radicalisme — pour gouverner de façon bien plus autoritaire et moins démocratique. En effet, Wilson, « démocrate » dans le seul et unique sens qu’il appartenait au Parti démocrate, s’attribua toute sorte de pouvoirs spéciaux qui lui permirent de façon prétendument légale de fouler aux pieds les droits démocratiques des Américains.

En mai 1917 fut promulguée la très sévère loi sur l’espionnage (Espionage Act), loi destinée officiellement à combattre l’espionnage allemand et, en 1918, le Congrès allait conférer plus de pouvoirs spéciaux encore au président par le biais de la « loi anti-émeute », la Sedition Act. Ces lois allaient rester en vigueur jusqu’à l’été 1921, c’est-à-dire jusqu’au moment où les États-Unis conclurent officiellement la paix avec l’Allemagne. Des historiens ont dit de ces lois qu’elles faisaient partie de « la législation la plus répressive du pays », qu’il s’agissait même de mesures « quasi totalitaires rendant ridicule la prétention de vouloir faire croire que nous étions entrés en guerre pour la liberté ». Désormais, le gouvernement pouvait censurer à sa guise, fermer des périodiques, arrêter des gens et les incarcérer, prétendument parce qu’on faisait la guerre contre un ennemi particulièrement mauvais qui disposait aux États-Unis de toute sorte d’espions et d’agents. Ceux qui s’opposaient à la guerre étaient censés s’opposer à l’Amérique, en d’autres termes, étaient des « anti-Américains » (un-Americans) ; désormais, le pacifisme et son jumeau, le socialisme, étaient catalogués comme les ennemis de l’ « américanisme ». Mais ces lois visaient clairement à inculquer la peur au peuple américain, à le gagner à la guerre et à réprimer tout doute concernant le bien-fondé de la guerre, les protestations contre la guerre et l’obstruction au service militaire (draft). Sous cette législation, il devenait délictueux de parler « de façon déloyale, méchante ou blessante » du gouvernement, du drapeau et de l’armée des États-Unis. Il était risqué de n’être pas d’accord avec la politique appliquée par le gouvernement Wilson. Même l’expression d’une critique mitigée de sa politique de guerre — et même chez soi ! — pouvait se solder par la prison. (L’Espionage Act fut amendé plusieurs fois après la guerre, mais il ne fut pas entièrement supprimé ; le lanceur d’alerte Chelsea/Bradley Manning a été accusé sur base de codes militaires qui, du moins partiellement, s’appuient sur cette loi.)

Durant la Première Guerre mondiale, plus de 2 500 Américains furent poursuivis en justice sur la base de ces lois draconiennes et une centaine d’entre eux furent condamnés à des peines de dix à vingt ans d’emprisonnement. Ce n’est sans doute pas un bien grand nombre par rapport à la population, mais le fait important est que la crainte des poursuites judiciaires a désappris aux gens à penser et à s’exprimer (oralement et par écrit) de façon critique au profit d’un conformisme irréfléchi — et ce, dans le pays où l’on a pourtant toujours glorifié bien haut l’« individualisme à tous crins » (rugged individualism). D’innombrables journalistes se mirent ainsi à s’autocensurer par souci de sécurité.

La législation répressive fut utilisée de façon sélective, tout d’abord contre les radicaux et les dissidents appartenant aux classes inférieures, la version américaine des « classes dangereuses », et en particulier les noirs et les juifs. Les radicaux et dissidents par excellence étaient les socialistes américains, à l’époque encore nombreux et militants, qui œuvraient en faveur de réformes démocratiques révolutionnaires et qui, en même temps, s’opposaient à la guerre.

Tout comme leurs camarades réformistes en Europe, certains socialistes américains se révélèrent partisans de la guerre, mais la plupart des socialistes étaient néanmoins des pacifistes convaincus et ils le payèrent au prix fort. La grande figure de proue des socialistes américains, Eugene Debs, s’exprima ouvertement contre la guerre en encouragea ses partisans à faire de même. En juin 1918, sur base de l’Espionage Act, il allait être jeté en prison et le même sort échut à des centaines d’autres socialistes ; ils s’étaient rendus coupables de trahison, d’incitation à la révolte, d’espionnage, de recours à la violence, etc. Les grands syndicats, par exemple l’American Federation of Labor (AFL), étaient traditionnellement les alliés du Parti démocrate de Wilson et, en tant que président, ce dernier avait défendu leurs intérêts jusqu’à un certain point en échange de leur soutien. Il n’eut pas de difficultés avec eux, en 1917, ils soutenaient sa guerre tout comme en 1914 les syndicats des pays européens avaient soutenu leurs gouvernements quand ceux-ci étaient partis en guerre. Sur ce plan, le célèbre dirigeant syndical Samuel Gompers se révéla un allié particulièrement utile de Wilson et il collabora étroitement avec Creel et sa Commission d’information publique. Mais il y eut un syndicat auprès duquel Wilson n’eut aucun succès, le syndicat radical et même révolutionnaire IWW, déjà mentionné. Son chef, « Big Bill » Haywood, se retrouva en prison tout comme Debs parce qu’il avait osé critiquer la guerre.

Depuis longtemps, l’IWW était une épine dans le pied de l’establishment américain, qui tira parti de la guerre pour détruire ce nid de révolutionnaires via des attaques lancées contre leur quartier général, des saisies de documents, l’arrestation arbitraire de dirigeants et leur condamnation sur base de preuves fabriquées de toutes pièces, etc. 1 Aux États-Unis, aussi bien qu’en Europe, le socialisme, du moins dans sa version radicale, non réformiste, allait main dans la main avec le pacifisme. La plupart des socialistes étaient des pacifistes et un pourcentage important de pacifistes étaient socialistes. Mais tous les pacifistes n’étaient pas socialistes, il y avait également d’innombrables pacifistes bourgeois aux convictions progressistes ou — comme on dit également aux États-Unis — « libérales ». Parmi ceux-ci aussi, il y avait des gens courageux qui s’exprimaient ouvertement contre la guerre de Wilson et qui, dans bien des cas, le payèrent très cher, par exemple, en perdant leur emploi ou même leur siège à l’assemblée législative de leur État. Paul Jones, évêque protestant (épiscopalien) de l’Utah, fut démis de ses hautes fonctions ecclésiastiques parce qu’il s’était exprimé contre la guerre. Et, dans les universités qui se révélèrent des « foyers d’intolérance », la liberté académique tant louée fut supprimée de facto pour toute la durée de la guerre et des professeurs pacifistes furent systématiquement écartés de leurs chaires.

Les États-Unis sont le pays de la libre entreprise, ce qui signifie que l’État croit, du moins en théorie, aux bienfaits de la traditionnelle approche libérale du laisser-faire et que, par conséquent, il intervient le moins possible dans la vie économique et sociale et « laisse faire » le plus possible ce qu’on appelle le secteur privé. Dans le contexte de l’entrée en guerre des États-Unis en 1917, cela signifiait que l’oppression à l’encontre des pacifistes, des socialistes, des dirigeants syndicaux, etc. fut « privatisée », du moins en partie, c’est-àdire laissée aux personnes et groupements favorables à la guerre qui, en général, étaient en même temps antidémocratiques, antisocialistes, antisémites et « antichamites » (hostiles aux noirs) mais se présentaient comme les champions de l’« américanisme ». Parmi ces groupes figuraient l’American Patriotic League (Ligue patriotique américaine), le Patriotic Order of Sons of America (Ordre patriotique des fils de l’Amérique) et le Knights of Liberty (Chevaliers de la liberté), une branche du Ku Klux Klan. Parmi les moyens utilisés par ces associations de « vigilance », on trouvait les dénonciations, les passages à tabac, le badigeonnage en jaune des maisons où vivaient des pacifistes, les brimades corporelles humiliantes consistant par exemple à enduire le corps des victimes de goudron et de plumes (tarring and feathering) et les exécutions illégales ou lynchages (lynchings). Ces actions visaient surtout les Wobblies (membres du syndicat IWW) : un de leurs dirigeants, Frank Little, fut lynché au Montana en août 1917.

Du côté occidental de l’océan Atlantique aussi sévissait donc une sorte de guerre jumelle, consistant d’une part en une guerre « verticale », dans laquelle les États-Unis en tant que pays s’en prenaient à l’Allemagne et, d’autre part, une guerre « horizontale », dans laquelle les deux grandes classes de la société américaine — l’élite et les prolétaires — s’affrontaient mutuellement. En ce qui concerne ce dernier front, l’élite, dirigée par Wilson, passa immédiatement à l’offensive, à savoir par des lois répressives et le « vigilantisme » et elle repoussa les forces prolétariennes tout comme les Allemands en 1914 avaient repoussé les Français et les Britanniques. Mais la lutte n’était pas encore terminée et nous verrons bientôt comment elle se déroula par la suite. En ce qui concerne la guerre « verticale » contre l’Allemagne, l’élite semblait être moins pressée ; il allait encore falloir attendre quelque temps, à savoir jusqu’au début 1918, avant que les troupes américaines ne débarquent en nombre important sur le front occidental et ne commencent réellement à faire la différence.

Jacques R. Pauwels

 

source:http://www.mondialisation.ca/il-y-a-cent-ans-printemps-1917-les-etats-unis-entrent-en-guerre-mais-pourquoi/5592350

Juste après la Seconde Guerre Mondiale, les Anglo-américains ont planifié des frappes nucléaires de masse contre l’URSS

Quelques semaines après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite de l’Allemagne, deux alliés de l’Union Soviétique, les États-Unis et la Grande-Bretagne, se sont hâtés de développer des plans militaires destinés à démanteler l’URSS et à éradiquer ses villes par des frappes nucléaires massives.

Déjà quelques mois avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Premier ministre Winston Churchill avait ordonné aux planificateurs militaires des forces armées britanniques de développer une stratégie contre l’URSS.1 La première édition du plan a été présentée le 22 mai 1945. Selon ce plan, les forces alliées devaient envahir l’Europe de l’Est (alors sous contrôle soviétique) le 1er juillet 1945.

L’Opération Impensable de Winston Churchill

Le plan, appelé « Operation Unthinkable » (Opération Impensable), établissait en but premier « l’imposition sur la Russie de la volonté des États-Unis et de l’Empire britannique. Même si cette volonté ne va pas plus loin qu’une demande de traitement juste envers la Pologne, cela ne limite pas nécessairement la portée de l’engagement militaire. »

Les stratèges des forces armées britanniques soulignaient que les forces alliées gagneraient dans les éventualités 1) d’une occupation de zones urbaines russes « suffisamment importante pour que la capacité de réaction du pays soit réduite au point où toute résistance deviendrait inutile. » 2) d’une « défaite des forces armées russes suffisamment importante pour empêcher les Russes de continuer la guerre. »

Les généraux britanniques ont toutefois averti Churchill des dangers qu’une « guerre totale » feraient courir aux forces armées alliées.

Malgré tout, à la suite des « tests » de l’arsenal atomique des USA sur les villes de Hiroshima et Nagasaki en août 1945, Churchill et des politiciens américains de droite commencèrent à presser la Maison-Blanche de bombarder l’URSS. Une frappe nucléaire contre la Russie soviétique, épuisée par la guerre contre l’Allemagne, aurait mené à la défaite du Kremlin tout en épargnant des vies de militaires américains et britanniques, insistait Churchill. Inutile de dire que l’ex-Premier ministre ne s’inquiétait pas de la mort de dizaines de milliers de paisibles civils russes déjà durement éprouvés par le cauchemar de quatre ans tout juste traversé.

« Il [Churchill] faisait remarquer que si une bombe atomique pouvait être larguée sur le Kremlin et l’éradiquait, il serait très facile de contrôler le reste de la Russie, qui serait sans direction, » explique une note déclassifiée des archives du FBI. 2

 Dans les pas de Churchill : Operation Dropshot

Aussi impensable que cela puisse paraître, le plan de Churchill sut gagner les coeurs et les esprits des politiciens et officiels militaires américains. D’après les chercheurs américains Michio Kaku et Daniel Axelrod, entre 1945 et la détonation de la première bombe atomique de l’URSS en 1949, le Pentagone avait développé au moins neuf plans d’attaques nucléaires contre l’Union Soviétique. Dans leur livre fondé sur des documents secrets déclassifiés, « To Win a Nuclear War: the Pentagon’s Secret War Plans », les chercheurs ont exposé les différentes stratégies américaines de guerre atomique contre la Russie.

« Les noms donnés à ces plans illustrent leur caractère agressif : Bushwhacker (Guérillero), Broiler (Gril), Sizzle (Grésillement), Shakedown (Racket), Offtackle [terme de football américain), Dropshot (Coup amorti), Trojan (Troyen), Pincher (Pinceur), et Frolic (Batifolage). L’armée américaine connaissait la nature offensive des plans que le président Truman leur avait demandé de préparer et leur avaient donné des noms qui s’y accordaient, » a remarqué l’expert américain J.W. Smith (« The World’s Wasted Wealth 2 »).

Les plans de « première frappe » développés par le Pentagone visaient à détruire l’URSS sans causer le moindre dommage aux USA.

Le plan Dropshot de 1949 envisageait une attaque américaine contre la Russie soviétique consistant en un minimum de 300 bombes atomiques et 20 000 tonnes de bombes conventionnelles sur 200 cibles dans 100 zones urbaines, y compris Moscou et Leningrad (Saint-Pétersbourg). De plus, les planificateurs avaient suggéré de lancer une offensive terrestre majeure, coordonnée avec les alliés, pour remporter une « victoire totale » contre l’URSS. D’après ce plan, Washington devait déclarer la guerre le 1er janvier 1957.

Pendant longtemps, le seul obstacle aux plans d’offensive atomique massive des USA tenait au fait que le Pentagone ne possédait ni assez de bombes atomiques (en 1948, Washington ne possédait que 50 bombes atomiques), ni assez d’avions pour les transporter. Par exemple, en 1948, l’US Air Force ne disposait que de 32 bombardiers modifiés pour le transport de bombes atomiques.

En septembre 1948, le président Truman approuvait un document du Conseil national de Sécurité (NSC 30) 3 sur « La politique en matière de guerre atomique » selon lequel les USA devaient être prêts à « utiliser rapidement et efficacement tous les moyens nécessaires, y compris les bombes atomiques, dans l’intérêt de la sécurité nationale et devaient donc s’organiser en conséquence. »

A l’époque, les généraux américains avaient un besoin désespéré d’informations sur la localisation des sites militaires et industriels soviétiques. Les USA lancèrent des milliers de vols d’avions espions au-dessus du territoire soviétique, déclenchant des inquiétudes sur une invasion potentielle de l’URSS chez les officiels du Kremlin. En réponse, les Soviétiques se hâtèrent de renforcer leurs capacités militaires ; et les décideurs militaires et politiques occidentaux utilisaient l’intensification du réarmement russe comme prétexte à une accélération de leur fabrication d’armes.

Pendant ce temps, pour justifier ses plans d’agression, Washington avait envoyé ses bombardiers B-29 en Europe au cours de la première Crise de Berlin, en 1948. En 1949, les USA créaient l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, six ans avant que l’URSS et ses alliés ne répliquent défensivement avec le Pacte de Varsovie – un traité de coopération et d’assistance mutuelle.

La bombe atomique soviétique saborde le plan américain

Juste avant que l’URSS teste ses premières bombes atomiques, l’arsenal nucléaire des USA avait atteint 250 bombes et le Pentagone en avait conclu qu’une victoire sur l’Union Soviétique était désormais « possible ». Hélas, la détonation de la première bombe par l’Union Soviétique porta un rude coup aux plans militaristes américains.

« La bombe atomique soviétique testée le 29 août 1949 a secoué les Américains qui avaient cru que leur monopole atomique durerait beaucoup plus longtemps, mais elle ne changea pas le schéma des plans de guerre. La problématique-clé tenait toujours au niveau de dégâts suffisant pour assurer une capitulation des Soviétiques, » note le professeur Donald Angus MacKenzie, de l’université d’Édimbourg, dans son essai « Nuclear War Planning and Strategies of Nuclear Coercion. » (Planification de guerre nucléaire et stratégies de coercition nucléaire).

Mais, même si les stratèges militaires de Washington savaient que l’URSS en avait pour des années avant de rattraper son retard et de disposer d’un arsenal atomique significatif, le fait demeurait que la bombe soviétique ne pouvait pas être ignorée.

Le chercheur écossais précise que les USA étaient principalement focalisés non sur la dissuasion, mais sur des frappes offensives ‘préventives’. Les cercles de pouvoir des USA étaient unanimes : les USA devaient s’organiser dans le but exprès de gagner la guerre nucléaire. « La logique qui impliquait de frapper le premier était donc incontournable, » expose-t-il, ajoutant que les « plans de première frappe » étaient même représentés dans la politique officielle sur le nucléaire des USA.

La doctrine officielle, présentée par le Secrétaire d’État John Foster Dulles en 1954, établissait en effet la possibilité d’une réponse nucléaire à « n’importe quelle » agression soviétique, de quelque ordre que ce fût.

Le Single Integrated Operational Plan (SIOP) des USA

Finalement, en 1960, les divers plans de guerre nucléaire des USA ont été fusionnés en un seul, le Single Integrated Operational Plan (plan intégré unique opérationnel).

Au début, le SIOP envisageait des attaques simultanées massives contre des dépôts nucléaires, des cibles militaires et des villes de l’URSS, ainsi que contre la Chine et l’Europe de l’Est. Selon le plan, les forces stratégiques américaines utiliseraient presque 3500 têtes nucléaires pour bombarder leurs cibles. D’après les estimations des généraux américains, l’attaque allait se solder par la mort de plus de 220 millions de personnes. Quelques-uns des alliés européens de l’URSS allaient être « totalement anéantis ». 4

« Nous allons devoir anéantir l’Albanie », remarquait le général américain Thomas Power à la conférence de planification du SIOP de 1960 (cité par MacKenzie).

Cependant, l’administration Kennedy introduisit des changements au plan, en insistant sur un ciblage précis des installations nucléaires soviétiques et un évitement de cibles civiles. En 1962, le SIOP avait été modifié en conséquence, mais admettait que des frappes nucléaires mèneraient de toute façon à des millions de victimes civiles.

La dangereuse compétition lancée par les USA a poussé la Russie soviétique à renforcer ses capacités nucléaires et a entraîné les deux pays dans le cercle vicieux de la course aux armements. Malheureusement, il semble que les leçons du passé n’aient pas été apprises par l’Occident et que la question de la « nucléarisation » soit de nouveau sur la table.

Ekaterina Blinova
Paru sur 
Sputnik News sous le titre Post WW2 World Order: US Planned to Wipe USSR Out by Massive Nuclear Strike

Traduction Entelekheia

Notes et références :

1 Ce qui corrobore la thèse développée dans le livre de Jacques R. Pauwels « Le Mythe de la bonne Guerre », selon laquelle Churchill espérait bien que l’Allemagne nazie mettrait l’Union Soviétique à genoux. Quelques mois avant la fin de la Guerre, voyant le vent tourner en nette défaveur des Allemands, Churchill a donc imaginé de passer lui-même à l’action contre l’URSS.

2 Winston Churchill a tenté de faire approuver une attaque nucléaire massive contre l’URSS – révèlent des dossiers secrets du FBI. (Daily Mail)
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2826980/Winston-Churchill-s-bid-nuke-Russia-win-Cold-War-uncovered-secret-FBI-files.html

3 Le document en question. Aller au paragraphe 3
https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1952-54v02p2/d37

4 Les documents declassifies: U.S. War Plans Would Kill an Estimated 108 Million Soviets, 104 Million Chinese, and 2.6 Million Poles: More Evidence on SIOP-62 and the Origins of Overkill

 

Source:http://www.entelekheia.fr/apres-seconde-guerre-mondiale-anglo-americains-ont-planifie-frappes-nucleaires-de-masse-contre-lurss/