Libération 1944 : Russie et non les Etats-Unis.

Le Rôle décisif de la Russie et non pas de l’Amérique pendant les deux dernières guerres mondiales*

L’Europe aime les Russes, mais pas la Russie, en raison de la propagande américaine, des médias et de deux grands mensonges historiques. Ce n’est pas l’Amérique, mais la Russie qui a joué le rôle décisif pendant les deux dernières guerres mondiales contre l’Allemagne impériale et le nazisme ; Natalia Narotchnitskaïa l’a rappelé opportunément dans son ouvrage (1). La Russie est une partie intégrante, souffrante, sacrificielle, disait même Pouchkine de la civilisation européenne.

« Les Américains, disait Godard, ont toujours attendu que l’Europe s’entre-tue pour intervenir ; ils sont venus quand tout le monde était fatigué, jamais au début, ni en 1914, ni en 1940. Tout ce qu’ils veulent, c’est envahir ; ils veulent envahir parce qu’ils n’ont pas d’histoire ; ils ont besoin d’envahir les gens qui en ont ».

La Seconde Guerre Mondiale a été gagnée par la Russie dont les sacrifices humains avant, pendant et après Stalingrad ont permis de vaincre l’Allemagne nazie qui avait lancé le 22 juin1941 à quatre heures du matin l’opération Barbarossa. C’est à vingt kilomètres de Moscou que des divisions venues de Sibérie soutenues par le « général hiver » avec une température de -30°C arrêtèrent pour la première fois le 5 décembre 1941 l’offensive de la Wehrmacht. A Stalingrad s’affrontèrent dans une bataille acharnée, de juillet 1942 jusqu’à la capitulation du général Friedrich von Paulus, le 2 février 1943, deux armées de plus d’un million d’hommes, avec une violence qui dépassa toutes celles de la première guerre mondiale pour chaque maison, chaque château d’eau, chaque cave, chaque morceau de ruine. Mais c’est l’offensive allemande manquée de Koursk , le 4 juillet 1943, « la plus grande bataille de chars de l’histoire » avec trois corps blindés, soit 2000 chars et deux corps d’armée d’infanterie sur soixante kilomètres du côté allemand et 20 000 pièces d’artillerie, trois cent pièces d’artillerie par kilomètre de front, des champs de mines d’une densité de 2500 appareils au kilomètre carré, du côté soviétique , qui va permettre à l’Armée rouge dès le 12 Juillet 1943 de s’engager à fond dans l’offensive jusqu’à la défaite de l’Allemagne. La Russie a versé un tribut de 23 200 000 morts civils et militaires sur l’autel de la guerre totale contre Hitler. La seule URSS a perdu la moitié des victimes de l’ensemble du conflit de 1939-1945.

Le débarquement de Normandie, en juin 1944, n’est intervenu que tardivement, alors que les troupes russes avaient déjà atteint la frontière orientale de l’Allemagne. Le débarquement allié a eu pour seul et principal effet d’éviter que l’Europe entière devienne soviétique. Il y avait 26 divisions allemandes sur le front occidental contre 170 divisions sur le front de l’Est. Les pertes de l’Amérique en Europe ont été de 182 070 tués pour l’ensemble des campagnes de 1941 à 1945, alors que pour la seule prise de la ville de Berlin, l’Amérique ayant préféré laisser faire et agir seule l’armée soviétique, les Russes ont perdu 300 000 hommes du 25 avril au 3 mai 1945. La Russie a donc eu, pour la prise de Berlin, plus de tués que les pertes militaires américaines totales (292 000) des fronts européen et japonais de décembre 1941 à août 1945 (2). Que ce soit au Japon avec le lancement de la bombe atomique en 1945 à Nagasaki et Hiroshima, à Dresde et à Hambourg avec le lancement de bombes au phosphore sur les réfugiés pendant la deuxième guerre mondiale, au Vietnam, ou plus récemment en Irak et en Europe avec les Serbes défendant leur territoire national , les Anglo-Saxons excellent toujours à engager l’aviation et à bombarder les populations civiles pour diminuer le nombre de leurs propres pertes militaires en hommes.

Mais ce qui est beaucoup moins connu, c’est la vérité historique sur le triste record des pertes de la Russie de Nicolas II et de la Russie républicaine qui lui a succédé en 1917. Qu’on en juge : sur les 15 378 000 hommes mobilisés pendant la période 1914-1917, 6 400 000 furent tués ou blessés dont 2 700 000 pour la seule année 1916 au cours de laquelle des offensives de grande envergure furent entreprises par l’armée russe pour soulager l’armée française engagée à Verdun, l’armée italienne en déroute dans la région du Trentin en mai 1916, et l’armée roumaine battue en plusieurs endroits en août -septembre 1916. C’est à juste titre que le maréchal Foch pouvait dire : « Si nous avons pu tenir de la Marne à Arras et finalement à l’Yser, c’est que la Russie de son côté retenait une notable partie des forces allemandes ». En ce qui concerne le chiffre exact du nombre de tués, la Russie avec 1700 000 tués eut même davantage de tués que la France saignée à blanc (1500 000) et légèrement moins que l’Allemagne (1 800 000) contre à peine 100 000 pour les Etats-Unis ! Les pertes énormes de l’armée russe s’expliquent par le retard de l’industrie de l’armement et sa capacité de production tout à fait insuffisante, tous facteurs conduisant à une pénurie dramatique en armes et en munitions, laissant les troupes désarmées devant l’artillerie allemande. (3)

Lorsque les Etats-Unis entrèrent en guerre en 1917, l’armée allemande était dans un état de crise lui laissant peu d’illusions sur l’issue finale de la guerre. C’est là l’une des raisons qui ont poussé l’état-major allemand à permettre la traversée de l’Allemagne du « wagon plombé » contenant Lénine et ses bolcheviques qui prirent le pouvoir, à la suite d’un putsch à Petrograd le 6 novembre 1917, et mirent fin à la guerre, en ce qui concerne la Russie.

Les Etats-Unis ont fait la guerre pour que l’Europe ne soit ni soviétique ni allemande et non pas pour défendre la liberté des Européens.

Les naïfs croient et les médias répètent continuellement que les Etats-Unis sont venus libérer les Européens en 1944, de la même façon que Lafayette avait défendu l’indépendance des Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle. Tout cela est aussi faux que la propagande médiatique américaine du plan Marshall qui a été élaboré, selon les dires mêmes du professeur Lodge à Harvard, non pas pour aider généreusement les Européens dans leurs efforts de reconstruction, mais tout simplement pour éviter que l’Europe devienne communiste et soviétique. George Marshall raisonnait moins en économiste qu’en diplomate et chef de guerre, soucieux avant tout de contenir l’Union soviétique ! Le mythe de Lafayette, combattant désintéressé pour la liberté, et son discours au Congrès en 1824, c’est également du folklore lyrique pour politiciens démagogues, oublieux des vérités historiques, de la géopolitique et de la « Realpolitik ».

« Nous ne sommes pas venus en Europe sauver les Français. Nous sommes venus parce que nous, les Américains, nous étions menacés par une puissance hostile, agressive et très dangereuse… ». C’est d’un opuscule que l’armée américaine distribua à ses soldats à la Libération que Philippe de Gaulle tire cette citation, publiée dans son livre « De Gaulle, mon père ». « Mon père le répétera, ajoute-t-il, les Américains qui sont morts en libérant la France sont morts pour les Etats-Unis d’Amérique et pour personne d’autre. De même que tous les Français qui sont morts sur un champ de bataille, y compris pour l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, sont morts pour la France et le roi qui la personnifiait ». La France de Louis XVI a aidé les Etats-Unis dans leur guerre d’indépendance non pas pour défendre leur liberté, mais par simple désir politique de revanche du calamiteux traité de Paris de 1763, afin de mieux contrer la puissance britannique.

Avec le temps, les Européens deviennent donc de moins en moins dupes et se demandent à juste titre pourquoi ils devraient remercier les Etats-Unis ; tout au plus, peuvent-ils les remercier pour n’être pas devenus communistes, ce qui est par contre parfaitement exact.

Marc Rousset, Auteur de « La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou »–Editions Godefroy de Bouillon-538p-2009

1) Natalia Narotchnitskaïa – Que reste-t-il de notre guerre ? – Editions des Syrtes, Février 2008

2) Pieter Lagrou- La violence de guerre 1914-1945, p322 – Complexe – Bruxelles – 2002

3) Général (CR) Andolenko – Histoire de l’armée russe- Flammarion/Histoire, 1967

RESPECT A TOUS CES VALEUREUX SOLDATS – NE LES OUBLIONS JAMAIS

Photo: Photo de Shirak Karapetyan-Milshtein

Source: http://novorossia.today/liberation-1944-russie-et-non-les-etat-unis/

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à la rédaction.

 

 

Vengeance et pétrole : «La guerre en Irak était la solution pour éviter d'instaurer une démocratie»

© Goran Tomasevic Source: Reuters

Un employé d'un site pétrolier essaie d'éteindre l'incendie lancé par des combattants de Daesh d'un champ pétrolier à Qayyara, au sud de Mossoul.

Dix ans après l'exécution de Saddam Hussein, l'expert en géopolitique et ancien opposant au régime Baas, Subhi Toma, revient sur l'invasion américaine motivée par le pétrole et le désir de revanche et dont les conséquences semblent interminables.

Subhi Toma est spécialiste du Moyen-Orient. Ancien opposant au régime baasiste, il a milité au sein de nombreux comités anti-guerre en Irak, en France et en Europe.

RT France : Vous étiez militant irakien de gauche et un opposant à Saddam Hussein. Vous avez été emprisonné à ce titre. Plus tard, après votre arrivée en France, vous vous êtes néanmoins mis à militer contre les embargos et contre l'intervention américaine en Irak. Que représentait Saddam Hussein pour vous?

Subhi Toma (S. T.) : Je me suis engagé contre l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas dès le premier jour. Je m'y opposais car Saddam Hussein s'appuyait sur les forces armées pour régler les problèmes politiques. Saddam Hussein était d'ailleurs assez connu en Irak pour être quelqu'un de violent qui n'hésitait pas à recourir à la force. Nous étions dans les années 1968 et ma génération avait d'autres aspirations pour l'Irak. On souhaitait sortir de l'infernal cycle de coups d'Etat qui propageait une violence aveugle dans le pays. Nous avons alors organisé des grèves dans le milieu universitaire et syndical pour nous opposer à lui. C'est dans ce contexte que j'ai été emprisonné un an dans la prison célèbre à l'époque qu'on appelait le «palais de la fin» et où beaucoup de militants sont morts. Après ma libération, j'ai quitté l'Irak où je ne pouvais plus étudier ou avoir d'activité professionnelle. Je suis alors arrivé à Paris et je me suis occupé de l'association des étudiants irakiens de l'opposition en France. J'ai failli être arrêté dans l'ambassade irakienne en France. Ils ont fini par m'enlever mon passeport. Je n'avais plus la possibilité d'aller en Irak. En 1991, lorsque l'Irak a envahi le Koweït, j'ai commencé à militer contre l'embargo total décidé par la résolution de l'ONU. Je me suis senti concerné car je savais que cette décision allait surtout toucher les catégories d'Irakiens les plus fragiles : les pauvres, les enfants, les vieillards... J'ai voulu essayer de sensibiliser le monde au sort de cette population avec l’association «La coordination pour la levée de l'embargo imposé à l'Irak».

« Je considérais que ce choix de renverser Saddam Hussein ou non devait revenir aux Irakiens eux-mêmes. »

Durant plusieurs années, cette association a joué un rôle important auprès de la communauté internationale et m'a permis de me rendre en Irak dans le cadre d'une délégation européenne pour l'évaluation des besoins de populations souffrant de l'embargo. Lors de cette visite, les autorités irakiennes se sont montrées plutôt intéressées par notre action, même s'il s'agissait de personnes de l'opposition comme moi. Mais, à mes yeux, tout cela n'avait rien à voir avec le destin de Saddam Hussein, ni avec sa survie ou sa chute. Ce qui comptait pour moi, c'était celui du peuple irakien. Or, il n'avait plus de pouvoir sur le sort de Saddam Hussein à la seconde où la communauté internationale et les pays les plus puissants du monde ont déclenché la guerre. Saddam Hussein ne pouvait plus être renversé par quelqu'un d'autre que ces grandes puissances. En tant qu'Irakien, je considérais que ce choix devait revenir aux citoyens eux-mêmes.

« Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu'il était la raison qui avait empêché la réélection de son père »

RT France :  Etait-ce aussi pour vous une erreur que de renverser le régime de Saddam Hussein ? Quelle solution aurait-été préférable ? 

S. T. : Tous ceux qui ont participé à la guerre, en partant des responsables américains et britanniques, considèrent aujourd'hui qu'ils ont commis une erreur fatale en la déclenchant. Tony Blair a été contraint de présenter ses excuses au peuple irakien. Même s'il défend ce qu'il a fait, il a reconnu que cette guerre mal préparée a eu pour résultat de propager le terrorisme à l'échelle planétaire. L'ex-secrétaire de la Défense américain et l'ex-responsable de la CIA le reconnaissent aussi. De mon côté, je m'y suis opposé immédiatement par le biais de comités anti-guerre et du collectif d'intellectuels européens et américains «Pas en notre nom». Là aussi notre propos n'était pas de savoir s'il fallait faire avec ou sans Saddam Hussein, mais de dire que leur guerre entraînerait l'apparition d'un chaos généralisé. Pourquoi ont-ils été aussi pressés de faire cette guerre ? De renverser Saddam Hussein ? Ils étaient aveuglés par d'autres motivations. Georges W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu'il était la raison qui avait empêché la réélection de son père à la présidence. Il a donc tout fait pour aller punir l'Irak.

« C'est une parfaite imbécillité que de s'imaginer qu'on peut par la violence, en tuant un peuple signer des contrats pétroliers »

Il y avait aussi des considérations économiques et géostratégiques : la possibilité de maîtriser 80% de la production du pétrole du Moyen-Orient. Cette mainmise était vitale pour la communauté internationale. Le complexe militaro-industriel américain était intéressé par le résultat de la guerre et les perspectives de nouveaux contrats de construction et d'armement dans un pays totalement détruit. Cela s'est vu dès la première année de guerre lorsque le contrôle des concessions d'exploitation des gisements de pétrole a été placé sous la tutelle des grands groupes pétroliers américains, retirant au peuple irakien la maîtrise de cette richesse. Si la communauté internationale avait été sincère et fidèle à ses valeurs, elle aurait dû utiliser d'autres moyens. Elle aurait dû aider les véritables démocrates irakiens pour qu'ils soient eux-mêmes capables de changer leur gouvernement. Mais ils ont choisi cette solution pour éviter d'instaurer une démocratie en Irak. Selon moi, le pétrole et la démocratie sont incompatibles. On ne peut pas gérer l'exploitation de pétrole de manière parfaitement démocratique et transparente. Leur objectif était motivé par de la pure vengeance contre Saddam Hussein et l'envie de s'accaparer la richesse du pays. Ils étaient convaincus que c'était la seule solution. Pour moi, c'est une parfaite imbécillité que de s'imaginer qu'on peut par la violence et en tuant un peuple signer des contrats pétroliers. En démantelant l'Etat irakien, ils ont menacé non seulement le peuple irakien, mais aussi le peuple européen, car de cette guerre a résulté une grande partie des tragédies que l'Europe a connues.

« C'est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens »

RT France : Treize ans après l'intervention américaine, dix ans après la mort de Saddam Hussein, l'Irak est toujours dans une situation chaotique. Vous qui êtes originaire de Mossoul, vous connaissez les dégâts de Daesh dans cette ville. Que faut-il faire pour sortir de cette crise à la fois politique et confessionnelle ? 

S. T. : Personne n'avait préparé la suite. Personne ne la prépare aujourd'hui. Après la guerre, lorsqu'on était amené à réfléchir sur le destin de l'Irak, je pensais que pour trouver une issue plus pacifiée à l'Irak, la communauté internationale allait prendre ses responsabilités. Il incombait au Conseil de sécurité et à l'ONU, avec des intentions sincères, d'organiser les discussions et pourparlers autour du processus démocratique de sortie de crise. Il fallait mettre en place un projet de reconstruction du pays en compagnie de l'ensemble des factions et communautés du pays. Les Américains n'ont pas voulu de cette solution et ont choisi de nommer une sorte de «proconsul de l'empire» Paul Bremer. C'est donc un fonctionnaire de Georges W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens. Le résultat a donné cette guerre confessionnelle que l'on connait encore aujourd'hui.

« Les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh »

Mossoul est symptomatique de ce choix de ne rien préparer. Aujourd'hui, les responsables américains déclarent que la lutte contre Daesh à Mossoul prendra six mois, voire peut-être 24, parce qu'ils n'étaient pas assez préparés, n'avaient pas pris en compte l'après libération de Mossoul. Ils n'ont toujours rien prévu pour le destin de cette ville à la fin de l'offensive. Tout cela nous indique quand même que les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh. Daesh est devenu un instrument supplémentaire de manipulation et de domination de la région. On peut utiliser Daesh contre ses voisins. Les terroristes étaient indispensables à leur arrivée à Mossoul car les Etats-Unis négociaient fermement avec l'Iran leur accord sur le nucléaire. Daesh pouvait être une menace éventuelle contre Téhéran. C'est devenu un instrument comme un autre dans la guerre politique américaine. Il faudra voir maintenant ce que fera Donald Trump. Il a promis lors de sa campagne qu'il mettra en place un plan de libération de Mossoul et Raqqa dès le premier mois de son mandat. Attendons de voir cela. 

« Le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix »

RT France : Etes-vous optimiste pour l'avenir de votre pays ?

S. T. : Malheureusement non. Ce qui est certain c'est que la coalition internationale arrivera à chasser Daesh. Mais depuis treize ans, le tissu social a été tellement abimé et l'Etat totalement démantelé. Je ne vois dans leur plan comment les problèmes des différentes communautés et minorités vont être réglés. Ce que le peuple yézidi a subi, ce que les petites communautés ont vécu ne sera pas oublié. Tous les groupes religieux ne pourront pas être appelés à revivre ensemble en un instant à la seconde où Daesh sera chassé. Il reste des questions importantes à régler : quel sera l'avenir des Kurdes ? Que deviendront les communautés qui ont été chassées de leurs terres ? Je ne suis pas très optimiste. Si leur projet s'avère être celui de la partition de l'Irak pour trois ou quatre états – un Etat kurde, un sunnite, un chiite – la situation s'aggravera. Cela pourrait déclencher des conflits supplémentaires avec les pays voisins. Je pense que le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

L'agent de la CIA qui a interrogé Saddam Hussein : «Toutes nos informations étaient fausses»

John Nixon estime que le développement de l'Etat islamique aurait été impossible si le régime baasiste s'était maintenu. S'il condamne la brutalité de Saddam Hussein, il dit être désormais sûr de l'absence d'armes de destruction massive dans le pays.

 

John Nixon, ancien agent de la CIA, publie dans les jours à venir ses mémoires, Debriefing The President : The Interrogation Of Saddam Hussein, dans lesquelles il revient notamment sur l'un des interrogatoires les plus marquants de sa carrière : celui de Saddam Hussein, l'ancien président irakien, interrogé avant le procès au terme duquel il a été exécuté.

Evoquant un homme «courtois et en bonne condition physique», John Nixon insiste dans son ouvrage sur l'absence de fiabilité des informations dont disposaient les services secrets américains. «Toutes nos informations étaient fausses», déplore-t-il.

« Vous allez échouer. Vous allez découvrir qu'il n'est pas aisé de gouverner l'Irak. Vous allez échouer parce que vous ne connaissez pas notre langue, vous ignorez notre histoire et vous ne comprenez pas l'esprit arabe »

«Je ne sais pas d'où vous tenez vos renseignement, mais ils sont entièrement faux», s'amuse Saddam Hussein, tout en invalidant un certain nombre d'éléments dont les Etats-Unis semblaient persuadés : des plus anecdotiques, comme le fait que le président irakien ait cessé de manger de la viande et de fumer (ce qui s'est révélé faux), jusqu'aux plus sérieux, en ce qui concerne notamment la possession présumée d'armes de destruction massive. «Utiliser des armes chimiques contre nos voisins ? Nous n'avons jamais eu cette intention. Quel individu en pleine possession de ses moyens ferait une chose pareille ?», s'indigne Saddam Hussein, avant de conclure ironiquement : «Vous avez trouvé un traître pour vous mener jusqu'à moi, mais pas un seul traître pour vous révéler l'emplacement de ces armes ?»

Avec le recul, John Nixon admet que «l'Irak n'était pas un Etat terroriste». Saddam Hussein est le premier étonné de se voir reprocher d'entretenir des liens avec Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. Affirmant que George Bush a sciemment menti pour le renverser, Saddam Hussein met en garde les Etats-Unis.

«Vous allez échouer. Vous allez découvrir qu'il n'est pas aisé de gouverner l'Irak. Vous allez échouer parce que vous ne connaissez pas notre langue, vous ignorez notre histoire et vous ne comprenez pas l'esprit arabe», lui a confié le Raïs.

« En dépit de la brutalité de son régime, seul un homme de poigne tel que lui pouvait tenir un Etat multi-ethnique comme l'Irak »

John Nixon admet rétrospectivement que le président irakien avait partiellement raison et qu'il «aurait dû rester au pouvoir». «En dépit de la brutalité de son régime, seul un homme de poigne tel que lui pouvait tenir un Etat multiethnique comme l'Irak», explique-t-il.

Plus surprenantes sont les conclusions auxquelles il parvient, lorsqu'il évoque le détachement avec lequel Saddam Hussein a gouverné son pays dans les dernières années, de manière presque passive. «Il était tout à fait ignorant de ce qui se passait dans son pays et ne prêtait presque plus attention à ce que faisait son gouvernement», affirme l'ex-agent de la CIA.

Concernant l'imminence de l'attaque américaine, Saddam Hussein ne semblait pas davantage préparé, ni militairement, ni politiquement : «Il n'avait aucune appréciation de l'immensité de l'orage qui approchait», écrit John Nixon.

 

Bien au contraire, Saddam Hussein semble avoir cru que son pays et les Etats-Unis se rapprocheraient dans le cadre d'une lutte contre le terrorisme, au lendemain du 11 septembre. «Qui est derrière le 11 septembre ? Des saoudiens. Et le leader ? Un Egyptien. Pourquoi serais-je impliqué ?» demande-t-il à son interrogateur. John Nixon, de son côté, estime que le maintien de Saddam Hussein à la tête de l'Irak aurait permis de conserver la stabilité, et sans doute endigué la progression du terrorisme islamiste au Moyen-Orient.

Un procès taillé sur mesure : les leçons de l'exécution de Saddam Hussein

Par John Laughland

 

John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

Saddam Hussein s'adresse à un juge, quand son procès commence à Bagdad

Le cas de l'ancien chef d'Etat irakien illustre une tendance moderne : il y a eu presqu'autant de procès d'anciens chefs d'Etat depuis la fin de la guerre froide que pendant les trois siècles précédents, explique l'historien John Laughland.

Rarement un anniversaire est-il aussi pertinent à l'actualité que celui de l'exécution de Saddam Hussein le 30 décembre 2006. Certes, l'invasion de l'Irak en 2003 est une cause directe du chaos actuel en Irak. De même, la volonté d'en finir avec le nationalisme et le laïcisme arabes, dont Saddam Hussein et Bachar el-Assad, tous les deux baasistes, sont les avatars, est une continuité de la politique américaine qui a fait couler des fleuves de sang.

« Les guerres occidentales contre la Yougoslavie et contre l'Irak ont profondément violé le système de droit international »

Mais le dixième anniversaire de la fin du procès de l'ex-dirigeant irakien nous fournit deux leçons très précises sur le nouveau désordre mondial et notamment sur ses déformations juridiques. La première leçon concerne le droit international, c'est-à-dire le système normatif qui gouverne les rapports entre les Etats, en particulier dans son incarnation depuis la promulgation de la Charte des Nations unies en 1945. Depuis le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en 2014, les Occidentaux ne cessent de répéter que cet acte a remis en cause l'ordre mondial tel qu'il avait été respecté depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En réalité, ce sont les guerres occidentales contre la Yougoslavie en 1999 et contre l'Irak en 2003 qui ont profondément violé ce système de droit international.

On oublie souvent que la guerre otanienne contre la Yougoslavie, du 25 mars au 4 juin 1999, a été menée sans autorisation du Conseil de sécurité de l'ONU. Cet oubli est dû au fait que la guerre en Irak était beaucoup plus impopulaire que l'attaque contre la Yougoslavie : celle-ci, «humanitaire», avait été soutenue par la totalité de la gauche bien-pensante. Les gens savent, donc, que l'invasion de l'Irak a violé le droit international.

Mais peut-être ne saisissent-ils pas l'ampleur de cette illégalité. Lorsque George W. Bush a lancé, la veille de l'attaque, un ultimatum à Saddam Hussein de quitter le pouvoir, et lorsque Tony Blair a annoncé à la Chambre des Communes le lendemain que le but de la guerre était d'écarter Saddam du pouvoir, ces deux chefs de gouvernement violaient leur propre règles, ayant auparavant affirmé que le but de leur intervention serait seulement de mettre fin au soi-disant programme de construction d'armements de destruction massive. Jusqu'à cette date, ni l'un ni l'autre n'avait jamais évoqué le changement de régime comme un objectif de guerre : un tel but était parfaitement illégal, non seulement selon le droit international en général mais aussi selon leur propre lecture déformée des résolutions antérieures du Conseil de sécurité qui portaient sur ces armements.

« Ce changement de régime en Irak devait aboutir à une restructuration du Moyen-Orient de fond en comble, pour mettre en place partout des régimes pro-américains »

En réalité, le changement de régime avait toujours été le but de l'opération, tout comme en Syrie une décennie plus tard. Une fois l'invasion accomplie, les Américains et les Britanniques, nouvelles puissances d'occupation, ont violé le droit de la guerre concernant les droits et les devoirs d'un occupant. Ces lois, énoncées dans les Conventions de La Haye (1907) et de Genève (1949), interdisent à l'occupant de changer le système pénal ou de renvoyer les fonctionnaires ou les juges dans un territoire occupé. 

Or, le nouveau gouverneur de l'Irak, Paul Bremer, a non seulement purgé la totalité du système judiciaire irakien ; il a aussi abrogé la constitution du pays. La dé-baasisation était d'ailleurs conforme au programme de changement de régime qui avait été énoncé dans l'Irak Liberation Act voté par le Congrès américain en 1998. Ce changement de régime en Irak devait aboutir à une restructuration du Moyen-Orient de fond en comble, pour mettre en place partout des régimes pro-américains – tout comme d'ailleurs le «printemps arabe» devait le faire huit ans plus tard.

« Cette explosion de la justice internationale a été applaudie par tous les mondialistes comme un progrès incontestable »

La deuxième leçon à tirer de l'exécution de Saddam Hussein concerne un autre aspect du droit international, qu'on appelle la justice internationale ou le droit humanitaire. Avec la création des deux premiers tribunaux pénaux internationaux, pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, en 1993 et en 1994, qui a été suivie par la création d'un chapelet d'autres tribunaux et notamment par celui de la Cour pénale internationale en 2002, l'inculpation d'anciens chefs d'Etat, phénomène rare dans l'histoire, est devenue une banalité. Le premier chef d'Etat qui a été condamné étant Charles Ier d'Angleterre en 1649, il y a eu presqu'autant de procès d'anciens chefs d'Etat depuis la fin de la guerre froide en 1989 que pendant les trois siècles précédents.

Cette explosion de la justice internationale a été applaudie par tous les mondialistes comme un progrès incontestable. Le procès de Saddam Hussein a été accueilli par toutes les grandes organisations des droits de l'homme comme faisant partie de la mise en place d'un système garantissant la responsabilité politique des anciens dictateurs. Celles-ci ont certes déploré l'exécution de Saddam, car elles sont hostiles à la peine de mort ; mais elles ne s'étaient jamais préoccupées de la profonde illégalité qui a marqué son procès dès le début.

Tout d'abord, le Tribunal a été créé illégalement, par un décret du gouverneur Bremer qui en a aussi décrété le Statut. Or, un principe fondamental de l'état de droit est que tout tribunal pénal doit être créé par une loi, et non pas par un simple acte exécutif. Le Statut était taillé sur mesure pour juger le régime de Saddam : le tribunal exerçait une juridiction très limitée dans le temps, à la période entre le 17 juillet 1968 et le 1er mai 2003, la période du pouvoir baasiste en Irak.

Or, les règles fondamentales de la justice exigent qu'un acte ne peut être considéré criminel que s'il est condamné par une loi universelle votée préalablement. La création du Tribunal spécial irakien violait le principe fondamental énoncé par le grand constitutionnaliste britannique, A. V. Dicey, selon lequel un accusé peut être jugé seulement par un tribunal normal, et non par pas un tribunal spécial. La promulgation du statut de ce tribunal était en réalité un «bill d'attainder», un décret spécial dirigé contre un individu ou un groupe d'individus, ce qui est formellement interdit par l'Article 1, section 9 de la constitution des Etats-Unis.

« A plusieurs reprises pendant l'histoire irakienne, un nouveau régime avait jugé son prédécesseur »

Clairement sous contrôle américain – en 2006, le président égyptien, Hosni Mubarak, écrira non pas au président irakien mais à George W. Bush quand il demandera la suspension de l'exécution de Saddam – le Tribunal avait fouillé dans les tiroirs de l'Irak pré-baasiste pour en sortir une loi qui interdisait toute guerre contre un autre pays arabe. Cette pirouette permettait au Tribunal de poursuivre Saddam pour l'invasion du Koweït en 1990, mais de passer sous silence la guerre contre l'Iran de 1980 à 1988. On préférait couvrir cette guerre, qui avait fait presqu'un million de morts et des centaines de milliards de pertes économiques, d'un voile pudique parce que Saddam Hussein avait été, pendant toute cette période ... l'allié des Etats-Unis.

L'envoyé spécial de Ronald Reagan au Moyen-Orient, Donald Rumsfeld, qui sera ministre de la Défense sous George W. Bush pendant la guerre en Irak, s'était rendu à Bagdad à deux reprises pendant la guerre Iran-Irak pour rencontrer Saddam Hussein que les Américains approvisionnaient – selon un rapport du Sénat publié en 1994 – en armes chimiques et biologiques que Saddam utilisera contre les Kurdes en 1988. L'ex-dirigeant irakien pouvait être condamné pour cela, mais pas son fournisseur américain.

Pour les partisans de la justice internationale, la condamnation d'un dictateur déchu était une bonne nouvelle. Les Irakiens trouvaient cela moins nouveau. A plusieurs reprises pendant leur histoire, un nouveau régime avait jugé son prédécesseur, par exemple après la chute de la monarchie en 1958 et ensuite après le premier coup baasiste en 1963.

« Les droits-de-l ‘hommistes occidentaux ont approuvé le procès de Saddam. Comme les anciens marxistes, ils ont expliqué que les dysfonctionnements du système exigeaient son renforcement »

Saddam lui-même avait organisé un grand procès spectacle des ennemis de la révolution en 1969, à l'instar de Staline. L'un des juges du premier «tribunal spécial» irakien avait déclaré son instance «une lumière pour le monde entier» en 1960. Ironie de l'histoire, deux semaines après que Saddam a été pendu, son co-accusé, un ancien président de son Tribunal révolutionnaire, a lui aussi été exécuté, tous les deux ayant été condamnés par une loi que le tribunal révolutionnaire avait utilisée à partir de 1958 ! 

Au moins avant les dérapages évidents comme l'assassinat des avocats de la défense, et à part l'exécution qu'ils ont déplorée, les droits-de-l ‘hommistes occidentaux ont approuvé le procès de Saddam. Comme les anciens marxistes, ils ont expliqué que les dysfonctionnements du système exigeaient son renforcement. Ils n'ont pas vu que le ver était dans le fruit et que, comme tous les autres procès de chefs d'Etat selon les règles du nouvel désordre mondial, celui de Saddam était faussé et hautement politique. Vont-ils profiter de ce dixième anniversaire pour faire leur mea culpa ? J'en doute.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Comprendre ce qu’a été la colonisation française en Indochine

 « Avant 1914, ils n’étaient que de sales nègres et de sales annamites, bons tout au plus à tirer le pousse-pousse et à recevoir des coups de cadouille de nos administrateurs. La joyeuse et franche déclarée, les voilà devenus « chers enfants » et « braves amis » de nos paternels et tendres administrateurs. »

Ho Chi Minh, Le procès de la colonisation française.

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Le 7 mai 1954, date de l’assaut final de la bataille de Dien Bien Phu, marque la fin de la guerre de décolonisation entre la France et l’ancienne Indochine, et l’indépendance du Vietnam. Si beaucoup de choses ont été dites et écrites au sujet de la bataille en elle-même, la réalité de ce que fut la colonisation française en Indochine reste largement méconnue. En effet, l’essentiel des productions littéraires et documentaires françaises, et même cinématographiques, relatives à ce conflit, ne rend pas compte de façon globale et intelligible de ce que fut la colonisation française dans l’ex-Indochine, ni de ce que furent les enjeux et la signification de cette guerre de décolonisation pour le Tiers Monde anciennement colonisé et pour les minorités non-blanches dans le monde occidental[1]. C’est une réalité que reconnaissent d’ailleurs les historiens français eux-mêmes[2].De plus, si des organisations comme le Parti des Indigènes de la République en revendiquent l’héritage symbolique, peu d’espaces permettent d’esquisser une compréhension propre et vulgarisée de cette histoire, pour un public asiatique, noir et arabe en France. Il m’a semblé important de m’y essayer dans le court article qui suit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fondée sur le credo de la « mission civilisatrice », la colonisation française en Indochine (de même d’ailleurs que l’ensemble des colonisations européennes), s’est caractérisée par des invasions militaires, une domination politique et culturelle, l’exploitation économique massive, et un état de droit marqué par le racisme, l’apartheid et la violence généralisés. Ces éléments sont aujourd’hui largement établis, tant politiquement par les nations anciennement colonisées, que « scientifiquement » par la majeure partie des recherches universitaires à l’échelle mondiale [3].

Les invasions militaires de l’ex-Indochine

 

L’Union Indochinoise française regroupait ce qui constitue actuellement les territoires nationaux de 4 Etats : le Vietnam, le Laos, le Cambodge et une partie du nord-est de la Chine, à savoir le Guang-Zou-Whan. Avant la colonisation française, il s’agissait d’une mosaïque de systèmes monarchiques et impériaux relativement complexes, prospères et exerçant des « suzerainetés » souples sur de vastes zones agricoles et rurales. Lancé en 1858, le processus d’invasion militaire française fut long et s’acheva officiellement en 1885. Il se prolongera en réalité jusqu’au début du XXème siècle, via les opérations militaires officieuses de « pacification » qui visaient à éliminer les derniers et nombreux îlots de résistances rurales et populaires. L’appellation d’ « Indochine » traduisait la vision occidentale de l’Asie du Sud-Est. Celle-ci est perçue comme un espace prétendument « barbare », vierge de toute civilisation, avec comme seul attrait de servir de route commerciale intermédiaire entre l’Inde, alors sous domination britannique, et la Chine placée sous le joug d’une alliance entre les puissances coloniales européennes.

Lithographie coloniale

L’exploitation économique massive

L’économie indochinoise visait, pour l’essentiel, à la satisfaction des besoins de consommation des populations françaises hexagonales, voire plus largement ouest-européennes et nord-américaines.

Les choix de production se faisaient exclusivement en fonction de ces besoins. Etaient notamment privilégiés : la riziculture, les cultures tropicales « innovantes » censées témoigner des « apports » de la civilisation française et sources de plus-values commerciales dans les échanges avec la métropole et intra-européens (telle que, pour exemple, la culture de l’hévéa [4]), le caoutchouc, l’opium…

L’opium, produit narcotique, fut un des éléments spécifiques et essentiels des colonisations européennes en Asie. Au cours du 19ème siècle, les britanniques transformèrent le pavot cultivé en Inde, pour aboutir à une production industrielle massive de l’opium. Ils obligèrent la Chine à accepter des traités commerciaux visant à sa distribution sur son territoire (ce processus est connu sous l’appellation de « guerres de l’opium »). La France en développera également la production et la distribution en Indochine, et mettra en place un monopole officiel en la matière, lequel lui permettra de financer massivement ses interventions militaires coloniales [5].

Les systèmes bancaires et monétaires, ainsi que la propriété des industries et zones d’activités, relevaient exclusivement des monopôles français, pour une part étatique, et pour l’autre part privée aux mains de « grandes » familles de colons.

Dans ce cadre, les populations anciennement indochinoises, en majorité rurales, se virent juridiquement dépossédées de la propriété de leurs terres, assignées à résidence pour travailler à la culture de celles-ci au profit des monopoles français, et astreintes à de lourdes taxations fiscales perçues sur les surplus résultant de leur production autonome mineure et destinée en principe à leur auto-subsistance.

Un système de « corvée » obligatoire, juridiquement équivalent à l’esclavage, permettait en outre leur réquisition gratuite et sans limite de temps pour la construction des grandes infrastructures (routes, ponts,…), destinées à permettre la circulation des produits et marchandises coloniaux.

Pauvreté et sous-alimentation chroniques constituaient ainsi l’ordinaire de la majeure partie des populations anciennement indochinoises.

Une partie mineure de celles-ci se vit néanmoins associée, en tant qu’intermédiaire et de façon limitée, aux bénéfices économiques. Ces « intermédiaires » étaient pour l’essentiel des populations urbaines, choisies parmi les populations chinoises, c’est-à-dire selon la logique coloniale, en fonction de critères ethniques de façon à créer et entretenir des tensions et divisions raciales au sein des populations.

Enfin, cette époque marque également les prémisses des immigrations asiatiques en France, qu’elles soient forcées [6] ou motivées par une volonté de sortir de la pauvreté [7].

La domination politique et culturelle

Techniquement, le pouvoir politique relevait des gouverneurs coloniaux. Certaines structures monarchiques furent néanmoins maintenues, notamment au Cambodge et au Laos, pour servir de relais au pouvoir colonial. Dans le même esprit, la création en très faible proportion d’établissements scolaires primaires et secondaires, pour l’essentiel concentrées dans quatre centres urbains (correspondant aux capitales actuelles des Etats devenus indépendants, à savoir Hanoï, Saïgon, Phnom Penh, et Vientiane), visait à la formation des cadres intermédiaires de l’administration coloniale, ou à minima à la formation d’une future main d’œuvre ouvrière. L’Indochine, dans sa totalité, comprenait au niveau de l’enseignement secondaire, moins de 10 lycées et collèges, et aucune université. Ce système scolaire n’avait ainsi accueilli qu’une infime proportion des populations indochinoises. Le « savoir » enseigné était délivré en langue française, et visait exclusivement, dans sa dimension idéologique, à célébrer l’œuvre de la « mission civilisatrice » française.

Les systèmes scolaires propres aux peuples anciennement indochinois, en place au début de la colonisation et potentiellement concurrents, furent pour leur part systématiquement détruits ou fortement contrôlés et vidés de leur contenu pour prévenir tout risque de rupture idéologique. Il s’agit ici, pour l’essentiel, des structures religieuses bouddhistes, et des anciennes structures monarchiques formant leurs cadres administratifs selon des normes chinoises confucéennes.

Un alphabet latin fut ainsi imposé pour l’écriture des langues indochinoises. Le pouvoir colonial français imposera en 1918 le « Quoc Ngu », transcription latine de la langue vietnamienne introduite par les portugais au 16ème siècle, à la fois pour se doter d’interprètes locaux et afin d’éradiquer culturellement les mouvements indépendantistes utilisant jusqu’alors le « Chu Han », alphabet issu du chinois classique.

Tandis que la majeure partie des populations était maintenue dans l’analphabétisme, une infime partie d’entre elles était formée dans le mépris de soi. Enfin, toute opposition politique directe au système colonial était évidemment réprimée, au travers d’opérations militaires de « pacification », tortures, assassinats et emprisonnements politiques [8].

Racisme, apartheid et violences généralisés

Les populations anciennement indochinoises avaient le statut juridique d’ « indigènes ». Le droit colonial en vigueur reposait sur l’inégalité juridique entre colon européen, citoyen, et « indigène [9]– », sujet de l’Empire. Pour l’essentiel, ce statut confinait concrètement les populations indochinoises dans une situation d’apartheid spatial. Les mouvements de population, que ce soit sur le territoire indochinois ou entre l’Indochine et la France, étaient strictement encadrés. L’apartheid était aussi juridique et consacrait littéralement l’insécurité personnelle des populations indochinoises dans leurs relations avec les colons. Les innombrables cas de massacres collectifs, meurtres, viols, tortures, et de vols, ou autres crimes et délits commis par des colons, ou des gouverneurs, gendarmes, ou tout autre agent du pouvoir colonial sur la personne des indochinois, ne purent quasiment jamais donner lieu en pratique à la moindre poursuite. Le témoignage des « indigènes » étant dénué de toute valeur juridique. Pour le reste, s’agissant des relations entre « indigènes », le système juridique colonial réactivait et renvoyait aux normes indochinoises les plus liberticides et arbitraires, conçues par ses agents de relais.

 

La vision française dominante voyait évidemment dans les populations indochinoises des êtres évidemment inférieurs, à la fois industrieux (l’image animalière de « fourmis » était récurrente), sournois (du fait de leur prétendu caractère impassible), et androgynes (les hommes anciennement indochinois se voyaient déniés toute virilité et assimilés à des « boys » féminisés, potentiellement soumis aux viols des colons, lesquels se niaient toute homosexualité).

Les appellations racistes les plus récurrentes, dans le vocabulaire colonial, à l’endroit des « indigènes » étaient celles de jaunes, « nha que » (littéralement paysan), et plus particulièrement s’agissant des femmes de « con-dhi » (putain) ou de « bouzou » (guenon).Plus généralement, la majeure partie des colons européens se targuaient individuellement d’une prétendue « expertise » (en réalité raciste et paternaliste dans son essence même) dans la compréhension de la psychologie et des aspirations de la totalité des populations anciennement indochinoises. Un racisme plus subtil et à prétention « philosophique » avait cependant court au sein de l’intelligentsia française de l’Hexagone[10], et dans l’inconscient de l’opinion publique hexagonale française.

Conclusion

Il apparaît aujourd’hui établi que le bilan de la colonisation française a constitué une régression manifeste pour l’épanouissement et le développement de la majorité des populations anciennement indochinoises, comparé à leur situation objective, en termes de niveau de vie, de protection juridique, d’épanouissement spirituel et artistique au moment des invasions coloniales françaises. Surtout, l’empire colonial français n’offrait, dans sa conception même, aucune perspective d’avenir pour ces populations. Une égalité politique stricte et la mise en place d’une union parlementaire politique réellement démocratique entre la France et son Empire colonial, auraient nécessairement aboutis à placer politiquement en minorité les populations françaises européennes, compte tenu de leur faible proportion. Cela aurait ainsi bouleversé radicalement et de manière révolutionnaire la structure des échanges économiques internationaux au sein de l’empire. Dans un tel cadre, les populations anciennement colonisées auraient en effet constitué l’opinion et le peuple politiques majoritaires [11]. Une réalité nouvelle, qui aurait marqué la fin de l’hégémonie française européenne, et que les gouvernements politiques et l’opinion publique française s’avéraient incapables d’appréhender, voire d’imaginer [12].indigène x

Notes

[1] Une majorité d’ouvrages rend compte de ce conflit du point de vue français officiel, c’est-à-dire colonial. Il insiste pour l’essentiel sur le « sacrifice » de l’armée française en vue de sauver l’une des colonies majeures de l’empire, en dépit de la « traîtrise » supposée du gouvernement socialiste de l’époque, perçu comme un prétendu « allié » des partis indépendantistes de l’ex-Indochine, et de l’indifférence de l’opinion publique hexagonale. Voir par exemple, L’humiliation de la guerre d’Indochine, de Lucien Bodard ; Commandos de choc en Indochine : les héros oubliés, d’Erwan Beyot et Marcel Bigeard ; ou encore, L’histoire héroïque de la légion en Indochine, de Pierre Dufour. D’autres ouvrages sont moins caricaturaux et se veulent plus mesurés. Mais ils éludent les perspectives nécessairement centrales de ce conflit, à savoir celles anciennement indochinoises et colonisées (voir notamment les deux ouvrages Les guerres d’Indochine, de Philippe Franchini et Pierre Jurnoud qui en font une analyse au mieux eurocentrée, limitée à une lecture de ses incidences sur les relations diplomatiques franco-vietnamiennes et à sa place dans le cadre de la guerre froide américano-soviétique). Si des ouvrages historiques français présentent cependant une certaine pertinence, ceux-ci demeurent pour l’essentiel techniques et ponctuels (portant sur des points limités et précis de la colonisation) et seront, dans la mesure du possible, cités en référence dans l’article.

Quant aux productions cinématographiques sur le sujet, l’œuvre la plus médiatisée en France reste le film « Indochine », sorti en 1992 et récompensé par 5 Césars. Son scénario, largement improbable, mêle la nostalgie coloniale au ressort classique du « héros masculin blanc », via la trahison d’un officier français ralliant par amour le mouvement indépendantiste mené par sa fille adoptive.

Enfin, les documentaires les plus fréquemment diffusés sur les chaînes publiques (France 3 et France 5), portent sur l’ « héroïsme » et le « martyr » des soldats français (voir « Nos soldats perdus en Indochine » et « Cao Bang, les soldats sacrifiés d’Indochine »).

[2] Benjamin Stora, Imaginaires de guerre, Algérie-Vietnam en France et aux Etats-Unis, éditions La Découverte.

[3] Pour les ouvrages politiques majeurs portant sur la dénonciation des colonisations française et européenne en Indochine et plus largement en Asie, voir Le procès de la colonisation française, d’Ho-Chi-Min, sorti en 1925 et récemment republié aux éditions Le Temps des cerises, et L’Asie sous la domination occidentale du 15ème siècle à nos jours, de l’indien K.M. Panikkar, publié dans les années 50 et aujourd’hui difficilement disponible. Pour de bonnes approches universitaires d’ensemble, voir Indochine : la colonisation ambigüe-1858-1954, de Pierre Brocheux et Daniel Hemery, aux éditions La Découverte, et surtout A new History of Southeast Asia, de Rickleffs, Lockhart, Albert Lau, Portia Reyes et Maitrii Aung-Thwin, aux éditions Palgrave (réalisé par un collectif de chercheurs issus exclusivement d’universités d’Asie du sud-est – ce type de perspective reste malheureusement indisponible en langue française).

[4] Pour un exemple d’exposé colonial de ces « innovations » à la limite de la caricature, voir Histoire de l’Indochine : la Perle de l’Empire 1624-1954, de Philippe Hedy. On retrouve ici un des ressorts classiques des discours des colons européens dans chacune des anciennes colonies, que ce soit au Maroc, à Madagascar, en Algérie, etc. visant à exalter l’importance de leurs prétendues prouesses industrielles à l’échelle de l’empire colonial français.

[5] Voir Quand l’opium finançait la colonisation française en Indochine, de Chantal Descours-Gattin, aux éditions Le Harmattan – Recherches Asiatiques ; et Monopole et prohibition de l’opium en Indochine, de Philippe Le Failler, du même éditeur.

[6] Il s’agit ici des travailleurs indochinois transplantés de force en France hexagonale lors de la Seconde Guerre mondiale, pour servir de main-d’œuvre ouvrière dans les usines d’armement, et qui introduisirent gratuitement la riziculture en Camargue, laquelle riziculture constitue encore actuellement une source de production industrielle importante de cette région. Voir le documentaire « Cong Binh : travailleurs indochinois », ou encore l’ouvrage, Immigrés de force : les travailleurs indochinois en France (1939-1952), de Pierre Daum, aux éditions Actes Sud.

[7] A l’image de nos propres ascendants, certaines populations anciennement indochinoises choisirent de « s’exiler » temporairement en France pour tenter de se constituer un certain capital économique destiné à l’entretien de leurs familles. Voir Domestiques Indochinois, de Solène Granier, aux éditions Vendémiaire.

[8] Voir notamment les procès largement médiatisés d’Hanoï de juin 1933 (acquittement de légionnaires français ayant procédé à des massacres collectifs dans plusieurs villages indochinois) et de Saïgon en mai 1933 (condamnation à mort de militants indochinois indépendantistes du fait de leurs activités politiques).

[9] La dimension raciale et inégalitaire de ce système juridique était évidente, comme le montre l’ouvrage d’Emmanuelle Saada, Les Enfants de la colonie : les métis de l’Empire Français, entre sujétion et citoyenneté, aux éditions La Découverte.  

[10] Un exemple en est donné par l’un des « classiques » de la littérature française, le roman La voie royale, d’André Malraux, sorti en 1930. Il retrace, d’après une expérience de vie authentique de l’auteur en 1923, le parcours narcissique d’un « surhomme » libre penseur et anticonformiste, amoureux des anciennes civilisations asiatiques, et qui relate sa grande aventure existentialiste, soit plus concrètement, le pillage de vestiges archéologiques cambodgiens. Les populations indochinoises y sont totalement invisibles, ou au mieux sont dépeintes à certains passages comme traîtres, sournoises et sanguinaires.

[11] Voir l’ouvrage déjà cité A new History of Southeast Asia. Cette analyse fut également partagée par la quasi-totalité des intellectuels issus des anciennes colonies. Pour un exemple au titre évocateur, voir Guerre et révolution : la nuit coloniale, de Ferhat Abbas, publié en 1962 et qui porte sur la colonisation française en Algérie.

[12] Les ouvrages français anticolonialistes, relatifs à l’Indochine à la veille de la guerre d’Indépendance, visaient simplement à condamner les « excès » du système colonial et à plaider pour des « réformes », mais non à en remettre en cause les fondements mêmes. Etant précisé que ces productions restèrent au demeurant largement minoritaires. Voir Indochine SOS, d’André Viollis, publié en 1935.

indigène x, Avocat de profession, l’auteur qui choisit d’écrire sous le nom d' »indigène x » s’intéresse de près aux questions raciales et coloniales, avec une attention toute particulière pour l’histoire politique de l’Asie du sud-est, et les luttes de Noir-e-s aux USA, notamment la pensée politique de Malcolm X.

 

Source: http://www.etatdexception.net/colonisation-francaise-en-indochine/

Des banquiers anglo-saxons ont organisé la Seconde Guerre Mondiale

Photo: Hjalmar Schacht (à gauche), le ministre des Finances d’Hitler, avec son bon ami Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre de 1920 à 1944. Selon les documents révélés par la Banque d’Angleterre en 2012, l’or tchécoslovaque avait été déposé à Londres dans un sous-compte au nom de la Banque des règlements internationaux (BRI). Lorsque les nazis entrèrent à Prague, en mars 1939, ils envoyèrent immédiatement des soldats à la Banque nationale. Les administrateurs tchèques reçurent ordre, sous peine de mort, d’envoyer deux demandes de transfert. La première ordonnait à la BRI de transférer 23,1 tonnes d’or de son sous-compte tchécoslovaque de la Banque d’Angleterre, au sous-compte de la Reichsbank, également tenu à Threadneedle Street. Le deuxième ordre chargeait la Banque d’Angleterre de transférer près de 27 tonnes de l’or détenu en nom propre par la Banque nationale de Tchécoslovaquie au sous-compte de la BRI à la Banque d’Angleterre.

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À l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire contre le nazisme, nous publions une étude de Valentin Katasonov sur le financement du NSDAP et le réarmement du Troisième Reich. L’auteur s’appuie sur des documents publiés en 2012 qui confirment l’organisation de la Seconde Guerre mondiale par des banquiers états-uniens et britanniques, couverts par le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Neville Chamberlain, dans l’espoir de détruire l’URSS. Cette étude soulève de nouvelles questions qui seront abordées dans un prochain article.

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La guerre n’a pas été déclenchée par un Führer enragé qui se trouvait à diriger l’Allemagne à cette époque. La Seconde Guerre Mondiale est l’œuvre d’une oligarchie mondiale, ou plus précisément des ploutocrates anglo-américains.

Utilisant des instruments tels que la Réserve Fédérale US et la Banque d’Angleterre, ils ont commencé à se préparer pour le prochain conflit d’ampleur mondiale immédiatement après la Première Guerre Mondiale. Leur cible était l’URSS.

Les plans Dawes et Young, la création de la Banque des règlements internationaux (BRI), la suspension du paiement des réparations par l’Allemagne prévues par le Traité de Versailles et l’acquiescement des anciens alliés de la Russie à cette décision, les investissements étrangers massifs dans l’économie du Troisième Reich, la militarisation de l’économie allemande et les violations du Traité de Versailles sont autant de jalons sur le chemin conduisant à la guerre.

Derrière ce complot se tenaient des personnages-clefs : les Rockefeller, les Morgan, Lord Montagu Norman (gouverneur de la Banque d’Angleterre) et Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement d’Hitler). Le programme stratégique des Rockefeller et des Morgan était de subjuguer l’Europe économiquement, de saturer l’Allemagne d’investissements et de crédits étrangers, et de l’amener à délivrer un coup mortel à la Russie soviétique, afin que celle-ci revienne au capitalisme en tant que colonie.

Montagu Norman (1871-1950) a joué un rôle important d’intermédiaire dans le dialogue entre les milieux financiers américains et les chefs d’entreprises allemands. Hjalmar Schacht a organisé la reconstitution du secteur défense de l’économie allemande. L’opération menée par les ploutocrates était dissimulée par des politiciens tels que Franklin Roosevelt, Neville Chamberlain et Winston Churchill. En Allemagne, ces projets étaient exécutés par Hitler et Hjalmar Schacht. Selon certains historiens, Hjalmar Schacht a joué un rôle plus important qu’Hitler. Seulement, il restait dans l’ombre.

À l’issue de la Première Guerre Mondiale, le Plan Dawes visait à compromettre la Triple Entente et à collecter les réparations de guerre auprès de l’Allemagne. Le Plan Dawes (proposé par le Comité Dawes, présidé par Charles G. Dawes) désignait une tentative faite en 1924 de résoudre le problème des réparations, qui avait miné la politique internationale après la Première Guerre Mondiale et le Traité de Versailles (la France, réticente, a perçu plus de 50 % du montant des réparations). Entre 1924 et 1929, l’Allemagne a reçu 2,5 milliards de dollars des États-Unis et 1,5 milliards de la Grande-Bretagne dans le cadre du Plan Dawes. Il s’agit de sommes considérables, qui correspondent à 1 trillion (mille milliards) de dollars d’aujourd’hui. Hjalmar Schacht a joué un rôle actif dans la mise en œuvre du Plan Dawes. En 1929, il a résumé les résultats en déclarant qu’en 5 ans, l’Allemagne avait reçu davantage de prêts étrangers que les États-Unis au cours des 40 années ayant précédé la Première Guerre Mondiale. En conséquence, en 1929, l’Allemagne était devenue la deuxième puissance industrielle mondiale, devant la Grande-Bretagne.

Dans les années 1930, l’Allemagne a continué de bénéficier d’investissements et de prêts. Rédigé en 1929 et adopté officiellement en 1930, le Plan Dawes désignait un programme visant à régler les dettes de guerre allemandes à l’issue de la Première Guerre Mondiale. Il a été présenté par le comité présidé (1929-30) par l’industriel américain Owen D. Young, fondateur et ex-premier président de Radio Corporation of America (RCA). À l’époque, Young siégeait également au conseil d’administration de la Fondation Rockefeller, et il avait en outre été l’un des représentants impliqués dans un dispositif de réaménagement des réparations de guerre, le Plan Dawes de 1924. Selon le plan, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a été créée en 1930 pour permettre à l’Allemagne de payer les réparations aux vainqueurs. En réalité, l’argent a pris une toute autre direction, à savoir qu’il est parti des États-Unis et de la Grande-Bretagne pour arriver en Allemagne. Le capital de la majorité des sociétés allemandes ayant une importance stratégique était, intégralement ou partiellement, américain. Une partie était détenue par des investisseurs britanniques. Les secteurs du raffinage du pétrole et de la liquéfaction du charbon de l’économie allemande étaient dans les mains de Standard Oil (les Rockefeller). Le géant de l’industrie chimique Farbenindustrie AG est passé sous le contrôle du groupe Morgan. Quarante pour cent du réseau téléphonique et 30 % des actions de Focke Wulf étaient sous le contrôle de la société américaine ITT. La radio et les géants de l’industrie électrique AEG, Siemens et Osram sont passés sous le contrôle d’American General Electric. ITT et General Electric faisaient partie de l’empire de Morgan. Cent pour cent des actions Volkswagen appartenaient à l’Américain Ford. Au moment où Hitler a accédé au pouvoir, le capital financier US contrôlait quasiment tous les secteurs d’importance stratégique de l’industrie allemande : raffinage du pétrole, production de carburant de synthèse, chimie, construction automobile, aviation, ingénierie électrique, radio, ainsi qu’une grande partie de l’industrie de la construction mécanique (278 sociétés au total). Les grandes banques allemandes, telles que la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Donat Bank et quelques autres, étaient sous contrôle US.

Le 30 janvier 1933, Hitler devenait chancelier d’Allemagne. Auparavant, sa candidature avait été étudiée à la loupe par les banquiers américains. Hjalmar Schacht s’est rendu aux États-Unis à l’automne 1930 pour parler de cette nomination avec des collègues américains. La désignation d’Hitler a finalement été approuvée lors d’une réunion secrète de financiers aux États-Unis. Schacht a passé toute l’année 1932 à convaincre les banquiers allemands qu’Hitler était le meilleur candidat au poste. Il a atteint son objectif. À la mi-novembre 1932, 17 des plus grands banquiers et industriels allemands ont adressé une lettre au Président Hindenburg, dans laquelle ils exigeaient qu’il nomme Hitler chancelier. La dernière réunion de travail des financiers allemands avant l’élection s’est tenue le 4 janvier 1933 à Cologne, au domicile du banquier Kurt Von Schröder. Ensuite, le parti national-socialiste est arrivé au pouvoir. Les relations financières et économiques de l’Allemagne avec les Anglo-saxons se sont alors resserrées d’un cran.

Hitler a immédiatement annoncé qu’il refusait de payer les réparations de guerre. Il a mis en doute la capacité de l’Angleterre et de la France à rembourser leurs propres dettes de la Première Guerre Mondiale aux États-Unis. Washington n’a émis aucune objection à l’annonce d’Hitler. En mai 1933, Hjalmar Schacht s’est rendu une nouvelle fois aux États-Unis. Il y a rencontré le président Franklin Roosevelt et les grands banquiers en vue de demander une ligne de crédit de 1 milliard de dollars. En juin de la même année, Hjalmar Schacht s’est rendu à Londres pour s’entretenir avec Montagu Norman. Tout est passé comme une lettre à la poste. Les Britanniques ont consenti un prêt de 2 milliards de dollars. Ils n’ont soulevé aucune objection quant à la décision de l’Allemagne de suspendre le remboursement de sa dette.

Selon certains historiens, les Américains et les Britanniques étaient accommodants parce que, dès 1932, l’Union Soviétique avait réalisé le plan quinquennal de développement économique en vue d’atteindre de nouveaux sommets en tant que puissance industrielle. Quelques milliers d’entreprises avaient vu le jour, en particulier dans l’industrie lourde. La dépendance de l’URSS à l’importation de produits industriels avait ainsi considérablement diminué. Les chances d’étrangler l’Union Soviétique économiquement s’en trouvaient quasiment réduites à zéro. Il a alors été décidé de recourir à la guerre et de lancer la militarisation accélérée de l’Allemagne.

Pour celle-ci, l’obtention de crédits américains ne posait aucun problème. Hitler est arrivé au pouvoir dans son pays à peu près en même temps que Franklin Roosevelt aux États-Unis. Les banquiers qui ont soutenu Hitler en 1931 sont précisément ceux qui ont soutenu l’élection de Roosevelt. Une fois en poste, le nouveau président ne pouvait guère faire moins qu’accorder de généreux crédits à l’Allemagne. D’ailleurs, beaucoup ont remarqué la grande similitude entre le New Deal de Roosevelt et la politique économique du Troisième Reich. Rien d’étonnant. Ce sont en effet les mêmes qui assuraient le sauvetage des deux gouvernements tout en les conseillant. Ils représentaient principalement les milieux financiers US.

Le New Deal de Roosevelt n’a pas tardé à capoter. En 1937, les États-Unis étaient embourbés dans la crise économique. En 1939, l’économie US tournait à 33 % de sa capacité industrielle (19 % au pire moment de la crise de 1929-1933).

Rexford G. Tugwell, un économiste du premier Brain Trust, équipe d’universitaires de l’Université de Columbia mise en place par Franklin Roosevelt et ayant contribué aux recommandations politiques qui ont conduit au New Deal de Roosevelt, écrivait qu’en 1939 le gouvernement avait échoué. La situation est restée figée jusqu’à l’invasion de la Pologne par Hitler. Seuls les puissants vents de la guerre pouvaient dissiper la brume. Quoi que Roosevelt puisse tenter, ses initiatives étaient condamnées à l’échec. [1] Seule une guerre mondiale pouvait sauver le capitalisme US. En 1939, les ploutocrates ont mis en œuvre tous les moyens à leur disposition pour faire pression sur Hitler et l’inciter à lancer une guerre à grande échelle à l’Est.

La Banque des règlements internationaux (BRI) a joué un rôle important pendant la Seconde Guerre Mondiale. Tête de pont des intérêts états-uniens en Europe, elle assurait la liaison entre les entreprises anglo-américaines et allemandes. C’était en quelque sorte une zone offshore abritant le capital cosmopolite contre les initiatives politiques, les guerres, les sanctions, etc.

Cette banque a été créée sous la forme d’une entité commerciale publique. Son immunité face aux interférences gouvernementales et, par exemple, à l’imposition, était garantie par l’accord international signé à La Haye en 1930. Les banquiers de la Réserve fédérale de New York, proches des Morgan, de Montagu Norman, gouverneur de la Banque d’Angleterre, ainsi que des financiers allemands tels que Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’économie du gouvernement de Hitler), Walther Funk (qui a remplacé Hjalmar Schacht au poste de président de la Reichsbank) et Emil Puhl, tous ont joué un rôle important dans la fondation de la Banque. Parmi les fondateurs figuraient les banques centrales de Grande-Bretagne, de France, d’Italie, d’Allemagne, de Belgique et quelques banques privées.

La Banque fédérale de New York a fait de son mieux, mais n’a pas fait partie des établissements fondateurs de la BRI. Les États-Unis étaient représentés par la banque privée First National Bank of New York, J.P. Morgan and Company, la First National Bank of Chicago, qui faisaient toutes partie de l’empire Morgan. Le Japon était également représenté par des banques privées. En 1931-1932, 19 banques centrales européennes rejoignaient la Banque des règlements internationaux. Gates W. McGarrah, banquier du clan des Rockefeller, était le premier président du conseil d’administration de la BRI. Il a été remplacé par Leon Fraser, qui représentait le clan des Morgan. Pendant la guerre, la banque était présidée par un citoyen américain, Thomas H. McKittrick.

Beaucoup d’encre a coulé au sujet des activités de la BRI au service des intérêts du Troisième Reich. La Banque était impliquée dans des transactions avec différents pays, y compris ceux avec lesquelles l’Allemagne était en guerre.

Depuis Pearl Harbor, la Banque des règlements internationaux jouait le rôle de correspondant de la Federal Reserve Bank de New York. Elle était sous contrôle nazi pendant la guerre, même si c’est l’Américain Thomas Huntington McKittrick qui la présidait. Les soldats mouraient sur les champs de bataille pendant que la direction de la BRI se réunissait à Bâle avec les banquiers d’Allemagne, du Japon, d’Italie, de Belgique, de Grande-Bretagne et des États-Unis.

Dans ce havre de paix que constituait la zone offshore suisse, les représentants des belligérants travaillaient tranquillement dans un climat de compréhension mutuelle.

C’est en Suisse que l’Allemagne a mis en lieu sûr l’or saisi aux quatre coins de l’Europe. En mars 1938, lorsqu’Hitler s’est emparé de Vienne, une partie de l’or autrichien a été transférée dans les coffres forts de la BRI. La même chose a été faite avec l’or de la Banque nationale tchèque (48 millions de dollars). Lorsque la guerre a éclaté, l’or entrait à pleines portes à la Banque des règlements internationaux. L’Allemagne le récupérait dans les camps de concentration et par le pillage des pays occupés (y compris de tout ce qui appartenait à des civils : bijoux, dents en or, étuis à cigarettes, ustensiles divers, etc.). C’est ce que l’on a appelé l’or nazi. Il était fondu en lingots afin d’être entreposé à la Banque des règlements internationaux, en Suisse ou hors d’Europe.

Dans son livre Trading With The Enemy : An Expose of The Nazi-American Money Plot 1933-1949, Charles Higham écrit que, pendant la guerre, les nazis ont transféré 378 millions de dollars sur les comptes de la Banque des règlements internationaux.

Quelques mots au sujet de l’or tchèque. Certaines informations ont fait surface après l’ouverture des archives de la Banque d’Angleterre en 2012 [2]. En mars 1939, l’Allemagne s’emparait de Prague. Les Nazis ont exigé 48 millions de dollars des réserves d’or nationales. Il leur a été répondu que cette somme avait déjà été transférée à la Banque des règlements internationaux. Par la suite, on a su que cet or avait été transféré de Bâle dans les coffres forts de la Banque d’Angleterre. Sur l’ordre de Berlin, l’or a été transféré sur le compte de la Reichsbank à la BRI. Ensuite, la Banque d’Angleterre a été impliquée dans les transactions effectuées sur les ordres donnés par la Reichsbank à la Banque des règlements internationaux. Ces ordres étaient retransmis à Londres. Il y a donc eu collusion entre la Reichsbank allemande, la Banque des règlements internationaux et la Banque d’Angleterre. En 1939, un scandale a éclaté en Grande-Bretagne lorsqu’on a su que la Banque d’Angleterre exécutait les transactions portant sur l’or tchèque sur les ordres de Berlin et de Bâle, et non du gouvernement tchèque. Par exemple, en juin 1939, trois mois avant le début de la guerre entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne, la Banque d’Angleterre a aidé les Allemands à transférer sur leur compte l’équivalent en or de 440 000 livres sterling, et à acheminer une partie de l’or à New York (l’Allemagne s’assurait ainsi de la neutralité des États-Unis en cas d’intervention allemande en Pologne).

Ces transactions illégales sur l’or tchèque ont été effectuées avec l’accord tacite du gouvernement de Grande-Bretagne, qui savait parfaitement ce qui était en train de se passer. Le Premier ministre Neville Chamberlain, le Chancelier de l’Échiquier sir John Simon et les autres responsables de haut rang ont tout fait pour dissimuler la vérité, y compris en mentant éhontément (en affirmant que l’or avait été restitué à son propriétaire légitime ou qu’il n’avait jamais été transféré à la Reichsbank). Les documents de la Banque d’Angleterre rendus publics dernièrement révèlent les faits et montrent que les responsables gouvernementaux ont menti, afin de se couvrir eux-mêmes et de couvrir les activités de la Banque d’Angleterre et de la Banque des règlements internationaux. La coordination de ces activités criminelles conjointes était un jeu d’enfant lorsqu’on sait que Montagu Norman, directeur de la Banque d’Angleterre, présidait également le conseil d’administration de la Banque des règlements internationaux. Il n’a d’ailleurs jamais caché ses sympathies pour les fascistes.

La Conférence de Bretton Woods, officiellement Conférence monétaire et financière des Nations unies, a réuni les 730 délégués des 44 pays alliés au Mount Washington Hotel, à Bretton Woods (New Hampshire), aux États-Unis, en vue de réguler la vie monétaire et financière internationale à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Cette conférence s’est tenue du 1er au 22 juillet 1944. La Banque des règlements internationaux se retrouvait soudain sous le feu des projecteurs. On rapportait qu’elle avait collaboré avec l’Allemagne fasciste. Sans entrer dans les détails, je me limiterai à dire qu’après bien des aléas (certains délégués états-uniens s’étant opposés à la motion), les délégués sont tombés d’accord pour fermer la BRI. Cette décision de la conférence internationale n’a jamais été appliquée. Toutes les informations susceptibles de jeter le discrédit sur les activités de la BRI pendant la guerre ont été classées. Aujourd’hui, cela contribue à falsifier l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale.

Pour finir, quelques mots sur Hjalmar Schacht (1877-1970), ancien président de la Reichsbank et ministre de l’Économie du gouvernement fasciste de l’Allemagne. Il a joué un rôle de premier plan dans le contrôle de la machine économique du Troisième Reich en agissant comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du capital anglo-américain en Allemagne. En 1945, Schacht a été jugé à Nuremberg et acquitté le 1er octobre 1946. Il échappait aux accusations de meurtre. Tout comme Hitler. Pour des raisons qui demeurent inexpliquées, il ne figurait pas sur la liste des principaux criminels de guerre de 1945. Mieux, Schacht a repris sa vie professionnelle comme si de rien n’était et fondé la société Schacht GmbH à Düsseldorf. Ce détail peut sembler insignifiant, mais il confirme une fois de plus que les ploutocrates anglo-américains et leurs représentants plénipotentiaires en Allemagne avaient préparé et, dans une certaine mesure, influencé l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Les ploutocrates veulent réécrire l’histoire de la guerre et changer ses résultats.

Valentin Katasonov

Traduction
Gilles Chertier

Source
Strategic Culture Foundation (Russie)

 

http://www.voltairenet.org/article187537.html

Le mythe des réparations allemandes

On a tous appris à l’école que l’une des raisons de la montée du nazisme est le montant exorbitant des réparations de l’Allemagne lors du traité de Versailles. Ce montant a été fixé à Londres en 1921, à 132 milliards de mark-or, ce qui correspondait à un semestre du revenu national de l’Allemagne. Mais le capital états-unien a vu une opportunité avec l’Allemagne vaincue de s’implanter économiquement en Europe et aussi de tempérer les appétits revanchards de l’Angleterre et de la France. Les 14 points de Wilson (qui sont loin de l’idéalisme qu’on leur prête) traduisaient politiquement cette stratégie et s’opposaient au capital français qui pensait écraser les Allemands et s’approprier leurs marchés et leurs brevets, en particulier dans la sidérurgie et la chimie comme le souligne Annie Lacroix Riz. A partir de 1924, on assiste à une exportation massive de capitaux états-uniens essentiellement dirigée vers l’Allemagne. L’impérialisme états-unien prend l’impérialisme allemand comme partenaire et le capital français est réduit à une position secondaire. Dans les années 1920 et 1930, la dette allemande est énorme car Berlin est un très gros emprunteur, et par conséquent un très gros client qu’il ne faut surtout pas mécontenter. Finalement sur la somme initiale, seuls 13% seront remboursés. Rien à voir donc avec des réparations accablantes.

 

Cependant, du fait de la terrible crise de surproduction de 1931, qui faillit faire effondrer le système, les milieux dirigeants allemands sont confrontés à une terrible concurrence entre les Etats-Unis et l’Europe qui leur ferme de nombreux marchés. Et ces mêmes milieux envisagent de les rouvrir par la guerre poursuit Annie Lacroix Riz. La montée du nazisme traduit cette orientation de la politique allemande. L’Allemagne réarme massivement et on lui vend tout ce qu’elle demande : textiles, fer, bauxite, etc. Ayant réduit sa classe ouvrière à un quasi esclavage (plus de syndicats, 16 h de travail par jour, salaires bloqués, grèves interdites), l’Allemagne est toute puissante et prête au combat qui vient.

Accords de Londres 1953

Vingt ans plus tard, j’aurais tendance à dire on prend les mêmes et on recommence. Après la guerre mondiale qui a vu la dévastation de l’Europe par les troupes de la Wehrmacht et le pillage systématique des ressources des pays conquis, le troisième Reich a aussi imposé aux différentes Banques centrales des « prêts » au titre des contributions à l’effort de guerre. Ces « emprunts » ne seront jamais remboursés, pour la simple raison qu’ils ne figurent pas dans l’accord de Londres de 1953 qui fixait le montant des dettes extérieures contractées par l’Allemagne entre 1919 et 1945. En effet, face à la menace communiste, la priorité était de ménager ce nouvel allié de l’Ouest. Les Etats-Unis consentent à réduire la dette de l’Allemagne de moitié. Les victimes de l’Occupation sont priées d’oublier leurs demandes de réparation. L’objectif stratégique des alliés est d’édifier une Allemagne forte et sereine mais aussi la devanture la plus propre possible du monde capitaliste face au bloc soviétique. A partir de là, l’Allemagne s’est portée comme un charme pendant que le reste de l’Europe se saignait aux quatre veines pour panser les plaies laissées par la guerre et l’occupation allemande.

Devant cette fabuleuse concordance des temps, on ne peut qu’être stupéfait (ou pas) de la réécriture des manuels scolaires dans le sens qui convient le mieux à la classe dirigeante. On peut aussi apprécier que la raison du vainqueur (des deux guerres mondiales) soit souvent la meilleure.

http://les-tribulations-de-l-ecocolo-ecoconome.over-blog.com/2015/06/le-mythe-des-reparations-allemandes.html

«Les Etats-Unis ont méprisé aussi bien le droit international que la souveraineté irakienne»

Mousily Source: Reuters

Des soldats américains jouent au base-ball dans leur camp de la base militaire irakienne de Makhmour.

Dix ans après Saddam Hussein, l'Irak souffre toujours de l'invasion brutale et illégale des Etats-Unis. Si la lutte contre Daesh a pu ressouder le pays, pour Karim Pakzad, les puissances étrangères doivent maintenant prendre leurs responsabilités.

Karim Pakzad est chercheur à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), où il est spécialiste de l’Afghanistan, de l’Iran, de l’Irak et de la Syrie. Il collabore également avec la Fondation Jean Jaurès.

RT France : Dix ans après la mort de Saddam Hussein, l'agent de la CIA John Nixon qui l'avait interrogé après sa capture a publié un livre sur Saddam Hussein dans lequel il affirme «Y avait-il un intérêt à chasser Saddam du pouvoir ? Je ne peux parler qu’en mon nom lorsque je dis que la réponse est non». Etait-ce pour vous aussi  une erreur que de renverser aussi rapidement ce régime ?

Karim Pakzad (K. P.) : Absolument. L'intervention américaine en Irak n'était pas légale. C'est la raison pour laquelle on peut la qualifier d'invasion. Aucune autorité juridique internationale, à commencer par le Conseil de sécurité de l'ONU, ne leur avait permis d'intervenir militairement en Irak. Sur le plan du droit international, c'était une intervention illégale. Mais il n'y a pas que cela. Cette guerre menée par Georges W. Bush a incroyablement manqué de cohérence et s'est appuyée uniquement sur la force brute militaire tout en négligeant l'ensemble des fondements politiques irakiens. Ils ont détruit toute piste de structures politiques existantes, notamment l'armée irakienne. Dès le début, les Américains ont nommé un consul, Paul Bremer, qui dirigeait le pays à la place des Irakiens. Les Etats-Unis ont méprisé aussi bien le droit international que de la souveraineté irakienne. A son arrivée au poste de président des Etats-Unis, Barack Obama a compris qu'ils avaient commis une erreur fondamentale en Irak et a décidé de retirer les troupes américaines du pays. Mais le mal était déjà fait. Cette intervention américaine a désorganisé l'Irak et, par ses conséquences collatérales, l'ensemble de la région.   

« L'occupation de Mossoul par l'Etat islamique a fait basculer l'Irak dans une autre période : celle où l'intégrité et l'existence de l'Etat irakien était en jeu »

RT France : Quel bilan tirer aujourd'hui de la situation politique irakienne ? Le pays s'est-il remis de son renversement ?

K. P. : C'est un bilan assez contrasté. Il est évident que l'intervention américaine en 2003 a désorganisé l'ensemble des institutions irakiennes. Ça a été un véritable problème. Par la suite, les Etats-Unis et leurs alliés se sont retrouvés quasiment seuls pour contrecarrer le mouvement de résistance qui a pris très vite et tout seul le caractère de résistance islamiste djihadiste ultra-radicale. Cette situation a entraîné durant dix ans une période d'incertitudes, d'insécurité et d'instabilité. Le point culminant a été à partir de 2014, avec la montée en puissance de l'Etat islamique né en Irak, parti conquérir la Syrie avant de revenir sur le territoire irakien par Mossoul. L'occupation de Mossoul par l'Etat islamique a fait basculer l'Irak dans une autre période : celle où l'intégrité et l'existence de l'Etat irakien était en jeu. Ça a entraîné une prise de conscience à l'intérieur même du pays, mais aussi à l'échelle régionale dans la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran, puis plus tardivement au niveau de la communauté internationale. Car soudain, l'Etat islamique n'était plus seulement une menace pour la région mais pour le monde entier avec la série d'attentats qu'on a pu connaître.

« L'Irak a aujourd'hui une réelle chance de se renforcer et se stabiliser. A condition que les puissances étrangères l'y aident »

Cette sorte d'entente, malgré certaines divergences notamment entre l'Occident et la Russie contre le terrorisme, a été bénéfique pour le gouvernement irakien. L'arrivée de Haïder al-Abadi, le nouveau Premier ministre qui est plus consensuel et moins autoritaire que Nouri Al-Maliki, a permis une certaine détente entre les différentes confessions du pays. Il travaille à mettre en place un gouvernement composé de personnalités compétentes issues de toutes les communautés. La société civile et les autorités religieuses le soutiennent en ce sens. Il a aussi le soutien de la communauté internationale. On peut dire que l'Irak a aujourd'hui une réelle chance de se renforcer et se stabiliser. A condition que les puissances étrangères l'y aident. D'autant plus qu'on assiste à une stabilisation des prix du pétrole qui pourra bénéficier au pays et à sa reconstruction, même si ces revenus pétroliers ne suffiront pas.

« Arabie Saoudite, Iran, Turquie : chaque puissance essaie de soutenir ses protégés en Irak »

RT France : Outre la bataille de Mossoul qui s'annonce longue, chaotique et meurtrière, quels vont être les défis à relever pour que l'Irak atteigne une stabilité politique, économique et multiconfessionnelle ?

K. P. : Il y a deux éléments importants qui permettront d'aider l'Irak à retrouver une stabilité. Il faut d'abord comprendre qu'il y a une rivalité régionale entre l'Iran et l'Arabie saoudite, à laquelle s'ajoute maintenant l'intervention turque, en Irak. Cette rivalité jusqu'à maintenant a été néfaste pour les Irakiens. Chaque puissance essaie de soutenir ses protégés et dans cette situation l'Irak ne peut pas trouver sa place politique. Il ne peut pas consolider sa politique nationale de sécurité, de stabilité et de développement. Il faudrait vraiment que ces trois grandes puissances régionales prennent conscience qu'un Irak stabilisé, dans lequel toutes les communautés ont leur place, ne peut être que bon pour l'ensemble de la région. C'est un premier élément essentiel pour permettre une certaine détente entre les communautés du pays. L'autre point, c'est qu'il ne faudra pas que la communauté internationale abandonne l'Irak après l'élimination physique ou militaire de Daesh dans le pays. L'Irak a besoin pour sa reconstruction d'argent et d'aide de la part des Nations unies mais également de pays tels que les Etats-Unis, la France, l'Union européenne, la Chine ou la Russie. Il faut que la communauté internationale reste mobilisée pour aider les Irakiens. Ces deux éléments détermineront l'avenir de l'Irak.

« Cette volonté turque de plus en plus prégnante d'avoir une aire d'influence en Irak contribue à la déstabilisation du pays »

RT France : L'obsession de la Turquie contre les Kurdes pourrait-elle à elle seule empêcher la normalisation de la situation irakienne ?

K. P. : La Turquie, même si sous Saddam Hussein elle n'intervenait pas de manière ouverte sur le territoire, a toujours connu des milieux nationalistes qui avaient une certaine visée sur l'Irak. Il faut rappeler que la création de ce pays remonte à la chute de l'empire ottoman. Or depuis la chute de Saddam Hussein, la Turquie a essayé d'intervenir dans la politique du pays et d'envoyer des troupes pour combattre les Kurdes turcs réfugiés dans cette région. Plus récemment avec la création de Daesh, la Turquie a même mis en place des milices composées de Turkmènes et d'éléments arabes sunnites qui sont source de conflits entre l'Irak et la Turquie. Recep Tayyip Erdogan essaie de jouer un rôle aussi bien en Syrie qu'en Irak. C'est la raison pour laquelle, j'insiste sur le fait qu'au-delà de la rivalité historique et fondamentale pour l'Irak avec l'Arabie saoudite, cette volonté turque de plus en plus prégnante d'avoir une aire d'influence en Irak contribue à la déstabilisation du pays. Il faut que la Turquie comprenne qu'elle a plus d'intérêts d'aider le gouvernement central irakien à surmonter ses divisions plutôt que de chercher à imposer son influence sur le terrain. C'est la seule solution pour permettre au pays de construire un Etat souverain fort. 

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

De Gaulle face aux agressions de l’empire anglo-saxon

A la Libération, le général de Gaulle a fort à faire avec nos alliés anglo-saxons (nos « fous alliés », comme j’aime à dire).

Dans le tome trois des Mémoires de guerre, qui reste le moins lu, on lit cette jolie phrase digne de son style admirable, rarement poétique dans les mémoires :

« Le quai d’Orsay, longtemps château de la Belle au bois dormant, s’éveillait à l’activité (p.46). »

Et de Gaulle va vite avoir fort à faire avec l’intervention anglaise en Syrie (c’est une habitude de l’Etat profond british, d’avoir fort à faire n’importe où). Selon le sympathique et documenté bloggeur Harun Yayha, seuls vingt-deux pays ont été épargnés par la présence coloniale et militaire anglaise. Nous n’en faisons pas partie (demandez à Jeanne d’Arc), pas plus que la Chine, l’Inde, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou les USA, ainsi que quelques dizaines de pays océaniens, africains ou asiatiques !

En réalité peu de pays sur terre (la Russie…) ont été épargnés par l’occupant anglais et sa modernité tapageuse et luciférienne. Lisez Engels qui en rend compte dans son opuscule sur le socialisme utopique : la race anglaise est déjà au moyen âge plus matérialiste que nos contemporains.

On l’écoute, le général :

« Au cours de cette même journée du 1er juin, le général Paget vint à Beyrouth et remit au général Beynet un ultimatum détaillé. Aux termes de ce document, l’Anglais, qui s’intitulait: « Commandant suprême sur le théâtre d’Orient », bien qu’il n’y eût plus, à 10 000 kilomètres à la ronde de ce « théâtre », un seul ennemi à combattre, déclarait « qu’il avait reçu de son gouvernement l’ordre de prendre le commandement en Syrie et au Liban. » A ce titre, il sommait les autorités françaises « d’exécuter sans discussion tous les ordres qu’il leur donnerait. » Pour commencer, il prescrivait à nos troupes « de cesser le combat et de se retirer dans leurs casernes. » Le général Paget avait déployé, à l’occasion de sa visite, une provocante parade militaire (p.193). »

A transmettre aux diplomates de ces heures maussades de notre histoire… Mais de Gaulle reste de Gaulle, n’en déplaise aux stratèges de l’extrême-droite et à toute l’école socialo-américaine (François Mitterrand a très bien fait la jonction entre les deux)…

Le général s’énerve et voici comment il s’adresse aux anglais :

« … je fis, le 2 juin, une conférence de presse. Jamais encore l’affluence des journalistes étrangers et français n’avait été plus nombreuse. J’exposai l’affaire sans insultes, mais sans ménagements, pour nos anciens alliés.

Enfin, le 4, je convoquai l’ambassadeur de Grande-Bretagne, le fis asseoir et lui dis: « Nous ne sommes pas, je le reconnais, en mesure de vous faire actuellement la guerre. Mais vous avez outragé la France et trahi l’Occident. Cela ne peut être oublié. » Duff Cooper se leva et sortit. »

Pauvre Duff Cooper qui, comme l’a rappelé Philippe Grasset, était l’un des britanniques les moins hostiles à la France.

Le mystère du déclin français sous nos républiques (et même depuis la monarchie de juillet) est ainsi éclairé par notre narrateur :

« Sachant quels étaient, d’une part, le savoir-faire du Foreign Office et, d’autre part, l’horreur du vide de notre diplomatie quand il s’agissait de nos relations avec l’Angleterre, je doutai, à première vue, que les choses fussent ce qu’elles semblaient être. Mais, comme à Paris le Quai d’Orsay, à Londres notre ambassade, me certifiaient que telle était bien la signification du projet, je donnai mon agrément (p.283). »

Sacrée horreur du vide… Mais le général rebelle n’est pas au bout de ses peines avec les Anglo-saxons. Après les britishs ruinés par leurs guerres mondiales, les yankees contre-attaquent :

« Les choses en étaient là quand, au cours du mois de mai, les Américains manifestèrent leur volonté de voir nos troupes se retirer en deçà de la frontière de 1939.

A l’origine de l’affaire, il y avait, dans une certaine mesure, le goût d’hégémonie que les États-Unis manifestaient volontiers et que je n’avais pas manqué de relever en chaque occasion. Mais j’y voyais surtout l’effet de l’influence britannique. Car, au même moment, l’Angleterre préparait, au Levant, la manœuvre décisive. Pour Londres, il était de bonne guerre de pousser d’abord Washington à chercher querelle à Paris. Divers faits me fournirent la preuve que tel était bien le cas (p.181). »

Après les choses commencent à se gâter :

« Le général Alexander, Commandant en chef en Italie, obéissant à M. Churchill, dirigeait vers Tende, La Brigue et Vintimille des troupes italiennes sous ses ordres, ce qui, si nous laissions faire, aurait pour effet d’y rétablir la souveraineté de Rome (p.182). »

Quel mystère que cette relation du général aux anglo-saxons, forcé de collaborer avec eux comme avec un moindre mal…
On laisse le lecteur se ressourcer aux Mémoires du général. Par les temps qui courent, c’est le plus sûr moyen de résister à la pression de ce système agonisant.

Peyrefitte a rappelé pourquoi de Gaulle ne célébrait pas le débarquement du 6 juin, qui signifiait une France soumise à l’AMGOT:

« Le débarquement du 6 juin, cela a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis. »

La France sous Hollande a disparu comme puissance. Une chose n’a pas changé, la nullité de sa presse aux ordres et noyautée par la CIA. De Gaulle encore à Peyrefitte : « les journalistes français s’engouffrent comme une meute hurlante derrière tous ceux qui complotent contre moi. »

Nicolas Bonnal


Sources

De Gaulle, Mémoires de guerre, Plon, tome troisième
Peyrefitte — C’était de Gaulle, tome premier

via: https://fr.sputniknews.com/blogs/201703121030425208-degaulle-colonie-general-memoires/

Le mythe de la « Terre promise » Les Palestiniens dans la tourmente depuis un siècle

 «Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarque sont des histoires de légende; nous n’avons pas séjourné en Egypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.»

 Professor Ze’ev Herzog teacher in the Department of Archeology and Ancient Near Eastern Studies at Tel-Aviv University. (Ha’aretz Magazine, Friday, October 29, 1999)

 Cette déclaration courageuse est là pour décrire la réalité de la Terre promise par Dieu une première fois et qui le sera une seconde fois par Lord Balfour pour le plus grand malheur du peuple palestinien. Un autre mythe celui de l’exil en Perse. En fait l’empereur perse Cyrus II, laissera les Juifs retourner à Jérusalem. Les Juifs d’Ispahan, gardent encore une tradition orale qui les rattache à l’exil de Babylone.

 Il est étonnant de constater qu’au moment où nous sommes saturés d’informations de toutes parts et à tout propos, il existe un silence quasi religieux concernant la Palestine et son peuple. C’est tout juste si de temps à autre on apprend qu’un terroriste a été abattu parce qu’il tentait avec un couteau d’agresser un soldat israélien sans expliquer les fondements de ce geste du désespoir. Il n’est que de se souvenir qu’aucune âme charitable ne s’est émue de l’assassinat du Palestinien agonisant au sol et achevé froidement par le soldat franco-israélien condamné à une peine avec sursis… Les déclarations dangereuses du président Trump et son intention de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem marquera à coup sûr un tournant dangereux d’autant que l’ambassadeur nommé est connu pour sa proximité avec l’Etat d’Israël, il aurait même dit qu’il dirigerait l’ambassade des Etats-Unis à partir de son appartement de Jérusalem si le transfert était bloqué!!! Reste la galerie et la diversion! A ce jeu, le Premier ministre israélien est un expert, il ouvre chaque fois un fichier nouveau pour faire oublier l’ancien.

La position ambiguë du Royaume-Uni

 Il est pour le moins paradoxal de noter la position ambiguë de la diplomatie britannique sur la question palestinienne. Cette nation qui est à la base du malheur des Palestiniens par la sinistre déclaration de Balfour d’il y a un siècle déclare que l’alternative à la solution à deux États est un «système d’apartheid», dans une interview accordée le  jeudi 9 mars, au quotidien The Jerusalem Post. Boris Johnson, a apporté son soutien à Israël tout en critiquant la colonisation dans les Territoires palestiniens. «Ce que nous disons c’est que vous devez opter pour une solution à deux États, sinon vous aurez un genre de système d’apartheid», a précisé Johnson. En visite à Ramallah, il a affirmé que «la politique du gouvernement britannique n’avait absolument pas changé et que son pays restait attaché à la solution à deux États. Lors de sa rencontre avec la partie israélienne, l’autorité britannique a mis l’accent sur le soutien indéfectible de son pays à Israël.» (1).

«Israël aime les guerres»

 Il est à se demander pourquoi Israël défie la communauté internationale et est toujours en guerre. Pour Gédeon Levy Israël aime les guerres; les rapports qui ont suivi ces guerres sont les mêmes. «Il en a besoin. Il ne fait rien pour les empêcher et, parfois, il les provoque. Il n’y a pas d’autre façon de lire le rapport de la Cour des comptes de l’État sur la guerre de Gaza en 2014 et il n’y a pas de conclusion plus importante à en tirer. Tout le reste – les tunnels, le Conseil national de la sécurité, le cabinet et les services de renseignement -, ce sont des foutaises, rien de plus que des efforts pour nous distraire du principal. Le principal, c’est qu’Israël veut la guerre. Il a rejeté toutes les alternatives, sans même en discuter, sans leur manifester le moindre intérêt, afin de satisfaire sa volonté. Israël voulait également des guerres, dans le passé. Depuis la guerre de 1948, toutes ses guerres auraient pu être évitées. Elles étaient manifestement des guerres voulues, bien que la plupart n’aient eu aucune utilité et que certaines d’entre elles aient même causé des dégâts irréparables. Tout simplement, Israël les a déclenchées. Parfois, des guerres lui ont été imposées mais, même dans ce cas, elles auraient pu être évitées, comme celle de 1973. (…) On doute qu’il soit possible de dénicher une explication rationnelle du phénomène, mais le fait est que, chaque fois qu’Israël s’en va-t’en guerre, il reçoit le soutien large, automatique et aveugle de l’opinion publique et des médias.(…) Tout Israël aime la guerre.» (2)

 «La chose est prouvée par le fait que les commissions d’enquête publient des rapports quasi identiques après chaque guerre (…) La prochaine guerre fera-t-elle aussi l’objet d’un rapport. Vous et moi et la prochaine guerre, et le prochain rapport. Il est raisonnable de présumer que la prochaine guerre va éclater à Gaza. Sa justification est déjà toute prête. (…) Quid de Gaza qui, dans trois ans d’ici, ne sera même plus habitable pour des humains? (…La Cour des comptes de l’État a constaté que le cabinet ne discutait pas d’alternatives à la guerre. (…) Tout enfant de Gaza sait qu’une telle alternative existe, que, si Gaza s’ouvre au monde, ce sera différent. Toutefois, pour cela, de courageux dirigeants israéliens sont nécessaires, mais il n’y en a pas.. Pourquoi? Parce qu’Israël aime les guerres.» (2)

L’Iran, l’épouvantail de la diversion

 Lors de sa rencontre avec Vladimir Poutine à Moscou, le Premier ministre israélien a mis en garde contre la menace que représente l’Iran qui, selon lui, serait dans la continuité de la Perse dans sa volonté de «détruire le peuple juif». Reçu au Kremlin, le Premier ministre israélien avait violemment critiqué l’Iran, allié de la Russie au Proche-Orient. «Il y a 2 500 ans, il y a eu une tentative en Perse de détruire le peuple juif. Cette tentative a échoué et c’est ce que nous célébrons à travers la fête de Pourim. «Voilà qu’aujourd’hui l’Iran, héritier de la Perse, poursuit cette tentative de détruire l’Etat juif. Ils le disent de la façon la plus claire, ils l’écrivent sur leurs missiles», a-t-il affirmé. «Oui, enfin, c’était au Ve siècle avant notre ère», a répondu, ironique, le président russe. «Aujourd’hui, nous vivons dans un monde différent » (3)

 « « Alors parlons-en», a-t-il ajouté. Benjamin Netanyahu dénonce régulièrement le soutien militaire de l’Iran à Bachar el-Assad dans son conflit face à la rébellion syrienne. «La Russie et Israël sont partenaires dans la guerre contre le terrorisme islamique» (…) «Une des choses que nous combattons ensemble est le terrorisme islamique radical. (…) Naturellement, nous ne voulons pas que ce terrorisme soit remplacé par le terrorisme islamique radical chiite dirigé par l’Iran.» «Bien entendu, je voudrais dire aussi clairement que possible: Israël est aujourd’hui un Etat. Nous avons une armée et nous sommes capables de nous défendre. Mais la menace de l’islam chiite radical nous menace autant que la région et la paix dans le monde, et je sais que nous sommes partenaires dans le désir d’empêcher toute sorte de victoire par l’islam radical de toute sorte.» (3)

 Pendant ce temps, le rouleau inexorable de l’occupation va jusqu’à s’attaquer aux attributs de la religion. Le Parlement israélien a adopté mercredi en vote préliminaire deux projets de lois, l’un visant à empêcher les appels à la prière des mosquées durant la nuit et l’autre à les interdire totalement, a annoncé la Knesset dans un communiqué.

 Les méthodes d’Israël ne diffèrent en rien des méthodes  coloniales européennes Pour Aaron Tordjamn  Israël est, par définition, une colonie européenne. Il bat en brèche la théorie divine du peuples élu et affirme que les Israéliens provenant de différentes diasporas n’ont aucun droit: «Les soutiens du sionisme soulignent sa différence par rapport aux autres mouvements de colonisation: absence d’un État métropole, invocation par les sionistes d’une promesse divine, ou encore des «droits historiques» du «peuple juif». Cependant, la croyance religieuse de l’homme et une théorie sur ses origines ancestrales ne lui confèrent aucun droit. Tels sont les pieds d’argile sur lesquels se tient le géant théorique du sionisme, et avec lui, le système d’endoctrinement visant, en Israël, à formater chaque enfant, dès le plus jeune âge » (4)

 Ces présupposés erronés donnent aussi lieu à la vision symétrique des sionistes qui voient dans le conflit un affrontement entre «deux mouvements nationaux», deux occupants revendiquant un droit de propriété également légitime sur ladite terre. Mais c’est, évidemment, une fausse symétrie: les familles Gryn, Shertok, Bégin, Yezernitski et Milikowski, venues de Pologne et de Russie, tout comme la famille Osterman, devenue Avnery, issue d’Allemagne n’ont pas de droit sur le lointain morceau de terre, du seul fait de leur croyance religieuse, ou de la théorie invoquée de leurs origines ancestrales.» (4)

 «L’existence d’une «métropole» n’est pas indispensable pour définir un colonialisme, qui est l’installation sur une terre, par la force. Au regard de cette réalité, non seulement le sionisme n’est pas spécifique, mais il présente des traits de ressemblance évidents avec d’autres colonisations européennes dans le monde, où les immigrants européens se sont heurtés au «problème démographique» des indigènes qui se sont trouvés sur leur route, alors que les colons aspiraient à se construire une société et un État, avec une culture et un régime européens, tout en effaçant l’existence de la population autochtone. Ainsi est né le mythe d’un «territoire vide». De façon tout à fait caractéristique, ils attribuent à la barbarie des indigènes et à leur haine irrationnelle, l’opposition à l’invasion coloniale et au processus de dépossession. Le mouvement sioniste doit être perçu comme un produit du «Zeitgeist» («esprit de l’époque») dominant dans l’Europe du XIXe siècle où se sont épanouis le nationalisme ethnique et le colonialisme, animés d’une idéologie et de la foi en la supériorité de l’homme blanc.» (4)

Les options: deux Etats ou un Etat laïc de tous ses citoyens?

Eternel dilemme qui ressemble là aussi à une diversion. Israël agite le spectre d’un Etat Juif et de l’autre côté on parle de deux Etats sachant bien que l’Etat palestinien ne sera pas viable et comme le constate un négociateur palestinien ;  « On négocie avec Israël le sort de la Palestine comparée à une pizza, pendant que l’on négocie Israël mange la pizza ». En clair il ne reste plus rien de la Palestine originelle qui n’ai pas été occupée, laissant hypocritement aux Palestiniens un bantoustan  en  peau de léopard sans aucune continuité

 En son temps en 1938, le mahatma Gandhi avec sa lucidité coutumière avait donné son avis sur la façon pour les Juifs d’émigrer en Palestine.: «Le texte retranscrit ci-dessous, écrit en 1938 par le Mahatma Gandhi, nous indique qu’il était clairement opposée au projet sioniste qui devait conduire à effacer la Palestine historique de la carte. Et maintenant, un mot aux Juifs de Palestine. Je suis absolument persuadé qu’ils se fourvoient. La Palestine biblique ne correspond à aucun territoire géographique. Elle est dans leurs coeurs. Mais s’ils doivent absolument considérer la Palestine de la géographie comme leur foyer national, c’est un péché inexpiable d’y pénétrer à l’ombre du canon britannique. Un acte de nature religieuse ne saurait être posé avec l’assistance des baïonnettes et des bombes. Ils ne peuvent s’installer en Palestine qu’en respect de la bonne volonté des Arabes ». (5)

 En affirmant que la solution à deux Etats n’était pas l’unique option de paix entre Israéliens et Palestiniens, Donald Trump a rompu avec un consensus diplomatique de longue date. C’est l’option jusqu’ici privilégiée dans toutes les tentatives de négociations. Elle consiste en la création d’un Etat palestinien en plus de l’Etat d’Israël. En 1993, les accords d’Oslo fixaient d’ailleurs les étapes devant aboutir à un Etat palestinien. Un tel Etat pourrait se faire sur la base des frontières antérieures à la guerre des Six-Jours de juin 1967 à l’issue de laquelle a commencé l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Mais la question des frontières est un premier point d’achoppement, M. Netanyahu ayant déjà dit, en 2011, qu’«Israël ne peut retourner aux frontières indéfendables de 1967». Pour Alain Dieckhoff, directeur du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po, la solution à deux Etats est la seule qui fasse consensus au sein de la communauté internationale. «Le problème étant que plus le temps passe, plus cela rend difficile cette solution, Le grignotage du territoire palestinien par la colonisation israélienne rend tout cela de plus en plus compliqué.» En effet, la colonisation est considérée par la communauté internationale comme le principal obstacle à la paix entre Israéliens et Palestiniens. L’association israélienne La Paix maintenant estime à 385 900 le nombre d’Israéliens installés dans des colonies en Cisjordanie. A cela s’ajouteraient 200.000 colons israéliens dans Jérusalem-Est» (6).

La création d’un Etat palestinien créerait de facto un mouvement de ces populations, qui seraient probablement dans l’obligation de retourner en Israël. En décembre 2016, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné dans une résolution la colonisation israélienne des territoires occupés et de Jérusalem-Est, en demandant à l’Etat hébreu d’arrêter «immédiatement et complètement» de telles implantations. Aucune sanction n’est prévue dans la résolution 2334 en cas de non-respect du texte. Une solution parfois avancée dans la résolution du conflit est celle de la création d’un Etat binational unique dont les ressortissants des deux nationalités, israélienne et palestinienne, seraient tous citoyens. C’est une solution que revendique une partie de l’extrême droite israélienne, farouchement hostile à la création d’un Etat palestinien. Mais cette perspective soulève des interrogations sur la nature démocratique d’Israël, puisque la population de confession juive deviendrait minoritaire dans l’espace territorial ainsi constitué.» (6)

 «On ne voit pas du tout à quoi pourrait ressembler un seul Etat. Dans les mots de Donald Trump, on voit d’ailleurs qu’il n’a pas l’air de savoir non plus ce qu’on met derrière: un Etat où Palestiniens et Israéliens auraient la même nationalité et les mêmes droits, ou un Etat avec des droits différents entre Arabes et Juifs? Ce qui est sûr, c’est qu’il a ouvert une boîte de Pandore et que certains acteurs vont s’en servir.» Vingt-trois ans après les accords d’Oslo, qui fixaient les étapes vers un Etat palestinien, certains y croient encore. (… L’élection de Donald Trump ouvre un cycle imprévisible. Il dit vouloir obtenir «l’accord ultime» dans «la guerre qui n’en finit jamais». Mais son entourage est proche de la droite israélienne. La plate-forme républicaine adoptée en juillet ne mentionne même pas la nécessité d’un Etat palestinien. Quant à Barack Obama, une statistique suffit. En 2010, le président américain avait consacré au conflit 1 083 mots dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies. En 2016, seulement 31. Tentera-t-il un dernier coup politique sur ce dossier, avant l’entrée en fonctions de son successeur, fin janvier 2017?» (6)

 David Ben Gourion le premier premier ministre d’Israël  a déclaré un jour «Si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal, nous avons pris leur pays. C’est vrai que Dieu nous l’a promis, mais en quoi cela les concerne? Notre dieu n’est pas le leur. Il y a eu l’antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce de leur faute? Ils ne voient qu’une seule chose: nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils l’accepter?», Il est vrai que les Arabes ne représentent plus rien en termes d’influence sur les affaires du Monde. Un peuple est en train de disparaître, les potentats arabes en mal de légitimité ne bougent pas, protestent du bout des lèvres. De plus, le silence assourdissant des grands de ce monde est lié à une faute originelle commise à l’endroit des Juifs, fait que ce sont les Palestiniens qui payent pour une faute qu’ils n’ont pas commise et qu’ils expient depuis un siècle. «Est-ce ainsi que les hommes vivent?»

1. http://parstoday.com/fr/news/middle_east-i31806

johnson_palestine_l’apartheid_est_la_seule_ alternative_à_la_solution_à_deux_états

2. Gedeon Levy  http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.774709 2 mars 2017

3.  https://francais.rt.com/international/35075-netanyahou-menace-perse-histoire-ancienne-repond-poutine

4. http://www.ujfp.org/spip.php?article5453 Haaretz 27/2/ 2017, Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

 5. http://arretsurinfo.ch/les-juifs-en-palestine-par-le-mahatma-gandhi-1938/

6. http://www.lemonde.fr/international/article/2016/11/25/la-fin-de-l-etat-palestinien_5037966_3210.html#VRJE9XudjHE4OTm7.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/262439-les-palestiniens-dans-la-tourmente-depuis-un-siecle.html

 Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Photo: Carte de Palestine (1650)

Dix points à connaître au sujet de la Guerre froide

Il y a 60 ans [70, en 1946, NdT], l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill fit un discours au Westminster College de Fulton, dans le Missouri. Depuis quelques temps, les historiens font de cet évènement le début officiel de la Guerre froide. En effet, la confrontation entre les blocs socialiste et capitaliste a déterminé toute l’histoire du monde jusqu’à aujourd’hui.

1. De la géopolitique, et non de l’idéologie

 

La Guerre froide fut un conflit profondément géopolitique, et non idéologique. D’après le point de vue de l’éminent théoricien politique allemand Carl Schmitt, la confrontation planétaire entre l’Est et l’Ouest était la résultante d’une lutte géopolitique entre la Terre et la Mer. L’Union Soviétique était le pôle tellurocratique, le centre de la civilisation terrestre. Les États-Unis étaient le centre de la civilisation maritime. Les géopoliticiens anglo-saxons tombent d’accord avec cette analyse, notamment [l’école de] Sir Halford Mackinder.

Source: i26.servimg.com

L’URSS incorporait les traits typiques d’une civilisation tellurocratique : un contrôle sur de vastes zones terrestres, une société militarisée fermée, une morale héroïque et une subordination de l’économique au politique. Les États-Unis sont un pouvoir typiquement thalassocratique : une société ouverte, une démocratie, un contrôle des océans du monde et un système commercial. En termes géopolitiques, cela veut dire que la confrontation entre Russie et États-Unis aurait eu lieu, même sans l’établissement en Russie de l’idéologie communiste.

2. Un conflit qui n’était pas extraordinaire

Ce type de confrontation n’est pas inhabituel dans l’histoire du monde. Un peu avant, les Empires russe et britannique se disputaient à mort le contrôle du Moyen-Orient, du Caucase, de l’Asie centrale et de l’Afghanistan. Durant l’Antiquité, Rome (le pôle tellurocratique) et Carthage (l’empire de commerce maritime) se battaient pour la suprématie sur la mer Méditerranée.

 

3. Un conflit planétaire

Source : blog.richmond.edu

La différence majeure de la Guerre froide par rapport aux autres conflits portait sur sa nature planétaire : toutes les nations du monde y étaient impliquées. On mena une lutte d’influence acharnée auprès des membres du « Mouvement des non-alignés« . Par conséquent, le conflit évolua en un « jeu à somme nulle » : si un camp l’emportait dans une zone, il allait inévitablement perdre dans une autre.

4. Qui a provoqué la guerre ?

L’historiographie en Occident tend à faire de l’Union Soviétique l’initiatrice de la Guerre froide. Pourtant, les faits racontent une autre histoire. En 1945, l’État-major de planification (Joint Planning Staff) des Forces armées britanniques avait élaboré deux plans, dans l’optique d’un conflit entre leurs alliés occidentaux et l’Union Soviétique. Les deux avaient été commandés par le Premier ministre britannique Winston Churchill et ils reçurent le nom de code « Operation Unthinkable« .

À l’issue de la Conférence de Potsdam, le Général Dwight D. Eisenhower, sous la direction du Président Harry S. Truman, établit le Plan Totality. Celui-ci présumait une attaque nucléaire sur l’Union Soviétique à l’aide de 20 ou 30 bombes atomiques. Elle assignait 20 villes pour l’anéantissement à la première frappe : Moscou, Gorki, Kouïbychev, Sverdlovsk, Novossibirsk, Omsk, Saratov, Kazan, Leningrad, Bakou, Tachkent, Tcheliabinsk, Nijni Taguil, Magnitogorsk, Molotov, Tbilisi, Stalinsk, Grozny, Irkoutsk et Yaroslavl. Peu avant, les États-Unis avaient largué des bombes nucléaires sur le Japon pour horrifier leur allié oriental et le soumettre à la domination planétaire américaine.

À cette époque, l’URSS n’avait pas préparé de plan d’attaque contre ses alliés anglo-américains, et tentait de négocier le partage du pouvoir. Le pôle atlantiste rejeta ces accords, essayant à la place de lutter pour la domination mondiale.

5. La lutte des Américains pour l’hégémonie, déclencheur du conflit

À la veille de la Guerre froide, les politologues américains exprimaient la nécessité de lutter pour l’hégémonie mondiale. Des plans visant à former un monde unipolaire étaient évoqués bien avant la confrontation avec les Soviétiques. Le même cercle de mondialistes anglo-américains liés à la Round Table Society a joué un rôle considérable dans le développement du Council of Foreign Relations (CFR) et du Royal Institute on International Affairs (dit « Chatham House« ). Le président du CFR, Isaiah Bowman, appuyait l’idée d’hégémonie américaine, de même que les géo stratèges Nicholas Spykman et Robert Strausz-Hupé. Le cas de James Burnham est exemplaire : un ancien trotskyste devenu un ardent défenseur d’un gouvernement mondial et de la création de la CIA. Il appelait ouvertement à un « Empire américain » et peut être considéré comme un prédécesseur des néo-conservateurs.

6. La répartition géopolitique des armes nucléaires

La confrontation géopolitique entre les États-Unis et l’Union Soviétique était démontrée clairement dans la répartition des armes nucléaires dans la structure de la triade nucléaire [air, terre, mer, NdT] des deux superpuissances. Les États-Unis, qui contrôlent les océans du monde, avaient la plupart de leurs missiles nucléaires sur des sous-marins. L’Union Soviétique, au contraire, les avait sur terre. C’est en Union Soviétique que furent créés d’uniques complexes nucléaires sur rail ou sur route, se déplaçant discrètement à travers le vaste territoire de l’URSS. Des projets analogues aux États-Unis ne furent pas mis en service.

7. La perte du pôle géopolitique de l’Europe

La Guerre froide était le produit de l’équilibre des pouvoirs planétaires établi après la Seconde Guerre Mondiale. Le résultat principal pour l’Europe fut la perte, pour les puissances européennes, de leur position maîtresse sur la scène internationale. Le destin de l’Europe était décidé par des puissances non européennes : les États-Unis et l’Union Soviétique.

Malgré l’Allemagne nazie et ses alliés européens, l’Europe continentale a tenté d’agir en pôle géopolitique indépendant, défiant la thalassocratie anglo-américaine, ainsi que la grande puissance eurasiatique, l’URSS. Cette décision s’avéra suicidaire. Par conséquent, l’Allemagne elle-même et toute l’Europe furent partagées entre États-Unis et Union Soviétique.

8. L’entrée en scène du tiers-monde

Paradoxalement, la Guerre froide a augmenté l’importance des pays du tiers-monde dans la politique mondiale. Il est significatif que le terme lui-même tire ses origines de cette période. La chute du poids géopolitique de l’Europe, et la politique de l’URSS et des États-Unis, ont participé à la destruction des empires coloniaux européens. Les deux superpuissances se battaient pour influencer les pays libres, parmi lesquels certains purent tirer avantage en manœuvrant entre les deux pôles. Le mouvement des non-alignés émergea comme l’institution qui manifestait les aspirations géopolitiques de ces pays.

9. Le rôle des structures mondialistes dans la victoire américaine

Le rôle principal, dans la victoire américaine dans la Guerre froide, fut joué par une véritable « cinquième colonne » au sein de l’Union Soviétique, qui formait l’idéologie de la Perestroïka.  Son cœur était l’Institut de Recherche sur l’Analyse des Systèmes, dirigé par Djerman Gvichiani, le beau-fils du Premier ministre soviétique Kossyguine. L’Institut de recherche sur l’analyse des systèmes était la branche soviétique du Club de Rome [via l’IIASA, basé à Laxenburg en Autriche, NdT].

Les principaux centres d’analyse et de recherche soviétiques étaient en contact avec leurs collègues étrangers, et se concentraient sur l’idéologie de la « convergence » des deux systèmes, ce qui devait former la base de l’idéologie gorbatchevienne. Cette faction pro-occidentale de la nomenklatura était protégée par le chef du KGB Youri Andropov (qui devint plus tard le Secrétaire général du PCUS), dont le cercle rapproché avait créé les plans pour réformer l’Union Soviétique par la voie capitaliste, et négocier avec les États-Unis les futures sphères d’influence dans le monde.

Cette partie de l’élite soviétique avait une compréhension idéologique, et non géopolitique de la confrontation. Et elle eut tort. Les États-Unis ont soutenu ces changements, de façon à ce que le virage idéologique mène à l’effondrement de l’Union soviétique, en tant que puissant pôle géopolitique.

10. Et après ?

Ainsi que le démontrent les évènements de la dernière décennie, la victoire américaine dans la Guerre froide s’est avérée temporaire. Dès le début des années 2000, les BRICS se sont déclarés à la tête d’un nouvel ordre mondial – mais d’un ordre multipolaire. Le monde unipolaire, selon les mots de Charles Krauthammer (commentateur américain), ne fut qu’un moment unipolaire.

Source Katehon.com

Traduit par Julien, relu par Nadine pour le Saker Francophone

 

via: http://lesakerfrancophone.fr/dix-points-a-connaitre-au-sujet-de-la-guerre-froide

90 milliards… Pourquoi les demandes de réparation de la Grèce envers l’Allemagne sont justifiées

Photo: Walther Von Brauchitsch,  commandant en chef de la Wehrmacht visite l’Acropolis en 1941 pendant l’occupation allemande de la Grèce.

Au minimum, 90 milliards… 

Nous publions ici une traduction d’un article de Karl Heinz Roth sur la dette de l’Allemagne envers la Grèce du fait des réparations de guerre (1939-1945) que l’Allemagne n’a jamais payées. Le chercheur et militant allemand, ancien membre du bureau national de l’Union socialiste allemande des étudiants et fondateur de la revue 1989, décrit le pillage de la Grèce pendant l’occupation l’allemande et, à partir de ces éléments, propose un calcul de la dette actuelle due par l’Allemagne à la Grèce, tout en discutant de la légitimité actuelle des demandes de réparations grecques.

*****

Le 6 avril 1941, la Wehrmacht attaque la Yougoslavie et la Grèce. Fin octobre 1940, l’armée grecque a déjà repoussé une offensive italienne depuis l’Albanie et de ce fait un corps expéditionnaire britannique a été laissé en soutien dans le pays. Pour les Allemands, ce développement entraine une double menace stratégique. D’abord en ce qui concerne les champs pétrolifères roumains mais aussi par rapport à l’offensive planifiée contre l’Union Soviétique qui présente désormais des faiblesses sur son flanc sud-est. En 1941, ni la Yougoslavie ni la Grèce ne sont en mesure de résister à l’attaque de la 12ème armée de la Wehrmacht.

La direction de la Wehrmacht utilise cette « guerre-éclair » (« Blitzkriegs-Exkurs ») comme champ d’expérience afin de tester le pillage économique total prévu pour être répliqué en Union Soviétique. La Grèce est systématiquement pillée. Entre le début de l’offensive et le début du mois de juin 1941, de grandes quantités de minerais et de concentrés de chrome, de zinc, d’étain, de cuivre et de plomb s’accumulent dans le port de Thessalonique afin d’être transportés vers l’Allemagne. De plus, les managers industriels allemands prennent le contrôle de la production annuelle des métaux industriels que sont la bauxite, le manganèse, le nickel, le molybdène et la pyrite, si bien que la somme totale annuelle d’exportation de matières premières atteint 45 à 50 millions de Reichsmark (RM). Le charbon, l’huile minérale et les produits d’exportation agricoles les plus importants comme les raisins secs, l’huile d’olive, le coton, le sucre, le riz et le cocon de soie sont également envoyés en Allemagne. En outre, les officiers chargés des questions économiques confisquent les machines-outils du consortium d’armement de Bodsakis et une grande partie du matériel roulant du chemin de fer.

Cependant le butin le plus considérable reste le tabac. Sous la direction du manager de Reemtsma, Otto Lose, toute la récolte de 1939 et 1940 est confisquée et transportée vers l’Allemagne. Il s’agit de 85.000 tonnes de tabac d’Orient, soit l’équivalent de 175 millions de Reichsmarks. Cette quantité suffit pour approvisionner l’Allemagne en cigarettes pendant une année entière et leur vente génère un revenu fiscal de 1,4 milliards de Reichsmarks.

Comme contrepartie pour ces « achats », la 12ème armée délivre soit des certificats de livraison qui contiennent la promesse de paiement après la guerre, ou paye avec des « bons de caisse de crédit », moyen de paiement de la Wehrmacht, indexé sur les prix de 1939. Ces paiements ou promesses de paiements fictifs doivent être refinancés soit en liquide (drachmes), soit en crédits par le gouvernement de collaboration du général Tsolakoglu installé le 30 avril 1941. Ce gouvernement se voit donc contraint de faire marcher la planche à billets, de surendetter l’État et de gonfler le déficit du bilan de la Banque centrale grecque. C’est le premier pas dans l’hyperinflation, revers des expéditions de pillage. La chute ainsi provoquée de l’économie grecque est d’autant plus accélérée que l’industrie de transformation perd son approvisionnement en matières premières et doit réduire sa production.

Avec ce pillage économique planifié, les conditions économiques se dégradent dramatiquement. La drachme est dévaluée deux fois. En août 1941, un premier paiement de trois milliards de drachmes mensuels est imposé à la Banque centrale grecque pour rembourser les frais d’occupation. Cette politique ouvre définitivement les vannes économiques du pays. La Wehrmacht considère désormais la Grèce comme un tremplin pour ses opérations en direction de l’Afrique du Nord et du canal de Suez, et les frais de ravitaillement et de logistique augmentent drastiquement. Ils sont inclus entièrement dans les frais d’occupation. En raison de l’hyperinflation naissante, les prix de l’alimentation augmentent rapidement : ils doublent avant la fin de l’année 41 et sont multipliés par 4 à 5 entre 1942 et début 1944. L’activité du secteur agro-alimentaire se réduit alors très fortement. La famine s’installe.

Dans les grandes et moyennes villes, près de 100 000 personnes meurent de faim ou de maladies liées à la faim pendant l’hiver 1941/42. Pour la plupart, les victimes sont des enfants et des personnes âgées issues de classes sociales populaires. Toute personne qui le pouvait, s’enfuyait dans les régions villageoises pour y vivre d’une économie de subsistance. Cette migration interne et massive vers les campagnes vient soutenir la résistance qui commence à s’organiser rapidement.

Bilan des destructions 

Quand les Allemands se retirent de Grèce, à partir d’octobre 1944, ils ne laissent pas seulement un pays ruiné économiquement mais aussi en grande partie détruit. Ce sont en tout six facteurs qui détruisent le potentiel économique de la Grèce pendant l’occupation allemande :

Premier facteur : les pillages pendant la première phase d’occupation. Ils atteignent en valeur un montant d’au moins 750 millions de Reichsmarks. Les confiscations continuent cependant au-delà de cette période. Ainsi au plus tard à partir de l’été 1943, il est devenu habituel de piller systématiquement les villages qu’on prévoit de détruire.

Deuxième facteur : le pillage du fait des rapports d’échange inégaux lors des « achats » de la Wehrmacht et des « remboursements » qui s’en suivent. Il y a de bonnes raisons d’estimer que la dette allemande liée à ces opérations menées jusqu’à l’automne 1944 est d’au moins 125 millions de Reichsmarks.

Troisième facteur : les dépenses extorquées au régime de collaboration grec pour frais d’occupation et coûts de projets d’infrastructure militaires. Une estimation du ministère des finances du IIIReich parle d’un montant de 500 millions de Reichsmarks pour l’année budgétaire 1943. En partant de cette donnée, il est possible de décompter pour les 3 ans et demi d’occupation – y compris l’emprunt obligatoire imposé à la Banque centrale grecque – un montant total d’environ 1,75 milliard de reichsmarks.

Quatrième facteur : l’exportation de matières premières stratégiques qui fait suite à la première phase de pillage par l’industrie minière grecque sous contrôle allemand. Elle couvre une partie importante des besoins allemands comme par exemple pour le minerai de chrome et la bauxite et atteint une ampleur considérable d’après le rapport final de la direction de l’industrie de l’armement de la Wehrmacht pour la Grèce de septembre 1944.

Cinquième facteur : la destruction d’une partie considérable de l’économie dans le cadre des mesures de terreur et de la pratique de la terre brûlée lors des opérations de retraite. Les représailles contre les régions contrôlées par la résistance armée entraînent la destruction de 1.600 localités – des villages, hameaux et petites villes. Plus de 100.000 maisons sont ainsi incendiées. À la date de la retraite allemande environ 400.000 habitant(e)s sont sans-abris. Si nous estimons la valeur marchande moyenne de chaque bâtiment détruit à 10.000 reichsmarks, alors cela équivaut à une somme d’un milliard de reichsmarks. Il faut y ajouter les vastes destructions des infrastructures routières et ferroviaires visées systématiquement par les troupes allemandes pendant leur retraite.

Sixième facteur : la perte de vies humaines qui ne peuvent jamais vraiment être dédommagées par aucun geste, si généreux soit-il. Sur 6,933 millions de personnes avant le début de l’occupation, au total 520.000 personnes de nationalité grecque meurent, victimes de l’attaque allemande. Au moins 125.000 de ceux-ci meurent de faim. Environ 100.000 personnes grecques sont assassinées dans les camps de concentration allemands. 60.000 Juives, Juifs et Roms sont tué(e)s dans le cadre de la Shoah. Les rafles dans les grandes villes et les massacres dans les régions villageoises, par les militaires allemands et la police tuent 56.000 individus supplémentaires.

La question des réparations

Après la libération, des économistes et des experts de la Banque centrale grecque commencent à faire le bilan des conséquences économiques de l’occupation allemande. Leurs constatations sont adressées à la conférence de réparation interalliée qui siège autour du nouvel an 1945/46 à Paris. Les résultats en sont, le 14 janvier 1946, une convention de réparation et la fondation d’une agence de réparation (IARA) inter-alliés. Pour les pourparlers sur les réparations envers la Grèce, ce sont avant tout deux expertises qui sont significatives.

A. Angelopoulos estime que les frais d’occupation ont soutiré 4,050 milliards de dollars US à l’économie grecque et que les dégâts causés à l’ensemble de l’économie sont de 3,172 milliards de dollars US, ce qui revient à un montant total de 7,222 milliards de dollars US sur la base du pouvoir d’achat du dollar US de 1938. Au contraire A. Sborounis, chef de la délégation grecque, pose une estimation totale de 12 milliards de dollars US, également sur la base de 1938. Finalement, le gouvernement grec s’accorde sur une somme de réparations de 10,45 milliards de dollars US.

Le montant global convenu lors des pourparlers de Paris, de l’ordre de 7,1 milliards de dollars US, constitue un socle inattaquable en droit international pour toutes les discussions ultérieures. Certes, cette convention de réparation de Paris a été suspendue de fait par la convention sur la dette de Londres en 1953, mais elle n’a jamais été annulée. Donc, puisque le pouvoir d’achat du dollar US a diminué entre 1938 et 2010 en raison de la dévalorisation continue selon le facteur 15, les droits de réparation pour la Grèce définis par la conférence de Paris se montent à 106,5 milliards de dollars US en 2010.

La convention sur la dette de Londres de février 1953 a prorogé les demandes de réparation qui avaient été adoptées sept ans plus tôt. Ces demandes ont été adressées d’abord en 1946 à la zone d’occupation interalliée, puis plus tard à la RFA, et sont reprises finalement dans la perspective de l’adoption d’un traité de paix avec une future Allemagne unifiée1. Après de longues négociations, le gouvernement grec obtient en mars 1960 un versement unique de 115 millions de Deutschmarks. Dans le compte rendu de ces accords, le gouvernement grec anticipe et spécifie que cela ne signifie pas que les revendications de réparations sont satisfaites.

Au moment de l’annexion de la RDA par la RFA, la question des réparations resurgit. Ceux qui s’attendaient à ce qu’une nouvelle convention (avec des règles contraignantes) soit élaborée sur cette question ont été déçus. Certes, l’accord de septembre 1990 entre les quatre alliés principaux et les deux Etats allemands, ratifié à la veille de l’unification, équivaut très certainement à un traité de paix, mais il ne dit rien sur les réparations.

Une facture encore largement due

Le paiement global de 115 millions de Deutschmarks de 1960 de la RFA à la Grèce vise uniquement à dédommager les personnes persécutées pour raison raciale et politique. Même si le versement exclut du dédommagement les descendants des victimes de massacres et de la famine, il a le caractère d’une réparation du fait de son mode de transfert interétatique et parce qu’il répond aux réparations individuelles mentionnées dans l’accord de Paris de 1946. Ainsi, en 1960, 27,578 millions de dollars US supplémentaires sont payés à la Grèce en accord avec les taux de changes de l’époque. Comme l’index d’inflation pour la période entre 1960 et 2010 est de 7,35, cela correspond à une somme d’environ 202,7 millions dollars US sur la base du pouvoir d’achat de 2010.

En revanche, le deuxième paiement de dédommagement de 2003 se déroule hors du cadre d’un contrat bilatéral. Il est versé, dans le cadre de la fondation « souvenir, responsabilité et avenir » au bénéfice d’un groupe spécifique, les personnes victimes du travail forcé en Grèce. Puisque notre base de référence, la convention de réparation de 1946, ne prévoit pas la division des dédommagements de la guerre entre les réparations dues à l’Etat et celles dues à des personnes privées, nous ne devons pas exclure ces paiements. 20 millions d’euros ont été payés aux victimes de travail forcé en Grèce. Ce qui équivaut à 22,588 millions de dollars US selon le taux de change de 2003. Il faut aussi prendre en compte l’index d’inflation (1,19)  pour la période allant de 2003 à 2010, ce qui fait que le remboursement effectué en 2003, calculé sur la base du pouvoir d’achat de 2010, peut être estimé à 26,9 millions de dollars US.

Si on additionne ces trois versements partiels, calculés sur la base du pouvoir d’achat de 2010, on arrive à un sous-total de 1,954 milliard de dollars US. Cette somme doit être soustraite de la somme totale fixée en 1946 (106,5 milliards de dollars US sur la base du pouvoir d’achat de 2010). Il s’agit ainsi de 104,546 milliards de dollars US ou de 78,844 milliards d’euros (toujours sur la base du pouvoir d’achat de 2010). Depuis l’euro a été dévalorisé considérablement et cette tendance continue à moyen terme. La dette de réparation allemande se monte donc actuellement à 98,503 milliards d’euros. Nous pouvons ainsi estimer la dette de réparation à au moins 90 milliards d’euros.

Ressentiments populistes

En Allemagne ces calculs vont très certainement être perçus comme scandaleux par la majorité de la population. Le premier argument à réfuter concerne les accords de réparation de Paris de 1946. Datant de près de 70 ans, ils seraient ainsi de « l’histoire ancienne », alors même que d’un point de vue de droit international, ils n’ont de fait jamais été annulés. A contrario, en raison des accords de Londres, les dettes allemandes dues à des créanciers privés, qui remontent parfois à 1924, ont été amorties jusque dans les années 1980. Dans le même ordre d’idées, alors que le paiement des intérêts sur les réparations de la première guerre mondiale par la RFA avait été ajourné lors de la convention de Londres, du fait de la partition de l’Allemagne, le fisc allemand a postérieurement repris les paiements jusqu’au 3 octobre 2010 – soit presque un siècle après la fin de la première guerre. L’argument du gouvernement fédéral qui vise donc à refuser les demandes de réparation grecques au nom d’un délai sans précédent paraît bien cynique si l’on remonte l’histoire des réparations.

Deuxièmement, il faut rappeler que ces calculs sont basés sur des estimations et des montants minimaux. Mais comme les réparations doivent toujours prendre en compte en plus des biens et services volés, les salaires et revenus soustraits, il faudrait y ajouter un calcul sur la base de l’index des salaires et de l’index des produits sociaux et d’en estimer une valeur moyenne. Dans ce cas les réparations dues seraient encore plus importantes.

Une troisième série d’arguments provient de mots d’ordre populistes : Est-ce que les petit (e)s contribuables et les retraité(e)s allemand(e)s qui vivent déjà pauvrement devraient payer pour les demandes de réparations de la Grèce ? Aux côtés de la banque impériale allemande (Deutsche Reichsbank), des services fiscaux de l’époque (Reichfiskus), des groupements économiques et des commandements économiques de la Wehrmacht, ce sont avant tout les grandes entreprises qui ont organisé et profité du pillage de la Grèce. Elles existent encore aujourd’hui. ThyssenKrupp, l’industrie du tabac, Siemens, des entreprises de construction de premier plan et des grandes banques. Tout autant que la Deutsche Bundesbank (qui assume la succession juridique de la Deutsche Reichsbank), elles devraient se voir également présenter la facture. Un prélèvement généreux sur les réserves d’or de la banque fédérale allemande ainsi que sur la fortune des responsables historiques envers une Grèce ébranlée par la crise serait un signal essentiel.

***

Ce texte est une synthèse du livre Griechenland am Abgrund. Die deutsche Reparationsschuld (La Grèce au bord du gouffre, les dettes de réparation allemande) de Karl Heinz Roth publié dernièrement aux éditions VSA-Verlag. Il a été publié en allemand dans le journal AK – analyse & kritik. Zeitung für linke Debatte und Praxis / Nr.606 / 16.6.2015  

https://www.akweb.de/

Traduit par Aurélie Audeval et Jan Wörlein

·         1. NdT : Les traités de paix post-guerre ont été rédigés comme des traités provisoires, du fait de la partition de l’Allemagne. Avec la réunification, ces traités auraient donc du être réexaminés.

http://www.contretemps.eu/interventions/minimum-90-milliards-pourquoi-demandes-r%C3%A9paration-gr%C3%A8ce-envers-lallemagne-sont-justifi

 

http://arretsurinfo.ch/90-milliards-pourquoi-les-demandes-de-reparation-de-la-grece-envers-lallemagne-sont-justifiees/

La conférence de Potsdam : origine de la confrontation Est-Ouest

Un expert militaire russe analyse ici les origines historiques de la confrontation Est-Ouest. Une volonté ininterrompue, à l’Ouest, de détruire l’URSS et ses successeurs quel que soit le régime économique installé, communiste ou capitaliste, mettant ainsi  à nu la véritable stratégie hégémonique du bloc occidental. Le pivot vers l’Asie de la Russie met sérieusement à mal cette stratégie séculaire.

Les dirigeants de la coalition anti-Hitler se sont réunis à Potsdam en conférence du 17 juillet au 2 août 1945 pour tirer un trait sur la Seconde Guerre Mondiale. Il s’agissait de la troisième conférence entre les dirigeants des trois grands pays et le dernier événement d’après-guerre dans ce format. Seulement six mois s’étaient écoulés depuis la précédente conférence de Yalta, mais de nombreuses questions urgentes émergeaient, à traiter sans délai.

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L’Union Soviétique était représentée par Joseph Staline, la Grande-Bretagne par Winston Churchill, et les États-Unis par le président Harry S. Truman. C’était la première réunion Big Three de Truman. Le président Franklin D. Roosevelt, décédé en avril 1945, a assisté aux deux premières conférences – à Téhéran en 1943 et à Yalta en février 1945. Le Premier ministre britannique Winston Churchill n’était pas présent pour la cérémonie de clôture, son parti ayant perdu les élections au Royaume-Uni, et il a été remplacé à mi-parcours de la conférence par le nouveau Premier ministre, Clement Attlee.

L’esprit même des négociations et les sentiments des participants avaient également changé. Les vainqueurs étaient des nations ayant des systèmes sociaux et économiques différents poursuivant différents objectifs géopolitiques. L’écart était devenu large au fur et à mesure que la victoire approchait dans la Seconde Guerre Mondiale et il l’est devenu encore plus après la fin de la guerre.

Le problème le plus urgent était le sort de l’Allemagne d’après-guerre. Malgré de nombreux différends, les dirigeants alliés ont réussi à conclure des accords à Potsdam. Par exemple, les négociateurs ont confirmé le statut d’une Allemagne démilitarisée et désarmée en quatre zones d’occupation alliées. Selon le Protocole de la Conférence, il devait y avoir «un désarmement et une démilitarisation complète de l’Allemagne» ; tous les secteurs de l’industrie allemande qui pourraient être utilisés à des fins militaires devaient être démantelés ; toutes les forces militaires et paramilitaires allemandes devaient être éliminées (y compris l’armée régulière, la Gestapo, les SS, les SA et le SD) ; et la production de tout matériel militaire en Allemagne a été interdit.

En outre, la société allemande était à reconstruire sur des bases démocratiques par l’abrogation de toutes les lois discriminatoires de l’époque nazie et par l’arrestation et le procès des Allemands réputés être des criminels de guerre. Les systèmes éducatifs et judiciaires allemands devaient être purgés de toutes les influences autoritaires, et les partis politiques démocratiques seraient encouragés à participer à l’administration de l’Allemagne au niveau local et national. Mais la reconstitution d’un gouvernement national allemand a été reportée sine die, et la Commission de contrôle des Alliés (qui était composée des quatre puissances occupantes, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Union Soviétique) dirigerait le pays durant l’interrègne.

Contrairement à Yalta, la question de la partition ne figurait pas à l’ordre du jour. Les alliés ont déclaré ne pas avoir l’intention d’asservir le peuple allemand. Leur but était de veiller à ce que l’Allemagne «ne puisse plus jamais menacer ses voisins ni la paix mondiale». C’est l’Occident qui a pris l’initiative de la partition de l’Allemagne, pas l’Union Soviétique. C’est un fait incontestable.

Le paiement des réparations était un sujet de discorde. Les États-Unis et l’Union Soviétique ont travaillé sur un compromis. L’URSS a été autorisée à demander des réparations à la zone soviétique, et également 25% de l’équipement industriel des zones occidentales au titre des réparations (10% de la capacité industrielle des zones occidentales inutiles pour l’économie de paix allemande devraient être transféré à l’Union Soviétique dans les deux ans). L’Amérique et la Grande-Bretagne pourraient prendre les réparations dans leurs zones si elles le souhaitaient. Staline a proposé, et cela a été accepté, que la Pologne soit exclue de la compensation allemande pour se voir ensuite accorder 15% des réparations accordées à l’Union Soviétique.

À Yalta les alliés sont convenus que la Pologne devait obtenir de nouvelles terres dans le nord et à l’ouest avec une décision finale reportée à une conférence de paix. À Potsdam, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont tenté de dévier de l’accord conclu auparavant.

La définition des nouvelles frontières occidentales de l’Allemagne était un problème difficile à résoudre. La position des États occidentaux a été influencée par le fait que les États-Unis ont mené un essai nucléaire réussi. Les États-Unis ont testé avec succès la première arme atomique dans le monde près d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945. Truman a reçu les nouvelles lorsqu’il était à Potsdam. Pour renforcer sa position à la conférence, Truman a dit à Staline le 24 juillet que les États-Unis possédaient «une nouvelle arme d’une force destructrice inhabituelle». Staline n’a montré aucun intérêt particulier. Tout ce qu’il a dit était qu’il était heureux de l’entendre et espérait qu’il serait fait un «bon usage de celle-ci contre les Japonais».

Le président américain a dit qu’il ne serait pas d’accord sur la frontière occidentale de la Pologne car cette question devait être abordée lors d’une conférence de paix. Il n’était pas sincère, il savait assurément qu’il n’y aurait jamais de conférence de paix. Enfin, la conférence a décidé que la frontière orientale de l’Allemagne devait être déplacée vers l’ouest le long de la ligne Oder-Neisse, réduisant ainsi la taille de l’Allemagne d’environ 25% par rapport à ses frontières de 1937. Les territoires à l’est de la nouvelle frontière étaient constitués par la Prusse orientale (Konigsberg rebaptisée Kaliningrad en 1946, la décision correspondait à ce qui avait été convenu à la conférence de Téhéran en 1943), la Silésie, la Prusse occidentale, et les deux tiers de la Poméranie. Ces zones étaient essentiellement agricoles, à l’exception de la Haute-Silésie, qui était le deuxième plus grand centre de l’industrie lourde allemande.

Truman n’était pas intéressé par l’approfondissement des divisions existantes car il voulait que l’Union Soviétique se joigne à elle dans la guerre du Pacifique contre le Japon dès que possible. Certains disent qu’au moment de la conférence de Potsdam, les États-Unis avaient perdu tout intérêt à impliquer l’URSS dans la guerre du Pacifique. Ce n’est pas vrai. Après que Staline a réaffirmé son engagement à déclarer la guerre au Japon, Truman a écrit dans une lettre privée à sa femme, Bess Truman (18 août 45) «… J’ai obtenu ce pour quoi je suis venu – Staline est entré en guerre [contre le Japon] le 15 août sans aucune condition. Il voulait un arrangement avec la Chine [en échange de l’entrée en guerre dans le Pacifique, la Chine devait céder à la Russie certains territoires et d’autres concessions] – et c’est pratiquement fait – dans de meilleurs termes que ce que j’attendais, Soong [ministre chinois des Affaires étrangères] a fait mieux que ce que je lui ai demandé. Je peux dire aujourd’hui que nous finirons la guerre un an plus tôt, et pensons aux enfants qui ne seront pas tués! Voilà la chose importante.»

Les décisions prises lors de la conférence de Potsdam avaient des conséquences positives et négatives. La conférence est convenue d’un certain nombre de questions liées au système mondial d’après-guerre et a creusé des clivages entre l’Union Soviétique et les puissances occidentales. C’est ainsi que les divisions dans les rangs de la coalition anti-hitlérienne sont apparues au grand jour. La guerre froide était imminente.

L’URSS et les puissances occidentales avaient des intérêts géopolitiques différents et poursuivaient donc des objectifs différents. Staline voulait que les États d’Europe de l’Est rejoignent le camp socialiste et passent dans la sphère d’influence soviétique. Dans mon esprit, il ne poursuivait pas l’objectif, depuis longtemps dépassé, de mettre en scène une révolution mondiale. Je crois que le véritable motif derrière sa décision était tout à fait différent. Staline a voulu étendre une zone tampon pour des raisons de sécurité, de sorte qu’une agression inattendue contre l’Union Soviétique serait exclue. En 1942, Sir Anthony Eden, ministre britannique des Affaires étrangères, a écrit que l’Union Soviétique voulait assurer la sécurité maximale à ce que seraient ses frontières occidentales.

La conférence de Potsdam fait émerger le désir des participants d’élargir leurs zones d’influence respectives. La partition de l’Europe en deux blocs était-elle inévitable? Dans une certaine mesure, c’est ce qui s’est produit. Je crois qu’il était possible d’éviter une guerre froide totale. La bonne volonté aurait pu tenir le monde en équilibre en empêchant une guerre chaude totale. La confrontation géopolitique aurait pu être évitée si les problèmes avaient été abordés de manière civilisée.

Qu’en est-il la bonne volonté chez les alliés occidentaux? Pas plus tard qu’en avril 1945, Churchill a chargé l’état-major interarmées de planification des forces armées britanniques de préparer l’Opération Unthinkable [impensable], un nom de code pour deux plans connexes d’un conflit entre les alliés occidentaux et l’Union Soviétique. On a demandé aux généraux de concevoir les moyens d’«imposer à la Russie la volonté des États-Unis et de l’Empire britannique». Le plan envisageait de déclencher une guerre totale pour occuper les parties de l’Union Soviétique qui avaient une signification cruciale pour son effort de guerre et de livrer ainsi un coup décisif aux forces armées soviétiques, rendant l’URSS incapable de continuer le combat. Les planificateurs britanniques sont arrivés à des conclusions pessimistes. Ils ont dit que toute attaque serait «dangereuse» et que la campagne serait «longue et coûteuse».

Le rapport effectivement déclarait : «Si nous nous lançons dans la guerre avec la Russie, nous devons être prêts à être engagés dans une guerre totale, qui serait à la fois longue et coûteuse». La supériorité numérique des forces terrestres soviétiques laisse peu de chances de succès. L’évaluation, signée par le chef d’état-major de l’Armée, le 9 juin 1945, a conclu : «Il est au-delà de notre pouvoir de remporter un succès rapide mais limité et nous serons engagés dans une guerre prolongée grandement aléatoire. Ces aléas, d’ailleurs, deviendraient capricieux si les Américains se lassaient et devenaient indifférents, attirés par l’aimant de la guerre du Pacifique.»

Truman a pris une position ferme aussi. Le 12 mai, dès que les derniers coups de feu de la guerre ont été tirés, il a soudainement ordonné la suspension des expéditions d’armement prêts-bails à l’URSS. Selon lui, celle-ci n’était pas en guerre avec le Japon et il serait contraire à la loi de poursuivre les livraisons prêts-bails. Moscou s’y est opposé et les livraisons ont été renouvelées, mais il était clair que les partisans d’une diplomatie basée sur une position de force prévalaient. Au moment de la conférence de Potsdam, un document secret était en travaux. Il a été appelé «Graphique stratégique de certaines régions urbaines russes et mandchoues [Projet n ° 2532]» (30 août 1945). Donc, le 30 août, 1945 – avant que la Seconde Guerre Mondiale ne soit officiellement terminée –, le commandement des forces armées américaines avait déjà pris le temps de dresser une liste de cibles prioritaires pour les bombes atomiques en URSS… et avait même tracé, sur une carte de l’Union Soviétique, les rayons d’action des bombardiers à capacité nucléaire. Le document dit : «L’objectif principal pour l’utilisation de la bombe atomique est manifestement la destruction simultanée de ces quinze premières cibles prioritaires.»

Le commandement conjoint américano-britannique a tenté de maintenir une partie du potentiel allemand en état, si nécessaire, pour l’utiliser contre l’Union Soviétique. L’armée allemande devait devenir une troisième force pour contribuer à la défaite rapide de l’allié d’hier, l’Union Soviétique.

Ces faits donnent un indice pour comprendre pourquoi l’Occident prend une position aussi ferme contre la Russie aujourd’hui. Il veut isoler la Russie en introduisant des sanctions, l’évincer du G8, l’exclure de l’APCE et d’autres organismes internationaux, soutenir les ennemis de la Russie dans les États baltes, la Pologne et l’Ukraine.

Les dirigeants occidentaux feraient bien d’apprendre les leçons de l’histoire d’après-guerre au lieu de pousser à l’escalade de la confrontation. Ils semblent être emportés par des plans pour effrayer la Russie. Après la conférence de Potsdam, des tentatives ont été faites pour intimider l’URSS avec des armes nucléaires et l’encercler par des bases militaires. Cela a conduit à la puissance croissante de l’Union Soviétique, qui s’est considérablement réarmée, se transformant en un pôle mondial capable de tenir tête aux États-Unis.

Aujourd’hui, les activités visant à affaiblir la Russie avec l’aide de sanctions et d’isolement international lui font atteindre de nouveaux sommets dans le développement de son économie et de son potentiel militaire de défense. Le poids politique de la Russie est de plus en plus grand avec l’influence croissante des BRICS, de l’Organisation de coopération de Shanghai et de l’Union économique eurasienne. Aucun problème international d’une certaine ampleur ne peut être résolu sans la Russie, que ce soit le programme nucléaire iranien, la crise ukrainienne, la suppression des frontières douanières dans l’espace de Lisbonne à Vladivostok. Voilà, on y est.

Yuriy Rubtsov

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/la-conference-de-potsdam-origine-de-la-confrontation-est-ouest/

La destruction de l’humanité à Hiroshima et Nagasaki : « La vraie vérité »

«Le bouclier antibalistique que nous allons construire en Europe de l’Est est seulement destiné à nous défendre contre les attaques d’Etats voyous et de groupes terroristes. Soyez donc rassuré: même si nous prenions l’initiative de vous attaquer par une première frappe nucléaire, vous pourriez aisément traverser le bouclier et anéantir mon pays.»

Le président Bill Clinton, s’adressant au président Vladimir Poutine le 6 juin 2000, à Moscou

Cette phrase résume à elle seule la doctrine de la dissuasion. Cette année 2015 a été l’année des commémorations en règle générale de ce que l’on appelle les Alliés: les vainqueurs. Ce terme prête à confusion pour deux raisons, car des vainqueurs il y en a eu deux, l’un que l’on appellera par la suite l’empire américain et ses vassaux qui s’attribuent les mérites sans en avoir payé le prix du sang ou plutôt, ils ont payé effectivement avec le sang des autres, ce fut pour l’Angleterre, les Indiens, les Pakistanais et pour la France, l’essentiel de l’effort supporté par les Régiments de tirailleurs algériens, tunisiens et marocains sans oublier le petit peuple constitué par les Européens d’Algérie. L’autre allié qui n’a jamais été reconnu est l’Empire soviétique, le premier à planter le drapeau sur la chancellerie du Reich un certain jour de mai 1945 qui marqua symboliquement la fin de la guerre.

En face, deux peuples guerriers et leurs «alliés» comme l’Empire ottoman qui en paya un terrible prix: la curée était telle que la guerre n’était pas terminée que les acolytes diaboliques commençaient à se partager la dépouille encore fumante. Ce furent les accords de la honte de Sykes –Picot que les Etats Unis furent les premiers à dénoncer. Le président Woodrow Wilson, tentant de mettre en avant l’argument de l’autodétermination des peuples. Ces deux peuples guerriers étaient l’Allemagne qui n’a jamais accepté l’humiliation du traité de Versailles et le Japon qui s’estimait être l’héritier d’une grande civilisation. Nous verrons que le largage des deux bombes atomiques était plus fait pour donner un signe de Truman aux Soviétiques que de faire capituler un pays qui était déjà à genoux et qui ne demandait qu’une reddition dans l’honneur en sauvant l’empereur.

Le 16 juillet 1945, à l’issue du premier tir nucléaire grandeur nature, dit «Trinity», au Nouveau-Mexique, le physicien américain Kenneth Bainbridge, responsable de l’essai, avait déclaré à Robert Oppenheimer, patron du projet Manhattan: «Maintenant nous sommes tous des fils de putes» («Now we are all sons of bitches»). Trois semaines plus tard, le 6 août, le bombardier américain Enola Gay larguait la bombe «Little Boy» sur Hiroshima, au Japon, qui tuait 80.000 personnes d’un coup. «L’aube d’une ère nouvelle», assurent certains scientifiques. 80.000 Japonais moururent (140.000 selon les Japonais) sur le champ. L’humanité entamait une ère nouvelle caractérisée par la possibilité de son extinction. Le 9 août ce sera le tour de Nagasaki de recevoir le feu du ciel qui se termina par plus de 70.000 morts.

De leur côté les Soviétiques ne croisèrent pas les bras. Il faut savoir en effet qu’ils s’employèrent eux aussi à maîtriser le feu nucléaire; moins de trois ans plus tard, ils faisaient exploser leur bombe atomique. Ce qui a amené les Américains à aller plus loin et à faire exploser une bombe à hydrogène de 10 mégatonnes de TNT où le détonateur était constitué par une bombe atomique à l’uranium 235. Il y eut même des bombes au plutonium. En réponse à quoi les Soviétiques firent exploser la bombe appelée Tsar bomba de 50MT soit près de 3000 fois la bombe d’Hiroshima. L’Angleterre fit elle aussi des essais et on connaît les essais de la France, les 13 essais (Gerboises multicolores). L’histoire se souviendra du cri de joie de De Gaulle, le président français: «Hourra pour la France! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière» le 13 février 1960, félicitant les militaires qui venaient de faire exploser une bombe de 70 KT 5 fois plus puissante que celle d’Hiroshima, dans l’Algérie en guerre. Les Algériens paient encore le prix de l’ivresse de puissance. (1)

Les motifs réels

On est en droit de se demander pourquoi les Etats-Unis ont largué une bombe atomique sur un pays à genoux! Mieux encore, pourquoi trois jours après, une autre bombe sans motif apparent. Dans le documentaire d’Arte à ce sujet, nous lisons

«(…) Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un «mal nécessaire» pour forcer les Japonais à capituler? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres: tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août): les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté: considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux EU, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire (2) ».

La bombe était-elle nécessaire?

Pour le philosophe Jean-Pierre Dupuy, polytechnicien et ingénieur des mines, professeur à l’université Stanford:

«L’existence de l’arme nucléaire pose un défi extrême à la pensée. Par elle, une possibilité inouïe a fait irruption dans l’histoire humaine: l’autodestruction de l’espèce. (…) Pour l’opinion américaine, aujourd’hui encore, la décision la plus importante de l’histoire du XXe siècle aura été un mal, certes, mais un mal nécessaire. Sans l’effet terrifiant de la bombe, seule une invasion de l’archipel qui aurait coûté la vie à un demi-million de soldats américains pouvait faire céder le Japon.» (3)

«Si ce qu’il fallait cacher, poursuit le philosophe Jean-Pierre Dupuy c’est que la bombe n’était nullement nécessaire pour obtenir la capitulation du Japon? (…) Il aurait suffi de deux conditions pour que la reddition soit obtenue sans délai: que le président Truman insiste pour que l’Union Soviétique déclare sur le champ la guerre au Japon; que les Américains promettent de laisser l’empereur en vie et en fonction. Truman a refusé l’une et l’autre condition. C’était à la conférence de Potsdam qui a débuté le 17 juillet 1945. La veille, le président avait reçu la «bonne nouvelle»: la bombe était au point,(…) La bombe existait, elle ne pouvait qu’être utilisée. (…) Cette extravagance révèle que les conditions nées de l’effondrement de la puissance soviétique n’ont rien ôté de son caractère dément à la logique de la dissuasion. La sécurité y est fille de la terreur. Cette logique a reçu un nom approprié: MAD («fou» en anglais), pour «Mutually Assured Destruction» – destruction mutuelle assurée. (…) Dans ses mémoires, Valéry Giscard d’Estaing a avoué que jamais il n’aurait appuyé sur le bouton. L’état-major ne lui a pas encore pardonné. (…) De là à conclure que la dissuasion est une chose du passé et que la guerre préventive doit la remplacer, il y a un énorme pas qu’on ne devrait pas franchir. (…) Il est difficile de ne pas partager le pessimisme de Günther Anders. L’apocalypse est inscrite comme un destin dans notre avenir, écrit-il dans son livre. Hiroshima est partout (Seuil, 2008), et ce que nous pouvons faire de mieux, c’est retarder indéfiniment l’échéance. Nous sommes en sursis.» (3)

Les causes qui font diversion

On prête aux physiciens juifs allemands réfugiés aux Etats-Unis leur intervention auprès d’Einstein pour qu’il puisse informer le président Roosevelt que les physiciens allemands étaient proches de la confection d’une bombe atomique et qu’il fallait arrêter cela. Pourquoi alors une bombe sur Hiroshima et pas sur Berlin?

Une autre raison invoquée par les boute-feux qui ont encouragé Truman est que la simple prise de l’île d’Okinawa a coûté 7600 morts à l’armée américaine. L’état-major américain craint, non sans exagération, de perdre 500.000 soldats pour conquérir Honshu, l’île principale de l’archipel. C’est ainsi qu’émerge l’idée d’utiliser la bombe atomique contre l’Empire du Soleil Levant, pour briser sa résistance à moindres frais. Comment peut-on comprendre l’ambivalence du discours américain. N’est-ce pas le président Roosevelt, le 1er septembre 1939 lors d’un appel aux Européens:

«Le bombardement aérien sans pitié de civils dans des régions urbaines non fortifiées, au cours des hostilités qui ont fait rage dans différentes parties du monde ces dernières années, qui a mutilé et tué des milliers de femmes et d’enfants sans défense, a profondément choqué la conscience de l’humanité.»

On dit aussi parmi les causes, qu’en réponse à la déclaration de Potsdam du 26 juillet, le gouvernement japonais organisa le 28 une conférence de presse au cours de laquelle le Premier ministre Kantarô Suzuki annonça l’intention du Japon «d’ignorer» (mokusatsu) l’ultimatum.

Les réticences multiples de l’état-major

Pourtant pratiquement tout l’état-major était contre. A commencer par le général Dwight Eisenhower. D’autres voix se sont élevées contre l’utilisation militaire des bombes atomiques. Il est admis que le Japon était à genoux et cherchait une reddition dans l’honneur. A l’été 1945, le blocus du Japon était presque complet. Les sous-marins et l’aviation américaine avaient le contrôle des eaux côtières. Il a été avancé que l’utilisation d’armes atomiques à grande échelle contre les populations civiles était un crime de guerre, voire un crime contre l’humanité. La Convention de La Haye stipulait: le bombardement aérien visant à terroriser la population civile, à détruire ou endommager des biens de nature non militaire ou à blesser des non-combattants est interdit (Art. 22). Le Japon était déjà profondément affaibli dès le début de 1945 et la capitulation inéluctable. L’officier le plus haut gradé dans le théâtre des opérations en Pacifique était le général Douglas MacArthur. Il ne fut pas consulté au sujet des bombardements, mais dira après coup qu’il n’y avait pas de justification militaire pour cette attaque.(4)

L’ivresse de puissance de Truman en mal de légitimité

Le major-général Curtis LeMay, l’amiral Ernest King (chef des opérations navales), l’amiral Chester Nimitz (chef de la marine dans le Pacifique) émettront également des doutes au sujet des bombardements atomiques. Eisenhower écrira dans son mémoire The White House Years:

«En 1945, le secrétaire de la Guerre Stimson, alors en visite dans mon quartier général en Allemagne, m’informa que notre gouvernement était en train de préparer le largage d’une bombe atomique sur le Japon. J’étais de ceux qui avaient le sentiment qu’il devait y avoir un certain nombre de raisons valables pour mettre en doute la sagesse d’un tel acte. Plus loin, il ajoute: «MacArthur pensait que le bombardement était complètement inutile d’un point de vue militaire.»

Les Etats-Unis savaient déjà depuis longtemps décoder les messages japonais et savaient donc que les Japonais cherchaient depuis des mois à déposer les armes. L’amiral Chester W. Nimitz, commandant en chef de la flotte US du Pacifique, fit écho à cette réalité lorsqu’il écrivit:

«En fait, les Japonais avaient déjà avoué leur défaite, la bombe atomique n’a joué aucun rôle sur le plan strictement militaire.» (4)

Il existe un autre argument: l’ambition démesurée de Truman. Roosevelt meurt en Avril 1945, le vice-président Truman lui succède pour la fin du mandat. Voulant se légitimer et peut-être militer pour un mandat de président, il décide du largage des bombes, cette décision renforcerait rapidement sa popularité. De plus, Truman lui-même déclara hypocritement que l’objectif des deux bombardements nucléaires était de «ramener les boys à la maison». Il pouvait être tenté enfin de surfer sur l’argument «il faut laver l’affront de Pearl Harbour». Encore une fois le Japon était à genoux, il demandait une reddition dans l’honneur. Pour l’Histoire, cependant, l’embargo complet sur le pétrole et l’acier ainsi que le gel des avoirs japonais sur le sol américain a fait que le Japon étranglé n’avait pas d’autre choix que de se battre. Ce fut Pearl Harbour le 7 décembre 1941. Le mythe du «Jour d’infamie» de l’Amérique, consolide fortement l’idée que l’Amérique n’attaque que pour se défendre. (5)

La vraie vérité: intimider l’Union Soviétique

La réponse se trouve en fait dans l’attitude des Etats-Unis envers les Russes. En février 1945, les Etats-Unis ne savaient pas encore si la bombe allait fonctionner. L’analyse de Jacques Pauwels historien canadien se tient:

«L’irruption des États-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale doit-elle être considérée comme une croisade contre la barbarie nazie, la lutte du Bien contre le Mal? (…) les Américains étaient, en effet, loin d’être indifférents aux ressources économiques et à la dimension géostratégique des régions qu’ils allaient libérer. (…) En Europe de l’Ouest, les Américains et les Britanniques avaient déjà créé un nouvel ordre presque un an auparavant, et Staline avait accepté cet arrangement. En Europe de l’Ouest, tout avait déjà été décidé; en Europe de l’Est, et en Allemagne, tout restait possible. (…) Le 25 avril 1945, Truman prit connaissance du projet ultrasecret Manhattan (…) Truman et ses conseillers se trouvaient fascinés par ce que le célèbre historien américain William Appleman Williams a appelé une «vision d’omnipotence». La bombe atomique constituait «un marteau», comme disait Truman lui-même, qu’il brandirait au-dessus de la tête de «ces gars au Kremlin». (…) Ainsi naquit la diplomatie de l’atome, qui a été dévoilée d’une manière si captivante par l’historien américain Gar Alperovitz. (…)» (6)

«A la conférence de Postdam du 17 juillet au 2 août 1945, Truman reçut le message tant attendu lui annonçant que la bombe avait été testée avec succès le 16 juillet à Almagordo, au Nouveau-Mexique. Le président américain se trouvait maintenant assez fort pour prendre l’initiative, il rejeta catégoriquement toutes les propositions qui émanaient du côté soviétique. (…) Or, Staline ne montra aucun signe de faiblesse, même pas lorsque Truman essaya de l’intimider en lui soufflant dans l’oreille que l’Amérique avait acquis une nouvelle arme terrifiante. Le sphinx soviétique, qui avait certainement déjà été informé du projet Manhattan par ses espions, écouta dans un silence de plomb. Truman en conclut que seule une démonstration réelle de la bombe atomique pouvait persuader les Soviétiques de plier.» (6)

Les Japonais devraient remercier les USA pour avoir reçu une bombe sur la tête

D’après un sondage de l’Institut de recherche américain Pew Research Center, la majorité des Américains considèrent les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki comme justifiées. Mieux encore, ils pensent qu’ils ont rendu service à ce pays. Ainsi, à l’occasion du 70e anniversaire d’Hiroshima, les médias occidentaux, dont Foreign Policy fait partie, sont truffés d’articles, analysant la dimension historique des événements tragiques d’août 1945. Ces derniers expliquent que la véritable menace pour le Japon en 1945 était l’URSS, et en particulier Joseph Staline et sa faim dévorante pour les territoires au-delà de son contrôle. Foreign Policy mentionne même une stratégie militaire de l’Union Soviétique, présupposant la défaite du Japon impérial et l’occupation ultérieure de ses territoires terrestres et maritimes.

Si l’on suit cette logique, les Japonais devraient remercier les Américains qui ont largué à point nommé les bombes salvatrices sur Hiroshima et Nagasaki. « Merci » — c’est juste le mot que les Etats-Unis rêvent d’entendre de la part du Japon ».(7)

« Dans la suite de l’article, l’observateur « dévoile » un plan militaire diabolique de l’Union Soviétique, selon lequel, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’armée soviétique était prête à envahir le Japon. Selon l’auteur, les sous-marins soviétiques entouraient Hokkaido, projetant de capturer la péninsule ». Ces interprétations de la tragédie et de sa justification à tout prix a fait réagir. Cependant, une telle interprétation des événements de 1945, ne ressemble-t-elle pas à une difficile tentative de réécriture de l’histoire? Ce type de conspirationnisme, circulant dans le monde, est un exemple clair et net du révisionnisme historique, qui sert à distraire l’attention publique des bombardements nucléaires des Etats Unis et à cantonner l’intrigue autour de M. Staline, le nouveau souffre-douleur de la Seconde Guerre Mondiale, dans le nouvel imaginaire de l’Occident, » conclut l’analyste politique Andrez Korybko ».(7)

Helga Zepp-LaRouche, fondatrice de l’Institut Schiller à Washington, va plus loin, elle s’inscrit en faux contre cette argumentation et déclare que ce type d’interprétation s’inscrit dans une dynamique plus large visant à diaboliser encore et toujours la Russie et la Chine.

« Dans une interview pour Sputnik, historiquement, il n’y avait pas de raisons pour un bombardement atomique, car les pourparlers de paix étaient déjà engagés. D’après Mme Zepp-LaRouche, l’argument voulant que le double-bombardement ait été effectué pour sauver des soldats américains ne vaut rien. Le bombardement atomique a été entrepris écrit-elle pour créer une atmosphère d’horreur, c’était un geste d’instauration de l’ère d’après-guerre, pour prolonger le gouvernement colonialisme et impérialisme qui n’aurait jamais eu lieu si Franklin Roosevelt avait été vivant »(7)

« La réécriture de l’histoire conclut elle, fait partie de la logique d’aujourd’hui. Beaucoup de gens avertissent — les Etats-Unis et l’OTAN se préparent à une guerre contre la Russie et la Chine. La période la plus dangereuse sera août, parce que le Congrès des Etats-Unis part en vacances. Toutes les guerres au XXIème siècle ont commencé en août »(7)

D’Hiroshima à la cyberguerre, l’impossible désarmement

C’est par ce titre que Pierre Haski fait le parallèle avec un autre défi celui de la cyberguerre qui fait suite à cet équilibre de la terreur. Une guerre sans morts dirait François Mitterrand mais capable de détruire économiquement l’adversaire :

« Il a fallu trois décennies après Hiroshima pour que les grandes puissances s’engagent dans le désarmement nucléaire. Faudra-t-il un Hiroshima de la cyberguerre pour négocier ses codes ? (…) Lorsque la période aigüe de la guerre froide entre les deux blocs a commencé à céder le pas à la « détente », la désescalade nucléaire a été l’un de ses grands chantiers. Chaque pays possédait de quoi détruire plusieurs fois l’autre (…) Mais on est encore loin d’approcher le rêve, exprimé notamment par Barack Obama en juin 2013, d’un monde sans arme nucléaire ». (8)

Et la cyberguerre ? S’interroge Pierre Haski. Quelles leçons, quels enseignements peut-on tirer de 70 ans de tensions et de diplomatie autour de l’arme nucléaire pour les nouvelles formes de guerre de l’ère numérique ? Cyberguerre, robots tueurs, guerre de l’espace… Toutes ces nouvelles formes de conflit déjà opérationnelles ou encore dans les centres de recherche des fabricants d’armes posent des défis dont certains se rapprochent de ceux de l’arme nucléaire ; d’autres non. (…) un « bombardement » massif russe en « déni de service » de l’Estonie qui a paralysé tout son système électronique pendant trois jours ; un virus informatique israélo-américain, baptisé Stuxnet, qui a contaminé les ordinateurs du programme nucléaire iranien ;(…) Fin juillet, sous l’égide des Nations Unies, s’est ainsi tenue une rencontre internationale destinée à élaborer un « code de conduite » pour la guerre dans l’espace. Il ne s’agit pas d’un remake de « Star Wars » mais d’une menace bien réelle de déplacer nos conflits terrestres dans la stratosphère ». (8)

Le Japon est-il responsable de son malheur ?

Voilà encore, un autre canular occidental ! Responsable de quoi ? D’avoir autant de morts ? On estime à 140 000 le nombre de morts, au moment de l’impact puis ultérieurement, sous l’effet de l’irradiation. Une foule de plus de 50 000 personnes s’est recueillie dans le parc mémorial de la paix de cette ville. Son maire, Kazumi Matsui, a demandé la suppression des armes nucléaires, « le mal absolu », et la création de systèmes de sécurité qui ne dépendent pas de la puissance militaire. Il s’est adressé directement « aux leaders du monde », leur demandant « de venir dans les villes qui ont été bombardées, d’écouter les histoires des hibakusha et de connaître la réalité d’un bombardement nucléaire ». Shinzo Abe, a également prononcé un plaidoyer contre l’arme nucléaire :

« En tant que seul pays frappé par l’arme atomique (…) nous avons pour mission de créer un monde sans arme nucléaire. Nous avons la responsabilité de faire comprendre l’inhumanité des armes nucléaires, à travers les générations et les frontières. » (9)

Le Journal Le Monde dont on connait de plus en plus les dérives droitières va plus loin : « Victimes mais pas responsables, voilà l’ambiguïté véhiculée depuis des décennies à l’opinion publique japonaise par les différents gouvernements successifs. « Le Japon est devenu une grande puissance économique fondée sur un oubli, un mensonge, un reniement de notre histoire et nos responsabilités atroces avérées durant la Seconde Guerre Mondiale », reconnaît Wami Wasada, 35 ans, ancienne professeur de relations internationales à l’Université de Sendai. Pour Gen Kikkawa, président de l’Institut de la paix de Hiroshima, intégré au sein de l’université de la ville, « le Japon a envahi la Mandchourie pour en faire une grande zone de prospérité asiatique ». Universitaire éclairé, fils d’un diplomate basé en Europe durant la guerre, Gen Kikkawa remet l’histoire dans un contexte global de l’époque mais ne reconnaît pas les accusations sur le massacre de Nankin en 1937 et sur les femmes de réconfort (coréennes, chinoises, philippines)(…) ». (10)

En fait, la réalité est plus nuancée. Le Japon s’est développé en acceptant que sa sécurité soit assurée par les Etats Unis ; la situation actuelle a changé. Le Japon ne renie rien de son passé, bien qu’il envisage d’indemniser la Chine. Il affiche sa volonté de se réarmer face à la Chine, convaincu qu’il faut qu’il se repositionne sur l’échiquier mondial. C’est le cas aussi de l’autre vaincu, l’Allemagne qui envisage aussi de se réarmer. Il reste que les deux bombes ont montré que l’homme était capable du pire. L’atome est remplacé par d’autres armes tout aussi terrifiantes (Drones, armes chimiques, lasers, GBU…) qui, elles, sont utilisées sans retenue. Ce qu’il y a de sûr est que les Américains profitèrent des effets de la bombe pour mesurer médicalement, les conséquences sur les milliers de survivants qui moururent dans de pires conditions. Depuis les 210.000 morts de ces bombes, il y eut 55 conflits qui ont fait des millions de morts. Ainsi va le Monde.

1. http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/08/03/70-ans-apres-hiroshima-la-science-produira-t-elle-de-nouveaux-fils-de-putes_4710139_1650684.html

2. http://www.arte.tv/guide/fr/054197-000/hiroshima-la-veritable-histoire

3. http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/08/03/penser-l-impensable-destruction-nucleaire_4709397_3232.html#2XR7vrazix46XA0G.99

4. Robert Freeman http://www.legrandsoir.info/ etait-il-necessaire-de-lancer-des-bombes-atomiques-sur-le-japon-common-dreams.html 8 août 2011

5. CE. Chitour http://www.legrandsoir.info/il-y-a-66-ans-l-eradication-d-hiroshima-et-de-nagasaki-etait-elle-morale.html

6. J. Pauwels http://www.aden.be/index. php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre

7.http://fr.sputniknews.com/international/20150807/1017428485.html#ixzz3iBUJZVv3

8.Pierre Haskihttp://rue89.nouvelobs.com/2015/08/05/dhiroshima-a-cyberguerre-limpossible-desarmement-260625

9.http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Le-Japon-n-assume-pas-son-passe-militariste-2015-08-02-1340682

10.http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/08/06/les-cloches-sonnent-a-hiroshima-70-ans-apres-la-premiere-bombe-nucleaire-de-l-histoire_4713403_3216.html#Gd3Uuk7pQ8Wegvjv.99

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/222453-la-vraie-verite.html

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

http://chemseddine.over-blog.com/2015/08/la-destruction-de-l-humanite-a-hiroshima-et-nagasaki-la-vraie-verite.html

Soixante-dix ans après la déflagration d’Hiroshima, une enquête de grande ampleur replace la vérité historique aux avant-postes et révèle d’étonnants témoignages. Un regard neuf sur un événement qui a provoqué tant d’aveuglement.

Les noms sont entrés dans la mémoire collective, et ils résonnent encore de manière macabre. Le projet atomique américain s’appelait « Manhattan Project », la bombe « Little Boy », et l’avion qui a ouvert sa soute « Enola Gay ». Le 6 août 1945, sur ordre du président Truman, un bombardier B-29 largue sur Hiroshima la première arme nucléaire jamais utilisée lors d’une guerre. « Il y eut un anneau de feu rouge et aveuglant. Je ne devrais pas le dire, mais c’était magnifique », dit aujourd’hui un des survivants. « L’aube d’une ère nouvelle », assurent certains scientifiques. 80 000 Japonais paient sur le champ ce basculement de l’histoire de l’humanité. Si, bien entendu, les suites immédiates et dantesques de l’explosion sont l’épicentre du documentaire, elles n’en constituent pas l’unique objet. Grâce à la révélation d’étonnants secrets, Hiroshima, la véritable histoire dissipe les écrans de fumée qui ont détourné le monde de la réalité des faits.

Test grandeur nature

Cette investigation ambitieuse éclaire aussi bien les motivations réelles des Américains que les conséquences sociales, sanitaires et environnementales du désastre. Little Boy était-elle un « mal nécessaire » pour forcer les Japonais à capituler ? Hiroshima démontre que le pays de l’empereur Hirohito avait de toute façon déjà perdu la guerre et s’apprêtait à négocier. Les objectifs de Truman étaient autres : tester in vivo l’efficacité de la bombe et devancer les Russes dans la course à l’armement. Même duplicité après la seconde explosion atomique (Nagasaki, le 9 août) : les Américains font des études scientifiques mais ne soignent personne. Le quotidien des irradiés est occulté : considérés comme des pestiférés, ils doivent subir l’emprise rapace des mafias japonaises et la désagrégation des rapports humains. Dans le même temps, aux États-Unis, une propagande gouvernementale massive tente de rendre populaire le recours au nucléaire. Bénéficiant d’images d’archives inédites et de documents confidentiels, le film de Lucy van Beek met en avant de nombreux  témoignages, notamment  japonais (experts, agents secrets, survivants). Les souvenirs et les histoires individuelles qu’ils esquissent aboutissent tous au même constat : les ondes de choc d’Hiroshima n’ont pas encore disparu.

 

http://www.arte.tv/guide/fr/054197-000/hiroshima-la-veritable-histoire

Accords de Munich – Le dessous des cartes

Une vision historique du tristement célèbre accord de Münich qui nous permet de mieux comprendre pourquoi il fut signé par la France et l’Angleterre.

En signant les accords de Munich avec Adolf Hitler le 30 septembre 1938, les puissances européennes qu’étaient la France et l’Angleterre ont voulu passer ce message à l’Allemagne nazie : Engagez-vous à l’est et l’on ne vous fera pas de mal, selon ce qu’a confié à Sputnik le professeur Grover Carr Furr de l’université d’État de Montclair.

L’accord de Munich, signé à l’aube du 30 septembre 1938 par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Allemagne nazie (excluant l’URSS et la Tchécoslovaquie) a ouvert les portes à l’agression hitlérienne et entériné le début réel de la Seconde Guerre Mondiale.

En vertu de cet accord, l’Allemagne a eu l’autorisation de saisir les parties septentrionales et occidentales de la Tchécoslovaquie, dénommées les Sudètes, qui étaient essentiellement habitées par des germanophones.

Dès le 19-20 mai, les forces militaires allemandes avaient commencé à se concentrer sur les frontières tchécoslovaques, entraînant une mobilisation partielle du pays. Les intentions d’Hitler étaient parfaitement claires pour les puissances européennes. Mais elles n’avaient aucune envie d’aider le gouvernement tchécoslovaque à faire face à l’évidente agression allemande.

L’accord de Munich a livré la Tchécoslovaquie à Hitler

Le 20 juillet, le ministre français des affaires étrangères, Georges Bonnet, a informé son homologue tchèque, Stefan Osuky, que la France ne fera pas la guerre pour les Sudètes… Le gouvernement tchécoslovaque doit comprendre que la France, comme l’Angleterre, ne partiront pas en guerre. Il est important que les choses soient bien claires à ce sujet. (Voir Michael J. Carley : Seule l’URSS a les mains propres : la perspective soviet sur l’échec de la sécurité collective et l’effondrement de la Tchécoslovaquie, 1934-1938)

Le gouvernement tchèque a été littéralement forcé, par la France et l’Angleterre, de se soumettre.

Le 15 septembre, le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, a rencontré Adolf Hitler à Berchtesgaden pour négocier la cession des territoires tchèques. Trois jours plus tard, une rencontre s’est tenue entre Hitler et le Premier ministre français Edouard Daladier sur le même sujet. Inutile de préciser qu’aucun représentant tchèque n’a été invité à la table des négociations.

Explication de l’expert américain en histoire soviétique, le professeur Grover Carr Furr à Sputnik :

 

«En vérité, l’accord de Munich provoqua ce que les menteurs prétendent être le fait du pacte Molotov-Ribbentrop, lequel, pour sa part, ne provoqua rien. L’accord de Munich livra un pays à Hitler. En plus, les alliés le firent sans demander son avis au gouvernement ou au président tchèque. La Pologne fut complice. Elle s’empara de la région de Teschen, très industrialisée et peuplée d’une minorité polonaise. Winston Churchill a comparé la Pologne à un chacal s’emparant des restes alors que les lions, les grandes puissances, se réservaient les meilleurs morceaux. En 1939, quand Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, la Banque d’Angleterre livra à Hitler les réserves d’or tchèque.»

Qui contrôle le passé contrôle le futur : Pourquoi Staline est-il haï par l’Ouest? Staline Truman et Churchill de G à D. Wikipédia ©

La Tchécoslovaquie fut vraiment une bonne prise pour Hitler : le pays hébergeait une industrie militaire très développée et représentait 40% du marché mondial des armements. Les dix premières usines militaires pouvaient produire, chaque mois,  1 600 mitraillettes lourdes, 3 000 mitraillettes légères, 130 000 fusils, 7 000 lance-grenades, et des centaines d’autres armements dont des tanks et des avions.

Après s’être emparé du reste de la Tchécoslovaquie, Hitler profita de son énorme arsenal militaire. Ainsi, en laissant Hitler annexer les Sudètes et en ne faisant pas un geste lorsqu’il s’empara de tout le territoire tchèque, les puissances occidentales ont fourni au Führer une base industrielle militaire unique.

Furr continue son explication :

 

«Mais pourquoi donc? Je pense que c’est assez clair. Le Royaume-Uni et la France voulaient laisser entendre à Hitler qu’il pouvait s’étendre vers l’est sans qu’ils ne réagissent. Rappelez-vous que lorsque la Pologne a été attaquée, le 1er septembre 1939, ni les Britanniques ni les Français n’ont dit quoi que ce soit, malgré leurs accords d’entraide avec la Pologne. Ils n’ont rien fait jusqu’en mai 1940, lorsque Hitler les a attaqués.»

Chamberlain au centre, Ribbentrop à droite, le 16 septembre après la rencontre avec Hitler à Bertchesgaden. A gauche Alexander Von Dörnberg © Wikipédia. Bundesarchiv

Les accords de Munich ont été un encouragement à Hitler pour qu’il attaque l’URSS.

 

Furr poursuit son analyse :

Le mystère du pacte Germano-Soviétique. Pourquoi l’URSS a-t-elle signe un pacte de non-agression? ©AP/Photo

En fait, en dehors de l’Allemagne nazie, le Japon et la Pologne espéraient aussi étendre leur Lebebsraum (espaces vitaux) aux dépens de l’URSS. Jusqu’au début de 1939 Varsovie réfléchissait à s’unir à l’Allemagne nazie dans une guerre contre l’URSS pour s’emparer de plus de territoires, remarque Furr dans son livre Mensonges sanglants : la preuve que toutes les accusations de Timothy Snyder sont fausses, où il cite le ministre des Affaires étrangères nazi, Joachim Van Ribbentrop, disant en janvier 1939 : «J’ai, encore une fois, parlé à M. Beck (le ministre des Affaires étrangères polonais Josef Beck) à propos de la stratégie envisagée par la Pologne et l’Allemagne contre l’Union Soviétique… M. Beck n’a pas caché le fait que la Pologne a des vues sur l’Ukraine afin d’avoir une ouverture sur la mer Noire…»

D’un autre côté, à la suite de l’occupation de la Mandchourie en 1931, le Japon a montré un intérêt pour les territoires orientaux de l’URSS. Entre mai et août 1939, le Japon, l’URSS et la Mongolie communiste ont été impliqués dans un conflit militaire à Khalkhin-Gol, en Sibérie. Les Japonais vaincus ont abandonné temporairement leurs plans d’attaque contre les Soviétiques.

Le professeur Furr a expliqué à Sputnik :

«L’URSS était engagée dans une bataille intense contre le Japon à Khalkhin-Gol, en Sibérie. Pas de doutes que l’attaque japonaise avait pour but d’obliger l’URSS à se battre sur deux fronts, si cela avait réussi. Mais cela a raté. Pourquoi? Parce que les conspirateurs russes de l’Armée d’Extrême-Orient ont été destitués et arrêtés, dont le Maréchal Vasily Bliukher. Si ces conspirateurs n’avaient pas été arrêtés, ils auraient aidé le Japon, et l’URSS aurait eu à combattre sur deux fronts. Rappelez-vous que ce furent les troupes sibériennes qui, libérées par la paix avec le Japon, se sont précipitées à la défense de Moscou et plus tard à la défense de Stalingrad.»

Les Britanniques étaient tout à fait au courant des plans militaires de l’Allemagne, du Japon et de la Pologne. Citant des documents d’archives britanniques, le chercheur canadien Clement Leibovitz a remarqué que le Premier ministre anglais Neville Chamberlain considérait l’Union Soviétique comme un pays qui risque d’être la cible d’une agression allemande, peut-être avec l’aide de la Pologne, et d’une agression japonaise. (Dans L’accord Chamberlain – Hitler, 1993)

Les accords de Munich, le résultat d’une collaboration cynique?

Il est naïf de croire que les Accords de Munich ont été le résultat d’un irresponsable esprit d’apaisement des appétits nazis de la part des gouvernements français et britannique, remarque Leibovitz, en montrant des preuves qu’ils sont plutôt le résultat d’une collaboration cynique.

Leibovitz écrit dans son livre The Chamberlain-Hitler Deal :

 

«J’affirme que Chamberlain faisait face à un choix : soit empêcher, et plus tard résister, à la politique d’expansion agressive de l’Allemagne, soit permettre à l’Allemagne de s’étendre en Europe orientale. Chamberlain était certain que l’Allemagne finirait par déclarer la guerre à l’Union Soviétique. Motivé par son anti-communisme, il a donc fait le deuxième choix et, avec un tel choix, il jouait avec la sécurité britannique… De plus, on peut prouver que l’accord n’était pas une stratégie adoptée dans l’urgence mais le résultat d’efforts continus pour encourager le Japon et l’Allemagne à prendre leur part de l’Union Soviétique.»

Les US ont envisagé une attaque nucléaire massive sur l’URSS en 1945 © EAST NEWS/ USA/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Il est révélateur de voir que, dans une lettre adressée au roi Georges VI, le 13 septembre 1938, Chamberlain écrit que «Herr Hitler a décidé d’attaquer la Tchécoslovaquie et d’aller plus loin vers l’est». Inexplicablement, dans cette même lettre, Chamberlain assure au roi que l’Allemagne et l’Angleterre… [Sont] les deux piliers de la paix européenne et les deux remparts contre le communisme.

Furr souligne que, selon son opinion, l’Union Soviétique et Staline ont été chanceux que les Britanniques et les Français rejettent l’accord de sécurité collective :

«Pourquoi ? Parce que les Anglais et les Français auraient probablement violé un tel accord. Ils n’auraient probablement pas attaqué l’Allemagne quand l’Allemagne a envahi la Pologne, même s’ils avaient promis de le faire. Et pourquoi ont-ils agi ainsi? Pourquoi n’ont-ils pas attaqué l’Allemagne quand celle-ci a attaqué la Pologne? La seule réponse est que les gouvernements anglais et français voulaient continuer à signaler à Hitler : Allez vers l’est et l’on ne vous fera pas de mal.

 Rappelez-vous, l’Angleterre et la France ont essayé d’envoyer des forces combattre l’URSS aux côtés de la Finlande durant la guerre Finlande–Russie en 1939 – 1940. Ils n’ont pas pu le faire, mais ils l’avaient planifié. Ainsi, alors qu’ils étaient officiellement en guerre contre l’Allemagne, l’Angleterre et la France ont aidé la Finlande, et ont même prévu d’y envoyer des hommes combattre à ses côtés, alors que celle-ci était une alliée de l’Allemagne contre l’Union Soviétique, qui elle se battait contre l’Allemagne.

 De tout cela, on peut déduire que l’URSS a été le seul pays à avoir agi non seulement honorablement mais aussi intelligemment au cours de la Seconde Guerre Mondiale. L’Union Soviétique a sauvé l’Europe du nazisme.»

Ekaterina Blinova

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

Photo: Goering à gauche qui rigole, Mussolini qui serre la main de Chamberlain à l’automne 1938 à Munich .AP photo/Hoffman

 

http://lesakerfrancophone.net/accords-de-munich-le-dessous-des-cartes/

8 mai 1945. Massacres coloniaux français en Algérie (vidéo)

Algérie, 8 mai 1945: massacre de Sétif

Manifestation et massacre du 8 mai 1945

La vérité oubliée à propos de Lénine

Qui avait besoin de l’exécution de la famille royale? Qui a renversé le tsar? Qui a détruit l’armée russe? La génération actuelle qui a grandi dans les livres de George Soros et Igor Tchoubaïs ont déjà oublié la vérité sur ces événements.

Je vais essayer d’expliquer très brièvement, succinctement, et point par point.

1. L’intérêt de l’Empire russe dans la Première Guerre Mondiale consistait à solutionner la question d’Orient, c’est-à-dire avoir le contrôle sur le détroit du Bosphore et des Dardanelles, ce qui représentait pour le pays un besoin géopolitique depuis fort longtemps.

 

2. L’Angleterre et la France avaient promis à l’Empire russe de résoudre la question avec l’ouverture du front de l’Est (contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

France – Russie – Angleterre

3. La Russie a rempli son rôle d’allié, et l’Angleterre a réalisé qu’elle devra tenir sa promesse alors que les «services» apportés par la Russie n’étaient plus nécessaires.

4. l’Angleterre a décidé de retirer la Russie de la guerre, créant artificiellement le chaos à Petrograd (nom bolchevik pour Saint-Pétersbourg), avec pour résultat, la chute de l’autocratie en moins d’une semaine comme un château de cartes.

 

5. La cinquième colonne de la Douma d’Etat, constituée d’oligarques et de l’intelligentsia, conclut une alliance avec l’Angleterre, et conduit à la révolution bourgeoise de Février, forçant Nicholas à signer son abdication.

La révolution bourgeoise de Février peut être comparée à l’Euromaïdan. Goutchkov, un bourgeois, comme l’oligarque Porochenko, Shulgin, un avocat, fondateur des gardes blancs, selon la terminologie moderne, le représentant de la classe créative. La victoire la plus importante de la CIA dans la guerre de l’information est que des millions de personnes aujourd’hui ne distinguent pas la révolution bourgeoise de Février, de la révolution du peuple d’Octobre. Ils pensent que Lénine a arrêté le tsar personnellement. On peut voir que Lénine ne figure nulle part sur cette image, simplement parce que les bolcheviks seront de retour en Russie que 2 mois plus tard.

6. Le 6 Avril 1917, les États-Unis prennent la place de la Russie dans l’Entente.

7. Le Conseil Menchevik de Saint-Pétersbourg, sous la pression du gouvernement provisoire, signe le décret n ° 1, qui introduit l’élection démocratique des officiers et la subordination des soldats aux comités de soldats. C’est ainsi que la cinquième colonne a détruit l’armée russe.

 

8. Après la grande Révolution socialiste d’Octobre, Lénine a été obligé de conclure d’urgence la paix, parce qu’il n’y avait plus personne et que la guerre n’avait plus aucun sens. Il a insisté sur la sortie de la guerre de toutes les parties sans demander de contrepartie pour la contribution russe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caricature allemande en 1917 sur le démantèlement de l’armée russe

 

 

9. Ce n’était pas bon pour l’entente, qui était en train de gagner. Ce qui obligea à négocier une paix séparée avec l’Allemagne, aboutissant au traité de paix de Brest.

Le prince Léopold de Bavière signe l’armistice, avec les délégations Russes et de l’ennemi

 

 

10. Mais l’Entente empêche la mise en œuvre de la paix. Le 6 Juillet 1918, le socialiste-révolutionnaire Bloumkine assassine l’ambassadeur allemand Mirbach.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11. Alexandra Feodorovna et ses filles étaient des princesses allemandes, et leur assassinat était également bénéfique pour l’Angleterre dans le cadre de la détérioration des relations entre la Russie et l’Allemagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12. Selon le témoignage de trois opérateurs télégraphiques au bureau de poste d’Ekaterinbourg, Lénine, dans une conversation avec Berzin, par ligne directe, lui a ordonné, « au détriment de sa propre vie, de mettre sous protection toute la famille royale et de prévenir toute violence à leur égard « .

13. Afin d’atténuer la catastrophe causée par l’assassinat de l’Ambassadeur Mirbach, la possibilité de libérer un ou plusieurs membres de la famille royale vers l’Allemagne n’a pas été exclue.

14. A partir de mai 1918, l’ensemble du pays, de l’Oural à Vladivostok, n’était déjà plus contrôlée par la direction bolchevique de Moscou. Et cela l’est resté jusqu’en 1922. Cette région était gouvernée par des sentiments séparatistes anarchistes; ils ne voulaient ni le Tsar, ni Lénine.

 

15. Les dirigeants de l’Oural avaient leur propre position sur la famille royale. Le Présidium du Conseil régional de l’Oural était prêt à exterminer Romanov déjà en Avril 1918, lors de leur transfert de Tobolsk à Ekaterinbourg.

16. La décision relative à l’exécution des Romanov a été prise par le Comité exécutif du Conseil régional de l’Oural, et la direction soviétique centrale n’en a été informée qu’après les évènements.

17. Ni Lénine ni Sverdlov n’ont le moindre lien avec l’exécution du tsar.

Voilà ce que contiennent les documents historiques. Tels sont les faits. Tout le reste n’est qu’une absurdité américano-libérale.

Ilia Belous

Source : http://www.fort-russ.com/2016/07/the-forgotten-truth-about-lenin.html

Traduction : Avic –  Réseau International

 

 

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Hiroshima, pourquoi ? (Los Angeles Times)

Hiroshima a changé le monde, mais n’a pas mis fin à la Seconde Guerre Mondiale; c’est l’entrée en guerre de l’Union Soviétique qui l’a fait.

La visite du président Obama à Hiroshima vendredi a ravivé le débat public sur les bombardements atomiques américains du Japon – débat en grande partie occulté depuis que le Smithsonian Institute a annulé son exposition sur l’Enola Gay en 1995. Obama, conscient que les critiques sont prêtes à fuser s’il jette le moindre doute sur la rectitude de la décision du président Harry S. Truman d’utiliser des bombes atomiques, a choisi de garder le silence sur la question. C’est malheureux. Un inventaire national est largement dû.

La plupart des Etasuniens ont appris que l’utilisation de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945, fut justifiée parce que les bombardements ont terminé la guerre dans le Pacifique, évitant ainsi une coûteuse invasion étasunienne du Japon. Cette affirmation erronée est issue des manuels d’histoire du secondaire encore aujourd’hui. Plus dangereusement, elle façonne la pensée des responsables gouvernementaux et des planificateurs militaires qui travaillent dans un monde qui possède encore plus de 15 000 armes nucléaires.

Truman exultait à propos de la destruction d’Hiroshima, la qualifiant de « plus grande chose dans l’histoire ». Les chefs militaires étasuniens ne partageaient pas son exubérance. Sept des huit officiers cinq étoiles de l’Amérique en 1945 – les généraux Dwight Eisenhower, Douglas MacArthur et Henry Arnold, ainsi que les amiraux William Leahy, Chester Nimitz, Ernest King et William Halsey – ont par la suite dénoncé les bombardements atomiques, affirmant qu’ils étaient soit militairement inutiles, soit moralement répréhensibles, ou les deux. Les bombes n’ont pas non plus réussi dans leur objectif accessoire: intimider les Soviétiques.

Leahy, qui était le chef d’état-major de Truman, a écrit dans ses mémoires que les « Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre […] L’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et à Nagasaki n’était d’aucune aide matérielle dans notre guerre contre le Japon ». MacArthur est allé plus loin. Il a dit à l’ancien président Hoover que si les États-Unis avaient assuré aux Japonais qu’ils pourraient garder l’empereur, ils auraient volontiers cédé à la fin mai.

Ce ne fut pas l’annihilation atomique d’Hiroshima et de Nagasaki qui mit fin à la guerre du Pacifique. Au lieu de cela, c’est l’invasion soviétique de la Mandchourie et d’autres colonies japonaises, qui commença à minuit le 8 août 1945 – entre les deux bombardements atomiques.

Pendant des mois, les services de renseignement alliés avaient rapporté que l’invasion soviétique allait terrasser le Japon. Le 11 avril, par exemple, l’état-major interarmes réuni avait prédit : « Si à un moment l’URSS devait entrer dans la guerre, tous les Japonais se rendraient compte que la défaite absolue est inévitable. »

Les Etasuniens, ayant brisé les codes secrets japonais, étaient au courant du désespoir fébrile du Japon de négocier la paix avec les États-Unis, avant que les Soviétiques ne les envahissent. Truman lui-même décrit un câble japonais intercepté le 18 juillet 1945, comme le « télégramme de l’empereur jap demandant la paix ». En effet, Truman se rendit au sommet de la mi-juillet à Potsdam, pour s’assurer que les Soviétiques tiendraient leur promesse, faite à la conférence de Yalta, d’entrer dans la guerre du Pacifique. Quand Staline lui en a donné l’assurance, le 17 juillet, Truman écrivit dans son journal : « Il sera dans la guerre jap le 15 août, les Japs seront foutus quand cela se produira. » Truman a réitéré dans une lettre à sa femme le lendemain : « Nous allons finir la guerre un an plus tôt maintenant, pense aux enfants [américains] qui ne seront pas tués. »

En défaisant rapidement le corps d’armée japonais Guandong, en Manchourie, les Soviétiques ont ruiné diplomatiquement et militairement la fin de partie prévue par les Japonais: continuer d’infliger des pertes militaires aux États-Unis et obtenir l’aide de Staline pour négocier avec les Américains de meilleures conditions de reddition.

Les bombardements atomiques, aussi terribles et inhumains qu’ils aient été, ont joué peu de rôle dans les calculs des dirigeants japonais pour se rendre rapidement. Après tout, les États-Unis avait incendié plus de cent villes japonaises. Hiroshima et Nagasaki n’étaient que deux villes détruites de plus; que l’attaque nécessite une bombe ou des milliers n’a pas beaucoup d’importance. Comme le général Torashirō Kawabe, chef d’état-major adjoint, l’a dit plus tard aux interrogateurs des États-Unis, la profondeur de la dévastation à Hiroshima et Nagasaki ne fut connue que « d’une manière progressive ». Mais, a-t-il ajouté, « en comparaison, l’entrée soviétique dans la guerre a été un grand choc ».

Quand on a demandé au Premier ministre Kantaro Suzuki, le 10 août, pourquoi le Japon avait besoin de se rendre aussi rapidement, il expliqua: « L’Union Soviétique aura non seulement la Mandchourie, la Corée, Karafuto, mais aussi Hokkaïdo. Cela détruirait le fondement du Japon. Nous devons mettre fin à la guerre, si nous pouvons traiter avec les États-Unis. » Les dirigeants japonais ont également craint la propagation des soulèvements communistes, d’inspiration soviétique, et savaient que ceux-ci ne verraient pas d’un bon œil leurs préoccupations primordiales – la protection de l’empereur lui-même et du système impérial.

Truman comprenait les enjeux. Il savait que l’invasion soviétique mettrait fin à la guerre. Il savait aussi qu’en rassurant le Japon à propos de l’empereur, cela conduirait à la reddition. Mais il a décidé d’employer les bombes atomiques de toute façon.

Pendant son séjour à Potsdam, Truman reçut un rapport détaillant la puissance de la bombe testée le 16 juillet à Alamogordo, au Nouveau Mexique. Après cela, il « était un autre homme », selon Winston Churchill. Il a commencé à jouer au boss avec Staline. Et il a autorisé l’utilisation de la bombe contre le Japon. Si sa nouvelle assurance à Potsdam n’avait pas montré à Staline qui était le patron, Truman a supposé que Hiroshima certainement le ferait.

Staline a reçu le message. Les bombes atomiques étaient maintenant un élément fondamental de l’arsenal américain, et non pas seulement un dernier recours. Il a ordonné aux scientifiques soviétiques de jeter tout ce qu’ils avaient dans le développement d’une bombe soviétique. La course était engagée. Finalement, les deux parties ont accumulé l’équivalent de 1,5 million de bombes d’Hiroshima. Et comme le physicien du Manhattan Project, Isidor Isaac Rabi, l’a astucieusement observé, « soudain, le jour du jugement dernier était le lendemain et depuis, c’est tous les jours comme ça. »

Oliver Stone et Peter Kuznick

Article original paru dans le Los Angeles Times

Traduit et édité par jj, relu par Nadine pour le Saker Francophone

Source: http://lesakerfrancophone.fr/hiroshima-pourquoi

Photo: Vue aérienne prise le 16 juillet 1945 après la première explosion atomique au Trinity Test site au Nouveau Mexique. (Associated Press)

 

Via: http://www.legrandsoir.info/hiroshima-pourquoi-los-angeles-times.html

Pourquoi Rudolph Hess n’a pas été condamné à mort en 1946 ?

Il y a peu de temps, ont été remarqués les 75 ans de l’arrivée sur le sol écossais (le 10 mai 1941) du représentant officiel du parti nazi Rudolph Hess.

En commentant cet événement, la BBC l’a nommé « un des éléments les plus mystérieux de la Seconde Guerre Mondiale, et dont des forces obscures bloquent les tentatives d’en apprendre davantage ». Dans cet article, le journal IA REGNUM propose sa propre version de cette histoire intrigante, et met en avant aussi ses propres questions sur le sujet.

« Publication non souhaitable »

Le 17 août 1987, à l’âge de 93 ans, Rudolph Hess s’éteint dans la prison de Spandau à Berlin dans des circonstances peu claires. Il a été considéré comme étant l’un des principaux criminels nazis et pourtant lors du procès de Nuremberg n’a pas été condamné à la peine de mort.

La mort du « prisonnier numéro 7 » (selon son matricule en prison) est arrivée alors que sa remise en liberté était de plus en plus sérieusement discutée. De plus en plus de personnes connaissant le dossier comme son ancien avocat, un membre du parlement de Grande-Bretagne, et même l’ancien procureur général de Grande-Bretagne avaient la certitude que le « dossier Hess » avait été monté de toute pièce lors du procès de Nuremberg, à tel point que finalement le commandant américain en charge de la prison de Spandau avait écrit à Gorbatchev sur cette question, ce dernier a alors promis de se charger de l’affaire et peu de temps après, a été annoncée la mort de Rudolph Hess

En premier lieu, il a été dit que Hess se serait pendu en faisant un collet avec le fil du radiateur de sa cellule. Cela se serait produit au moment où le garde en poste, qui selon les versions serait soit américain, soit anglais, s’est éloigné pour téléphoner dans le bâtiment voisin.

Le corps de Hess a été disposé au bureau militaire du procureur anglais. Le directeur de l’université de médecine de Londres, le docteur V.Cameron en présence de quatre autres collègues a procédé à l’autopsie du corps: Hess a d’abord perdu connaissance et serait mort un peu plus tard.

Différentes rumeurs sont apparues suite aux événements. Tous ces éléments contradictoires semblent pointer dans une seule et même direction…quelqu’un se méfiait que, une fois en liberté, Hess puisse dévoiler certains détails compromettants concernant la Seconde Guerre Mondiale. De nos jours, grâce aux documents des archives russes qui sont maintenant accessibles, il est évident que ces craintes n’étaient pas sans fondement.

A la fin des années 90, un groupe de chercheurs de l’institut des sciences russes sous la supervision de l’académicien I.D Kovalenko a travaillé en langue anglaise à la création d’un recueil secret de document d’archives concernant Hitler. Dans l’un des documents il est écrit que la fameuse expédition en avion de Hess en Écosse en mai 1941 a été désapprouvée par Hitler en personne.

Le recueil en question s’est plutôt bien vendu aux États-Unis, mais a été interdit de publication en Grande-Bretagne où les documents concernant d’éventuels liens entre Londres et le troisième Reich ne peuvent être divulgués jusqu’en 2017.

Joseph Staline a accueilli avec colère la nouvelle de l’expédition en Écosse de Hess et a rapidement établi un lien entre cette nouvelle et l’attaque du Reich sur l’URSS. Il ne s’est pas laissé convaincre par les arguments des Anglais affirmant qu’il s’agissait d’une manœuvre afin d’attirer Hess sur leur territoire, de le capturer puis de l’échanger contre deux agents britanniques Best et Stevens qui étaient prisonniers des Allemands.

Le 19 octobre 1942 Staline envoie à son ambassadeur en Grande-Bretagne Ivan Maiski un télégramme dans lequel il s’interroge si « Churchill ne retiendrait pas Hess en réserve dans le but de lancer des négociations avec l’Allemagne. Pendant l’automne 1942, Maiski a l’occasion de discuter de cette possibilité avec le ministre des affaires étrangères britannique Anthony Eden. Ce dernier décide à son tour d’informer l’ambassadeur anglais à Moscou Alan Clarke.

Le message fut le suivant :

Tout d’abord Hess ne sera pas l’objet d’un procès par un tribunal international extraordinaire, de plus il faut transmettre à Staline la confirmation que Hess ne sera pas utilisé par le gouvernement anglais pour conclure un accord de paix séparé avec l’Allemagne.

Mais en mars 1943, Washington et Londres renoncent à organiser les jugements des criminels de guerre nazis. A la place ils proposèrent de simplement exécuter secrètement tous ceux qui tomberont dans leurs mains. Staline s’opposa à cette décision car il se méfiait de ses alliés occidentaux.

Moscou s’agita alors, de longues négociations eurent lieu, et au final les partis se mirent d’accord sur le fait qu’il serait question lors du procès que des aspects qui ne vont pas contre les intérêts des États. Néanmoins, le procès de Nuremberg en 1946 ne se fera pas sans « dérapage ». En effet, l’avocat chargé de la défense de Hess, le docteur Seidl a décidé d’aborder un sujet délicat. Il s’était procuré une photocopie de l’accord secret Ribbentrop-Molotov de 1939 et a commencé à lire certains passages de l’accord pendant le procès.

Mais il fut interrompu par les avocats du parti opposé. Cependant le 22 mai 1946 dans un journal américain de Saint-Louis était imprimée l’intégrale du texte pourtant secret. A l’heure actuelle on ne sait toujours pas comment a été à ce point divulgué ce document, ni pourquoi après sa publication s’est suicidé le général soviétique Nickolai Zorjia.

La défense de Hess lors du procès de Nuremberg se fit de manière plutôt intelligente tant et si bien qu’au final il fut épargné. Qui avait réussi à lui sauver la vie ? Il est intéressant de remarquer ici que dans certains cercles très fermés, Hess était surnommé « l’Egyptien ». Il était né à Alexandrie, parlait parfaitement anglais, et était passionné d’occultisme occidental et de mysticisme. De plus, il était un proche de l’intellectuel et influent Karl Haushofer. L’historien V.Prousakov considère que Haushofer a fait son apprentissage avec le mystique (russe) Georges Gurdjieff. C’est Haushofer qui, dans les années 20, a fait entrer Hess dans l’entourage proche d’Hitler. Un an plus tôt parmi les proches d’Hitler fit son apparition une autre personnalité énigmatique, Alfred Rosenberg qui arriva au début des années 20 en Allemagne depuis l’URSS, qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ?

Traduit par Florent Guyard pour Réseau International

 

Source : https://regnum.ru/news/polit/2144009.html

Pacte germano-soviétique: la tactique dilatoire de Staline contre Hitler.

C’est aujourd’hui que l’Occident braille au sujet du pacte Molotov-Ribbentrop. Pourtant au moment, où le pacte a été signé, il était enthousiaste devant la ruse de Staline. Non seulement juste après la signature du pacte, mais aussi une fois que la guerre contre l’Hitler avait commencé.

Ainsi, je suis tombé sur une grande analyse bien faite des relations germano-soviétiques. Elle a a paru dans Times il y a un peu plus de 75 ans. A savoir le 1er mai 1945, c’est-à-dire, un mois et demie avant le début de la Grande Guerre Patriotique (NDT: le lancement par Hitler de l’attaque Barbarossa contre l’URSS le 22 juin 1941). Comme vous pouvez constater, l’article a pour titre « La tactique dilatoire de Staline contre Hitler. Deux ans de manœuvres astucieux ».

En regardant de près les motivations de Staline, l’auteur écrit: « Il y a deux ans, au 1er mai, la Russie avait l’air d’un pays se trouvant sous une très grosse menace ». Et il le fait suivre d’une tête de chapitre: « Menaces écartées ».

En parlant de Staline, Times lui rend justice: « Il se peut que son esprit d’origine caucasienne, fort, complexe et pragmatique soit moins enclin à la théorisation qu’à des faits stratégiques. Depuis 1939, la Russie Soviétique a réussi à contourner de grandes menaces. Lorsque Staline s’aperçut que l’Allemagne avait décidé de marcher à l’Est, il sortit des négociations avec la Grande Bretagne et la France et rencontra l’Allemagne à mi-chemin, en facilitant ainsi aux Allemands le chemin vers la guerre, tout en retenant l’Union Soviétique en dehors de celle-ci ».

Ceci étant, l’auteur écrit directement que l’Allemagne continue les préparatifs à la guerre contre les Soviets. Ce, dont les officiers allemands parlent partout très ouvertement. Il évoque également l’entrainement des combattants nationalistes ukrainiens en vue de la lutte contre les Soviets. Et même fait une allusion sans équivoque à la date possible de l’agression allemande contre l’Union Soviétique: l’été prochain.

Il raconte aussi comment les Russes, profitant du répit, se préparent activement à la guerre imminente. Aussi bien, sur le plan militaire qu’idéologique. Notamment, il note que depuis quelques temps les médias soviétiques parlent moins de la « révolution mondiale », mais plus de la « Patrie soviétique » qu’il faut défendre….

 

Une analyse très sensée. Sans la moindre hystérie au sujet du « complot diabolique » et du « nouveau tyran ». Je tiens à attirer votre attention sur le fait que les Anglais se trouvaient à l’époque en état de guerre avec les Allemands depuis presque deux ans !

C’est bien les Américains qui ont coulé le sous-marin nucléaire russe «Koursk»

Le mois d’août est décidément un mauvais mois pour la marine nationale russe. Le 12 août 2000 a péri en haute mer le SNLE « Koursk ». Le 30 août 2003 un autre sous-marin nucléaire russe a coulé à pic : ce fut le « K-159 ». Le 7 août 2005, au large de la ligne côtière de la péninsule de Kamtchatka, un bathyscaphe russe a été accidenté mais a évité de justesse le pire. Et pourtant c’est bien le SNLE « Koursk » qui continue de mettre les gens en émoi : on n’arrive toujours pas à comprendre le vrai scénario de la catastrophe.

Un an après la perte du sous-marin, Pravda.ru a été la première édition russe à publier la version la plus cauchemardesque de toutes celles prises en compte : un groupe de scientifiques s’est exprimé et a fait entendre que, selon eux, le sous-marin en question se fit attaquer par un autre submersible, éventuellement d’origine américaine. Selon nos sources, cette information a été prise en compte au plus haut niveau étatique. Aucune réponse officielle ne fut cependant donnée. A ce jour, cette version n’est toujours pas écartée.

Il est à rappeler que le K-141 « Koursk », le sous-marin nucléaire lanceur d’engins de type croiseur submersible, doté des missiles est un appareil de type 949 « Anthée ». Il fut mis en chantier à « Sevmach »en 1992 et largua ses amarres le 30 décembre 1994 en intégrant officiellement la marine nationale russe. Entre 1995 et 2000, « Koursk » était localisé sur la façade nordique de la Russie ayant pour port d’attache le bourg de Vidiayevo. Il coula dans la mer de Barents, à 175 kilomètres de Sévéromorsk, à une profondeur de 108 mètres. Sa disparition survint le 12 août 2000. Tous ses 118 membres de l’équipage se trouvant à bord, périrent avec leur bâtiment. Selon l’échelle de gravité russe des accidents des sous-marins après 1945, « Koursk » occupe la deuxième place la première étant réservée à l’explosion du sous-marin B-37 péri à la suite de la détonation de ses munitions embarquées.

Tout de suite après la catastrophe, plusieurs amiraux et personnalités haut-placées évoquèrent l’hypothèse du torpillage de « Koursk » par un SNA américain. Ensuite cette version disparut à la faveur d’un scénario officiel émis par les autorités. Les amiraux furent obligés de se taire.

Cependant le metteur en scène Jean-Michel Carré a tourné un documentaire intitulé « Koursk », un sous-marin en eaux troubles ».

Ce film fut projeté le 7 janvier 2005 sur l’une des chaînes centrales de la télévision française. Les Français prétendent que le « Koursk » se fit torpiller par le sous-marin nucléaire d’attaque américain « Memphis ». Selon la version de Jean-Michel Carré, le « Koursk » menait un exercice de tir du nouveau missile « Rafale » (Shkval, en russe) avec deux SNA US, à savoir « Memphis » et « Toledo » qui l’intimidaient.

Il est cependant à noter qu’une telle situation n’a rien d’extraordinaire, car selon la pratique existante, les sous-mariniers russes et ceux de l’OTAN se surveillent mutuellement lors des manœuvres aussi bien que dans le cadre des missions de routine. Un tel procédé permet aux professionnels de mener un exercice d’entraînement pour le personnel embarqué dans les conditions les plus proches d’un vrai combat. Mais cette présence de la flotte « ennemie » se fait normalement en tenant compte des consignes de sécurité.

Pour ce qui est de « Toledo », il se rapprocha dangereusement du « Koursk » en se faisant « couvrir » par le bruit des moteurs du « Memphis ». A un moment donné les deux bâtiments entrèrent en collision (la coque du « Koursk » reposant au fond de la mer en témoigne, car elle est ouverte de tout son long). Pour éviter le tir du « Koursk » contre le « Toledo » (l’une des versions émet que le son de la soupape de torpille en train de s’ouvrir était parfaitement audible sur la bande d’enregistrement audio), le « Memphis » eût ouvert le feu en faisant usage de la torpille Mk-48 qui frappa de plein fouet le « Koursk ». Cette version jouit du soutien d’une quantité de marins haut-placés se trouvant aujourd’hui à la retraite. Il est également à dire que si un jour on apprend la vérité, ce n’est, bien malheureusement, pas demain la veille. Quoi qu’il en soit, le « Koursk » était par excellence l’élément le plus nuisible pour les Etats-Unis et sa flotte. N’en soyez point étonnés !

Juste un an avant sa perte, le « Koursk » provoqua la panique généralisée chez l’OTAN !

Dans la période entre août et octobre 1999, ce bâtiment surnommé par l’OTAN « tueur des porte-avions » a participé à une mission autonome en Atlantique et en Méditerranée. Juste avant cet événement, les résultats de ses tirs de missiles ont été notés par le commandant de la marine nationale.

En se faufilant furtivement par Gibraltar, le SNLE réussit à s’infiltrer en Méditerranée. « Ça a été un fait d’armes extraordinaire ! » a confié récemment à Pravda.ru l’ex-commandant de la flotte du Nord de Russie l’amiral Popov. Le « Koursk » avait pour mission de prendre en poursuite l’escadre de la sixième flotte des forces navales US en Méditerranée avec, pour noyau dur, le porte-avions « Theodore Roosevelt » dont les avions s’employaient à bombarder la Serbie lors de l’opération de l’OTAN contre la Yougoslavie. Au cours de cette mission, le « Koursk » réalisa 5 attaques d’entraînement contre des cibles réelles. Après la rentrée à la base, 72 membres de l’équipage furent décorés. En fait, le « Koursk » eût pu intervenir de façon réelle au large de la côte yougoslave en empêchant l’opération de l’OTAN contre la Yougoslavie. De toute façon, il réussit à entraver la manœuvre otanienne.

La subite apparition au beau milieu de la Méditerranée du « tueur des porte-avions » ultra-sophistiqué provoqua la panique dans les rangs de la marine états-unienne. Tous les pays-membres de l’OTAN limitrophes à la Méditerranée furent sommés de se mettre à la recherche du « Koursk » qui continuait de « grenouiller » au large des côtes de l’Italie et de la France. Finalement le SNLE russe a semé ses ennemis en laissant une plaie béante dans l’amour-propre américain. Les Russes se comportaient en bateau fantôme et allaient et venaient selon leur propre gré ! C’était parfaitement intolérable !

Juste après les faits narrés, plusieurs officiers de la marine de très haut-rang y compris le chef de la base de la défense anti-sous-marine du Gibraltar furent mis en réserve. Le « Koursk » fut désormais perçu comme l’ennemi numéro 1 de la flotte US. Le commandant du SNLE capitaine de vaisseau Guennadi Liatchine reçut le mérite militaire suprême – le titre du héros de la Russie. Mais pour cause de sa mort à bord de son sous-marin il n’a jamais pu assister à la cérémonie.

Lors de la dernière année du XX siècle, le capitaine Liatchine préparait son équipage pour une nouvelle croisière de longue durée – cette fois-ci pas en solitaire mais dans le cadre d’une flottille puissante. La Russie s’apprêtait en effet à rentrer en Méditerranée après l’implosion soviétique.

Alexandre Artamonov, Pravda.ru

 

Source:http://novorossia.today/c-est-bien-les-americains-qui-ont-coule-le-sous-marin-nucleaire-russe-koursk/

Guerre des Six-Jours : Nouvelles révélations sur le rôle d’Hassan II dans la victoire d’Israël

En septembre 1965, Hassan II accueillait à Casablanca les chefs arabes lors d’un conclave secret destiné à évaluer les capacités militaires d’une coalition destinée à lancer une offensive éclair contre Israël. Le roi, peu confiant dans ses alliés, a livré les enregistrements de la rencontre à l’Etat hébreu lui permettant de gagner la Guerre des Six-Jours

 

Israël doit largement sa victoire sur ses ennemis arabes dans la guerre des Six Jours de 1967 à l’aide secrète du Maroc, selon les révélations faites aujourd’hui par un ancien chef des renseignements militaires israéliens.

Ariel Sharon (centre)

 

En 1965, le roi Hassan II a transmis à Israël des enregistrements d’un conclave clé entre les dirigeants arabes tenu à Casablanca et destiné à la préparation de la guerre contre Israël. L’anecdote est connue : elle avait été déjà révélée par des anciens espions de l’Etat hébreu, mais aujourd’hui,  Yedioth Ahronoth (repris par Times of Israël) en apporte de nouveaux détails, expliquant par la voix de témoignages inédits comment cette coopération secrète a été décisive dans la victoire contre la coalition arabe.

Dix ans plus tôt, En 1954, Nasser, alors numéro 2 du régime, profitait d’une tentative d’assassinat providentielle contre lui pour écarter son rival, le président Naguib

Des leaders arabes fortement divisés

 

Cette rencontre a non seulement révélé que les rangs arabes étaient fortement divisés – de vifs échanges ont éclaté, par exemple, entre le président égyptien Gamal Abdel-Nasser et le roi Hussein de Jordanie –  , mais que les nations arabes étaient pour ainsi dire mal préparées pour le conflit, affirme le major-général Shlomo Gazit dans son témoignage au quotidien Yedioth Ahronoth dans son édition dominicale.

Shlomo Gazit, ancien chef du Renseignement militaire israélien. Son nouveau témoignage abonde dans le sens d’une coopération marocaine dans la défaite des armées arabes dans la guerre de 1967. AMIT MAGAL

 

Sur la base de ces enregistrements, ainsi que d’autres informations de renseignements recueillis dans les années qui ont précédé la guerre, Israël a lancé une attaque préventive le matin du 5 juin 1967, bombardant des aérodromes égyptiens et détruisant presque tous ses avions de chasse.

Les informations transmises par les services secrets marocains ont permis à l’armée de l’air israélienne de détruire au sol l’essentiel de la chasse égyptienne. IDF

Pendant la guerre, qui a pris fin le 10 juin, Israël a conquis la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï en Egypte, la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, et les hauteurs du Golan à la Syrie.

« Le roi Hassan II avait secrètement enregistré la réunion de 1965 parce qu’il ne faisait pas confiance à ses invités de la Ligue arabe », écrit Yedioth. Il a d’abord permis à une équipe conjointe des services de renseignement internes et externes d’Israël, le Shin Bet et le Mossad –  une unité connue sous le nom « The birds » (Les oiseaux) –  d’occuper un étage entier de l’hôtel Casablanca (aujourd’hui rebaptisé Hyatt Regency), où la conférence s’est tenue. Cependant, craignant que les agents soient remarqués par les clients arabes, « le roi leur a dit de tout mettre en place un jour avant le début de la conférence », écrit le journal israélien.

Selon Rafi Eitan –  homme politique et ancien officier du renseignement israélien, qui a co-dirigé l’unité « The birds », avec Peter Zvi Malkin, légende vivante du Mossad -, les Marocains « nous ont donné toutes les informations nécessaires, et ne nous ont rien caché. Ils nous ont tout livré immédiatement après que la conférence ait pris fin ».

Un avantage décisif offert à Israël

 

Dans une note de service adressée à Levi Eshkol, alors premier ministre, Meir Amit, chef du Mossad à l’époque, a décrit l’opération au Maroc comme « l’un des fleurons de l’intelligence israélienne ». Les dirigeants arabes avaient secrètement convoqué cette réunion en septembre 1965, à l’hôtel Casablanca. Ils étaient accompagnés de leurs chefs militaires et de renseignement, pour discuter de savoir si leurs unités étaient prêtes à la guerre contre Israël. L’objet était de créer un commandant arabe unifié pour mener les hostilités. Il a été convenu de la nécessité de se préparer concrètement pour la guerre, rapporte Yedioth Ahronoth, ainsi les commandants militaires ont parlé ouvertement de leurs capacités respectives, alors qu’ils étaient sur écoute. Les enregistrements des discussions ont été donnés à la Direction de la Recherche de la Direction du renseignement militaire d’Israël, où ils ont été traduits en hébreu.

Moshe Dayan, sa fille Yael, Ariel Sharon et les généraux sur le canal de Suez durant la Guerre des Six- jours.© Gilles Caron/Fondation GILLES CARON

« Ces enregistrements, qui ont donné un avantage décisif aux services d’intelligence israéliens, ont en outre, montré que, d’une part, les Etats arabes se dirigeaient vers un conflit auquel nous devions nous préparer dans l’urgence, et d’autre part, les divergences qui montraient leur incapacité à monter un front uni contre Israël. Leurs propos ne reflétaient pas l’unanimité affichée dans leurs rangs », a déclaré en substance Gazit, qui dirigeait à l’époque le département de contre-espionnage de l’Etat hébreu.

 

Grâce à ces enregistrements et à d’autres sources complémentaires, « nous savions à quel point ils étaient mal préparés pour la guerre », a poursuivi Gazit. « Nous sommes arrivés à la conclusion que le corps de blindés égyptien était dans un état pitoyable et pas prêt pour la bataille ». Le commandant de l’unité des tankistes de l’armée israélienne à l’époque, le Général Major Israël Tal, « avait rejeté notre opinion avec mépris », témoigne Gazit, « affirmant que leur situation ne pouvait pas être celle décrite. Plus tard, nous avons vu qui avait raison ».

Les troupes israéliennes aux abords de la muraille de Jérusalem. Avec cette guerre, Israël a pu occuper l’Est de la ville sainte et tout le territoire de la Cisjordanie. MADEL BAUM

 

Les informations contenues dans ces enregistrements ont conforté l’armée israélienne dans le sentiment « que nous allions gagner une guerre contre l’Egypte, alors que des prophéties de malheur et le sentiment de défaite imminente étaient répandus parmi la majorité des décideurs, notamment dans l’administration civile. Au sein de quelques unités de défense, mais nous étions confiants dans notre force »,relate Gazit.

Gamal Abdel Nasser entouré de Mouamar Kadhafi, de Yasser Arafat et du roi Hussein de Jordanie lors d’une réunion en 1970. ABDERRAHIM KHATIB / FLASH 90

Shlomo Gazit a été nommé chef du renseignement militaire après le succès de cette opération d’espionnage montée avec l’aide du Maroc. Mais en octobre 1973, lors de la Guerre du Kippour, le renseignement israélien n’a pas réussi à anticiper les attaques surprises des armées égyptienne et syrienne contre Israël. Cette fois-ci, le Maroc participait lui aussi aux combats sur les hauteurs du Golan et la situation a bien failli tourner au désastre pour Tsahal qui n’a obtenu son salut que grâce à l’appui en sous-main des armées occidentales…

Kenza Filali

 

Source:https://ledesk.ma/2016/10/16/guerre-des-six-jours-nouvelles-revelations-sur-le-role-de-hassan-ii-dans-la-victoire-disrael/

L’effondrement de Rome : le trou noir de 6500 Milliards de dollars de Washington.

Les étudiants en histoire trouveront des parallèles étranges mais assez prévisibles entre l’effondrement de l’empire romain au Ve siècle, et l’effondrement de l’hégémonie globale américaine aujourd’hui. Pas uniquement à travers le choix des soi-disant élites dirigeantes politiques devenant le domaine quasiment exclusif des riches patriarches et de leurs intérêts privés “corporate“. Pas uniquement en ce que le choix des politiciens élus proposés au vote ne soit plus devenu que le domaine réservé quasi exclusif des grands argentiers [big money] patriarches et de leurs intérêts privés [corporate]. Le choix de politiciens que les votants se voient offrir est pire qu’abyssal. Mais tandis que le Président Barack Obama essaye chaque coup en douce possible pour pousser toujours plus avant le Partenariat Trans-Pacifique très largement impopulaire, une énième escroquerie au libre-échange, un rapport a émergé selon lequel une somme stupéfiante de 6,5 billions (6500 milliards) de dollars des contribuables américains, ne pourrait être correctement justifiée d’un point de vue comptable, selon les normes comptables en vigueur. Nous parlons bien de billion [1], pas de milliard ni de millions : des billions ! Cela représente presque 40 % du PIB annuel des États-Unis… portés manquants !

Le Service des Finances et de la Comptabilité de la Défense [Defense Finance and Accounting Service – DFAS], l’Agence qui fournit les services financiers et de comptabilité pour les membres civils et militaires du Pentagone, vient juste de révéler qu’il ne se trouve pas en mesure de fournir la documentation adéquate, pour une valeur de 6,5 billions de dollars d’“ajustements“ qu’il est supposé verser au [Service] Général des Transactions Financières et Données [comptables] de l’Armée américaine [AGF : Army General Fund transactions and data]. D’après le rapport rendu le 26 juillet (2016) par l’Inspection Générale du Département américain de la Défense [Inspector General of the US Department of Defense], les pratiques du budget militaire américain sont hors de contrôle. Le rapport remarque que :

« Le bureau du Secrétaire Assistant au Contrôle et à la Gestion financière des Armées [Assistant Secretary of the Army Financial Management & Comptroller : OASA(FM&C)]), ainsi que le Service comptable et financier à la Défense d’Indianapolis [Defense Finance and Accounting Service Indianapolis – DFAS Indianapolis], n’a pas été en mesure de rendre compte de manière adéquate, sous forme d’autorisation écrite de dépenser/justificatifs de dépenses pour toute transaction financière[2] de l’utilisation de 2,8 Billions de $, à l’occasion de ses ajustements/règlements [budgétaires] concernant le troisième trimestre, et à hauteur de 6,5 Billions de $ si l’on se rapporte à l’exercice de l’année 2015, d’après la compilation des états financiers de l’exercice 2015 rendue par l’AGF. Ces ajustements[/règlements] non proprement justifiés, se sont produits parce que l’OASA (FM&C) et le DFAS d’Indianapolis n’ont pas priorisé la correction des déficiences du système [souligné par W.Engdahl], qui ont causé les erreurs résultantes dans les justificatifs de dépenses de ces ajustements[/règlements], et n’a pas fourni des lignes directrices [guidance] suffisantes pour le suivi/soutien [support] des ajustements/règlements générés par le système »[3].

Les “justificatifs de dépenses [Journal vouchers]” portent tous des numéros de série, les dates des transactions et le montant de la dépense, ce n’est pas si compliqué, si ?

Il ne s’agit pas là d’une petite bévue bureaucratique en matière de tenue de compte. Est exposée ici la corruption rampante au cœur du plus gros Léviathan militaire du monde : le Pentagone. Le rapport du Pentagone continue en déclarant : « De plus, le DFAS d’Indianapolis n’a pas documenté ou assuré le suivi [support] de la question de savoir, pourquoi le Système de Rapport Budgétaire Départemental de la Défense [Defense Departmental Reporting System-Budgetary (DDRS-B)], un système de rapport budgétaire, à retirer au moins 16513 parmi 1,3 millions de traces écrites [records] durant le troisième trimestre de l’exercice 2015… Les données utilisées afin de préparer le bilan financier de l’AGF pour l’exercice 2015, au troisième trimestre d’une part et sur l’année d’autre part, n’étaient pas fiables et souffraient du manque de traçabilité adéquate en matière d’Audit » [4] [souligné par W.Engdahl].

Traduit en bon français, l’Armée américaine (et il ne s’agit là que d’une seule branche des Forces Armées américaines) a détruit des documents de comptabilité, n’a pas été en mesure de fournir à l’audit financier des traces écrites rendant compte de l’utilisation de fonds alloués par le Congrès, et a produit des déclarations de compte apparemment arbitraires, non vérifiables, concernant les ajustements/règlements à l’année, ce qui a rendu la déclaration comptable méconnaissable, pour une différence en terme d’ajustements pour une valeur de quelque 6,5 billions [6500 milliards] de dollars. En d’autres termes, ils n’ont pas uniquement brûlé les livres de compte, ils les ont frits et carbonisés [Dixie-Fried], ceci à hauteur de milliers de milliards : des billions… billions…

Il est intéressant de savoir, qu’il y a deux institutions “mammouth“ ayant des liens avec le gouvernement ou avec des agences du gouvernement, qui ne se sont jamais soumises à un audit indépendant. La première, c’est la Réserve Fédérale [Federal Reserve] privée mais liée au gouvernement et supposée être suivie (difficilement) par le Congrès. La seconde institution qui n’a jamais été auditée, c’est le Pentagone. Jamais.

Rappelons-nous que le jour ayant précédé le 11 septembre 2001, le Secrétaire à la Défense d’alors, Donald Rumsfeld, avait annoncé que « d’après certaines estimations, nous ne sommes pas en mesure de rendre compte de 2,3 billions [2300 milliards] de dollars ». Cette histoire fut enterrée les jours suivants dans la panique des événements du “911“ [11 septembre 2001].

Finalement, sous la pression des déficits en pleine explosion du Budget Fédéral, le congrès exigea que l’Armée soit “en mesure de produire un audit [audit readiness] “, pour la première fois depuis toujours, au 30 septembre 2017. Personne ne veut croire à Washington que ceci puisse survenir réellement.

La corruption, la falsification, l’ampleur probable de la fraude, des malversations et des détournements de fonds, après une proportion si endémique qu’elle détruira toutes efforts entrepris vers plus de transparence, qui sera enterré sous le couvert de l’ineptie voire de la stupidité bureaucratique. Ceci est symptomatique de la pourriture de Washington et d’une nation qui, il n’y a encore que quelques décennies de cela, pouvait se targuer d’une tradition d’honnêteté et d’intégrité dans son service public. Si nous voulons donner un nom à cette bureaucratie son visage supposé être responsables du fait de produire des rapports précis et rendre compte de ses 6,5 millions de dollars, son nom actuellement serait le Colonel (ret.) Robert M. Speer, Secrétaire Assistant au Contrôle et à la Gestion financière des Armées [Assistant Secretary of the Army Financial Management & Comptroller], anciennement avec PwC, l’une des énormes firmes [“big four“] d’audit financier, dont on peut présumer qu’il comprenne comment faire de la comptabilité financière basique.

« Celle que les Dieux détruiraient… »

Le titre de mon dernier livre est : « L’Hégémonie Perdue : celle que les Dieux détruiraient ». Ce titre se réfère au fait que l’habilité des vieux patriarches ennuyeux [boring old patriarchs], appelons-les “VPE [BOP]“, comme D. Rockefeller ou G. Soros ou encore W. Buffett (des oligarques dont le soi-disant pouvoir est basé sur l’illusion populaire selon laquelle il détienne un réel pouvoir, un drôle de type d’hypnose ou de tromperie de masse que nous cultivons nous-mêmes), à pousser toujours plus en avant leur agenda fasciste d’un monde unique globalisé, est en train de tomber en ruine.

Elle tombe en ruine partout, qu’il s’agisse de leur utilisation de l’islam comme avec les réseaux Fethullah Gülen en Turquie récemment avec la tentative ratée de coup d’État américain, ou bien avec leurs guerres terroristes menées par l’entremise d’Al Quaïda ou de l’EIIL contre la Syrie, afin d’obtenir le contrôle du pétrole et du gaz de cette région. Ou bien ils ont encore échoué dans leurs efforts visant à isoler la Russie ou à encercler la Chine, dans la mer de Chine du Sud. Tout ceci nous rappelle les derniers jours de l’Empire romain, qui s’est effondré durant le quatrième siècle après J.-C., non pas du fait d’invasions étrangères, mais bien plus du fait de la corruption et de la pourriture morale interne.

Les racines de ce déclin puis de l’effondrement final de l’Empire romain, qui était également à cette époque l’unique superpuissance mondiale, résidaient dans la décision politique monopolisée par une aristocratie régnante, et plus précisément, celle d’une oligarchie de l’argent : les “vieux patriarches ennuyeux“ de cette époque, qui cherchaient à étendre les prolongations de l’Empire par des guerres de conquêtes et le pillage des terres étrangères. Ils le faisaient afin de nourrir leur richesse privée et leur pouvoir personnel, et non plus pour le plus grand bien de l’État.

Le modèle économique de l’Empire de Rome, était en effet basé sur la conquête des territoires conquis. Tandis que l’Empire s’étendait, il installait des garnisons militaires dans ses contrées éloignées afin d’en maintenir le contrôle, mais en comptant de plus en plus sur des mercenaires étrangers afin de pourvoir ces garnisons.

Car à l’occasion de ce processus d’expansionnisme militaire, la paysannerie, le cœur [du tissu social] de l’Empire, s’était retrouvée paupérisée. Les petits fermiers étaient conduits à la banqueroute et forcés de fuir vers Rome [exode rural] afin de tenter de vivre comme les prolétaires de cette époque, comme des travailleurs salariés. Ils n’avaient pas de droit de vote ni de droit du citoyen. Aux yeux des riches, ils étaient simplement la “foule“ qui pouvait être achetée, manipulée, et dirigée afin d’attaquer un opposant ; ils étaient le “demos“, les masses, le public. La “démocratie“ romaine n’était devenue qu’une manipulation des masses au service de l’Empire.

Les fermiers autrefois indépendants furent donc forcés de quitter leur propre ferme, souvent pour des années, afin de combattre dans des guerres de conquête à l’étranger. Le résultat en fut une dévastation du sud de l’Italie. Ceux qui avaient de l’argent étaient en mesure d’acheter des terres qui devenaient le seul investissement stable, devenant ainsi d’énormes propriétaires terriens, les latifundistas de l’époque. Ceci mena à la concentration de la terre en peu de mains, et la terre étant à son tour travaillée par des esclaves capturés dans ces guerres de conquêtes. Les fermes de tailles réduites furent graduellement remplacées par ces larges “latifundia“ [[latifundium ou villae] de l’époque, achetée comme un butin, et le fossé entre les riches et les pauvres ne fit que s’accroître. Lorsque les deux frères Gracchus tentèrent au second siècle après J.-C., de réduire ce fossé grandissant entre les riches et le reste, en introduisant des réformes agraires qui limitaient les pouvoirs des riches sénateurs, ils furent assassinés par ces riches hommes. Parallèlement, aujourd’hui D. Rockefeller est l’un des plus grands propriétaires fonciers de terres cultivables en Amérique, recevant des millions de dollars du contribuable en tant que bénéfice d’exploitation, au sens propre [subsidy to boot].

Le gouvernement de la Rome impériale ne possédait pas de système de budget propre. Lui aussi gaspillait ses ressources afin de maintenir l’Empire, tout en étant lui-même de moins en moins capable de produire de la valeur. Tandis que les détournements/vols provenant des territoires conquis ne suffisaient plus à couvrir les dépenses, eut lieu l’augmentation des impôts qui firent porter le fardeau de l’immense structure militaire sur les citoyens. De plus hautes taxes forcèrent encore davantage les petits fermiers à laisser leurs terres devenir stériles. Pour distraire les citoyens des conditions qui s’empiraient, les politiciens oligarques régnant à Rome firent distribuer du pain gratuit pour les pauvres et les amusaient à l’occasion des Jeux du cirque : des courses de chars, lancers de chrétiens aux lions et autres “distractions“, la stratégie aujourd’hui notoire « du pain et des jeux » permettant de contrôler l’agitation[5].

Le changement fondamental suivant, qui blessa mortellement l’Empire romain, ce fut le passage d’une armée de conscription composée de citoyens-soldats qui étaient des fermiers, à une armée de soldats de carrière, professionnels payés à mesure que les guerres étaient toujours plus distantes et devenaient de moins en moins populaire. Ce n’est pas sans ressembler à ce qui se déroula en Amérique, durant les années ayant suivi la guerre du Vietnam lorsque le président Nixon abolit la conscription [draft], en faveur d’une Armée de “tous volontaires [all volunteer]”, après les protestations et manifestations contre la guerre qui devinrent si populaires, constituant une menace pour les futurs agendas de l’utilisation des forces armées.

Et tandis que l’envoi de soldats romains dans des guerres éloignées devenait toujours plus coûteux, davantage d’incitation était nécessaire pour pourvoir les légions. La limitation du service militaire aux citoyens fut levée, et la citoyenneté romaine pouvait être gagnée en échange du service militaire, ce qui là encore n’est pas sans analogie avec ce qu’il s’est déroulé concernant les jeunes immigrants à qui l’on promettait la citoyenneté américaine, s’ils risquaient leur vie dans les guerres de l’Amérique en Afghanistan, en Irak ou ailleurs.[6]

Dès lors, la révélation de ce désastre comptable de 6,5 billion [6500 milliards] de $ au sein de l’Armée, n’est qu’un symptôme. Une course présidentielle opposant la Démocrate Hillary Clinton contre le Républicain Donald Trump n’est qu’un symptôme. Une nation qui dépense à fond perdu dans des guerres partout dans le monde, tandis qu’elle ignore ses infrastructures domestiques en plein délabrement, dont une réhabilitation adéquate coûterait quelque chose comme 3,6 billion [3600 milliards] de dollars, presque la moitié de la somme dont l’Armée américaine n’est pas en mesure de rendre compte, est tristement destinée à s’effondrer. À moins bien sûr que le peuple américain ne soit dégoûté de cette Sodome et Gomorrhe qu’est aujourd’hui devenue Washington, et commence à agir pour sortir de la matrice

 F. William Engdahl, 21 août 2016

William F. Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, titulaire d’un diplôme en Sciences Politiques de l’Université de Princeton. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès sur le pétrole, la géopolitique et les OGM.

Traduction par Jean-Maxime Corneille, pour Réseau International, article original paru dans New Eastern Outlook.

[1] Un « trillion » en anglais  = un millier de milliard.

[2] “Journal Vouchers“ – JV] : autorisation écrite préparée pour chaque transaction financière, ou pour chaque transaction qui correspond à des besoins prédéfinis.

[3] Inspector General US Department of Defense, Army General Fund Adjustments Not Adequately Documented or Supported, July 26, 2016, http://www.dodig.mil/pubs/documents/DODIG-2016-113.pdf

[4] Ibid.

[5] Extrait de F. William Engdahl, The Gods of Money: Wall Street and the Death of the American Century, edition.engdahl, 2009, pp.377-8.

 

[6] Ibid. NDT : voir aussi le documentaire “Why we Fight“ (Eugène Jareiki, 2005). Voir : « [Zerohedge] Les « élites » de la politique étrangère américaine attendent avec impatience l’expansion des guerres extérieures d’Hillary Clinton + « Why we fight? » » (CVR, 21 octobre 2016).

L’anarchisme n’est pas ce que vous croyez — et il y a beaucoup à en apprendre

Le 8 février 1921, vingt mille personnes, bravant des températures si basses que les instruments de musique ont gelé, ont défilé dans une procession funèbre dans la ville de Dimitrov, une banlieue de Moscou. Ils sont venus rendre hommage à un homme, Pierre Kropotkine, et à sa philosophie, l’anarchisme.

Quelque 90 ans plus tard, peu de gens connaissent Kropotkine. Et le mot anarchisme a été si dépouillé de sa substance qu’il en est venu à être assimilé au chaos et au nihilisme. C’est regrettable, car l’homme et la philosophie qu’il a mis tant d’énergie à développer, ont beaucoup à nous apprendre en 2012.


Je suis étonné que Hollywood n’ait pas encore découvert 
Kropotkine. Car sa vie est de l’étoffe des grands films. Né pour être privilégié, il a passé sa vie à combattre la pauvreté et l’injustice. Révolutionnaire toute sa vie, il était aussi un géographe de renommée mondiale et un zoologiste. En effet, l’intersection de la politique et de la science a caractérisé une grande partie de sa vie.

Ses luttes contre la tyrannie l’ont entraîné des années durant dans les prisons russes et françaises. La première fois qu’il a été emprisonné en Russie un tollé de nombreux savants les plus connus du monde a conduit à sa libération. La deuxième fois, il a conçu une fuite spectaculaire et s’est enfui du pays. À la fin de sa vie, dans sa Russie natale, il appuyait avec enthousiasme le renversement du tsar mais condamnait tout aussi énergiquement les méthodes de plus en plus autoritaires et violentes de Lénine.

Dans les années 1920, Roger N. Baldwin résume ainsi la pensée de Kropotkine.

Kropotkine est mentionné par des dizaines de personnes qui le connaissaient dans tous les domaines de la vie comme « l’homme le plus noble » qu’ils aient jamais connu. Oscar Wilde parlait de lui comme l’un des deux hommes vraiment heureux qu’il ait jamais rencontrés […] Dans le mouvement anarchiste, il était tenu dans l’affection la plus profonde par des milliers − « notre Pierre », comme les ouvriers français l’appelaient. Ne prenant jamais position de leader, il était néanmoins conduit par la force morale de sa personnalité et la largeur de son intellect. Il a combiné dans une mesure extraordinaire des qualités élevées de caractère avec un esprit fin et un sentiment social passionné. Sa vie a profondément marqué un grand nombre de classes – tout le monde scientifique, le mouvement révolutionnaire russe, les mouvements radicaux de toutes les écoles, et le monde littéraire qui se souciait peu ou pas de science ou de révolution.

Pour ce qui nous concerne, l’héritage le plus durable de Kropotkine est son travail sur l’anarchisme, une philosophie dont il fut peut-être le principal exposant. Il est devenu visible que la société se dirigeait dans la mauvaise direction et il a identifié la bonne direction en utilisant la même méthode scientifique qui l’avait conduit à choquer la profession des géographes en prouvant que les cartes existantes de l’Asie montraient des montagnes qui couraient dans la mauvaise direction.

L’événement déclencheur qui a conduit Kropotkine à embrasser l’anarchisme a été la publication de l’Origine des espèces de Charles Darwin en 1859. Bien que la thèse de Darwin que nous serions descendus des singes ait été très controversée, sa thèse sur la sélection naturelle qui impliquerait une « survie du plus apte » par une lutte violente entre les espèces et en leur sein a été adoptée avec enthousiasme par le 1% du moment pour justifier toute iniquité sociale comme un sous-produit inévitable de la lutte pour l’existence. Andrew Carnegie a insisté sur le fait que la « loi » de la concurrence est « la meilleure pour la course car elle assure la survie des plus aptes dans chaque département »« Nous acceptons et accueillons une grande inégalité (et) la concentration des affaires […] entre les mains de quelques-uns» L’homme le plus riche de la planète, John D. Rockefeller, a déclaré sans ambages : « La croissance d’une grande entreprise est simplement une survie des plus aptes […] l’élaboration d’une loi de la nature»

En réponse à un essai largement répandu de Thomas Huxley [Grand-père d’Aldous, auteur du Meilleur des Mondes, NdT] au dix-neuvième siècle, « La lutte pour l’existence dans la société humaine », Kropotkine a écrit une série d’articles pour le même magazine qui ont été publiés plus tard, comme le livre Entraide.

Il a imposé la contradiction au point de vue des darwinistes sociaux par sa propre recherche empirique. Après cinq ans d’étude de la faune sauvage en Sibérie, Kropotkine écrivait : « Je n’ai pas trouvé − bien que je l’attende avec impatience − cette lutte acharnée pour les moyens d’existence […] que la plupart des darwinistes considéraient comme la caractéristique dominante − et l’usine principale de l’évolution. »

Kropotkine a honoré les idées de Darwin sur la sélection naturelle, mais croyait que le principe directeur de la sélection naturelle était la coopération et non la concurrence. Les plus aptes étaient ceux qui ont coopéré.

Les espèces animales, au sein desquelles la lutte individuelle a été réduite à ses limites les plus étroites, et où la pratique de l’entraide a atteint le plus grand développement, sont invariablement les plus nombreuses, les plus prospères et les plus ouvertes à de nouveaux progrès… Les espèces asociales, au contraire, sont vouées au déclin.

Il a passé le reste de sa vie à promouvoir ce concept et la théorie de la structure sociale connue sous le nom d’anarchisme. Pour les Américains, l’anarchisme est synonyme d’un manque d’ordre. Mais pour Kropotkine les sociétés anarchistes ne manquent pas d’ordre, mais l’ordre émerge des règles conçues par ceux qui en ressentent les impacts, des règles qui encouragent des systèmes de production à échelle humaine et maximisent la liberté individuelle et la cohésion sociale.

Dans son article sur l’anarchie dans l’Encyclopedia Britannica de 1910, Kropotkine définit l’anarchisme comme une société-gouvernement, « l’harmonie dans une telle société ne se fait pas par la soumission à la loi ou par l’obéissance à une autorité mais par des accords libres conclus entre les différents groupes, territoriaux et professionnels, librement constitués pour la production et la consommation … »

Le livre Entraide a été publié en 1902. Avec des chapitres sur les sociétés animales, les tribus, les villes médiévales et les sociétés modernes, c’est une étude scientifique sur la coopération. Les lecteurs de 2012 peuvent trouver que le chapitre sur les villes médiévales est le plus convaincant.

Aux XIIe et XIV  siècles, des centaines de villes apparurent autour des marchés nouvellement formés. Ces marchés étaient si importants que les lois adoptées par les rois, les évêques et les villes protégeaient leurs fournisseurs et leurs clients. Au fur et à mesure que les marchés augmentaient, les villes gagnaient en autonomie et s’organisaient en structures politiques, économiques et sociales qui, pour Kropotkine, en faisaient un modèle instructif d’anarchisme.

La cité médiévale n’était pas un État centralisé. C’était une confédération, divisée en quatre quartiers ou cinq à sept sections rayonnant d’un centre. À certains égards, elle était structurée comme une double fédération. L’une consistait en tous les ménages réunis en petites unités territoriales : la rue, la paroisse, la section. L’autre était composée des individus unis par un serment en guildes selon leurs professions.

Les guildes établissaient les règles économiques. Mais la guilde elle-même consistait en de nombreux intérêts. « Le fait est que la corporation médiévale était une union de tous les hommes liés à un métier donné : acheteurs assermentés de produits bruts, vendeurs de produits manufacturés et artisans, maîtres, compagnons et apprentis. » Chacun était souverain dans sa propre sphère, mais on ne pouvait pas développer des règles qui interféraient avec le fonctionnement des autres guildes.

Quatre cents ans avant Adam Smith, les villes médiévales avaient élaboré des règles qui permettaient à la poursuite de l’intérêt personnel de soutenir l’intérêt public. Contrairement à la proposition d’Adam Smith, leur outil était une main très visible.

Ce mini monde de coopération a donné lieu à des réalisations remarquables. De villes de 20 000 à 90 000 personnes ont émergé des développements technologiques et artistiques qui nous étonnent encore.

La vie dans ces villes n’était pas un âge des ténèbres aussi primitif que nos livres d’histoire leur attribuent. Les ouvriers de ces cités médiévales gagnaient un salaire décent. Beaucoup de villes avaient une journée de travail de 8 heures.

Florence en 1336 avait 90 000 habitants. Quelque 8 000 à 10 000 garçons et filles (oui filles) fréquentaient les écoles primaires et 600 étudiants, quatre universités. La ville possédait 30 hôpitaux avec plus de 1000 lits.

En effet, écrit Kropotkine, « plus nous apprenons sur la cité médiévale, plus nous sommes convaincus que jamais le travail n’a bénéficié de telles conditions de prospérité et de respect que lorsque la vie urbaine était à son plus haut niveau. »

Le livre Entraide est rarement lu aujourd’hui. Personne ne se souvient de Pierre Kropotkine. Mais son message et sa preuve empirique que la coopération, et non la concurrence, est la force motrice de la sélection naturelle, que la décentralisation est supérieure à la centralisation dans la gouvernance et les économies et que l’entraide et la cohésion sociale doivent être encouragées face à l’inégalité sociale massive et à l’exaltation de l’individu sur celle de la société est aussi pertinente pour les débats centraux de notre temps que pour les débats de son temps.

Pour l’anniversaire de la mort de Kropotkine, il serait salutaire pour le monde de redécouvrir ses remarquables écrits, tous disponibles en ligne gratuitement, et de redécouvrir sa philosophie.

David Morris est co-fondateur et vice-président de l‘Institut pour l’autonomie locale à Minneapolis, Minnesota, et directeur de son projet New Rules.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/lanarchisme-nest-pas-ce-que-vous-croyez-et-il-y-a-beaucoup-a-en-apprendre