31 janvier

 

 

PATRIOTISME ÉCONOMIQUE : La démagogie du made in France

Les 8 et 9 septembre derniers, des Assises du produire en France se tenaient à Reims. Sous l’égide d’un ex-ministre de Sarkozy, l’UDI Yves Jégo à la tête de l’association Pro France, et d’Arnaud Montebourg, qui se proclame « candidat au service du made in France », une brochette de candidats y ont développé leur vision de la marque France.

Dans une économie où production et échanges sont internationaux depuis des siècles, où la fabrication de n’importe quel produit, aussi français soit-il, nécessite forcément des matières premières, des machines, parfois des pièces entières provenant des quatre coins de la planète, cette distinction du made in France est absurde. Elle ne sert au patronat français qu’à exiger davantage d’aides, financières ou pratiques, de la part de son État. En se faisant les champions de la défense d’une prétendue production nationale, les candidats en puissance qui se sont bousculés à ces assises ont fait ce qu’ils savent le mieux faire : présenter ce qui correspond aux intérêts d’une fraction de la bourgeoisie comme une solution aux problèmes vitaux des travailleurs.

Terrain de prédilection de Le Pen, cette démagogie nationaliste attire la concurrence : de Duflot à l’inévitable Montebourg, en passant par Dupont-Aignan et Mélenchon, tous y sont allés de leurs petites phrases sur la nécessité d’appliquer un « protectionnisme intelligent » pour favoriser les produits 100 % français. Le Pen associe son « produire français » à l’habituelle démagogie anti-immigrés de son parti. Elle est d’ailleurs de plus en plus concurrencée sur ce terrain également, et pas seulement par les prétendants de la primaire de droite ! Les petites phrases de Mélenchon à propos des travailleurs détachés venant manger le pain des locaux, ou sur le fait qu’il n’a jamais été pour la liberté d’installation, témoignent de la facilité avec laquelle, dans un contexte de réaction généralisée, les soi-disant progressistes peuvent glisser vers le « produire français avec des Français ».

Durant le « grand oral pour l’Élysée 2017 » organisé par ces assises, chacun a cependant cherché à jouer sa petite musique particulière sur ce fonds commun de patriotisme économique. Pour Duflot, la production française doit se distinguer par sa haute qualité environnementale. Mélenchon, qui mange décidément à tous les râteliers, s’est également découvert une fibre écologique et prône la relocalisation de l’agriculture et la mise en valeur du patrimoine marin français, susceptible d’après lui de créer 400 000 emplois. Quant à Montebourg, il met en avant la priorité qui doit être accordée aux PME et à l’innovation, de même que Le Pen ou Bruno Le Maire.

Au-delà de ces différences cosmétiques, tous se retrouvent pour dire que l’État doit aider la marque France, c’est-à-dire mettre la main à la poche, d’une manière ou d’une autre, pour subventionner les entreprises qui produisent français. C’est finalement toujours la même vieille rengaine : il faut donner de l’argent au patronat et, un jour peut-être, ces milliards déversés sur les entreprises finiront par se traduire en emplois.

Les intérêts des travailleurs sont ailleurs

Le patriotisme économique n’est qu’un aspect de la propagande souverainiste. Il s’accompagne d’une dose de rejet de l’Union européenne, à des degrés qui vont de la sortie pure et simple de l’Union à la dénonciation de ses mauvais traités, en passant par la remise en cause de l’euro. À entendre leurs discours – y compris à gauche – c’est à Bruxelles, aux normes européennes et à tous les organismes supranationaux que l’on doit tous les malheurs, du chômage à la malbouffe, en passant par les coupes claires dans les services publics.

L’Union européenne résulte des besoins de la bourgeoisie européenne. C’est une union entre brigands capitalistes, dont les multinationales ont besoin car il leur faut une arène plus vaste que leurs petits États nationaux. Rien d’étonnant donc à ce que, dans leur grande majorité, les décisions de Bruxelles ne soient pas favorables aux travailleurs. Mais dire que le retour à l’État-nation leur garantirait un avenir plus radieux est une stupidité démagogique, pour faire croire aux travailleurs qu’ils auraient des intérêts communs avec leurs exploiteurs nationaux, pour les détourner de leurs intérêts de classe.

Car si les capitalistes européens ont besoin d’un territoire plus large pour leurs affaires, ils n’en sont pas moins toujours en concurrence, et chaque bourgeoisie se réfugie périodiquement sous la protection de son État national. Ce dernier sait alors très bien s’asseoir sur les accords et autres directives européennes, quand ils ne vont pas dans le sens des intérêts généraux de sa bourgeoisie.

Expliquer, comme le fait par exemple le PCF, qu’en retrouvant « l’indépendance de la France » on échappera « à l’emprise des multinationales » est une trahison. Cette façon de présenter les choses obscurcit la conscience des travailleurs, laisse à penser que, si les capitalistes français licencient, ferment des usines, c’est parce que la « logique de Bruxelles » ne leur laisse pas d’autre choix. Elle laisse croire que le gouvernement français, lorsqu’il fait passer des lois anti ouvrières, le fait contraint et forcé, sous l’emprise des « diktats de l’Union européenne ». C’est une façon d’effacer la seule véritable frontière, celle qui sépare et oppose les intérêts des travailleurs à ceux de la bourgeoisie.

Lorsque de grands groupes comme PSA ou Alstom décident de fermer une usine pour regrouper la production sur un seul site, ce n’est pas parce qu’ils doivent se plier à une logique transnationale qui les dépasserait ou parce que l’État français n’est pas capable d’avoir une politique industrielle. Ils le font dans l’intérêt de leurs actionnaires, avec pour préoccupation de maximiser la rentabilité et donc les profits. Les pseudo-recettes du patriotisme économique ne sauveraient les travailleurs d’aucun de ces mauvais coups. Tout au plus seraient-elles une occasion de plus pour le patronat français de se faire arroser d’un peu plus de milliards de subventions en aides à l’innovation et autres promotions de la marque France.

Le repli vers une économie française, sur des bases nationales, est objectivement impossible. La production et les échanges ont dépassé depuis bien longtemps les étroites frontières nationales que les politiciens de tout bord présentent comme une protection aux travailleurs. Une politique protectionniste ne pourrait qu’avoir des conséquences néfastes pour les classes laborieuses, entraînant la hausse des prix et de nouveaux sacrifices, au nom de la sauvegarde de l’industrie française.

Le patriotisme économique, qui fait tant recette parmi les prétendants à l’Élysée ces derniers temps, n’est qu’un leurre de plus que ces défenseurs de la bourgeoisie utilisent dans leur chasse aux voix. Il s’ajoute aux discours odieux contre les immigrés en général et les réfugiés en particulier, accusés d’être la cause du chômage, de l’insécurité, voire du terrorisme. C’est une diversion de plus pour détourner les travailleurs de leur véritable ennemi.

 

Pour stopper l’hémorragie des suppressions d’emplois, c’est aux capitalistes, français ou non, qu’il faut retirer leur pouvoir de nuisance, en interdisant les licenciements et en partageant le travail entre tous. Cela ne pourra être imposé qu’à travers les luttes de l’ensemble de la classe ouvrière. Mais les élections peuvent être l’occasion d’exprimer ces intérêts et de montrer qu’une fraction des travailleurs ne se laisse pas duper par la démagogie nationaliste des idéologues de la bourgeoisie.

30 janvier

François Fillon et la « stratégie du choc »

 

Il y a quelques jours, le site Investig'Action ressortait une video datée du 12 mars 2016, dans laquelle François Fillon, alors simplement candidat à la primaire de la droite, s'exprimait devant des membres de la fondation Concorde. Il y détaillait une partie de son programme économique s'il venait à être élu président. L'équipe de Michel Collon faisait un parallèle intéressant entre les propositions du désormais candidat de la droite et une stratégie hyper-libérale déjà mise en application dès les années 70 dans certains pays, y compris par la force. A l'heure où la probabilité de voir l'ex Premier ministre succéder à "goût cassis" apparait importante, il semble intéressant de se pencher à nouveau sur ces propositions. Or, à l'écoute de celles-ci et de certains termes utilisés par le policé Sarthois, il y a lieu d'être inquiet. Très inquiet.

Tout d'abord, la fondation Concorde, qu'est-ce que c'est ? Il est important en effet de savoir à qui s'adressait ainsi M. Fillon ce jour-là, qui il voulait convaincre, tant le verbe est parfois décomplexé (ce que nous verrons par la suite). Ce "groupe de réflexion" fort de 2500 membres, créé en 1997, se définit comme "un think-tank indépendant et ouvert dont la particularité est de faire travailler ensemble universitaires, experts, hommes et femmes d’entreprise [...] élaborant des propositions qui sont transmises aux décideurs politiques." Ce "réservoir à idées" se présente également comme "[tourné] vers les TPE/PME et la petite industrie." Composé de groupes de travail, ceux-ci ont pour double objectif de :

·         Renforcer l'efficacité économique [du] pays et faire de la France le pays des entrepreneurs, en libérant l'initiative privée

·         Réformer l'Etat et réduire la dépense publique

Bref, comme le présente Public Sénat sur le lien précédent, François Fillon s'adresse ici à une majorité de patrons qui espèrent bien peser dans la balance afin d'influer sur les politiques économiques du pays. Dans ce cadre, si on peut facilement comprendre que des chefs d'entreprises veuillent favoriser l'initiative privée, on peut légitimement se demander quelles sont leurs motivations pour vouloir "réformer l'Etat et réduire la dépense publique."

Le décor étant planté, nous allons pouvoir nous intéresser aux propositions formulées par l'ex Premier ministre devant cet auditoire.

 

Se définissant comme un ex-gaulliste social, François Fillon pense maintenant que le pays ne peut plus attendre, ne peut plus "se donner le temps de la réforme", qu'il a un "besoin impérieux de transformation radicale", d'un "choc psychologique" (6'57''). Plus loin, s'il est élu président évidemment, M. Fillon parle de former un "commando" de dix - quinze ministres maximum (14'40''). Ceux en charge des principales réformes, "l'économie, les finances, le travail pour l'essentiel", devront arriver le 1er juillet (2017, soit moins de deux mois après son élection) avec des "textes prêts", qu'ils feront passer devant le Parlement avec "tous les moyens que donne la Vème République : ordonnances, votes bloqués, 49-3". L'ex Premier-Ministre évoque le terme de "blitzkrieg" (15'40'').

Bon, en quelques minutes on a déjà la couleur qui est annoncée : fini de rigoler, avec un tel "commando", ce sera forcément la "guerre", eu égard à la terminologie particulièrement guerrière employée. Rappelons en effet que le terme "blitzkrieg" (de l'allemand : "guerre éclair") est d'une maladresse (ou d'une décomplexion) inouïe, puisqu'il fait référence à des techniques employées par l'armée allemande sous le IIIème Reich d'Hitler et consistant à engager simultanément un puissant ensemble de forces dans l'optique de frapper en profondeur les différentes capacités de l'adversaire, et ainsi d'annihiler sa capacité de riposte. Et on ne peut pas dire que le mot aura malencontreusement échappé au Sarthois, puisqu'il est répété un peu plus loin (19'24''). Il en est de même du "choc psychologique" voulu par François Fillon : il l'évoque à une deuxième reprise, associé d'ailleurs à la "blitzkrieg" (19'24''), et même une troisième fois en fin d'intervention (48'30''). Ceci dit, nous ne tenons pas là un scoop sur toute la ligne, puisque M. Fillon a déjà employé par le passé ce genre de terminologie.

J'entends déjà certains de mes lecteurs : mais non, il exagère, ça ne sera pas la "guerre" ; et puis d'ailleurs, la guerre contre qui ? J'aimerais rappeler à ceux-ci ces mots prononcés par la très libérale Margaret Thatcher en 1984, lors de la grève des mineurs :

 

« Nous avons dû nous battre contre l'ennemi extérieur aux Malouines ; nous devons maintenant nous battre contre l'ennemi intérieur, qui est beaucoup plus coriace, mais tout aussi dangereux pour la liberté. » [1]

Margaret Thatcher, alias "la dame de fer"

 

La guerre contre "l'ennemi intérieur", en clair contre les citoyens qui n'accepteraient pas les réformes, quand bien même ils seraient majoritaires. Bref, la guerre contre la volonté populaire. On l'a déjà vu au premier semestre 2016 avec la Loi travail et le recours massif du gouvernement au 49-3, mais François Fillon veut développer et accélérer ce mode de gouvernance résolument anti-démocratique. Il le dit clairement plus haut : il veut faire passer ses "impérieuses réformes" par tous les moyens possibles, sans débat, sans concertation, en force, et, profitant de la léthargie propre aux premières chaleurs, "sans interruption estivale". Il réitère d'ailleurs encore le terme de "choc" (18'32''), en précisant cette fois-ci que celui-ci "rend très difficile la contestation sociale." On ne peut pas être plus clair !

De manière additionnelle, François Fillon, qui utilise près d'une dizaine de fois dans son discours le terme "radical", déclare vouloir :

·         Supprimer la durée légale actuelle du travail et repasser à 39 heures hebdomadaires (20'37'').

·         Réduire les effectifs de la fonction publique de façon très importante (20'53''). Le chiffre de cinq cent mille suppressions en cinq ans a depuis largement été confirmé par l'intéressé.

·         Faire passer l'âge légal de la retraite à 65 ans (23'51''), adopter une "réforme plus radicale" du système de retraite, et notamment passer progressivement d'un système de répartition à un système de capitalisation.

·         Adopter une "réforme radicale de l'assurance chômage" (23'59'').

·         Proposer une allocation unique regroupant toutes les allocations existantes (24'05'').

·         Supprimer tout de suite l'ISF (28'19'')

·         Abroger la loi santé de Mme Touraine (38'03''), et par voie de conséquence supprimer la généralisation du tiers payant (qui permet d'éviter d'avoir à avancer les dépenses de santé) [2]

M. Fillon, lorsqu'il évoque le passage d'un système de répartition à un système de capitalisation pour les retraites, prévient que cela ne pourra se faire que progressivement. Il cite de manière intéressante le seul pays, à sa connaissance, où ce passage s'est fait de façon brutale : le Chili. Selon lui, "il y a un pays qui a réussi cette opération" (42'38''), et d'ajouter "c'est dire qu'il y a peu de chances qu'on puisse le faire" (42'43'') comme s'il s'agissait d'un espoir déçu. Effectivement Monsieur Fillon, le Chili a effectué cette opération. Maintenant de là à parler de "réussite", on peut trouver cela osé, puisque le peuple y était manifestement hostile. Mais il n'a pas eu le choix. En effet, cette réforme est passée en force sous le régime dictatorial du général Pinochet (1973 - 1990). [3]

Augusto Pinochet a engagé, lui aussi, des réformes radicales lorsqu'il est arrivé au pouvoir. Ca n'est pas lui qui les a inventées, on les lui a proposées, certains diront imposées. Quoi qu'il en soit, le Chili a servi de laboratoire grandeur nature aux théories nées de "l'école de Chicago" dont le mentor fut l'économiste américain Milton Friedman, comme le rappelle Naomi Klein dans son ouvrage de référence « La stratégie du choc : la montée d'un capitalisme du désastre » :

 

« Nixon donna aux Chicago Boys et à leurs professeurs l'occasion dont ils rêvaient depuis longtemps : prouver que l'utopie capitaliste était plus qu'une théorie concoctée dans le sous-sol d'un immeuble universitaire - et rebâtir un pays de fond en comble. Au Chili, la démocratie ne s'était guère montrée accueillante envers les Chicago Boys ; la dictature se révèlerait plus accommodante. » [4]

Milton Friedman et Augusto Pinochet

 

J'ai peine à croire que M. Fillon puisse méconnaitre l'histoire de ce pays d'Amérique du Sud et les conditions dans lesquelles cette réforme des retraites a vu le jour dans ce pays. Cet exemple dévoile à mon sens davantage la toile de fond idéologique du programme économique du candidat de la droite. Certes, au Chili, les réformes, complètes et radicales, ont été imposées de force, par la brutalité, suite à un coup d'Etat. Le fameux "choc" nécessaire à l'imposition des-dites réformes. Mais d'autres types de "chocs", naturels ou artificiels, peuvent tout à fait être judicieusement exploités, comme par exemple la menace terroriste. Naomi Klein décrit admirablement les mécanismes à l'oeuvre :

« Voici donc comment fonctionne la stratégie du choc : le désastre déclencheur - le coup d'etat, l'attentat terroriste, l'effondrement des marchés, la guerre, le tsunami, l'ouragan - plonge la population dans un état de choc collectif. Le sifflement des bombes, les échos de la terreur et les vents rugissants "assouplissent" les sociétés, un peu comme la musique tonitruante et les coups dans les prisons où se pratique la torture. A l'instar du prisonnier terrorisé qui donne le nom de ses camarades et renie sa foi, les sociétés en état de choc abandonnent des droits que, dans d'autres circonstances, elles auraient défendu jalousement. » [5]

 

Le choc exploité ou créé vise donc à terroriser la population, de manière à lui faire perdre ses repères, et in fine à lui faire accepter des mesures qu'elle aurait massivement rejetées sinon. Une fois la population en état de choc, il ne reste plus qu'à imposer les réformes ultra-libérales préconisées par les "Chicago Boys", qui constituent un cocktail de privatisations (y compris des secteurs clés de l'économie comme l'énergie, l'éducation, la santé,...), de déréglementation (ouverture ou libéralisation des marchés) et de réduction draconienne des dépenses sociales (santé, éducation, aides).

 

A terme, malheureusement (ou bien évidemment), il n'y a pourtant aucun miracle à attendre de telles mesures, qui ont été largement testées, y compris et même souvent par la force, dans de nombreux pays (une bonne partie de l'Amérique du Sud dans les années 70 et 80 et notamment dans le Chili de Pinochet, la Russie dans les années 90, l'Afrique du Sud,...) : les inégalités se creusent, la précarité et la pauvreté se développent de concert, les fleurons industriels des pays sont bradés à des multinationales étrangères qui en ont extrait les capitaux. Vous me direz : cela a déjà commencé en France. C'est vrai. Mais M. Fillon veut manifestement passer à la vitesse supérieure et éliminer rapidement les derniers obstacles.

La répression des dissidents au Chili sous Pinochet 

 

Ces méthodes, d'inspiration militaire comme le vocabulaire de M. Fillon, ont été reprises dans la fameuse doctrine "Shock and Awe, Achieving Rapid Dominance" ("Choc et effroi : parvenir à une rapide domination") élaborée en 1996 et qui a tant été utilisée en Irak pour briser les résistances. Il y est préconisé que :

« L'envahisseur doit investir l'environnement de l'adversaire et paralyser ou surcharger ses perceptions et sa compréhension des événements pour le rendre incapable de résister. Le choc économique opère de la même façon : l'hypothèse de base, c'est que les gens sont en mesure de réagir à un changement progressif - un programme de santé supprimé par-ci, une entente commerciale signée par-là - mais que, quand des dizaines de changement arrivent en même temps, de tous les côtés, ils ont le sentiment que leurs efforts seront futiles et ils baissent les bras. » [6]

 

Voilà donc l'idée de François Fillon pour faire adopter ses "impérieuses réformes", dont il sait qu'elles seront - à juste titre - impopulaires : saturer la population de nombreux changements simultanés à un moment judicieusement choisi pour annihiler toute contestation sociale. Pour faire passer ce type de mesures radicales, Pinochet, largement conseillé par "l'école de Chicago" de Friedman, avait donc choisi la terreur et la répression. Fillon, lui, vise à profiter de l'euphorie post-élections et des vacances estivales pour vaincre son "ennemi intérieur", pendant que les Français auront la tête ailleurs, et faire passer, y compris par tous les moyens pseudo-démocratiques (article 49-3 de la Constitution) les réformes qu'il juge bonnes pour... lui et ses amis. Gageons que les Français s'y opposeront malgré tout. Quelles méthodes utilisera alors M. Fillon ? A quels "chocs" devons-nous nous attendre pour nous assouplir et nous faire accepter l'inacceptable ? 2017 nous le dira peut-être. A moins d'éviter de donner le bâton pour se faire battre dès avril prochain.

 

 

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Notes :

[1] « La stratégie du choc : la montée d'un capitalisme du désastre », de Naomi Klein (éd. Leméac Actes Sud), p171-172

[2] Rappelons également que François Fillon, dans son programme, souhaite focaliser l’assurance-maladie sur des « affections graves ou de longue durée et l’assurance privée sur le reste ». Marisol Touraine lui a reproché le 28 novembre 2016 de vouloir privatiser le système de santé. Curieusement, ce volet controversé a disparu de son programme officiel. Mais le Canard Enchaîné a conservé une copie de celui-ci.

[3] Un rapport chilien d'août 2011 estime que la dictature a fait plus de 3 200 morts et disparus, plus de 38 000 torturés, et des dizaines de milliers d'arrestations de dissidents.

[4] « La stratégie du choc : la montée d'un capitalisme du désastre », de Naomi Klein (éd. Leméac Actes Sud), p83

[5] Ibid, p28

 

[6] Ibid, p182

29 janvier 2017

Une Pénélope si discrète qu’elle est passée inaperçue...

Par rosemar 

Elle s'appelle Pénélope, et bien sûr, elle est une fidèle collaboratrice de son époux François Fillon...
 
Fidèle et discrète comme la célèbre Pénélope dans l'Odyssée d' Homère... si discrète qu'elle est passée inaperçue, alors qu'elle était rémunérée en tant qu'attachée parlementaire.
 
Elle aurait perçu, à ce poste, un demi-million d'euros, en huit ans... Le Canard enchaîné du mercredi 25 janvier évoque, à ce sujet, un emploi fictif...
 
Et ce n'est pas la première fois que tels soupçons pèsent sur l'épouse d'un député.
En 2013, c'était la femme de Bruno Le Maire, ancien ministre, qui avait bénéficié d'un emploi fictif...

Le député UMP Bruno Le Maire et son suppléant, Guy Lefrand avaient rémunéré Pauline Le Maire pour un emploi d'attachée parlementaire, sans que la réalité de cet emploi ait été prouvée. 
Décidément, il semble que cette pratique soit de plus en plus courante... 
 
Le salaire qu'aurait perçu Mme Fillon était tout de même très confortable : de 6 900 à 7 900 euros mensuels.
 
De nombreux français qui exercent des métiers difficiles et réels sont bien loin de gagner de telles sommes.
 
De nombreux français peuvent, à juste titre, s'indigner que leurs impôts soient détournés, pour assurer le confort et le salaire de gens privilégiés qui se contentent de vivre aux crochets de la société...
 
On se souvient de cette déclaration de François Fillon, alors qu'il était premier ministre, en 2007 :
"Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d'un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d'un Etat qui n'a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. (...) ça ne peut pas durer"...
 
Il n'a pourtant pas hésité à rémunérer son épouse sur les deniers publics... François Fillon qui s'est fait le chantre de l'honnêteté, de la sincérité... François Fillon, le chevalier blanc, se serait laissé aller à cet abus de pouvoir.
 
Le voilà pris en défaut et mis en cause dans une affaire d'emploi fictif...
 
Décidément, la classe politique ne brille guère par son honnêteté : alors que le premier tour des primaires socialistes vient de s'achever dans la plus grande confusion, avec des erreurs flagrantes dans le comptage des voix, les électeurs s'interrogent à juste titre...
 
François Fillon veut, quant à lui, imposer aux français une véritable purge qui pénalise les gens modestes. 
Comment peut-on demander des sacrifices aux français, alors qu'on se gave de privilèges exorbitants ?

28 janvier

 

Pénélope, du travail au blanc ?

 

Par olivier cabanel 

On connaissait le travail au noir, qui ne consiste pas à donner du travail à des personnes ayant la peau sombre, mais à salarier clandestinement des travailleurs, en profitant de leur détresse... ou qui est une méthode permettant d'échapper aux lourdes charges qui pèsent sur les entreprises.

Mais on connait moins le travail au blanc...

S’il faut en croire « le Canard Enchaîné », Pénélope Fillon, l’épouse du chevalier blanc, François Fillon en l’occurrence, aurait perçu pas moins de 600 000 euros sans pour autant avoir beaucoup transpiré.

500 000 euros pour l’épouse du candidat LR, en échange d’un travail d’attaché parlementaire, sauf qu’il n’y a pas grand monde pour l’avoir remarqué à l’assemblée nationale...

Et 100 000 euros pour avoir travaillé dans la prestigieuse « Revue des Deux Mondes », sauf que Michel Crépu, directeur de la dite revue a déclaré : «  je n’ai jamais rencontré Pénélope Fillon, et je ne l’ai jamais vue dans les bureaux de la revue », reconnaissant tout de même avoir remarqué sa signature dans 2 (peut-être 3 ?) notes de lecture.

Mais 100 000 euros pour 2 (ou peut-être 3 ?) notes de lecture, ça fait cher la note. 

Ceci posé, il faut tout de même savoir que le propriétaire de la « Revue des Deux Mondes », est un certain Marc Ladreit De Lacharrière, lequel est un ami de François Fillon, et c’est lui qui aurait engagé l’épouse du candidat LR.

D’après Médiapart, cet homme riche et puissant est un mécène qui aime aider quelqu’un dans le besoin, ce qui l’aurait poussé à tendre la main au couple Fillon, lorsque ce dernier redevenu simple député allait perdre une bonne partie de ses revenus. 

Toujours est-il qu’en feuilletant la dite revue, on trouve bien quelques articles signés François Fillon, mais aucune trace de Pénélope, son épouse. 

 

Comme le dit pertinemment Yannick Jadot, peut-on imaginer Germaine De Gaulle accepté de recevoir de l’argent pour les mêmes raisons que Pénélope Fillon ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On se souvient que « Le Général » ne se faisait pas rembourser ses frais de déplacement...

Jadot va plus loin et s’interroge.

Quelle est la crédibilité de ce candidat à la présidentielle, qui se dit gaulliste et républicain, et qui n’hésite pas à engager son épouse pour des emplois manifestement fictifs ?

Pour l’instant, le camp Fillon est vent debout contre cette affaire qui fait mauvais genre à quelques mois de l’élection présidentielle, et ce matin, Bernard Accoyer, fidèle de toujours de François Fillon, envoyé en défense du patron, a commis un lapsus révélateur...

Interrogé par Léa Salamé, il déclarait, contre toute attente « Pénélope filons... », Rectifiant tout de suite « Fillon »...

Filons ? C’est peut-être ce qui s’appelle avoir de la fuite dans les idées...à moins qu’Accoyer n’ait pensé au mot « Filon », lequel en l’occurrence était juteux...un bon filon.

Mais revenons au candidat LR.

Sur la défensive, il a tenté de répondre sur le mode « les femmes ne sont pas destinées à faire de la confiture, et peuvent envisager d’autres carrières  »... sauf qu’il n’a pas répondu sur l’essentiel : les emplois dénoncés par le « Canard Enchaîné » étaient-ils des rumeurs, ou tout simplement une vilaine réalité ? 

Ajoutons que l’intéressée avait déclaré il y a quelques temps : « je ne me suis jamais impliqué dans la vie politique de mon mari »...ce qui vient contredire les affirmations de celui-ci. 

 

On peut comprendre l'inquiétude du candidat présidentiel, car cette nouvelle casserole ne peut qu’en faire ressurgir d’autres, comme par exemple les aller-retour en Falcon d’Etat pour aller passer un weekend dans son château, dans la Sarthe, soit 27 000 euros par weekend, à la charge du contribuable...voyages d’autant plus étonnant que le premier ministre avait fait des pieds et des mains pour qu’il y ait une gare TGV à Sablé sur Sarthe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut alors s’interroger sur le choix du ministre, car le trajet Paris-Sablé en TGV ne dure qu’une heure et vingt minutes...alors qu'en utilisant un Falcon 7X de Vélizy-Villacoublay et l’aéroport d’Angers-Marcé, on fait durer le voyage 1h40.

Bien sûr, il est certain qu’il est plus agréable de voyager en avion, au-dessus des foules consentantes, que de partager avec elles la promiscuité d’un voyage en TGV...mais quand on est premier ministre ne doit-on pas donner l’exemple, et surtout accepter de partager la vie de ses administrés ?

Ajoutons pour la bonne bouche qu’entre le 4 février et le 19 mars 2010François Fillon a multiplié les vols à bord d’un jet de l’état pour mener campagne lors des régionales, le tout pour une jolie facture de 300 000 €. 

 

L’électeur taquin pourrait se dire que lorsqu’on est propriétaire d’un château, qu’on appelle pudiquement un manoir, on doit avoir les moyens de ses ambitions... 

Voilà qui fait tache pour un candidat présidentiel qui prône le serrage de ceinture pour les citoyens. 

Lui qui faisait de la probité son cheval de bataille et qui voulait rendre sa dignité à la république se trouve en bien mauvaise position. 

 

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui passe la nuit dans la mare se réveille cousin des grenouilles  »...

27 janvier

Pourquoi votre gauche n’est pas la nôtre

Par Bruno Guigue 

Vous pourrez faire toutes les primaires que vous voudrez, votre gauche ne nous inspirera que du mépris. Charlatans au sourire enjôleur ou matamores au style mussolinien, vous êtes des progressistes de pacotille. Vous voulez un monde plus solidaire, paraît-il, mais vous n'avez cessé d'approuver l'ingérence occidentale dans les affaires des autres. Honte à vous, héritiers de Guy Mollet ! Votre humanisme se métamorphose toujours en arrogance néo-coloniale. La lutte contre la pauvreté, à vos yeux, c'est lorsque les pays riches commandent aux pays pauvres.

Socialistes, ou gauchistes, vous avez jeté Jaurès aux orties depuis belle lurette. La guerre, vous en redemandez ! Pour répandre la « démocratie », vous comptez sur les vertus pédagogiques des B 52. En guise de publicité pour les « droits de l'homme », vous exigez le bombardement de pays qui ne nous ont rien fait. Ignobles jusqu'au bout, vous réclamez l'embargo, cette arme des riches contre les pauvres. Que vaut votre compassion pour les réfugiés, quand vous privez les Syriens de médicaments pour les punir d'avoir soutenu leur gouvernement ?

Faux-derches de première, vous livrez des armes, en Syrie, à ces allumés de la charia que vous prétendez combattre en France. Affreux terroristes au Bataclan, rebelles modérés à Idleb, quel tour de passe-passe, vous êtes experts en transformation chimique ! Vous dites que vous détestez ces criminels, et pourtant vous les aimez chez les autres. Vous y tenez, à votre lune de miel avec les coupeurs de têtes ! Votre égérie n'est-elle pas Elisabeth Badinter, féministe milliardaire qui clame son islamophobie tout en assurant à la tête d'Havas la promotion publicitaire du royaume saoudien ?

Vous êtes très forts pour prononcer des incantations à la gloire de la laïcité, mais vous allez quand même vous aplatir devant le CRIF, cette officine confessionnelle qui sert d'ambassade officieuse à un Etat-voyou. Avec M. Valls, vous roulez des mécaniques face aux musulmans, mais face aux sionistes, vous vous livrez à un concours de lèche-bottes. Le communautarisme vous répugne, paraît-il ? Oui, sauf lorsqu'il est au service d'une puissance étrangère qui spolie les Palestiniens et bombarde la résistance arabe en Syrie avec votre complicité.

Reniements, trahisons, la liste est longue. Vous prétendez défendre les intérêts du peuple, mais vous lui refusez l'exercice de la souveraineté. Au lieu de lui restituer le pouvoir usurpé par les riches, vous lui imposez le carcan d'une Union européenne qui tue la délibération démocratique, sanctuarise le dogme monétariste et asservit les travailleurs à la loi d'airain du capital. Au nom d'un internationalisme dévoyé, vous êtes les fourriers des multinationales qui ont colonisé l'Europe, vous avez bradé la souveraineté, discrédité l'idée nationale, abandonnée par votre faute aux imposteurs de l'extrême-droite.

Vous dites, la main sur le cœur, que vous êtes pour la réduction des inégalités, mais vous vous interdisez de toucher aux structures qui les nourrissent. Vous condamnez verbalement les effets sans chercher le moins du monde à agir sur les causes. Vous voulez mieux répartir les richesses, mais sans préjudice pour ceux qui les détiennent. Vous vous proclamez socialistes, mais vous ménagez le capital, vous cajolez la finance, vous montrez patte blanche à ceux qui possèdent l'argent et l'influence.

Où sont les propositions de gauche, dans vos programmes ? Où est la sortie de l'OTAN et de l'Union européenne ? Où sont la nationalisation des banques, la taxation des activités spéculatives, le plafonnement des revenus, la relocalisation des industries, le développement des services publics, le protectionnisme raisonné, le contrôle des mouvements de capitaux, la refonte de la fiscalité et l'éradication de la fraude, où sont, en un mot, l'abolition des privilèges de l'oligarchie financière et le rétablissement de la souveraineté populaire ?

Notre gauche n'est pas la vôtre. Pour nous, la gauche, c'est Sahra Wagenknecht, qui réclame au Bundestag la sortie de l'OTAN et le dialogue avec la Russie. C'est Tulsi Gabbard, élue hawaïenne du parti démocrate américain, qui exige la fin de la stratégie du chaos au Moyen-Orient. C'est le parti communiste syrien qui combat, au côté des baasistes, les mercenaires wahhabites. C'est le Front populaire tunisien, qui défend le progrès social et l'égalité entre les hommes et les femmes. C'est cette gauche française qui se réveille, dans « La France insoumise », au PRCF ou ailleurs, pour tirer un trait sur des décennies d'imposture socialiste.

Cette gauche, moins connue, c'est aussi celle des communistes indiens du Kérala, qui ont donné à cet Etat de 33 millions d'habitants le meilleur indice de développement humain du sous-continent. C'est celle des communistes cubains qui ont obtenu, dans un pays isolé par le blocus impérialiste, un taux de mortalité infantile inférieur à celui des USA et élu 48% de femmes à l'Assemblée nationale du pouvoir populaire. Ce sont tous ceux, en Bolivie et au Vénézuéla, qui ont fait reculer la pauvreté de masse et redonné leur fierté aux peuples sud-américains.

 

Cette gauche, la vraie, contrairement à cette contrefaçon qui se donne en spectacle à la télévision, prend au sérieux le droit des nations à disposer d'elles-mêmes. Elle sait que, sans l'indépendance nationale, la souveraineté populaire n'est qu'un leurre. Son patriotisme ne l'éloigne pas de son internationalisme, car elle revendique pour chaque pays le droit de suivre sa voie dans le respect des autres. Elle ose s'attaquer aux structures de la domination capitaliste, elle en prend le risque, au lieu de fuir lâchement devant l'obstacle, faisant allégeance aux puissants et jouant le rôle de supplétifs dont leurs maîtres se débarrasseront à la première occasion.

26 janvier

AIR FRANCE : BOOSTER LES PROFITS

Après le départ de Juniac, qui faisait partie de la bande à Sarko et avait épuisé son capital confiance à la tête de la holding Air France /KLM (après la chemise, les grèves des pilotes en juin et des hôtesses et stewards fin juillet), tout le monde attendait le fameux plan élaboré par le nouveau PDG, M. Janaillac (arrivant des autocars Transdev et membre de la fameuse promotion Voltaire de l’ENA avec Hollande…).

Ce plan présenté le jeudi 3 novembre prévoit la création d’une nouvelle compagnie appelée pour l’instant projet « Boost », (« renforcer », en anglais ça fait mieux…) basée uniquement à Roissy. Celle-ci fonctionnerait dès 2018 avec de nouveaux avions long courrier A350 plus économiques, avec des pilotes Air France, assistée par les services au sol d’Air France, avec par contre des hôtesses et stewards recrutés au standard Transavia, c’est-à-dire bien moins payés et avec beaucoup plus d’heures de vol à faire… Les avions venant d’Europe et de France sur Roissy passeraient sous le pavillon de cette compagnie qui assurerait 20 % du trafic sur Roissy à l’horizon 2020.

Pour Air France, Janaillac promet qu’il n’y aura plus de départs massifs (2 000 salariés sur 55 000 sont en train de quitter la compagnie avec un nouveau plan de départs volontaires)… mais que les salariés doivent poursuivre les efforts salariaux et gagner 1 % de productivité par an.

Cerise sur le gâteau, une étude est lancée sur la filialisation de la maintenance avion (8 500 salariés), qui est très rentable mais pourrait l’être encore plus en faisant venir un partenaire qui injectera des capitaux. Signe de l’importance de cette opération, c’est le directeur de l’activité maintenance, Franck Terner, qui devient directeur d’Air France.

L’usine à gaz

Cette dernière annonce a fortement inquiété, car ce directeur est connu pour avoir déjà sous-traité une partie de l’entretien avion en Chine, au Maroc, mais aussi en France, en montant des partenariats multiples. La manœuvre est simple : on fait partir sans les remplacer les salariés Air France, et à la place on fait travailler des salariés moins bien payés. La loi El Khomri permettra de signer des accords au rabais…

À Roissy, deux compagnies opéreront : Air France et Air France « Boost ». À  Orly, ce sera Hop et la low cost Transavia. Tout cela fait un peu usine à gaz : la seule logique est de diviser les salariés, de baisser les salaires et d’augmenter les horaires… Car le secteur aérien est en pleine expansion, il y a beaucoup d’argent à y faire. Air France prend déjà sa part mais voudrait faire beaucoup plus…

Les résultats qui viennent d’être publiés annoncent une année 2016 moins rentable que prévu du fait des attentats et de la baisse des touristes japonais et chinois (entre autres). C’est aussi l’effet des deux grèves de juin et juillet. Mais la compagnie va quand même dégager 2 milliards d’excédent brut… Avec en ligne de mire toujours les salariés, qu’il soient navigants commerciaux, au sol, et même les pilotes qui se voient apparemment épargnés, mais à qui de nouveaux efforts seront sûrement demandés.

Jet Aelys

 

 

 

25 janvier

Quand Hamon avale Valls

Par olivier cabanel

 

Une fois de plus, les sondeurs se sont trompés, eux qui donnaient Valls en tête aux primaires... et voilà qu’arrive Hamon, avec le soutien de Montebourg, ce qui fait de lui le potentiel vainqueur de la primaire socialiste.

Nous saurons bientôt ce qu’il en sera, mais une chose est sûre, la mesure phare défendue par Benoit Hamon, ce fameux Revenu Universel, appelé aussi RdB (revenu de base), fait rêver pas mal de monde, malgré les attaques, souvent caricaturales, de l’ex premier ministre de François Hollande, obligé de défendre le bilan de son président, tout en se proposant comme l’homme providentiel, et assurant qu’il a les capacités de « rassembler » toutes les tendances de son parti.

Nombre de politologues ont fait une curieuse et originale analyse, laquelle mérite le détour, affirmant que Vincent Peillon avait été promu pour priver de voix Manuel Valls, permettant à Benoit Hamon de passer en tête.

C’est en quelque sorte le syndrome de la primaire de droite, qui en mettant en tête François Fillon, risque de le priver de sa victoire, tant sa position extrémiste sur la sécurité sociale, sur l’abrogation des 35 heures, sur la suppression de 500 000 emplois chez les fonctionnaires, et du reste, risque de perdre la confiance de l’aile centriste de son parti.

Ceci posé, rien n’est joué, car si Hamon, finalement, devient le candidat du PS, il reste l’inconnue Jean-Luc Mélenchon, tout comme celle d’Emmanuel Macron, qui, en s’affirmant ni de gauche, ni de droite, comme Chevènement à l’époque, lequel avait privé Jospin de sa présence au 2ème tour, est obligé de jouer le rôle de l’équilibriste.

On va donc se retrouver pour les présidentielles avec 3 candidats à gauche, une gauche très à gauche, appelons là communiste, défendue par Jean-Luc Mélenchon, une gauche progressiste, défendue par Benoit Hamon, et une gauche qui ne dit pas son nom, celle d’Emmanuel Macron, lequel prend des voix à la droite conventionnelle, qui ne supporte pas les positions extrêmes et catho, de François Fillon.

En résumé, Valls a poussé Hollande dans les escaliers, Macron lui a planté un poignard dans le dos, et tous les deux essayent de faire oublier qu’ils ont été ministres quasiment jusqu’au bout dans le gouvernement Hollandais.

Valls qui voulait faire le rassemblement derrière lui, se retrouve avec un slogan accroché dans son dos « TSV » (tous sauf Valls)...et même Peillon n’a pas appelé à reporter ses voix vers lui.

C’est probablement pour ces raisons que le Président sortant se promène dans le désert chilien, sans défendre son ex premier ministre, ou tout autre candidat...

Où sera-t-il dimanche prochain ? Dans quel désert, ou dans quel lieu coupé du monde des communications ? Lui seul le sait.

Il reste une inconnue, sachant que François Hollande ne se prononcera pas sur le second tour de la primaire, et il pourrait bien se présenter en rassembleur socialiste, si la confusion s’invitait dans son camp, surtout si finalement, Hamon devenait le candidat officiel du parti socialiste.

Les politologues sont aujourd’hui majoritairement convaincus que, lors des présidentielles, quel que soit le résultat final des primaires de la gauche, l’élu de cette primaire se retrouverait peut-être avec moins de 10% des voix, et que finalement Mélenchon serait le dernier bastion face à Marine Le Pen, et Fillon.

En effet, on voit assez mal comment Hamon pourrait rallier Mélenchon, vu sa position sur le RdB... Voire Hamon rallier Macron qui est aux antipodes de son programme, et si on y regarde de près, il n’y a rien de très socialiste dans le programme macronnien...

Comment tout cela finira-t-il ?

Bien malin qui pourrait le dire...

Même madame Irma y perdrait sa boule...

 

Mais comme dit mon vieil ami africain : « les dents ont beau rire, le cœur connait la blessure qu’il porte  »...

24 janvier

 

 

LA GAUCHE DEVRAIT-ELLE SE « TRUMPISER » ?

Le 23 janvier 2015, quelques jours avant d’être nommé ministre des Finances du nouveau gouvernement grec, Yanis Varoufakis répondait aux questions de Channel Four. Son premier objectif, expliquait-il, était de prendre les mesures d’urgence permettant de réduire les effets sociaux de la crise, et le troisième était la renégociation de la dette. Entre les deux, et donc avant même la question de la dette, Varoufakis désignait comme cible le système oligarchique qu’il se proposait de détruire : « We are going to destroy the Greek oligarchy system ».

Ces intentions n’ont pas été suivies d’effet, mais il y avait chez Varoufakis la claire compréhension qu’une alternative au désastre économique et social nécessitait une double rupture : non seulement avec l’austérité imposée par la Troïka, mais aussi, à l’intérieur même de la Grèce, avec un système oligarchique composé d’armateurs extra-territorialisés, de chefs d’entreprise prédateurs et de banquiers spéculateurs.

Question sociale et question « nationale »

Quel rapport avec le Brexit, l’élection de Trump ou la montée du Front national ? Il se trouve peut-être dans l’asymétrie fondamentale des discours anti-système qui contribuent à leur succès. Le procédé consiste à subordonner la question sociale à la question nationale, ou plus précisément au mode d’insertion dans l’économie mondiale. Concrètement, cela consiste à instiller cette idée simple : tous nos problèmes, y compris sociaux, viennent de l’extérieur. Les responsables de tous nos maux sont « par nature » étrangers : ce sont la mondialisation, la Chine, le Mexique, les réfugiés, la Commission européenne, etc.

Rétablir les Etats-Unis dans son statut de puissance mondiale incontestée, telle est la musique de fond qui se joue derrière les proclamations anti-système

Certes, à l’intérieur des frontières, il faut s’opposer aux partis « du système », mais ce qu’on leur reproche principalement, ce n’est pas tant de servir les intérêts des banques et des multinationales, et d’avoir à ce titre mené des politiques socialement régressives. Certes, les partis de l’establishment sont désignés comme responsables du chômage ou des inégalités, mais seulement dans la mesure où ils ont fait allégeance à Bruxelles, ou à l’OMC, et se sont ainsi soumis aux exigences du système mondial.

USA, USA, USA !

« Nous allons récupérer le contrôle du pays et faire en sorte que les Etats-Unis redeviennent un grand pays », tel était le thème essentiel de la campagne de Trump, et il fallait entendre ses partisans l’acclamer lors de sa première déclaration présidentielle aux cris de « USA, USA, USA » ! Rétablir les Etats-Unis dans son statut de puissance mondiale incontestée ou retrouver les bienfaits de l’insularité britannique, telle est la musique de fond qui se joue derrière les proclamations anti-système.

Ignacio Ramonet dévoilait récemment les « propositions de Donald Trump que les grands médias nous cachent ». Outre le discours victimaire de Trump à l’égard des médias (un classique), deux propositions occupent une place centrale dans le programme de Trump : la dénonciation des méfaits de la mondialisation et le protectionnisme. Cinq millions d’emplois industriels ont été perdus aux Etats-Unis et ce serait, selon Trump, à cause des délocalisations, du libre-échange et de la concurrence chinoise. Par conséquent, il s’engage à augmenter les droits de douanes sur les produits chinois et mexicains, et à dénoncer les accords de libre-échange passés (Alena) ou en cours de négociation (Tafta).

Brouillard confusionniste à gauche

Dans un commentaire récent, Antoine Bevort et Philippe Corcuff dénoncent ce « brouillard confusionniste à gauche ». Même si le titre de leur billet – « Ignacio Ramonet trumpisé ? » – peut sembler excessif, leur critique pointe malgré tout un véritable problème. L’article de Ramonet peut en effet se lire comme la liste des thématiques qu’on aurait tort de laisser à la droite. Son énumération continue avec le « refus des réductions budgétaires néolibérales en matière de sécurité sociale », l’augmentation des impôts des traders et le rétablissement de la loi Glass-Steagall abrogée en 1999 par Bill Clinton. Bref, Trump serait aussi le défenseur des classes moyennes et des pauvres : l’ennemi de la finance, en quelque sorte.

Chez Trump, comme chez Sarkozy, Juppé ou Le Pen, le volet social est en réalité purement décoratif

C’est ce versant du programme de Trump que « les grands médias nous cachent » et qu’il faudrait prendre en compte. Certes. Mais Ramonet « nous cache » le projet de Trump de privatiser l’Obamacare. Et surtout, comment peut-il prendre au sérieux le refrain démagogique (« nous baisserons les impôts, mais sans toucher aux acquis sociaux ») que nous connaissons bien en France grâce à la primaire de la droite ?

Chez Trump, comme chez Sarkozy, Juppé ou Le Pen, le volet social est en réalité purement décoratif : il habille ce qui est le cœur du discours, à savoir l’affirmation d’une souveraineté ou d’une identité (plus ou moins malheureuses). La force de ce discours repose sur une représentation du monde simpliste, voire primitive ou même tribale : tous nos maux viennent d’ailleurs, de l’étranger. Il est alors possible de construire une psychologie de masse fondée sur la peur de l’avenir et de l’autre. L’ombre de la question nationale est jetée comme un voile sur la question sociale.

On ne devrait pas, nous dit-on, laisser à la droite le monopole de la question « nationale » : la gauche devrait développer un souverainisme – de gauche forcément – dont la sortie de l’euro serait le point d’orgue. Si telle devait être la leçon tirée de la victoire de Trump, alors les droites identitaires et xénophobes ont de beaux jours devant elles.

 

MICHEL HUSSON, Economiste, membre du Conseil scientifique d’Attac

23 janvier

 

Davos

Par mollard lionel 

 

« Au cours d'une table ronde du Forum économique mondial de Davos*, consacrée à l’avenir de la guerre, des experts ont pointé les évolutions technologiques liées aux robots porteuses de risques et de dangers. » (L’express)

On parle d’art, comme si la guerre était aussi colorée qu’un Rembrandt ou Picasso, et offrant le plaisir aux yeux. Dans cette phrase en entête, il y a les mots « économique, avenir, guerre », des mots bien suffisants pour exprimer les raisons de développer autant de nouvelles technologies. En effet, l’art de la guerre, est surtout économique, bien plus que promesse de paix.

Le plus lamentable de ce forum de Davos, est de faire des prévisions d’avenir pour les guerres. Pour que cette économie soit rentable, on comprend bien dans ces propos, qu’il faut faire des guerres, tout un art à lire les grands généraux. Pour engendrer des guerres, commençons donc par une belle crise économique, pour déstabiliser un pays, de préférence pauvre, la mort est ainsi moins chère, et ce terrain servira les intérêts des techniciens, peaufinant ainsi leurs savoirs à tuer, et au pays guerrier et envahisseur prêt à vendre l’après-guerre, comme une sorte de service après-vente sur catalogue, mais c’est juste une opération économique de temps de paix, après sang et larmes. On peut également au nom de la bienséance, mettre en exergue la dictature de l’un ou l’autre dirigeant, il suffit de trouver les bons prétextes, et les tacticiens militaires ou du renseignement des grandes nations de notre monde savent opérés, dans la discrétion et l’ombre, tout à leur compétences et joyeuses fièvres de soldat loyal prêt à combattre, éradiquer l’envahisseur inventer, et saisir sur le champs encore fumant toutes les richesses convoités, mettant en avant la grande bonté du conquérant à rebâtir le pays rasé.

Des experts en guerre assurément, qui pointent les évolutions technologiques liées aux robots porteuses de risques et de dangers, nous sommes en plein irréel. Pour commencer avoir comme spécialités l’expertise d’engin à tuer, me glace le sang, et ces robots passibles d’être un facteur risque et porteur de danger, me laisse abasourdi. Tout ceci à mettre en regard des prouesses technologiques du monde médical prête à intervenir sur les scènes de guerre, on croit rêver, mais non, c’est bien l’homme le protagoniste de ces faits.

L’avenir de la guerre, une idée à contre-sens de la logique, le principe d’une guerre est la destruction des civils et biens, ayant pour motifs monter de toute pièce annihiler les biens et les ressources, comment voir ici un avenir quelconque, hormis le désert des terres, le malheur des citoyens et dans une moindre mesure des militaires bien qu’ayant avec fusils, canons et touchant une solde comme salaire de protecteur de la paix, bel antagonisme, à coup sûr c’est une fin de vie, pas d’avenir.

Mais Davos qui accueille le forum économique mondial, des dirigeants de la planète et des élites économiques, n’a qu’un seul but partager le faramineux marché des armes entre autre ressource économique, sans doute lucratif et vénale plus surement, pour ces dirigeants sans scrupules ni loi, tout du moins une loi unique, le profit pour dividendes et dollars. Leur rôle applaudi par grand nombre qui voit ici les grands gourous et manitous du savoir, reste la gestion des êtres étiquetés et numérotés comme des cochons dans leur pré. Trop ici, moins là-bas, petite guéguerre économique lancée en prévision de la grosse artillerie, ils déplacent ces monarques au-dessus de tout et sans soupçon, leurs pions sur le grand échiquier de la planète, tentant à chaque coup amassé toujours plus, sans connaitre l’échec et mat.

Un partage de la planète, de ses ressources et biens, ne tenant compte en rien, des cœurs battants sur les territoires misés et vendus au nom doucereux de paix et de l’équité dans le monde. C’est bien là, la preuve de la bêtise de l’homme, soi-disant intelligent et doté d’une âme, le diable doit sans aucun souci être partie prenante et bien réel, à signer tous ces pactes guerriers. Alors ne me dites pas « avenir de la guerre, art de la guerre », mais tenter de dire « et si on changeait ça ! ».

Construire un avenir, celui des générations à venir sur un tas de cendres fumantes et pourvu-pas radioactive, ne devrait pas enchanter, un sursaut de bon sens des hommes serait bienvenue, et vite. Sinon c’est désolation comme avenir.

* Davos, cette ville très étendue, située dans la vallée de Landwasser, est réputée comme étant un lieu de congrès et la plus grande station de sports d’hiver à l’atmosphère cosmopolite. Elle offre d’innombrables possibilités. Le centre de congrès moderne est la figure de proue de Davos ; il accueille tous les ans le WEF, le Forum économique mondial. (myswitzerland.com)

 

 

La honte !

·         22 JANV. 2017

 

·         PAR AGNÈS DRUEL

 

J’ai mal pour mon pays. Parfois, j’en ai honte, comme hier matin par exemple. J’ai honte de voir qu’un homme, Cédric Herrou, qui refuse d'abandonner des réfugiés sans ressources, sans aide, sans rien, soit interpellé et jugé pour des raisons obscures telles que « aide au séjour irrégulier en France ».

Je n’arrive pas à structurer ma colère. Mettre de points, des tirets, indiquer et souligner de façon claire là où ça bloque. C’est complètement confus. En ce moment, je trouve qu’on échoue de façon lamentable sur notre capacité à vivre ensemble. Mon incompréhension est totale concernant la politique menée par notre gouvernement qui n’aura eu de cesse que de rater, mépriser, et saboter la cohésion nationale.

J’ai mal pour mon pays. Parfois, j’en ai honte, comme hier matin par exemple. J’ai honte de voir qu’un homme, Cédric Herrou, qui refuse d'abandonner des réfugiés sans ressources, sans aide, sans rien, soit interpellé et jugé pour des raisons obscures telles que « aide au séjour irrégulier en France ».

J’ai honte d’entendre des politiciens, des citoyens dire à qui veut l’entendre qu’il faut privilégier l’entraide envers les SDF, ceux qui sont bien de chez nous, et refouler les migrants, les réfugiés. La bienséance m’oblige à rester polie, mais eux, ces odieuses personnes qui alimentent des messages de haine, je ne les ai jamais vus en maraude, pas même une seule fois, aller discuter avec les SDF. Ce sont juste de minables trolls qui pullulent dans l'unique but d'alimenter un climat déjà bien anxiogène.

J’ai honte de tous ces reportages diffusés par M6 et chaînes consœurs et qui sont visionnés par des millions de français sur les 93 ou toutes autres banlieues en France. J’en ai honte et mal à la fois que tant de mauvaise foi et de misérabilisme puisse être partagée, approuvée, par autant de téléspectateurs. J'ai honte face à tant de médiocrité intellectuelle.

J'ai encore plus honte quand je lis et vois les réactions de beaucoup d'entre nous face à l'Islam. Un tel degré de mépris, d'islamophobie, de haine à l'encontre d'une religion ne peut qu'être un danger pour une soi-disant démocratie déjà bien secouée et affaiblie par ses problèmes sociétaux.

J'ai toujours plus honte quand chaque lundi soir je me transforme en professeur de français pour des adultes migrants. C'est à l'état que devrait incomber cette tâche. Pas à moi et mes nombreuses fautes de grammaire, pas à tous ces bénévoles qui agissent au quotidien.

En fait, toute cette haine, ces torrents de violence verbale et physique à l'encontre de ce qui nous est étranger me dégoûte. Devoir lire des sondages où l'on m'explique qu'environ 60% des français sont mal à l'aise face à une femme voilée, que nombre d'entre nous expriment avec fierté leur rejet systématique de l'autre, du réfugié, du migrant, d'anticiper les questions à chaque fois qu'un reportage est diffusé sur Saint-Denis.

Cette hypocrisie me terrifie. Cette violence des relations humaines aussi. Ce consentement que nous avons tous dès lors qu'il s'agit de mépriser une partie de la population en raison d'une soi-disant différence que nous avons normée, nous occidentaux est pire que tout.

On m'impose depuis des années des débats stériles sur l'Islam, sur les réfugiés, sur les assistés. Mais qui sont-ils, ceux dont la parole est emplie de haine, ceux qui ne craignent plus les huées, puisque maintenant ils sont acclamés. De quelle façon pouvons-nous nous satisfaire d'écraser notre prochain de cette façon, le dénuer de toute humanité, lui refuser toute considération, lui rappeler une prétendue faiblesse constamment ? Nous, auto-centré sur notre monde, nos médiocres démocraties, nos valeurs.

Jean Ziegler conclut ainsi son dernier essai, Chemins d'Espérance. Il prend comme exemple la journée du 11 septembre 2001. Il nous rappelle que ce jour-là, dans une tragédie que nous connaissons tous, que nos enfants étudient déjà dans les livres d'histoire, 2973 personnes ont perdu la vie.

Il explique alors que ce même jour, ailleurs dans le monde, là où les caméras ne vont plus ou pas, 35000 enfants de moins de 10 ans sont mort de faim et que 156368 personnes sont mortes de tuberculose, du SIDA, de malaria...

Chez nous, ces 200000 morts n'ont provoqué aucune émotion, aucune indignation, aucun combat des politiques, aucune lutte acharnée dans les médias. Au contraire, des tapis rouges sont déroulés pour les multinationales, pour les firmes pharmaceutiques, pour tout ce qui génère des bénéfices monstres. Pour tout ce qui affaiblit les moins forts.

Voilà cette société que nous sommes en train de construire. Une société où le faible doit se taire, un monde où il est acceptable de fixer le prix des denrées alimentaire en bourse quand des enfants meurent de faim, une société où nous avons accepté qu'une religion soit responsable de tout à l'aide de matraquage médiatique incessant, une société où la vie d'un homme occidental continuera de valoir plus que celle d'un Malien ou d'un Pakistanais, une société maladivement hypocrite.

 

Alors qui sommes-nous pour aller expliquer à nos voisins ce qu'est une démocratie quand nous laissons mourir nos frères à nos portes ? Qui sommes-nous pour nous nourrir ainsi de la haine et du mépris de l'autre et de s'en satisfaire pleinement ? Cette société me fait tout simplement honte.

21 janvier

 

CHÔMAGE : Arrêter les cadeaux aux patrons !

Après une augmentation de 50 200 en août, le nombre des chômeurs totaux a reculé de 66 300 en septembre selon les statistiques de Pôle Emploi. Mais il reste environ 6 millions de chômeurs. Il faut en finir avec les cadeaux inutiles et coûteux aux patrons.

En septembre, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a donc reculé de 66 300. Du coup, immédiatement, François Hollande y a été de son couplet d’auto­satisfaction : « Ces résultats sont le fruit de l’action engagée par le gouvernement à travers le pacte de responsabilité », s’est-il félicité, citant pêle-mêle une série de mesures : emplois d’avenir (contrats subventionnés), plan de 500 000 formations, aide à l’embauche pour les PME, etc.

On remarquera que le président n’a pas jugé utile de citer les milliards du CICE… Il est vrai que des rapports récents, pourtant commandités par le gouvernement, ont réduit à zéro ou presque l’impact de ladite mesure. Quant aux 800 000 recrutements que Hollande attribue à son aide aux PME, ils incluent surtout des recrutements qui auraient eu lieu de toute manière !

Un peu moins de chômeurs, plus de précaires…

66 300 chômeurs en moins le mois dernier, mais il en reste 3 746 500 dans la catégorie A ! Par contre, le nombre de personnes qui cherchent un emploi mais sont en « activité réduite », augmentent lui de 1,4 %. Au total, avec l’ensemble des chômeurs, cela fait donc 5 781 000 personnes. De plus, le nombre de chômeurs en formation augmente aussi (et qui sortent donc des statistiques…).

Donc, pour résumer, un peu moins de chômeurs totaux… et plus de précaires et de personnes envoyées dans des formations plus ou moins utiles ! Vraiment pas de quoi pavoiser pour ces chiffres du mois de septembre… Les dernières estimations de la croissance française (1,2 % ou 1,3 % de progression pour 2016, soit moins que les 1,5 % annoncés par le gouvernement) n’annoncent en fait rien de bon. Tout au plus, jusqu’à la présidentielle, va-t-on enregistrer une lente et très limitée baisse du nombre de chômeurs totaux, ce qui permettra tout de même au candidat du PS de pavoiser.

Une autre politique est possible

Pour sa part, le NPA avance une autre orientation pour en finir réellement avec le chômage : interdiction des licenciements, arrêt des suppressions d’emplois dans les services publics et embauches dans les emplois publics utiles, en premier lieu les hôpitaux et l’éducation (grâce à l’argent récupéré sur le CICE et aux baisses de cotisations employeurs), partage du travail, moyens pour la prise en charge des jeunes en difficultés par l’éducation nationale…

Ainsi, avec les 20 milliards d’euros que les entreprises vont toucher en 2017 au titre du CICE, il serait possible de créer directement dans les services publics environ 600 000 emplois rémunérés à 1 500 euros nets. Il faut donc arrêter de déverser inutilement de l’argent sur les patrons et engager une autre politique, vraiment ! C’est cela que Philippe Poutou défend dans sa campagne.

 

Henri Wilno

20 janvier

 

Espagne : Incroyable pub pour un salon érotique à Barcelone

 « Mon nom Amarna Miller, je suis une actrice porno et je suis née dans un pays hypocrite où les mêmes personnes qui me traitent de putain se masturbent sur mes vidéos». Ce sont les premiers mots d’une vidéo choc qui fait scandale en Espagne. Amarna Miller est une actrice pornographique espagnole ouvertement féministe. Ce clip réalisé par l’agence de pub Vimema pour le Salon érotique de Barcelone est pour le moins provocateur.

Dans cette vidéo à l’esthétique extrêmement bien léchée, l’actrice porno Amarna Miller critique le double langage de l’Espagne, ce «pays qui aime la vie, mais permet la mise à mort au nom de l’art», se référant ainsi aux corridas, «un pays scandalisé par la corruption, mais qui vote pour des escrocs» ou un pays «pour qui les migrants sont des héros et les immigrants des déchets». Le clip se conclut par cette sentence : «Mais nous sommes encore quelques-uns à résister». Un message politique qui dépasse le simple cadre du salon érotique. L’industrie pornographique espagnole est dans le viseur des autorités depuis quelques mois alors même que les Espagnols ont consommé 4 milliards d’heures de vidéo porno en 2015 selon le site Pornhub pour une moyenne de 8 minutes par visite…

Ce clip a déjà été vu plus de 3 millions de fois sur différentes plate-formes vidéo. Certaines personnalités publiques espagnoles comme le secrétaire général du parti Podemos, Pablo Iglesias, ont applaudi et partagé la vidéo sur les réseaux sociaux.

Source: http://www.finalscape.com/espagne-incroyable-pub-pour-un-salon-erotique-a-barcelone/

 


En savoir plus sur http://reseauinternational.net/espagne-incroyable-pub-pour-un-salon-erotique-a-barcelone/#fKPEJBdFlGu4fpJC.99

 

19 janvier 

« L’effondrement de la grande distribution est en marche !! »

C’est une immense mutation qui touche actuellement la grande distribution à travers le monde, en commençant évidemment par les États-Unis qui sont le pays le plus touché par ce phénomène, tout en sachant qu’il en sera de même pour l’ensemble des pays de la planète dont la France.

Que se passe-t-il exactement ?

Partout aux USA, les grandes chaînes traditionnelles de magasin ferment les unes après les autres, ou réduisent considérablement la voilure en fermant de très nombreux points de vente.

Les centres commerciaux eux-mêmes ferment leurs portes car leurs taux d’occupation deviennent trop faibles.

Même un géant comme Walmart vacille et s’apprête à tomber. Seul sa taille lui permet encore de survivre, car plus on est gros, plus on met de temps à maigrir.

Pourquoi donc ce mouvement ?

Vous avez sans doute vu passer mon article rapide la semaine dernière sur Amazon qui vient d’annoncer le recrutement de 100 000 personnes (vous avez bien lu, 100 000) dans les prochains 18 mois.

C’est un tsunami qui est en train de déferler sur les centres commerciaux et la grande distribution traditionnelle qui n’a tout simplement pas vu arriver la vague gigantesque du commerce en ligne, de sa praticité pour les consommateurs, et de sa rentabilité pour une entreprise comme Amazon.

Si les hypermarchés ont réduit considérablement le petit commerce de centre-ville, c’est au tour de la grande distribution de se faire réduire considérablement par les géants du net.

D’ailleurs, si nous prenons le cas de la France, les « drive » qui poussent comme des champignons ne sont pas non plus sans poser des problèmes considérables de rendement aux grandes surfaces. Certes le « drive » est plus que pratique, et ne plus perdre sa vie à la passer dans des allées lugubres de supermarché est un indéniable progrès pour l’humanité, mais pour les ventes des supermarchés, c’est une catastrophe ! Vous ne passez plus devant les têtes de gondoles, on ne peut plus vous faire acheter des tonnes de serviettes blanches chinoises parce que cette semaine c’est la « semaine du blanc et du linge de maison ». C’est donc une perte sèche de ventes additionnelles, hors l’équilibre financier de ces énormes structures est infiniment plus précaire que ce que l’on pourrait croire.

Sous vos yeux, les temples de la consommation et les géants d’hier s’effondrent à une vitesse remarquable. Ils sont incapables de s’adapter.

Internet n’est pas le seul phénomène en cours. Les gens souhaitent aussi consommer autrement, privilégier dans certains cas les circuits courts, voire même penser leur consommation comme un acte citoyen et de rejet de cette consommation de masse.

Il y a aussi bien évidemment les conséquences de la crise économique, la paupérisation générale et l’obligation de devenir plus économes de façon contrainte et forcée pour beaucoup, mais objectivement, ce qui touche la grande distribution aujourd’hui, ce n’est pas tant une crise économique… qu’une immense mutation de ce secteur, pour ne pas dire sa disparition.

Ne vous leurrez pas. Si Amazon recrute 100 000 personnes (rien qu’aux USA) dans les 18 prochains mois, c’est que l’on peut raisonnablement penser que cette phase d’expansion du leader mondial du e-commerce va s’accompagner de la destruction de 200 000 emplois dans le même temps chez les acteurs historiques de la grande distribution.

Pour gagner de l’argent, Amazon ne remplacera jamais les emplois détruits sur la base de 1 pour 1 mais de 1 pour deux, voire de 1 pour 30 quand on peut utiliser des drones, des robots et autres automates pour préparer ou expédier les commandes.

À terme d’ailleurs, Amazon, techniquement, devrait pouvoir livrer le monde entier sans une seule intervention humaine, des robots livrant des entrepôts, des automates préparant vos commandes, et des drones livrant votre marchandise directement dans votre salon… Pour le moment, ce n’est que de la théorie, mais ce n’est déjà plus de la science-fiction.

Des conséquences énormes !

Les conséquences de cette mutation sont énormes, et je ne vais en citer que quelques-unes, juste pour illustrer l’ampleur de ce phénomène.

Quelle sera la valeur d’une foncière qui investit dans les centres commerciaux ? Parce que nombreux sont les épargnants à se diversifier vers de tels placements, et ce n’est pas franchement une bonne idée à moyen terme.

Quels seront les prix ou les conditions pratiqués par Amazon lorsque cette entreprise aura tué toute concurrence à l’échelle entière de la planète ?

Vous vous rendez compte que les fournisseurs sont déjà pressurés par la grande distribution actuelle qui est infiniment plus morcelée au niveau mondial que le e-commerce essentiellement aux mains d’un seul et unique distributeur… Amazon.

La fiscalité, elle aussi, est une question épineuse. Simple en réalité mais très complexe à mettre en œuvre, car elle va contraindre notre pays à affronter un géant commercial capable de mesures de rétorsions évidentes (Amazon) et que son pays d’origine, à savoir les États-Unis d’Amérique, bien que fort sympathique ne brille pas ces dernières années par sa douceur dans les relations internationales.

Notre indépendance ne sera donc le fruit que d’une grande dose de courage et de conviction qui, disons-le, font cruellement défaut à l’ensemble de notre classe politique.

Enfin, et pour ne citer plus que ce problème, les conséquences sur le niveau d’emploi sont colossales. Globalement, le secteur de la grande distribution c’est 200 milliards d’euros et 750 000 personnes ! Un entrepôt Amazon, c’est 2 000 personnes aux périodes de pointe !

Je ne pleurerai donc pas sur un secteur qui a fait un mal terrible à notre économie, à notre manière de vivre et aussi aux liens sociaux.

Néanmoins, ce qui s’en vient risque d’être non pas un progrès (si ce n’est en praticité), mais un pas de géant vers encore plus de déshumanisation des relations commerciales.

Si aucun grand de la distribution ne peut résister à Amazon, imaginez alors ceux qui avaient survécu des petits commerces de centres-villes, qui eux aussi commencent à être balayés et qui en dehors des commerces de bouche ou de ceux nécessitant un fort service n’y survivront pas.

L’analyse économique fondamentale indique donc qu’il ne faut pas investir dans les foncières des centres commerciaux, ni dans les murs de boutiques de centre-ville et encore moins… de racheter un fonds de commerce appelé à perdre de la valeur dans les années qui viennent quels que soient les efforts du commerçant.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

 

Source: http://www.insolentiae.com/leffondrement-de-la-grande-distribution-est-en-marche-ledito-de-charles-sannat/

18 janvier

 

Alep ou Stalingrad sur le Tigre*.

En arrière-plan, une victoire presque inaperçue.

La décision prise par les pays de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole à Alger fin novembre 2016 de réduire de 1,2 Million baril/jour leur production était conditionnée par un effort équivalent que consentiraient d’autres pays producteurs non affiliés à l’OPEP. C’est chose faite depuis le 10 décembre 2016.
Réunis à Vienne, les autres pays producteurs majeurs ont conclu cet accord qui représente un niveau de coopération sans précédent.
Les non OPEP, essentiellement la Russie, s’abstiennent d’extraire 600 000 barils jour.
Les 1,8 millions quotidiens ainsi ôtés représentent 2% de la production mondiale.
Deux années d’effondrement des cours ont affecté les économies des pays concernés par la rente de l’or noir. En janvier 2016 le Brent avoisinait les 30 dollars après avoir connu un pic à plus de 111 en août 2008.
La plus grosse part de la réduction OPEP sera assurée par la Saoudie, 500 000 barils, tandis que c’est la Russie, 300 000 barils, qui assume la plus grande amputation pour la partie non OPEP.
Il est certain que, très en amont de la publicité faite à ces décisions, des discussions avaient été menées par les principaux intéressés.
Un axe Moscou-Djeddah a été construit.
Le cours du brut va se relever.
Des fluctuations vont s’organiser autour de la valeur d’échange de cette source d’énergie. Les spéculateurs de tout bord vont être de sortie avec des leviers qui sont autant de pieds de biche pour escrocs patentés. En particulier, des annonces sur les niveaux des stocks mondiaux, en particulier aux Usa mais aussi en Chine, vont être l’un des paramètres limitant un envol sans frein. Elles vont être manipulées par des maîtres en brigandage, dissimulés derrière leurs écrans et leurs lignes de crédit, qui verront se dilater encore leurs richesses.
La croissance mondiale est estimée à 3,4% en 2017 contre 3,1% en 2016, tirée par une Afrique en train de se transformer en une nouvelle Inde et donc la demande sera accrue.

L’épreuve de la Saoudie.

Les Séoud sont sortis victorieux et exténués de cette épreuve de force.
Ils ont réussi à maintenir leurs parts de marchés en désarticulant la production étasunienne de pétrole et de gaz de schiste.
Les compagnies étasuniennes qui ont investi dans la fracturation hydraulique ont été contraintes de fermer leurs sites existant rendus non rentables sans en ouvrir d’autres en attente d’exploitation et déjà repérés. Elles disposaient pourtant de facilités financières mises à leur disposition gratuitement par une Fed transformée en imprimerie de papier vert. Elles envisageaient déjà de vendre du gaz à l’Europe via un acheminement sous l’Atlantique. Engie (l’un des trucs venus remplacer la compagnie d’Etat EDF GDF) s’était engagée à s’approvisionner auprès d’elles au détriment du gaz russe et/ou algérien.
Les revenus pétroliers de la principale pétromonarchie sont passés de 1246 milliards de Saudi Rials en 2012, à moins de la moitié, 446 puis 333 respectivement en 2015 et 2016. Le niveau de la dette nationale cumulée de la Saoudie a grimpé de 84 milliards en 2012 à 142 en 2015 et 316 en 2016.
Avec les projections d’une hausse très modeste du prix de baril, escomptée à 55 dollars pour 2017, le déficit budgétaire passera de 11,5% du PIB à 7,7% malgré une augmentation attendue des dépenses publiques.

Les méandres d’une renaissance.

De 1973 à 2016, une bonne partie de la politique extérieure des Usa a été conditionnée par le principe de son « indépendance énergétique ».
Le premier choc pétrolier et surtout l’embargo exercé par l’OPEP à l’encontre des pays alliés du régime sioniste lors de son agression dite du Kippour ont déterminé l’occident, Usa en tête, à user de tous les moyens, fort nombreux, pour contrôler le niveau de production, les prix et la circulation du liquide vital.

Trois des chefs d’Etat à l’origine du relatif collapsus circulatoire de 1973 ont disparu.
Fayçal Ben Abdelaziz Saoud est assassiné par l’un de ses neveux en mars 1975.
Boumediene est décédé en 1978 d’une mystérieuse leucémie.
Mohammad Reza Pahlavi est chassé du pouvoir en 1979, il meurt au Caire en 1980.

L’OPEP n’a plus pris depuis de décision qui eut pu menacer les économies développées.
L’Arabie des Séoud, à la fois plus gros producteur et détenant en principe les plus grandes réserves au monde a adapté son robinet selon les desiderata étasuniens.

Avec deux exceptions remarquables cette dernière décennie.
Alors que Georges W Bush guerroyait en Irak pour le compte des néoconservateurs, le prix du baril ne cessait de grimper pour approcher les 100 dollars en 2008 avant l’explosion de la crise. Les Saoud, sollicités, n’ont pas pu augmenter leur production à la demande de Bush le deuxième. Vétusté des installations extractives, manque d’investissement ou simple signature du fameux pic pétrolier ?
C’est à ce moment que fut la décision stratégique de mettre en application la technique connue depuis longtemps du « fracking » qui aurait permis une nouvelle indépendance énergétique des Usa, perdue depuis qu’ils avaient atteint leur peack oil en 1971.
L’obstination de la Saoudie à ne pas réduire sa production en période de récession mondiale à partir de 2013 fut le deuxième acte de rébellion pétrolier de la Saoudie vis-à-vis de son allié et protecteur. Pour les pétro-monarques, les enjeux étaient clairs.
D’une part, les Usa se montrent de plus en plus réticents dans leur engagement premier de réaliser au plus vite l’éclatement de la Syrie en petites entités ethniques et confessionnelles.
L’opération ‘changement de régime’ qui devait nettoyer la région de la présence de Bachar Al Assad était la suite du vieux programme de réorganisation du Grand Moyen Orient et a été initiée par les néocons à l’époque Bush. Elle s’appuyait sur un financement des Séoud et du Qatar. Ainsi, le refus à peine déguisé d’Obama de bombarder Damas était le signal que la protection étasunienne était limitée par les intérêts de la première puissance réservés à l’aire du Pacifique.
D’autre part, en laissant les Usa redevenir indépendants du pétrole du Moyen Orient, ils perdaient leur influence stratégique et économique.

Plus de quarante ans après le choc pétrolier de 1973 qui a fait passer le baril de 3 à 10 dollars, les anciens producteurs ont réorganisé un front.
Les nids de frelons** ont été nettoyés de la ville d’Alep.
Lors de sa dernière conférence de presse, Vladimir Vladimirovitch a rendu hommage à tous les pays qui ont contribué à la libération de la capitale économique de la République Arabe de Syrie.
Parmi eux et en bonne place, il a cité la Turquie et l’Arabie des Séoud.
Il a de même remercié la contribution des Usa, sans lesquels l’entreprise de la destruction de la Syrie n’aurait pu être amorcée et encouragée et donc grâce auxquels son sauvetage par une Russie qui y a joué un rôle d’une portée historique n’aurait pu avoir lieu.

Un peu d’écume***, à vite oublier.

Trump sera vu comme une émergence auto-stabilisatrice du système occidental-étasunien. Au cours de son inéluctable dissolution, il génère des éléments qui freinent son attraction vers les trous noirs financiers qu’il n’a cessé de produire pour subsister puis se perdre.
L’industrie manufacturière étasunienne est en surproduction.
L’économie de la première puissance est en voie de contraction.
Ford a annoncé au mois d’octobre la mise à l’arrêt technique de cinq unités de production pour augmentation de stocks d’invendus. En décembre, General Motors et Fiat Chrysler procèdent à la fermeture provisoire de 7 unités, soit près de 10 000 employés concernés.. Le système d’aide fédérale via les crédits (subprime) à la consommation garantis en dernier recours par l’Etat a épuisé ses effets. Augmenter les taxes douanières comme se propose de le faire la prochaine administration n’augmentera ni les emplois ni la consommation
Il est probable que l’augmentation du prix du baril sera une nouvelle opportunité pour les compagnies pétrolières qui voudront reprendre la fracturation hydraulique. Entreprise risquée car l’ajustement productif nécessite une latence, plusieurs mois, alors qu’au premier excédent sur le marché, les prix retrouveront mécaniquement (ou par la volonté délibérée des pays du nouveau front) leur niveau antérieur.
L’industrie de la propagande étasunienne est en perte d’efficacité. En effet, malgré le soutien de deux cents médias en faveur de H R Clinton, versus seulement six pour Trump, le Républicain a été élu. Il a certes aussi profité de l’élimination de Sanders par l’appareil du parti des Démocrates. Les Déplorables, ceux qui souffrent de la désindustrialisation et ne sautent pas d’un enthousiasme immodéré pour le mariage entre personnes de même sexe, seront déçus. La relocalisation des emplois perdus en faveur de l’Asie ne se réalisera pas.
Pour autant, les élites déconnectées des réalités ne peuvent que persister dans leur cécité. Elles attribuant leurs échecs à l’intervention d’un Diabolus ex Machina.
Elles s’exaspèrent de la capacité de Poutine à métaboliser positivement les contraintes qu’elles imposent au Reste du monde. Il représente les intérêts d’une bourgeoisie nationale interdite de pêche dans d’autres eaux que les siennes propres, il redonne de la vigueur à une entité étatique et de la fierté à un peuple. Il ne se prive pas d’exploiter les faiblesses patentes de ceux qui s’efforcent de le faire disparaître.
Chercher des alliances parmi les ennemis déclarés n’est pas la moindre de sa politique de contention de l’adversaire par un mouvement dialectique. Qui donc se rappellera des machines à produire de l’écume journalistique une fois happés dans les trous noirs les derniers lambeaux du système ?
Les crimes contre l’humanité perpétrés contre Alep Est se réduisent à 450 morts contre 150 morts à Alep Ouest, selon la journaliste de France Cul ce vendredi 23 décembre. De quoi en faire un Guernica ?
Les morts de Falloujah se comptent en plusieurs centaines de milliers, en dehors des malformations congénitales et des cancers et des liés à l’usage de l’uranium appauvri dans les tapis de missiles qui ont libéré l’Irak.

Badia Benjelloun

* (Versus Falloujah ou Guernica sur l’Euphrate.)

* * expression des stratèges du régime de Tl Aviv pour décrire leur allumage et l’entretien de contre feux. En d’autres termes, provoquer les luttes intestines meurtrières et dévastatrices chez l’ennemi présumé et compter les coups.

*** « De même, l’écume disparaîtra, et ne persistera sur terre que ce qui est nécessaire aux hommes » Cor, Sourate Araad, verset 17.

 

Source: http://www.comite-valmy.org/spip.php?article8034

17 janvier

 

Hollande fut le pantin absolu

Le monde peut maintenant dire « A plus, François Hollande, on t’aura à peine connu. »

Hollande, après tout, était un politicien de niveau purement national lorsqu’il a remporté l’élection. Sa plus grande réalisation était d’avoir dirigé le Parti Socialiste pendant 11 ans, jusqu’à ce que son ex-compagne Ségolène Royal perde contre Nicolas Sarkozy en 2008.

Les points communs entre Hollande et l’ancienne première dame américaine Hillary Clinton vont bien plus loin que le fait d’avoir un Président pour partenaire (presque, dans le cas de Royal). Tant Hollande que Clinton étaient des créations du « Parti », de même qu’Hillary était le choix du Parti 4 ans plus tôt, en 2008, mais elle a perdu face à un sénateur du Midwest méconnu et beau parleur [Obama].

Mais on peut au moins dire que le monde avait vu Hillary en action, alors qu’Hollande n’avait jamais occupé de poste ministériel majeur ni un quelconque poste international. En plus de diriger le Parti Socialiste, il était surtout connu pour être le maire de Tulle, 15 396 habitants.

Mais en 2012, Hollande a été le choix du parti, pour en fin de compte entrer dans l’histoire comme un pantin.

À l’échelle nationale, il a été sacrifié sur l’autel du Parti dominant. Cela n’a certainement pas commencé avec sa récente abdication, mais dure depuis qu’il a accepté l’austérité.

Au niveau international, Hollande était un pantin pour trois groupes: les richissimes et insatiables 1%, la force centripète basée à Bruxelles et la troïka européenne. Ces pouvoirs interconnectés contrôlaient Hollande aussi efficacement que n’importe quelle marionnette, même si le Président français a plus de pouvoir exécutif que tout autre dirigeant occidental.

Il est le Président le plus impopulaire de l’histoire, et il a reconnu sa défaite avant même de se présenter à la réélection – il n’aurait jamais pu être ne serait-ce que prétendant. C’est vraiment un exploit rare dans les démocraties occidentales : au moins, le non-élu Gerald Ford [vice-Président de Nixon, Président après sa démission] peut dire qu’il a essayé de gagner en 1976, mais a été battu.

Hollande aurait dû prévoir que ce serait le prix à payer… si son plan directeur était de faire immédiatement un revirement à 180 degrés et d’instaurer l’austérité jusqu’à son extrémité amère.

Il ne devait pas nécessairement en être ainsi : après quelques années d’austérité, lorsque les taux d’emprunt de la France ont atteint des niveaux historiquement bas, il aurait pu dire que la « fée de la confiance » de la haute finance avait été apaisée. Les dieux de la haute finance ont prêté à la France à moins de 1% depuis 2012 (ils prêtent actuellement à un taux d’intérêt de référence de 0,75%).

Mais Hollande a recouru à la règle arbitraire de Bruxelles refusant des déficits budgétaires de plus de 3% pour faire passer un budget d’austérité chaque année, en plus du budget annuel final de Sarkozy. Hollande n’a rejeté les dictats de Bruxelles qu’à la toute fin, citant la nécessité de plus grandes dépenses de sécurité (militaire) dans le sillage de l’hystérie anti-terroriste.

Cela a-t-il marché ? Eh bien, cela a bien marché pour les riches : les dividendes sur actions ont atteint un record européen au deuxième trimestre de 2014. Mais ce n’était pas assez pour les amener à soulager l’échec de l’austérité.

Hormis les actionnaires, cela a-t-il fonctionné pour quiconque ? Bien sûr que non, et c’est bien cela le néolibéralisme, après tout. Le chômage a continué de grimper à des niveaux record (plus de 10%), les inégalités se sont creusées, la pauvreté a atteint de nouveaux sommets, la croissance économique est restée à des niveaux de récession, et la liste continue. Le néolibéralisme, comme le savent tous ceux qui sont attentifs, ne tient pas compte des faits ni des résultats pour servir la ferveur de ses adhérents.

Et le peuple méprisait Hollande. Une cote d’approbation de seulement 4% est pratiquement inégalée par quelqu’un qui n’a pas été forcé de quitter la présidence ou déposé par un coup d’État.

Mais Hollande l’a fait de toute façon, et s’éclipse maintenant dans l’infamie. À moins d’avoir une famille vraiment grande à Tulle, il ne peut probablement pas même être réélu là-bas.

En abandonnant, il ne va tirer aucun des leviers à la disposition d’un exécutif aussi puissant que la présidence française, bien qu’il ait abusé de façon flagrante de son pouvoir exécutif. Il n’a même pas essayé de contourner les prochaines primaires socialistes démocratiques et de se présenter séparément, en dépit de son exercice non démocratique du fait de l’état d’urgence, qui est maintenant dans son 13e mois (certainement de bon augure). L’état d’urgence se poursuivra jusqu’après les élections de mai, et il appartiendra apparemment au nouveau Président de décider de poursuivre ce qu’on nomme justement une « dictature d’État policier ».

Donc, en plus d’être un « homme dominant » du Parti, qui était François Hollande ?

Lors de la campagne électorale de 2012, Sarkozy l’a raillé en le surnommant « M. Petites Blagues », à cause de l’humour sarcastique prétendu de Hollande. Ses sarcasmes allaient très loin, apparemment, son ex-maîtresse ayant causé une tempête en 2014 quand elle a révélé qu’il parlait des démunis comme « les sans-dents ».

Sarkozy, qui vient d’être évincé lors du premier coup majeur porté aux figures principales du système politique français, semblait avoir raison : la résistance de « Flanby » Hollande à l’austérité était une plaisanterie, mais certainement pas légère pour la France, ni pour l’Europe.

Mais l’ambiance de mai 2012 n’aurait pas pu être plus différente : Sarkozy – avec son économie de droite et sa personnalité grossière – était le seul vrai problème de la France, et il n’était plus là.

La question principale de la campagne était de mettre fin à l’austérité, et Hollande a déclaré que la haute finance « était son ennemie ». Il a fait campagne sur une mesure populiste – restaurer la souveraineté économique au citoyen moyen – et il a gagné. Ses « petites blagues » révélaient une grande intelligence, disaient les optimistes ; pourquoi ne pas donner une chance à un fameux ancien obèse originaire de la campagne surnommé « M. Normal » au lieu de Sarko le sournois ?

Oui, en 2012, la France allait mener la résistance contre les Allemands, encore une fois, qui s’engraissaient de l’impérialisme contre leurs petits « partenaires » de la zone euro (encore une fois). Bien sûr, la France s’engraissait aussi, mais si Hollande pouvait lâcher une tonne de lest avant la campagne, les banques françaises pouvaient tout aussi bien être empêchées d’engloutir la Grèce dans des portions presque aussi grandes que celles de l’Allemagne.

M. Normal peut être injustement vilipendé dans un monde post-Brexit et post-Trump, mais peut-être que la France était en avance sur leur temps avec Hollande en 2012. Si c’est le cas, il est maintenant clair que M. (et Mme) Normal peuvent être manipulés très facilement – ce n’est pas un Castro, lui (ni elle).

Et pourtant, évidemment, l’ambiance ne pourrait pas être plus différente aujourd’hui : maintenant, c’est « l’extrême droite ou la faillite » à travers la France, l’Europe et déjà les Etats-Unis. La France se tournera probablement aussi vers le fascisme nationaliste via Marine Le Pen en mai, mais ce n’est pas aussi grave qu’aux États-Unis.

Ce n’est pas faire crédit à la France, bien que Le Pen soit du moins économiquement à gauche à plusieurs égards (pour l’instant) : les maux culturels de la France sont si profonds que tous les partis – à l’exception de cette demi-douzaine de partis d’extrême gauche terriblement désunis qui ne peuvent même pas travailler ensemble pour pousser leur candidat le plus populaire, Jean-Luc Mélenchon – partagent maintenant les perspectives xénophobes et islamophobes de Le Pen.

On se souviendra également de Hollande comme ayant présidé cette vague de xénophobie en persécutant les Roms bien plus que Sarkozy et en ignorant la crise des réfugiés qu’il a largement contribué à créer. Deux attentats terroristes et une attaque psychotique à Nice ont donné à Hollande une chance de mettre fin à l’islamophobie de la France, mais il les a exploités pour obtenir ce qu’il voulait. Encore une fois, il n’est pas un Castro-unificateur-des-races.

Et ce qu’Hollande voulait vraiment, ce qu’il désirait profondément, follement, ardemment, c’était d’imposer à toute force, de manière anti-démocratique, un recul droitier au code du travail français, et il l’a finalement obtenu au printemps dernier après des mois de manifestations anti-gouvernementales. Le code du travail français était, après tout, un code du travail en partie pro-ouvrier qui depuis la Seconde Guerre mondiale a constitué une anomalie et un embarras majeur pour la propagande capitaliste aux États-Unis et au Royaume-Uni. Bien sûr, les taux de pauvreté en France sont bien inférieurs à ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, et même de leur cousine continentale adulée, l’Allemagne.

Il a fallu plus de 2 000 arrestations, quelques yeux perdus et des quantités incalculables de brutalités policières (pratiquement ignorées par les médias occidentaux dans une démonstration majeure de double standard), mais Hollande l’a fait. (Je n’inclus pas ici les assignations à domicile d’écologistes et de musulmans, ni les peines d’emprisonnement d’hystérie de guerre.)

Et après tout son travail inlassable, Hollande assume maintenant la responsabilité de la chute du Parti Socialiste.

En se retirant ostensiblement, il espère sauver l’image des socialistes et leurs chances de gagner en mai. Il n’aurait vraiment pas dû : le Parti est si entaché, si pro-système et manque si manifestement d’une quelconque intégrité de gauche qu’il n’a rien ni personne pour avancer. Qui pourrait avoir un esprit si facilement manipulable pour donner aux socialistes français encore cinq ans après une trahison si odieuse ?

Le Premier ministre Manuel Valls, l’un des derniers politiciens acharnés de la « troisième voie » en Occident, semble bien placé pour représenter les socialistes, mais il n’a aucune chance de gagner. Valls est un « socialiste » comme Hillary était une « démocrate », mais il n’est peut-être pas assez stupide pour se sacrifier pour le Parti comme son chef vient de le faire.

Et pourtant, malgré tout le vitriol anti-Hollande, le candidat ultra-austérité du Parti conservateur, François Fillon, serait appelé à l’emporter avec 66%  des voix selon les sondages, malgré une plateforme d’ultra-austérité. On le dira encore et encore, mais c’est une nouvelle preuve que l’électorat en France n’est pas plus sophistiqué, moderne ou politiquement intelligent que n’importe où ailleurs.

« Un jour ils vont regarder en arrière et me remercier ». Voilà sûrement ce que se dit Hollande. Gorbatchev pense probablement la même chose, lui aussi. Mais tous deux se trompent totalement, tous deux sont écartés du pouvoir et tous deux sont presque universellement méprisés aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ramin Mazaheri

Ramin Mazaheri est le correspondant principal de Press TV à Paris et vit en France depuis 2009. Il a été journaliste quotidien aux Etats-Unis et a exercé en Egypte, en Tunisie, en Corée du Sud et ailleurs. Ses articles ont été publiés dans divers journaux, revues et sites Web, et il apparaît à la radio et à la télévision.

Source : http://thesaker.is/hollande-was-the-ultimate-patsy

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr

 

via: http://sayed7asan.blogspot.fr/2016/12/hollande-fut-le-pantin-ideal.html

16 janvier 

 

Haro sur la grippe

Par Graal 

… Cette fois, ça y est ! L’épidémie de grippe est bien là.

Le pic de cette épidémie approche, nous dit-on.

Les médias dits du Service Public nous rabâchent des conseils infantilisants, à l'initiative des services de madame Touraine : "se laver les mains… utiliser des mouchoirs jetables…"

Bref, Hors le lavabo, point de salut, et Tous à vos Kleenex !

Certes, ce sont des gestes de bon sens et qui devraient même être des réflexes permanents (avec modération et discernement tout de même).

Il est vrai que "une personne contaminée projette des gouttelettes de salive dans l’air, en parlant, en toussant ou en éternuant : d’où l’intérêt des "gestes barrière" , pour reprendre les termes d'Améli-santé.fr.

Mais Améli-santé.fr ajoute : "des millions de virus se retrouvent alors dans l’air, avant d’être inhalés par d’autres personnes qui seront contaminées à leur tour et ainsi de suite".

 Or, - l'importance du lavage des mains (dans la grippe) est peut-être bien surestimée

(Voir http://m.jid.oxfordjournals.org/content/202/7/1146.full.pdf ),

 - aucune étude ne valide l'usage des mouchoirs en papier plutôt que ceux en tissu. Il en est fait mention, dans les recommandations, comme protection lors de la toux et des éternuements, mais pas lors du mouchage. Il est bien recommandé de les jeter ensuite dans une poubelle fermée, mais en pratique cela aboutit au rejet dans l'environnement de nombreux mouchoirs infectés, dont on peut penser qu'ils participent à la diffusion du virus.

N'y a-t-il donc pas d'autres précautions essentielles qu'on ne nous enseigne pourtant pas ?

 Ne faudrait-il pas, avant tout, éviter de fréquenter des sites fortement fréquentés et dont l'air ambiant est donc potentiellement très infecté ?

Je veux parler des centres commerciaux, cinémas, grands magasins et autres lieux de forte concentration humaine, où notre nature frileuse nous incite, par les temps qui courent, à nous réfugier, quand ce n'est pas l'attrait ou la fascination de richesses de toutes sortes auxquelles notre mode de vie nous a rendus dépendants.

Confort moderne aidant, d'efficaces systèmes de climatisation ou ventilation doivent se charger d'y répartir soigneusement (malgré une profusion de filtres) tous les virus qui se propagent dans l'air ambiant.

 Comme sur les paquets de cigarettes, ne serait-il pas judicieux d'afficher, à l'entrée de ces paradis de la consommation : Attention, ici, l'air peut tuer !

 

 Pour finir, je vous livre l'objet de mon angoisse : Notre bien-aimée Ministre de la Santé, Mme Marisol TOURAINE, profite peut-être, elle aussi, des soldes. Je crains que ses services ne l'ait pas mise en garde. Un bienveillant lecteur  pourrait-il s'en charger ?

15 janvier

OBAMA : l’homme qui ignore ses contradictions

 

Par oscar fortin 

Hier, c’était le dernier discours officiel d’Obama en tant que président des États-Unis. Un discours d’adieu qu’il a tenu à prononcer dans la ville où il avait célébré sa première victoire à la présidence. Il ne fait aucun doute que cette intervention constituait un véritable défi pour sauvegarder, à tout le moins, le lien entre le rêve qu’il avait représenté, en 2008, et la réalité, en 2017, qui contraste énormément d’avec ce rêve. Pour plusieurs, il représente une grande désillusion et pour d’autres, il demeure le Président qu’ils ont toujours rêvé. 

Ce discours, comme plusieurs pouvaient l’imaginer, vient confirmer le fait que les contradictions entre l’humanitaire et le guerrier qu’il est sont complètement ignorées. Les paroles de l’humanitaire ont leur compartiment et leur logique tout comme celles du guerrier ont les leurs.

Cette approche des deux logiques m’a rappelé ces paroles, prononcées par Obama au sommet du G-20, en 2014, insistant sur le fait de respecter avec fermeté les principes fondamentaux qui doivent régir les relations internationales, entre autres, celui « qu’on ne peut envahir d’autres pays ou financer des mandataires et les soutenir d’une manière qui désintègre un pays ayant des élections démocratiques. »

Il dit cela en utilisant la logique du compartiment humanitaire et en ignorant complètement la logique du compartiment guerrier qui a déjà à son crédit les interventions en Libye, en Ukraine, en Syrie, au Venezuela, au Honduras, au Paraguay et dans bien d’autres pays, victimes de ces interventions.

Dans son discours d’adieu, à Chicago, il a affirmé de la manière la plus naturelle que les É.-U. Ne doivent pas « devenir un pays qui intimide les autres ». N’est-ce pas là une intention merveilleuse pour les peuples et les nations saturés des guerres qui les rejoignent ou les menacent de les rejoindre. Malheureusement, les faits parlent dans un sens tout contraire.

Dans le cas présent, il ignore que Les États-Unis ont largué l’équivalent de trois bombes par heure dans le monde en 2016 et qu’ils ont, à eux seuls, au cours des 60 dernières années, provoqué plus de 201 conflits armés.

La seule manière de comprendre ces contradictions qui n’effleurent d’aucune manière son esprit serait l’existence dans son esprit de ces deux compartiments hermétiquement isolés l’un de l’autre. Il peut, ainsi parler avec conviction et sincérité de guerres et d’invasions d’autres nations comme ce fut le cas en Libye puis en Syrie. Il lui suffit de dire que c’est pour défendre la démocratie et l’ordre du monde. Il peut également parler de lutte contre le terrorisme tout en les soutenant financièrement et en en faisant des collaborateurs pour atteindre des objectifs de prise de contrôle de gouvernements, comme c’est le cas, entre autres, en Syrie. Il peut faire des menaces, imposer des sanctions, créer un climat de peur et d’insécurité sans que cela lui pose problème. Le Venezuela qui vit en démocratie a fait l’objet d’un décret d’Obama qui le déclare une menace pour la sécurité et les intérêts des États-Unis. En termes techniques, il s’agit d’une véritable déclaration de guerre l’autorisant à intervenir militairement au moment qu’il le jugera opportun. Il ne lui vient pas à l’esprit que ce décret représente une véritable menace suscitant insécurité et peur chez la population vénézuélienne. 

Au même moment, dans un autre contexte, il peut parler de justice, de respect des droits des personnes et des peuples ainsi que de la nécessaire union des nations et des États pour faire un monde meilleur. Il peut parler des pauvres, des déshérités qui souffrent des discriminations et qui sont trop souvent rejetés sans que leurs droits soient pris en considération et respectés. Il peut, comme ce fut le cas dans son discours d’adieu, parler de la pauvreté, tout en augmentant les allocations à donner aux ex-présidents dont il fera partie dans quelques jours.

Je pense que ses deux mandats à la présidence des États-Unis ont été gagnés grâce à la logique de l’humanitaire et que sa gouverne au bureau ovale de la Maison-Blanche a été inspirée et guidée par la logique de domination et de conquête. Dans le premier cas, il parle de démocratie, de non-intervention dans les affaires internes d’autres peuples, du respect du droit international tel qu’énoncé dans la charte des Nations Unies. Dans le second cas, les États-Unis ne peuvent d’aucune manière prendre du recul sur leur droit « divin » d’être les leaders du monde. Toute puissance visant à les destituer de ce rôle représente une menace à leurs intérêts et à leur sécurité nationale. Ce leadership mondial que les États-Unis s’attribuent ne peut être remis en question, même pas par les Nations Unies. 

À en croire la déclaration toute récente de celui qui sera le prochain Secrétaire d’État dans le cabinet de Trump, cet objectif du maintien du leadership mondial des États-Unis pour diriger le monde sera maintenu. Selon lui, sans les États-Unis pour assurer ce leadership le monde irait droit vers le chaos. Une tradition qui semble vouloir se maintenir et qui comporte de nombreux avantages dont, entre autres, celui d’intervenir là où ils veulent et y faire ce que bon leur semble. 

Il est possible que Vladimir Poutine et une bonne partie des peuples du monde ne l’entendent pas de la même manière. La médaille de l’Ange da la paix que le pape François lui a remis lors de leur rencontre au Vatican peut donner au monde un sens à la paix qui ne soit pas le même dont se nourrissent actuellement les maîtres du monde.

L’Année 2017 s’annonce avec de nombreux imprévus. De nombreuses élections, prévues pour 2017, peuvent modifier le panorama politique qui prédomine présentement.

 

 

14 janvier

Après l’attentat de Jérusalem, Droite, PS et FN à l’unisson !

Par Bruno Guigue 

 

Les forces politiques françaises ont-elles pris la mesure d'un tel événement et de ce qu'il signifie ? Après cet attentat, considéré par de nombreux observateurs comme le plus grave depuis le déclenchement de « l'Intifada des couteaux », ont-elles médité la phrase célèbre du général de Gaulle accusant Israël, le 27 novembre 1967, d'organiser « sur les territoires qu'il a pris une occupation qui ne peut aller sans oppression, répression et expulsions » et prophétisant la naissance d'une « résistance qu'Israël, à son tour, qualifiera de terrorisme » ?

Le 8 janvier 2017, une opération de la résistance palestinienne a coûté la vie à quatre soldats de l'armée d'occupation israélienne, dont trois jeunes femmes. Quatre morts de trop dans ce terrible conflit, bien sûr. Mais cette action n'est pas la première que mènent des Palestiniens réduits à se battre contre l'occupant avec leurs faibles moyens. Utilisant un camion-bélier, cette opération meurtrière, à la différence des actions précédentes, n'a frappé que des militaires. Et elle s'est déroulée sur la « promenade de Talpiot », un nouveau quartier juif de Jérusalem érigé sur des terres arrachées aux Palestiniens durant la guerre de juin 1967.

Ni le mode d'action, ni le lieu choisi n'étaient donc indifférents. A Jérusalem-Est annexée, plus qu'ailleurs, le peuple palestinien est soumis, sur son propre sol, à une occupation et à une colonisation condamnée par le droit international. Dans l'indifférence générale, il subit les humiliations infligées par un occupant surarmé qui bénéficie de la complicité des puissances occidentales et de la passivité des régimes arabes. L'opération du 8 janvier, par conséquent, est le fruit amer de cette cruelle dépossession du peuple palestinien, de la négation de ses droits les plus élémentaires. C'est bien la violence de l'occupation qui génère celle de la résistance, et cette résistance est légitime.

Les forces politiques françaises ont-elles pris la mesure d'un tel événement et de ce qu'il signifie ? Après cet attentat, considéré par de nombreux observateurs comme le plus grave depuis le déclenchement de « l'Intifada des couteaux », ont-elles médité la phrase célèbre du général de Gaulle accusant Israël, le 27 novembre 1967, d'organiser « sur les territoires qu'il a pris une occupation qui ne peut aller sans oppression, répression et expulsions » et prophétisant la naissance d'une « résistance qu'Israël, à son tour, qualifiera de terrorisme » ?

Loin de là. Au lieu de susciter une analyse objective, l'événement a provoqué une épidémie de mauvaise foi. Championne hors catégorie du soutien à Tel Aviv, Anne Hidalgo a organisé un rassemblement silencieux et illuminé L’Hôtel de Ville de Paris aux couleurs d'Israël. « Ce soir nous sommes face à L’Hôtel de Ville de Paris illuminé en mémoire des victimes de l'attentat de Jérusalem #TousUnisContreLeTerrorisme », a tweeté de son côté le Conseil représentatif des institutions juives de France. Chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault ne pouvait demeurer en reste. Il a dénoncé un « acte ignoble » et exprimé la « solidarité de la France avec Israël ».

A cette belle harmonie entre le PS et le CRIF, la droite n'a pas manqué d'apporter sa contribution. Son chef de file, François Fillon, a immédiatement réagi : « Solidarité avec le peuple israélien après l'attentat de Jérusalem. Soyons unis contre le terrorisme ». Visiblement frappé d'amnésie gaulliste, le candidat des Républicains à l'élection présidentielle a perdu de vue la distinction entre le terrorisme et la résistance à l'occupation étrangère. Celui que l'on créditait un peu vite d'un certain courage sur les questions internationales vient aussi de déclarer, sur Bfm/Tv, que « Bachar Al-Assad est un dictateur et un manipulateur ». Pour peu, on aurait presque oublié qu'il fut le premier ministre de Nicolas Sarkozy, passé à la postérité comme le fossoyeur de l'héritage gaulliste.

 

Au Front national, enfin, même son de cloche. « Soutien au peuple israélien après le terrible attentat islamiste de Jérusalem », a twitté le 9 janvier la présidente du Front national. Une fois de plus, l'opération du 8 janvier est qualifiée dans des termes qui en interdisent toute intelligibilité. L'islamisme supposé de cette action armée agit comme un mot-écran, qui dispense de toute analyse politique sur l'oppression coloniale en Palestine. Il est vrai que la famille Le Pen n'a jamais été très ardente dans la lutte contre le colonialisme. Et si elle est, en principe, pour l'indépendance de la France, elle sait aussi faire des exceptions. Ceux qui s'imaginent que la présidente du FN s'affranchit de tous les communautarismes, et pas seulement de celui qu'elle prête aux musulmans, en seront pour leurs frais.

13 janvier

LE BAL DES FAUX-CULS : Quand le ni Droite ni Gauche devient le vote contestataire du système

Par Clarette 

Les médias ont enfin dégoté leur candidat rebelle, celui qui se réclame n’être ni de gauche, ni de droite, mais uniquement pour les Présidentielles ! Il en fallait bien un, un jour qui surgisse tel un messie, et qui viendrait ainsi délivrer le peuple osant partir à la dérive. Car il s’agit bien de cela : éviter à tous prix que la Marine devienne un paquebot et la condamner pour perpète à un simple navire. Et que sur les flots, elle navigue tranquille, mais qu’elle ne submerge surtout pas les autres, qui doivent rester en haut de l’affiche !

Alors la course s’annonce terrible… A bord c’est la grande panique… Faudrait pas nous rejouer le Titanic… Ca se tracasse, d’autres se fracassent, au risque même d’y boire la tasse, ça insiste, ça persiste, la soupe médiatique sort le grand jeu : tout sauf la vague bleue.

Ils ont dorénavant compris : plus personne ne veut de leur clique ! Le français est ainsi, lui survient parfois un déclic. Il se veut contrariant avec le système, lui inflige de nombreux dilemmes, par ses réactions parfois stupéfiantes, souvenez-vous de 2002 ou de 2005, comme ça les hante ! Malheureusement, ça ne dure qu’un temps. Docile, il rejoint le rang facile, tout en s’imaginant indocile… Là se trouve tout le génie de ceux qui pratiquent la manipulation, tirant toutes les ficelles avec précaution, afin de les ramener dans leur filet. C’est ainsi que par millions, ils iront voter pour leur nouveau champion. Et en 2017, il se nomme Macron !

Ah le 10 Décembre fut magique ! D’une frénésie hystérique ! Le voilà en marche pour la Révolution, dit-il, et la seule voie possible c’est le progressisme ! L’ancien ministre de l’économie se rhabille en candidat du travail, et voici que ses propositions se déploient tel un éventail : Libéralisation de celui-ci, réduction des coûts pour les entreprises, Relance de l’emploi par l’investissement, Désengagement à tout niveau du gouvernement : le peuple doit devenir acteur de sa propre existence, là voila sa délivrance, son autonomie et indépendance ! C’est ainsi que surgit l’idée sur les cotisations sociales, entendez par là maladie et chômage, qui ne seront plus prises en charge par le travail et que le gain pour l’employé sera de 40 euros net par mois, c’est-à-dire que dalle ! Mais en soi, ce n’est point grave, car le chômage, tout le monde y aura droit. Nous voilà repartis pour un revenu de base garanti ! Parce qu’au moins Macron nous le confirme : des pans entiers seront supprimés par la robotisation et les algorithmes. Aussi nous prévient-il à l’aise, ouvrez grand vos oreilles : c’est par millions que nous serons touchés par les restructurations. Il peut bien alors nous faire cadeau de ne point toucher aux impôts… Quoique ! Reste que la CSG augmentera malgré tout de 1.7 points. Comprenne qui voudra ! En tous les cas, faudra sans doute s’y faire aux 700 euros mensuels, mais surtout pas s’en faire… C’est un don du ciel !

En dehors de son enthousiasme pour la valeur travail, brandie tel un étendard, il se veut aussi pour un démantèlement complet de notre Etat, et on signera pour la décentralisation son acte IV. Le pouvoir aux régions, aux grandes métropoles ! Il faut bien que l’Europe garde sur nous son monopole. Vous songerez que l’on prédestine la France au suicide… Non hurlera-t-il ! Nous aimons l’Europe ! Nous voulons l’Europe ! Et sous un déluge d’applaudissements soudain, tous les drapeaux européistes se dressent avec entrain. Face à la mondialisation, seule l’Europe est apte à nous protéger des risques climatiques, économiques, migratoires, et terroristes ! Il est certain que depuis des décennies, nous avons pu en convenir : Grâce à l’Europe, nous voilà prospères, en paix et en sécurité… Qu’il n’y a plus aucune guerre, et seul le nationalisme dit-il peut nous la provoquer !

Alors, le voilà notre candidat rebelle, chéri, monté en épingle comme par magie, par les experts et journalistes… Sa vindicte à lui c’est que l’on se responsabilise, qu’on prenne en mains notre destin et que même si perdure la crise, que nous voyions plus loin ! Il n’y a point de fatalité, que des possibles destinées ! Une élite toujours mieux protégée et des oligarques prêts à vous tailler un costard en attendant de pouvoir vous le payer... Macron l’avait déjà dit : costume indispensable pour devenir PDG.

 

Il n’y a pas que dans sa voix où tout se casse… Il y a aussi son programme à en faire devenir plus d’un, totalement fêlé ! Au fond, ce n’est qu’après que l’on devra certainement écoper ce grand bateau pour ne point qu’il coule… Mais si demain pour Macron, il y a foule, c’est le naufrage de la France, dite insubmersible, assuré.

12 janvier 2017

David Bowie : In Memoriam

Par Daniel Salvatore Schiffer 

DAVID BOWIE : IN MEMORIAM

C'était le 10 janvier 2016. Ce jour-là - il y a tout juste un an aujourd'hui -, mourait, à 69 ans, gagné par le cancer, David Bowie, l'une des plus grandes rock stars du XXe siècle. Icône des temps modernes, créateur de génie et déjà mythe de son vivant, ce Dorian Gray de la pop music semblait pourtant ne pas vieillir, dépasser les âges, transcender les modes et réinventer les styles : de Hunky Dory, son premier album d'envergure, à Blackstar, son ultime chef-d’œuvre, en passant par le décadent Ziggy Stardust, le désaxé Aladdin Sane, le transgressif Diamond Dogs, le mélodieux Low, le somptueux Heroes ou le sulfureux Let's dance, ce ne fut qu'une suite quasi ininterrompue, malgré la diversité de ses sources d'inspiration, de succès planétaires.

MUSIQUE, CINEMA ET PEINTURE : UN ARTISTE TOTAL

A cette prodigieuse invention musicale, où il se plut à multiplier, tels autant d'avatars, une série de personnages issus de sa seule imagination, il faut ajouter son non moins éclectique, et surtout talentueux, jeu d'acteurs, ainsi que le montrent des films tels que Furyo, où il incarnait un officier anglais à l'insolente beauté, Les Prédateurs, où il interprétait le rôle d'un homme vieillissant prématurément, ou Basquiat, où il s'était glisser dans la peau d'Andy Warhol, chantre du pop art, mais qui fut aussi jadis, au temps de la célèbre Factory, son ami et mentor.

Car, chose que l'on oublie souvent, Bowie fut également un excellent peintre, ainsi que le donne à voir la belle mais saisissante pochette de son album, injustement méconnu, portant l'énigmatique titre de 1.Outside. Bowie, manifestement déjà hanté par l'idée de la mort, s'y est lui-même représenté, en un autoportrait flashy et translucide, la tête coupée. Ce visage fantomatique, auréolé d'une pâleur diaphane, quasi christique, et comme figé, sur fond de linceul herbeux, en une sorte de transparence irréelle, ressemble, étrangement, à ce poétique Dormeur du Val que magnifia naguère Arthur Rimbaud.

BLACKSTAR : TESTAMENT MUSICAL ET TOMBEAU METAPHYSIQUE

Chronique d'une mort annoncée ! Ce travail, 1.Ouside, préfigurait déjà, fût-ce inconsciemment, la dernière œuvre de Bowie : Blackstar, sorti deux jours seulement, le 8 janvier 2016, avant sa disparition.

Que l'issue lui serait bientôt fatale avec ce mal qui, inexorablement, le rongeait depuis plusieurs années, Bowie, être intelligent et sensible, le savait bien. Il le chanta d'ailleurs dans Lazarus, plage phare de ce testament musical qu'est cet ultime Blackstar : «  Regarde là-haut, je suis aux cieux. J'ai des cicatrices qui ne peuvent être vues. Je suis empli de drames qui ne peuvent être ôtés. (...) Regarde là-haut, homme, je suis en danger. Je n'ai plus rien à perdre.  », y chuchote-t-il d'une voix affaiblie mais toujours claire, les yeux bandés et grelottant de froid, en lévitation sur un misérable lit d'hôpital, ténébreuse antichambre de la mort, en levant, dans un effort surhumain, les bras au ciel, vide selon lui, ainsi que le suggère, impressionnant de réalisme funéraire, son clip vidéo, d'une étincelante noirceur.

Lazarus, biblique, sépulcrale et humble figure d'une résurrection à laquelle ce vaillant mais impotent Bowie, la bouche déjà figée en un dérisoire rictus, ne croyait pas, comme dépouillé de toute illusoire espérance. Jamais aveugle n'aura regardé la mort aussi droit dans les yeux !

LARARUS : REQUIEM POUR UN MORT VIVANT

Et puis cette lente, insistante et déchirante plainte du saxophone (instrument que Bowie joua dans sa jeunesse), comme une longue, mélancolique et poignante agonie. Cette contemporaine marche funèbre, de toute beauté, ponctuée de salves de guitare résonnant comme autant de coups de la fatalité, vous arrache les larmes, vous donne la chair de poule et vous laisse seul, sans consolation possible, face au chagrin du deuil. Requiem pour un mort vivant !

Bowie, moribond, la peau flétrie, le teint blafard, le visage émacié et le corps amaigri, s'encastra donc définitivement, chancelant, reculant à petits pas saccadés, résigné mais comme implorant tout de même une hypothétique grâce, dans une armoire en bois, explicite métaphore de son futur cercueil, dont il referma alors implacablement, irréversiblement, la lourde porte. Ainsi son fabuleux mais douloureux destin était-il scellé. Alea jacta est : le sort en était jeté et, avec lui, la clé du néant. Fulgurant, cet adieu tout en musique spectrale !

VIE ET MORT D'UN DANDY STELLAIRE

Bowie, dandy absolu par la façon dont, malgré ses souffrances, malgré peut-être son angoisse devant ce temps qui lui était ainsi compté, il alla jusqu'à orchestrer aussi soigneusement la mise en scène, fût-elle glaçante, de sa propre mort, dont l'ombre rôdait ainsi déjà, menaçante, tout autour de lui. Face à son imminence, Blackstar, créé dans l'urgence médicale, se doublait là d'une incroyable exigence musicale et visuelle. Chapeau, l'artiste, pourtant arrivé ainsi au seuil de l'au-delà !

Bowie, donc, non seulement une œuvre d'art vivante, comme l'exige le protocole dandy, mais, cas unique dans l'histoire de l'art, jusque dans la mort même. Vie et mort d'un dandy stellaire !

Ce spectre de la mort, Bowie, comme un ultime éclair de lucidité, le repoussa cependant finalement, et le réfuta même avec une force intellectuelle inégalée, par la manière à travers laquelle il décida- ce furent-là ses dernières volontés - de s'en aller définitivement de cette Terre : une parfaite esthétique de la disparition.

UNE ESTHETIQUE DE LA DISPARITION

Ainsi, à peine mort et les formalités administratives accomplies, brûla-t-on son corps, conformément à son souhait : une « crémation directe » après avoir poussé en toute discrétion, scellé par un infaillible secret, son dernier soupir. Même son incinération s'effectua dans le plus grand silence, le plus strict anonymat : Une cérémonie pudique et minimaliste, sans office religieux ni couronne mortuaire, sans amis ni même famille autour de sa dépouille, sans aucun témoins, hormis les préposés de l'état-civil. Le mystère est complet.

Bowie sera même ainsi dépourvu, suprême prérogative de cette esthétique de la disparition, de toute sépulture, de tombe où être enseveli, de lieu stable et précis, étant partout et nulle part, où se recueillir. Bref : un insaisissable et pur esprit !

Oui : le néant comme seul absolu, avec son Blackstar en guise de tombeau, fût-il seulement musical, et à titre de présence, fût-elle seulement vocale. Un invisible, et donc indestructible, mémorial artistique, comme un intouchable sanctuaire métaphysique : les dieux, quoique bienveillants, sont inaccessibles, loin de toute contingence terrestre, pour le commun des mortels !

Point n'es besoin de corruptible monument, du reste, pour ce monument de la culture contemporaine que fut de son vivant, et que demeure dans la mort, Bowie : la pierre, pas plus que le marbre ou le roc, ne peut enfermer le rock, qui, par définition, ne se contient pas. Le nom de Bowie est la seule stèle possible, l'unique épitaphe qui vaille.

C'est cela même, grâce à cette immortalité de l'art, l'éternité des génies : ils vivent à jamais dans le seul mais impérissable souvenir, impalpable et pourtant bien réel, de leurs admirateurs, dans l'unique mais inextinguible mémoire, immatérielle et cependant très tangible, du monde, si ce n'est de l'humanité.

LA TRANSCENDANCE DU SUBLIME

Bowie, un dandy culte et quintessentiel : il est imperceptiblement passé là, en parfait accord avec la philosophie du dandysme, du corps artistique au corps spirituel. Blackstar, une étoile noire qui, paradoxalement, brille aujourd'hui, plus que jamais, de tous ses feux. Ainsi, au moment même où la vie de Bowie s'achevait, la mort, quant à elle, la parachevait. Transcendance du sublime !

BOWIE, UN PRISME ARTISTIQUE ET HUMAIN

Mais si Bowie fut effectivement ce dandy absolu, ce n'est pas seulement parce que, perfectionniste dans l'âme, il orchestra ainsi de main de maître sa propre mort tout autant que sa vie. C'est aussi, plus authentiquement encore, parce que, personnage protéiforme et artiste polyvalent, alliant génie musical et talent pictural, outre ses dons d'acteur, il sut incarner au plus haut point, avec une rare maestria, cet être prismatique que Baudelaire, avec sa notion de « kaléidoscope », appelle de ses vœux. Dans Le Peintre de la vie moderne, il écrit en effet, brossant précisément là le portrait du dandy :

« On peut aussi le comparer, lui, à un miroir (…) immense (…) ; à un kaléidoscope doué de conscience, qui, à chacun de ses mouvements, représente la vie multiple et la grâce mouvante de tous les éléments de la vie. »

Ce « prismatisme » ne s'éloigne guère, tant il s'inscrit au sein du même héritage culturel, de ce « perspectivisme », multiplication à l'infini des différents points de vue sur un même objet, que préconise Nietzsche, dans Le Gai Savoir, lorsqu'il y définit l'existence, mais aussi toute œuvre humaine, fût-elle artistique, littéraire ou philosophique, comme autant, par-delà même leur intrinsèque et substantielle unité, de « petits mondes perspectifs ».

Davantage ! Il n'est pas jusqu'à Lord Byron qui, à l'instar de Baudelaire avec sa métaphore du kaléidoscope, sorte de miroir réfléchissant, ne l'anticipât dans un de ses poèmes les plus bouleversants, épique et autobiographique à la fois. De fait, écrit-il dans le chant III de son intrépide mais solitaire Chevalier Harold  :

« De même le cœur peut se briser, mais, brisé, il continu »e à vivre,

Tout comme un miroir brisé, que le verre

En chacun de ses fragments multiplie, formant

Un millier d'images de la seule qu'il y avait,

Toujours la même, et d'autant plus nombreuse qu'il se brise le plus. »

C'est exactement là ce qu'entendait dire Barbey d'Aurevilly quand, dans Du dandysme et de George Brummell, il affirma, afin de décrire l'allure hautement distinguée de ce prince des dandys et arbitre des élégances, qu'il avait à « son service toutes les souplesses qui font la grâce, comme les nuances du prisme forment l'opale en se réunissant ». Bowie ne fut-il pas aussi, du reste, le racé et très raffiné « thin white duke  », comme il s'autoproclama ?

L'IMMORATLITE D'UN DANDY ABSOLU

Bowie : ce dandy absolu, si ce n'est ce « dieu profane » comme Barbey surnomma Brummell, qui, à la fin de sa vie, se sera même dépouillé de la peur de la mort, en un faisant de surcroît, suprême défi mais gage d'éternité, une impérissable œuvre d'art. L'immortalité, oui, est à cet inestimable prix !

 

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

Paris, le 10 janvier 2017

 

*Philosophe, auteur de « Petit éloge de David Bowie – le dandy absolu  » (Éditions François Bourin). A paraître, « Requiem Dandy – Méditation sur l'art de mourir, de Socrate à Bowie  ».

11 janvier 2017

 

LA PAUVRETÉ… même en travaillant

 

Selon les chiffres que vient de publier l’Insee, plus de 8,8 millions de Français vivent en 2015 sous le seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté a ainsi augmenté, passant en 2015 à 14,3 % de la population contre 14,1 % en 2014. Une hausse qui « proviendrait principalement de l’augmentation du nombre de chômeurs vivant au-dessous du seuil de pauvreté, elle-même liée à celle du nombre de chômeurs de longue ou très longue durée », précise l’Insee.

D’après l’Observatoire des inégalités, en 2014, 1,9 million de personnes ont un emploi… mais ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (après avoir comptabilisé toutes les ressources : prestations sociales, revenus de leur conjoint…). Cela vient notamment du temps partiel contraint (personnes qui ne trouvent qu’un emploi à temps partiel, alors qu’elles voudraient travailler à temps plein) et des emplois précaires, des alternances de phases d’emploi et de chômage. En tenant compte des familles, 3,9 millions de personnes vivent dans un ménage pauvre où un des parents a un emploi.

L’Insee note aussi une augmentation des inégalités en 2014 et 2015, un des bilans de la présidence Hollande… Cela ne préoccupe visiblement pas Fillon qui s’apprête à tailler dans l’assurance maladie et veut augmenter la TVA que même les plus pauvres payent en achetant leur baguette de pain. Valls préconise un revenu universel de base : un tour de passe-passe où, comme dans le système envisagé en Finlande, l’on prend toutes les allocations sociales, et avec l’argent récupéré, on distribue un revenu de base…

 

Philippe Poutou défend, lui, trois mesures immédiates : une augmentation massive des minima sociaux telle que personne ne sera au-dessous du seuil de pauvreté ; un droit à l’indemnisation pour tous les chômeurs (la moitié ne sont pas indemnisés) ; une interdiction du temps partiel contraint accompagnée d’un retour au CDI à temps complet comme norme d’embauche. Des mesures qui ne pourront être imposées que « quand tous les pauvres s’y mettront », comme le dit le vieux chant révolutionnaire sur la Commune de Paris.

10 janvier 2017

Les bouffons politologues

 

Ils sont sur tous les plateaux de TV, dans tous les médias importants de la planète, et proposent régulièrement leurs « précieuses analyses », sauf que leurs prévisions sont de plus en plus souvent battues en brèche.

Les exemples se multiplient de ces journalistes et de ces experts visionnaires qui annoncent à tour de bras des évènements dont ils sont convaincus par avance de leur évidence.

Quid de Lauric Henneton, ce maître de conférence de l’Université Versailles, au sein de l’institut d’études culturelle et internationales qui annonçait dans les colonnes du Figaro la victoire évidente d’Hilary Clinton face au trublion Trump, évoquant pour la candidate démocrate une « victoire par défaut » ? 

Le même optimisme régnait sur les antennes d’Europe 1 (et pas seulement), qui, se basant sur une étude, estimait les chances de victoire d’Hillary à 95%. 

« Les Echos », sous la plume d’Anne Deysine, professeur des universités, parlaient de la « probable victoire d’Hilary Clinton ».

Que dire d’Yves de Kerdrel, directeur de « Valeurs Actuelles », qui n’avait pas le moindre doute quant à la candidature à la présidentielle de François Hollande ?

Dans un long édito, dans lequel il assurait que la candidature de Sarközi était un « secret de polichinelle » ajoutant que « la présence de Nicolas Sarközi au second tour n’est plus du tout à exclure ».., il écrivait : « et le plus stupéfiant est que François Hollande ne fasse plus mystère de sa candidature à la réélection... », et qu’à l’évidence Alain Juppé serait « le gagnant des primaires ».

Il concluait malgré tout son papier avec une phrase boomerang, citant Châteaubriand : « presque toujours en politique, le résultat est contraire à la prévision ». 

Cécile Amar affirmait dans les colonnes de l’Obs, avec une assurance toute professionnelle que Manuel Valls était « rentré dans le rang », quelques heures avant que celui-ci ne propose finalement sa candidature à la présidentielle. 

Comment ne pas s’étonner de la prose d’un certain Jean-Michel Aphatie, lequel écrivait dans son dernier livre « on prend (presque) les mêmes et on recommence », (éditeur Flammarion) « je n’imagine pas la prochaine élection sans Sarközi et Hollande ». 

On pourrait bien sur leur trouver quelques excuses, ils se basaient sur des sondages, et ils ont beau jeu de leur faire porter le chapeau.

Alors qui se trompe ? Les experts qui décrypteraient mal les sondages, les sondeurs qui feraient mal leur travail, les sondés qui ne livreraient pas le fond de leur pensée ?...

Il n’est pas inutile de se pencher sur la réflexion de Rolf Dobelli, qui dans son livre « arrêtez de vous tromper  » fait le tour de la question, en tournant en dérision beaucoup d’experts : « ceux qui font autorité dans un domaine ou dans un autre soulèvent 2 problèmes. D’abord, leurs résultats sont souvent décevants. Ils sont environ 1 million d’économistes diplômés sur cette planète, et aucun n’a été capable de prévoir l’arrivée de la crise financière, et encore moins le déroulement des évènements depuis l’éclatement de la bulle immobilière jusqu’à la crise économique actuelle en passant par l’effondrement des dérivés sur risques de crédit ».

Et il conclut : « chaque fois que je rencontre un expert, j’essaie de le provoquer. Faites comme moi. Plus vous vous montrerez critique à l’égard des figures d’autorité, plus vous serez libres. Et plus vous aurez le droit de vous faire confiance  ». 

 À ce stade de la réflexion, en découvrant le peu de crédibilité des « experts prévisionnistes », pourquoi ne pas se lâcher à notre tour, à l’instar de François Morel, qui dans son billet d’humeur de France Inter, a proposé des scénarios si extravagants qu’ils ont finalement une chance de se réaliser.

Les voilà :

François Hollande, depuis son renoncement, monte régulièrement dans les sondages, il est devenu « le sage de la république »...François Fillon est l’objet d’un bashing incessant, depuis qu’il a décidé de « réformer la sécu »...

Alors François Morel envisage un échec des primaires de la gauche, avec moins de 1000 votants...lesquels auraient été essentiellement des électeurs du FN, voulant faire barrage à Benoit Hamon et Arnaud Montebourg... le président Hollande appelle à voter Jean-Vincent Placé...lequel sera élu avec 73% des votants...

Autre scénario évoqué par l’humoriste chroniqueur : Emmanuel Macron, au plus haut dans les sondages, est victime d’une crise d’oreillons, obligé de quitter la scène politique, et son épouse prendra le relais... Marine Le Pen, suite à ses prises de position sur l’IVG est victime d’un attentat, (la nièce serait suspectée...) et l’ancêtre le Pen revient aux affaires...

Pour finir en beauté, il propose un 3ème scénario : comme le nombre de candidat à gauche est plus important que le nombre d’électeurs potentiels, Jean-Luc Mélenchon propose que ce soit les candidats qui puissent choisir leur peuple...et dans un improbable 4ème scénarioSégolène Royal, en lévitation au-dessus du ministère de l’environnement, annonce qu’elle est en pourparlers pour prendre la succession de Fidel Castro... 

Alors, à votre tour d’imaginer d’autres improbables scénarios, comme par exemple, devant l’effondrement de la côte Valsienne, Hollande se présente malgré tout, d’autant que finalement sa célèbre courbe du chômage s’est enfin inversée 3 mois de suite, et gagne un second mandat...ou qu’à droite, Fillon victime d’un accident de la route, (Sarközi suspecté de l’avoir provoqué brandit un alibi d’enfer), et finalement, Sarközi se retrouve au second tour, pour l’emporter dans une revanche éblouissante, contre un Hollande tout déconfit.

Inutile d’imaginer un ultime scénario, dans lequel un illustre inconnu, n’ayant jamais fait de politique, défenseur de la veuve et de l’orphelin, pacifiste notoire, et écologiste convaincu, porté par les réseaux sociaux, emporterait finalement l’élection.

On peut rêver, mais tout de même il y a des limites à certains rêves.

 

Comme dit mon vieil ami africain : « Nul n’est parfait, même le soleil a des taches ».

09 janvier 2017

 

CUBA, FIDEL CASTRO Invictis cras victoribus

Par Pierre JC Allard 

Invictis cras victoribus…  En hommage à Fidel et aux Cubains, je ne vois pas mieux que de donner une nouvelle vie à cette phrase, condamnée jadis à l’oblitération pour ses mauvaises fréquentations, mais qui colle si bien à la situation de Cuba aujourd’hui… ‘Hommage de ceux qui demain vaincront à ceux qui n’ont pas été vaincus’.

Je vous écris de La Havane. J’ai beaucoup parlé de Cuba sur ce site, mais je me suis pas hâté de venir y commenter la mort de Fidel ; je voulais d’abord voir de mes yeux, avant de me commettre d’un épilogue J’ai vu.

J’ai vu d’abord un peuple sincèrement éploré. Les 4 millions d’endeuillés que j’avais prédit il y a des années ont bien été là… mais ils n’ont pas défilé devant un cercueil ; c’est sa dépouille qui est allée vers eux, tout le long de cette route vers Santiago où ils se sont massés. Il faudra beaucoup de travail à la propagande Yankee – ‘ontet des millions d’images à trafiquer - pour que l’Histoire retienne la fable d’une foule en liesse applaudissant la chute d’un cruel tyran… C‘est « lui » qui a gagné…

Comme c’est lui qui aura gagné, quand les chacals verront qu’il n’y a ni corps embaumé à profaner, ni statue à déboulonner, ni monument à détruire, ni même une rue à renommer… Juste une œuvre INDESTRUCTIBLE. Les hyènes ne riront pas.

Elles ne souriront même plus, quand, ayant planté le fanion du capitalisme sur les ruines de Cuba et rebâti à leurs frais une économie à la mesure de l’individualisme et d’un égoïsme qui constituent leur vision de l’évolution, les hyènes verront que ceux qui reprennent des forces, quand est réanimé ce pays en dormance,.... ce sont ces « hommes nouveaux » à qui le castrisme a appris la solidarité et qui n'auront que mépris pour l'insignifiance et la superficialité qu’exportent les USA.

Fidel mort invaincu, je crois que les Cubains seront aussi les vainqueurs de demain. Les Cubains seront le modèle, l’exemple pour tous les peuples opprimés, mais surtout pour toute l’Amérique latine qui assumera avec DIGNITÉ sa place dans l’Amérique biculturelle qui, inévitablement, se créera bientôt d’un pôle à l’autre… et elle le fera en s’inspirant d’un maitre-à-penser : Fidel

Victoire morale ? Soit, mais par-delà la fierté gratuite d’avoir échappé à une bête méchante et féroce comme l’Amérique impériale – et la gratification d’avoir tenu le haut du pavé moral pendant si longtemps – les Cubains retireront-il un bénéfice concret de ce long martyre de l’embargo qu’on leur a fait subir ? OUI. Car ils ont maintenant en main un atout-maître. On a eu à Cuba la sagacité de miser prioritairement, avant quiconque, sur l’éducation et le développement de la « ressource humaine ». Celle qui, bien plus que le pétrole, sera la clef des économies de demain.

Les Cubains ont investi sur les ressources humaines et sur la compétence – surtout dans le secteur de la santé - ce qui sera le « produit d’exportation » le plus en demande dans le monde pour tout l’avenir prévisible. Donnez 3 ans à Cuba après la fin d’un embargo, et l’argent qui va venir, ajouté à l’éducation comme le salpêtre au soufre, produira des effets étonnants… Cuba deviendra le pays où il sera le plus rentable d’investir. Ils s’enrichiront.  Castro aura, encore une fois, vu plus vite, plus juste et plus loin… 

Castro n’est donc pas seulement un héros romantique, faisant une paire mythique avec l’irremplaçable Che, comme Castor et Pollux ; il est surtout l’archétypal « invaincu » dont avait bien besoin notre époque, parmi tous les héros dits prométhéens, mais éphémères qu’on nous propose aujourd’hui… Les Cubains seront des gagnants…

Cela dit, j’ai vu sur place le courage… mais vu aussi que Cuba est exsangue, les Cubains à bout de souffle et que le moment est venu qu’à Cuba on sorte de la vision sacrificielle. CETTE VISION N’EST PLUS NÉCESSAIRE : l’embryon de l’homme nouveau engendré à Cuba est viable. On peut désormais donner du bien-être aux Cubains sans craindre que les efforts investis aient été vains. Il faudrait qu’on le fasse. Tout de suite.

 

 

08 janvier 

 

L’heure des bilans

 

Par Libertad14 

2016 est mort, vive 2017.

Il est de tradition après chaque année qui se termine de faire le point sur les réalisations, les progrès réalisés par notre gouvernement et plus généralement par notre société.

En cette période préélectorale chaque camp tente de sauver la France, fait croire en un avenir prometteur, bref continue à embrouiller les électeurs et électrices avec des mensonges et des promesses sans lendemains, parfois même annonce des conditions de vie et de travail encore plus drastiques !!.

Sur le plan social :

Le niveau de demandeurs d’emplois est toujours aussi élevé près de 7 millions d’hommes et de femmes privés d’emplois. Pourtant les aides en direction des entreprises vont bon train : - Pacte de responsabilité

Début 2014 une aide est votée et accordée aux entreprises de 41 milliards pour créer 200 000 emplois d’ici 2017 et améliorer la croissance de 0,5% d’ici 2017.

Le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emplois) s’élève en 2014 à 12 milliards d’allègements des charges et en 2015 à 20 milliards

A partir de 2015 l’employeur d’un salarié au smic ne payera plus de cotisations à la Sécurité Sociale. De même pour les salaires de 4.000 € net par mois le montant des cotisations patronales sera minoré de 5.25% à 3.85% à partir de 2016.

Les cadeaux en direction des entreprises sont donc légion et tous financés par un gel des prestations sociales. Baisse des remboursements des médicaments et des soins, revenus des retraités bloqués etc..

De plus, les travailleurs ont dû subir des atteintes à leurs droits (Loi travail). Bref tout un tas de mesures qui va vers l’abaissement du coût du travail qui se traduit par une aggravation des conditions de vie et de travail pour les plus défavorisés. Cette loi prévoit une augmentation de la durée du travail avec diminution du taux des heures supplémentaires. L’insécurité par le travail d’intérim (suppression des CDI) va être de nature à décourager les plus volontaires surtout quand le calcul d’une mission intérim s’ajoute aux indemnités chômage. Très souvent les indemnités complémentaires ASSEDIC trainent à être payées. Ce qui crée des problèmes aux intérimaires pour finir les fins de mois.

Concernant l’emploi.

Selon RTL EMPLOI depuis 2012 le nombre de demandeurs aurait progressé de 1 200 000 portants le nombre toutes catégories confondues à 6 300 000 demandeurs. Ce qui est évident c’est que les mesures prises par ce gouvernement et le précédent n’ont été d’aucune efficacité sinon que d’enrichir les gros patrons et gros actionnaires au détriment des plus défavorisés.

Quelles sont les perspectives d’avenir ??

De toute évidence la course à la présidence, à la députation est surtout motivée par des intérêts personnels avant la prise en compte de l’intérêt majoritaire du peuple.

 Comment des gens qui gagnent entre 15 000 et 18 000 € par mois plus les avantages en natures, voiture, chauffeur, appartement, qui cumulent des fonctions rémunérées, peuvent-ils (députés, ministres et président) comprendre les difficultés que rencontrent les gens qui ne perçoivent qu’un SMIC 1 142€ ou un RSA à 524 € par mois net mensuel ???

Il faut en finir avec un système gangréné par le fric, avec une grande majorité de politiciens parfois voyous, souvent magouilleurs et toujours carriéristes. Il faut dire non au Capital qu’il soit français ou européen, non à leurs complices. Il faut privilégier des hommes intègres et défenseurs du peuple. L’avenir de notre nation, l’amélioration de nos emplois, de notre vie dépendent de nous, de ce que nous voterons. Le peuple est souverain quand il n’écoute pas les promesses électorales ni les mensonges de la presse bourgeoise.

Comme l’a dit Victor Hugo, en s’adressant à la bourgeoisie, « vous voulez la misère secourue, moi je la veux supprimée »

 

 

Documents joints à cet article

07 janvier 2017

 

2017 : La « Loi El Khomri » s’invitera-t-elle aux Présidentielles ?

 

Par Luniterre 

La "loi El Khomri" s'invitera-t-elle aux Présidentielles ?"

 

"La loi Travail, je le sais, fera partie de ce débat", a fort benoîtement déclaré Myriam El Khomri, en présentant sa candidature à la 18ème circonscription de Paris, pour en devenir députée PS...
Candidature finalement adoubée par 89 encartés locaux de ce parti, pour cette circonscription qui compte près de 65 000 électeurs inscrits...
C'est la "démocratie", (en marche... ?) version PS...


Il y a à peine un an, le mouvement de résistance contre cette loi a démarré avec une pétition qui a été l'expression d'un refus majoritairement exprimé à travers tous les sondages, pourtant fort peu complaisants, sur le sujet...

Aujourd'hui, dans le contexte "électoral", il peut paraitre dérisoire d'en reformuler une nouvelle, d'ébaucher une nouvelle tentative de résistance, et pourtant...


Chaque signature pour cette nouvelle pétition compte donc au moins autant, et on l'espère, bien plus, que le résultat de l'"entre soi" de ces "socialistes", El Khomri et autres, qui règlent leur comptes en interne, et dont le peuple n'a que faire...


Ne nous y trompons pas, la loi El Khomri, entrée officiellement en application en ce tout début d'année, c'est déjà du Fillon avant l'heure, une anticipation sur les vœux de la réaction la plus noire dans ce pays.


Cela n'a évidemment pas sauvé François Hollande de sa déroute inéluctable, mais c'est une tête de pont que la pseudo «gauche" a posé sur le droit social pour permettre au capital d'en avancer la destruction, de faire tourner à rebours la roue de l'histoire et d'en revenir à un type de rapports sociaux où le chef d'entreprise se trouve placé en situation de modeler ce qui restera du "droit social" à son gré, tel un seigneur féodal, au simple prix de quelques simagrées de pure forme, tout à fait manipulatoires et explicitement prévues à cet effet par le texte, comme ces dérisoires "référendums d'entreprise", arme de chantage imparable, cyniquement adaptée au contexte du capitalisme en crise.


Aujourd'hui, par souci de "sauver les meubles", une partie de cette pseudo "gauche" tente de se désolidariser formellement de ce hold-up anti-social...


Mais "sauver les meubles", pour ces politiciens sur le retour, c'est d'abord "chacun les siens", et à travers la récupération du slogan d'abolition de la loi El Khomri, ils n'ont en vue que de grappiller quelques voix pour parer au plus urgent, pour eux-mêmes, c'est à dire d'abord, sauver leurs strapontins dans la future "opposition de gauche" au pouvoir ultra-réactionnaire qui se profile à l'horizon des Présidentielles 2017...


Alors qu'il est évident que pour porter une résistance efficace à cette "loi travail" qui entre en application, il faut que le poids du refus, en termes de potentiel démocratique, tel qu'il s'est exprimé à travers la pétition, les sondages et les manifestations de l'an dernier, ne soit pas divisé et fragmenté par ces politiciens opportunistes et démagogues.


Cette fragmentation elle-même est la marque du mépris réel dont ils font preuve à l'égard du peuple qu'ils prétendent servir. 
Que le débat ait lieu est évidemment une bonne chose, mais qu'il aboutisse à un résultat, aussi modeste soit-il, une autre bonne chose, et encore plus nécessaire.


L'abolition de la loi El Khomri, suite à une nouvelle mobilisation, interpellant tous ces candidats "de gauche" et leurs discours stériles, n'épuiserait évidemment pas le débat, mais permettrait au contraire de le relancer sur une base constructive en terme d'alternative sociale.

 

Depuis des décennies, et à vrai dire, déjà depuis le premier "choc pétrolier" de 1973, on sait ce qu'il en est de ces "embellies" économiques comme celle que l'on nous annonce en ce moment, à grand renfort de chiffres galvaudés : ce ne sont que des "paliers", ou au mieux, des "rebonds provisoires", avant une nouvelle descente aux enfers, ceux de la misère, de la terreur et de la guerre, seule vraies solutions de "survie" du système en crise.

 

Il ne s’agit donc pas, avec cette nouvelle Pétition, de cultiver la moindre illusion sur les politiciens auxquels elle s’adresse, bien au contraire…


Il s’agit, au seuil de cette nouvelle année, de faire le lien avec les luttes de l’an passé, et de faire en sorte que cette revendication essentielle ne devienne pas simplement une ligne de plus dans leurs catalogues de promesses électorales, que de toutes façons, ils ne tiendront pas, surtout sur ce point, sauf contraints et forcés par un puissant mouvement de masse.


En remettant cette question au cœur des débats, cette pétition pourrait devenir un moyen d’y remettre également toutes les questions sociales connexes, comme le chômage et le partage du travail, devenu plus que jamais impraticable sous le capitalisme.

 

Cela peut donc être un moyen de « détourner » en quelque sorte la campagne pour montrer précisément le caractère irresponsable de leur prétendue démarche « réformiste », qui ne peut l’être qu’au sens réactionnaire du terme, en tentant de faire accepter aux travailleurs de nouvelles régressions sociales pour faire croire à une « solution », tout à fait introuvable, de la crise du capitalisme et de l’impérialisme.


Pierre GRINDSABLE

 

 

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Pétition adressée aux candidats "de gauche", de la primaire et autres, revendiquant cette abolition, POUR QU'ILS S'ENGAGENT TOUS à se retirer à la veille du premier tour des présidentielles 2017, au profit de celui d'entre eux le mieux placé pour affronter ce scrutin et y faire valoir cette revendication :

 


ABOLITION DE LA "LOI TRAVAIL" !!

 


Au cours de l'année 2016 s'est développé l'un des mouvements sociaux les plus importants de ces dernières années, et le plus important depuis celui visant à défendre les retraites.

 

Ce mouvement s'est révélé comme ayant un soutien très largement majoritaire dans l'opinion publique, et surtout, bien évidemment, parmi le public directement concerné, celui des travailleurs, et notamment des nombreux travailleurs déjà en situation de précarité, des jeunes à la recherche d'un emploi et d'un avenir social, des chômeurs, etc...

 

Malgré ce soutien, le gouvernement a réussi à imposer cette loi,via le 49-3.

 

La plupart des candidats ayant une chance de "passer" en 2017 sont favorables à l'application de cette loi, voire à une nouvelle refonte du code du travail qui en aggraverait encore les conditions pour les salariés.

 

Alors que logiquement la démocratie supposerait que cette revendication soit portée par un candidat qui ait une chance de pouvoir non seulement la mettre en œuvre, mais qui défende une vision progressiste du code du travail, et non une régression imposée.

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https://www.change.org/p/adress%C3%A9e-%C3%A0-tous-les-candidats-de-gauche-r%C3%A9cup%C3%A9rant-ce-slogan-en-2017-abolir-enfin-la-loi-el-khomri

 

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Sources de l'article :

 

L'article original intégral sur

 

Front des Laïcs

 

La « Loi El Khomri » s’invitera-t-elle aux Présidentielles ?

https://frontdeslaics.wordpress.com/2017/01/03/la-loi-el-khomri-sinvitera-t-elle-aux-presidentielles-nouvelle-edition/

 

 

Et repris sur TRIBUNE MARXISTE-LÉNINISTE :

 

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/01/03/la-loi-el-khomri-sinvitera-t-elle-aux-presidentielles-nouvelle-edition/

 

Et sur Solydairinfo :

https://solydairinfo.wordpress.com/2017/01/03/la-loi-el-khomri-sinvitera-t-elle-aux-presidentielles-nouvelle-edition/ 

 

 

06 janvier 2017

 

 

CICE : LA (VRAIE) FRANCE DES ASSISTÉS !

 

PAR BAPTISTE LEFEVREFRANÇOIS RUFFIN 

Vingt-deux milliards. 22 000 000 000. C’est un métier, que de faire sentir l’énormité d’un chiffre comme ça. Que ça ne reste pas une abstraction 
avec plein de zéros. Que ça prenne corps, un peu, jusqu’à chez vous.

Je serais informaticien, là, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ».
Vous entreriez le nom d’un métier.
« Infirmier », par exemple.
C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous, les patients qui attendent des nuits aux « urgences », d’autres où le personnel apporte son propre papier toilette, les établissements parisiens qui épuisent leurs salariés, bref, une Sécu au bord de la crise de nerfs.
Donc, embaucher des « infirmiers », qui est contre ?
J’ai regardé sur « infirmiers.com », c’est environ 1 828 € brut en début de carrière, allez, 2 000, soit 32 000 par an avec les cotisations patronales.
En bien, ça fait 625 000 infirmiers.
Voilà ce qu’on pourrait recruter avec les vingt milliards du CICE.
Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur ultra-perfectionné, chacun pourrait se faire un mix à lui, ses embauches idéales : instits, animateurs pour le périscolaire, auxiliaires pour les vieux, cheminots, inspecteurs du travail, contrôleurs des impôts, etc.
Cette manne, ces vingt milliards, constitueraient un vrai bol d’air pour le tissu social, pour des services publics aujourd’hui sous asphyxie. Alors que là, ils n’ont servi à rien ou presque…

Vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces vingt milliards ?
Il faut vous l’écrire en chiffres, peut-être, avec tous les zéros ?
20 000 000 000 ?
Non ?
Ça ne vient toujours pas ?
Alors, je vais convertir en autre chose.
En ministères.
J’ai consulté le budget de l’Etat pour 2016.
Le coût du CICE c’est, pour cette année :
7,3 fois le budget de l’ « Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales » (2,7 milliards).
7,3 fois aussi le budget de la « Culture » (2,7 milliards).
2 fois le budget de l’ « Ecologie, développement et mobilité durables » (9,1 milliards).
2,4 fois le budget de la « Justice » (8,2 milliards).
33,3 fois le budget de « Sport, jeunesse et vie associative » (0,6 milliard).
36 fois le budget des « Médias, livres et industries culturelles ».
50 % du budget de la « Défense » (39,6 milliards).
30 % du budget de l’ « Enseignement scolaire » (67 milliards).
Vous le pigez, désormais, que c’est du lourd, ces vingt milliards ? Que ça peut rebattre les cartes complètement ? Qu’un gouvernement qui dirait : « Bam, notre priorité, c’est l’Ecologie », d’un coup d’un seul, il pourrait en tripler le budget, avec ces vingt milliards… et avec des effets sans doute plus significatifs sur l’emploi !


Il faut mesurer ici le paradoxe.
Le gouvernement (« les gouvernements », on devrait dire, tant l’alternance ne change pas grand-chose à ces choix politiques), le gouvernement compte sur un « effet de levier ». En gros, en donnant un euro d’aide au privé, ça va démultiplier les énergies, et à force d’investissements, d’embauches, de croissance, de tout ça, à la fin, ça fera des petits, ça produira dix euros dans le PIB.
Mais on assiste à l’inverse : l’effet de levier est remplacé par une évaporation. Chaque euro mis dans la machine devient dix centimes à l’arrivée. « Reconstitution de leurs marges » oblige... Ah qu’en termes galants ces choses-là sont mises ! En moins codé, ces subventions sont passées par profits et profits, se muent en dividendes pour les actionnaires, ou en rétributions pour les patrons.
Ainsi, par exemple, de Carrefour (le premier bénéficiaire privé, derrière La Poste et la SNCF) : 120 millions de CICE. De quoi soutenir l’envolée des dividendes : + 25 % depuis 2012, 517 millions d’€, soit 62 % des bénéfices. De quoi aider aussi un nécessiteux, le PDG, dont le salaire double, de 3,7 à 7 millions d’€.
Ainsi, également, de Casino, qui touche 97 millions de CICE et qui réduit ses « frais de personnel » d’à peu près autant. Tandis que la « rémunération des dirigeants », elle, ne connaît pas la crise : +12,5 % entre 2014 et 2015.
Ainsi, enfin, pour conclure le tiercé de la grand distrib’, de Auchan : 88 millions d’€ de CICE. Les dividendes versés à la famille Mulliez ont quasiment triplé : 200 millions en 2015, contre 67 en 2014.

 

Sa marge de manœuvre budgétaire, François Hollande l’aura donc consacrée à ça.
A rien.
Mais c’est à cela, justement, qu’on découvre la puissance d’un dogme : qui va songer, aujourd’hui, à stopper cette mesure ?

05 janvier 2017

AU PIED DU SAPIN !

 

PAR FRANÇOIS RUFFIN 

La nouvelle tombe, sans surprise, sur le site du gouvernement : « Le budget 2017 a été adopté ». Et de fournir un résumé :

« Le budget 2017 conforte dans la durée les baisses d’impôt pour les entreprises. Le taux d’impôt sur les sociétés baissera donc progressivement pour atteindre 28 % en 2020 (contre 33,3 % aujourd’hui). Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) passera quant à lui de 6 % à 7 %. »

 

Noël approche, le Medef aura ses souliers garnis au pied du sapin…
Dans les médias, ça fait à peine des brèves. On cherche en vain un chiffrage : combien ça va coûter à l’Etat ? Ca passe inaperçu, ces dizaines de milliards. C’est un symptôme : on s’est habitués à l’avalanche de cadeaux pour le patronat, et que ça soit compensé par des « baisses de budget » pour les hôpitaux, la Justice, la Culture, ou par des taxes injustes, la TVA, les impôts locaux.
Même les PDG, d’ailleurs, ne disent plus merci, « les organisations patronales » seraient « circonspectes » d’après Le Figaro. Un peu comme ces mômes, vous savez, blasés de recevoir trop de jouets.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut se souvenir d’un autre temps, alors, d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, d’un temps où les patrons et leurs porte-voix étaient tout surpris que les socialistes fassent ça.
« Le coût de la baisse des taux de l’impôt sur les sociétés est énorme, s’étonnent Les Échos, puisqu’il est estimé à 13 milliards de francs » (13/09/91). À l’automne 1991, la presse financière est stupéfaite, surprise de l’offrande que « la gauche » s’apprête à faire au patronat : « Cette mesure, qui coûtera à l’état 7,7 milliards de francs en 1993, est un cadeau fiscal aux entreprises, mais également à leurs actionnaires » (La Tribune, 22/10/91).
D’autant que, dans quelle France est prise cette décision ? Dans un pays à la croissance radieuse, à l’état généreux, aux caisses débordantes ? Pas vraiment. Ca ressemble à aujourd’hui : en 1991, « le gouvernement affirme sans cesse qu’il faut des réductions budgétaires ». Il opte pour un « prélèvement de 0,9 % des cotisations sociales, l’augmentation du forfait hospitalier, les mini-augmentations de salaire » (L’Humanité, 27/08/91). Mieux : l’« Etat continue de racler les fonds de tiroir pour boucler le budget », notamment en soutirant « 500 millions de francs sur les bénéfices d’EDF » (Le Quotidien de Paris, 18/10/91). Bref, pour à peu près tout, à l’époque, le refrain revient : « Il n’y a pas d’argent dans les caisses. » Pour tout, sauf pour « muscler les entreprises françaises au moyen d’allègements fiscaux conséquents » (La Tribune, 26/08/91).

Marché unique
Que se passe-t-il alors ?
Depuis 1971, sous la droite, la France de Valéry Giscard d’Estaing, même celle de Georges Pompidou, ses patrons, ses entreprises, ses actionnaires, avaient parfaitement supporté un impôt sur les bénéfices de 50 %. Et voilà que, sous la gauche, la France de François Mitterrand ne tolère plus ce même taux ? Voilà qu’il convient de le raboter sans cesse – à 45 % (1985), à 42 % (en 1986), jusqu’à 33,3 % donc ? L’explication tient en trois mots : « marché unique européen ». Comme le notent Les Échos :

Pressé par la perspective du grand marché de 1993, le gouvernement veut accélérer la réforme de l’impôt sur les sociétés... Si le gouvernement modifie aujourd’hui sa philosophie et accélère la réforme, c’est essentiellement parce que le temps presse : le 1er janvier 1993, le marché unique européen devient une réalité. Il s’agit tout à la fois de mettre les entreprises en bonne position par rapport à leurs concurrentes – le taux moyen de l’impôt sur les sociétés est de 43 % en RFA [Allemagne de l’ouest], 35 % en Grande-Bretagne – et de favoriser les implantations étrangères en France (26/08/91).

 

Cette logique sévit depuis 1986, depuis la signature de l’Acte unique européen. Nous n’en sommes toujours pas sortis.
Michel Sapin, ministre de l’Economie, explique ainsi, en 2016 : « A 28 %, la France aura alors un taux équivalent au taux moyen européen. » Tandis que, pour le même motif, la CGPME pleurniche : « On peut regretter une mesure simple qui aurait consisté à aligner immédiatement sur la moyenne européenne le taux marginal d’IS à 25% pour toutes les entreprises et tous les bénéfices. »
Au nom de l’Europe, c’est toujours moins !

04 janvier 2017

 

Bilan 2016 : La contagion du désordre…

« Jamais depuis 1945, le monde n’a paru moins ordonné, plus chaotique, et de ce fait plus inquiétant » (Hubert Védrine). Il y a un an, nous avions ainsi qualifié le bilan de l’année écoulée : « 2015 : odyssée de l’impasse »1. Aujourd’hui, pour ce qui est de l’année qui s’achève, nous choisissons : « 2016 : la contagion du désordre ». Pourquoi ? Comme l’écrivait Gramsci : « l’ancien monde meurt et le nouveau ne peut pas naître ; pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Face à des défis d’une grande ampleur (extension du terrorisme ; phénomènes migratoires non maîtrisés ; questionnement de la mondialisation et du libéralisme numérique ; crise de la démocratie ; montée des nationalismes, des populismes ; éclatement de l’Union Européenne ; déstabilisation du Proche et du Moyen-Orient ; crise du multilatéralisme ; crise environnementale ; évolution vers une politique « post-vérité »…), les dirigeants du monde naviguent à vue sans cap, ni boussole tels des somnambules, des aveugles.

Ils sont désorientés par un monde dans lequel la perception compte autant que la réalité. Ils n’ont rien vu venir, ni le « Brexit » du 23 juin 2016, ni l’élection de Donald Trump le 8 novembre 2016. Devant le triomphe du court-termisme et de la démagogie, on en viendrait presque à douter de la démocratie à l’heure où les élites discréditent la voie référendaire comme mode d’expression de la souveraineté populaire. En réponse à la mondialisation des crises, nous constatons une crise du multilatéralisme et voyons partout des États en crise.

MONDIALISATION DES CRISES2 : L’ANNÉE DE LA POLYCRISE

Les crises qui secouent, parfois ébranlent le monde de ce début de XXIe siècle jusque dans ses fondements, doivent s’apprécier dans leur double dimension : géographique et transversale.

La dimension géographique des crises : la tectonique des continents

A des degrés divers, aucun des cinq continents n’est épargné par la crise planétaire, profonde et durable qui affecte directement et simultanément nombre d’États et remet en cause les fondements de l’ordre international. Jamais la violence n’a été aussi inquiétante que de nos jours.

S’agissant de l’Union Européenne, le diagnostic est désormais posé par les europhiles : « L’Europe est une promesse, mais une promesse qui n’a pas été tenue », reconnait Martin Schultz, président du parlement européen (mai 2016). « Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’Europe »3Un acharnement à effacer l’histoire et à croire que les peuples étaient interchangeables. « Près de soixante ans après la création du premier noyau européen, on est encore à se demander si nous allons nous contenter de n’être qu’un grand marché de libre-échange sans défense crédible »4. L’Union se fragmente en plusieurs entités aux finalités différentes avec le sommet des pays méditerranéens à Athènes (9 septembre 2016) qui irrite Berlin. On assiste à une montée des nationalismes à la faveur de chaque élection (Allemagne, Autriche, Croatie, Pologne, Italie…) et à une division entre les pays de l’est (groupe de Visegrad conduit par le hongrois Viktor Orban), de la Méditerranée et les autres.

L’Amérique ne semble pas mieux lotie que le vieux continent. Sur le plan international, le bilan de deux mandats de Barack Obama est plus que mitigé. Placées sous le signe de la critique du système, les élections présidentielles du 8 novembre 2016 portent à la tête du pays, celui que personne n’attendait, Donald Trump. Les scandales secouent l’Amérique latine et centrale. Les trois crises qui frappent le Brésil (économique, politique et institutionnelle) avec la destitution de la présidente Dilma Rousseff affaiblissent ce géant du sous-continent. Le Venezuela du président Nicolas Maduro est à bout de souffle. Le Panama sent le soufre. Haïti n’en finit pas de sortir de la crise politique, sanitaire. Au Mexique, le discrédit des dirigeants politiques est grand. La disparition de Fidel Castro laisse un pays exsangue. Seule bonne nouvelle dans le continent, après 52 ans de combats, l’accord entre le gouvernement colombien et les FARC est porteur d’espoir.

Le continent africain est secoué de toutes parts. Il ne parvient pas à se débarrasser de ses autocrates qui se maintiennent au pouvoir mais les peuples se rebiffent de plus en plus, laissant la France face à ses contradictions et aux remugles de la Françafrique. La Libye n’en finit plus de se déchirer. Au Maghreb, le Maroc voit les islamistes confirmés après les législatives d’octobre 2016 alors qu’en Tunisie on change de premier ministre. L’Algérie fait figure de pôle de stabilité. Boko Haram, déstabilisé, est toujours actif en Afrique de l’Ouest en dépit de la mise sur pied d’une force multinationale africaine et de l’opération Barkhane. L’Erythrée redevient une menace. Le Sud Soudan n’en finit pas d’aller de crise en crise de plus en plus violentes. L’Éthiopie connait une vague de contestation qui commence à avoir des conséquences économiques négatives.

Le Proche et le Moyen-Orient demeurent l’épicentre de la crise. Le rapport Chilcot reconnait la faute de Tony Blair dans la décision britannique de participer à l’invasion de l’Irak en 2003. Plus le désordre se pérennise dans la région, plus l’opposition « Sunnites-chiite » apparaît comme « un conflit aux mille visages ». Bachar Al-Assad reprend des forces avec l’appui irano-russe. Le président Erdogan se lance dans une fuite en avant, dupe les Européens dans l’accord sur les migrants. Une Turquie qui s’enfonce dans l’arbitraire et la violence surtout après le coup d’état raté des militaires de juillet 2016. La nouvelle donne au Moyen-Orient (rapprochement de la Turquie avec la Russie et Israël, de l’Arabie saoudite avec Israël5 ; Égypte à nouveau aux mains des militaires ; affaiblissement de l’EIIL…) montre que la page des « printemps arabes » est définitivement close. Le problème kurde demeure entier.

En Asie, les problèmes en mer de Chine ne trouvent pas de solutions. Pékin refuse les conclusions de l’arbitrage de la CPA. En dépit du maintien d’une force résiduelle américaine, l’Afghanistan n’en finit pas avec ses attentats talibans. Les talibans s’opposent désormais à l’EIIL. En dépit des condamnations du Conseil de sécurité de l’ONU, la Corée du Nord poursuit ses incessantes provocations (essais de missiles) conduisant les États-Unis à annoncer l’installation d’un système antimissiles en Corée du Sud et à procéder à des manœuvres conjointes avec Séoul. La présidente sud-coréenne est poussée à la démission. La tendance nationaliste se renforce au Japon. Un premier ministre maoïste redevient premier ministre au Népal en août 2016. Le nouveau président philippin, Rodrigo Duterte multiplie ses saillies, traitant Barack Obama de « fils de pute » et s’impose en « trublion de l’Asie du Sud-Est ».

La dimension transversale des crises : la globalité des maux

Derrière ces mouvements de plaques tectoniques, c’est bien sûr toute la mondialisation qui est remise en cause et qui met à jour la globalité des maux dont souffre le système international. Le monde est confronté à une poly crise. La crise alimente la crise.

Crise économique, financière et sociale. Le monde ne s’est toujours pas remis de la crise des « subprimes » : croissance molle amplifiée par le « brexit » ; risque de récession profonde amplifié par les politiques d’austérité et par la baisse des cours du prix du pétrole…. Les BRICS ont explosé avec la crise des matières premières. La mondialisation fait l’objet de plus en plus de critiques, y compris aux États-Unis. Par ailleurs, on ne voit pas le début d’une solution globale à la crise financière. « Il n’existe plus de système monétaire international depuis 1971. Plus de règles partagées. Chacun n’en fait qu’à sa tête. Imaginons un mobile de Calder en équilibre subtil, comme celui immense, de Kennedy Airport à New York et que des singes s’amuse à sauter de branche en branche : tout s’écroule. C’est la représentation que nous nous faisons de la finance mondiale actuelle à la lecture de Jacques de Larosière »6. Crises économique et financière débouchent sur une crise sociale : 1% de la population détient la moitié de la richesse mondiale. On assiste à l’explosion de mouvements alternatifs anti-système.

Crise migratoire. Elle n’en finit pas. Elle vient d’Asie, du Moyen-Orient et de l’Afrique sub-saharienne. Elle conduit au retour des frontières que l’on croyait effacées et à une forte poussée du « populisme ». Face à cette double réalité, on ne saurait ignorer à ce point les émotions des peuples. Avec 63,5 millions de déracinés fin 2015 (chassés par les conflits et les persécutions selon le HCR), la planète bat un record en dépassant le cap des 60 millions. Ceci se décompose en 21,3 millions de réfugiés, 3,2 millions de demandeurs d’asile et 40,8 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays.

Crise sécuritaire. L’humanité ne parvient pas à éliminer le phénomène de la guerre, quelle que soit la forme revêtue, souvent moins nouvelle qu’on pourrait le croire (« grandes guerres » et « petites guerres » selon Clausewitz). C’est que depuis la fin du « camp socialiste » en 1989, il n’y a jamais eu autant de guerres, de basse ou de haute intensité. Nous assistons à la montée du terrorisme qui se nourrit de causes internes (mauvaise intégration de certaines populations dans les sociétés) et externes (les spasmes des révolutions arabes qui n’en finissent pas). Crise face à laquelle les États occidentaux semblent dépourvus. Si l’EIIL recule en Irak, en Syrie, en Libye, il progresse sur le plan médiatique avec les attentats terroristes. Avons-nous une réponse politique, morale, tactique et stratégique face à ce nouveau défini de la guerre asymétrique islamiste ?

Crise environnementale. En dépit du succès de la COP21 et de son entrée en vigueur en novembre 2016, les défis sont encore devant nous. La COP22 de Marrakech se conclut par un constat de désaccord. Nous n’en sommes qu’au début d’une révolution environnementale. Les engagements pris à Paris pour réduire les rejets carbonés rendent hors de portée l’objectif de conserver une planète tempérée… Pas plus que le réchauffement ne connait de trêve, l’urgence climatique ne peut connaitre de répit. Maigre satisfaction, 197 pays signent le 14 octobre à Kigali un accord sur les gaz à effet de serre les plus nocifs (HFC pour hydrofluorocarbures)

Confronté à un tel tableau clinique inquiétant, force est de constater que le médecin « communauté internationale » ne dispose que d’une pharmacopée réduite et aléatoire pour soigner les maux des « damnés de la terre ».

CRISE DU MULTILATÉRALISME : L’ANNÉE DE LA DÉFIANCE

Afin de mieux sérier le problème qui affecte aujourd’hui le fonctionnement du multilatéralisme, il importe de l’appréhender dans ses deux principales dimensions : institutionnelle (constat) et conceptuelle (causalité).

La dimension institutionnelle : la limite de la régulation multilatérale

La problématique générale. Le pari sur le droit comme modèle universel de régulation interétatique a fait long feu. L’ingrédient indispensable au règlement des différends, à savoir la confiance, fait cruellement défaut. Sans lui, rien n’est possible. Les deux mandats de Ban Ki-moon au poste de Secrétaire général de l’ONU ont été décevants. Il est remplacé par le portugais, Antonio Guterres. Que pourra-t-il faire sans un minimum de confiance entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité au moment où l’on évoque le retour d’une « nouvelle guerre froide » ? Cette crise de confiance se double d’une crise de la justice internationale. Après le retrait de trois Etats africains (Afrique du sud, Burundi, Gambie…), c’est au tour de la Russie de retirer sa signature du statut de la Cour pénale internationale. Les Africains lui reprochent son manque d’impartialité. L’année 2016 marque le monde des « gates » et des « leaks ». Ces scandales éclaboussent un monde sans règles ni maîtres : systèmes de pollutions équipant les véhicules allemands (« dieselgate »); FIFA ; attribution des JO et des coupes du monde qui démontrent l’étendue de la corruption dans le monde du sport « Football Leaks », des phénomènes de dopage. ; les JO de Rio resteront comme « Un idéal olympique terni »7 ; « LuxLeaks » et « Panama Papers », « Bahama Leaks »… Le monde traverse une crise morale qui affaiblit le système multilatéral. On peine à découvrir de véritables hommes d’État à la hauteur des défis auxquels le monde est confronté. On passe de la démocratie à la Démocrature. En Europe, on découvre les scandales entachant des ex-membres de la commission (Barroso et Kroes). « L’ensemble révèle une régression morale des élites. La Commission ne peut pas passer son temps à exiger des peuples et des États une probité et une éthique inspirée de Montesquieu, que certains de ses membres bafouent allégrement »8.

Les problématiques spécifiques. L’ONU n’en peut mais. « Aux Nations unies, j’ai été pour la première fois confronté avec l’hypocrisie, le mensonge, la recherche des alibis et le contraste complet entre la réalité des problèmes tragiques du monde et les pseudo-solutions qu’on leur apporte »9Rien n’a vraiment changé depuis la fin des années 1950 ou si peu. L’ONU apparait dépourvue de moyens d’action pour régler les crises. L’Union européenne est en crise : crise financière, crise grecque, crise migratoire, crise sécuritaire auxquelles s’ajoute une crise institutionnelle après le « brexit » du 23 juin 2016. « Depuis plus d’une décennie, les État membres de l’Union européenne ne parviennent pas à prendre les mesures décisives leur permettant de relever les principaux administratives auxquels les citoyens sont confrontés »10. On ne voit pas venir de projet pour éviter que le Titanic ne coule.

L’OTAN se retrouve un nouvel ennemi, la Russie, qu’elle avait durant un bref moment historique remplacée par le terrorisme. Partout, où elle passe, elle joue les pyromanes. Le sommet de Varsovie (8-9 juillet 2016) marque le retour de la nouvelle « guerre froide ». Le G7 se cherche. Face à des enjeux planétaires, il démontre son rôle limité pour relancer la croissance, lutter contre le réchauffement climatique, le terrorisme, relever le défi migratoire, mettre un terme au chaos proche et moyen-oriental… La Russie, qui avait rejoint ce groupe en 1997, en est exclue depuis 2014 en raison de son annexion de la Crimée. Est-il possible de réfléchir à la sécurité internationale sans la présence de la Russie ? L’Union africaine est affaiblie par son inaction sur la plupart des crises politiques et sécuritaires11, sur le dossier libyen et sur Ebola. L’OMS. Organisation à la fois célébrée et critiquée, elle pâtit des pesanteurs bureaucratiques, de sa mauvaise gestion de l’épidémie de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, d’une organisation fondée sur les ressources et non sur les résultats… Les BRICS sont en crise et s’effacent de plus en plus sur la scène internationale à la faveur de la crise du pétrole. Ils ne constituent plus la locomotive de l’économie mondiale. Le Mercosur n’a plus de présidence en raison du problème vénézuélien.

La dimension conceptuelle : l’insignifiance de la réponse

Un constat préoccupant. Hélas, le monde de 2016 n’est pas le monde des bisounours. Il est le monde de la conflictualité. Force est de constater que, dans ce monde condamné à une « succession d’ordres précaires et de désordres traumatisants » (professeur Dario Battistella), nous n’avons plus d’architectes mais des pompiers, parfois pyromanes réagissant à l’évènement et le commentant plutôt que de l’anticiper et le prévoir. Ne revenons-nous pas à la vieille théorie westphalienne de l’équilibre des forces et son corollaire, le retour du vieux « concert des nations »12 ? Ne sommes-nous pas revenus, à certains égards, dans le paradigme d’un monde bipolaire ? Le nouvel ordre international est conditionné au règlement concerté d’enjeux planétaires (crises du Proche et Moyen-Orient, crises migratoires, terrorisme, mondialisation, environnement…). Or, le système multilatéral, concept pris dans son acceptation large, ne parvient plus à jouer son rôle de modérateur, de stabilisateur, de régulateur. Il est à la peine.

Au Conseil de sécurité de l’ONU, les vetos russe et chinois bloquent presque toutes les initiatives, y compris humanitaires pour parvenir à un règlement négocié de la crise syrienne. Dans le domaine de la libéralisation du commerce international (clé de voûte de la « mondialisation heureuse »), les grands chantiers (TTIP, CETA, traité transpacifique…) se transforment en champs de ruines. Après les embrassades de la COP21, le chantier de la lutte contre le réchauffement climatique se fracasse sur le mur des réalités lors de la COP22 de Marrakech…

De multiples raisons. « Toutes ces fièvres sont bien les symptômes multiples d’une grande crise globale, profonde et durable qui affecte durablement et simultanément l’essentiel du monde et remet en cause les fondements de l’ordre international ».13 La crise du multilatéralisme est mondiale. Elle ébranle les bases du système de sécurité collective – marqueur essentiel de la paix par le droit – mis en place au lendemain de la guerre froide. Année après année, nous sommes entrés dans le monde de la défiance. À une démarche d’inclusion (parler à tous y compris à ses pires ennemis et dans les situations les plus conflictuelles), les Occidentaux ont substitué une démarche d’exclusion (pratique de l’anathème, de l’invective, des sanctions, voire de la guerre comme monde désormais normal de règlement des conflits). On ne saurait semer la paix et entretenir la guerre en même temps. C’est vers cette impasse que nous conduit le dévoiement de la diplomatie. L’action internationale est paralysée. Où sont passées les initiatives diplomatiques de long terme, les pensées stratégiques, les imaginations créatives ? Comme le souligne Dominique de Villepin : « nos initiatives diplomatiques s’enlisent parce que nous ne disposons plus des atouts de la vielle diplomatie d’État : le temps, le secret, la volonté de puissance… Jamais la violence n’a paru aussi diffuse, aussi insaisissable, aussi menaçante qu’aujourd’hui 14». Nous vivons dans le monde des passions, des émotions, de la corruption du langage, de la tyrannie de l’anecdotique (la « Fête de l’insignifiance », Milan Kundera), « La connivence des autruches, c’est-à-dire le consensus hégémonique de certaines élites pour ne rien entreprendre »15 l’œil rivé sur les sondages et les échéances électorales.

En dernière analyse, comme cela est traditionnel dans ces périodes de crise, de doute, de peur, les citoyens du monde se retournent vers la structure qui leur paraît la plus protectrice, l’État en dépit des critiques qu’ils formulent par ailleurs sur ses insuffisances

ÉTATS EN CRISE : L’ANNÉE DES ÉTATS

L’année 2016 marque une sorte de retour sur le passé. En dépit de multiples vissicitudes, l’État redevient le sujet incontesté du droit international, des relations internationales, une sorte de valeur refuge comme l’or pendant les périodes de crises économiques et financières. Dans le même temps, nous assistons à une renaissance du concert des nations, symbole de la vieille diplomatie.

L’incertitude sur la place de l’État : sortie et retour

Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes de la mondialisation que d’avoir enclenché une dynamique à fronts renversés : sortie de l’État du champ international, d’un côté et retour de l’État sur la scène mondiale, de l’autre.

La sortie de l’État. Les années 1990 ont sapé un peu partout les bases de l’État. Les soubresauts d’un monde sans maîtres depuis la fin de la guerre froide a fissuré le socle de l’État-nation. Nombreux sont aujourd’hui les États fragiles, fragilisés qui sont source d’instabilité interne mais également extérieure à tel point que l’on évoque une « épidémie des États faillis ». Un rapide panorama de ces « États cabossés » fournit une idée assez précise du phénomène en ce début du XXIe siècle. Depuis une décennie, le Venezuela des présidents Chavez et Maduro se trouve dans une situation d’autant plus inextricable qu’il ne semble pas exister d’alternatives crédibles. Le Yémen constitue l’archétype de l’État failli. La guerre déclenchée par son puissant voisin saoudien n’a fait qu’empirer la situation. Certains vont même jusqu’à évoquer un « arc des États faillis » allant de la Mauritanie à l’Afghanistan et au Pakistan en passant par la Somalie, le Soudan, voire le Kenya et, désormais, l’Éthiopie.

Les « révolutions arabes » n’ont épargné ni la Libye ni l’Irak et la Syrie, états durablement fracturés. On ne saurait passer sous silences les revendications identitaires latentes en Europe occidentale qui pourraient un jour déboucher sur des indépendances : Wallonie avec la Belgique, Catalogne avec l’Espagne, Écosse avec le Royaume-Uni après le « brexit ». En Afrique, la tentation existe également de repenser la structure de l’État-nation.

Le retour de l’État. Annoncés comme moribonds en même temps que l’avènement de la fin de l’Histoire, les États font leur retour remarqué sur la scène internationale. Cette montée en puissance de l’État procède de causes multiples. La mort clinique de l’ONU, dont le Conseil de sécurité est paralysé par le veto russe, est une réalité incontournable. L’incapacité de l’Union européenne à relever les défis multiples qui se posent à elle (crise économique, financière, sociale, sécuritaire, migratoire, énergétique, environnementale…) amplifie la défiance des citoyens contre la technocratie bruxelloise. Les dérives d’une mondialisée non régulée crispent les citoyens les plus fragiles à l’égard des institutions multilatérales et de ses dirigeants. Tout naturellement, les citoyens se retournent vers la seule structure qui leur paraît la plus protectrice contre les violences qui les agressent : l’État. C’est une sorte d’assurance tous risques. En dépit de tous les critiques dont ils l’accablent, ils considèrent qu’ils ne peuvent pas se passer de lui. « Ni sécurité, ni paix, ni stabilité ne s’envisagent en son absence. Voilà la principale leçon de notre époque » (Dominique de Villepin).

La renaissance du concert des nations : la vieille diplomatie

L’année russe. Après un long effacement, l’année 2016 marque le grand retour de la Russie sur la scène internationale à la faveur de la crise syrienne et de l’effacement américain16 d’autant que le nouveau président, Donald Trump fait part de sa volonté de renforcer son dialogue avec Moscou. Vladimir Poutine est désormais incontournable tant par son pouvoir de nuisance (droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, Ukraine) que par son pouvoir de médiation (principalement sur la crise syrienne)17. Dans le même temps, nous assistons à un renversement des vieilles alliances. Au Moyen-Orient, la Turquie de Erdogan se rapproche de la Russie, s’éloignant de l’Union Européenne (le parlement européen demande le gel des négociations avec Ankara), se marginalisant à l’OTAN au grand dam de Washington (qui déplace ses armes nucléaires de sa base aérienne d’Incirlirk vers la Roumanie).

Les relations se dégradent entre Washington et Riyad, entre Washington et Jérusalem sous Barack Obama (résolution 2334). Le monde chiite tient tête au monde sunnite. Les Occidentaux commencent à saisir les inconvénients d’une alliance exclusive avec le second. La Chine renforce sa présence en mer de Chine, suscitant l’ire de ses voisins et de Washington, poursuit son implantation en Afrique et reste moteur de l’économie mondiale. La France s’efface sur la scène diplomatique par son approche manichéenne des relations internationales. Lors de sa tournée d’adieu en Europe, Barack Obama snobe Paris pour faire l’éloge d’Angela Merkel à Berlin. Quant au Royaume-Uni, il disparait des écrans radar depuis le vote sur le « brexit ».

La diplomatie de papa. L’Histoire des relations internationales ne serait-elle qu’un éternel recommencement ? Faute de voir les institutions multilatérales universelles (essentiellement le Conseil de sécurité de l’ONU) et régionales (Union européenne, OTAN, OSCE, Union Africaine, Ligue Arabe…), par un effet de vase communicant, nous assistons au retour des vieilles méthodes de la diplomatie classique si souvent décriées dans le passé pour leur inefficacité : médiation, conciliation, arbitrage, négociations en cercles restreints dans la plus grande discrétion. Nécessité fait loi. Alors que certains évoquent désormais une « nouvelle guerre froide » entre les États-Unis, ses plus fidèles alliés, d’une part et la Russie, de l’autre, es crises se règlent en dehors des cadres multilatéraux.

Nous nous en tiendrons à quelques exemples récents. La normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis est le résultat d’une longue et patiente médiation du Saint-Siège. L’accord mettant fin à plus d’un demi-siècle de conflit interne entre la Colombie et les FARC doit beaucoup à une médiation de Cuba. Le seul canal de discussion entre la Russie et l’Ukraine tient à l’existence du format Normandie imaginé en son temps par François Hollande à l’occasion des cérémonies commémoratives du débarquement. La crise syrienne fait l’objet de multiples contacts entre John Kerry et Sergueï Lavrov, entre Russes et rebelles syriens à Ankara via le truchement de la Turquie et de la Jordanie (crise d’Alep). De manière discrète, Oman offre un lieu de rencontre discret pour sa médiation entre Saoudiens et rebelles houthis afin de mettre un terme à la guerre au Yémen.

« La famille humaine » selon la belle formule de René Cassin, est menacée d’éclatement. Le temps n’est pas au lâche soulagement mais aux interrogations douloureuses. Alors que nous sommes assis sur un volcan, quand va-t-on se décider à refuser le conformisme ambiant et le rejet des banalités, des truismes pour recommencer à prendre en considération l’Histoire et le réel ? Quand va-t-on en finir avec ceux qui prennent le parti de mépriser la réalité au nom d’une arrogance intellectuelle ou d’une cécité volontaire ?

A force de ne pas traiter les véritables causes des maux (« les forces profondes » selon l’École des Annales) qui nous frappent, le monde ne remplit-il pas de manière impressionnante les conditions menant à une défaite encore plus étrange que celle analysée par March Bloch ? N’avons-nous pas à faire à des dirigeants (occidentaux, plus particulièrement) pareils aux « marcheurs éveillés », pour reprendre la métaphore de Christopher Clark, aveugles à la réalité ?18 « C’est là un trait d’époque. Burke nous avait prévenus : « Ceux qui passent leur temps à découvrir les défauts de l’ordre établi et à les monter en épingle n’ont pas les qualités requises pour le réformer ». Décidément, l’année 2016 restera dans l’histoire comme l’année de la contagion du désordre.

Guillaume Berlat

1 Guillaume Berlat, 2015 : odyssée de l’impasse
www.prochetmoyen-orient.ch , 28 décembre 2015.
2 Dominique de Villepin, Mémoire de paix pour temps de guerre, Grasset, 2016, p. 25.
3 Eva Joly, avec Guillemette Faure, Le loup dans la bergerie, Les Arènes, 2016.
4 Gérard Chaliand, L’arrogance d’Ankara souligne nos failles, Le Figaro, 13 mai 2016, p. 16.
5 Piotr Smolar, Visite d’un général saoudien en Israël, Le Monde, 28 juillet 2016, p. 13.
6 Jean-Pierre Robin, Un demi-siècle de crises financières : pourquoi elles ressurgissent sans cesse, Le Figaro économie, 17 mai 2016, p. 23.
7 Éditorial, « Un idéal olympique terni », Le Monde, 6 août 2016, p. 19.
8 Éditorial, Affaire Kroes : un effet dévastateur sur l’opinion, Le Monde, 23 septembre 2016, p. 21.
9 Romain Gary, Le sens de ma vie, Gallimard, 2014, p. 65 (extraits de l’émission « Propos et confidences » de Radio-Canada, 1980.
10 Guy Verhofstadt, Rendre à l’Europe sa grandeur, Le Monde, 22 novembre 2016, p 28.
11 Tanguy Berthemet, Les armées africaines impuissantes face au terrorisme, Le Figaro, 8 décembre 2016, p. 10.
12 Renaud Girard, Le retour du vieux « concert des nations », Le Figaro, 6 septembre 2016, p. 15.
13 Dominique de Villepin, précité, p. 49.
14 Dominique de Villepin, précité, p. 110.
15 Alexis Lacroix, Attali contre la « connivence des autruches », Marianne, 20-26 mai 2016, pp. 48-49.
16 Caroline Galacteros, La bataille d’Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie, Figarovox, 8 décembre 2016.
17 Jack Dion, Pourquoi Poutine les rend tous fous, Marianne, 2-8 décembre 2016, pp. 10-13.
18 Christopher Clark, Les somnambules, Flammarion, 2013.

 

Source: http://prochetmoyen-orient.ch/bilan-2016-la-contagion-du-desordre/

03 janvier 2017

 

Nous avons subi 2016. Nous attendons avec espoir 2017.

«Tout le secret pour rester jeune en dépit des années, et même des cheveux blancs, c’est de protéger en toi l’enthousiasme par le maintien de l’harmonie dans ton âme.»

 Henri-Frédéric Amiel

 ———————————————–

Rituellement, à la fin de chaque année, on fait le bilan de l’année en cours et en donnant du même coup quelques tendances pour l’année qui vient. 2016 n’a sûrement pas été la meilleure année que nous ayons connue. Une année de perturbations, les conséquences d’une gestion néolibérale du monde: terrorismes, crises migratoires, débâcle des pays de l’Opep plus rentiers que jamais, convulsions climatiques. Deux bonnes nouvelles: Alep a été libérée, un début de lueur pour la cause palestinienne. Un nouveau départ pour le Moyen-Orient?

La  visite du président américain Obama à Cuba concrétisée en 2016, n’a pas donné le souffle de sérénité tant attendu par la levée de l’embargo. Par contre, la disparition de Fidel Castro a été d’autant mieux ressentie comme celle d’un géant qui a marqué le XXe siècle au nom de la liberté. Cuba a résisté à l’Empire et ne s’est pas dissoute. Malgré  ce  que l’on pourrait  reprocher à Fidel Castro  en terme de déficit de  libertés pour les citoyens, indépendamment de l’appréciation discutable du magister dixit de l’Occident sans conteste, Castro a donné une visibilité internationale basée sur le savoir,  et le compter sur soi.   Il n’est  que de constater comme le fait l’OMS la performance du système de santé cubain.  A bien des égards, les hommes politiques actuels, sont des nains qui discutent du sacerdoce  d’un géant dont il n’aperçoive que la cheville. Hasta siempre commandante

Les principales escales de l’année 2016 dans le monde

La guerre en Syrie a eu la grosse part de l’information main stream. On sait que les pourparlers qui ont débuté le 25 janvier 2016, à Genève, n’ont abouti à rien du fait de l’ambivalence de la politique occidentale. Toujours deux fers au feu. Avec Al Nosra qui fait du bon boulot -en égorgeant notamment des enfants- et Assad «qui ne mérite pas de vivre» et qui vient de libérer Alep en décembre en faisant prisonniers des dizaines d’officiers occidentaux qui «conseillaient» les terroristes. Pas un mot par contre du génocide de la coalition arabe au Yemen menée par l’Arabie saoudite qui mène une véritable guerre d’extermination avec la complicité de l’Occident et d’Israël à la fois en termes d’armement et de médias.

Par ailleurs, toujours en 2016, le Sommet humanitaire mondial du 23 au 24 mai à Istanbul (Turquie) qui avait pour but de proposer des solutions aux défis et définir un programme pour l’action humanitaire dans le futur n’a débouché sur rien de tangible.  Les Jeux olympiques de Rio ont eu lieu du 5 au 21 août 2016 et plus de 10.500 athlètes de 206 comités nationaux olympiques ont participé à cet événement malgré le coup d’Etat fomenté par la droite qui a vu l’éviction de Dilma Roussef. Sans doute, les progrès les plus remarquables réalisés au cours du sommet du G20 tenu à Hangzhou (Chine) ont été le changement d’attitude de l’architecte du texte final, la Chine, qui a montré sa force tranquille en misant sur la quatrième révolution.

Enfin, l’année 2016 a été marquée par l’accord de la Turquie avec l’Europe pour endiguer l’émigration moyennant 3 milliards de dollars. Le président turc Erdogan a survécu à une tentative de coup d’Etat en Juillet. Ce sera le début du rapprochement russo-turc sur le plan économique et sur le plan politique avec un début de solution de la crise syrienne.

La bataille d’Alep: victoire de la vérité

L’Armée syrienne aidée par la Russie  et  l’Iran  a réussi à venir à bout des  terroristes d’Alep est  ( 30%) à peine de la ville d’Alep qui continue à vivre normalement. Le peuple syrien martyrisé par des terroristes soutenus par l’Empire et ses vassaux a décidé de vivre. Bachar Al Assad n’aurait jamais pu tenir si la majorité de son peuple était contre lui. De plus, tous ceux qui claironnaient ne méritaient pas de vivre, voire voulaient le punir sans savoir qu’ils étaient sur le point d’être balayés par l’Histoire qu’ils auront traversée d’une façon honteuse.

Que l’on se souvienne de la mécanique diabolique pour arriver à la partition de la Syrie voulue par l’Empire et le sionisme et suivie d’une façon servile par les vassaux, d’abord créer un gouvernement off-shore,  proposé par la France de Sarkozy puis  avec Hollande   Avec cela on crée un OSDH  de toutes pièces qui – des bords de la Tamise- comptabilise les morts et les blessés à partir de Londres. On serait à 300.000 morts en 2000 jours de combat, soit une moyenne de 150 morts par jour! Qui dit mieux?

Le camp occidental dans sa version obamienne et hollandaise après son échec de n’avoir pas pu imposer un gouvernement dirigée par des dirigeants fantômes- il est bien difficile de mettre un nom de leader unique accepté par toutes les organisations terroristes- livre une ultime bataille, celle de désigner la Russie comme bouc émissaire et de désigner le gouvernement légitime de la Syrie comme bourreau de son peuple. Un constat: les médias se déjugent sans fausse honte, mais ont des difficultés à prendre les virages de la réalité. On aurait voulu présenter des cohortes de hères mourant de faim, de froid et que voit-on des cars où les réfugiés montent calmement, des voitures avec des enfants qui ne semblent ni mourir de faim ni de froid faisant même en riant le V de la victoire en face de la caméra occidentale qui aurait voulu capter autre chose. N’ayant rien à se mettre sous la dent, les médias recrutent des journalistes «libres» qui sont payés proportionnellement au déversement de fiel sur le pouvoir.

On apprend  par la même que plus de 110 officiers de l’Otan ont été capturés dans un bunker des terroristes Al-Nosra à Alep. Selon des rapports concordants sortant d’Alep ce 16 décembre 2016, au moins 14 officiers militaires de la coalition de l’Empire Anglo-sionistes ont été capturés par les forces spéciales syriennes ce matin dans un bunker terroriste d’Al-Qaïda/Al-Nosra à Alep Est. Que faisaient-ils ? Pourquoi un double  langage, côté cours on lutte contre le terrorisme avec une coalition et des négociations avec la Russie et de l’autre, côté jardin on met à la disposition des révolutionnaires un véritable arsenal et de la nourriture payés par les  ventripotents   rentiers du Golfe. Après la reddition des terroristes les Alepois racontent leur calvaire  en terreur et de famine... Sans compter les charniers de civils mis à mort  dont on n’a pas fini de faire l’inventaire

Vladimir Poutine, l’homme de l’année incompris en Occident

Vladimir Poutine, que l’on croyait vulnérable, non seulement a tenu bon, mais il fait bouger les lignes. En Ukraine, en Syrie, où il a pris les rênes de la lutte contre Daesh. L’Europe avec ses rodomontades, n’a pas tenu longtemps devant la détermination de la Russie. Pour une quatrième fois consécutive, le magazine Forbes l’a désigné en 2016, l’homme le plus puissant. Malgré un battage innommable des médias et une politique impériale autiste, notamment de la part des valets européens envers l’Empire, l’Etat syrien aidé par des troupes russes et iraniennes est venu à bout du terrorisme entretenu et alimenté par l’Occident.

L’Occident interdit aux citoyens du Monde d’aimer leurs pays. En l’occurrence Vladimir Poutine a été traumatisée par la disparition de l’Union Soviétique. Certains en Europe, et surtout y ont vu la fin de l’histoire comme le  claironné  Francis Fukuyama l’idéologue du Pentagone. On a longtemps cru que la fin de l’Urss était synonyme de la fin de la Russie.  Sur ordre de l’empire  les pays européens prennent des sanctions contre la Russie. Ainsi Le 31 juillet, les dirigeants européens ont  renouvelé les sanctions imposées pour faire plier Poutine sur l’Ukraine. Si  en 2017 Trump rompt les rangs par l’assouplissement des sanctions, l’Union européenne aura du mal à maintenir sa cohésion car même dans les 27, certains pays ne veulent plus participer à cette punition qui a permis à la Russie d’être plus autonome, voire autosuffisante.

A  l’occasion des 25 ans de la chute de l’URSS, Vladimir Fédorovski ancien diplomate russe,  interviewé par Alexis par Feertckak nous parle des conditions de la reddition en rase compagne de  Michaël Gorbatchev  dont on dit que le hochet du Prix Nobel a récompensé le bradage de l’URSS, Il parle ensuite de la gestion erratique de Boris Eltsine pour arriver au coup d’arrêt donné  par Vladimir Poutine à la déliquescence de la Russie.

« Nous vivons les conséquences de la rencontre manquée entre la Russie et l’Occident en 1991. Il y a eu une sorte d’alignement des planètes avec plusieurs phénomènes politiques et économiques qui se sont combinés. L’échec de Gorbatchev est précisément une victoire puisqu’il a permis à la Russie de sortir du communisme sans effusion de sang. Pour la population russe, c’est un immense traumatisme. Les Russes détestent Gorbatchev. Ils lui font porter le chapeau. Vladimir Poutine le juge lui-même par le mot d’incompétent. Il y a chaque semaine des demandes pour qu’il soit jugé pour haute trahison… Les Américains réinventent eux aussi l’histoire». (1)

«  Incriminant l’Occident qui n’a pas respecté sa parole, il ajoute : « Le meilleur exemple de ce cordon sanitaire reste l’élargissement de l’OTAN, qui s’est fait contre les promesses faites à Gorbatchev. Ces accords ont bel et bien existé: le deal diplomatique concernait la réunification de l’Allemagne, que l’URSS acceptait. En échange, les Américains s’engageaient à respecter les intérêts géostratégiques de la Russie. (…) Mais à partir de son discours de Munich en 2007, Vladimir Poutine, et les Russes de manière générale, ont tiré une conclusion très grave à mon sens pour l’Occident. Ils en ont conclu qu’en 1991, l’Occident ne voulait pas tuer le communisme, mais qu’il voulait tuer la Russie. (…) À partir de là, Vladimir Poutine a utilisé l’outil militaire et la diplomatie du pétrole pour défendre les intérêts russes. Pour lui, les choses sont simples, l’Occident sera obligé de compter avec les intérêts de Moscou ». (1)

Enfin toujours dans le même ordre, la mort de l’ambassadeur russe à Ankara,  le 19 décembre a été l’aboutissement d’une campagne hystérique contre la Russie pour voir finalement libérés du joug de Daesh des civils qui disent être soulagés. Tous les pays occidentaux et Ban Ki-moon n’ont pas arrêté de dénoncer la reprise d’Alep où on découvre un véritable arsenal et de la nourriture en quantité, Alexei Pouchkov, du comité des Affaires étrangères de la Douma [le Parlement russe], avait raison lorsqu’il a dit, à la suite de la mort d’Andrei Karlov, que l’Occident était responsable parce que son hystérie et ses délires sur les événements d’Alep ont favorisé un climat de haine déchaînée envers la Russie.

Bilan de la présidence d’Obama: une fin de règne sans gloire

Le président Obama qui a débuté dans l’euphorie de la promesse d’un nouveau départ avec le monde musulman (discours du Caire) au point d’avoir eu le prix Nobel, termine la présidence dans l’incertitude la plus totale, même le vote de la résolution contre les colonies en Palestine est plus vu comme un règlement de comptes envers l’administration israélienne (Netanyahu arrive aux Etats-Unis invité par le Congrès et ignore le président Obama). Le président Obama aura déçu tout le monde, pour n’avoir pas été du côté de la morale. Nous lisons sur le site Blomberg sous la plume de Leonid Berchidski:

«L’un des principaux résultats de la présidence de Barack Obama est le sentiment que les États-Unis ne sont plus la puissance dominante. Dans les conditions actuelles, Washington peut être négligé, la Russie se trouve à l’avant-garde de cette nouvelle tendance: cette semaine, les ministres russe, iranien et turc des Affaires étrangères se sont réunis à Moscou afin de discuter de la situation en Syrie. Les États-Unis n’ont pas été invités ».  (2)

« Au terme de cette rencontre, les ministres ont adopté une déclaration selon laquelle leurs pays se disent prêts à servir de garant de l’accord entre le gouvernement syrien et l’opposition. La déclaration précise notamment que tout autre pays «capable d’influencer la situation en Syrie» peut se joindre à cette initiative. Dans sa récente intervention, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a souligné que la Russie et les États-Unis restaient en contact, mais qu’à chaque fois que Moscou et Washington concluaient un accord, les Américains ne respectaient pas leurs engagements et se mettaient à faire la morale. (…) Un autre argument est le Brexit que les Britanniques ont voté en boudant les États-Unis avec leurs mises en garde. L’aspiration grandissante globale à prendre ses distances de Washington est le résultat direct des incohérences d’Obama dans sa politique extérieure. Il la qualifie d’«orientée vers les valeurs», alors que la majorité des pays du monde ne partagent pas ces valeurs, soupçonnent les USA de jouer double jeu et les accusent d’arrogance.» (2)

Le conflit libyen: La responsabilité totale de l’empire et de ses vassaux

Un cadeau du tandem Obama-Clinton, de Cameron et de Sarkozy est le chaos en Libye après le lynchage d’El Gueddafi. Ces quatre personnes ne seront plus là, mais le drame libyen est toujours actuel.

«En Libye, écrit le général Jean-Bernard Pinatel, l’année 2017 va commencer avec une situation profondément modifiée par rapport à janvier 2016 tant sur les plans politique que sécuritaire. Cette évolution constitue un succès pour la politique russe et chinoise en Méditerranée orientale et annonce l’échec de l’accord de Tunis de décembre 2014, réalisé sous l’égide de l’ONU et soutenu par les puissances occidentales. Sur le plan sécuritaire, comme on pouvait l’entrevoir au début 2016, la greffe de Daesh n’a pas réussi à prendre en Libye. Sur le plan politique, ces actions, qui sont probablement l’amorce d’un ralliement de Misrata au général Haftar, fragilisent le Conseil de Présidence issu de l’accord de Tunis de décembre 2014 et qui est présidé par Fayez al-Sarraj et dont les Misratis étaient le principal soutien. Face à cette situation c’est clairement le général Haftar qui tient dans ses mains l’avenir du pays à condition qu’il arrive à pérenniser son rapprochement avec Misrata. (…) Comme le constatait le secrétaire général de l’ONU dans son rapport du 1er décembre 2016 sur la Mission d’appui des Nations unies en Libye, la situation politique est toujours bloquée. Le Conseil de la Présidence est incapable de mettre en application l’Accord politique libyen conclu en décembre 2015. (3) (4)

Cependant, une lueur d’espoir avec les visites à quelques jours d’intervalle du maréchal Haftar et du Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj à Alger ces derniers jours augurent d’une entente entre les deux parties protagonistes. Si cela réussit, le drame de la Libye cessera en 2017. L’Algérie qui s’est éloignée du fait des parasitages en tout ordre revient à sa façon d’une façon discrète et pourrait faire aboutir un accord.

Que sera le monde en 2017

A en croire les médias occidentaux les peuples hors occidentaux n’existe pas! On ne parle pas ou si peu de  leur devenir sauf s’ils sont en litige avec les dirigeants occidentaux.  Nous allons donc par suivisme, ne traiter que du futur de l’Empire et de ses vassaux, avec en creux le sort des pays vulnérables. En  Europe le Brexit a sonné le glas de l’Europe des technocrates de Bruxelles ; les peuples européens relèvent la tête et n’acceptent plus d’être dirigées à coup de directives.  Naturellement pour la Commission, c’est un avertissement d’autant plus criard que l’on apprend que l’ancien commissaire Barroso  est devenu vice-président de Goldman Sachs et que les négociations pour le poste avaient commencé avant qu’il ne quitte la   Commission. Ce fut la Bérézina. Cameron a été obligé de quitter le pouvoir.  Le non de Nigel Farage l’ayant emporté.

Il fallait trouver un coupable au fait que le peuple anglais ait mal voté Pour Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, le ras-le-bol des peuples composant l’Europe c’est du populisme. Pour lui:

«Les démocraties occidentales seront encore contestées l’année prochaine, car on prévoit des partis populistes faire des gains en Europe». La démocratie libérale en Europe et aux États-Unis est en crise ».

Il est vrai que le populisme de droite a augmenté au cours des dernières années, alimenté par l’agitation sociale provoquée par la récession en cours, le terrorisme, et de la xénophobie déclenchée par un afflux massif de réfugiés et de migrants de la guerre par le Moyen-Orient et en Afrique. Nulle part les dirigeants occidentaux  ne parlent de leurs responsabilités: «L’enfer c’est les autres», disait Sartre. Ayant été sourds aux appels désespérés des peuples les dirigeants européens furent choqués par le vote des électeurs anglais (Brexit) de ne pas rester sur le bateau Europe qui fait eau de toutes parts. Ils font peur aux électeurs en diabolisant Marine Le Pen qui pourrait être élue présidente de la France. De même pour eux l’islamophobe des Pays – Bas (PVV), Geert Wilders, pourrait remporter les élections.

Les négociations du Brexit seront lancées en mars, si le Premier ministre britannique Theresa May déclenche l’article 50. Pour les décideurs de l’UE, les principaux défis découlent de «la perception d’un manque de contrôle et de craintes liées à la migration, le terrorisme et l’insécurité économique et sociale», lit-on dans les conclusions du sommet de Bratislava. Trois dirigeants des pays du G7 sont sur le point de quitter le pouvoir.

Après Barack Obama, Mattéo Renzi, David Cameron et François Hollande, le G7 sera affaibli car l’Italie, l’hôte de la célébration du Traité de Rome aussi. Le sommet du G7 est en pleine tourmente car l’Italie est à la fois trop importante pour la laisser échouer, et trop grande pour pouvoir la sauver financièrement. En face, l’inoxydable Poutine, le sage chinois et l’énigmatique indien. Ni la Russie ni la Chine ne sont invités au sommet qui se tiendra en Sicile, en dépit de leur influence croissante au Moyen-Orient et de l’Asie du Sud-Est.

Le 31 mars, le Premier ministre britannique enverra une lettre à Bruxelles pour déclencher le compte à rebours de deux ans pour le divorce. En Allemagne, Angela Merkel est menacée par la colère et la peur depuis que plus d’un million de demandeurs d’asile sont venus en Allemagne. De plus, l’attentat de Berlin du 19 septembre a donné du grain à moudre aux extrémistes qui peuvent empêcher un quatrième mandat de Angela Merkel en septembre.

L’énigme Trump : Une victoire inattendue

La victoire de Donald Trump a stupéfié les Européens qui avaient misé sur Hillary Clinton plus proche de l’idéologie obamienne. Donald Trump, qui prend les rênes de la Maison-Blanche le 20 janvier, se prépare à désengager l’Amérique de la scène mondiale. Le vide politique sera rempli par la Chine, qui aspire à devenir une superpuissance mondiale, dans le domaine économique. Si le président Trump tient toutes ses promesses, ce sera un chamboulement dans les pays satellites et au Moyen-Orient. Il est possible que «America first» permettra une certaine retenue sur le front syrien avec un deal avec la Russie. Par contre, concernant Israël nous allons au-devant d’une escalade, notamment avec la volonté américaine d’annuler la fameuse résolution concernant les colonies. S’agissant du climat, la COP21 présentée comme un succès a été un vaste canular qui a lancé un sortilège sur les participants, Aucune limite à la pollution, aucune contrainte. Même si en 2016 un accord a été signé par les grandes puissances le 4 novembre enlevant de ce fait toute crédibilité à la Cop22 qui a démarré le 7 novembre. Le président Trump climato-sceptique devant l’Eternel nous promet de détricoter l’accord et avec l’abandon des 2 °C.

Par contre avec la Chine, de sombres jours se profilent à l’horizon du fait des positions tranchées de l’administration Trump : « Le journal  Global Times, organe du parti communiste au pouvoir, assure que Pékin ne reculera à aucun prix devant Trump et la guerre qu’il a déclarée à la Chine. Le texte lance une sérieuse mise en garde à l’adresse de la nouvelle administration américaine et n’écarte pas la possibilité d’une confrontation USA/Chine au cours du mandat de Trump. « Il semblerait que M. Trump soit déterminé à multiplier des actions hostiles à l’encontre de Pékin. Sa politique est vengeresse aussi bien en termes économiques qu’en termes politiques. » (…) Le journal rappelle ensuite que la Chine de 2016 n’a rien de commun avec la Chine d’il y a dix ans.

« La Chine s’est bien renforcée, et ce, dans divers domaines. Il n’est plus question qu’elle prenne son mal en patience et qu’elle tolère l’attitude de Trump. La Chine ne reculera devant rien. » Global Time poursuit : « Si c’est le bellicisme qui devrait régir désormais les relations sino-américaines, la Chine saura réagir en fonction des circonstances et elle aura une nouvelle définition des liens entre les deux États. » (5)

Le conflit israélo-palestinien

Rien de nouveau sous le soleil ! La colonisation illégale continue et ce n’est pas la résolution votée par le Conseil de Sécurité à l’unanimité des 14 membres et de l’abstention des Etats Unis qui fera la différence. La position américaine est incompréhensible si on ne prend pas en compte  deux données qui n’ont rien à voir avec l’empathie  américaine envers la détresse des Palestiniens. D’abord,  le mépris avec lequel Benyamin Netanyahu traite le président américain, au point de se faire inviter au Congrès et de ne pas rendre une visite de courtoisie au Président des Etats Unis. La deuxième chose est le fait que le président Obama étant sur le départ a peut-être eu des remords, lui qui avait promis au Caire de contribuer à l’avènement de deux Etats côte à côte. On comprend dans ces conditions cette activité fébrile en moins d’un mois faisant un forcing avec véritablement un dialogue de sourds. Le premier ministre Netanyahu annonçant qu’il ne tient pas compte de la Résolution et qu’il attend la prise de son ami Trump pour que les  choses redeviennent comme avant…

Bref les Etats-Unis s’apprêteraient à proposer la reconnaissance d’un Etat palestinien! Celui-ci inclurait des échanges de territoires et une reconnaissance des frontières de 1967. Selon le journal palestinien Al-Quds, l’un des points majeurs de sa proposition résiderait dans une reconnaissance d’un Etat palestinien se fondant sur le tracé des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. En échange, les Palestiniens devraient reconnaître Israël comme Etat juif, John Kerry envisagerait de proposer ce texte au mois de janvier, soit quelques jours à peine avant la passation de pouvoir entre Barack Obama et Donald Trump. (6)

Et en Algérie ?

Là encore ! Rien de nouveau sous le soleil à part la chute des prix du pétrole. Déjà en 2015 nous attirions l’attention sur les problèmes du pays, notamment sécuritaires. Les Algériens savent que le pays est en danger avec ce qui se passe à nos frontières. Quelque chose venant des Américains et des Occidentaux se concocte. Cependant, il en est autrement sur le plan économique. L’Algérie a perdu plus de 50% de ses revenus pétroliers. A tort, l’Algérie ne faisant pas preuve d’humilité pense qu’elle a réglé le problème des prix du pétrole. Ce qui est non seulement faux, mais surtout dangereux, car deux messages sont distillés: l’Algérie pays des miracles et le deuxième message plus dangereux celui de retomber dans le farniente «Arrougdou» «Dormez braves gens, le pétrole veille sur votre paresse».

Plus que jamais, une feuille de route est nécessaire pour une transition multidimensionnelle sur tous les plans (énergies, agriculture, éducation, économie de la connaissance), qui serait une rupture avec le schéma traditionnel de gestion. Pour cela il faut initier un débat avec les experts, la société civile, les étudiants, bref les forces vives de la nation. Un Etat stratège devait donner l’exemple, notamment par la réduction du train de vie, par une pédagogie des actions qui doivent être acceptées et mises en oeuvre par les citoyens. S’agissant de l’intégration, il est illusoire de croire que nous pouvons fabriquer à titre d’exemple le silicium, les pays européens l’achètent en Chine. Par contre, un partenariat d’ensemble avec un pays leader est indiqué. Nous avons perdu dix ans à dire que le photovoltaïque n’était pas rentable!

Enfin, personne ne peut garantir à moins d’être devin qu’il y aura du pétrole en Algérie en 2030! Même le mode de transport sera hybride et le diesel  selon toute vraisemblance va disparaître. Pourquoi construire 3 raffineries et miser sur le diesel?  Pourquoi ne pas laisser un viatique aux générations futures et miser surtout sur les usages nobles du pétrole comme la pétrochimie?   Faire des promesses sans une stratégie transparente, cohérente et qui mobilise toute l’Algérie, relève de vœux pieux pour ne pas dire de la tentation de croire que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes avec des y a qu’à... Avec au passage avec une bénédiction divine !

Enfin, rien ne peut se faire encore une fois sans la formation des hommes qui est absente du discours des hommes politiques actuels. L’année 2016 a vu le retour de l’irrationnel comme nous l’avons vu  avec le classement Pisa où notre système éducatif occupe  dernière place, l’affaire du RHB et le sort de la langue arabe liés à une dimension divine. L’éducation devrait être la prunelle de nos yeux, et en l’occurrence le moment est venu de se frotter aux normes internationales pour savoir comment nous pouvons aller vers ce graal de l’économie de la connaissance seule défense immunitaire contre la rente ne sera plus là !

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1.http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/12/16/31002-20161216ARTFIG00255-vladimir-fedorovski-la-chute-de-l-urss-est-encore-un-traumatisme-national-en-russie.php

2. https://fr.sputniknews.com/international/ 201612241029332861-usa-russie-negligence/

3. http://arretsurinfo.ch/vers-une-prise-de-pouvoir-du-general-khalifa-haftar/

4. http://www.geopolitique-geostrategie.fr/

5. https://francais.rt.com/international/31338-etats-unis-sappreteraient-proposer-reconnaissance-etat-palestinien

 

6. http://reseauinternational.net/pekin-pret-a-redefinir-ses-relations-avec-les-etats-unis/#L1hMdEeV7DL1hgwf.99

02 janvier 2017

Lettre ouverte aux «défenseurs des droits de l’homme» à propos d’Alep

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Des «tartuffes», des «hypocrites», des «salauds»… L’essayiste belge Jean Bricmont ne mâche pas ses mots, en s’indignant des intérêts réels de ceux qui prétendent défendre les droits de l’homme en Syrie.


Tout d’abord, ceci n’est pas une attaque contre les droits de l’homme, comme idéal à atteindre, et le titre complet de l’article devrait être: «Lettre ouverte à ceux qui invoquent sélectivement les droits de l’homme pour justifier la politique d’ingérence des puissances occidentales dans les affaires intérieures des autres pays.»

En effet, la seule question qui mérite d’être discutée à propos de l’affaire syrienne, ce n’est pas la situation sur le terrain (qui est sans doute compliquée), mais la légitimité de la politique d’ingérence des États-Unis et de leurs «alliés», c’est-à-dire des Européens, de la Turquie et des États du Golfe, dans ce pays.

Depuis des décennies, l’idée de base du droit international, à savoir l’égale souveraineté des États et la non-ingérence d’un État dans les affaires intérieures d’un autre a été systématiquement battue en brèche, au point d’être pratiquement oubliée, par les partisans du «droit d’ingérence humanitaire» (voir «Massacres à Alep : lettre à un camarade qui s’obstine à justifier l’injustifiable» de Julien Salingue, qui ne mentionne nulle part le droit international, comme exemple frappant de cet oubli dans la «gauche radicale». Salingue reproche en fait aux Occidentaux de ne pas avoir fourni plus d’armes aux rebelles c’est-à-dire de ne pas avoir violé ce droit plus encore qu’ils ne l’ont fait).

Le principe de non-ingérence rend illégal tout ce que font les États-Unis un peu partout dans le monde: pas seulement les invasions «préventives», mais aussi les achats d’élections, les armements de rebelles, ou les sanctions et embargos unilatéraux.

Il faut peut-être rappeler les raisons sur lesquelles se fondent les principes du droit international. Tout d’abord, Il y a la leçon tirée de la Seconde Guerre mondiale. C’est l’usage par l’Allemagne de la politique des minorités en Tchécoslovaquie et en Pologne qui a été à l’origine de la guerre, politique qui a encore été amplifiée lors de l’invasion de l’Union soviétique. Cette politique a eu, à la fin de la guerre, des conséquences catastrophiques pour les minorités qui avait été utilisées par les Allemands.

C’est en partie pour cela que les vainqueurs, qui ont rédigé la charte de l’ONU, ont voulu «protéger l’humanité du fléau de la guerre» en rendant illégale la politique d’ingérence.

La politique de non-ingérence a encore été renforcée par la décolonisation des années 1950 – 1970. La dernière chose que les pays issus de cette décolonisation souhaitaient, c’était que les anciennes puissances coloniales s’ingèrent dans leurs affaires intérieures.

C’est pourquoi le rejet de la politique d’ingérence fait la quasi-unanimité des pays du Sud. On lit, par exemple, dans la résolution adoptée lors du sommet des pays non alignés, à Kuala Lumpur en février 2003, peu avant l’invasion de l’Irak, que : «Les chefs d’Etats ou de gouvernement réaffirment l’engagement du mouvement pour renforcer la coopération internationale afin de résoudre les problèmes internationaux ayant un caractère humanitaire en respectant pleinement la charte des Nations unies et, à cet égard, ils réitèrent le rejet par le mouvement des pays non-alignés du soi-disant «droit» d’intervention humanitaire qui n’a aucune base dans la charte des Nations unies ou dans le droit international.»

Par ailleurs, l’ingérence ne peut évidemment se faire que des pays forts à l’égard des pays faibles ; c’est donc une légitimation de la force brute.

Cependant, tous les États forts ne sont pas égaux entre eux. Imaginons un instant que la politique d’ingérence soit admise comme nouveau principe du droit international. Que se passerait-il si la Russie entendait renverser le gouvernement saoudien à cause des «violations des droits de l’homme» dans ce pays? Ou si la Chine décidait d’envoyer des troupes en Israël pour y «protéger les Palestiniens»? On aboutirait rapidement à une guerre mondiale.

Pour comprendre le caractère «inacceptable» de la politique d’ingérence quand il est appliqué à des pays puissants, il suffit de penser aux cris d’orfraie que pousse l’establishment américain suite au soi-disant piratage par les Russes de certains emails rendus publics par Wikileaks. Notons au passage que la réalité de ce piratage reste à prouver et que, même s’il l’était, l’authenticité des emails n’est pas contestée, ce qui signifie que ce piratage aurait simplement permis d’informer le public américain de certaines manoeuvres de leurs dirigeants, ce qui est une peccadille comparé aux interventions américaines en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Indochine.

Les conséquences de la politique d’ingérence sont multiples et catastrophiques. Il y a évidemment les millions de morts dus aux guerres américaines (l’étude suivante arrive à un total de 1,3 million de victimes, rien que pour la «guerre à la terreur»). Mais il ne faut pas s’imaginer que les pays victimes d’ingérence ne vont pas réagir, ne vont pas établir les alliances, et ne vont pas tenter de se défendre en se durcissant sur le plan interne. Quand les États-Unis sont attaqués le 11 septembre 2001, ils prennent des mesures de sécurité et de surveillance sans précédent et surtout, ils se lancent dans l’invasion de deux pays. Comment imaginer que la Syrie, l’Iran, Cuba, la Russie ou la Chine ne vont pas prendre des mesures répressives pour se protéger de la subversion? On entre ainsi dans une logique de guerre sans fin. En effet, après être intervenu en Ukraine et en Syrie, les Occidentaux entrent en conflit avec la Russie et la Chine à cause des mesures que ces pays prennent face à ces interventions. Loin d’être une source de paix, le Conseil de sécurité de l’ONU devient, à cause de la politique d’ingérence, le lieu de toutes les acrimonies.

Dans le cas de la Syrie, si, comme il le semble, l’insurrection finit par être vaincue, on ne pourra que constater que la politique d’ingérence, à travers l’armement des rebelles, n’a fait que prolonger les souffrances de la population de ce malheureux pays. Les «défenseurs des droits de l’homme» qui ont appuyé cette politique d’ingérence, portent une lourde responsabilité dans cette tragédie.

Bien que les droits de l’homme soient une idée libérale et que le libéralisme s’oppose en principe au fanatisme, les «défenseurs des droits de l’homme» actuels sombrent souvent dans le fanatisme: on nous met en garde contre une influence russe en Europe parfaitement imaginaire (comparons un instant l’influence commerciale, culturelle, intellectuelle, diplomatique des États-Unis et de la Russie en Europe) et on nous incite à ne pas consulter les «médias du Kremlin». Dans toute guerre, et le soutien aux insurgés en Syrie est une guerre, la première victime est la vérité. N’importe quel esprit vraiment libéral irait consulter la «propagande» de l’autre camp, sans nécessairement la croire sur parole, mais afin de contre-balancer celle à laquelle il est constamment soumis.

Sans même écouter la «propagande russe», qui va s’intéresser à l’étude: «Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence in the Damascus Nerve Agent Attack of August 21, 2013» ? Cette étude, réalisée par un ancien inspecteur de l’ONU, Richard Lloyd et un Professeur de Science, Technologie et Sécurité nationale du MIT, Theodore A. Postol, montre que l’attaque au gaz près de Damas en août 2013, qui a failli provoquer une attaque en règle contre la Syrie, ne pouvait pas être le fait du gouvernement syrien. On imagine mal des personnes aussi importantes mentir délibérément pour «soutenir Assad» ou être incompétentes sur des questions de physique relativement élémentaires.

Les «défenseurs des droits de l’homme» se demandent aussi si, après Alep, il est encore possible de discuter avec Poutine. Mais la guerre à la terreur, y compris l’invasion de l’Irak, n’a jamais empêché personne de discuter avec les Américains, malgré les centaines de milliers de morts que cette guerre a provoquées. Au contraire, après 2003, la France s’est d’avantage intégrée dans l’OTAN et a suivi les États-Unis plus fidèlement que jamais.

De plus, les «défenseurs des droits de l’homme» européens sont dans une situation particulièrement absurde: en effet, si l’on prend, par exemple, l’affaire de l’usage des gaz en 2013, attribué au gouvernement syrien, il y avait un large accord en France pour intervenir. Mais en l’absence d’une intervention américaine, une intervention purement française s’est avérée impossible. Les «défenseurs des droits de l’homme» européens en sont réduit à implorer les Américains: «Faites la guerre, pas l’amour !» Mais comme ceux-ci souffrent de «war fatigue» et ont élu un président en principe opposé aux interventions, il ne reste plus aux «défenseurs des droits de l’homme» européens que de faire accepter par leurs peuples des dépenses militaires gigantesques pour créer un rapport de force qui rende crédible la politique d’ingérence. Bonne chance !

Finalement, parmi les défenseurs des droits de l’homme, il faut distinguer entre les bonnes âmes et les belles âmes.

Les bonnes âmes mettent en garde leur «amis» contre l’idée de «soutenir» le boucher, le criminel, l’assassin de son peuple, Bachar el Assad. Mais c’est ne rien comprendre à la position anti-ingérence.

Des Etats peuvent soutenir d’autres Etats en leur donnant des armes et de l’argent. Mais de simples individus, ou des mouvements sociaux, comme un mouvement de la paix, ne le peuvent pas. Cela n’a, par conséquent, aucun sens de dire que, lorsque des individus s’expriment, quand ils le peuvent dans notre société, c’est-à-dire de façon marginale, pour critiquer la politique d’ingérence, ils «soutiennent» telle personne ou tel régime, à moins de considérer que tous ceux qui ne souhaitent pas que la Russie intervienne en Arabie saoudite ou la Chine en Palestine «soutiennent» le régime saoudien ou la colonisation israélienne.

Les anti-impérialistes soutiennent une autre politique étrangère pour leurs pays, ce qui est très différent.

Dans toutes les guerres, il y a une propagande massive en faveur de celles-ci. Comme les guerres ou les ingérences actuelles sont justifiées au nom des droits de l’homme, il est évident que la propagande va se concentrer sur la dénonciation des «violations des droits de l’homme» dans les pays ciblés par l’interventionnisme.

Par conséquent, tous ceux qui s’opposent à cette politique d’ingérence se doivent de fournir toutes les informations qui permettent de contrer cette propagande, comme par exemple l’étude sur l’usage des gaz en 2013 mentionnée plus haut, ou les témoignages discordants concernant la situation à Alep aujourd’hui. Il est remarquable de voir Julien Salingue, co-animateur du site de critique des médias Acrimed, répéter le récit dominant sur la Syrie, sans aucune distance critique. Mais si les médias mentent et déforment en ce qui concerne la France, pourquoi ne le feraient-ils pas encore bien plus lorsqu’il s’agit de pays étrangers, comme la Syrie et la Russie, où les choses sont plus difficiles à vérifier ? De nouveau, sans faire appel aux sources russes, Salingue pourrait lire, par exemple, l’avis de l’ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Syrie, qui contredit le récit médiatique dominant sur Alep.

Cette critique de la propagande ne signifie nullement un «soutien» à un régime ou l’autre, au sens où ce régime serait dans l’absolu souhaitable dans un monde libéré de la politique d’ingérence.

Les bonnes âmes veulent «sauver Alep», «ont honte de l’inaction de la communauté internationale» et veulent «faire quelque chose». Mais faire quoi? La seule suggestion pratique qui est avancée serait d’établir en Syrie une «no fly zone» qui empêcherait l’aviation russe d’aider l’armée syrienne. Mais cela serait une violation de plus du droit international, la Russie étant invitée en Syrie par le gouvernement légal et internationalement reconnu de ce pays pour l’aider dans le combat contre le terrorisme. La situation de la Russie en Syrie n’est pas, juridiquement parlant, différente de celle de la France lorsqu’elle a été invitée au Mali pour y combattre les islamistes (qui se trouvaient là suite à la guerre en Libye, mais passons). De plus, intervenir militairement en Syrie impliquerait soit une guerre avec la Russie, soit que ce pays accepte d’être vaincu sans combattre. Qui veut parier sur cette deuxième possibilité?

Pour illustrer l’hypocrisie des bonnes âmes, comparons la situation en Syrie et au Yémen. Dans ce dernier pays, l’Arabie Saoudite commet de nombreux massacres, en violation claire du droit international. Si vous vous indignez parce qu’on ne fait rien en Syrie, pourquoi vous-même ne faites-vous rien pour le Yémen? De plus, il y a une grande différence entre ces deux situations. Dans le cas de la Syrie, intervenir militairement risquerait d’entraîner une guerre avec la Russie. Dans le cas du Yemen, il suffirait sans doute, pour faire pression sur l’Arabie Saoudite, de suspendre les livraisons d’armes occidentales à ce pays. Bien sûr, vous êtes parfaitement conscient du fait que vous êtes incapables d’arrêter les livraisons d’armes à l’Arabie Saoudite. Mais alors, à quoi rime votre indignation concernant la Syrie ?

Les belles âmes, par contre, sont contre toutes les guerres, toutes les violences. Elles condamnent : Assad et Poutine, bien sûr, mais aussi Obama, l’Union européenne, l’OTAN, tout le monde. Elles dénoncent, elles allument des bougies et éteignent des lumières. Elles témoignent, parce que se taire serait «être complice».

Elles ne se rendent pas compte que, sur le terrain, en Syrie, personne, ni gouvernement ni rebelles, ne savent qu’elles existent et, s’ils étaient au courant de leur existence, ils se moqueraient complètement de leurs indignations, condamnations, et éclairages de bougies. Pour paraphraser ce que disait Staline à propos du Vatican, les «défenseurs des droits de l’homme», combien de divisions?

Ceci ne veut pas dire que les bonnes âmes et les belles âmes n’ont aucun effet. Elles en ont un, mais ici : empêcher toute politique étrangère alternative, qui serait fondée sur la diplomatie et le respect de la charte des Nations unies. Seule une telle politique pourrait favoriser la paix dans le monde, l’équilibre et d’égalité entre les nations et, en fin de compte, faire aussi réellement avancer la cause des droits d’homme. Mais la diabolisation par les «défenseurs des droits de l’homme» d’Assad et de Poutine, ainsi que de tous ceux qui voudraient ne fut-ce que parler avec eux, rend une telle alternative impossible.

Pour les «défenseurs des droits de l’homme», le réalisme politique et les conséquences de leurs actions n’ont aucune importance ; l’important c’est de montrer que l’on fait partie du «camp du bien». Vous vous imaginez être libres, tout en suivant fidèlement les injonctions des médias dominants qui vous indiquent, à chaque moment, la crise qui requiert votre indignation.

Si j’avais la moindre illusion sur la lucidité que vous pouvez avoir à propos des conséquences de vos actions, je dirais que votre politique est criminelle, à cause des conséquences tragiques qu’elle a pour l’Europe et le monde ; mais comme je n’en ai aucune, je me limiterai à vous traiter de tartuffes, ou pour utiliser l’expression de Sartre, de «salauds».

Jean Bricmont

Source: https://francais.rt.com/opinions/31480-lettre-ouverte-defenseurs-droits-homme-alep

Photo: © Khalil Ashawi Source: Reuters – Alep, Syrie, décembre 2016

via: http://arretsurinfo.ch/lettre-ouverte-aux-defenseurs-des-droits-de-lhomme-a-propos-dalep/

 

Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.

01 janvier 2017

NOELdeMERDE#1 : Vos chocolats de Noël sont le résultat de l’esclavage d’enfants

Je dois vous faire un aveu. Je trouve que le système ultra capitaliste est magique. En vous avouant cela, je fais preuve de la plus grande des sincérités. Je trouve que c’est peut-être la plus belle réussite de l’homme dans toute l’histoire de l’humanité.

 

Rendez-vous compte. Nous allons dans les prochains jours nous goinfrer (33000 tonnes de chocolat pour le soir de Noël c’est se goinfrer non ?) avec du chocolat fabriqué en grande partie grâce du cacao récolté par des centaines de milliers d’enfants esclaves en Côte d’Ivoire… Et le pire, c’est que le système, à grands coups de guirlandes et de spots publicitaires, arrivera à nous faire appeler cela des FÊTES.
La seule chose que nous célébrerons le 24 décembre, c’est le triomphe total du capitalisme moderne et de sa dynamique aliénatoire.

NOELdeMERDE#1 : VOS CHOCOLATS DE NOËL SONT LE FRUIT DU TRAVAIL ET DU TRAFIC D’ENFANTS !!

 

Notre mode de consommation nous invite que trop peu à nous demander comment sont produits les aliments que nous achetons. Il n’est pas rare d’ailleurs que des scandales frappent des secteurs, au gré des découvertes plus ou moins gênantes… Mais s’il est un secteur qui lui ne bouge pas avec le temps malgré les révélations scandaleuses et les pratiques hors d’âge, c’est bien celui de la culture du cacao. Une industrie où se pratique de manière systématique et organisée le travail d’enfants voire même l’esclavage d’enfants.
Quelques chiffres histoire de vous faire une idée de l’étendue du scandale :
→ On estime à 1,8 million le nombre d’enfants travaillant dans les exploitations de Cacao rien qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana.
→ On estime à plus de 100.000 rien qu’en Côte d’Ivoire le nombre d’enfants qui travaillent dans les pires conditions.
→ On estime enfin à plus de 10.000 les enfants esclaves victimes du trafic d’humain et de l’esclavage.

→ Une journée standard pour un enfant de moins de 15 ans est de 10 heures au minimum. Il portera des charges allant jusqu’à 40kg ou vaporisera sans protection des insecticides pour certains interdits en Europe pour des raisons de nocivité.

Histoire et faits.

 

Ce recours au travail des enfants, s’il est au départ traditionnel, ne doit aujourd’hui rien au hasard. Au contraire, cela est l’aboutissement d’un processus qui a démarré dans les années 90 lorsque petit à petit, les pays d’Afrique de l’Ouest ont décidé de privatiser leurs matières premières. Une privatisation fortement encouragée (corruption ??) par le FMI par l’attribution conditionnelle d’aides et de prêts, ce que l’on a alors appelé les ajustements structurels. Une privatisation qui a eu pour effet direct d’exposer des agriculteurs locaux déjà pauvres à la volatilité des prix et à la concurrence internationale. 
Le modèle agricole étant fondé sur de petites exploitations vendant les fèves à des entreprises de torréfaction, le travail ne comporte qu’une faible part de valeur ajoutée. Ainsi, la seule manière de réduire les coûts a été très vite de recourir à la main d’œuvre la moins onéreuse et la plus malléable possible : les enfants.
Un recours bien évidemment validé indirectement par un appareil d’État largement dépendant de l’exportation du cacao (35% du PIB ivoirien par exemple). Un recours d’autant plus simple que les pays concernés, par exemple, la Côte d’Ivoire, sont des pays instables politiquement et où la corruption est importante (quand l’instabilité n’est justement pas organisée par les acteurs économiques → Pour en savoir plus, lire l’étude « Chocolat Chaud » en téléchargement libre plus bas).
Si le travailleur enfant était au départ le fils ou la fille de l’exploitant ou du travailleur agricole (organisation agricole traditionnelle), très vite l’enlèvement et la mise en esclavage d’enfants est advenue via des trafiquants profitant de la proximité de pays encore plus pauvres dans la région pour kidnapper et revendre des enfants à des exploitants peu scrupuleux. Ainsi, si l’on en croit le documentaire « 
La Face cachée du chocolat » (2011) du journaliste Miki Mistrati, le prix d’un enfant esclave est de 230€. Un prix défiant évidemment toute concurrence.
Les âges de ces enfants esclaves varient de 10ans et 15ans. Une certaine partie d’entre eux sont des filles. Garçons et filles sont parfois également utilisés comme esclaves sexuels.

Des multinationales qui ferment les yeux (pour le bonheur de leurs profits).

C’est au début des années 2000 que les premiers témoignages de travail et d’esclavage d’enfants commencent à sortir médiatiquement (certes légèrement plus tardif, on peut citer par exemple ce rapport du HRW où l’on parle expressément d’exploitation sexuelle, d’esclavage, etc..). Les industriels du cacao, réalisant l’impact négatif catastrophique que cela peut avoir anticipent tout de suite cela et décident de signer le protocole HARKIN-ENGEL, un protocole qui se veut être un « engagement volontaire » visant entre autres à « mettre en œuvre des normes crédibles, acceptables par tous, volontaires, à l’échelle de tout le secteur, conformes aux lois fédérales en vigueur, normes selon lesquelles les fèves de cacao et leurs produits dérivés ont bien été cultivés et/ou traités sans pratiquer les pires formes de travail des enfants »

Mais ce protocole, plus marketing qu’autre chose, ne servira à rien. Tellement à rien qu’en 2005, les industriels, très volontaires pour signer, ne demandèrent rien de moins qu’un report de leurs engagements à 2010. Un report qui ne servira qu’à gagner du temps et à profiter de la main-d’œuvre et de l’esclavage des enfants puisqu’à ce jour, le problème n’est pas encore réglé. Il empire même si l’on en croit l’étude Tulane sur le sujet.

Des actions en justice ont été menées contre les grands acteurs du marché. Ainsi une « class action » est en cours aux USA contre Nestlé, Mars et Hershey’s. Si aujourd’hui, l’issue est incertaine, l’amende, quel qu’en sera le montant, ne permettra pas de stopper le travail des enfants en Côte d’Ivoire. Les industriels argueront de pratiques locales auprès de sous-traitants. Arguments classiques et pratiques pour qui ne veut pas avoir à se justifier.
Si les grands industriels n’ont pas respecté ce protocole ainsi que la Convention 182 de l’Organisation internationale du Travail sur l’interdiction et l’intervention immédiate contre les pires formes de travail des enfants, elles ont par contre pour noyer le poisson, créer leurs propres plans d’action visant à lutter contre le travail d’enfants. On peut citer Nestlé et son Plan Cacao, ou Lindt avec son Lindt & Sprüngl Farming Program. De la poudre aux yeux marketing n’ayant pour but que de répondre de manière marginale au problème de l’exploitation des enfants.

Serait-il possible de faire sans le travail des enfants ? Là est certainement la question mais les industriels ne veulent pas se poser la question tant le filon est juteux.

Si l’on prend par exemple Nestlé, entre 1995 et aujourd’hui, le rendement total de l’action, soit la hausse du titre cumulée avec les dividendes, s’est élevée à 880% (déclaration du PDG de Nestlé, Peter Brabeck-Letmathe, en 2015).
Je prends ici un cas emblématique, certains diront, mais quasiment tous les industriels historiques du secteur connaissent des croissances fortes au détriment des enfants africains. Une loi économique sans faille finalement. Moins le salaire est élevé, plus le profit l’est !

 

 

Et le consommateur dans tout ça ?

Il est peut-être temps de se demander si nous, consommateurs, nous ne sommes pas finalement les principaux acteurs de ce système.

En effet, pourquoi les industriels du secteur prendraient des mesures qui les contraindraient alors que leurs chiffres d’affaires ne cessent d’augmenter ? Entre 1993 et 2008, les Français ont mangé 50% de chocolat en plus !
La filière équitable ne représente que 1 %du commerce mondial alors que tous les spécialistes reconnaissent que le cacao, tout comme le café, est une culture favorable à la pratique du commerce équitable. D’ailleurs, même dans le commerce équitable des cas d’enfants travaillant dans les exploitations ont été dénoncés et démontrés.

Les industriels ne font rien et se moquent de nous avec des actions marketing cyniques, car ils savent que la grande majorité des consommateurs tiennent pas compte de ce que contiennent les aliments que nous consommons. Tant que nous ne voyons pas le problème, nous considérons celui-ci comme inexistant. En agissant ainsi, en consommant ces chocolats gorgés de la sueur, du sang et des larmes de ces milliers d’enfants arrachés à leurs parents pour être exploités voire violés, nous sommes complices des trafiquants, des exploiteurs, des politiques et des dirigeants des entreprises concernées. Mieux nous finançons cela.

Vous ne pourrez plus dire que vous ne savez pas. Joyeuses fêtes et n’oubliez pas… Toute résistance commence par une prise de conscience.

Greg-Ilan

 

Sources