Comment fut inventé le Moyen-Orient

Histoire d’un concept

Au début du XXe siècle, le « Near East » et le « Middle East » apparaissent clairement distincts, l’un centré sur Istanbul et les Détroits, l’autre sur Téhéran et le golfe Persique, en relation avec l’axe stratégique qui reliait le Royaume-Uni et l’Inde britannique. Pourtant, aujourd’hui, cette distinction ne tient plus. Il ne viendrait à l’esprit de personne de mettre les Balkans dans le Proche-Orient et inversement, la Turquie est considérée par tous comme une puissance du Moyen-Orient. D’où la question : comment le « Middle East » a-t-il remplacé le « Near East » ?

Dans une première partie, j’ai montré comment l’Orient tel que pouvaient le concevoir les Européens au milieu du XIXe siècle, le « vaste Orient », a été progressivement divisé en trois régions définies par leur situation stratégique dans le contexte de la confrontation des impérialismes, notamment britannique et russe : le Far East, le Near East et, en dernier lieu, le Middle East.

Le bouleversement géopolitique provoqué par la première guerre mondiale a sans doute été un facteur important de cette recomposition toponymique. Les guerres balkaniques de 1912-1913 s’étaient terminées par un recul important de l’empire ottoman en Europe, voire son quasi-retrait ; mais sa défaite en 1918 provoque sa disparition totale et permet l’émergence, quoique contrariée, des pays arabes. La notion de « Near East », qui était fortement liée à la question ottomane et notamment aux Balkans, semble alors se réduire à une peau de chagrin tandis que celle de « Middle East », au contraire, s’accroît depuis que la Mésopotamie et la Palestine sont passées sous mandat britannique, ce qui est acté à San Remo en avril 1920.

Après la prise de Bagdad par les troupes britanniques en mars 1917, un nouveau pouvoir est mis en place. Si le contrôle de ce territoire est réclamé par le vice-roi des Indes, Lord Chemsford, le Cabinet met en place directement un « Mesopotamia Administration Committee ». Celui-ci est rebaptisé « Middle East Committee » en août 1917, puis « Eastern Committee » en mars 1918, signe d’une certaine instabilité conceptuelle. Tout au long de l’année 1920, on discuta de la création d’un nouveau département en charge du « Moyen-Orient ». Au début de l’année 1921, Lloyd George offrit à Winston Churchill le poste de secrétaire d’État aux colonies, avec, pour superviser la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, un « Middle East Department ». Avant cela, Churchill avait pris soin de consulter la Royal Geographical Society, dont la Commission permanente aux noms géographiques avait décidé l’année précédente que « Near East » devait renvoyer uniquement aux Balkans et que les terres allant du Bosphore à la frontière orientale de l’Inde devaient être appelées « Middle East ». John Shuckburgh, qui travaillait auparavant à l’India Office et qui s’était occupé durant la guerre des opérations britanniques en Mésopotamie, se retrouvait à la tête de ce département. Mais on y trouvait également Thomas Edward Lawrence, dans le rôle de conseiller, en provenance, lui du bureau arabe du Cairo Intelligence Department. Les deux services, dont les approches de la région n’ont pas toujours été convergentes, étaient ainsi réunis.

Un tournant décisif dans la politique impériale

Au mois de mars de la même année se tint au Caire une conférence sur le Moyen-Orient. Si l’historiographie française a retenu l’expression « Conférence du Caire », officiellement, celle-ci s’intitulait bien « Middle East Conference ». L’événement a été largement couvert par la presse et a sans nul doute contribué à diffuser cet usage du terme. Le compte-rendu du correspondant du Times en avril 1921, sur le « futur des pays arabes » est assez révélateur de ce glissement des mots et de la politique britannique dans la région :

La formation d’un Département du Moyen-Orient marque un tournant décisif dans notre politique proche-orientale, et la conférence que M. Churchill a convoquée au Caire a dû discuter du futur de la Palestine, de la Mésopotamie, et de questions liées à l’Arabie. La position géographique de la Perse, aussi bien que sa très grande proximité avec l’Irak (Mésopotamie) donnent nécessairement à ce pays une place prééminente dans la discussion, tandis que l’opinion des musulmans indiens doit être prise en considération, car la controverse à propos du califat est très proche de la racine de quelques-unes des questions qui sont en délibération1.

Une dizaine d’années plus tard, en 1932, la Royal Air Force (RAF) regroupa les deux centres de commandement de la région, le Middle Eastern Command, basé en Irak, et le Near Eastern Command, basé en Égypte, au profit de l’appellation Middle Eastern Command. En 1939, ce fut l’armée britannique qui opéra la fusion de ses commandements. Le général Wavell en poste au Caire contrôlait l’Égypte, le Soudan, la Palestine, la Transjordanie, Chypre, l’Irak, Aden, le Soudan et le Golfe persique. Le Moyen-Orient s’étendit vers l’ouest et le sud-ouest. Au cours de la seconde guerre mondiale, les combats conduisirent à son étirement jusqu’à la Libye, la Crète, la Grèce, les Balkans.

Pourtant, ce glissement du Moyen-Orient et son extension au détriment du Proche-Orient n’allèrent pas sans créer de malaise. Churchill, dans ses mémoires, rapporte ses doutes :

J’ai toujours senti que le nom de ‘Moyen-Orient’ pour l’Égypte, le Levant, la Syrie et la Turquie était mal choisi. C’était le Proche-Orient. La Perse et l’Irak étaient le Moyen-Orient ; l’Inde, la Birmanie et la Malaisie l’Orient ; et la Chine et le Japon l’Extrême-Orient2.

Confusions britanniques

Le problème fut posé explicitement en 1941 lorsque Sir Francis Fremantle demanda au premier ministre s’il n’y avait pas une confusion des termes « Near East » et « Middle East ». Il n’obtint pas vraiment de réponse. En 1942, Churchill essaya de modifier le commandement militaire du Moyen-Orient en le divisant : l’Égypte, la Palestine et la Syrie seraient devenues le Near East Command, basé au Caire ; la Perse et l’Irak seraient devenues le nouveau Middle East Command, basé à Bassora ou à Bagdad. Mais si le War Cabinet (cabinet de guerre) accepta la division, il refusa le changement de nom : le Middle East Command resta au Caire pour éviter les confusions.

Le 29 juin 1941, Oliver Lyttelton fut nommé ministre d’État pour le Moyen-Orient, avec un siège au cabinet de guerre. Il eut en charge de guider sur le plan politique les commandants en chef en poste dans la région et de coordonner les représentants britanniques en Égypte, au Soudan, en Palestine, en Transjordanie, en Irak, en Éthiopie, en Somalie britannique, en Érythrée, en Somalie italienne, à Chypre, dans les États du Levant, et plus tard à Malte, à Aden et au Yémen. Il arriva au Caire le 5 juillet 1941.

Le problème de toponyme se posa de nouveau à la fin de la seconde guerre mondiale. Au Royaume-Uni, le 16 avril 1946, le major Symonds demanda au premier ministre Clement Attlee s’il avait l’intention de continuer à utiliser le terme de « Middle East » pour désigner des aires géographiques qui par le passé avaient été appelées « Near » et « Middle East ». Attlee répondit que la pratique était désormais d’appeler « Middle East » « le monde arabe et certains pays voisins » et qu’il ne voyait pas de raison de la changer. Aux États-Unis, le 25 juillet 1946, un officier demanda au secrétariat d’État aux affaires étrangères quels étaient les pays inclus par le nom de « Near East ». Ernest Davies, le sous-secrétaire d’État, répondit que le terme de « Near East », qui était lié à l’empire ottoman, était désormais démodé et qu’il était remplacé par celui de « Middle East ». Il incluait l’Égypte, la Turquie, l’Irak, la Perse, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine, l’Arabie saoudite, les Émirats du Golfe, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, Aden et le Yémen. En 1948, lorsque fut créée à l’ONU, à l’initiative de l’Égypte, une Commission économique pour le Moyen-Orient, le terme ne sembla pas faire problème. Son action s’étendit sur une aire très vaste et englobait des pays qui n’étaient ni arabes ni musulmans : l’Afghanistan, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Yémen, l’Égypte, l’Éthiopie, la Grèce. La notion de Near East ne désignait plus dès lors que la partie méditerranéenne du Moyen-Orient. Elle avait été subsumée par celle de Middle East.

La prédominance accordée à la notion de Middle East à partir des années 1920 et renforcée par la seconde guerre mondiale, est un événement méta géographique dans la mesure où il y a modification assez rapide des cadres de perception et de dénomination de l’espace, mais c’est un événement qui s’inscrit dans une transformation des structures économiques, culturelles et politiques du monde depuis la fin du XVe siècle. C’est le point d’aboutissement d’un processus pluriséculaire et non un simple caprice de l’histoire, ou d’un quelconque stratège. Cependant on fera ici l’hypothèse, non contradictoire avec les précédentes, que si les deux notions de Near East et de Middle East ont été rapprochées, c’est que l’espace même a été modifié dans ses structures par le progrès des moyens de transport et de communication.

Succès mitigé pour le transport par bateau à vapeur

L’importance de l’axe reliant le Royaume-Uni à l’Inde explique que dès l’apparition des premiers bateaux à vapeur maritimes au début du XIXe siècle, des expériences ont été faites pour réduire la durée du trajet entre l’Angleterre et l’Inde. Au début des années 1920, le courrier de la Cour des directeurs de l’East India Company à Londres au gouverneur général à Calcutta prenait généralement de cinq à huit mois par le Cap de Bonne-Espérance. Le premier bateau à vapeur à être parvenu en Inde fut l’Enterprize, en 1825, au bout de quatre mois et avec difficulté. Un deuxième, le Falcon, parti quelques semaines plus tard, y parvint également après quatre mois, mais essentiellement à la voile. Malgré cet échec, tout relatif, l’enthousiasme pour ce nouveau mode de transport ne retomba pas. Dans les années 1830, des pétitions rédigées à Bombay, à Calcutta, à Madras furent envoyées au Parlement britannique ; un comité de lobbying, the London Committee for Establishing Steam Communication with India via the Red Sea est créé pour faire pression sur les autorités.

Cependant la mer Rouge n’était pas la seule route envisagée. En septembre 1828, le premier ministre, le duc de Wellington, nomma président de l’India Board Lord Ellenborough, qui avait vanté les mérites d’une communication par bateau à vapeur avec l’Inde par la mer Rouge et qui, une fois en poste, chargea Thomas L. Peacock de rédiger un rapport sur la question. Ce dernier soumit un Memorandum respecting the Application of Steam Navigation to the Internal Land External Communications of India à Lord Ellenborough en septembre 1929. Il distinguait trois routes entre l’Angleterre et l’Inde : la route océanique qui contourne le Cap de Bonne-Espérance, la route qui coupe par l’Égypte (Alexandrie, le Nil, etc.), et une nouvelle route, pour la première fois proposée par Peacock, à travers la Syrie et l’Irak, par l’Euphrate.

Comme Peacock le soulignait, la route par l’Égypte et la mer Rouge avait déjà été proposée en 1823 et en 1826, mais les réticences étaient fortes de la part de l’East India Company en raison des difficultés à naviguer en mer Rouge (récifs, vents contraires durant la moitié de l’année) et à cause de la mousson, qui aurait obligé à faire un long détour par l’équateur. Peacock examina aussi la possibilité de construire un canal entre la mer Rouge et la Méditerranée, mais les ingénieurs français de l’expédition de Bonaparte avaient mesuré une dénivellation trop importante entre les deux mers. La troisième possibilité, nouvelle, aurait été de faire naviguer des bateaux à vapeur sur l’Euphrate, comme sur le Mississippi. Peacock rappela que Trajan avait fait descendre l’Euphrate à son armée jusqu’à Babylone et que l’expansion russe dans le Caucase (annexion de la Géorgie en 1801 et de l’Arménie en 1828) faisait peser une menace importante sur cet espace stratégique. Avant de s’en retirer, une armée russe s’était avancée jusqu’à Erzurum. Le 21 décembre 1829, Ellenborough envoya le mémorandum de Peacock au Duc de Wellington. En mars 1830, l’East India Company demanda une étude sur la possibilité d’emprunter les routes par la mer Rouge et par l’Euphrate.

La première mission de reconnaissance, menée par William Bowater en août 1830, tourna court. Les membres de l’expédition furent attaqués par des Yézidis et presque tous tués. Cependant, peu de temps auparavant, en mai 1830, Francis Chesney, alors au Caire, s’était proposé pour faire cette reconnaissance. Il commença par étudier l’isthme de Suez et corrigea l’erreur des ingénieurs français sur la différence de niveau entre la mer Rouge et la mer Méditerranée, concluant qu’un canal pouvait être construit, ce qui lui vaudra d’être reconnue par Ferdinand de Lesseps comme « le père du canal ». Ensuite, de décembre 1830 à janvier 1831, Chesney descendit l’Euphrate, de Anah jusqu’à Bagdad, sur un radeau traditionnel (kelek), ce qui le convainquit de monter une expédition plus importante. Durant l’été 1836, deux navires à aube, l’Euphrates et le Tigris, furent acheminés en pièces détachées de l’embouchure de l’Oronte jusque sur les bords de l’Euphrate, où ils furent montés et mis à l’eau. La descente de l’Euphrate avait été préparée par l’installation de stocks de charbon à Deir ez-Zor et à Anah, et par la signature d’entente avec les tribus arabes. L’expédition descendit l’Euphrate jusqu’au Golfe malgré le naufrage du Tigris et la mort d’une vingtaine de personnes dans une tempête de sable en aval de Deir ez-Zor. Ce fut un succès mitigé. Aucun service fluvial ne fut ouvert.

Puisque l’Euphrate n’était plus considéré comme navigable, un chemin de fer longeant la rivière apparut alors comme la meilleure solution de rechange. Vers 1840, l’Euphrates Valley Railway fut le premier schéma proposé. Entre 1840 et 1856, de nombreux arguments furent utilisés en sa faveur, mais ce fut un échec.

Trente mille kilomètres de câbles télégraphiques

La rapidité du transport du courrier et des informations entre l’Inde et l’Angleterre étant toujours préoccupante au milieu du XIXe siècle, l’importance d’établir une ligne télégraphique fut reconnue dès le début des années 1850, avant même la révolte des Cipayes de 1857-1858. L’Electric Telegraph Department in India mit en service les premières lignes télégraphiques publiques indiennes en 1855 et dès 1859 la décision de relier l’Inde à l’Angleterre fut prise. En 1860, un premier câble fut tiré entre Suez et Karachi, par la mer Rouge. Mais il s’abîma très vite et la réparation, trop coûteuse, fut abandonnée. En 1862, une nouvelle institution fut créée, l’Indo-European Telegraph Department. Le projet consistait à mettre en place une ligne télégraphique entre Karachi et Al Faou, à l’extrémité du golfe Persique. Le télégraphe indien serait ensuite relié au système télégraphique ottoman, connecté aux lignes européennes par Istanbul. En 1864, le câble sous-marin entre Al Faou et Karachi fut posé ; en 1865, une ligne fut tirée entre Al Faou, Bassora et Bagdad. Dès lors, un message télégraphique put être envoyé en Inde en vingt-quatre heures.

 

Cependant, ceci ne profitait pas seulement à l’empire britannique. Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, près de 30 000 kilomètres de câbles télégraphiques ont été installés à travers tout l’empire ottoman. Le télégraphe, outil de communication, renforçait l’autorité centrale.

Le câble télégraphique du golfe Persique (Harris 1969)

Un train à travers l’« Arabie turque »

En 1869, le canal de Suez fut inauguré, permettant une communication directe entre la mer Méditerranée et l’océan Indien, sans faire le long détour par le Cap de Bonne-Espérance. Toutefois, même après cela, on continua de penser que l’ouverture d’une route alternative à travers l’« Arabie turque » offrirait des avantages commerciaux et politiques immenses en donnant une façade méditerranéenne à l’Irak et à la Perse. D’autres projets de chemin de fer furent donc imaginés pour traverser le désert. Il y eut deux écoles : ceux qui voulaient un chemin de fer à travers tout l’empire ottoman et ceux qui pensaient que la route à travers le nord de la Mésopotamie était la meilleure voie. Les Turcs en 1873 discutaient la possibilité d’un chemin à travers le « Petit Désert », de Homs à Palmyre, et de là jusqu’à Deir ez-Zor. Les hommes politiques et les ingénieurs britanniques, quant à eux, concentrèrent leur attention sur le « Grand Désert », c’est-à-dire au sud de la ligne Damas-Bagdad.

 

Trois solutions furent proposées. Dès 1878, il fut suggéré qu’un chemin de fer traversât la Palestine de Haïfa, ou Akka, à Salkhad dans le Djebel druze, puis de là à Al-Jawf à travers le Wadi Sirhan, et d’Al-Jawf jusqu’au Koweït avec un embranchement vers Bassora. Une seconde proposition fut de construire un chemin de fer de Salkhad jusqu’à Bassora directement. Une troisième proposition fut suggérée par C. E. Drummond Black en 1908 : un chemin de fer depuis Port-Saïd jusqu’à Bassora via Akaba et Al-Jawf. Mais ce fut finalement l’Allemagne qui obtint la concession du fameux Berlin-Bagdad, même si la guerre empêcha sa totale réalisation.

Les chemins de fer d’Asie mineure (Augé 1917)

Toutefois, le tracé de celui-ci ne fit que contourner l’entre-deux syro-irakien et la mainmise britannique sur les mandats palestinien et irakien à la fin de la première guerre mondiale relança les discussions sur son franchissement. Mais aucune liaison ferroviaire ne sera établie à travers le désert syrien : l’époque était désormais à la voiture.

Enfin vint l’automobile

En 1919, un convoi de dix Ford tenta de traverser le désert de la Syrie à l’Euphrate, mais six voitures durent être abandonnées en cours de route et une seule atteignit Deir ez-Zor en bon état. D’autres tentatives furent faites, notamment par des contrebandiers qui, au lendemain de la première guerre mondiale, cherchaient à faire passer en Irak l’or abandonné en Syrie par les troupes turques et allemandes. Dénoncés, les premiers furent rattrapés par un avion et obligés de rebrousser chemin.

En 1922, le cheikh Mohammed Ibn Bassam, chef de l’importante tribu des Rouala, qui était impliqué dans le trafic d’or entre Damas et Bagdad, fit transiter une cargaison d’or dans deux voitures de Damas à Deir ez-Zor, et de là en bateau jusqu’à Bagdad ; les voitures revinrent chargées d’autres marchandises de contrebande. Quelque temps après, un Français établi en Syrie renouvela discrètement la tentative et atteignit directement Bagdad. Mis au courant, le consul général de France à Bagdad s’arrangea pour faire le voyage de retour avec cet audacieux. Leur voiture ne mit que vingt heures à accomplir le trajet entre la capitale de l’Irak et Damas (janvier 1923). Suite à cela, le consul britannique de Damas proposa aux frères Nairn de tenter une traversée du désert entre Damas et Bagdad. Norman et Gerald Nairn étaient deux Néo-Zélandais ayant servi au Proche-Orient durant la première guerre mondiale et qui, après leur démobilisation en Palestine, se lancèrent dans le service de transport et créèrent la Nairn Transport Company of Palestine and Syria.

 

En avril 1923, Norman Nairn, le consul britannique à Damas, un riche marchand syrien, le consul à Beyrouth et quelques intéressés se lancèrent dans la traversée, par Rutba. Ce fut un succès. En mai 1923, M. de Littinière, inspecteur des travaux publics de l’État de Damas, parcourut la piste et en résuma les caractéristiques. À la fin de l’été, les frères Nairn organisèrent sur ces données un service régulier de transports automobiles de Caïfa (Palestine) à Bagdad ; mais le général Weygand, haut-commissaire de la République française en Syrie, les amena aussitôt à établir la tête de ligne de son service (Overland Desert Route) à Beyrouth, de façon à orienter sur ce port tout le trafic entre Syrie, Mésopotamie et éventuellement la Perse et les Indes. Dès octobre 1923 fonctionna le Nairn Crossdesert mail service. Très vite, une foule de petites entreprises automobiles se mêlèrent de transporter des voyageurs à travers le désert.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bus de la Nairn Cie photographié à l’aéroport de Bagdad (1935, collection personnelle)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bus de la Nairn Cie, {Ibid.}

Selon le manuel de géographie des services de renseignement de la Marine britannique consacré à la Syrie (Syria 1943), les routes qui traversaient le désert syrien étaient parfaitement adaptées aux moyens de transport modernes car la surface du désert était appropriée au passage des voitures et il n’y avait pas beaucoup d’obstacles à éviter, même s’il existait certains passages délicats, en particulier la descente des escarpements et la traversée des ouadis. Plusieurs pistes furent utilisées à partir de Damas, de Homs et d’Alep vers l’Euphrate en passant par Palmyre. Les services de bus à travers le désert se multiplièrent durant les années 1930, surtout avec l’introduction de l’air climatisé. En 1937, entre Damas et Bagdad, dans les deux sens, on a totalisé le passage de 3 320 véhicules, 23 273 passagers et 6 758 tonnes de marchandises.

Ouverture des liaisons aériennes

 

Parallèlement à cela, le développement de l’aéronautique conduisit à mettre en place rapidement de nouvelles liaisons aériennes, au départ à l’initiative des militaires.

Les routes aériennes du monde (Sykes 1920)

 

À la conférence du Caire de mars 1921, il fut décidé que la RAF ouvrirait un service régulier entre Le Caire et Bagdad. Le repérage au sol fut confié au major Holt. Pour aider les aviateurs à ne pas se perdre, une immense flèche fut tracée dans le sol par un tracteur. La ligne Le Caire-Bagdad fut ouverte dès l’été 1921 et en octobre un arrangement fut trouvé pour transporter du courrier civil. En septembre 1921, le Times s’enthousiasmait : un officier de la RAF avait fait le voyage de Bagdad à Alexandrie en seulement deux jours, avec une escale à Amman. À la fin du mois de mars 1929, Imperial Airways Ltd. ouvrit entre l’Angleterre et l’Inde un service postal et un service passager avec un vol inaugural de Croydon à Karachi. Celui-ci emprunta la route du désert de la RAF, qui dès lors devint un maillon de la chaîne impériale.

Premier vol vers Karachi, à travers le désert de Syrie

En 1929, la compagnie française Air Orient ouvrit un service hebdomadaire entre Marseille et Beyrouth ; l’année suivante, celui-ci fut prolongé jusqu’à Bagdad via Damas. Enfin, en 1931, un service régulier France-Indochine entre Marseille et Saigon fut établi, incorporant la route du désert Damas-Rutba-Bagdad. La même année, ce fut la Compagnie Royale d’Aviation (KLM) néerlandaise qui inaugura un autre service postal et passager entre les Pays-Bas et Java via l’Égypte, Gaza, Amman, Rutba et Bagdad. À la fin des années 1930, l’entre-deux syro-irakien semble ainsi avoir pour ainsi dire disparu :

Le fait significatif aujourd’hui est la facilité avec laquelle on peut traverser le désert syrien. La sécurité et la brièveté de cette traversée font aussi que le voyageur d’aujourd’hui peut avoir le sentiment que le légendaire ‘tapis volant’ s’est miraculeusement matérialisé. La Mésopotamie est maintenant à un jour de la Méditerranée au lieu d’en être séparée par plusieurs semaines de voyage en caravane3.

 

Le développement des liaisons aériennes internationales apparaissait alors comme la clef de l’avenir des pays de la région : le Moyen-Orient pouvait être vu comme « le pivot [the hub] de l’Ancien Monde »4.

Le Moyen-Orient, hub de l’Ancien Monde (Glubb 1957)

Les deux rives du désert syro-irakien

En 1941, à la suite du coup d’État de Rachid Ali le 3 avril et à son ralliement à l’Allemagne nazie, une attaque britannique fut menée par une colonne de 750 hommes à partir de la Palestine à travers le désert de Syrie. Le 1er juin, les Britanniques pénétrèrent dans Bagdad. Dans The Golden Carpet, Somerset de Chair a laissé de cette expédition un récit épique :

Lorsque le sable lourd du Désert de Libye retombera sur les gourbis de Tobrouk et de Benghazi, émergera l’histoire glorieuse d’une petite armée qui a marché des rivages de la Méditerranée jusqu’à l’Euphrate à travers un désert aride qu’aucune armée de conquête n’avait jamais traversé de par le passé, et qui a porté son coup jusque sur les rives du Tigre en prenant Bagdad et en entrant dans la ville des Califes5.

C’est passer sous silence les transformations radicales qui se sont opérées durant les décennies précédentes et qui ont considérablement rapproché les deux rives du désert syro-irakien.

 

L’amenuisement de l’entre-deux syro-mésopotamien s’est traduit dès la fin de la deuxième guerre mondiale par le développement d’une idée qui auparavant aurait paru incongrue : l’union des deux royaumes hachémites de Jordanie et d’Irak. Trois fois cette idée revient sur le devant de la scène à partir de 1946. Le 14 avril 1947, à l’initiative du roi Abdallah, l’Irak et la Jordanie signent un « traité de fraternité et d’alliance » qui demeure toutefois une coquille vide. En 1951, ce sont les Irakiens Nuri Al-Said et Salih Jabr qui se rapprochent de la Jordanie à l’occasion de l’assassinat du roi Abdallah le 20 juillet, mais ils buttent sur le refus de Talal Ben Abdallah intronisé en septembre et du nouveau gouvernement élu en octobre. Enfin, en réponse à la formation de la République arabe unie (RAU) égypto-syrienne, l’Irak et la Jordanie proclament en 1958 la création d’une Fédération arabe. Le coup d’État irakien du 14 juillet 1958 y mettra fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Capdepuy

1« Future of Arab Lands », Times, 5 Avril 1921  ; p. 9.

2Winston Churchill, The Hinge of Fate, Houghton Mifflin, Boston, 1950  ; p. 460 (Cité par Davidson 1960).

3Christina P. Grant, The Syrian Desert. Caravans, Travel and Exploration, Black LTD, Londres, 1937  ; p. 295.

4John Bagot Glubb, A Soldier with the Arabs, Hodder and Stoughton, Londre, 1957  ; p. 19.

5Somerset De Chair, The Golden Carpet, New York, 1945  ; p. 5.

Vincent Capdepuy: Géohistorien et cartographe français, chercheur associé à l’UMR 8504 Géographie-cités, équipe Épistémologie et histoire de la géographie (EHGO), enseignant dans le secondaire à Saint-Pierre de la Réunion. Il a notamment contribué à l’Atlas de l’Histoire du Proche-Orient, Le Monde/La Vie, juin 2016.

Photo: La ligne Berlin-Badgad. Construction d’un pont temporaire sur l’Euphrate, entre 1900 et 1910. Library of Congress/American Colony (Jerusalem).

Source: http://orientxxi.info/le-moyen-orient-1876-1980/comment-est-ne-le-moyen-orient,1519

Révélations : L’histoire tragique de l’armée italienne qui a été gelée à mort en Russie pendant la Seconde Guerre Mondiale

Toujours émanant de National Interest cet article sur les alliés de l’axe, les Italiens. Après la Deuxième Guerre Mondiale, toute ma petite enfance a été ainsi bercée par le récit du manque de combativité des armées italiennes. Leur absence de performance était attribuée à une sorte de trait culturel propre aux Italiens, peu enclins aux exploits guerriers. Mais l’analyse faite ici de leur absence de formation et surtout de motivations puisqu’il est clairement exprimé que ces paysans auraient préféré fraterniser avec les Russes que renforcer les arrogants Allemands se prenant pour la race d’élite. Si les Roumains ont laissé en Union Soviétique des souvenirs déplorables, accusés de pratiquer exécutions de juifs et communistes, les Italiens se montraient plus proches des populations. Ce texte est donc peut-être pour qui sait lire entre les lignes une manière d’hommage. (Note de Danielle Bleitrach)

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Mamma mia! Pourquoi, au nom de Dieu, sommes-nous, nous des paysans italiens en train de geler à mort devant Stalingrad?

 

Ils auraient dû manger des pâtes confectionnées à la  maison à Palerme, ou du veau à Venise, au cours de cet hiver amer de 1942-1943. Au lieu de cela, ils ont été piétinés dans la neige par des vagues de chars soviétiques qui s’étaient  matérialisés comme des démons émergeant des brumes glacées de la vaste steppe russe.
Certains soldats italiens se sont battus, et d’autres ont fui. Beaucoup ont été tués, et sans parler de ceux qui ont disparu dans les goulags soviétiques, les camps de prisonniers. Près de la moitié des Italiens qui ont combattu en Russie ne sont  jamais revenus  à la maison.

Mais que faisaient – ils en Russie, en premier lieu?

Le blâme doit être reporté sur la mégalomanie de deux dictateurs. Le premier est Adolf Hitler, qui a conçu et ordonné l’opération Barbarossa, l’invasion fatidique de l’Union Soviétique en Juin 1941. Le second était Benito Mussolini, le prince des clowns et  des despotes, qui a envoyé 115 000 Italiens  mourir dans un conflit où ils n’avaient rien à faire.

Mussolini était devenu le premier dictateur fasciste en 1922, quand Hitler était le chef obscur d’un parti extrémiste mineur. Pourtant  il a été humilié, l’Italie avait dû  finir comme le petit frère maladroit dans la famille de l’axe. Mais le  plus humiliant était que l’Allemagne n’a jamais dit à l’Italie qu’elle avait l’intention d’envahir la Russie (peut – être parce que les Allemands étaient convaincus que tout ce qu’ils disaient aux Italiens serait bientôt divulgué en Grande Bretagne). Lorsque Mussolini a appris les plans d’Hitler, il a insisté pour que par solidarité fasciste les Italiens participent. En fait, si l’Union Soviétique devait être conquise, ne pourrait–il pas y avoir des miettes pour l’Italie pauvre en ressources, qui lorgnait l’économie pétrolière russe, le charbon et d’autres matières premières dont elle avait  désespérément besoin, empêché comme en était l’accès par le blocus naval britannique?

Non merci, répondirent les Allemands, qui avaient une vue plus réaliste que Mussolini de ce dont ses légions fascistes étaient capables. Durant l’été 1940, l’Italie n’était pas entrée en  guerre jusqu’à ce que la France ait presque capitulé, et encore les Italiens ont été malmenés par les troupes françaises (le comportement vautour de l’Italie a conduit Roosevelt à proclamer que «la main qui tenait le poignard a frappé dans le dos de son voisin »). Ensuite, l’Italie avait envahi la petite Grèce, son armée a été si molestée par les Grecs que Hitler avait dû à contrecœur envoyer ses armées en campagne dans les Balkans, ce qu’il aurait préféré éviter. Aussi en 1940, l’immense armée italienne en Libye a lancé une invasion sans enthousiasme de l’Egypte, pour être repoussée par une petite force britannique qui l’a presque éjectée de l’Afrique. Encore une fois, les Allemands sont venus à la rescousse, cette fois en envoyant Rommel et son Afrika Korps.

Est-il étonnant que Hitler et ses généraux aient estimé que les Italiens en Russie ne seraient pas une aide, vu leur valeur? Il valait mieux que Mussolini garde ses forces en Méditerranée, y fixe les Britanniques tandis que l’Allemagne menait la vraie guerre dans l’est.

Mais le Duce a finalement obtenu de participer. Tout d’abord a été expédiée en Juillet 1941, la Corpo di Spedizione Italiano en Russie (Corps expéditionnaire italien en Russie), ou CSIR, composé de soixante mille hommes en trois divisions, plus un petit contingent d’environ une centaine d’avions. En Juillet 1942, le CSIR a été intégré dans l’Armata Italiana en Russie (armée italienne en Russie), ou ARMIR. L’ARMIR, alors la huitième armée italienne, était composée de 235 000 hommes en douze divisions.

Ce ne fut pas un contingent symbolique expédié au nom de la solidarité de la coalition. Il s’agissait d’un quart de million d’hommes, plus que Mussolini avait dépêché en Afrique du Nord, un champ de bataille aux portes de l’Italie.

Le problème était que l’armée italienne n’avait pas été bien préparée pour le front de l’Est. Les soldats étaient des paysans, à peine alphabétisés, avec une mauvaise formation, de pauvres  tacticiens et un corps d’officiers plus soucieux de son propre confort que du bien–être de ses hommes. Une grande partie du contingent italien était formé des troupes d’élite de montagne, les chasseurs alpins, une force redoutable dans les montagnes, mais mal adaptée à faire face à des chars sur la steppe.

Les armes telles que l’artillerie moderne et canons anti-chars lourds étaient en nombre insuffisant, et il y avait si peu de camions que l’infanterie italienne en Afrique du Nord en fait dû marcher les mille miles de la Libye à l’Egypte à pied. Le ARMIR avait juste une poignée de chars, et ceux-ci étaient des modèles italiens risibles comme les sept tonnes Fiat L6 / 40 char léger, qui seraient bientôt dénoyautées contre les tanks vingt-neuf tonnes soviétiques T-34 que même les Allemands pouvaient à peine arrêter en 1941.

Même contre les Britanniques, qui étaient eux-mêmes des amateurs à la guerre par rapport aux Allemands, les Italiens ne pouvaient pas gagner sans l’aide allemande. Maintenant, ils devaient affronter l’immense Armée rouge impitoyable, qui possédait de chars modernes et de l’artillerie, et qui ne se souciait pas de son nombre de victimes aussi longtemps qu’il fallait détruire l’ennemi.

Dans un premier temps, la Russie parut une promenade au soleil pour les soldats italiens. Ils se sont bien comportés dans le sud de la Russie durant l’été 1941, tant qu’il s’est agi d’avancer seulement contre les armées soviétiques désorganisées et battant en retraite. Même lorsque l’Armée rouge contre-attaque dans l’hiver 1941-42, les Italiens tiennent, mais seulement avec le soutien allemand. Les soldats de la «race » des maîtres» allemands n’estiment pas les Italiens « trop  émotionnels », un sentiment de mésestime réciproque de la part des soldats italiens, dont certains seraient plutôt rentrés en lutte contre les Allemands plutôt que d’être leurs alliés. D’autre part, les Italiens s’entendaient bien mieux que les Allemands avec les civils russes, y compris les femmes.
Lorsque l’Allemagne a lancé l’Opération Azur, durant l’été 1942, offensive dans le sud de la Russie, les Italiens avançaient avec eux. Leurs armées sont affaiblies par le temps brutal et la contre-attaque soviétique de l’hiver précédent, les Allemands avaient besoin d’autant de main-d’œuvre qu’ils pourraient en obtenir. Il s’agissait de faire progresser sur sept cents miles de Stalingrad dans l’est et dans le Caucase du sud, l’Allemand ne pouvait pas rassembler assez de troupes pour garder des  lignes de front considérablement élargies, tout en concentrant assez de forces pour maintenir leur offensive.

La nécessité d’envoyer des divisions après d’autres divisions dans « le hachoir à viande » de Stalingrad, tout en soutenant une offensive séparée au sud dans le Caucase, a fait que les forces de l’Axe ont été disposées de façon à garder les flancs et l’arrière, elles étant réparties. Parmi eux, la Huitième Armée italienne au nord de Stalingrad, défendait une longue distance de près de deux cents miles de long, avec presque pas de réserves allemandes pour la soutenir.

Stavka, le haut commandement soviétique, se rendit compte que les points faibles de la bosse allemande dans le sud de la Russie étaient ceux qui étaient défendus par les alliés de l’Axe.

Opération Uranus, la première phase de la contre-offensive soviétique, qui a débuté en Novembre 1942, un blitzkrieg, un rouleau compresseur sur les armées roumaines qui gardaient le flanc allemand, et ils ont continué à encercler la sixième armée allemande à Stalingrad. L’assaut a évité les Italiens, d’abord. Puis, en Décembre 1942 ce fut l’Opération Saturne, qui ciblait les Italiens, les Roumains et les Hongrois. Deux divisions italiennes ont été attaquées par quinze divisions soviétiques et une centaine de chars, tandis que les quelques réserves allemandes étaient trop occupées pour soutenir les Italiens. Pendant ce temps, d’autres forces soviétiques ont attaqué les troupes roumaines et hongroises sur les flancs italiens, et bientôt la Huitième Armée a été encerclée.

Les Allemands ont blâmé les Italiens pour leur lâcheté. « A Kantemirovka, la seule idée d’attaquer des chars a conduit des milliers d’Italiens à fuir, ce qui n’a fait que confirmer les préjugés allemands, ainsi que le fait que les Italiens ont pris l’habitude de jeter leurs armes afin de ne pas être renvoyés à l’avant immédiatement », écrit l’historien Rolf Dieter-Muller. « Même au sein du ARMIR, de nombreux officiers avaient honte et étaient aigris par cet état de choses. »

D’autre part, les Italiens étaient convaincus que les Allemands les abandonnaient, occupés comme ils l’étaient à sauver leur  précieuse peau d’Aryens. En fait, les Italiens se sont battus pendant près de deux semaines, en dépit d’un nombre d’hommes et d’armes  inférieurs. Quelques troupes, dirigées par les redoutables chasseurs alpins, ont réussi à sortir de l’encerclement dans la bataille désespérée de Nikolayevka.

Mais quelques survivants ne pouvaient pas changer le fait que l’armée italienne en Russie a été détruite. Et avec les Alliés occidentaux qui les capturaient en Afrique du Nord, et bientôt  la Sicile et l’Italie étant envahies, le régime chancelant de Mussolini n’était pas en mesure d’envoyer une autre armée vers l’est.

La huitième armée est rentrée en Italie en Mars 1943, six mois avant que l’Italie se rende aux Alliés. En Septembre, l’Italie serait en guerre contre l’Allemagne.

Michael Peck

Michael Peck est un collaborateur régulier de National Interest l. Il peut être trouvé sur Twitter et Facebook.

Photo : Un prisonnier de guerre allemand  blessé pris à la bataille de Stalingrad. Wikimedia Commons / Bundesarchiv, Bild 183-E0406-0022-011 / CC-BY-SA 3.0

 

Source:https://histoireetsociete.wordpress.com/2016/12/02/revelations-lhistoire-tragique-de-larmee-italienne-qui-a-ete-gelee-a-mort-en-russie-pendant-la-seconde-guerre-mondiale/

Le Corps expéditionnaire russe en France, naufragé des livres d’histoire

Le 9 novembre, l’ambassadeur de Russie en France, Alexandre Orlov, accompagné des descendants des soldats et des officiers du corps expéditionnaire russe et de représentants des autorités françaises, a déposé Place du Canada à Paris une couronne de fleurs au pied du monument à la mémoire des participants russes de la Grande guerre, qui combattirent en France en 1916-1918.

Les chasseurs de souvenirs historiques, armés de détecteurs de métaux, trouvent encore dans la terre française des casques ornés de l’aigle bicéphale, les gourdes ou d’autres objets ayant appartenu aux soldats russes qui combattirent aux côtés de leurs frères d’armes français durant les périodes les plus sanglantes de la Première Guerre Mondiale.

Au cours d’une époque particulièrement critique pour la France et ses alliés, l’empereur russe Nicolas II prit la décision d’envoyer environ 45 000 hommes en France et sur le front d’Orient à Salonique. 9 000 soldats russes ont été tués, blessés ou portés disparus au cours des combats sur le territoire français.

À la fin de la guerre, le maréchal Foch déclarait : « Si la France n’a pas été effacée de la carte de l’Europe, c’est avant tout à la Russie que nous le devons ». Néanmoins, les brigades russes tombèrent dans l’oubli à la fin de la guerre, aussi bien en Russie qu’en France, et ce pour de longues années.

 

Gérard Gorokhoff, co-auteur avec Andreï Korliakov de l’ouvrage « Le Corps Expéditionnaire Russe en France et à Salonique 1916–1918 », contenant 1005 photos-témoignages de cette époque, a consacré de nombreuses années à la recherche et à l’étude des documents qui mettent la lumière sur le rôle des contingents russes et font ressortir les histoires humaines,  l’ensemble reflétant parfaitement toute la profondeur du drame vécu par la Russie toute entière.

Gérard Gorokhoff. Crédit : Maria Tchobanov

« L’histoire du Corps expéditionnaire russe commençait comme une étonnante et très belle aventure à la Jules Verne : traversée de la Russie en Transsibérien, parcours en bateaux, l’euphorie et l’enthousiasme de la population française qui ont accompagné la venue des soldats et officiers russes en France. Le courage et l’héroïsme exceptionnel des Russes sur les champs de bataille.

Mais cette aventure a tourné en tragédie du fait de la révolution russe. Je trouve ça d’autant plus dramatique que l’armée russe n’a jamais été aussi forte sur le plan matériel qu’au début de 1917. Et s’il n’y avait pas eu de révolution, les Russes auraient participé ensemble aux offensives et je pense que la guerre se serait terminée en 1917 par la victoire des alliés. Ça n’a pas eu lieu, la Russie a plongé dans le chaos », constate Gérard Gorokhoff.

De héros à « traîtres »

L’histoire connaît un tournant au moment de l’offensive de Nivelle. Même si les soldats acceptent d’aller au combat alors que l’empereur Nicolas II a abdiqué et que les officiers doivent obéir aux ordres du gouvernement provisoire de Kerenski, l’échec de l’offensive du Chemin des Dames, qui a conduit à la mort 70 officiers et 5183 soldats russes, a provoqué une rupture profonde dans les rangs des brigades, suivie de mutineries.

 

Après la prise du pouvoir en Russie par les bolcheviques et malgré la signature du traité de Brest-Litovsk une poignée de soldats, environ 400 personnes, a décidé de rejoindre l’armée française et d’y former la légion russe, la Légion de l’honneur, comme on l’appela plus tard pour le courage authentique et l’abnégation démontrés par ses soldats et officiers jusqu’au dernier jour de la guerre.

« Les gens de cette Légion de l’honneur auraient mérité de figurer au défilé de la Victoire en juillet 1919, où il y a eu les Thaïlandais, les Portugais et tous les autres belligérants, mêmes ceux qui n’ont rien ou presque rien fait pour cette victoire. Mais il n’y a pas eu de détachement russe. Les Français ont passé cette histoire sous silence, car pour eux après le traité de Brest-Litovsk, les Russes sont tous devenus officiellement les traîtres », regrette Gérard Gorokhoff.

Retour de l’oubli

Grâce au travail minutieux des auteurs de l’album « Le Corps expéditionnaire russe en France et à Salonique 1916–1918 », quelques familles de descendants des militaires russes ont pu retrouver les traces ou les maillons perdus dans le parcours de leurs aïeuls. Ainsi, Karp Vassiltchenko, dont la famille ignorait le destin, fut reconnu sur une photo de groupe d’officiers russes prise dans la ville d’Orange en France avant le départ en Macédoine.

Dans l’album, ce « lieutenant titulaire, de quatre Croix de Saint-Georges  » n’a pas de nom. C’est la comparaison avec les photos de l’album familial, soigneusement conservé par la fille d’un de ses deux frères, également participants de cette guerre, qui a permis de l’identifier. Par la suite, les historiens ont pu reconstituer sa trajectoire et même retrouver sa tombe.

Karp et son frère Philippe arrivent en France avec les brigades du corps expéditionnaire russe. Ils sont envoyés sur le front de Salonique, mais retournent sur le sol français après la dissolution du corps expéditionnaire liée à la révolution bolchevique en Russie. Karp décide de rejoindre les rangs de la Légion de l’honneur russe qui combattit sur le front français jusqu’à la fin de la guerre.

Promu officier, il participe en septembre 1918 à une des dernières grandes batailles de la guerre, dans les environs de Nancy, ou il est blessé à la jambe. Il en informe sa famille dans une lettre. Malgré la gangrène, il refuse l’amputation, désirant rester opérationnel. Cette blessure lui a coûté la vie, et il est mort la veille de l’annonce de la fin de la guerre. Sa famille, restée en Russie, a perdu sa trace pour la retrouver presque cent ans plus tard.

L’année, précédant le centenaire de l’arrivée du Corps expéditionnaire russe en France, son arrière-petite-nièce, Oxana Ignatenko Desanlis, docteure en histoire de l’Art, spécialiste de la Révolution russe et de la Grande Guerre, a retrouvé la tombe de Karp Vassiltchenko dans le cimetière de Bruyères dans les Vosges.

« Grâce aux travaux menés par les chercheurs et le retour en Russie de l’intérêt pour son passé, l’histoire de ce Corps expéditionnaire est petit à petit sortie de l’oubli, et elle est maintenant connue de manière assez réaliste », affirme Gérard Gorokhoff.

En 2016, de nombreuses manifestations consacrées au centenaire de l’arrivée des brigades russes en France ont été organisées en Russie comme en France pour rendre hommage à l’héroïsme de quelques milliers de personnes, soldats et officiers, oubliés de l’histoire pendant près d’un siècle.

Maria Tchobanov

Photo: Le Corps Expéditionnaire Russe en France. Crédit : Archives de Gérard Gorokhoff et Andreï Korliakov

 

Source:http://fr.rbth.com/art/histoire/2016/11/09/le-corps-expeditionnaire-russe-en-france-naufrage-des-livres-dhistoire_646175

Cachez ces nazis que nous ne saurions voir… en Ukraine III – Youri-Bogdan Choukhevytch

Dans la série que nous avons ouverte pour montrer l’ampleur de la présence de néonazis et ultranationalistes dans la Révolution du Maïdan, dans l’armée ukrainienne, dans l’assemblée de la Rada, les ministères, les administrations gouvernementales de l’état à tous les échelons, nous continuons aujourd’hui avec un certain Youri-Bogdan Choukhevytch.

Les correspondants français particulièrement, pour des raisons de propagande d’état, de guerre informationnelle contre la Russie, voire de russophobie ont cherché et cherchent toujours à cacher la vraie nature de ce qui s’est passé en Ukraine et qui a conduit à la terrible guerre du Donbass.

Pourtant le nom de cet homme a été scandé par des centaines de milliers d’Ukrainiens surexcités et fanatisés, au milieu des propos racistes sur les « moskals » ou la grandeur « de l’Europe blanche et du dernier barrage de l’Ukraine contre les barbares de l’Est ». Aucun des correspondants des grands médias français n’a écrit cette histoire, la voici.

Youri-Bogdan Choukhevytch, naquit en 1933 dans la région de Lvov, il était le fils du criminel de guerre Roman Choukhevytch, collaborateur nazi au service de l’Allemagne, triste commandant d’un bataillon de massacreurs durant la Shoah par balles, un des « Héros de l’Ukraine » qui continua la guérilla anti-soviétique jusqu’à sa mort survenue dans un combat de partisans en 1950.

En 1918, la Pologne renaissante envoya l’armée « bleue », les 100 000 Polonais revenus de France et portant la capote bleue horizon à la conquête de l’Ouest de l’Ukraine, de la Lituanie et même de la Russie blanche.

Après bien des combats, les nationalistes ukrainiens de Petrouchevytch et Pétlioura (républiques nationalistes indépendantes d’Ukraine, de Lvov et Kiev), furent vaincus, ainsi que les Blancs de Denikine et Wrangel, les Verts de Nestor Makhno, enfin restèrent seuls en ligne, Polonais et bolcheviques, qui durent en rester sur le statut quo de la guerre russo-polonaise (1920-1921).

Après la conférence des ambassadeurs (1923), le terrain occupé par les belligérants resta d’un accord commun entre leurs mains. Ainsi l’Ouest de l’Ukraine fut polonaise, le reste soviétique.

Roman Choukhevytch et nombre de nationalistes ukrainiens ne s’avouèrent pas vaincus. Au milieu des années 20, ils formèrent des unités paramilitaires sous le couvert d’une organisation de jeunesse (scouts/pionniers), les diables de la forêt, qui fut interdite par le ministre de l’Intérieur polonais.

 

Choukhevytch participa à son assassinat et celui de beaucoup d’autres fonctionnaires polonais, dans une campagne terroriste comprenant des assassinats politiques, attaques de trains et banques, opérations de représailles.

Arrêté et condamné à la prison (1927), le mouvement nationaliste ukrainien trouva bientôt un allié dans l’Europe au bord de la guerre : l’Allemagne nazie. Les services secrets allemands, l’Abwehr de l’amiral Canaris financèrent les mouvements nationalistes ukrainiens dès 1933.

Lors de l’invasion de la Pologne par l’Allemagne hitlérienne (1939), une légion polonaise se rangea aux côtés des nazis, participa aux opérations contre les forces polonaises et aux débuts des persécutions contre les Juifs (1939-1941).

Capitaine dans le bataillon Nachtigall (légion ukrainienne), Choukhevytch participa aux premières opérations de représailles et de massacres lors de l’invasion allemande de l’URSS (été 1941, plan Barbarossa).

 

Son bataillon ainsi que les autres unités ukrainiennes furent exclusivement employés à la Shoah par balles, à la destruction de villages, massacres de populations, au milieu des supplices les plus raffinés (course des piques).

Le bataillon Nachtigall sema ainsi la mort à Lvov, Ternopil, Zloczow, fut transformé en bataillon de supplétifs (Schutzmannschaft) sous commandement de la Waffen SS (août 1941), et continua ses missions de massacres et désormais de lutte contre les partisans.

Choukhevytch comprenant que les Allemands, malgré leurs services « sanguinolents », ne donnerait pas l’indépendance à l’Ukraine, assassina plusieurs soldats allemands et prit le maquis.

C’est ici que la légende dorée ukrainienne vante les « exploits » des nationalistes ukrainiens contre l’Allemagne nazie. Exploits inexistants et bien maigres, car dès 1944, Hitler avalisait la création de l’UPA (armée nationaliste ukrainienne) et demandait à Stepan Bandera, chef politique des nationalistes ukrainiens, de combattre les Soviétiques.

Ces derniers à l’offensive depuis l’automne 1943, étaient en train de déferler sur l’Europe de l’Est et Centrale. C’est donc encore avec les nazis, que Choukhevytch devait combattre, se livrant encore à d’horribles massacres, cette fois-ci de Polonais, en Volhynie et Galicie (1943-1944).

Au milieu des villages brûlés, plus de 1 300, par des hommes tels que Choukhevytch, des dizaines de milliers de civils, femmes et enfants furent massacrés sans pitié, systématiquement avec une cruauté atroce. Les nazis ayant été vaincus (8 mai 1945), l’UPA continua une guerre des partisans pendant encore 10 ans, guerre de coups de mains, d’exécutions sommaires, de tortures sanglantes entre les forces nationalistes ukrainiennes et les divisions de NKVD de l’Union Soviétique.

 

Choukhevytch fut abattu en 1950, la dernière guérilla organisée liquidée en 1954, le dernier nazi ukrainien officiellement arrêté, condamné et jugé, en 1958. Après la défaite des Allemands, ce furent les Britanniques qui tentèrent de soutenir les forces ukrainiennes, bientôt relayés par les Américains.

La grande majorité des nazis ukrainiens survivants s’enfuit par les « lignes des rats », dont celles organisées par les USA eux-mêmes, vers l’Amérique du Nord (Canada, USA), l’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Uruguay), l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Europe.

Son père mort Youri, dut subir la vengeance et la vindicte des Soviétiques, et fut dès l’âge de 11 ans, déporté en Sibérie avec sa mère (1944). La terrible dictature stalinienne, alors qu’il ne pouvait être tenu responsable des actes de son sinistre père, reste un acte terrible qui ne pardonne pas tout, mais qui explique tout de même beaucoup.

De Sibérie, il fut séparé de sa mère et envoyé dans un orphelinat pour enfants d’ennemis de l’Union Soviétique dans le Donbass (1946). La seule évocation de ces prisons pour enfants « d’ennemis du Peuple » est effroyable, inhumaine.

D’un père inhumain à un traitement qui ne l’était pas moins, Youri fut ensuite emprisonné à plusieurs reprises pour ses activités ultranationalistes et anti-soviétiques (1948-1956, puis 1958-1968 et 1972-1988), libéré de son goulag sibérien très diminué physiquement (1988), il devînt président de l’ancienne organisation ultranationaliste ukrainienne (UNA-UNSO, 1990).

À ce titre, « le fils du héros » fut invité par diverses organisations de la diaspora ukrainienne dans divers pays (Europe, États-Unis, Canada). N’ayant rien compris ni retenu des actes terribles de son père, il lança un centre de recherches sur son père qui fut officiellement avalisé par le Conseil régional de Ternopil (2003), et se lança dans une réécriture et une intense propagande nationaliste en Ukraine.

Après la Révolution Orange, il fut fait Héros de l’Ukraine lui-même (août 2006), alors numéro 5 sur la liste du Parti radical d’Oleh Liachko (fondé en 2010, parti nationaliste populiste pro-Union européenne).

Figure d’une histoire putride mais vénérée par les Ukrainiens, il fut élu facilement député de la Rada (octobre 2014), et ne tarda pas à initier un projet de loi « pour honorer la mémoire des combattants pour l’indépendance de l’Ukraine au XXe siècle », y compris et surtout les combattants nazis et collaborateurs de l’Allemagne nazie ou encore initiateurs de boucheries et pogroms en Ukraine durant la guerre civile russe (Pétlioura).

Ce projet fut voté et entra en vigueur (mai 2015). Bien que la tentative de réhabilitation des « Héros » nazis et antisémites de l’Ukraine ait été mollement dénoncée dans les années 2006-2010, cette seconde opération ignoble, de mépris et falsification de l’histoire, n’a été dénoncée par aucun média français, aucune institution européenne ou internationale, pour cause… de Maïdan. La Révolution démocratique qui réhabilite les bouchers et bourreaux d’innombrables hommes et femmes.

Jean-Michel Humbert pour DONi Press

 

Source:https://dnipress.com/fr/posts/cachez-ces-nazis-que-nous-ne-saurions-voir-en-ukraine-iii-youri-bogdan-choukhevytch/

Nos gentils voisins ukrainiens

Nota : ce texte est traduit d’un article paru en Roumanie

Quelques motifs pour ne pas plaindre les Ukrainiens

En 1918 ils ont souhaité officiellement l’annexion de la Bessarabie et seule la présence de l’armée roumaine, soutenue par la France et la Grande Bretagne, les a obligés à retirer leur demande.

En 1945 ils ont réitéré leur demande mais ont été obligés d’annuler encore une fois, sur pression de la part de Staline (cette demande était en contradiction avec les accords de Yalta).

En 1992 ils ont participé à la guerre en Transnistrie, aux côtés des troupes russes et contre les roumanophones, dans le but d’obtenir la séparation de cette région pour ensuite l’annexer (dans la suite de leurs demandes concernant la Bessarabie)

Depuis 1992 ils ont participé activement à toutes les négociations relatives à la Transnistrie. Ils y ont systématiquement soutenu la position des Russes pour que ces négociations restent formelles et n’aboutissent à aucun accord.

La grande majorité de la « mafia » qui a dirigé la République de Moldavie depuis 1991 est représentée d’Ukrainiens, et non pas de Russes ! S’ils ont obtenu ces fonctions, c’était clairement pour ne pas permettre l’autonomie réelle de ce pays, et qu’il reste dans le giron russo-ukrainien ; ceux qui ont géré la Transnistrie, et qui poussent les revendications séparatistes des Baltes, Cahul et Gagaouzes (Bălti, Cahul si Gagauzia), sont également des Ukrainiens, et non pas des Russes ; les Ukrainiens ont poussé à la destruction de l’identité roumaine dans les territoires occupés depuis la seconde guerre mondiale.

D’une manière totalement arbitraire l’Ukraine détient les territoires suivants, qui sont des territoires historiquement roumains et roumanophones : les 4/5èmes du Maramures historique (territoire de Apsu de Sus et Apsu de Jos, Barjava, Sources de la Tisza), le nord de la Bucovine historique, la région appelée Buceag (anciens départements de Ismail et Cetatea Alba), l’Ile aux serpents, tous offerts par l’ex-URSS.

Après une longue dispute au niveau du Tribunal de la Haye ils ont perdu la plateforme continentale au profit de la Roumanie, et n’ont pas digéré cette décision.

Un des obstacles majeurs à la réunification des deux états roumains (Roumanie et Moldavie) est l’Ukraine, qui y est nettement plus opposée que la Russie. L’Ukraine voit dans cette réunification un risque de revendications sur les territoires confisqués en 1945 (note du traducteur : où l’on constate que l’OTAN n’a pas vocation à défendre les intérêts de certains des pays membres).

La 1ère décision prise par les « européistes ukrainiens » cette année a été d’interdire les langues régionales, dont la langue roumaine.

Historiquement la Crimée n’a jamais appartenu à l’Ukraine, et les Ukrainiens d’origine y sont minoritaires; elle a été offerte à la République socialiste soviétique d’Ukraine par l’Union Soviétique, plus précisément par Nikita Kroutchev, qui était d’origine ukrainienne, et les successeurs de Kroutchev n’ont jamais aidé à la mise en place d’une réelle annexion de la Crimée par l’Ukraine.

Tout le monde sait que la présence ukrainienne en Crimée était purement formelle. Le président russe a voulu de fait que la Russie récupère ce qui lui appartient historiquement. La demande russe, suivie d’un référendum, est normale au moins au plan du droit « historique » ; au plan du droit international elle est sujette à contestation entre deux notions et principes, l’intangibilité des frontières d’un côté et le droit à l’autodétermination de l’autre. Depuis 1945 ces deux notions se sont souvent percutées (Grande Comores, Sahara espagnol, Soudan, Kosovo, Croatie, Slovénie, etc …).

Nous devons aussi garder en mémoire les conflits relatifs au Canal Bastroe et au navire Rostok.

 

Rappel historique: l’Ukraine nazie

Récemment, à la demande du Conseil de la Fédération de Russie, des documents déclassifiés ont été mis sur le site du Ministère de la Défense de la fédération russe. Le président Poutine a décidé que les archives de guerre russes ne seraient plus considérées comme des secrets d’Etat, ce qu’avait en son temps décidé Staline.

Parmi ces documents ceux relatifs aux crimes et aux atrocités commises par les nationalistes ukrainiens durant la 2ème guerre mondiale, avec un large soutien à l’époque de la part de la population ukrainienne, sont terrifiants. Ils démontrent un nationalisme ukrainien barbare, plein de férocité et d’une haine bestiale envers tout « ce » qui n’était pas ukrainien.

En comparaison avec ce qu’ont commis les Ukrainiens sur leur territoire, nous pouvons considérer que l’Allemagne nazie était encore un Etat de droit ! En comparant Stepan Bandera et Adolf Hitler, ce dernier avait comme objectif d’exterminer les juifs, les tsiganes, les communistes et les handicapés, alors que les Ukrainiens se sont mis à exterminer toutes les personnes ayant d’autres origines et vivant dans ce pays, avec une priorité : exterminer ceux d’origine russe. Ces actes n’ont pas été commis « simplement », mais avec des méthodes atroces.

On peut penser que ces documents sont longtemps restés des secrets d’Etat pour empêcher tout risque de vengeance de la part des populations russes, ce qui aurait pu entraîner un réel tremblement de terre dans l’ex-URSS.

De fait, dès 1944 des maréchaux russes ont demandé à Staline de former un tribunal militaire pour juger les Ukrainiens coupables de génocide et au final les exécuter. Staline n’a pas voulu mettre en application cette idée mais a accepté que certains chefs responsables de ces crimes de masse soient jugés et pendus, ce qui a été fait.

Après la mort de Staline les dirigeants successifs ont gardé le secret sur ces faits et ces archives, nous étions entrés dans une période de dédommagement des victimes, notamment les juifs, et l’URSS ne voulait pas devoir payer pour des crimes commis par des gens qui n’étaient pas russes.

Maintenant l’Ukraine est un Etat indépendant et le peuple ukrainien peut et doit assumer les responsabilités du passé. Or comme actuellement le passé est « distorsionné » à une très grande échelle, le président Poutine a accepté que soit levé ce secret d’Etat sur les génocides commis en Ukraine, lesquels s’avèrent démontrer que les Ukrainiens entre 1940 et 1945 ont été plus nazis, plus odieux et plus fanatiques que les SS ou la Gestapo.

L’armée ukrainienne avait des régiments entiers chargés de ne s’occuper que d’éliminer les populations d’autres origines que celles ukrainiennes. Ont été alors exterminés des villages entiers de Russes, les volontaires pour ces exactions étaient des extrémistes de droite et leur cruauté était sans limites. Tout Russe ou tout juif pris était torturé systématiquement avant d’être exécuté, bien entendu avec comme leitmotiv la défense de la patrie. Le plus grand nombre de ces crimes a eu lieu dans le sud-est du pays, notamment les régions de Kharkov, Lugansk, Donetsk. Ce n’est pas un hasard si, actuellement, c’est sur ces mêmes régions, villes et villages que l’armée ukrainienne tire au canon, « comme en 40 ».

Les opinions publiques sont manipulées et ne savent pas que les Russes des républiques de Donetsk et Lugansk ont demandé l’aide à la Russie pour que les événements de 41-45 ne se renouvèlent pas et que les Ukrainiens d’origine russe ne soient pas de nouveau exterminés.

Les nazis ukrainiens ont tué, durant la période 41-43, environ cinq millions deux cent mille civils, pour la plupart d’origine russe, et neuf cent mille juifs. Deux cent mille Ukrainiens d’origine polonaise ont aussi été victimes de ces hordes, ainsi que quatre cent mille militaires russes faits prisonniers par l’armée allemande et « mis à disposition » des fascistes ukrainiens. Il est un peu dommage de voir que de nos jours on passe sous silence ces atrocités en ne gardant en mémoire que celles commises par les seuls Allemands (note du traducteur, les populations roumanophones n’ont pas été victimes de ces exactions car jusqu’en 1945 la Roumanie était alliée de l’Allemagne).

On oublie également que ce sont plus de trois millions d’Ukrainiens qui ont demandé à lutter aux côtés du IIIème Reich, ou ont été volontaires pour le STO (Service du travail Obligatoire).

 

Quelques exactions commises et mentionnées dans ces archives déclassifiées :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

– par exemple le 30 juin 1941 le bataillon fasciste « Lvov » sous le commandement de R. Sukovitch a exécuté d’une balle dans la tête trois mille Polonais d’Ukraine, parmi eux des scientifiques reconnus au plan mondial. Dans la foulée ce même bataillon a exécuté sept mille Russes dont des femmes et des enfants, la gorge tranchée. Au même moment dans la Cathédrale Saint André, l’évêque catholique ukrainien bénissait l’opération.

– l’église catholique ukrainienne a béni toutes les atrocités commises par la division nazie ukrainienne “Galicie”. Par exemple en septembre 1941 le massacre de Babi Yar, près de Kiev. C’est là qu’ont été amenés 50 000 juifs, 3000 tsiganes et 40 000 russes, pour la plupart des femmes et des enfants. Les SS ukrainiens ont obligé les femmes et les jeunes filles à se déshabiller, pour un immonde viol collectif et public. Ensuite ce sont de vraies scènes de cauchemar puisque les femmes ont eu les tétons coupés, on a versé du sel sur leurs plaies (note du traducteur, ces atrocités ont aussi été commises durant la 1ère guerre mondiale par les Allemands sur les femmes de Belgique et du nord de la France), quant aux prisonniers hommes ils étaient maintenus et castrés au couteau ou à la hache. Les archives parlent également de scènes de cannibalisme, avec des bras de victimes grillées sur des barbecues.

– les atrocités ont atteint une telle ampleur et un tel sadisme que les soldats allemands, révoltés, ont refusé d’être associés à cela et se sont retirés, laissant les Ukrainiens finir leur « travail ». Les prisonniers étaient achevés par des balles tirées dans leur ventre, les faisant agoniser lentement, puis finis à coup de hache ou de pelle. Enfin tous les corps ont été jetés dans un ravin et recouverts de terre.

– des commandants nazis ukrainiens ont aussi été récompensés par l’Allemagne nazie, ainsi Vojnovski qui a dépassé le chiffre de 550 000 personnes exécutées dont 350 000 russes et 160 000 juifs a obtenu le Grade de major dans l’armée allemande, et Sutnevitch qui n’avait « que » 3000 juifs a son tableau de chasse n’y a obtenu que le rang de Capitaine.

– dans des villages comme Lipniki, Certozi, Mikulici, Vladimir, des bandes jetaient vivant les enfants dans les puits, puis y balançaient ensuite leurs parents avant de tout recouvrir de terre.

 

– la haine contre les Russes et les juifs était telle que les filles ukrainiennes qui avaient des relations avec des jeunes d’origine russe ou de confession juive étaient violées par leurs pères et frères, puis empalées par le vagin. Pour s’échapper certaines de ces jeunes filles se sont jetées dans le Dniestr, s’y sont noyées. (Note du traducteur : comme dans certains pays de nos jours ?)

Tout ceci s’est passé dans une Ukraine Socialiste, dans les années 41-45, donc dans un pays qui promouvait le socialisme et l’amitié entre les peuples depuis 1917 ; tout a été oublié et effacé en une nuit pour retourner à l’âge des cavernes.

Aujourd’hui, après 20 ans sous la devise des valeurs européennes et la volonté de promouvoir les minorités nationales, les ukrainiens « de Kiev » ont recommencé leurs méthodes nazies, fiers de leur passé de génocidaire contre les juifs, les Russes, les Polonais, et l’armée ukrainienne tire au canon sur les immeubles habités, les écoles, les hôpitaux des villes du sud-est du pays, ces villes à majorité russophone.

En tant que roumain il est intéressant de voir que notre classe politique fraternise avec cette classe politique ukrainienne sans voir que l’Ukraine continue à occuper de manière illégale et injustifiée des pans entiers de notre terre, avec la bénédiction de nos dirigeants asservis à l’Occident.

Pourquoi nos dirigeants ne soufflent pas mot sur ce sujet?

Enfin à la lecture de ces documents déclassifiés il est évident que l’Ukraine n’échappera pas à l’obligation de dédommager Israël et le peuple juif, on parle de 200 milliards d’euros. Israël va demander cette somme quand les choses se seront un peu calmées en Ukraine, nous verrons bien qui va rester à l’intérieur des futures frontières et payer la note.

Ce qui est sûr c’est que la Crimée, Donetsk et Lugansk se sont déclarées indépendantes de l’Ukraine et seront exonérées de ce dédommagement.

Ainsi nous voyons la différence entre la classe dirigeante et les simples gens du peuple, masse de manœuvre pour les politiciens d’hier et d’aujourd’hui. Charge à nous de faire la différence et d’empêcher que ne se répète ce passé, où la haine a dominé.

http://www.amosnews.ro/ucrainenii-bunii-nostri-vecini-2014-09-15

 

Traduit par Gérard Luçon

Nagorno Karabakh – Transnistrie – Abkhazie – Ossétie du Sud

Éparpillés dans les immenses territoires qui faisaient partie de l’Union Soviétique et, avant elle, de l’empire tsariste, il existe des coins du monde qui ont été oubliés par le progrès, où même l’histoire semble s’être arrêtée pour s’accorder une pause de réflexion.

Ce sont des fragments d’une civilisation qui n’existe plus, sinon dans la mémoire de ceux qui y ont passé et qui lui ont voué une partie de leur vie, pour ensuite – au début des années 90 – être projetés sans préavis dans une société complètement différente, compétitive, agressive, impitoyable, qui, en l’espace de peu d’années, a d’abord mis en doute puis répudié et ridiculisé, et enfin précocement jeté aux oubliettes, des usages, des idéologies, des modes de vie et de parler, de s’habiller et de penser, qui avaient été ceux de plusieurs générations de citoyens soviétiques et semblaient pouvoir durer au moins aussi longtemps encore.

Mais, presque par magie, par farce ou à cause de l’enchevêtrement chaotique des jeux de la géopolitique, quelques lambeaux de territoire ont été miraculeusement épargnés par la vague de la modernisation et de l’occidentalisation, et, résistant, indociles, ils portent témoignage de ce monde du passé auquel ils appartiennent encore orgueilleusement.

Transnistrie

En mars 2013, avec mes amis Giulio et Jacopo, nous sommes arrivés en voiture à Tiraspol, capitale de la Transnistrie, venant de Chisinau, capitale de la Moldavie.

Jusqu’en 1990, la Moldavie et la Transnistrie avaient formé, au sein de l’URSS, une seule république : la République Socialiste Soviétique Moldave. Et encore aujourd’hui, au niveau international, l’indépendance de la Transnistrie n’est reconnue officiellement par aucun pays.

 

Pourtant, depuis 26 ans déjà, un peu avant Bender et le fleuve Dniestr, passe une frontière bien gardée et les deux pays vivent désormais séparés de facto.

La Transnistrie, enserrée entre la Moldavie et l’Ukraine, et, plus au sud, la Gagaouzie. La Transnistrie contrôle un territoire de 3.567 kms2 (soit un peu moins que la Ligurie) pour une population de 550.000 habitants. La Gagaouzie, quant à elle, couvre un territoire de 1.832 kms2 et compte une population de 160.000 habitants.

Un vent fort et très froid soufflait en ce mois de mars à Tiraspol, mais le spectacle qui nous attendait valait infiniment plus que n’importe quel inconfort atmosphérique.

Pour qui avait, comme moi, commencé à visiter les républiques nées de la dissolution de l’URSS au début des années 90, ce fut une véritable remontée dans le temps.

En nous promenant sur la Prospekt principale de la ville, il nous semblait être revenus vingt ans en arrière. Les rues et les maisons semblaient être restées intactes pendant ces deux décennies, sans qu’aucune tentative de ravalement ait osé les contaminer. Les magasins exposaient leurs marchandises de manière simple et sans apprêt, comme à l’époque soviétique ou comme le faisaient – si quelqu’un s’en souvient – les magasins modestes de province, dans l’Italie des années 70. Les cafés et les restaurants, spacieux, vides, ouatés, d’une élégance vintage et nostalgique, où on aurait pu passer des journées entières à converser à mi-voix en sirotant de la vodka (précisément ce que nous avons fait, d’ailleurs pendant des heures et des heures, sans nous apercevoir que le temps passait – quelle importance cela pouvait-il avoir ? – seul le temps perdu est du temps gagné)… Le vieux cinéma soviétique où nous sommes entrés voir un  film, je ne me rappelle même plus lequel, juste pour savourer l’atmosphère du lieu… La seule discothèque (ou serait-il plus juste de dire la seule salle de bal ?)… Jusqu’à la musique, qui était encore celle d’antan.

 

Nous avons passé plusieurs jours dans ce paradis perdu, à répéter chaque jour les mêmes lents rituels, dans le but de nous faire assimiler le plus complètement possible par les rythmes de cette ville qui nous avait temporairement phagocytés. Et c’est là, entre une petite vodka et l’autre, que nous avons pris la décision de visiter tous les « états non reconnus » qui étaient nés sur les ruines de l’URSS.

Le centre de Tiraspol, capitale de la Transnistrie, un jour de fête.

L’histoire de cet état et la manière dont il a obtenu son indépendance – comme toujours par une guerre plus ou moins cruelle – mérite d’être approfondie.

L’Union Soviétique était, en fait, composée, à un premier niveau de division administrative, de 15 républiques [1], mais chacune de ces républiques contenait à son tour de nombreuses régions et provinces dotées d’une condition plus ou moins haute d’autonomie (oblastkrai, etc.) ou formant elles-mêmes d’autres républiques mineures.

La dissolution de l’URSS, quoi que nous en ait raconté la presse occidentale, fut un événement non pas voulu mais au contraire subi par la très grande majorité des 15 républiques [2]. Ils étaient de loin les plus nombreux ceux qui auraient préféré continuer à vivre dans un état multi-ethnique, plutôt que se retrouver citoyens d’états nationaux à forte empreinte ethnique et nationaliste, souvent intolérants envers les minorités.

La Moldavie fut dans ce cas. D’après le recensement de 1989, vivaient en Moldavie une majorité de Moldaves-Roumains (64,5%) mais beaucoup d’entre eux s’étaient depuis longtemps russifiés et avaient préféré user du russe comme langue, plutôt que du roumain [3], une forte minorité slave de Russes et d’Ukrainiens (26,8%) et d’autres minorités moins importantes, parmi lesquelles des Gagaouzes (3,5%) et des Bulgares (2%).

En Transnistrie cependant (c’est-à-dire dans la mince bande de territoire à l’est du Dniestr) les rapports numériques étaient inversés, avec 54% de Slaves contre 40% de Moldaves (dont la majorité, cependant, était russophone).

La décision des autorités moldaves d’abolir le russe comme langue officielle en faveur du roumain, et, dans le même temps, de remplacer le roumain écrit en caractères cyrilliques (utilisé de tout temps en Moldavie) par le roumain écrit en caractères latins (utilisé en Roumanie), déchaîna les premières protestations, qui, rapidement, se muèrent en tumulte dans tout le pays.

En Transnistrie, en 1990, fut organisé un référendum sur l’indépendance vis-à-vis de la Moldavie, dont le résultat fut favorable à plus de 90% des voix. En vertu de quoi, le 2 septembre 1990, la Transnistrie déclara unilatéralement sa sécession et la formation d’une république indépendante.

Après la dislocation de l’URSS, la Moldavie, appuyée par la Roumanie, entreprit une campagne militaire pour reprendre le contrôle de la république sécessionniste. On vit alors combattre d’une part l’armée régulière moldave, renforcée de nombreux paramilitaires et volontaires roumains, de l’autre,  la population civile de la Transnistrie, qui reçut cependant l’aide décisive de la 14e armée russe, laquelle était justement stationnée à Tiraspol sous les ordres du général Aleksandr Ivanovitch Lebed, et qui remporta une nette victoire sur l’armée moldave, allant même jusqu’à traverser la frontière naturelle représentée par le fleuve Dniestr, pour prendre possession de la ville à majorité russophone de Bender [4].

L’indépendance de la Transnistrie qui, qui dure depuis vingt-cinq ans, est aujourd’hui, cependant, mise en péril, du fait des déséquilibres politiques dans l’Ukraine voisine.

Comme on le voit, le territoire de la Transnistrie a une forme anormalement allongée et s’étend le long de la rive orientale du Dniestr.

L’Ukraine, dès le début des années 90, s’était fait protectrice, avec la Russie, de l’indépendance du petit pays contigu et de sa majorité d’habitants slaves (dont beaucoup étaient justement de nationalité ukrainienne).

Aujourd’hui, pour complaire à ses nouveaux alliés occidentaux, le nouveau gouvernement ukrainien a complètement renversé sa position à l’égard de la Transnistrie, allant même jusqu’à la menacer d’une intervention militaire unilatérale et non provoquée.

C’est ainsi que la Transnistrie se trouve coincée entre deux voisins hostiles (la Moldavie et l’Ukraine, auxquelles s’ajoute à présent la Roumanie), bien trop loin de la Russie, et avec un territoire véritablement difficile à défendre [5].

La demande d’annexion à la Russie (faite en 2014 par la Transnistrie suite à celle de la Crimée) n’a pas encore, à ce jour, été prise en considération, et la vulnérabilité du petit état se prête très bien à la création, par ses voisins hostiles, d’un casus belli.

 

Même la Moldavie voisine, cependant, ne peut pas être sûre de maintenir son intégralité territoriale. Une seconde région séparatiste, la Gagaouzie, habitée par une majorité de 82% de Gagaouzes [6] russophones opposés au processus de roumanisation forcée et de rapprochement avec l’U.E., menace depuis un certain temps de faire sécession elle aussi.

Dans les rues de Tiraspol

Nagorno Karabakh

Deux ans plus tard, en 2015, toujours à trois, nous avons décidé de visiter le Nagorno Karabakh [7], l’enclave arménienne en territoire azéri, théâtre d’une guerre sanglante qui s’est déroulée de 1988 à 1994, et s’est conclue par l’indépendance de facto de la République.

 

À la vérité, la guerre ne s’est jamais vraiment arrêtée et, comme dans le cas de la Transnistrie, la République du Nagorno Karabakh n’est reconnue par aucun état au monde. Justement, il y a quelques jours [de la mise en ligne de ce papier, NdT], les hostilités se sont soudain rallumées par une nouvelle agression de l’Azerbaïdjan, et ces hostilités sont toujours en cours avec pertes humaines des deux côtés.

Le Nagorno Karabakh occupe une superficie de 11.458 kms2 (un peu moins que le Trentin-Haut Adige)

Atteindre le Nagorno Karabakh n’est pas simple. La seule route praticable est celle qui part d’Erevan, capitale de l’Arménie, et, après huit heures de montées et de descentes dans les montagnes du Caucase, on arrive à Stepanakert, capitale de la République montagnarde autoproclamée.

Quand nous sommes arrivés en Arménie, c’était cette fois aussi le mois de mars et, après un substantiel repas dans le merveilleux centre historique d’Erevan suivi de la petite vodka rituelle, nous nous sommes arrangés sur le prix avec un taxi et nous avons mis le cap sur notre objectif.

Le premier tronçon de route est en plaine et court le long des pentes du mont Ararat [8] (la montagne sacrée des Arméniens, haute de 5.137 mètres, dont le nom signifie « Création de Dieu » en langue arménienne, mais qui, aujourd’hui, se trouve hors frontières, en territoire contrôlé par les Turcs).

Au bout de quelques heures cependant, la route commence à serpenter dans les montagnes enneigées du Caucase. Nous l’avons parcourue toute sans faire de halte, en sirotant de grosses bouteilles d’excellent vin arménien  et en écoutant les souvenirs de guerre de notre taxi, qui était justement un montagnard du Karabakh. Plus d’une fois, il nous est arrivé de nous retrouver au milieu d’une colonne de blindés et d’autres véhicules militaires qui se dirigeaient vers le front, et plus d’une fois nous avons entendu des tirs (je ne sais pas s’il s’agissait de véritables escarmouches, qui sont par-là à l’ordre du jour, ou de simples exercices par l’Armée de Défense du Nord Karabakh).

Nous sommes arrivés à Stepanakert au crépuscule et, après avoir trouvé à nous loger dans un modeste hôtel du centre-ville, nous avons commencé à parcourir la grande rue centrale, à la recherche d’en endroit où dîner.

La capitale du Karabakh est, si c’est possible, encore plus hantée et silencieuse que Tiraspol. Il s’agit en réalité d’un village de montagne isolé du reste du monde, situé dans un territoire où des opérations de guerre, quoiqu’à une échelle limitée, durent maintenant depuis près de trente ans. On y voit beaucoup de soldats, très peu de jeunes, de très rares lieux publics, des rues obscures qui se vident à la tombée du jour. Nous nous sommes longuement promenés dans ce lieu amène et élégiaque et, pour finir, nous avons réussi à nous restaurer dans une rustique pizzeria locale, qui servait une espèce de pizza turque ; après quoi, nous nous sommes transférés dans un sombre petit bar pour y finir la soirée, tandis que dans les rues non éclairées régnait un silence irréel.

Nous avons terminé la nuit dans la grande chambre quasi vide de notre hôtel. Nous n’avions guère de temps pour cette visite, notre intention étant de passer nos peu de jours disponibles dans la plaisante Erevan. C’est pourquoi, dès le lendemain matin, notre taxi nous attendait pour l’épuisant voyage de retour.

 

À cette heure du jour, la ville était plus animée et plus colorée. Nous avons fait une dernière promenade, y avons acheté quelques souvenirs et, après l’abondant déjeuner de rigueur et une brève visite au monument de Dedi Baba, nous avons repris la route. Nous avions prévu une brève halte dans la petite ville historique de Şuşa (Chouchi) pour visiter sa cathédrale et son monastère, avant de continuer vers l’Arménie où nous devions arriver dans la soirée.

Le centre de Stepanakert, capitale du Nagorno Karabakh

Le maintien de l’indépendance de l’isolé Nagorno Karabakh est depuis toujours en péril, dans des conditions par bien des côtés analogues à celles de la Transnistrie.

Les velléités indépendantistes s’y sont manifestées depuis 1988, quand l’URSS était en phase de désintégration. L’enclave arménienne, qui avait accepté de faire partie de la République Socialiste Soviétique d’Azerbaïdjan, dans le cadre d’une Union Soviétique multi-ethnique, n’avait nulle intention de faire partie d’un Azerbaïdjan indépendant et nationaliste, et aspirait par conséquent à se rattacher à sa mère-patrie la République d’Arménie. En 1991, au moment de la désintégration de l’URSS, la guerre couvait. Le parlement du Karabakh vota la sécession d’avec l’Azerbaïdjan et les Azéris, supérieurs en nombre, plus riches et mieux armés, envahirent la région avec l’appui de la Turquie. Stepanakert fut bombardée pendant de longs mois (précisément depuis Şuşa qui était un point d’appui azéri) et de vastes parties de la République tombèrent aux mains des Azéris. La ténacité des montagnards arméniens ne se démentit cependant jamais. En mai 1992, la prise de Şuşa permit de desserrer l’encerclement de la capitale et de rendre moins meurtriers les bombardements dont elle avait souffert quotidiennement, tandis que la conquête du village de Latchin, d’importance stratégique essentielle, permettait d’ouvrir une voie de communication avec l’Arménie. D’où affluèrent dès lors les soutiens militaires et les biens de première nécessité pour la population. La libération de Martakert suivie de celle d’Agdam, toutes les deux en 1993, ont marqué la victoire définitive de l’Arménie, consacrée par les accords de Bichkek et par un cessez-le-feu.

Il s’agit cependant d’une trêve fragile. L’Azerbaïdjan n’a jamais vraiment accepté la perte de la région. L’Azerbaïdjan est beaucoup plus riche et plus peuplé que l’Arménie, et grâce aux ressources que lui garantit l’extraction de son pétrole, il a un budget militaire potentiellement très supérieur. Il jouit en outre de l’appui de la Turquie, qui lui est apparentée par la langue, la religion et l’origine ethnique de sa population.

L’Arménie, en revanche, isolée sur les montagnes du Caucase et entourée d’états plus puissants qui lui sont hostiles, vit presque exclusivement des envois de fonds de la Diaspora arménienne [9] et est sujette à une dépopulation progressive, du fait que les jeunes préfèrent aller chercher fortune en Russie plutôt que rester dans leur pays, qui leur offre si peu de perspectives.

 

Le Nagorno Karabakh, tout comme la Transnistrie, a un avenir incertain et rempli d’embûches ; il se présente comme le lieu idéal où créer un casus belli [10] et rouvrir des hostilités sur une vaste échelle.

Dans les rues de Stepanakert

Abkhazie et Ossétie du Sud

Cette année, une nouvelle fois en mars et toujours avec Jacopo et Giuliano, j’ai visité l’Abkhazie.

En partant en voiture de la ville russe de Sotchi, le voyage ne dure que trois heures, par la route qui longe la Mer Noire et qui permet de contempler des paysages véritablement remarquables, avec les montagnes du Caucase qui descendent à pic dans la mer.

Ce que longe la partie russe de la route est une riviera constellée d’édifices modernes, de grands palais, d’hôtels et de résidences de luxe, mais dès que l’on passe la frontière avec l’Abkhazie, le spectacle change complètement. Commence alors le voyage de retour dans le temps qui nous fascine tellement.

Avant de partir, à Sotchi, beaucoup nous avaient déconseillé cette destination, soutenant qu’elle était risquée du fait de la présence de « brigands abkhazes » et de bandits qui arrêtent les voitures sur cette route pour voler les voyageurs. Il est possible que cela puisse effectivement se produire si on s’aventure dans quelque village perdu des montagnes, mais le long de la route principale qui relie Sotchi et la Russie à la capitale abkhaze, Soukhoumi, je tiens ce genre de rencontres pour invraisemblables. Nous, en tout cas, n’en avons pas fait, ni à l’aller ni au retour.

Soukhoumi est une gracieuse petite ville qui, comme Tiraspol et Stepanakert, rappelle par beaucoup de côtés la vie au temps de l’Union Soviétique. Pour qui cherche palais modernes, magasins à la mode et lieux de plaisir bruyants et très éclairés, ce n’est certes pas l’endroit idéal. On peut cependant y trouver de bons restaurants, un bord de mer très agréable, un centre historique intéressant, et surtout, on y retrouve cette atmosphère du passé qui, comme un voile transparent et protecteur, enveloppe la ville et la rend fascinante et un peu mystérieuse.

La proximité de la mer et la relative tranquillité de la région en font un lieu de villégiature possible, au remarquable potentiel touristique à très bon marché. Mais, jusqu’à présent, seuls quelques voyageurs – presque tous russes – ont découvert cet endroit.

 

Les villes maritimes italiennes du siècle dernier ressemblaient probablement assez fort à ce qu’est aujourd’hui Soukhoumi, et si on y ajoute quelque connaissance recommandée d’un peu de russe, il y a là une destination vraiment plaisante, où passer quelques jours loin des destinations touristiques traditionnelles, à savourer la cuisine locale dans quelque petit restaurant côtier, à se promener sur la plage et à déambuler dans les rues du centre historique.

L’Abkhazie a un territoire de 8.432 kms2 (un peu plus petit que les Abruzzes) et une population de 24.000 habitants. L’Ossétie du Sud a un territoire de 3.900 kms2 (plus ou moins l’étendue du Molise) et une population de 55.000 habitants.

L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud  (que nous n’avons pas encore visité mais que  nous nous proposons de visiter le plus tôt possible) faisaient partie, au temps de l’URSS, de la République Socialiste Soviétique de Géorgie. Celle-ci n’était pas habitée que par des Géorgiens, mais précisément aussi par des Abkhazes et des Ossètes (sans compter d’autres minorités ethniques de la très complexe mosaïque de peuples du Caucase).

Les Abkhazes sont un peuple caucasien présent dans la région depuis l’époque byzantine (en 780, ils ont fondé un premier royaume d’Abkhazie indépendant qui s’est maintenu jusqu’en 1008 [11] ; ils ont une langue à eux, qui appartient au groupe des langues caucasiennes nord-occidentales et, du point de vue religieux, ils se divisent en chrétiens orthodoxes et musulmans sunnites.

Les Ossètes, en revanche, proviennent de l’antique peuple des Alanis [12]. Politiquement, ils sont partagés entre l’Ossétie du Nord, qui fait partie de la Fédération de Russie, et l’autoproclamée Ossétie du Sud, qui s’est détachée de la Géorgie. Ils sont de religion chrétienne orthodoxe et leur langue est similaire au persan.

De manière analogue à ce que nous avons vu pour la Transnistrie et pour le Nagorno Karabakh, ces deux régions, au moment de la fragmentation de l’URSS, se sont retrouvées à faire partie d’un état national – la Géorgie – avec lequel elles n’avaient aucune affinité.

 

La politique de georgianisation forcée entamée au début des années 90 a amené la déclaration d’indépendance, d’abord de l’Ossétie du Sud [13] (28 novembre 1991), puis de l’Abkhazie [14] (23 juillet 1992), et les guerres qui s’en sont suivies contre l’armée géorgienne, guerres qui, ici comme dans les cas évoqués précédemment, se sont soldées par la victoire des indépendantistes et leur sécession.

La plage de Soukhoumi, capitale de l’Abkhazie

En 2008 cependant, la Géorgie, alors gouvernée par l’aventurier pro-américain Saakashvili, a tenté un coup de main et attaqué par surprise (avec l’appui diplomatique US) la petite république de l’Ossétie du Sud, dont elle a bombardé la capitale Tskhinvali. Ce qui, on s’en souvient, a provoqué la réaction immédiate de la Russie, protectrice historique de la région, avec laquelle elle a une frontière en commun.

Les troupes géorgiennes ont été complètement défaites en seulement trois jours. Elles ont dû se replier sur leurs positions de départ et au-delà, tandis que la Russie se décidait à reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et à en assumer la tutelle. (Il s’agit donc là d’états partiellement reconnus [15] et non d’états non reconnus comme ceux évoqués plus haut.)

 

À la différence de celles de la Transnistrie et du Nagorno Karabakh, l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud n’est donc pas aujourd’hui en sérieux péril. Les deux minuscules républiques ont des frontières directes avec la Russie. Des troupes russes sont présentes sur leurs territoires, et l’éventualité d’une reprise des hostilités de la part de la Géorgie est actuellement très improbable, outre être privée de toute possibilité de succès réelle (à moins d’un appui peu vraisemblable de l’OTAN).

Une rue du centre de Soukhoumi. Les rues plaisantes et arborées du centre historique sont dominées par un édifice massif et sinistre : le palais orange qu’on voit au fond et qui est l’ancien siège du Parlement, à moitié détruit pendant la guerre 1992-1993, resté le symbole de l’indépendance témoignant des sacrifices qu’il faut affronter pour la conquérir et la conserver.

Républiques Populaires de Donetsk et de Lugansk

Pour compléter ces informations, au nombre des états non reconnus ou partiellement reconnus de l’aire ex-soviétique, il faut citer encore la République Populaire de Donetsk et la République Populaire de Lugansk [16], autoproclamées en 2014, suite au coup d’état de Maïdan en Ukraine.

J’ai personnellement visité Donetsk et sa région de nombreuses fois avant la guerre et l’indépendance. Donetsk alors n’avait pas grand-chose en commun avec les « fragments d’URSS » décrits dans les pages précédentes, étant de loin la ville la plus riche et la plus moderne de l’ex-Ukraine, avec des infrastructures (je pense à son stade, à son aéroport, à ses centres commerciaux, aujourd’hui totalement ou partiellement détruits par les bombardements sauvages, y compris de ses zones d’habitation, de l’armée ukrainienne), qui auraient pu faire envie à bien des villes d’Europe occidentale.

Évidemment, la guerre et l’indépendance auront bouleversé le Donetsk que je connaissais jusqu’à en changer totalement le visage. Je pense qu’il s’impose de le revisiter le plus vite possible. J’espère pouvoir en faire bientôt la chronique, comme l’ont déjà fait tant de mes compatriotes qui, au cours de ces deux années de guerre, se sont rendus au Donbass pour y apporter de l’aide humanitaire, voire, dans certains cas, pour y combattre dans les rangs de la Résistance aux escadrons de la mort ukrainiens.

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NOTES

[1] Russie, Ukraine, et Biélorussie, les trois grandes nations slaves. Lituanie, Lettonie, Estonie, les trois républiques bordant la Mer Baltique. La Moldavie, dont la frontière occidentale touche la Roumanie. La Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan au Caucase. Et enfin, les cinq républiques centre-asiatiques : Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan.

[2] À l’exception des trois républiques baltes, où, effectivement, la majorité des populations était favorable à l’indépendance (sans toutefois tenir compte des fortes minorités russophones, surtout en Lettonie et en Estonie, qui ont au contraire vécu de façon traumatique la séparation  d’avec la mère-patrie et qui, depuis lors, vivent dans un état de semi-apartheid légalisé, honte sans précédent pour l’Europe « démocratique »). Dans toutes les autres républiques, la majorité des populations était favorable au maintien de l’URSS. Dans neuf des quinze républiques (Russie, Ukraine, Biélorussie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan) fut même organisé, en 1991, un référendum, qui donna partout une large majorité favorable au maintien de l’URSS.

[3] Aujourd’hui encore, quand on se promène à Chisinau, capitale de la Moldavie, on entend parler roumain autant qu’en russe. Dans les campagnes de la Moldavie, le roumain est la principale langue véhiculaire. En Transnistrie, Gagaouzies et dans les municipalités baltes, on parle au contraire principalement le russe.

[4] Ville natale de l’écrivain russe Nicolaï Lilin, qui y a situé certains de ses romans.

[5] La Transnistrie, distante de plus de 500 kms à vol d’oiseau de la frontière russe continentale la plus proche, et qui n’a pas de débouché sur la mer. Sans la collaboration de l’Ukraine, elle est donc militairement indéfendable par la Russie. En réalité, considérant le fait que toute l’Ukraine sud-orientale, de Kharkhov à Odessa, est russophone et russophile, après un hypothétique démembrement de l’Ukraine et un retour de ses régions orientales et méridionales dans l’orbite russe, un continuum territorial avec la Transnistrie serait réalisable.

[6] Les Gagaouzes sont une population d’ethnie turque mais de religion chrétienne orthodoxe et de langue principalement russe (il existe cependant une langue gagaouze, qui a des affinités avec le turc), qui ont migré en Moldavie et dans le Boudjak au début du XIXe siècle en provenance de Bulgarie et d’autres régions qui appartenaient alors à l’empire ottoman.

[7] Cette région montagneuse du Caucase méridional faisait partie du Royaume d’Arménie depuis 190 avant notre ère. Aujourd’hui, elle est encore habitée par des Arméniens et sa langue officielle est l’arménien, mais utilisée là dans sa version orientale.

[8] Selon la légende, c’est sur cette montagne qu’a échoué l’Arche de Noé, après le Déluge Universel.

[9] En fait, sur neuf millions d’Arméniens, seuls trois millions vivent en Arménie. Trois autres millions vivent en Russie, presque un million aux USA, un demi-million en France, 150.000 au Nagorno Karabakh. Il existe aussi de fortes minorités arméniennes en Géorgie, en Iran et en Syrie, tandis que la très nombreuse communauté arménienne de Turquie a été complètement exterminée par les Jeunes Turcs pendant le génocide arménien de 1915-1916 qui a fait environ 1,5 millions de victimes. Suite au refus de la Turquie de reconnaître ce génocide, les relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie ne sont toujours pas à ce jour normalisées, et la frontière entre les deux pays est fermée et militairement gardée.

[10] En 2014, en plein milieu de la crise ukrainienne, le Département d’État américain a fait très fortement pression sur l’Azerbaïdjan, pour qu’il ouvre un second front au Nagorno Karabakh et, seule la convocation soudaine en août à Sotchi, par Poutine, du président de l’Arménie Serzh Sargsyan et de celui de l’Azerbaïdjan Ilham Aliyev a évité le pire au dernier moment. Depuis quelques jours cependant, une nouvelle escalade a débuté (2 avril 2016), sous forme d’une agression azeri inattendue contre le Karabakh, deux jours exactement après la rencontre du Secrétaire d’État US John Kerry et du président de l’Azerbaïdjan Aliyev à Washington, pour y… discuter des modalités d’une solution au Nagorno KIarabakh. Cette agression est toujours en cours.

[11] À cette date, l’Abkhazie est entrée pour la première fois dans l’orbite géorgienne. Elle a reconquis son indépendance au XIIe siècle, pour la reperdre au siècle suivant à cause de la conquête ottomane.

[12] Peuple nomade de pasteurs guerriers d’origine iranienne, ils sont mentionnés pour la première fois dans la Géographie de Strabon au 1er siècle de notre ère. Au IXe siècle, ils ont formé, sur les montagnes du Caucase, un royaume chrétien qui a duré jusqu’à la fin du XIIIe siècle, quand il fut absorbé par la Horde d’Or mongole.

[13] La guerre d’Ossétie du Sud a duré du 5 janvier 1991 au 24 juin 1992. Les troupes de l’Ossétie du Sud, appuyées par des volontaires venus de l’Ossétie du Nord et avec le soutien de la Fédération de Russie, ont fini par défaire l’armée géorgienne.

[14] La guerre en Abkhazie a duré du 14 août 1992 au 27 septembre 1993. Les troupes abkhazes étaient flanquées de celles de la Confédération des Peuples des Montagnes du Nord-Caucase (Конфедерация горских народов Кавказа) et du bataillon Bagramian, composé de volontaires arméniens résidents en Abkhazie, et elles eurent raison de l’armée nationale géorgienne.

[15] Les deux républiques ont été reconnues non seulement par la Russie, mais également par le Vénézuela, le Nicaragua, les républiques océaniennes de Nauru et de Vanuatu, et la république polynésienne de Tuvalu.

[16] Ces deux états, de formation récente quoique occupant des régions assez limitées à cause de l’agression ukrainienne qui leur a arraché beaucoup de circonscriptions (à ce jour, les territoires sont de 8.550 kms2 pour la République de Donetsk et d’environ 8.350 kms2 pour la République de Lugansk) sont, de très loin, les plus peuplés des états non reconnus. La République de Donetsk compte en fait 2.3 millions d’habitants, et celle de Lugansk, 1.5 million.

Cesare Corda – Saker Italia

Source : http://sakeritalia.it/sfera-di-civilta-russa/il-passato-c…

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

 

via:http://lesgrossesorchadeslesamplesthalameges.skynetblogs.be/archive/2016/05/02/le-passe-qui-ne-meurt-pas-8602339.html

Renault et la tentation du révisionnisme

La collaboration et le patronat français

Les ayants droit des propriétaires des usines Renault, nationalisées après la Seconde Guerre Mondiale sans compensation en sanction de la collaboration active de l’entreprise avec les nazis, demandent réparation contre l’état français. Le Conseil d’Etat, dans sa décision du 4 mai 2016, heureusement, vient de mettre un point final à ce qui ressemble à une tentative de révisionnisme, tant à la mode aujourd’hui. Au nom de l’amitié des peuples et du grand Pardon, les frontières sont volontairement flouées.

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’Etat a nationalisé toute une série d’entreprises et repris la main sur les secteurs stratégiques (énergie, banque, …) pour reconstruire le pays et éviter les mouvements de spéculation. Dans cette logique, les entreprises qui ont collaboré avec l’ennemi furent reprises à leurs propriétaires, sans contre-partie financière, la nationalisation étant une sanction des bénéfices réalisés sur le dos des français.

L’on compte ainsi trois vagues de nationalisations qui se succèdent à la Libération:

·         13 décembre 1944 au 16 janvier 1945: le général de Gaulle nationalise par ordonnance, notamment, les Charbonnages de France (14 décembre 1944), Renault (16 janvier 1945, sans compensation financière pour collaboration avec l’ennemi, qui devient une régie).

·         29 mai 1945 au 17 juin 1946: par une série de lois, les transports aériens (juin 1945), la Banque de France et les quatre plus grandes banques françaises (2 décembre1945) suivent. Après le départ du général de Gaulle, le gaz et l’électricité (loi du 8 avril 1946) et les onze plus importantes compagnies d’assurance (25 avril 1946) sont nationalisés.

·         23 février au 16 juin 1948: une troisième vague de bien moindre ampleur suit.

Or, depuis, le temps a passé. Petit à petit l’histoire se réécrit, les ennemis sont dans le passé, les explications se cherchent et se trouvent. Il fallait bien vivre, on ne faisait pas exprès, on a fait tout ce qu’on pouvait, on produisait, mais sans enthousiasme. Bref, ce n’est pas vraiment de la collaboration.

Comme l’explique un article dans Le Figaro:

« Que la Société anonyme des usines Renault (SAUR) ait produit pour l’Allemagne nazie, et que cette production ait généré des bénéfices, personne ne le conteste. Mais quelle est la responsabilité personnelle de Louis Renault? Qu’a-t-il produit au juste? Et avec quel zèle? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Certains historiens tentent de minimiser le rôle des usines Renault, dont Louis Renault aurait été presque un « malgré lui«. Celui dont le taux de marge exceptionnel était supérieur de 20% par rapport aux autres grands constructeurs en remerciement de l’aide apportée à la Wehrmacht, également « malgré lui », celui qui a reconstruit ses usines détruites par les bombardements alliés pour continuer à faire du profit en alimentant l’armée ennemie nazie, « malgré lui », celui qui jusqu’en 1944, alors que la défaite s’approche, envisage de construire une usine souterraine pour qu’elle soit moins attaquable par les bombardements alliés, toujours « malgré lui ».

Le Conseil d’état, dans sa décision du 4 mai 2016, a mis fin à une épopée judiciaire lancée par les descendants de Louis Renault, tout en restant strictement sur le terrain juridique.

« A la Libération, des ordonnances des 16 janvier et 18 juillet 1945 ont procédé à la nationalisation des usines Renault. Des héritiers de M. Louis Renault ont, récemment, demandé à être indemnisés des préjudices subis du fait de cette nationalisation. Le tribunal administratif de Paris et la cour administrative d’appel de Paris ont rejeté leur demande, au motif que la créance qu’ils invoquaient était prescrite en application d’une loi du 31 décembre 1945; cette loi prévoyait une prescription de quatre ans pour les créances détenues sur l’État. »

Les descendants ont donc voulu contester la constitutionnalité de cette loi sur laquelle repose la validité de la nationalisation des usines Renault sans compensation. Le Conseil d’Etat, heureusement, a rejeté leur demande:

 « Il a relevé qu’en vertu de cette loi, la créance invoquée par les ayants droits avait été prescrite dès 1949, soit 4 ans après la confiscation des usines, comme l’avait déjà constaté une décision du Conseil d’Etat du 10 novembre 1961. « 

Autrement dit, en 1961, les descendants de Louis Renault avaient déjà tenté, sans succès, de contester la nationalisation-sanction de l’entreprise familiale. Puis silence. Jusqu’à maintenant. Pourquoi? Manifestement, parce que, maintenant, les cartes sont suffisamment mélangées pour que la frontière entre collaboration, résistance et nonchalance soit brouillée. Le nouveau culte du pardon conduit au relativisme, puis à l’oubli.

Heureusement, le système judiciaire tient encore la parade, mais combien de temps tiendra le pouvoir politique avant de finir la réécriture de la Seconde Guerre Mondiale? Sous peu, Louis Renault deviendra la figure de la résistance nationale. A chaque époque ses héros, il correspond bien à la nôtre.

Karine Bechet-Golovko

 

Source: http://russiepolitics.blogspot.fr/2016/05/renault-et-la-tentation-du-revisionnisme.html

Le 9 mai et le rôle décisif de l’URSS dans la victoire contre le nazisme

Avec le temps et un bon travail de manipulation de masse, la conscience collective est habilement « corrigée », permettant de réécrire l’histoire. Selon un récent sondage réalisé en Europe et aux Etats Unis, 15% des personnes interrogées estiment que l’URSS a joué un rôle décisif dans la victoire contre le nazisme alors qu’environ 50%  estiment que ce rôle revient aux Etats Unis.

A l’approche des 8 et 9 mai marquant la fin du cauchemar de la Seconde Guerre Mondiale, revenons donc sur ce qui n’est manifestement plus une évidence.

Le déni d’histoire

15% des personnes interrogées reconnaissent le rôle clé joué par l’URSS dans la victoire contre l’Allemagne nazie et ses alliés. Et il serait bon de se rappeler que ces alliés de l’Allemagne étaient nombreux: le Japon, l’Italie, la Hongrie, la Finlande, l’Albanie, la Slovaquie, la Croatie, la Roumanie, la Bulgarie, la Thaïlande, l’Irak. Il ne faut pas oublier les armées et régimes collaborationnistes: la France de Vichy, l’Iran, l’Espagne, San Marin; l’armée de libération russe (russkaya osvoboditelnaya armya) et l’armée ukrainienne de libération (ukrainskaya osvoboditelnaya armya) constituées par les nazis à partir des territoires occupés et des prisonniers. Le bloc nazi s’étant élargi avec le temps, voir sa liste complète ici. L’on y retrouve une très grande partie des pays constituant l’UE d’aujourd’hui.

Ces 15% sont répartis de manière diversifée. Par exemple, on note une rupture importante entre l’Allemagne de l’est (55%), l’Allemagne de l’ouest (16%) et Berlin (35%) dans la reconnaissance du rôle clé joué par l’URSS. Cette grille de lecture montre clairement les dégâts causés par la propagande atlantiste depuis la fin de la guerre. Qui conduit aujourd’hui à une méconnaissance totale de ce qui s’est passé alors.

L’école et l’évolution des programmes d’histoire joue un rôle non négligeable (voir notre publication ici), mais également l’invasion du cinéma et des séries télé américaines sur nos écrans. Nous voyons l’histoire reconsidérée par Hollywood. Et, ce qui est logique, Hollywood n’est pas là pour rappeler les faits, cette énorme machine à fabrication de conscience sociale est là pour former l’opinion publique « dans le bons sens ».

La guerre en chiffres 

D’une manière générale, on compte pour l’Union Soviétique la perte de 26 millions 600 mille hommes, soldats et civils confondus. 34 476 700 hommes ont participé aux combats. Ont été détruits plus de 1 710 villes , plus de 70 000 villages, plus de 32 000 usines etc.

En ce qui concerne l’Allemagne, de juin 1941 à juillet 1945, 6,5 millions d’hommes ont été soit tués, soit blessés, soit ont disparu. Rien qu’en été 1941, quand l’Union Soviétique est entrée en guerre, l’Allemagne  a perdu 742 milles soldats, alors que depuis 1939, lors des combats contre la Pologne, la France, l’Angleterre, la Belgique, la Hollande, le Danemark, les Pays Baltes, elle n’avait perdu « que » 418 805 soldats.

Pour leur part, les Etats Unis ont mobilisé  16 112 566 soldats, il y eut 405 399 morts, 652 000 blessés et 140 000 disparus.

Les civils touchés par pays:

·         URSS: 15 760 000

·         Allemagne: 2 470 000

·         France: 412 000

·         Angleterre: 92 673

·         Etats Unis: 3000

Maintenant quelques chiffres permettant d’apprécier l’aspect technique – quantité d’armes utilisées par pays en milliers:

 

avions

tanks

canons

 

Etats Unis

296.1

86.5

253

110 artillerie

Angleterre

102.6

25.1

113.8

48.3 artillerie

Allemagne

104

65.1

174.5

82 artillerie

URSS

120

90

360

300 artillerie

 Les pertes financières:

Pays

Pertes financières ($ milliards.)

URSS

610

USA

341

Angleterre

150

France

 

Allemagne

230

Italie

50

Japon

100

Autres pays

350

Total

2 000

Et pour en finir avec le rôle décisif accordé à l’armée américaine dans la victoire contre l’Allemagne nazie, rappelons que si les Etats Unis sont entrés en guerre, dans le Pacifique, en décembre 1941, ils ne sont intervenus sur le front européen qu’en juin 1944 quand l’armée soviétique reprenait le contrôle. A aucun prix, les Etats Unis ne pouvaient, pour des raisons politiques évidentes, laisser l’Armée Rouge libérer l’Europe seule, sinon ils la perdaient et perdaient par là même tous les gains financiers et politiques qu’ils pouvaient retirer de cette guerre.

Sur le territoire européen, l’armée américaine est intervenue en France (surtout en Normandie), Italie, Allemagne, Hollande, Belgique et Luxembourg.

Rappelons également que l’armée soviétique, seule, a libéré plus de 50% du territoire des pays européens, sans compter évidemment la partie européenne de son propre territoire, ce qui correspond à la libération de plus de 120 millions de personnes sur 16 pays aujourd’hui indépendants. Pour la libération de 6 autres pays, l’Armée Rouge est intervenue en coopération avec les alliés.

L’on comprend ainsi mieux pourquoi, malgré les efforts du pouvoir ukrainien, des manifestations sont prévues le 9 mai à Kiev pour célébrer la victoire sur le nazisme, une procession du bataillon éternel également, avec le portrait des proches qui ont combattu dans l’armée soviétique contre l’occupant. La réaction du pouvoir, pour l’instant, fait sourire: pour distraire la population de ces dates dangereuses, de grandes manifestations sportives sont organisées par la ville de Kiev.

On ne pourra pas ne pas se souvenir du pouvoir soviétique organisant de grands concerts avec des vedettes venues de l’occident pour faire concurrence aux cérémonies religieuses de fin d’année. Les techniques ne marchaient pas très bien déjà à l’époque – ne convainquant que les convaincus – elles sont aussi artificielles aujourd’hui.

Karine Bechet-Golovko

 

Source: http://russiepolitics.blogspot.fr/2016/05/le-9-mai-et-le-role-decisif-de-lurss.html

Des documents déclassifiés montrent le rôle des Etats Unis dans les horreurs de la sale guerre argentine

 

L’Argentine, 30 ans plus tard, est toujours traumatisée et divisée sur les évènements de la “sale guerre” lorsqu’une junte militaire des plus brutales géra le pays d’une main de fer et lorsque des dizaines de milliers de dissidents politiques “disparurent”, laissant leurs mères lutter pour une justice et au moins quelques réponses quant à la destinée funeste de leur descendance manquant à l’appel.

Note de Résistance 71: Prenons l’opportunité une fois de plus ici de rappeler que l’actuel pape François 1er, Jorge Bergoglio, fut le grand patron des jésuites en Argentine lors de la “sale guerre”, qu’il entretenait des relations privilégiées avec le chef de la junte militaire, le général Jorge Videla et qu’il fut directement impliqué dans le trafic des enfants des dissidents “disparus”…

Ceci prit fin avec la mésaventure de la guerre des Falkland (Malouines) en 1982, lorsque les Argentins envahirent les îles (toujours annexées par la GB) et les peupla avec des garnisons de jeunes conscrits, les meilleures troupes étant gardées en Argentine pour surveiller la frontière avec le Chili (Note de R71: qu’aurait-il pu arrivé avec le voisin chilien Pinochet, grand pote de Videla et tous deux grands contributeurs de l’opération Condor de la CIA ? voir ci-dessous…). Nous savons tous ce qui se passa ensuite, les Britanniques sous Thatcher prirent avantage de la situation pour reconquérir un sens de fierté nationale largement perdu et envoyèrent une force rapide pour libérer les quelques 3000 bergers qui se retrouvaient sous la houlette argentine. Les commandos marines et les paras britanniques ne firent qu’une bouchée des petits conscrits argentins affamés et transis de froid et la junte militaire argentine tomba tandis que Thatcher se vautrait dans une popularité reconquise qui lui permît alors de rester au pouvoir pour le reste de la décennie.

Bien sûr, rien de tout ceci ne prit place en isolation complète du long bras de l’interférence américain, qui était en action derrière le rideau, quelque chose que les Argentins savent depuis des décennies mais qui n’est admis officiellement que depuis récemment. Ce cadeau de 1000 pages de documents déclassifiés apparaît au premier abord, être un geste noble de coopération et d’amitié par les gringos yankees, mais quand on considère tout ce qui a été retiré, épuré des documents, tout ce qui a été aseptisé, alors ce “cadeau” revêt une toute autre signification et peut être vu en des termes bien plus cyniques ; les Yankees admettant être coupables tout en couvrant quasiment dans la même inspiration, l’extension de leur culpabilité.

 

On ne peut qu’espérer que les mères des disparus trouvent leurs réponses tôt ou tard, elles ont lutté si durement et si longtemps pour la justice.

Telesur (Venezuela)

Des documents déclassifiés détaillent le rôle des Etats-Unis dans les horreurs de la sale guerre en Argentine

Dans une étape tant attendue pour la découverte de la vérité historique au sujet de la sale guerre soutenue par les Etats-Unis en Argentine dans les années 1970-80, les USA ont délivré plus de 1000 pages de documents déclassifiés sur le pays sud-américain. Mais les critiquent argumentent qu’il y a d’énormes trous dans les dossiers, incluant l’exclusion de documents de la CIA, ce qui maintient dans l’ombre des détails importants sur les violations des droits de l’Homme et sur le rôle des Etats-Unis dans de tels abus.

Le gouvernement argentin a délivré les nouveaux documents déclassifiés aux journalistes et aux organisations des droits de l’Homme lundi après que le ministre des AE John Kerry ait eu présenté les dossiers au président Mauricio Macri pendant sa visite d’état la semaine dernière.

Les 1078 pages en provenance de 14 agences gouvernementales américaines sont les premières d’une série de mise à jour publique durant les prochains 18 mois, de documents déclassifiés en relation avec l’Argentine et sa dernière dictature militaire en date ; ceci inclut les dossiers du ministère sur l’Argentine, les dossiers du personnel de la Maison blanche, la correspondance câblée et autres archives, d’après une déclaration du bureau du directeur national US du renseignement.

Les dossiers incluent des descriptions atroces de tortures, de viols, d’assassinats et de disparitions forcées, menés par le régime militaire sous les ordre du général Jorge Rafael Videla, installé au pouvoir après le coup d’état de 1976 contre la présidente de gauche Isabel Peron.

Les documents détaillent également les applaudissements de Kissinger pour la dictature argentine et sa stratégie de contre-insurrection, ceci incluant sa visite au général Videla durant la coupe du monde de football en Argentine en 1978. Le membre de la sécurité nationale US Robert Pastor écrivit en 1978 que “les félicitations de Kissinger au gouvernement argentin dans sa campagne contre le “terrorisme” était la musique que le gouvernement argentin rêvait d’entendre depuis un bon moment.

La soi-disant politique anti-terroriste argentine était en réalité une répression brutale des dissidents politiques, des défenseurs des droits de l’Homme, des universitaires, des leaders de l’église (NdT: de certains il est vrai plus politiquement engagés, mais pas de la majorité… Bergoglio collabora avec la junte à de multiples niveaux y compris la répression du clergé social et progressiste…), des étudiants et des autres opposants multiples au régime d’extrême droite. Ceci faisait aussi partie de l’opération américaine régionale dite “Opération Condor”, opération de terreur d’état qui mena une campagne d’assassinats et de disparitions des oppositions aux régimes dictatoriaux mis en place à travers l’Amérique du Sud. En Argentine, plus de 30 000 personnes “disparurent” lors de la “sale guerre”.

Les documents détaillent également comment le président d’alors Jimmy Carter souleva le problème des droits de l’Homme en Argentine, incluant une lettre adressée au général Videla lui demandant gentiment de faire des progrès sur les droits de l’Homme en Argentine. A cette époque, Kissinger démontre un “désir de dénoncer la politique des droits de l’Homme du gouvernement Carter en Amérique Latine”, d’après un memo de Pastor à la sécurité nationale.

 

La confirmation plus avant de l’atroce héritage de Kissinger en Amérique du Sud arrive alors que la candidate à la présidentielle démocrate Hillary Clinton brosse la manche de Kissinger pour qu’il l’adoube, ce même Kissinger largement accusé d’être un criminel de guerre par de multiples groupes droit de l’hommistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais, malgré les détails révélateurs, ces documents n’ont pas les archives clef, fait remarquer la publication d’El Destape. Le package de documents n’incluent aucun dossier de la CIA ni de la DIA (Defense Intelligence Agency), se spécialisant en renseignement militaire.

De plus, bien que les documents soient supposés couvrir la période de 1977 à 1982, les documents les plus récents sont datés de 1981, ce qui veut dire que les câbles en relation avec la guerre des Malouines en 1982 entre l’Argentine et la GB et le rôle des USA dans ce conflit, ne sont pas inclus.

Le gouvernement Macri s’est félicité de cette remise de documents et l’a annoncée comme étant le résultat d’une “nouvelle politique étrangère” qui a mené le pays vers de nouveaux liens avec les Etats-Unis après que les anciens présidents Nestor Kirchner et Cristina Fernandez se firent les champions de politiques anti-impérialistes pendant 12 ans. Mais ce gouvernement qui s’auto-congratule ignore le fait que les organisations des droits de l’Homme argentines avaient demandé depuis des années que soient déclassifiées les archives dans leur combat pour la vérité historique, démarche qui porta ses fruits en 2002 avec la déclassification alors de 4500 documents.

De plus, Macri a été critiqué pour empêcher les investigations sur les crimes de l’ère de la dictature après que sa campagne de vaste austérité ait éliminé les départements en charge de la collecte des preuves historiques concernant l’implication de certaines institutions publiques. Le président argentin a aussi été critiqué pour ses liens indirects avec le régime militaire, qui a prouvé avoir été d’une grande aide pour les affaires de sa famille à l’époque, la Macri Society, connus sous le nom de Socma.

Le président Obama a décrit ceci comme la réponse des Etats-Unis à “sa responsabilité de confronter le passé avec honnêteté et transparence.” Obama a annoncé des plans de rendre public des documents en rapport à la sale guerre argentine lors de sa visite à Macri en Argentine en mars, ce qui coïncidait avec le 40ème anniversaire du coup d’état militaire de 1976.

La visite d’Obama fut largement critiquée par les activistes des droits de l’Homme, surtout pour son insensibilité quant à la date. Bien qu’il annonça les plans des Etats-Unis de “faire leur part” en respect de découvrir la vérité historique au sujet de la période dictatoriale, il ne s’est pas excusé pour l’implication des Etats-Unis dans les abus des droits de l’Homme et les disparitions forcées menées à l’échelle d’un continent.

Ian Greenhalgh

Traduit de l’anglais par Résistance 71

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La main sanglante de l’Opération Condor de la CIA en Amérique Latine dans les années 1970-1980

Résistance 71

Dans ces années de plomb sud-américaines, il est aujourd’hui estimé qu’environ 50 000 personnes “disparurent” en Amérique du Sud. L’Opération Condor fut une opération secrète de la CIA qui avait pour objectif d’aider les juntes militaires mises au pouvoir par Washington pour éliminer toute opposition politique. Ceci se matérialisa sur le terrain par des enlèvements, séquestrations secrètes arbitraires, tortures, exécutions sommaires, opérations d’escadrons de la mort, dont les cadres furent formés à la tristement célèbre École des Amériques où les tortionnaires français d’Algérie enseignèrent (Aussaresses and co) dans les années 60, la France ayant reçu le titre de “championne de la contre-insurrection”, ses méthodes mises en pratique lors de la bataille d’Alger en 1957 qui vit la pratique systématique de la torture et celle des “disparitions” au cours des tristement célèbres “corvées de bois”.

Le décompte des estimations (les personnes étant toujours officiellement “disparues”, ne peuvent être comptées pour mortes…) est approximativement comme suit: (Sources ONG et indépendantes)

Les chiffres avancés se situent dans une fourchette:

Brésil: 434-1000 disparus

Bolivie: 116-546

Paraguay: 200-400

Uruguay: 123-215

Chili: 3000-10 000

Argentine: 15 000-30 000

De plus, la Colombie, le Pérou et le Venezuela soutinrent à l’époque l’opération Condor, pas de chiffres avancés pour ces pays.

 

source:https://resistance71.wordpress.com/2016/08/24/des-oubliettes-de-lhistoire-ressurgit-la-dictature-argentine-soutenue-par-kissinger-et-la-cia-1976-1982-relents-doperation-condor-dans-la-campagne-electorale-yankee/

La bataille de Stalingrad

Qu’ils soient auteurs, historiens ou encore mémorialistes, beaucoup sont d’avis que la bataille de Stalingrad, sans pareille dans l’histoire mondiale tant par son envergure, son niveau de tension et le nombre de forces y participant, a été décisive dans le renversement de la guerre.

La bataille de Stalingrad a pris fin il y a 74 ans jour pour jour, le 2 février 1943.

 

Cette bataille, qui s’est déroulée sur 100 000 km² avec un front s’étendant de 400 à 850 km, a duré 200 jours. Pendant certaines phases plus de 2 millions de personnes, jusqu’à 26 000 canons et mortiers, environ 2 100 chars et canons d’assaut, ainsi que près de 2 600 avions de combat participaient à cette bataille dans les deux camps.

Des officiers d’infanterie soviétiques lors de combats de rue

 

330 000 soldats ennemis ont été encerclés à Stalingrad. Rien que dans l’opération pour éliminer les forces allemandes encerclées du 10 janvier au 2 février 1943, les forces du front du Don ont fait prisonnier 91 000 soldats et officiers ennemis, dont plus de 2 500 officiers et 24 généraux dont le général Paulus. Plus de 140 000 corps de soldats et officiers hitlériens ont été ramassés et enterrés sur le champ de bataille. Entre le 19 novembre 1942 et le 2 février 1943, les Allemands ont perdu à Stalingrad plus de 800 000 hommes. Au total, la Wehrmacht a perdu 32 divisions et 3 brigades, et 16 divisions ont subi de lourdes pertes.

Un char allemand sur une route aux abords de Stalingrad

Pendant la bataille de Stalingrad, l’Allemagne a ainsi perdu près d’1,5 million de soldats et officiers — soit plus d’un quart des forces disponibles à l’époque sur le front germano-soviétique —, plus de 3 000 chars et canons d’assaut, plus de 12 000 canons et mortiers, et plus de 3 000 avions de combat et de transport. Après cette perte écrasante côté allemand, les forces soviétiques ont repris l’initiative stratégique.

Cette victoire de l’Armée rouge a apporté une contribution décisive au retournement de la guerre. Le New York Herald Tribune, journal américain, écrivait à l’époque:

 

« L’épique bataille de Stalingrad est terminée. Elle signifie que les hitlériens ont déjà atteint le pic de leur puissance et c’est le début de leur déclin inéluctable. On se souviendra pendant des siècles de l’exploit héroïque de l’Armée soviétique. On ne l’oubliera pas tant que vivront des hommes libres prêts à mourir au nom de la liberté. »

Des sapeurs érigent un pont sur la Volga

 

La bataille sur la Volga n’a pas seulement défait les meilleures unités de l’armée allemande: elle a également brisé le moral des soldats et des officiers de la Wehrmacht. La victoire des forces soviétiques a psychologiquement bouleversé le peuple allemand. « La défaite de Stalingrad, reconnaissait plus tard le général Westphal, a terrifié aussi bien la population allemande que son armée. De toute son histoire l’Allemagne n’avait encore jamais connu une perte aussi terrible, vu mourir un tel nombre d’hommes. » Pour la première fois depuis le début de la guerre, les citoyens allemands ont entendu le glas funèbre des églises au lieu des marches victorieuses. L’Allemagne avait décrété un deuil de trois jours après la défaite.

Des soldats soviétiques attaquent une position allemande

Ce grand échec et les immenses pertes au sein des troupes allemandes ont affecté la position militaro-politique de l’Allemagne, la poussant au seuil d’une profonde crise. Mi-février 1943, le diplomate allemand Hassel notait dans son journal:

« Ces dernières semaines se caractérisent par la plus grave crise que nous ayons connue pendant la guerre. Malheureusement, cette crise a touché toute l’Allemagne. Elle se résume en un seul mot: Stalingrad. »

 

La victoire de l’Armée rouge à Stalingrad a influencé de manière significative le changement général de la situation militaro-politique dans le monde au profit de la coalition antihitlérienne. L’Italie s’est retrouvée au bord d’une catastrophe politique. La situation politique intérieure s’est aggravée en Hongrie et en Roumanie. L’autorité internationale de l’Union Soviétique montait en flèche.

Des combattants soviétiques lors de combats de rue

« La victoire de l’Armée soviétique à Stalingrad a apporté une contribution décisive au renversement non seulement dans la Grande Guerre patriotique, mais également dans la Seconde Guerre mondiale », constatent les auteurs de la monographie Histoire de la Seconde Guerre mondiale. 1939-1945.

 

L’immense impact de la victoire des forces soviétiques à Stalingrad pour la Seconde Guerre Mondiale a également été salué par le président américain Franklin Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill. Dans le certificat de mérite attribué à la ville de Stalingrad, en notant le combat courageux et dévoué des forces soviétiques, Roosevelt écrivait: « Leur victoire glorieuse a stoppé la vague d’invasion et a marqué un tournant dans la guerre des Alliés contre les forces d’agression ». En écrivant à Joseph Staline en février 1943, Winston Churchill qualifiait la victoire à Stalingrad de « fabuleuse ».

Pendant un raid de l’aviation allemande

 

De nombreux historiens allemands reconnaissent eux aussi la victoire de Stalingrad comme un virage dans la Seconde Guerre Mondiale. Le général Kurt Zeitzler, qui commandait pendant la bataille de Stalingrad l’état-major de l’armée de terre de la Wehrmacht, a déclaré: « Le cours des événements a montré que la bataille de Stalingrad a effectivement constitué un tournant dans toute la guerre ». C’est également l’avis de Hans Doerr, qui reconnaît que: « Pour l’Allemagne la bataille de Stalingrad fut la plus lourde défaite de son histoire, pour la Russie sa plus grande victoire. » Les combats qui se sont déroulés à Stalingrad sont étudiés jusqu’à nos jours dans les académies militaires du monde entier.

il y a 25 ans – Les États-Unis renvoyaient des réfugiés aux escadrons de la mort en Haïti

Le 10 février 1992, la Cour suprême des États-Unis a refusé de mettre fin au renvoi de force des réfugiés haïtiens vers leur pays d’origine, donnant ainsi le feu vert à la campagne brutale de l’administration Bush. La Cour avait donné au gouvernement jusqu’au vendredi pour répondre à un référé déposé par des avocats des réfugiés pour obtenir une suspension de tous les retours forcés.

Ces expulsions ont été menées en dépit de preuves irréfutables de la persécution systématique des réfugiés, dont des dizaines de signalements de passages à tabac, d’emprisonnements et de meurtres. Lundi 10 février, 510 réfugiés avaient été renvoyés de la Base navale américaine de Guantánamo à Cuba. 500 autres ont été renvoyés le mercredi, et de nouvelles expulsions ont eu lieu le jeudi et le vendredi.

Le ministère des affaires étrangères a insisté sur l’idée que ces réfugiés étaient des réfugiés « économiques » et non « politiques », et qu’ils n’avaient par conséquent pas droit à l’asile aux États-Unis. Un expert de l’immigration auprès du Lawyers Committee for Human Right, Arthur C. Helton, a déclaré à la presse, « D’un côté, vous avez l’INS qui reçoit des signalements crédibles de mort, de torture et d’emprisonnement, et de l’autre, vous avez la porte-parole du ministère des affaires étrangères qui affirme qu’il n’y a jamais eu aucune preuve de mauvais traitements ».

À Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, la violence et la terreur avaient déjà coûté la vie à 1500 personnes et continuait. Une messe célébrant l’anniversaire de l’entrée en fonctions du président déposé Jean-Bertrand Aristide fut interrompue par des tirs de la police le 7 février.

Photo: Réfugiés Haïtiens à Guantánamo

Source: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/fev2017/hait-f15.shtml

 

 

Le procès de Nuremberg en cinq questions

Le 1er octobre marque le 70ème anniversaire du procès des principaux responsables du Troisième Reich à Nuremberg. RBTH répond à cinq questions principales sur ce qui est entré dans l’histoire comme « le jugement des peuples ».

1. Sans l’URSS, n’y aurait-il pas eu de procès de Nuremberg ?

Dans les années de la Seconde Guerre mondiale, l’idée de juger les leaders du Troisième Reich et les institutions publiques de l’empire hitlérien responsables de la barbarie ne semblait pas aussi ordinaire que ça. Initialement, l’Union soviétique était la seule à insister sur un procès. Les partenaires de Moscou au sein de la Coalition antihitlérienne, Londres et Washington, avaient adopté une autre attitude.

En octobre 1942, le ministère soviétique des Affaires étrangères déclare dans une note que Moscou souhaite juger les chefs de l’Allemagne nazie « par un tribunal international spécial et les châtier avec toute la sévérité de la loi pénale ».

Toutefois, le chef de la diplomatie britannique, Anthony Eden, donne en novembre de la même année des instructions à son ambassadeur à Moscou selon lesquelles il estime inopportun de faire juger les principaux coupables comme Hitler et Mussolini « parce que leurs crimes sont si monstrueux et leur responsabilité est si grande qu’une procédure juridique ne serait pas convenable ».

Anthony Eden évoque la nécessité de châtier sévèrement les chefs nazis sur la base d’une décision politique de la Société des Nations. Jusqu’au début de 1945, les Etats-Unis soutiennent la position de la Grande-Bretagne. Les deux pays proposent de concerter une liste d’une cinquantaine à une centaine de noms de chefs nazis qui devront être exécutés sans jugement.

Mais petit à petit, l’attitude des alliés envers l’idée d’un tribunal militaire international change et la décision appropriée est prise à la conférence de Potsdam en été 1945.

Selon l’historienne russe Natalia Lebedeva, Londres et Washington s’élevaient contre l’idée d’un procès, appréhendant une éventuelle « dénonciation par les accusés de la politique loin d’être irréprochable des puissances occidentales, de leur complicité dans le réarmement de l’Allemagne ou les manœuvres de Munich ». Ils pouvaient redouter également que la base juridique soit insuffisante pour condamner les responsables hitlériens et que le procès ait des airs de justice sommaire.

Pour ce qui est de l’URSS, elle insistait sur un tribunal, car cette idée élevait son prestige international et permettait d’agir dans le cadre d’un nouveau droit international, a expliqué à RBTH l’historien Boris Sokolov.

2. Etait-ce une justice de vainqueurs ?

Les accusés (des chefs d’accusation ont été formulés contre vingt-quatre principaux responsables du Reich) mettaient en doute la validité juridique du procès et essayaient de prouver qu’un procès en bonne et due forme avait été remplacé par une justice de vainqueurs. Le commandant en chef de la Luftwaffe, Hermann Goering, a déclaré à Nuremberg que « le vainqueur était toujours juge et le vaincu condamné ».

Toutefois, selon de nombreux observateurs, le procès prouve autre chose. Tous les prévenus disposaient d’une défense : vingt-sept avocats en tout.

Le fait que des peines de mort n’aient pas été prononcées contre tous les accusés témoigne également en faveur de l’équité du procès. Douze nazis ont été condamnés à la peine capitale par pendaison, sept à des peines de prison, tandis que trois autres ont été acquittés.

3. Est-ce que toutes les puissances étaient satisfaites du verdict ?

L’Union Soviétique a élevé une protestation contre l’acquittement de Hjalmar Schacht (président de la Reichsbank et ministre de l’Économie), de Hans Fritzsche (propagandiste considéré comme le bras droit de Goebbels) et de Franz von Papen (vice-chancelier au gouvernement d’Hitler).

Moscou était également indigné par le fait que le gouvernement de l’Allemagne nazie, l’état-major général et le commandement suprême de la Wehrmacht n’aient pas été qualifiés d’organisations criminelles.

Aujourd’hui, le député et historien Viatcheslav Nikonov, petit-fils du chef de la diplomatie soviétique Viatcheslav Molotov, estime que le tribunal aurait dû inscrire sur la liste des organisations criminelles l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) ou la division SS Galicie.

Lors d’une rencontre organisée par la Société historique de Russie, il a rappelé que ces groupes n’avaient pas cherché à cacher leurs relations avec le régime nazi et que le procès de Nuremberg avait qualifié d’organisations criminelles non seulement les SS, mais également le SD, la SA, la Gestapo et les dirigeants du parti nazi.

4. Qui était absent au banc des accusés ?

Certains n’ont pas comparu devant le tribunal : Adolf Hitler, Heinrich Himmler et Joseph Goebbels qui se sont suicidés. Le haut dignitaire nazi Martin Bormann n’était pas présent non plus : on estime que lui aussi a mis fin à ses jours.

Josef Mengele, qui se livrait à des expériences médicales absurdes et inhumaines sur les prisonniers des camps de concentration et qui a été surnommé l’Ange de la mort, évita le châtiment et mourut de sa propre mort au Brésil à la fin des années 1970.

Adolf Eichmann, responsable de l’extermination raciale des Juifs, réussit lui aussi à échapper à la justice, notamment au procès de Nuremberg, mais fut retrouvé et capturé par des agents du Mossad en Amérique du Sud et exécuté en Israël.

Le commando SS Otto Skorzeny, qui a enlevé Mussolini et tenté de capturer Josip Tito pour perturber le mouvement partisan communiste en Yougoslavie, fut arrêté en 1945.  Par la suite il fut libéré et vécut en Espagne franquiste.

5. Quelle est la portée historique du procès ?

Le tribunal finalisa la débâcle du nazisme. Après Nuremberg en Allemagne, plusieurs pays organisèrent eux aussi des procès qui condamnèrent environ 70 000 nazis et leurs complices.

Le procès de Nuremberg permit de faire comparaître devant la justice ceux qui avaient déclenché la guerre et commis des crimes contre l’humanité, ainsi que de les condamner selon les normes internationales, alors qu’il aurait été pratiquement impossible de les juger d’après les législations nationales.

La notion même de « crime contre l’humanité » fut définie pour la première fois dans les statuts du Tribunal militaire international, qui a été approuvé par les Nations Unies. Le tribunal de Nuremberg a jeté les fondations du droit pénal international.

 

Source: http://fr.rbth.com/art/histoire/2016/09/30/le-proces-de-nuremberg-en-cinq-questions_634817

Comité des Forges : « Nous nommons communistes tout ce qui s’échelonne entre l’agitateur de 36 et le simple partisan du suffrage universel »

Pendant les années 1930, les extrêmes-droites françaises avaient combattu le suffrage universel. On peut citer le programme de la constitution établie par Dom Moreau, président du DRAC [1], stipulant : « Suppression du suffrage universel ; organisation de la nation par profession ; remise en avant des forces de la famille et de l’autorité morale. » [2] Autre exemple davantage significatif, d’après le synarque Raoul Husson, « le parlementarisme était l’ennemi politique n°1 » dans l’esprit des fondateurs du Mouvement Synarchique ; « il n’y a[vait] plus d’activité civique pour le citoyen dans l’État synarchique, en dehors de l’exercice d’une profession reconnue et organisée. » [3] Ce noyau initial de la Synarchie était constitué par le trio Banque de France, Comité des Forges et Comité des houillères [4] .

Fin novembre 1943, le projet soumis au C.N.R., rédigé par Pierre Villon en accord avec Jacques Duclos pour le P.C.F. et Benoît Frachon pour la C.G.T. ex-unitaire, soulignait la volonté à la Libération d’assurer « L’établissement de la démocratie la plus large conformément aux décisions d’une Constituante élue au suffrage universel » [5]. À la même époque, quelle était la position du Comité des Forges ? L’extrait ci-dessous du livre d’Annie Lacroix-Riz, Les élites françaises entre 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine [6], nous donne la réponse :

***

« Le Comité des Forges, très impliqué, secteur automobile en tête, dans la “Centrale industrielle et commerciale”, s’efforçait d’allécher contre les rouges depuis le tournant de 1943 l’armée secrète et les MUR, haut lieu de la résistance anticommuniste (si liée à [Allen] Dulles). Il avait adressé fin 1943 au “mouvement maquis” (l’Armée secrète), via un délégué “ayant pleins pouvoirs pour traiter avec nous” (l’AS), ces propositions, transcrites selon leur texte original : “nous sommes disposés à verser plusieurs dizaines de millions à la cause des maquis, à condition que vous nous accordiez un certain contrôle politique sur votre organisation et notamment que nous puissions compter sur vous pour nos projets de lutte préventive contre le communisme […]

Nous nommons communistes tout ce qui s’échelonne entre l’agitateur de 36 et le simple partisan du suffrage universel, de Gaulle et aussi bien Giraud. Les mouvements de résistance sont des facteurs idéologiques derrière lesquels il n’y a rien et qui partiront en fumée au premier coup de vent. Les Allemands sont dès maintenant perdus, et il est certain que dans peu de temps, ils seront obligés de quitter la France, mais ils détruiront tout derrière eux. Dans l’immense tâche de reconstruction qui s’imposera au pays, la métallurgie aura un rôle prépondérant à jouer. Il n’est que juste que nous ayons aussi le pouvoir politique. Mais cette prise de pouvoir n’ira pas sans heurts et nous trouverons en face de nous les masses ouvrières fanatisées par les communistes. Pour cette opération nous avons besoin de 20 000 hommes et 500 automitrailleuses. Pour les automitrailleuses, nous nous arrangerons avec des camions, des plaques de blindage et des armes que nous avons en magasin. Les hommes, c’est vous qui nous les fournirez.” [7] Comme du temps de la Cagoule, le chiffon rouge de l’insurrection bolchevique couvrait le veto contre toute atteinte au statu quo socio-économique qu’avait garanti l’occupant allemand, solution condamnée désormais, et la volonté consécutive d’en découdre.

Des fuites informèrent les communistes, qui firent à ce plan la publicité compatible avec leur clandestinité et celle de leur presse. Le 6 mars 1944, dans La Vie ouvrière, hebdomadaire des “unitaires” de la CGT (ex-CGTU), Julien Racamond accusa “une vieille connaissance : le Comité des Forges”, de préparer une Saint-Barthélémy ouvrière : “ces sinistres individus […], récemment, jugeant que l’Allemagne nazie était battue, dressaient un plan de guerre civile ayant comme objectif de s’insinuer dans la résistance, de s’arranger pour faire refuser des armes aux Francs-Tireurs et les accumuler en vue de les utiliser contre le peuple. N’est-ce pas que c’est vrai, M. le baron Petiet, MM. De Wendel et Cie ?” [8]. La diversité des sources et l’intimité des rapports entre maints chefs de l’AS et Dulles suggèrent que celui-ci fut, au minimum, informé du projet. » Annie Lacroix-Riz

***

J.G.

Article publié le 12 février 2017 sur Le Canard républicain :http://www.lecanardrépublicain.net

 

 

Les Vestiges de l’Occupation et de Vichy en France

 

L’Occupation Allemande, période qui s’étend de Juin 1940 à Décembre 1944 pour les dernières villes françaises (les dernières poches de résistance se rendirent en mai 1945 à la capitulation allemande), suscite encore fascination et peur plus de 70 ans après les faits. Même si un traumatisme hante toujours les esprits, nombreux sont les vestiges de cette période qui nous touchent au jour le jour.

Dans un premier temps, il convient de faire une distinction : les conséquences de l’Occupation ne concernent que la zone dite occupée, c’est-à-dire au nord de la ligne de démarcation. Au sud, la zone dite « libre » recèle également des stigmates de cette période, qui furent par la suite développés à l’échelle nationale après la guerre.

La Zone Nord, zone occupée par les allemands après la défaite de la France de Juin 1940, se voit changer d’heure (probablement le premier signe de l’Occupation), pour être axée sur l’heure de Berlin. Ainsi, de Juin 1940 à Novembre 1942, les deux zones ont donc une heure de décalage. En Novembre 1942, lorsque les allemands franchissent la ligne de démarcation, cette nouvelle heure est imposée dans la nouvelle zone dite « sud ». Après la fin de la guerre, la France conserva cette modification horaire et il en résultat une heure de décalage avec nos voisins britanniques. Notons cependant, que cette politique d’heure commune avec Berlin date de la Première Guerre Mondiale mais qu’après la défaite allemande de 1918, l’heure originale fût rétablie en France. Durant l’Occupation, ce changement d’heure au profit de l’heure de Berlin s’explique par une volonté de meilleure communication avec les troupes de la Wehrmacht occupant la France. Ainsi, il est plus aisé de répandre rapidement les ordres sur le territoire. Pas d’explication politique, l’objectif n’était pas d’axé les français sur l’heure allemande pour que ces-derniers puissent affirmer leur suprématie, il s’agissait uniquement d’une simple question organisationnelle.

Les autres vestiges de l’Occupation sont perceptibles dans la zone dite « libre » au sud de la ligne de démarcation. Nous pouvons commencer par mentionner la Carte d’Identité. Cette-dernière est obligatoire pour les étrangers depuis 1917 mais se généralise pour tous les français sous l’ordre du Maréchal Pétain du 27 octobre 1940. La carte se généralisa par la suite et son véritable objectif était de discerner les Juifs des Non-Juifs dans la population française. Une mention qui apparût à partir de 1942. A l’instar de la politique de changement d’heure, le port obligatoire d’une pièce d’identité (seule manière de la prouver) s’inscrivait dans la logique répressive du Régime de Vichy. L’objectif était, à n’importe quel moment, de procéder à un contrôle d’identité. Après la guerre, la loi promulguée par le Maréchal Pétain n’est pas abolie puisque les autorités du Gouvernement Provisoire de la République Française y voient une manière pour tous citoyens de pouvoir décliner son identité. De plus, elle fût utilisée dans la cadre de la guerre d’Algérie pour reconnaître les Français d’Algérie. Par conséquent, à la Libération, malgré le souvenir amère et difficile de la population à l’égard du Régime de Vichy, il semblerait que la logique répressive fût oubliée pour retenir que le côté pragmatique de la détention d’une carte d’identité.

Autre « création » du Régime de Vichy : la Police Nationale qui naît le 14 aout 1941 par un décret signé du Maréchal Pétain. C’est la première fois dans l’Histoire que le nom de Police Nationale fait son apparition. A partir de cette date, la police dépend des ordres du préfet et non plus du maire comme il était question avant l’Occupation (sauf pour la police parisienne qui dépend directement de l’autorité de l’Etat). Elle assure trois missions : la police judiciaire, les renseignements généraux (RG) et la sécurité publique. Notons que ces missions étaient celles présentées de manière officielle par le Régime. Dans les faits, il s’agissait surtout d’arrestations arbitraires de juifs, communistes, francs-maçons et supposés résistants. Après la guerre, le fonctionnement sous ordre du préfet fût maintenu sous la IVème et Vème République. Malgré son caractère répressif durant l’Occupation, cette organisation fût conservée étant donné l’exécution effective des ordres : le préfet avait une vue sur sa région et pouvait faire intervenir rapidement les forces de police dans un périmètre relativement restreint. N’omettons pas non plus la réduction des coûts d’une gestion par département, permettant de réaliser des économies d’échelles (à l’instar d’une gestion au niveau communale).

Un dernier exemple plus intriguant peut-être mentionné : les Appellations d’Origine Contrôlées (AOC) qui, après quelques initiatives en 1936, sont systématisées par un décret de 1942. N’oublions pas non plus l’ordre des médecins ou celui des architectes qui sont des créations pures et simples du Régime de Vichy. Elles répondent alors à la logique corporatiste du gouvernement du maréchal Pétain. Ces ordres professionnels seront toutefois profondément rénovés après-guerre, même si leur structure restera sensiblement la même.

En somme, les stigmates de l’Occupation sont encore visibles dans la société française. Plus que de simples souvenirs historiques, ses vestiges sont encore utilisés dans notre vie de tous les jours. Nous avons tendance à penser que la totalité des actions des allemands occupant la France et du Régime de Vichy avaient qu’un simple but politique (s’inscrivant dans la logique répressive et de soumission imposée par l’envahisseur). En réalité, nombreuses de ces actions n’avaient qu’un but organisationnel et furent jugées « pratique » à la Libération. Raison pour laquelle certaines sont encore en vigueur aujourd’hui. 

 

Pour faire allusion à un évènement plus actuel, la Fête des Mères que vous célébrez chaque année est une création de Vichy, logique qui s’inscrivait dans la devise du régime « Travail, Famille, Patrie ».

L’Histoire, c’est pas du cinéma

C’est bizarre, un article du Daily Mail qui cite sans arrêt The Guardian. Bref, passons, je creuserai ça peut-être une autre fois.

 

L’intérêt de l’article que je vous propose est de montrer que dans la région où il est né, Oskar Schindler, le héros du fameux film de Steven Spielberg, « La liste de Schindler » ne fait pas l’unanimité.

Il est vrai que si Schindler est né en Tchécoslovaquie, c’était un Allemand des Sudètes, une province annexée par l’Allemagne en 1938 en application des accords de Munich.

Alors on ne s’étonnera pas si Oskar Schindler a laissé dans sa région natale, d’où les Allemands sont partis après la capitulation de l’Allemagne un souvenir, disons, mitigé. On garde en effet de lui l’image d’un buveur invétéré, d’un accro aux jeux d’argent et d’un coureur de jupons.

Bon, on peut trouver ça pas bien mais le fond de l’affaire n’est-il pas quand même l’action humanitaire de Schindler qui sauva quand même plus d’un millier de Juifs, ses employés, d’un sort funeste ?

 Certes. Mais même ce point très important ne fait pas l’unanimité et laisse sceptiques un certain nombre de personnes qui ne sont pas emballées du tout à l’idée de rendre hommage à la mémoire de l’industriel.

Le combat pour sauver l’usine de la liste de Schindler où l’industriel avait protégé des Nazis 1 200 Juifs est menacé parce que les Tchèques se souviennent de lui comme d’un escroc coureur de jupons.

Le projet pour préserver le site de Brněnec, en République Tchèque, n’est pas populaire chez les gens du coin.

Ils se souviennent d’Oskar Schindler pour ses beuveries, son goût pour le jeu et les femmes

Il avait donné refuge dans son usine à des Juifs qui devaient aller dans la chambre à gaz.

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Un écrivain de la région a créé un fonds mémoriel pour empêcher la disparition du site.

Par Gareth Davies, The Daily Mail (UK) 11 octobre 2016 traduit de l’anglais par Dkazaïri

L’usine de la liste de Schindler où l’industriel Oskar Schindler avait protégé 1 200 Juifs des Nazis est menacée parce que les Tchèques se souviennent de lui comme d’un escroc coureur de jupons.

 

Un écrivain local tente désespérément de rassembler l’argent nécessaire pour restaurer l’ancienne usine textile aujourd’hui en état de délabrement.

L’ancienne usine Schindler à Brněnec

Jaroslav Novak est aussi le président de la fondation de la Shoah et de l’Oskar Schindler Memorial Endowment Memorial Foundation qui veut la transformer en musée.

Mais le projet rencontre une vive opposition parce que beaucoup d’habitants du petit village de Brněnec en République Tchèque considèrent Schindler – immortalisé dans le film de Spielberg de 1993 – comme un escroc synonyme de jeu d’argent, coureur de jupons et gros buveur.

Pas découragé, M. Novak, 49 ans, cherche à obtenir des financements auprès de l’Union Européenne ainsi que d’organisations juives internationales pour lancer le projet avant que le site disparaisse.

C’est le seul camp de concentration nazi en République Tchèque dont le bâti d’origine a subsisté, » dit-il.

« On ne peut pas permettre qu’il disparaisse et avec lui toute l’histoire de Schindler.

‘Je combats pour ça depuis 20 ans. Mais ça n’intéresse tout simplement pas les gens.’

Un gros obstacle est le coût – avec un coût de conversion estimé à 5,7 millions d’euros.

Et même si M. Novak, qui est originaire de la ville voisine de Svitavy où Schindler est né, est sur le point de persuader le ministère tchèque de la culture de classer l’usine, le principal obstacle auquel il est confronté est celui d’obtenir l’adhésion de certains habitants de la région.

 

Schindler est mort en 1974 et est honoré avec son épouse Emilie au Musée de l’Holocauste de Yad Vashem.

Oskkar Schindler devant l’arbre planté en son honneur dans l’allée des Justes à Yad Vashem

Mais les habitants de la région parlent encore de lui comme d’un ‘gauner’, un terme allemand qui signifie escroc à cause de qu’ils appellent son goût pour l’alcool et les femmes et ses dettes de jeu.

L’opposition est si forte dans la région, l’actuel propriétaire refuse de permettre que la maison natale de Schindler soit ornée d’une plaque et un mémorial dans un parc de l’autre côté de la rue a été vandalisé avec un swastika quelques jours après son inauguration en 1994.

Jitka Gruntova, une ancienne députée communiste, a écrit un livre extrêmement critique sur Schindler qu’elle qualifie de’ traître’ et de ‘criminel de guerre’.

Elle soutient aussi que sa réputation est basée sur une ‘légende fabriquée’ et ajoute : ‘Je n’ai trouvé aucune preuve que Schindler a sauvé des prisonniers.

‘Je suis arrivée à la conclusion qu’il s’était simplement sauvé lui-même – principalement en écrivant après-guerre un synopsis de ses prétendues activités.

‘Je ne nie pas que certains témoignages plaident en sa faveur mais ils sont, puis-je dire, faits par des personnes qui appartenaient à son cercle rapproché,’ selon The Guardian.

Elle n’est pas non plus la seule à critiquer l’industriel.

Dans le petit musée de sa ville natale, où le souvenir de Schindler est marqué par une petite exposition qui occupe une seule pièce, l’historien résident Radoslav Fikejz impute l’opposition au communisme dans la Tchécoslovaquie du lendemain de la guerre.

‘C’est un très gros problème parce que nous avons encore 40 ans de communisme dans nos mentalités,’ a-t-il déclaré à The Guardian.

« le problème est aussi que Schindler était un Allemand des Sudètes et les gens ont peur d’une question qui est – que se passera-t-il quand les Allemands reviendront?

‘Mais c’est irréaliste.

‘Oui, Schindler était un Nazi, un criminel de guerre et un espion

‘Mais j’ai rencontré 150 Juifs qui étaient sur sa liste et se trouvaient au camp de Brněnec et ils disent que ce qui importe, c’est qu’ils sont en vie.’

Le site dans son état de délabrement est bien loin de ce qu’il était à l’époque où Schindler y amenait les ouvriers juifs de ses usines à Cracovie en Pologne, fin 1944.

Ils étaient transférés au motif illusoire que c’étaient des techniciens hautement qualifiés qui allaient fabriquer des obus pour l’effort de guerre allemand.

Mais en fait, la migration organisée par Schindler avait pour but de les empêcher d’être massacrés dans l’holocauste.

Après une longue bataille juridique, la fondation du mémorial est maintenant détentrice du site qui produisait des marchandises pour Skoda et Ikea avant de fermer en 2009.

Tomas Kraus, directeur de la fédération des communautés juives en République Tchèque appuie l’initiative de M. Novak pour créer un musée.

‘C’est une histoire très complexe,’ a-t-il dit à The Guardian.

‘Schindler avait été un malfaisant avant de devenir un sauveur et un héros. Mais il n’était pas le seul dans ce cas.

‘Il y en a eu beaucoup d’autres comme lui – il était seulement le plus célèbre.’

 

Source: https://mounadil.wordpress.com/2016/10/11/lhistoire-cest-pas-du-cinema/

Il y a 60 ans, Fernand Iveton

Le 11 février 1957, il y a 60 ans, un homme était guillotiné : Fernand Iveton.

Né le 12 juin 1926 au Clos-Salembier (Alger) ce français d’Algérie, anti-colonialiste est le seul Européen guillotiné de la Guerre d’Algérie.

Ouvrier tourneur, Fernand Iveton est délégué syndical CGT à l’usine de gaz du Hamma à Alger et membre des Combattants de la libération, l’organisation militaire du Parti communiste algérien (PCA), un parti interdit. Il avait rejoint le FLN  en 1956.

Le 14 novembre 1956 à 14 h il dépose une bombe à l’intérieur de son casier de vestiaire de l’usine à gaz du Hamma où il travaille. L’objectif était un sabotage purement matériel et Iveton a exprimé à deux reprises lors de son procès son souci de ne tuer personne. Il avait demandé que la bombe soit réglée pour exploser longtemps après le départ des ouvriers, en fonction de quoi l’heure prévue de la détonation était 19 h 30.

Repéré par un contremaître de l’usine, Iveton est arrêté à 16 h 20. La bombe est désamorcée par les militaires. Pas de dégâts, pas de victimes.

 

Du mercredi 14 novembre au samedi 17 novembre 1956 Fernand Iveton est torturé au Commissariat central d’Alger. Le 24 novembre 1956 il est condamné à mort par le Tribunal militaire d’Alger à l’issue d’une journée d’audience.

Son recours en grâce a été refusé le 10 février 1957 par le président de la République, René Coty, avec l’accord du garde des Sceaux de l’époque, l’ignoble François Mitterrand, ancien collaborateur et décoré de la francisque par Philippe Pétain, et du Président du conseil, le socialiste Guy Mollet, tristement célèbre pour d’autres méfaits contre des mineurs dans le nord de la France.

Fernand Iveton est guillotiné le 11 février 1957, dans la cour de la prison de Barberousse, à Alger par le bourreau d’Alger, Maurice Meyssonnier. Avec lui, deux autres terroristes militants du FLN, Mohamed Lakhnèche et Mohamed Ouennouri, subissent le même sort.

Il est le seul Européen parmi les 198 prisonniers politiques guillotinés de la Guerre d’Algérie. 

Me Albert Smadja, son avocat commis d’office, témoin de la décapitation, rapporte qu’avant de mourir Fernand Iveton déclara : « La vie d’un homme, la mienne, compte peu. Ce qui compte, c’est l’Algérie, son avenir. Et l’Algérie sera libre demain. Je suis persuadé que l’amitié entre Français et Algériens se ressoudera. »

Le 13 février 1957, deux jours après l’exécution, Me Smadja, son avocat, est lui-même arrêté et interné sans jugement au camp de Lodi (aujourd’hui Drâa Esmar) avec 130 Européens, dont quatorze avocats ayant défendu des membres du FLN. Il y restera deux ans.

Fernand Iveton est enterré auprès de sa mère au cimetière européen de Bologhine (anciennement Sain-Eugène) en Algérie. Sa veuve Hélène décédée en mai 1998, a emporté avec elle les lettres et les photos de Fernand dans sa tombe à Annet-sur-Marne auprès de son fils Jean-Claude, que Fernand avait adopté.

Une rue porte son nom à El Madania (anciennement le Clos-Salembier) sur les hauteurs d’Alger où il est né et où il a vécu.

Reposez en paix, Monsieur Fernand, vous vous êtes battu pour libérer votre pays de naissance, comme toute personne respectueuse du droit du sol et du droit à l’autodétermination … Respect !

Gérard Luçon

 

PS: texte largement inspiré du site „nadorculture”

L’Amérique contre De Gaulle, histoire secrète, 1961-1969

Accessibles depuis 2014, des archives secrètes américaines déclassifiées éclairent d’un jour nouveau la  » lutte  » acharnée qui opposa pendant près de dix ans l’administration américaine au général de Gaulle.

Résistant sur bien des points aux desseins de l’Amérique, soucieux de doter la France de l’arme atomique en s’émancipant de l’OTAN, ouvertement favorable à l’indépendance québécoise et hostile à l’égard de la politique menée par Washington en Asie et en Amérique latine, le fondateur de la V République fut longtemps – jusqu’à la présidence de Richard Nixon – la  » bête noire  » des Etats-Unis.

A la lecture des notes, rapports et documents confidentiels émanant du département d’Etat, de la CIA, du Pentagone ou des archives personnelles des dirigeants américains, on mesure aujourd’hui l’intensité et l’opiniâtreté des efforts faits, outre-Atlantique, pour combattre cet imprévisible et prestigieux rival. Un combat qui n’exclut jamais une étrange et durable fascination.

 

Vincent Jauvert –  » L’Amérique contre De Gaulle : histoire secrète, 1961-1969  » – Editions du Seuil, 2000 – 279 pages

via: http://arretsurinfo.ch/lamerique-contre-de-gaulle-histoire-secrete-1961-1969/

 

Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.

Ces Juifs antisionistes

Lorsque les idées et les mouvements sionistes font leur apparition au cours du dix-neuvième siècle, la plupart des Juifs d’Europe se montrent méfiants, certains allant même jusqu’à les rejeter avec véhémence. Le premier congrès sioniste se tient dans la ville suisse de Bâle, le 29 août 1897. Or Bâle comptait très peu de Juifs, alors que ces derniers étaient légion à Zurich. Malgré cela, les sionistes ne sont pas parvenus à organiser ce congrès à Zurich, ville des riches parmi les Juifs, ces derniers refusant de les accueillir dans leur ville.

En réponse au congrès de Bâle, les Juifs socialistes constituent le 15 octobre 1897, dans la ville alors russe de Vilna (la Vilnius actuelle), le Bund (Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie).

Le Parti indépendant des travailleurs juifs voit le jour en 1901, avec pour objectif principal la lutte contre l’émigration des Juifs vers la Palestine ainsi que la lutte pour l’égalité. Toutefois, les événements prennent une tournure différente. Après la défaite de la Russie dans la guerre de 1904 et la révolution de 1905 qui s’en est suivie, les agressions commencent à atteindre les Juifs partout. C’est ainsi que débute la deuxième émigration juive vers la Palestine, après le premier exode qui avait suivi la tentative d’assassinat du tsar Alexandre en 1881.

Les Juifs ultra-orthodoxes rejettent le mouvement sioniste qui cherchait à laïciser la religion juive, en la transformant en nationalisme ; ils insistent quant à eux sur le judaïsme comme axe principal de la vie des Juifs, en tant que privilège spirituel, les désignant « peuple choisi de Dieu » ou « peuple du Sabbat », qui ne doit pas se soucier de la création d’un État national pour lui, mais doit s’adonner au culte dans l’attente du Messie. La foi selon la halakha (loi juive) repose sur trois piliers : pas de retour à la terre d’Israël de manière organisée et en groupes ; pas d’État pour les Juifs et pas d’indépendance nationale ; pas de rébellion contre les États qui accueillent les Juifs sur leur sol.

A titre d’exemple, Moses Mendelssohn (qui adhère au courant du judaïsme réformé) a toujours refusé le nationalisme juif et la création d’un État national pour les Juifs, dans quelque partie du monde que ce soit, appelant à l’intégration et à l’égalité. Parmi les principaux mouvements juifs antisionistes, citons Agudath Israel, inspiré par Samson Hirsch, le mouvement hassidique Satmar, Neturei Karta (les Gardiens de la cité) créé en 1938, le mouvement Chabad, dont le leader, le rabbi Schneerson, n’a eu de cesse de répéter jusqu’à sa mort en 1994 que le sionisme était le pire ennemi et le péché le plus grave qui corrodait le peuple d’Israël. Le mot « Habad » qui donne son nom au mouvement, est un acronyme des mots hébreux suivants : Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance). Tous ces groupes sont issus de l’hassidisme, et ils croient que la salvation des Juifs procède de la volonté divine, non de l’homme.

Parmi les Juifs ultra-orthodoxes antisionistes, on citera le rabbi Josef Samuel Bloch (1850-1923) et le rabbi Amiram Blaw (1894-1974). Quant aux Juifs antisionistes en général, on compte parmi eux beaucoup d’intellectuels et de créateurs ; ils sont nombreux et nous ne saurions tous les nommer. Leur antisionisme varie toutefois dans son ampleur : certains refusent catégoriquement l’existence d’Israël (comme Matzpen ou le Front rouge) ; d’autres ont commencé à accepter l’existence d’Israël sous réserve de la création d’un État palestinien totalement souverain. Citons, entre autres, les noms suivants : Mikhaïl Warschawski, Mordechai Vanunu, Baroukh Kimerling, Abraham Borg, Avi Shlaim, Ilan Babeh, Yesrael Shamir, Simon Sabar, Ila Chouhot, Amira Has, Samidar Beri, Amos Oz, Vilitzia Kanger, Lia Tasmil, Tali Fahima, Daoud Tsimoh, Moshe Makhoufor, Ori Or, Samir Naccache, Naim Kattan, Sami Mikhael, Chamoun Balas, Amos Kinan, Yazhar Smilanski, A.B. Yahouchouh, Iyal Sevan, Tania Reinhart. Parmi les Juifs non israéliens, on cite Daniel Barenboim, Noam Chomsky, Steven Rose et de nombreux autres.

Il est intéressant de noter que l’antisionisme de certains Juifs a commencé à décliner progressivement après que de nombreux Arabes avaient renoncé à leur antagonisme envers Israël. C’est ainsi que de nombreuses élites juives en Israël, en Europe et aux États-Unis, se sont mises à soutenir le droit des Palestiniens à un État indépendant, tout en édulcorant leurs critiques de la version israélienne traditionnelle sur la création de l’État d’Israël en 1948 et sur la « lutte » sioniste pour la libération du « peuple » juif.

Chahine Abou El-Ezz

Photo: Le Parti indépendant des travailleurs juifs luttait contre l’émigration des Juifs vers la Palestine (« Vue de Jérusalem » peinte par James Fairman).

 

Source: https://assawra.blogspot.fr/2016/11/ces-juifs-antisionistes.html

1917-2017 – Cent ans après, l’histoire cachée de la révolution bolchévique

Le premier Romanov venait du Monastère Ipatiev, le dernier Romanov a été tué dans la villa Ipatiev, ce n’est pas un hasard, les stratèges de certains événements aiment les rituels.

 

Lorsqu’on parle des derniers Romanov, les gens les associent inévitablement à la révolution bolchévique, et puisque  »la campagne publicitaire » qui a accompagné la révolution a toujours été très efficace depuis les premières années du XXe siècle, les gens ont été amenés à penser que les Romanov étaient des oppresseurs alors que les bolchéviques étaient les défenseurs de l’équité sociale, mais ce n’était pas le cas.

Tsar Boris Godounov.

Peut-être que peu de gens savent qu’en Russie il n’y avait jamais eu d’esclavage comme malheureusement dans de nombreux autres pays à travers le monde, le servage ayant commencé à être présent en Russie à l’époque du Tsar Boris Godounov. Ce n’est qu’à cause d’une erreur de Pierre le Grand Romanov, le Tsar le plus aimé par les Soviétiques, qu’a eu lieu la légalisation du servage, et comme tant d’autres erreurs  de Pierre, tout cela a été fait pour essayer de s’adapter aux modèles occidentaux.

Cependant, le serviteur avait toujours sa dignité en tant qu’être humain, il pouvait être vendu avec la terre, mais le «maître» n’était pas propriétaire de sa vie.

Beaucoup des Romanov, qui ont succédé à Pierre, auraient voulu gouverner une nation dans laquelle tous les individus seraient libres. Pour Nicolas Ier, Tsar intègre et considéré comme un autocrate parce qu’il est peu connu, l’abolition du servage fut toujours une priorité élevée, mais en conflit avec les intérêts de nombreux riches, qu’il n’aimait pas.

Nicolas Ier, aigri, disait:  » Dans ce pays, tout le monde vole, sauf moi. »

Son fils, Alexandre II, qui en 1861 a signé une loi pour l’émancipation de ce servage, avait annoncé en mars 1881 qu’il voulait des réformes et un parlement comme dans d’autres pays européens, mais un peu plus tard il fut assassiné. Quiconque traite de l’étude de la révolution bolchévique doit se souvenir de cet assassinat.

Entre le XVIII siècle et le XIX siècle  beaucoup de gouvernements parlementaires sont nés dans différents pays d’Europe. En Russie aussi, aurait pu naître un gouvernement parlementaire, mais  Alexandre II  avait été assassiné  … .

Le premier ministre du dernier Tsar Nicolas II, était Piotr Stolypine, dont la réforme agraire a été étudiée ensuite par les Soviétiques, bien que Stolypine ait été assassiné; et alors naît le doute que la célèbre révolution bolchévique devait absolument éclater, même si les Romanov étaient les gouvernants les plus libéraux de ce monde.

La révolution bolchévique devait se débarrasser de la Russie, qui au moment de la révolution, était la cinquième puissance industrielle du monde, et la haute finance mondiale craignait cette compétition.

Nous rapportons les faits qui ont conduit aux années fatales 1917- 1918.

Le Parti ouvrier social-démocrate russe a été fondé à Minsk en 1898 par Georgi Valentinovic Plechanov et Pavel Borisovic Aksel’rod. Le Parti a été inspiré par le marxisme.

On a élu un Comité central et on a publié un manifeste, lors du second Congrès du Parti, qui a eu lieu dans deux villes, à Bruxelles et à Londres, en juillet et août 1903. Il y avait une scission en deux factions: les bolchéviques et les mencheviks.

Les bolchéviques voulaient une révolution menée par les travailleurs et les paysans, les mencheviks voulait une Russie plus démocratique, et toutes les forces sociales auraient pu être des protagonistes de ce changement, sans exclusions.

Les bolchéviques disaient qu’ils détestaient l’autoritarisme des Tsars, mais dès le début ils ont pris des positions beaucoup plus autoritaires que celles des Tsars.

L’organisation strictement hiérarchique et centralisée de leur parti ne reconnaissait aucune forme de liberté de pensée.

Il ne pouvait pas en être autrement. Qu’on soit d’accord avec la thèse de la révolution-complot du capitalisme, que de nombreux documents émergés grâce à des historiens, des écrivains et des journalistes le soutiennent, ou qu’on croit fermement en une révolution communiste du peuple, moi je n’y crois pas, mais je respecte celui qui croit et qui est cohérent; bien, de toute façon le bolchevisme devait être autoritaire.

Pour les bolchéviques le régime tsariste devait  être renversé, les ouvriers et les paysans devaient conduire une révolution qui les aurait emmenés à gouverner leur pays.

Lénine condamnait fermement  la spontanéité qui avait caractérisé les libéraux russes, tout devait être vérifié … .

« En principe, nous n’avons jamais abandonné et nous ne pouvons pas renoncer au terrorisme » écrivait Lénine dans une publication en 1901: « Par quoi commencer ».

 

Elles sont vraiment  bonnes les idées de celui qui voulait gouverner la Russie!

Lénine est né en Avril 1870 d’une famille riche. Dans toutes ses biographies il est écrit qu’il est devenu un révolutionnaire communiste quand son frère, organisateur avec d’autres compagnons d’une attaque contre Alexandre III, a été pendu. Ce frère Aleksandr avait rejoint le Narodnaya Volya (Volonté du peuple), une organisation révolutionnaire fondée en 1879. Le mouvement Zemlia i Volja avait déjà été fondé et avait été jugé dangereux par les autorités russes et réprimé en 1864. Mais il renaquit et puis se divisa en deux mouvements révolutionnaires: les Narodnaya Volya et les Cërnyj Peredel, les Cërnyj voulant distribuer aux paysans les terres, appelées « terres noires » en russe.

A cause d’un traître, tué par les révolutionnaires, ces derniers ont continué à s’organiser en Suisse. La facilité avec laquelle les révolutionnaires pouvaient aller à l’étranger est stupéfiante.

Notre étonnement disparaît quand à travers des livres et des documents, nous apprenons que les révolutionnaires jouissaient de grandes faveurs dans d’autres pays, qui, craignant la grande puissance russe, comme nous l’avons dit, voulaient l’éliminer en créant  la confusion et le terrorisme dans le pays.

Donc Lénine, Trotsky, Kerensky et leurs compagnons étaient-ils vraiment des révolutionnaires avec des idéaux communistes précis ou étaient-ils simplement engagés par des étrangers et étaient-ils à leur service? De nombreux documents qui ont émergé ont révélé que les dirigeants bolchéviques avaient été choisis par les puissances internationales secrètes, mais beaucoup de gens quand même ont cru de bonne foi aux idéaux proposés par le communisme.

Voilà pourquoi nous voulons présenter les idéaux et les actions révolutionnaires, mais en même temps nous voulons faire la lumière sur les documents qui ont conduit des journalistes et des écrivains à publier de nombreux articles et livres concernant les financements des révolutionnaires, qui dirigèrent une révolution qui n’avait certainement pas des idéaux communistes.

En 1893, Lénine était allé vivre à Saint-Pétersbourg et il s’était de plus en plus engagé  dans le Parti des travailleurs social-démocrate russes; arrêté et envoyé en exil, il se déplaçait facilement entre les parties et  les insurrections et, tout aussi facilement il allait à l’étranger.

Lors du deuxième Congrès du Parti en 1903,  à Bruxelles et à Londres, Lénine a contribué à diviser le parti à cause de forts désaccords avec Julius Martov.

 

En 1905, il encouragea la marche dirigée par le père Gapon vers le Palais d’Hiver.

Un livre intéressant d’Aleksandr Solzhenitsyn: « Lénine à Zurich», porte à notre connaissance un personnage très peu connu, qui pourtant eut une très grande importance dans la révolution russe.

 

Son surnom était Parvus, il s’appelait Aleksander Israël Helphand (1867-1924).

Dans la maison de Parvus naquit vraiment le journal de Lénine: l’Iskra. Il fut cet homme aride et sans scrupules qui fournit à Trotsky les idées de la révolution permanente.

Il était le marionnettiste du soviet de Pétersbourg  de 1905.

Dans un premier temps, l’idée de fonder le journal Iskra naquit à Pskov, au cours d’une réunion secrète en 1900.

L’idée de Lénine était de se déplacer à l’étranger pour imprimer le journal dans un autre pays et le faire arriver ensuite en Russie.

Il se rendit à Stuttgart et à Monaco, où il prit des accords avec des éditeurs et des imprimeurs allemands pour l’impression du journal, et en juillet Lénine était en Allemagne. En août il s’installa à Zurich où son inséparable compagnon deviendra Parvus. En Suisse, le communiste Lénine, avec son épouse Nadja Krupskaya, mena une vie bourgeoise.

Lénine a également vécu à Berne, mais il aimait surtout  Zurich, comme en témoignent quelques lettres qu’il a envoyées à sa famille.

Dans la ville suisse, il a vécu dans une rue extrêmement intéressante, au numéro 14 de la Spieghelgasse. Dans la même rue il y avait le Cabaret Voltaire, où naquit le mouvement artistique du dadaïsme; nous ne savons pas si Lénine fréquentait ce cabaret, cependant, dans certaines biographies il est écrit qu’il était lui-même un dadaïste.

Ce qui est certain, c’est que les bolchéviques étaient une proie convoitée pour le monde de la haute finance mondiale, qui n’a pas vraiment des idéaux, mais pour lequel ce qui comptait était le profit et le gain. La haute finance donc, pour ses propres fins, voulait que les bolchéviques prennent le pouvoir en Russie. Selon certains historiens, le but de ceux qui ont financé la révolution était de créer le bolchevisme d’une part et le national-socialisme de Hitler d’autre part, afin de déchaîner tant de haine de sorte qu’on déclenche la guerre.

Les guerres font le bonheur du monde financier.

 Après la création de l’URSS les banques privées ont toujours continué à fournir davantage de fonds. On parle de soixante-trois milliards de dollars investis par les banques américaines privées en URSS. Certaines sources parlent d’un millier de sociétés américaines, engagées dans les secteurs de l’électricité et ferroviaire de l’Union Soviétique de 1920 à 1945.

Mais revenons à Parvus, qui fut un personnage clé des financements des bolchéviques.

Rappelons-nous que certains érudits de la révolution et de la soi-disant «guerre permanente» la définissent ainsi: “Les oligarques essayent d’empêcher par tous les moyens l’affirmation

des souverainetés nationales qui travaillent pour le bien des communautés et ils se servent des  ‘guerres permanentes’, surtout quand ils ont à résoudre des problèmes financiers.”

Et Parvus était un partisan de la «guerre permanente» en Russie, mais il n’était pas  seul.

Parvus, avec Jabotinsky, a également été très actif sur le front des Balkans.

Nous insistons sur le fait que, tandis que nous avions ces figures qui, au lieu de construire, préféraient détruire pour réaliser les buts financiers des familles puissantes et d’autres pays, en Russie, il y avait des ministres très importants tel que Sergej Jul’evic Witte, qui a activé l’industrialisation, qui voulait la construction du chemin de fer transsibérien, de sorte que même les zones les plus reculées et difficiles d’accès en Russie puissent avoir une meilleure connexion et donc de meilleures opportunités.

Mais les révolutionnaires suivaient leur chemin. Avec la marche du Père Gapon au Palais d’Hiver, on avait obtenu la déstabilisation tant attendue. Parvus devint un ami proche de Trotsky et, ensemble, ils ont  acheté la Russkaja Gazeta, qui avait une large diffusion. A cause de cette diffusion du journal et d’autres actions subversives, en décembre 1905, le Soviet de Saint-Pétersbourg est allé en prison, seul Parvus a réussi à rester libre. Il se rendit à Constantinople, où, en tant que journaliste, il s’occupait de la rébellion des Jeunes Turcs. Il s’y enrichit, en particulier avec le commerce des armes.

Avec le déclenchement de la Première Guerre Mondiale, Parvus a pris en charge l’organisation des financements des bolchéviques.

Dans ce contexte de jeux financiers, il est logique qu’un ministre comme Piotr Stolypine fasse peur, car avec ses réformes, il réduisait les conflits sociaux, qui auraient dû augmenter en Russie pour l’élimination du gouvernement tsariste, concurrent dangereux des maîtres de la haute finance, étant donné que la Russie est, et reste à chaque instant  un pays riche en matières premières.

Les politiciens devaient être les «serviteurs» des maîtres du monde, ainsi les définit l’écrivain Ezra Pound. Stolypine n’était certainement pas un “ serviteur “,  et le rôle de “ serviteur “ ne plut à aucun des Romanov, ce qui explique pourquoi ils étaient si détestés par ceux qui détenaient le pouvoir financier. S’ils avaient été les amis de ces maîtres sournois, les Romanov auraient encore leur rôle.

 

Pour la haute finance mondiale le pouvoir absolu sur la société toute entière provint principalement de ce qui est arrivé en 1910. En novembre de cette année, les principaux dirigeants de la haute finance se sont réunis dans un endroit qui aurait dû rester secret. Le groupe était dirigé par le sénateur américain Nelson Aldrich.

Jekyll Island

Les journalistes de l’époque ont vu partir ces hommes de la gare de Hoboken dans le New Jersey, mais tout et tout le monde a été ébranlé par le mystère. Après de nombreuses années, on apprit ce qui était vraiment arrivé en une semaine en Novembre 1910.

A cette époque, il y avait une crainte largement répandue parmi la population des États-Unis relative à l’instabilité du système monétaire national. En 1908,  le président Roosevelt avait approuvé le projet de loi sur la “Commission Monétaire Nationale”. Mais les personnes qui partirent de la gare de Hoboken, dans un train blindé avec des rideaux opaques,  avaient des projets qui allaient bien au-delà d’une stabilité monétaire  pour les  seuls Etats-Unis, leurs plans concernaient le contrôle des marchés financiers mondiaux,  et par la suite ces messieurs étaient entrain de devenir les maîtres du monde, les nouveaux rois, empereurs, tsars, qui se substitueraient aux précédents.

Plus tard, on apprit que ces hommes étaient restés pour travailler secrètement à Jekyll Island, loin du reste du monde. L’île appartenait à des millionnaires américains, parmi lesquels était le fameux J.P. Morgan. Le groupe secret aurait dû s’occuper de la réforme du système bancaire au profit des États-Unis, mais il s’occupa surtout d’organiser son pouvoir économique, et donc politique, dans le monde entier. Certains historiens rapportent que quelqu’un du groupe voulait  »incorporer » aussi la Russie et les Romanov, mais Nicolas II refusa de faire partie  d’un gouvernement mondial, car il ne le considérait pas comme éthique. Rappelons-nous que Nicolas II fut le premier souverain qui a proposé le désarmement mondial.

 A Jekyll Island a été formée la Banque Centrale qui ne plaisait pas aux Américains, mais, avec quelques astuces, un tel système a été imposé.

Une question se pose: « A Jekyll Island on était en train d’organiser une super-puissance mondiale pour opprimer le monde entier (combien de guerres, guérillas, massacres ordonnés par les seigneurs de la haute finance) et les Romanov, qui essayaient de gouverner sans subterfuges … étaient jugés comme oppresseurs? Est-ce juste?

Considérons qu’ils ont subi une diffamation incroyable … une diffamation bien organisée … qui persiste encore ».

 Daniela  Asaro

Réseau International

 

 Merci au professeur Saber Othmani pour sa collaboration dans la traduction.

Et si L’Armée Rouge avait combattu Daesh ?

 

En ces temps troubles, hantés par le terrorisme et le radicalisme religieux, l’Histoire Militaire peut nous apporter des éléments clefs pour élaborer des stratégies de lutte efficaces.

Carl Von Clausewitz, célèbre officier et théoricien militaire prussien, disait que « La guerre n'est rien d'autre que la continuation de la politique par d'autres moyens  ». Une citation qui apparaît comme d’actualité dans un contexte où la guerre contre l’Etat Islamique est engagée. Une guerre nouvelle, avec ses spécificités, mais qui connaît des points communs avec des conflits passés. L’un des exemples est peut-être la Guerre Germano-Soviétique (1941-1945), le front de l’Est du conflit européen durant la Seconde Guerre Mondiale.

Commençons par quelques rappels historiques. En Juin 1941, Hitler déclenche l’Opération Barbarossa et rompt le pacte germano-soviétique signé avec Joseph Staline en 1939. Une opération de vaste envergure dans laquelle le dictateur allemand mobilise environ 3.8 millions de soldats. Une guerre qui plonge l’Allemagne dans l’inconnu, censée être rapide (d’où le terme de la Blitzkrieg) mais aussi idéologique tant les allemands tentent de démontrer la supériorité du nazisme sur l’idéal communiste. La continuité de la politique hitlérienne donc, pour reprendre les dires de Clausewitz.

Le 22 juin 1941, vers 5h du matin, les premiers sapeurs de la Wehrmacht entrent dans la zone de la Pologne occupée par les forces soviétiques. C’est le début du Front de l’Est. Dans les premiers mois du conflit, le triomphe allemand est resplendissant, l’armée d’Hitler avance, encercle et brise les nids de résistance soviétique. Les corps de la Wehrmacht se divisent en trois, au nord et au centre, les objectifs idéologiques : Moscou et Leningrad. Les villes symboles du communisme que le Führer s’entête à vouloir anéantir (après une hypothétique victoire, il comptait remplacer la ville de Moscou par un lac artificiel). Au sud, le Caucase et les champs pétrolifères de Bakou : l’objectif économique censé donner à l’Allemagne les matières premières dont elle manque cruellement pour mener une guerre longue.

Les premiers succès sont cinglants et laissent envisager une victoire rapide. De l’autre côté, l’URSS encaisse les coups et vacille à plusieurs reprises. Mais elle résiste. La Wehrmacht se retrouve aux portes de Moscou et de Leningrad. Devant la peur de l’avancée allemande, certains moscovites déchirent même leurs cartes du Parti Communiste !

Pourtant, il est encore possible de voir aujourd’hui le kremlin de Moscou et les restes de la superpuissance qu’était l’Union Soviétique. Devant la menace allemande, l’Armée Rouge a su se réorganiser et mettre aux points de stratégies adéquates pour lutter contre l’envahisseur. Une Armée Rouge profondément affaiblie par les purges staliniennes des années 1930. Au début de l’Opération Barbarossa, les problèmes de discipline sont fréquents (les officiers peinent à se faire respecter par leurs soldats) et l’appareil industriel soviétique ne parvient pas à aligner la production nécessaire pour faire face aux besoins de l’Armée Rouge.

Après moult concertations avec ses généraux, Staline réussit à relocaliser l’industrie soviétique dans l’Oural et à développer les réseaux de transports pour acheminer la production sur le Front. De plus, il fait transiter l’aide américaine par l’Iran pour sécuriser les routes et éviter que les précieuses cargaisons ne tombent aux mains des allemands. Dès fin 1942 les effets sont perceptibles : les soldats de l’Armée Rouge sont mieux armés, ravitaillés et entrainés. C’est à ce moment-là qu’entre en jeux un élément, trop souvent sous-estimé, qui a permis à l’Armée Rouge de terrasser la Wehrmacht : l’art militaire soviétique (dit Art Opératif).

Cette tactique permis de briser l’Opération Typhon de Septembre 1941 (qui visait à encercler Moscou) et ainsi d’éviter que la capitale russe ne tombe sous la coupe des allemands. Par la suite, les grandes manœuvres d’encerclement portèrent leurs fruits, comme ce fût le cas avec l’Opération Uranus lancée en Novembre 1942 pour libérer Stalingrad de la 6ième armée du Général Paulus. Cette gigantesque opération en profondeur eu un double-effet : couper les allemands de leurs lignes de ravitaillements et désorganiser l’armée encerclée. Des effets qui permirent aux soviétiques de repousser les assauts ennemis et pleinement libérer leur territoire.

Une expérience réussie grâce au Maréchal Joukov, excellent stratège militaire. Un maréchal qui bénéficia d’une liberté vis-à-vis de Staline. En effet, le Petit Père du Peuple accorda une indépendance relative à ses généraux en leur épargnant d’avoir à justifier leurs moindres faits et gestes. Une technique appropriée qui permis de laisser la stratégie militaire s’exprimer pleinement.

Du côté allemand, la réaction fût insuffisante : peu de renforts envoyés sur le front (notamment à cause du débarquement américain en Afrique qui ouvre un second front pour l’Allemagne) et une tendance à sous-estimer les réserves militaires des soviétiques. De plus, Hitler n’accorde aucunes libertés à ses généraux et met sur pied une armée bureaucratisée qui doit justifier de ses moindres faits et gestes. Une décision qui deviendra rapidement un obstacle, surtout à partir de 1942 lorsque l’Allemagne nazi doit supporter deux fronts.

Des éléments qui permirent à l’Armée Rouge de reprendre l’avantage grâce à des opérations surprises pouvant dérouter l’ennemi. 

La tactique militaire soviétique consiste à considérer qu’une guerre se gagne dans la continuité, via un enchaînement d’opération en profondeurs pour neutraliser l’ennemi militairement et logistiquement. Une technique qui pourrait porter ses fruits contre Daesh puisque cette guerre est avant tout idéologique.

Même si l’Etat Islamique recule sur le terrain, il « exporte » son terrorisme en attaquant sur le territoire de ses ennemis. Mais il se bat en terres inconnues, en cherchant à frapper par surprise là où les gouvernements ne s’y attendent pas et en ignorant le potentiel contre-offensif de ses cibles. Un comportement similaire à celui de la Wehrmacht, qui, à l’apogée de sa puissance, début 1942, semble ne pas concevoir que la blitzkrieg ne fonctionne pas en URSS. 

 

Même lorsque l’espoir semble perdu, une réorganisation drastique de la stratégie militaire, de la politique industrielle pour soutenir l’effort de guerre et d’alliances internationales adéquates, peuvent mener à une inversion des tendances. Espérons que l’attaque de l’église à Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016 soit le Stalingrad de la guerre contre l’Etat Islamique.

Quand les Normands ont sauvé la France de l’occupation US

Recension de l’ouvrage d’Yves Loir

Il y a une foule d’ouvrages sur le Débarquement mais, à côté de la bataille militaire, se jouait aussi la reconquête du pouvoir politique. Un aspect qui a donné lieu à moins de publications et qui a été même quasiment ignoré en ce qui concerne l’action des réseaux normands pour éviter que l’armée de libération ne se transforme en armée d’occupation comme les Etats-Unis avaient prévu de le faire. Yves Loir a mené une étude approfondie basée sur la  consultation des archives militaires américaines à Washington et il conte en 30 pages cette incroyable histoire dans un numéro spécial N° 58 de « Culture normande »

Dès le début de l’année 1941, quelques mois avant leur entrée en guerre contre le Japon et l’Allemagne, les Etats-Unis programment la création d’écoles spécialisées dans la formation de cadres territoriaux destinés à prendre en main le moment venu dans les futurs territoires « occupés » ou « libérés » l’administration française. L’année suivante en mai 1942, une « Ecole de Gouvernement militaire » ouvre ainsi à Charlottesville (Virginie) tandis qu’un service spécialisé de l’Armée US est mis en place pour planifier cette future occupation civilo-militaire: le C.A.D (Civil Affairs Division). Plus tard, les Normands dénommèrent le dispositif américain destiné à les mettre sous tutelle, du sigle A.M.G.O.T (Allied Military Government of Occuped Territories) par analogie avec le dispositif mis en place sous cette appellation en Italie occupée en 1943 par l’Armée américaine et poursuivant un objectif similaire. L’Armée US qui a tout prévu a même fait imprimer des billets de banque « français » sur le modèle du dollar (cf. Photo) des timbres et autres documents administratifs…

Pour bien saisir les enjeux de cette affaire il convient de se reporter deux années en arrière.

En 1940 le Général de Gaulle, s’inscrivant dans la continuité de la Constitution de la IIIème République en vigueur en France à ce moment-là, avait prévu de rétablir après la future libération du territoire national, les institutions républicaines abolies en juillet 1940 par le Maréchal Pétain. De 1941 à 1943, à Londres tout d’abord, puis à Alger où s’est établi le Gouvernement provisoire du Général de Gaulle en Juin 1943, des organes de réflexion se sont livrés à des études pour planifier ce rétablissement de la légalité républicaine. D’une façon parallèle en France les organisations de résistance se livrent à un travail de réflexion similaire. Au cours de l’année 1943, les réflexions et études des uns et des autres aboutissent à la conclusion qu’il convient de mettre en place en France occupée l’armature d’une administration territoriale clandestine destinée à remplacer le moment venu celle du Gouvernement de Vichy dirigé par Pierre Laval en 1943-1944.

En Normandie la mise en place de cette administration « parallèle » clandestine est entamée dès octobre 1943, avec la désignation des préfets des 5 départements normands par Michel Debré alors dirigeant d’un important mouvement de Résistance national. Quelques mois plus tard, après la création de la fonction de « Commissaire Régional de la République » par le Général de Gaulle, le titulaire de cette fonction pour la Normandie est désigné toujours par Michel Debré en la personne d’Henri Bourdeau de Fontenay habitant Louviers et responsable d’un mouvement de résistance.

Simultanément se met en place dans chaque département normand un « Comité départemental de Libération » clandestin lui aussi, devant aider à l’installation des nouvelles autorités libres. Ainsi au moment où les opérations militaires commencent le 6 Juin 1944, un dispositif administratif clandestin est en place en Normandie composé d’une autorité régionale, le Commissaire de la République Bourdeau de Fontenay entouré de cinq  préfets et de cinq Comités de libération destinés à remplacer l’administration du Gouvernement de Vichy, d’une part, et mettre en échec les projets américains de gouvernement militaire. Après le Débarquement, les Américains au fur et à mesure de leur avancée sont confrontés au choc des réalités et rencontrent, au moment où ils tentent de s’attribuer la direction des administrations, des Normands qui ont déjà pris les rênes du pouvoir.

Le 14 Juin 1944 ce choc des réalités va prendre la forme de l’accueil triomphal réservé par les Normands à Bayeux au Général de Gaulle après qu’il ait débarqué à Courseulles. Venant s’ajouter à cet événement, l’efficacité des nouvelles autorités libres, l’appui qu’elles reçurent des populations compta pour beaucoup dans la mise en échec des plans américains. C’est de très mauvaise grâce que le Président américain Roosevelt, après qu’il ait tenté de s’y opposer, finit par admettre cette situation. Il n’en continuera pas moins jusqu’à sa mort, survenue en avril 1945, à manifester son hostilité au Général de Gaulle qui s’employait au milieu de mille difficultés à restaurer le statut de la France dans le concert des nations.

Le rétablissement de la souveraineté française en Normandie après l’installation d’une administration française libre constitua une étape capitale vers le retour de la légalité républicaine en France.

Yves Loir nous entraîne sur le terrain, montre la vie des réseaux normands, cite les hommes, l’action est suivie très en profondeur notamment dans la Manche ou à Cherbourg : la Marine qui avait continué à dépendre de Vichy mais s’était ralliée à De Gaulle, a joué un rôle déterminant dans la transition politique.

Ginette Bléry

Culture Normande

La source originale de cet article est .normandiexxl.com

 

via: http://www.mondialisation.ca/quand-les-normands-ont-sauve-la-france-de-loccupation-us/5561137

Une héroïne de « Little Hiroshima » durant l’invasion de Panama

C’était le 19 décembre 1989. Après le dîner, le couple s’était consacré à l’installation de la crèche de Noël. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le bœuf, l’âne et un grand nombre de figurines. Elle avait dû expliquer vingt fois à Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 décembre pour placer l’enfant Jésus : c’est ce jour-là qu’il était né.

Au moment d’aller se coucher, les enfants refusèrent de dormir dans leurs lits. Ils voulaient rester près de la crèche. Ana, la mère, accepta à la condition qu’ils dorment de l’autre côté, près de la fenêtre. Les parents y disposèrent un matelas.

Il y avait de la musique dans le voisinage. L’ambiance festive allait crescendo, car ça sentait déjà Noël, particulièrement dans ce quartier panaméen du Chorrillo. Son mari alla se coucher. Elle se sentait étrange. Elle était fatiguée, mais elle préféra s’asseoir par terre et lire un livre. Par moments, elle observait avec tendresse ses deux petits garçons. Le temps passa.

 

Elle regarda le vieux réveil posé sur la télévision et se rendit compte qu’il manquait peu de temps pour qu’une aiguille recouvre l’autre : il était presque minuit. C’est alors que l’appareil commença à vibrer. Elle regarda les murs, le plafond et posa les yeux sur les figurines qui changeaient de place. Tout tremblait ! Elle entendit un terrible fracas, ensuite un autre, puis d’autres. Pendant quelques secondes, elle crut que c’était une autre manœuvre de l’Armée étasunienne cantonnée aux alentours du Canal.

Elle se leva comme un ressort et fonça vers la chambre où son mari était déjà debout, en slip. Ensemble, ils s’approchèrent de la fenêtre et se penchèrent terrifiés. Ils vivaient au quatrième étage. Partout des éclats de lumière et des explosions : « L’invasion, l’invasion ! » furent les cris angoissés qu’ils entendirent comme un chœur. Les hélicoptères lançaient des fusées contre la Caserne de l’Etat-major des Forces de Défense Panaméenne, située non loin de là.

Ils coururent au salon. Elle ouvrit la porte, sortant sur le balcon pour être témoin du début de l’apocalypse. Les cris de terreur s’amplifiaient de tous côtés, aussi bien que les explosions et les rafales de tirs. Elle entra et se jeta sur les enfants qui étaient déjà assis en pleurs, effrayés. Elle les embrassa. Elle leva les yeux et vit son mari planté là au milieu de la pièce et ne sachant que faire. « Apporte un matelas ! Apporte un matelas ! », lui cria-t-elle. L’homme réagit enfin en s’exclamant qu’il fallait mettre les enfants près de la crèche pour que la Vierge Marie les protège.

« Apporte un matelas, je t’en prie, apporte-le ! », lui cria-t-elle, désespérée « La vierge ne peut rien pour nous en ce moment ! », précisa-t-elle. Voyant les éclats lumineux qui entraient par la fenêtre et le tremblement de terre à ses pieds, elle courut jusqu’à la chambre des garçons, saisit le matelas qui restait et le souleva, comme s’il s’agissait d’une plume et le plaça sur les petits qui ne cessaient de pleurer, paniqués.

Les avions supersoniques sillonnaient le ciel, suivis d’un bruit qui faisait éclater les tympans et les vitres. Le ciel devenait rougeâtre à cause du reflet des explosions et des incendies. Le bruit des rotors des hélicoptères résonnait partout. Les fusées aussi partaient de la baie très proche : les navires de guerre bombardaient également.

Soudain, par la porte entra une sorte de rayon aveuglant. Quand elle rouvrit les yeux, tout était encore illuminé et tremblant, mais il y avait une sorte de fumée dont on ne pouvait définir l’odeur. A la place de la crèche et de la télévision, il ne restait plus qu’une tache d’huile noire et des cendres. Même la Vierge n’avait pas été épargnée.

Son mari, atterré et muet, regardait « ça » puis regardait où se trouvaient les petits. Si sa femme n’avait pas été là…

Ana se rappela qu’elle était élue de la commune, et que pour cette raison elle devait se calmer et essayer d’aider. Elle ouvrit la porte de l’appartement et trouva tous les voisins déboussolés, en plein chaos.

Elle dit à son époux qu’il fallait partir avec les enfants, car une bombe pouvait détruire le bâtiment de sept étages. Il fallait chercher un refuge. Il sortit avec les enfants dans les bras, tandis qu’elle montait les étages pour exiger que tout le monde évacue les lieux. Au dernier étage, elle découvrit deux petits vieux qui pleuraient et criaient, tout en demandant à leur petit-fils de quitter le balcon d’en face. Le jeune menaçait un hélicoptère avec un revolver qui n’avait plus de balle. Ana lui cria que par sa faute, ils allaient bombarder l’immeuble. Il semblait devenu fou et s’exclamait à pleins poumons « Yankees assassins ! Yankees fils de putes ! ». Les trois virent une sorte de rayon laser couper le jeune en deux, au niveau de la ceinture. Même une scie électrique ne l’aurait pas fait avec autant de facilité. Des cris et encore des cris de panique, et l’impuissance devant tant d’horreur. Ana poussa les vieux, les obligeant à descendre, même s’ils n’avaient plus envie de vivre.

En bas, elle rencontra son mari. Tous les enfants qu’il y avait là étaient dans une panique totale. Elle, avec précaution, ouvrit le portail et sortit. Lui n’osa pas la retenir. Elle était comme ça. Dans la diagonale, plusieurs bâtiments brûlaient. A chaque explosion de bombes, les gens hurlaient, car ils croyaient qu’elles leur tombaient dessus.

Les hommes et les femmes couraient dans tous les sens, portant jusqu’à trois enfants dans les bras. Des enfants portaient des enfants. Des vieillards priaient, à genoux dans l’embrasure des portes.

Au coin de la rue, à quelque cent mètres, elle vit trois hommes en civil tirer sur les hélicoptères. Elle courut jusqu’à eux et demanda une arme. Il n’y en avait pas.

Elle revint sur ses pas, déçue. Elle proposa de rester là parce qu’il n’y avait nulle part où aller. Ils se blottirent à l’intérieur de l’immeuble. Certains s’étreignaient. Tout en pleurant, les hommes et les femmes se mirent à attendre que la lumière du jour se lève, car peut-être que cet horrible cauchemar serait moins épouvantable.

 

A 6h15, les explosions continuaient. Ana ouvrit lentement le portail, avança la tête et découvrit plusieurs hommes aux visages peints. Elle pensa qu’elle était morte quand ils la visèrent de leurs armes immenses. Ils commencèrent à lui crier plusieurs choses dont les seules qu’elle put comprendre furent « go, go, go », dehors, dehors, dehors. Ils leur firent signe de sortir les mains en l’air. Les envahisseurs avaient pris possession de presque toutes les maisons et les immeubles. L’un d’eux, qui avait une tête de latino, leur dit en espagnol qu’ils devaient aller jusqu’à Balboa, un port situé à l’embouchure du canal de Panama, au bord de l’Océan Pacifique. A peu près à cinq kilomètres de là.

Les tanks entraient massivement dans Chorrillo. Les envahisseurs sortirent des véhicules, criant en anglais de quitter les lieux. Ils commencèrent ensuite à lancer à l’intérieur des maisons un petit dispositif qui prenait feu comme par magie. A San Miguelito, un autre quartier peuplé de gens modestes, c’était le même scénario.

Ana voulut aider une femme blessée qui pouvait à peine marcher et qui portait son petit garçon dans les bras. Les soldats les visaient, menaçants. Une autre femme vint l’aider, sachant qu’elles pouvaient être assassinées si elles n’avaient pas les mains en l’air.

Il y avait beaucoup de morts dans les rues, tous des civils. Un garçon de dix ans montra horrifié les corps de deux petites camarades d’école gisant dans une grande flaque de sang. Ana sentit son âme se déchirer quand elle reconnut sa voisine, ses deux enfants dans les bras, tous trois quasiment calcinés.

Tout le groupe et ceux qui assistèrent à la scène lancèrent les cris les plus déchirants de leur vie en voyant un tank passer sur les corps de deux hommes, alors que l’un deux, blessé, était assis dans la rue. Les chenilles du tank les réduisirent en bouillie. Les cerveaux volèrent à plusieurs mètres. Parmi les témoins, certains se mirent à vomir ou tombèrent à genoux. Et ceci se reproduisit plusieurs fois pendant le trajet.

On marchait au milieu les cadavres. Les envahisseurs étaient libres d’assassiner comme bon leur semblait. Ils exécutaient des civils en pleine rue pour le seul motif qu’ils leur avaient crié « yankee go home », yanqui, dehors !

Il n’était pas permis de porter secours aux blessés, ni que les membres d’une même famille touchent à leurs morts. Les camions des envahisseurs venaient les chercher et les emportaient. De nombreux habitants de la capitale virent quand ils incinéraient les corps avec des lance-flammes sur les plages. Tandis que d’autres centaines de corps furent jetés dans des fosses communes.

Au même moment, dans les quartiers riches, des gens sortaient se prendre en photo avec les envahisseurs, en arborant le drapeau des Etats-Unis d’Amérique. Des femmes voulaient même les embrasser. Dans certains endroits de la campagne, on leur offrait aussi du Coca-Cola et des cigarettes.

Cette invasion étasunienne fut appelée « Juste Cause » : ce fut le plus grand débarquement aérien depuis la Seconde Guerre Mondiale. Sur ce petit pays de trois millions d’habitants, s’abattit tout le pouvoir militaire de la première puissance mondiale : 26 000 soldats qui semblaient assoiffés de sang [baptême de feux pour les femmes soldats US]. Tandis que l’ONU condamnait l’invasion barbare, le président français, François Mitterrand, fut le seul à la soutenir ouvertement.

Le Panama se transforma en un champ d’expérimentation de la technologie de guerre la plus avancée, celle qui fut ensuite utilisée en Irak, en 1991. Par exemple, le rayon qui détruisit la crèche et la télévision d’Ana, et qui coupa le petit-fils en deux : c’était aussi le baptême de l’avion bombardier invisible « Stealth ».

Les Forces de Défense de Panama comptaient à peine 3 000 combattants. La défense aérienne était inexistante. Civils et militaires donnèrent leur vie non pas pour le général Antonio Noriega, mais pour la souveraineté et pour la patrie.

Car s’il y eut plus de 4 000 personnes assassinées, c’était sous prétexte de capturer le dictateur Noriega recherché pour narcotrafic. Un militaire qui, peu de mois auparavant, était encore l’un des favoris des Etats-Unis en Amérique Latine. Salarié de la CIA, et grand ami de George Bush père, il servit de pont entre la mafia colombienne et la CIA pour le trafic de cocaïne qui finança la guerre contre-insurrectionnelle en Amérique Centrale, dans les années quatre-vingt. Mais dans un sursaut de souveraineté, il refusa que les Etats-Unis aient le moindre contrôle sur Panama, à commencer par le Canal. Alors ses péchés, qui n’avaient jamais été considérés comme tels, firent tout à coup la une des journaux.

Lors de l’invasion, ils ne purent lui mettre la main dessus. La CIA fut ridiculisée. Ils durent promettre de l’argent pour le capturer. Noriega se rendit le 3 janvier 1990.

Les envahisseurs s’acharnèrent sur Chorrillo et San Miguelito parce qu’ils savaient que dans ces quartiers ils n’étaient pas les bienvenus. Ils n’y laissèrent que quelques rares colonnes de béton armé. Les soldats étasuniens eux-mêmes se mirent à nommer Chorrillo leur « Petit Hiroshima », en souvenir des ruines, de la mort et de la désolation auxquelles fut réduite la ville japonaise après la bombe atomique lancée par les Etats-Unis d’Amérique le 6 août 1945. La grande majorité des Panaméens le considèrent comme le « Quartier Martyr ».

 

Héroïne et martyre, Ana le fut. Elle laissa son mari avec les enfants et s’évada du camp de concentration où on les avait parqués à Balboa. Elle se joignit à ceux qui combattaient les troupes d’envahisseurs. Elle leur infligea plusieurs pertes et endommagea un hélicoptère. La femme qui tirait à ses côtés vit la balle qui transperça la poitrine d’Ana. Agonisante, elle murmura : « Parle de moi à mes enfants ». Sa main serrait si fort le fusil qu’on faillit ne pas le récupérer.

Hernando Calvo Ospina

Hernando Calvo Ospina Écrivain, journaliste colombien résidant en France. Collaborateur de « Le Monde Diplomatique » et de « El Correo de la Diaspora Latinoamericana ». Consulter sa page Hernando Calvo Ospina.

Source: http://www.elcorreo.eu.org/Une-heroine-de-Little-Hiroshima-durant-l-invasion-de-Panama

LIBYE : Qui était Mouammar Kadhafi et pourquoi l’ont-ils tué ?

Par MUSAVULI 

Retour sur « Objectif Kadhafi  », l’ouvrage de Patrick Mbeko, analyste des questions géopolitiques, paru aux Editions Libre-Pensée, 2016.

 

Le 20 octobre 2011, les téléspectateurs du monde entier découvrent sur leurs écrans les images d’un homme ensanglanté qui se fait lyncher par une foule hystérique. Quelques instants plus tard, on aperçoit deux corps tuméfiés allongés l’un à côté de l’autre, sur des matelas sales posés à même le sol. Il s’agit du Guide libyen Mouammar Kadhafi et son fils Muatassim. L’évènement marque la fin d’une campagne de bombardement de la Libye par les forces de l’OTAN et les combats au sol de leurs alliés de circonstance : les « révolutionnaires libyens », dont il s’avèrera plus tard qu’il s’agissait d’intégristes et des djihadistes. Mais Paris, Londres, Bruxelles, et même le Secrétaire général de l’ONU saluent « une nouvelle ère » pour la Libye. Kadhafi est alors décrit comme un dictateur mégalomane et sanguinaire, dont les proches s’étaient enrichis en détournant les richesses pétrolières du pays au détriment du peuple libyen. Il est décrit comme un parrain du terrorisme international qui a fait poser des bombes dans des avions, et qui, en cette année 2011, avait tiré sur sa population qui ne réclamait que la démocratie. Les grandes puissances devaient prendre leurs responsabilités : lui livrer la guerre et l’éliminer, s’il le faut, au nom de la démocratie et de la « responsabilité de protéger » la population libyenne. C’est à peu près ce que les gens ont retenu de Kadhafi et des raisons de la guerre fatale que les puissances de l’OTAN ont menée contre son pays. Et si la vérité était ailleurs ?…

C’est en tout cas ce qu’on découvre au fil des pages d’Objectif Kadhafi de Patrick Mbeko[1]ouvrage préfacé par Michel Rimbaud, ancien ambassadeur français, qui décrit les « 42 ans de guerres secrètes » : une vingtaine de tentatives d'assassinat et de coup d'État, des opérations subversives de toutes sortes, mais aussi des moments de retrouvailles et des visites officielles entre Tripoli et les capitales occidentales. Qui était vraiment Mouammar Kadhafi ? Pourquoi a-t-il été tué ? Qu’en est-il des accusations portées contre lui ? C’est à ces questions et à bien d’autres que répond cet ouvrage, solidement documenté, nourri d'anecdotes, d’une remarquable mise en perspective historique et d’une grille de lecture géopolitique particulièrement originale.

L’histoire d’un jeune Bédouin devenu révolutionnaire

Mouammar Kadhafi voit le jour en 1942. C’est un jeune Bédouin – aux origines anecdotiques [2] - issu d’une famille si pauvre qu’il avait à peine de quoi se nourrir. Il est toutefois décrit comme brillant à l’école. Il réussit à étudier en quatre années seulement le programme de six années du cycle primaire. Il apprend avec une facilité qui étonne ses camarades et ses enseignants. Très vite, il dégage autour de lui une sorte d'autorité naturelle et une fierté qui contraste avec son cadre de vie très modeste [3]. Féru de lecture, il fait la connaissance des grands personnages qui ont fait l'histoire du monde et de l’Afrique : Abraham Lincoln[4], le général de Gaulle, Mao Zedong, Patrice Lumumba et surtout Gamal Abdel Nasser[5] le leader égyptien dont il s’inspire particulièrement. L'environnement politique de l'époque est marqué par une série d'évènements dans le monde arabe : la guerre d'Algérie, l'agression de l'Égypte, la bataille du Liban, la question palestinienne, la révolution au Yémen, la présence sur le sol libyen des bases militaires américaines et britanniques, l'état misérable du peuple libyen, victime d’un règne monarchique gangrené par la corruption et le népotisme. Autant de facteurs qui amènent Kadhafi à se sentir « investi d’une mission » celle de libérer son pays de la domination étrangère, de la pauvreté et des inégalités [6].

En 1963, Kadhafi obtient son baccalauréat de philosophie, mais refuse de travailler dans les compagnies pétrolières. Il a autre chose en tête. Il crée un groupe de jeunes pour entrer à l’école militaire de Benghazi, pas pour devenir des soldats de métier, mais pour infiltrer l’institution [7] et s’en servir pour mener la révolution. Six ans plus tard, il prend le pouvoir avec ses compagnons d’armes, le 1er septembre 1969, à l’occasion d’un coup d’Etat sans effusion de sang [8]. Mouammar Kadhafi n’est alors qu’un jeune officier de 27 ans. Son rêve de transformer la Libye peut commencer. Il durera tout le temps de son action aux commandes de son pays : 42 ans, et s’étendra sur l’Afrique.

Kadhafi, le pétrole et la souveraineté

Mouammar Kadhafi se révèle rapidement être un nationaliste souverainiste habité par l’idée de protéger son pays et de faire bénéficier à son peuple les revenus tirés des ressources pétrolières et gazières, jusqu’alors détournés et dilapidés par un régime corrompu, celui du Roi Idriss et les compagnies pétrolières. Le jeune pilote est particulièrement choqué face à la luxure et l’indécence déployée au cours des festins [9]organisés dans son pays par les compagnies pétrolières et les autorités à côté d’une population qui manque pratiquement de tout. Kadhafi est un souverainiste. Il rejette tous les impérialismes, aussi bien l’impérialisme américain que l’impérialisme soviétique dont le côté athée » choque sa conscience de « croyant ». Ce refus du communisme, en pleine période de Guerre froide, va d’ailleurs l’épargner des ennuis avec les Occidentaux qui ne voyaient pas en lui une menace là où les leaders ouvertement communistes d’Amérique latine et d’Afrique étaient des cibles à abattre. Il parvient à contrôler les ressources de son pays et à renégocier les contrats là où les pays alignés derrière l’une ou l’autre des superpuissances disposaient des marges de manœuvres assez limitées. Il nationalise les principaux secteurs de la vie économique libyenne, moyennant compassassions. Dans le secteur pétrolier, les négociations sont ardues, mais en 1971, Kadhafi réussit ce qu’aucun autre pays pétrolier n’avait réussi auparavant : imposer aux compagnies pétrolières une augmentation des prix du brut [10]. Le mouvement va faire des émules dans les pays de l’OPEP.

Pour la première fois, le peuple libyen se réapproprie les richesses de son pays. Le revenu annuel qui était de 2 milliards 223 millions de dollars en 1973 passe à 6 milliards en 1974, pour atteindre 8,87 milliards de dollars en 1977. Des centaines de milliers de familles libyennes voient leur condition de vie s'améliorer considérablement [11]. Sous le roi Idriss, la Libye était parmi les pays les plus pauvres de la planète. 94% de la population était analphabète. La mortalité infantile était parfois de 40%. Kadhafi va transformer un pays et un peuple tout entier. Et pas seulement la Libye. L’argent du pétrole libyen va financer plusieurs causes à travers le monde, notamment la cause du peuple palestinien et la lutte des Noirs en Afrique du Sud. La Libye est ainsi le premier pays que visite le leader de la lutte contre l’Apartheid, Nelson Mandela, dès sa sortie de prison en 1994[12]. Kadhafi permet à l’Afrique de connaître sa première révolution technologique en finançant le premier satellite de télécommunication RASCOM-QAF1 permettant aux pays africains de se rendre indépendants des réseaux satellitaires occidentaux et d’économiser plus de 500 millions de dollars (ou de les faire perdre aux compagnies occidentales).

La Libye investit plusieurs milliards de dollars dans les secteurs variés des économies des pays africains [13]. Contrairement aux Occidentaux qui investissent principalement dans l’industrie extractive, Tripoli investit dans les secteurs primaires (agriculture, élevage) et tertiaire (banques, hôtels, services), principalement dans les pays les plus pauvres du Continent. La Libye lance le chantier de trois organismes financiers qui devraient contribuer à asseoir l'émancipation monétaire et financière de l'Afrique : la Banque africaine d'investissement (BAI), le Fonds monétaire africain (FMA) avec un capital de 42 milliards de dollars et la Banque centrale africaine (BCA). Outre le rachat des dettes et engagements contractés auprès des Institutions financières internationales, le développement de ces trois organismes devait permettre aux pays africains d'échapper aux diktats de la Banque mondiale et du FMI et marquer la fin du franc CFA [14]. Une émancipation que l’Occident voit de très mauvais œil. Nous y reviendrons.

Kadhafi, le terrorisme et l’affaire des bombes dans les avions

Trois attentats terroristes ont valu à Kadhafi d’être présenté comme la figure emblématique du terrorisme international : l’attentat contre la discothèque La Belle, à Berlin, en 1986, l’attentat contre un avion de la Pan Am au-dessus du village écossais de Lockerbie en 1988 et l’attentat contre le DC10 d’UTA en 1989 au-dessus du Niger. L’ouvrage revient sur chacun de ces évènements tragiques et les raisons pour lesquels ils avaient été injustement imputés à l’Etat libyen.

L’attentat de Berlin est le premier de la série. Il a failli coûter la vie à Kadhafi suite à la réaction du président américain Ronald Reagan. Ce dernier, dès son arrivée à la Maison Blanche, en 1981, s’était mis en tête l’idée d’éliminer le Guide libyen[15] qu’il qualifiait en pleine Guerre froide, d’« agent de Moscou »[16], « l’homme le plus dangereux du monde » ou encore « le chien enragé du Moyen-Orient »[17]. L’attentat, non revendiqué, servit de justification aux bombardements américains sur Benghazi et Tripoli, dans la nuit du 15 avril 1986. Kadhafi en sortit indemne, mais une de ses filles fut tuée tandis que sa femme et ses sept enfants furent blessés. Qui a commandité cet attentat ? En tout cas, le procès ouvert en Allemagne a abouti au verdict selon lequel aucun élément probant ne permettait d’établir la responsabilité de Kadhafi dans cette affaire [18].

Vient ensuite l’attentat de Lockerbie. L'attentat du vol Pan Am 103 a eu lieu le 21 décembre 1988 contre un Boeing 747-100 de l'ancienne compagnie américaine Pan American World Airways, qui assurait la liaison Londres – New York. Il explosa au-dessus du village de Lockerbie en Écosse et causa la mort de 270 personnes. Patrick Mbeko revient sur l’historique des enquêtes et fait remarquer que les éléments recueillis par les enquêteurs américains, Britanniques et Allemands s’orientaient vers la piste des services secrets syriens et iraniens. L’enquête va connaitre un tournant dans les années 1990 suite à l’implication de l’enquêteur du FBI Tom Thurman laissant tous les observateurs ébahis [19]. La piste libyenne fit, depuis, privilégiée. Pourquoi ? Selon l’auteur, l’abandon de la piste syro-iranienne s’imposait au vu d’un gros embarras en perspective. Au fil des pages, on découvre un monde ténébreux où barbouzes et grand banditisme s’entremêlent si dangereusement [20] que même la justice préfère ne pas voir « ce qu’il ne faut pas voir ». La Libye devint ainsi le coupable idéal, et tout fut mis en œuvre pour lui faire endosser la responsabilité d’un crime qu’elle n’avait pas commis. Tripoli subissait à peine les conséquences de l’affaire de Lockerbie qu’une autre affaire, celle du DC10 d’UTA, était mise à sa charge. Pour rappel, le 19 septembre 1989, soit neuf mois après la tragédie de Lockerbie, le DC-10 du vol UT 772 de la compagnie UTA assurant le trajet Brazzaville-Paris via N'Djamena, explose au-dessus du désert du Ténéré, au Niger. Tous les passagers et membres d’équipage sont tués. Parmi les victimes, des Français et l’épouse de l'ambassadeur des États-Unis au Tchad. Patrick Mbeko reprend le fil des enquêtes des services secrets et du parquet de Paris et aboutit à nouveau à la piste syro-iranienne. La Libye n’avait aucune raison de s’en prendre à la France puisque la guerre du Tchad dans laquelle les deux pays étaient directement impliqués était en voie de règlement [21]. L’auteur attribue l’abandon de la piste syro-iranienne à une alliance de circonstance entre les puissances occidentales et la Syrie durant la Guerre du Golfe et la volonté de ne pas exposer des alliés impliqués dans le dossier des otages au Liban.

Sur les accusations de terrorisme, des années plus tard, les langues se sont déliées et plusieurs preuves sont que la Libye fut injustement accusée des deux attentats [22]. Mais le pays fut contraint de payer : 200 millions de francs d’indemnités aux familles des victimes françaises de l’UTA [23] et 2,7 milliards de dollars aux familles des victimes de Lockerbie [24]. Un acte souvent brandi comme un aveu de culpabilité. En réalité, la Libye perdait beaucoup de revenus suite aux sanctions qui lui avaient été imposées : 24 milliards de dollars [25]. En payant 2,7 milliards de dollars et en reprenant sa place dans le concert des nations, Tripoli s’inscrivait dans la logique froide de la realpolitik : privilégier ses intérêts. Ce geste de décrispation permit à la Libye de redevenir un Etat fréquentable à une époque où il valait mieux ne pas figurer sur la liste des Etat de l’axe du mal. Parallèlement, ce geste de décrispation permit à la Libye d’attirer massivement des investisseurs étrangers dans son secteur pétrolier et même les dirigeants occidentaux [26]. La lune de miel fut néanmoins de courte durée. En cause : le printemps arabe.

Le printemps arabe et le coup de grâce

Patrick Mbeko revient sur les bouleversements politiques de 2010-2011 dans les pays arabes en prenant le soin de rappeler une sagesse de Franklin Roosevelt [27]. Il remonte à l’épicentre du mouvement des contestations populaires : la petite ville tunisienne de Sidi Bouzid et son héros malheureux Mohamed Bouazizi, le jeune marchand des quatre-saisons immolé le 17 décembre 2010 après avoir été frappé et humilié par une policière, Fayda Hamdi, selon la version véhiculée. Il fait remarquer que les récits ne collent pas à la réalité. Le jeune homme immolé ne s’appelait pas Mohamed Bouazizi, mais Tarek Bouazizi. Il n’était pas diplômé d’université, il n’avait même pas passé son bac [28]. Sur place, à Sidi Bouzid, la population a déjà fait disparaître les traces d’un jeune homme qui aurait pourtant dû être célébré comme une fierté nationale. Pourquoi ? Il s’interroge sur la spontanéité des révoltes et l’attitude indolente des forces de sécurités pourtant habituées à réprimer violemment les contestataires du régime. De fil en aiguille, Patrick Mbeko déconstruit l’histoire convenue du « printemps arabe ». Il fait remarquer que, si l’étincelle est partie de la Tunisie profonde, sans que personne ne comprenne vraiment qui étaient les tireurs de ficelles en arrière fond, c’est en Libye et en Syrie que le vrai visage des instigateurs du « printemps arabe »[29]est apparu au grand jour[30], balayant au passage l’invective de la « théorie du complot ». Ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte non pas d’une colère spontanée des masses populaires, mais l’exécution des plans préparés à l’avance [31].

Dès 2007, les jeunes tunisiens et Egyptiens avaient reçu une série de formations initiées par le CANVAS (Centre for Applied Non-Violence), une organisation basée sur les principes tactiques de Gene Sharp. Il s’agissait d’étendre aux pays du monde arabe les expériences réussies dans les anciens pays communistes où les Etats-Unis avaient fait renverser des présidents alliés de Moscou, derrière les révolutions colorées [32]. Les autorités tunisiennes, égyptiennes et libyennes n’avaient ainsi rien vu venir. Le rôle joué par les Etats-Unis en arrière-plan est si déterminant que l’auteur décide de renommer ces évènements : « PRINTEMPS AMÉRICAIN DANS LE MONDE ARABE » [33] et non « printemps arabe ».

Arrive le tour de la Libye, un pays qui, contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, n’entretient pas de coopération militaire avec les Etats-Unis. Kadhafi avait fait fermer les bases militaires américaines et britanniques sur le sol libyen dès 1970[34]. Les hauts gradés libyens ne pouvaient donc pas obtempérer aux consignes de l’extérieur. Par conséquent, contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, où les manifestations étaient globalement pacifiques et maîtrisées, en Libye, les manifestations pacifiques sont accompagnées de graves violences armées. Les casernes et les commissariats sont attaqués par des unités commandos particulièrement efficaces au combat. Des canons anti-aériens apparaissent. D’où viennent toutes ces armes et ces combattants particulièrement aguerri ? Dans un premier temps Kadhafi donne l’ordre de ne pas réagir et de laisser s’exprimer la colère populaire. Il adopte des mesures sociales et fait même libérer des prisonniers politiques [35]. Mais, rapidement, il perd le contrôle de vastes régions qui passent sous contrôle des groupes islamistes, alors alliés de circonstance de l’OTAN. Lorsqu’il tente de reprendre le contrôle de la situation, il se heurte à la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU autorisant la mise en place d'une une zone d'exclusion aérienne. Cette résolution, qui ne concernait que Benghazi, sera rapidement violée puisque c’est un déluge de bombes et de missiles qui s’abat sur toute la Libye, ainsi qu’une offensive au sol, jusqu’au renversement du gouvernement libyen, ce que l’ONU n’avait pas autorisé. L’auteur décrit les dernières heures de Kadhafi comme un moment de trahison ultime, une traque [36]. Alors qu’il avait obtenu l’aval de l’OTAN pour quitter le pays et s’installer en Afrique du Sud, son convoi fut saccagé par un missile Hellfire tiré par un drone américain et deux bombes de 200 kg larguées par un mirage français. Il parvint à survivre avec une poignée de fidèles mais tomba entre les mains des miliciens de Misrata. La suite, ce sont les images de lynchage qui feront le tour du monde. C’est aussi le discrédit du principe de « responsabilité de protéger » comme le fut celui de « l’intervention humanitaire en Somalie » [37].

En effet, « protéger la population libyenne » fut la raison brandie au Conseil de sécurité de l’ONU pour justifier l’intervention des pays de l’OTAN en Libye. Lorsqu’on regarde ce qu’est devenue la Libye, difficile d’obtenir un consensus international en évoquant, à nouveau, « la responsabilité de protéger ». Depuis, à l’ONU, Russes et Chinois bloquent les projets de résolution initiés par les Occidentaux, notamment sur la Syrie, en rappelant le précédent libyen [38]. Barack Obama a reconnu que la Libye est le plus grand regret de sa présidence tandis que les parlementaires britanniques ont étrillé l’ancien président français Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron dans un rapport sur la guerre en Libye [39].

La Libye de Mouammar Kadhafi et la « Libye de l’OTAN » : le contraste

« Vous avez voulu la paix, vous avez voulu la liberté, vous voulez le progrès économique. La France, la Grande-Bretagne, l'Europe seront toujours aux côtés du peuple libyen », avait promis le 15 septembre 2011 le président Nicolas Sarkozy à Benghazi devant l'euphorie d’une foule acquise à l’avènement d'une « nouvelle Libye ». Cinq ans plus tard, la Libye s’est littéralement décomposée. Pire, les Libyens qui ont survécu aux bombardements de l’OTAN seront des milliers à mourir lentement pour avoir respiré sans le savoir les microparticules d'uranium volatilisées dans l'air, tandis que nombreux vont donner naissance à des enfants mal formés, sans bras, sans jambes… conséquence des bombes à uranium appauvri larguées sur le pays [40]. L’occasion de rappeler ce qu’était la Libye avant la guerre. 

Lorsque débute la crise, le niveau de vie de la population libyenne n'a rien à envier à celui des populations occidentales. C'est le pays qui avait l'indice de développement humain le plus élevé du continent africain. Le PIB/hab était de 13.300 $, soit loin devant l'Argentine, l'Afrique du Sud et le Brésil. La croissance dépassait les 10% et le PIB/hab augmentait de 8,5%. La Jamahiriya était un Etat social où des biens publics étaient mis à la disposition de la population : l'électricité et l'eau à usage domestique étaient gratuites ; tout le monde avait accès à l'eau potable. Les banques libyennes accordaient des prêts sans intérêts ; les libyens ne payaient pratiquement pas d'impôts. La TVA n'existait pas. La dette publique représentait 3,3 % du PIB contre 84,5 % pour un pays comme la France, 88,9 % pour les États-Unis et 225,8 % pour le Japon. Le système public de santé, gratuit, était aux normes européennes, tout comme le système éducatif (le taux d'alphabétisation moyen était de 82,6 %). Les meilleurs étudiants libyens poursuivaient leurs études supérieures à l'étranger en bénéficiant d'une bourse du gouvernement. Les produits d'alimentation pour les familles nombreuses étaient vendus moitié prix sur présentation du livret de famille. Les voitures importées d'Asie et des États-Unis étaient vendues à prix d'usine. Le prix d'un litre d'essence coûtait à peine 8 centimes d’euros [41]. Le pays, en dépit des sanctions qui lui avaient été imposées, avait tout de même réussi à constituer des fonds souverains à hauteur de 200 milliards de dollars placés dans des banques étrangères, occidentales notamment, et gérés par un organisme public, la Libyan Investment Authority (LIA)[42], contrairement aux accusations faisant état d’enrichissement personnel. Peu de dirigeants au monde peuvent revendiquer un bilan pareil.

Par ailleurs, la Libye de Kadhafi fut un solide bouclier contre les vagues migratoires puisque de nombreux migrants sub-sahariens, notamment, choisissaient de s’installer en Libye au lieu de tenter la traversée de la Méditerranée. Et non seulement. Kadhafi fut un bouclier contre la circulation des terroristes islamistes qu’il combattait, bien avant les attentats du 11 septembre 2001. L’auteur rappelle que la Libye est le premier pays à avoir lancé, dès 1998, un mandat d'arrêt international contre Ben Laden pour un double assassinat perpétré, en 1994, contre deux fonctionnaires allemands sur le sol libyen [43]. Mais tout au long de la campagne de l’OTAN contre la Libye, et même après, aucune des réalisations susmentionnées n'a été relevée et les populations occidentales n'en savent presque rien. Elles ne sauront jamais que celui qui leur a été présenté par leurs dirigeants et médias comme un méchant dictateur dilapidant les deniers publics de son pays, était en réalité un homme qui a énormément investi dans le bien-être de son peuple et protégé l’Europe des vagues migratoires et des mouvements terroristes.

La Libye est aujourd’hui un pays complètement ruiné. Trois gouvernements et une multitude de groupes terroristes se disputent le contrôle du pays. L'enlèvement du premier ministre Ali Zeidan à Tripoli, le 10 octobre 2013, est un triste exemple du climat chaotique qui règne dans le pays. Les dirigeants de la première heure du CNT [44] ont fui le pays pour se réfugier à l’étranger. Les meurtres et les attentats sont devenus monnaie courante, contraignant des centaines de milliers de Libyens à trouver refuge dans d'autres villes ou dans les pays voisins [45]. Les attentats ainsi que l'escalade des combats se succèdent dans tout le pays. Même le consulat des Etats-Unis à Benghazi a été la cible d'une attaque à l'arme lourde qui a coûté la vie à l'ambassadeur Christopher Stevens, torturé, sodomisé puis assassiné. Les violences et l'insécurité persistante ont poussé la plupart des pays occidentaux à évacuer leurs ressortissants et à fermer leurs représentations diplomatiques [46].

Tout le monde s'en va, y compris l'ONU et bon nombre d'ONG, relève l’auteur. Plus d'un million de migrants sont arrivés en Europe en 2015, au terme de périples périlleux. L'opération de sauvetage à grande échelle de l'UE a secouru près de 100 000 embarcations de fortune en Méditerranée. Malgré les efforts déployés, au moins 3 000 migrants libyens ont péri en mer. Le trafic de drogue a explosé, faisant de l'ex-Jamahiriya un pays de transit de la drogue, essentiellement à destination d'Europe... Le pays est devenu le nouvel eldorado des groupes intégristes islamistes. Dès le lendemain de la chute de Kadhafi, Al-Qaïda en a profité pour hisser son drapeau au-dessus du palais de justice de Benghazi. AQMI se promène dans le grand sud. Les islamistes d'Ansar al-Sharia se sont implantés à Benghazi et Derna, tandis que l’État islamique / Daesh a profité de l'insécurité permanente dans le pays pour s'y implanter.

Se pose naturellement la question de savoir si la guerre et l’élimination physique de Kadhafi valaient vraiment la peine. L’auteur estime que dans la logique des stratèges occidentaux, la destruction de la Libye et l’élimination de Kadhafi sont, paradoxalement, « une bonne opération ». Les efforts de Kadhafi pour sortir l’Afrique de l’extrême dépendance vis-à-vis de l’Occident constituaient une menace pour des puissances qui prospère sur le sous-développement et la misère des Africains. Une indépendance économique de l’Afrique et quelque chose d’inacceptable comme le rappelle le professeur Maximilian Forte cité par l’auteur : « L'intervention en Libye est aussi une façon d'envoyer un message aux autres États-nations africains (…) qu'il y a des limites dans lesquelles ils doivent opérer » [47]. S'ils se lancent dans un processus de défiance nationaliste et anti-impérialiste, il pourrait y avoir des conséquences qui ne sont plus de l'ordre de l'hypothèse.

Un message glaçant dont on apprécie la froideur en repensant à la menace du président Sarkozy aux chefs d’Etat africains qui envisageaient de se rendre à Tripoli pour proposer une médiation de l’UA [48] : leur avion sera « flingué »[49] ! 

Boniface Musavuli

Analyste politique et écrivain

 


[1] Patrick Mbeko, Objectif Kadhafi - 42 ans de guerres secrètes contre le Guide de la Jamahiriya arabe libyenne (1969-2011), Editions Libre-Pensée, 2016, 617 pages.

[2] Les origines de Mouammar Kadhafi sont truffées d’anecdotes. Officiellement, il est le fils de Mohamed Abdel Salam et Aicha Ben Niran. Mais un autre récit est qu’il serait le fils naturel du capitaine corse Albert Preziosi, officier des Forces aériennes françaises libres (FAFL) dont l’avion s’écrasa dans le désert libyen durant la seconde Guerre mondiale. Recueilli par une tribu de Bédouins, le capitaine Preziosi eut une histoire d’amour avec une femme locale qui donna naissance à Kadhafi. L’autre anecdote est que le Guide libyen est d’une grand-mère maternelle juive. Pp. 45 svts.

[3] « Le traitement discriminatoire que, en sa qualité de Bédouin, il eut à subir de la part des citadins et des étrangers au cours de ses études lui a laissé un profond mépris pour les élites en place et un fort sentiment d'identification avec les opprimés », note un rapport de la CIA cité par l’auteur, p. 45.

[4] Il découvre Abraham Lincoln sur la question de la libération des Noirs et la Guerre de sécession aux Etats-Unis.

[5] P. 50.

[6] P. 53.

[7] P. 55.

[8] C’est l’Opération Al-Quds, pp. 55 svts.

[9] Pp. 42-43.

[10] Pp. 80 svts.

[11] P. 90.

[12] P. 112.

[13] P. 478.

[14] Ibidem.

[15] Pp. 133-134. En 1981, Reagan misait sur la réélection du président français Valery Giscard d'Estaing, connu pour son hostilité à Kadhafi, mais dût revoir ses plans après l’élection surprise de François Mitterrand.

[16] Pp. 84-86. Pourtant que Kadhafi était un antisoviétique notoire.

[17] Pp. 135, 140.

[18] P. 171.

[19] Pp. 196 svts.

[20] Pp. 200-203.

[21] Pp. 205, 217-218

[22] Pp. 232-233.

[23] Ibidem.

[24] Pp. 259-260.

[25] P. 260.

[26] Tony Blair, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy,… et des dizaines de chefs d’entreprise se bousculaient pour serrer la main du Guide Libyen. Il y avait beaucoup d’argent à gagner, et tout devait être fait pour supporter les caprices du leader libyen.

[27] « En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un évènement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi ».

[28] 315 svts.

[29] Il est à ce titre nécessaire de rappeler que la Libye faisait partie du lot de sept pays arabes et/ou musulmans (Irak, Soudan, Liban, Iran, Somalie et Syrie) que les États-Unis avaient mis sur la sellette des pays à « contrôler », comme l'a révélé le général américain Wesley Clark, qui fut commandant des forces alliées de l'OTAN en Europe (1997-2000), dans une interview avec la journaliste Amy Goodman de la chaîne Democracy Now, le 2 mars 2007. Le général américain expliqua que le Pentagone avait élaboré ce plan « top secret » dix jours après les évènements du 11 septembre 2001. Un an et demi plus tard, en mai 2003, John Gibson, directeur général de la division services énergétiques de la multinationale Halliburton, confirmait l'existence de ce projet en déclarant dans un entretien avec l'International Oil Dagy : « Nous espérons que l'Irak sera le premier domino et que la Libye et l'Iran suivront. Nous n'aimons pas être mis à l'écart des marchés, car cela donne à nos concurrents un avantage déloyal. »

[30] Pp. 310 svts.

[31] P. 293.

[32] Pp. 301-303.

[33] P. 287.

[34] P. 70.

[35] P. 337.

[36] Pp. 451 svts.

[37] P. 394.

[38] P. 541.

[39] Pp. 538 svts.

[40] Pp. 517, svts.

[41] Pp. 533-534.

[42] P. 476.

[43] P. 256.

[44] CNT : Conseil national de transition, plate-forme parrainée par les pays de l’OTAN et derrière laquelle fut menée la guerre contre la Libye.

[45] En janvier 2014, l'ONU a recensé 3,3 millions de réfugiés libyens et, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre de personnes déplacées à l'interne a presque doublé depuis septembre 2014, passant de 230 000 personnes à plus de 434 000.

[46] Pp. 519 svts.

[47] P. 511.

[48] Union africaine.

[49] P. 384.

 

 

LES DESSOUS DU NAZI

Source de l’article : Planètenonviolente.org

Fascisme Juif Sioniste

Bizness Sionistes- Nazis : Décret Du Reich 54/33 10 Août 1933 Autorisant l’Emigration En Palestine Des Juifs Allemands Munis D’Un « Certificat Capitaliste ».

 

Les Sionistes ont traité directement avec les Nazis au début du III Reich obtenant un accord économique pour à la fois coloniser avec des Juifs allemands munis d’un « certificat capitaliste » la Palestine et s’enrichir en rackettant ces derniers. Détails sur cette collaboration économique nauséabonde Sionistes – Nazis.

Haim Arlosoroff père sioniste de l’Accord de Transfert établi avec les Nazis

Pendant le premier été d’existence du régime Nazi, en Août 1933, des organisations sionistes et juives ont autorisé certains Juifs à négocier avec le 3ème Reich. Ces négociations se sont tenues au 76 Wilhelmstrasse à Berlin avec Hans Hartenstein, Directeur du Bureau de Contrôle Monétaire du Reich suite à un télégramme envoyé par le consul allemand à Tel Aviv, qui conseillait à Hartenstein de créer un groupe d’intérêts sioniste officiel et commercial en Palestine afin de faire cesser la campagne mondiale de boycott menée par les organisations juives/sionistes contre les produits du IIIème Reich, un sérieux handicap pour le régime Nazi à peine installé au pouvoir en Allemagne. Selon ce télégramme un accord avec les Sionistes était nécessaire.

Ainsi est né ce que l’on a appelé l’Accord de Transfert traduit sous forme d’un document officiel du Reich, 54/33, Décret promulgué 3 jours plus tard, le 10 Août 1933, par le Ministre de l’économie du Reich. Côté Sioniste, c’est le représentant à l’étranger du Mouvement Sioniste en Palestine, Haim Arlosoroff, appartenant à l’Agence Juive, et qui agissait au nom du Mapaï, le parti Sioniste ancêtre du parti Travailliste israélien, qui a négocié cet Accord. (Arlosoroff a été assassiné peu de temps après probablement par des révisionnistes du groupe de Ze’ev Jabotinsky l’extrême droite Sioniste qui s’opposait farouchement à cet Accord).

Cet Accord de Transfert autorisait les Sionistes à créer deux chambres de compensation l’une sous la supervision de la Fédération Sioniste Allemande de Berlin, l’autre sous la supervision de l’Anglo Palestine Trust en Palestine. Le bureau de Tel Aviv a été nommé Haavara (mot hébreu pour transfert) Trust and Transfert Office Ltd. Haavara Ltd a été organisé selon le code commercial palestinien et géré par des dirigeants du monde des affaires. Ses stocks appartenaient dans leur ensemble à l’Anglo Palestine Bank, plus tard renommée Bank Leumi.

L’accord conclus était le suivant : des Juifs pouvaient quitter l’Allemagne et emporter avec eux certains biens sous forme de produits allemands nouveaux que le mouvement Sioniste se chargerait de vendre en Palestine et aussi sur le marché mondial. Les recettes seraient versées aux émigrants mais une partie serait prélevée et consacrée à des projets de construction de l’état sioniste tels des infrastructures industrielles et l’achat de terres.

Seuls les Juifs munis d’un «Certificat Capitaliste» délivré par les autorités britanniques et prouvant qu’ils possédaient l’équivalent de 5000 $ étaient autorisés à émigrer en Palestine. Outre le fait de coloniser la Palestine, cet Accord de Transfert a permis à certains Juifs dit «émigrants potentiels» de protéger leurs biens dans ces comptes bancaires spéciaux auxquels ils n’avaient accès qu’en achetant et vendant des produits allemands. Ces comptes «d’émigrants actifs et potentiels» représentaient des millions de Reichsmarks à la fois pour les Nazis et les Sionistes.

L’émigration des Juifs d’Allemagne en Palestine dans le cadre de cet accord de bizness Sionistes Nazis dépendait de la quantité de produits allemands vendus. Ainsi donc, plus il y avait de produits allemands vendus, plus le nombre de Juifs allemands autorisés à coloniser la Palestine augmentait, et aussi plus il y avait d’argent pour construire l’état sioniste. L’objectif pour les Nazis c’était de mettre fin à la guerre commerciale contre l’Allemagne livrée par les organisations sionistes/juives dans une période de Dépression économique destructrice. Les Nazis craignaient surtout la puissance du Lobby Sioniste et ses ramifications mondiales pour implanter le boycott.

Aussi étrange que cela puisse paraître, pour sauver des Juifs allemands des Nazis, la seule chose à faire selon cet Accord de Transfert, c’était de vendre des produits allemands. Autrement dit, l’économie du régime de l’Allemagne Nazie n’a pu survivre à la Grande Dépression qu’en partie grâce à cette transaction financière mafieuse conçue par les Sionistes et Nazis.

L’Accord de Transfert a permis à 60 000 Juifs et 100 millions de $, l’équivalent 2009 de 1.7 milliards de $, d’être « transférés » en Palestine. Grâce à ces transferts et les prélèvements obligatoires imposés par le Mouvement Sioniste sur ces «transactions» les infrastructures de l’état sioniste ont pu être construites, tout ceci au détriment des populations locales palestiniennes.

Des Accords de Transfert sur le même principe ont été conçus par les Sionistes en ce qui concerne les Juifs de Tchécoslovaquie, de Hongrie, et d’autres zones occupées ou pays dominés par les Nazis. Mais la déclaration de guerre en 1939 a interrompu ce bizness florissant entre Sionistes et Nazis.

Le bizness entre Sionistes et Nazis a été révélé lors de la publication d’un livre d’Edwin Black en 1984 «The Transfert Agreement*».

Après la découverte du génocide des Juifs par les Nazis, cette transaction a été pendant plusieurs années occultée, les Sionistes faisant le nécessaire pour que les mots Sionistes et Nazis ne soient ni prononcés ni écrits côte à côte.

Jusqu’à ce jour, ils continuent de minimiser voire de justifier une collaboration Sionisme Nazisme. Celle-ci par le biais de cet Accord de Transfert a certes permis de sauver des vies juives mais en les installant comme colons en Palestine – ce que beaucoup ne souhaitaient pas préférant émigrer, sans succès, aux Etats Unis car les Américains avaient fermé leurs frontières et les Sionistes faisaient pression pour une émigration exclusive vers la Palestine – et en les rackettant pour construire l’état Sioniste.

Tout ceci s’est fait bien sûr sans l’accord de la population palestinienne locale qui, compte tenu des circonstances, aurait probablement accepté ces réfugiés juifs si les Sionistes ne l’avait pas spoliée, avec à terme leur plan Dalet organisant un autre transfert, mais cette fois en obligeant les Palestiniens «transférés» à laisser sur place biens et objets de valeurs en plus d’avoir à abandonner sous la menace des armes et de massacres leur terres .

Par cet Accord de Transfert entre Sionistes et Nazis, les Nazis ont directement participé à la colonisation de la Palestine, au nettoyage ethnique des Palestiniens, et aidé financièrement à la construction de l’état Sioniste.

Il est grand temps de démanteler ce régime colonial Sioniste, un vestige du régime Nazi, et que l’Allemagne reconnaisse publiquement sa responsabilité dans les souffrances et spoliations du peuple palestinien et crée un fond de dédommagement comme cela a été fait pour les victimes juives du génocide commis par les Nazis.

 

*Le livre « The Transfert Agreement » d’Edwin Black, vient d’être publié dans sa 25ème édition au Dialog Press. E. Black est également l’auteur d’« IBM et L’Holocauste »