Êtes-vous sans le savoir détraqué par les OGM ?

L’Institute for Responsible Technology et Jeffrey M. Smith, son administrateur, ainsi que d’autres éminents chercheurs, ont diffusé un rapport très détaillé de 12 pages, intitulé Can Genetically-Engineered Foods Explain the Exploding Gluten Sensitivity? [Les OGM sont-ils cause de l’explosion d’allergie au gluten ?], qui donne des informations auxquelles, je pense, devraient se familiariser les lecteurs, d’autant plus que chacun doit manger pour vivre, sans peut-être savoir ce qui se cache dans les aliments et les cultures dont ils sont issus. Selon ce rapport :

D’après mon expérience clinique, en supprimant les aliments génétiquement modifiés dans le cadre du traitement de l’allergie au gluten, la guérison est plus rapide et plus complète. Je pense que les aliments génétiquement modifiés contribuent à aggraver la sensibilité au gluten dans la population US. — Emily Lindner, docteur en médecine, spécialiste des maladies organiques.

 

Comme l’indique le rapport, « le mot gluten désigne une protéine du blé parmi plus de 23 000 distinctes, » mais le blé n’est pas la seule source de gluten. Le rapport présente un tableau (adapté ci-dessous) montrant l’origine du gluten, c’est-à-dire des gliadines et des gluténines pouvant être problématiques pour les gens aux intestins sensibles qui, sans le savoir, peuvent être devenus allergiques du fait d’un goût immodéré et ancien envers le fast food, la nourriture dénaturée, les édulcorants de synthèse, les graisses trans [toutes les margarines, NdT], les additifs alimentaires et les conservateurs, et aussi à cause du fluor dans l’eau potable et des aliments et boissons transformés.

Selon le rapport :

Grâce au génie génétique, les scientifiques peuvent briser la barrière des espèces et créer de nouveaux organismes que la nature ne peut jamais produire. Ce moyen est radicalement différent des pratiques de sélection traditionnelles, comme l’hybridation. Le blé a été hybridé au cours des ans. Certains experts accusent le blé hybridé de l’explosion d’allergie au gluten…

Quelles que soient ces données, dans la réalité, même s’il y a eu des essais dans le passé, il n’existe pas de cultures de blé génétiquement modifié destinées à être moissonnées par les agriculteurs, sauf que des champs de blé et d’autres cultures reçoivent une pulvérisation de glyphosate plusieurs jours avant la récolte, afin de « répartir également [l’aspect] mûr » de la récolte pour la moisson [1]. Voici le Preharvest Staging Guide [Guide de procédure avant moisson] de Monsanto, qui indique les quantités de Roundup® (herbicide au glyphosate) à utiliser. Ce n’est pas pure coïncidence si l’existence de résidus de glyphosate a été établie dans les moissons après récolte, et dans les aliments fabriqués à partir d’elles.

D’après les recherches du docteur ès sciences Anthony Samsel, des résidus de glyphosate ont même été trouvés dans des vaccins.

S’appuyant sur 64 références scientifiques publiées, le rapport de l’Institute for Responsible Technology traite longuement des problèmes suivants :

– Allergènes alimentaires, toxiques environnementaux et OGM

– Perméabilité intestinale

– Le maïs GM crée des petits trous dans les cellules humaines

– Sécrétion de toxine Bt à l’intérieur de l’organisme

– Allergie au maïs Bt et au gluten

– Mauvaise digestion

– La maladie coeliaque endommage la paroi intestinale

– Les OGM peuvent endommager le tractus gastro-intestinal

– Bétail avec ulcères et intestins corrodés

– Soja Roundup Ready et enzymes digestives réduites

– Dysbiose bactérienne intestinale

– Les OGM peuvent compromettre le biote intestinal

– Bactéries intestinales à la ferme

– Réaction immunitaire et allergique / altération immunitaire de l’allergie au gluten

– Exposition directe aux allergènes

– Les OGM en tant qu’allergènes

– La toxine Bt en tant qu’allergène et promoteur de réactions aux autres aliments

– L’ingénierie génétique produit de nouveaux allergènes imprévus ou renforcés

– Dans les OGM, d’anodines protéines peuvent devenir nuisibles

– Appliquer maintenant le principe de précaution : Éviter les OGM

L’Institute for Responsible Technology fournit un autre rapport extrêmement instructif, Reactions from GM-fed Meat & Animal Products [Réactions à la viande et aux sous-produits des animaux nourris d’OGM [2]], que, je l’espère, tout le monde prendra le temps de ‘digérer’, car il peut littéralement devenir un « économiseur de vie ».

Comme Jeff Smith et l’Institute for Responsible Technology font un travail fantastique, éduquer le public sur les OGM, je les soutiens de toutes les façons possibles. En 2011, je me suis portée volontaire et les ai aidés lors de la journée de leur séminaire pédagogique visant à former les gens sur les OGM, qui s’est tenu dans la banlieue de Philadelphie. J’ai aussi tenu leur stand lors de la conférence qui avait lieu en même temps.

L’éducation aux OGM est très importante pour moi, car je comprends la dynamique physiologique (et les dégâts) qu’ils produisent. Ayant été diplômée en sciences de la nutrition et en santé holistique, je suis une professionnelle de la santé holistique à la retraite. Je ne promeus ni les choses toxiques dans les aliments, ni les régimes alimentaires ou leurs ingrédients, ni la nourriture élevée en batterie ou vendue transformée et toute préparée. On ne peut pas empoisonner l’organisme dans le bien-être !

J’espère que les lecteurs s’intéresseront au site Internet de l’Institute for Responsible Technology, et qu’ils tireront bénéfice du savoir dévoilé sur les OGM.

Activist PostCatherine Frompovich

Original : www.activistpost.com/2017/04/gmo-canary-coalmine-dont-recognize.html
Traduction 
Petrus Lombard

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Notes du traducteur

[1] L’usage démentiel consistant à vaporiser du Roundup sur les champs de blé, que l’on sait se pratiquer aux USA et en Grande Bretagne, a sans doute été adopté aussi en France, dans les grandes exploitations.

Ce procédé fane et assèche uniformément le champ de blé, ce qui lui donne l’air d’être à point pour la moisson. Cette folie est très préjudiciable car : le blé n’est pas forcément mûr partout dans le champ ; le Roundup est une dépense supplémentaire absolument inutile ; et enfin, le blé contaminé par le Roundup et le glyphosate, va lentement détraquer ceux qui le mangent.

Par ailleurs, il a été mis en évidence que l’ingestion de glyphosate à dose infime détruit les villosités intestinales, ce qui s’accompagne de symptômes attribués en général à l’allergie au gluten.

Comme l’allergie au gluten a littéralement explosé dans la population ces derniers temps, à peu près depuis l’avènement des herbicides à base de glyphosate, concluez vous-mêmes… Bref, il vaut mieux manger du pain bio.

[2] La viande d’animaux nourris d’OGM rend rapidement malades les personnes sensibles. Ce sont les plus chanceuses, car elles se découvrent obligées de s’alimenter autrement. Les autres s’apercevront peut-être des dégâts quand il sera trop tard…

Par ailleurs, il existe des multinationales qui fournissent toutes sortes de nourritures toute prêtes pour le bétail, la volaille et les animaux de laboratoire. Cette nourriture, si elle est fabriquée hors de France, contient forcément des OGM, puisque ce n’est nullement interdit. On évitera donc la viande dont on ne connaît pas la provenance.

Cela amène le problème des canards qui ingurgitent cette nourriture frelatée, sont élevés dans des conditions de promiscuité intolérables pour eux, puis meurent prématurément, paraît-il, d’une maladie joker, la grippe aviaire.

 

Quant aux résultats, pour le moins illusoires, des expériences faites avec des animaux de laboratoire nourris de granulés contenant des OGM, ils ne font que solidifier le Monde du Faux dans lequel nous vivons.

Près d’un produit transformé sur cinq ne mentionnerait aucune origine sur l’étiquette

Depuis le 1er janvier, les industriels de l'agroalimentaire doivent obligatoirement indiquer l'origine du lait et de la viande qu'ils utilisent dans leurs produits transformés vendus en France. 
Selon L'UFC-Que choisir l'association qui a passé au crible 40 produits frais transformés, près d'un produit sur cinq ne mentionnerait aucune origine sur l'étiquette

 


- crème fraîche épaisse Bridélice,
- le croque-monsieur jambon-fromage Herta, l
- les yaourts nature Monoprix,...
- le beurre doux gastronomique Président.
- Daunat,
- Maître Coq
- Weight Watchers

L’hôpital psy lyonnais du Vinatier vent debout contre la réforme

Les professionnels de la pédopsychiatrie de l'hôpital du Vinatier, dans la région lyonnaise, refusent de sacrifier la proximité des soins au nom de l'efficacité budgétaire. Une mobilisation sans précédent agite le premier hôpital psychiatrique de France, en grève lundi 3 avril.

Si l’hôpital public est malade, la psychiatrie semble encore plus mal en point. Le Vinatier, premier hôpital psychiatrique de France, installé en banlieue lyonnaise à Bron, est en l’occurrence un thermomètre parfait du malaise. Le personnel s’est mis en grève lundi 3 avril pour protester contre la dégradation des conditions de prise en charge des patients. Une mobilisation sans précédent, puisqu’elle réunit bien au-delà des cercles syndicaux traditionnels et jusqu’aux médecins, qui se sont fendus en février dernier d’un appel signé par 166 professionnels, soit la quasi-totalité des médecins et psychiatres de l’hôpital, dont la présidente de la communauté médicale d’établissement, ainsi que la plupart des chefs de service. « Nous exprimons notre très grande inquiétude sur l’avenir des missions de la psychiatrie publique, nos craintes à pouvoir maintenir des soins de qualité et de proximité dans les dispositifs de secteur et à prendre en charge les populations les plus démunies. (…) Où se situe donc le curseur du tolérable ? Est-il possible d’aller plus loin dans cette voie au point de finir exsangue ? », Interrogent les médecins du Vinatier. 

Déjà confrontés à une grave crise liée à l’arrivée d’un nouveau directeur en 2010 , les soignants se fédèrent cette fois-ci autour du sort de la pédopsychiatrie, principale victime du nouveau plan de rigueur exigé par l’agence régionale de santé (ARS). L’hôpital du Vinatier doit économiser 3,5 millions d’euros supplémentaires pour 2017, et la ponction budgétaire devrait se poursuivre en 2018 et 2019. Afin de mettre ses comptes au clair, et parce que la masse salariale représente la principale charge d’un hôpital, l’établissement doit « rendre » 80 postes.  

Après avoir réorganisé, non sans douleur, la psychiatrie adulte, la direction a donc décidé de restructurer la psychiatrie pour enfants et adolescents de Lyon et ses alentours, en fermant plusieurs unités de soins, services de jour, centre d’activités thérapeutiques à temps partiel (CATTP) et centres médico-psychologiques, principaux outils du maillage territorial d’une psychiatrie pour mineurs, qui se pratique majoritairement hors les murs.  L’objectif ? « Privilégier pour un certain nombre de raisons la constitution de gros centres ambulatoires,  dans lesquels toutes les lignes de soins sont disponibles, à l'organisation actuelle faite de petites structures », explique Hubert Meunier, directeur de l’hôpital. « Si dans les années 70, on a décidé de fermer des lits, c’était pour apporter le soin dans la cité, au plus près des patients. C’est ce que l’on appelle la psychiatrie de secteur, rappelle cependant Georges Di Giusto, secrétaire de la section CFDT du Vinatier. Aujourd’hui, on nous dit qu’on va faire l’inverse en créant des superstructures au nom de l’efficacité. Mais plus les familles seront loin, moins les enfants seront soignés. À moyen et long terme, ça va coûter encore plus cher à tout le monde. » À l'instar de la « discrimination territoriale » avancée dénoncée par d'autres professionnels, en d'autres lieux

Chantal Petavy est assistante sociale depuis plus de trente ans dans un service de pédopsychiatrie qui couvre le 3e, le 6e et le 8e arrondissement de Lyon, amené à se réorganiser (la fermeture d’une unité institutionnelle dite « Matin/soir » a d’ores et déjà été actée). Elle était en grève lundi après-midi. « De ma place, je sais à quel point la réalité sociale et le psychopathologique sont impactés l’un par l’autre. Depuis les années 2000, toute une législation a été mise en place pour qu’un enfant suivi en psychiatrie ne soit ni déscolarisé ni coupé du monde, et c’est pour cette raison qu’on travaille au maximum en proximité avec les écoles, la protection de l’enfance, les associations, les PMI, les crèches… Tout cela est remis en cause par cette nouvelle organisation décidée par l’ARS et notre directeur, pour le moins très zélé. » 

Même inquiétude chez ce pédopsychiatre, également mobilisé lundi et membre du collectif de défense de la pédopsychiatrie du Vinatier, qui souhaite rester anonyme. « Ce sont les patients les plus fragiles qui vont trinquer. S'il faut faire 45 minutes ou 1 heure de transport par semaine pour que son gamin voie un psychiatre, beaucoup de familles vont décrocher. » Pour ce médecin, la réorganisation prévue est le symptôme d’un abandon de « ce qui faisait l’hôpital public »« La baisse des moyens est continue alors même que les besoins en pédopsychiatrie ne font que s’accroître et que les listes d’attente grossissent de manière exponentielle. Regrouper des CMP, ne nous leurrons pas, c’est pour supprimer des postes de secrétaires, d’infirmières, de médecins… » Chantal Petavy estime aussi que « cela fait des années qu’on supprime déjà des postes », amenuisant à chaque fois la qualité du soin. « Il y a vingt ans, une famille attendait au maximum un mois pour avoir un rendez-vous, pas plus. Aujourd’hui, on ne propose même plus de psychothérapie individuelle, faute de personnel... Ceux qui le peuvent vont se faire soigner dans le libéral. Mais il y a toute une partie de la population qui n’a pas les moyens de composer sans un vrai service public de la psychiatrie ! »

Alors que les médecins comme les soignants soulignent l’absence de concertation préalable ainsi qu’un calendrier « intenable » (selon un tract de la CFDT, tout devrait être réglé avant le départ du directeur du Vinatier, en juin 2017), ces critiques sont balayées par le principal intéressé, Hubert Meunier. « Cette orientation est portée par l'ensemble des pôles, en psychiatrie adulte et en pédopsychiatrie, et non, comme cela est parfois présenté, comme le projet de la seule direction, insiste le patron du Vinatier. Elle vise à assurer une meilleure continuité du service, qui peut se traduire effectivement, pour certains patients, par un éloignement géographique. Cet éloignement est relatif dans la mesure où le Vinatier couvre un petit territoire géographique très urbain (Lyon et quelques communes limitrophes), très bien desservi par les transports urbains. » 

Pour rassurer les équipes, la direction évoque aussi des « équipes mobiles pour les patients qui seraient véritablement dans l'impossibilité de se déplacer ». À la suite d’une première grève le 7 mars, qui a mobilisé un agent sur quatre en pédopsychiatrie, les mots étaient toutefois plus crus : « Les gens font des kilomètres pour aller chez Ikea, ils peuvent bien le faire pour faire soigner leurs enfants… », a ainsi déclaré Hubert Meunier aux syndicats, venus présenter les doléances du personnel.  

Encore une fois, le style très offensif du directeur de cet énorme établissement de santé mentale complique les relations sociales. Ainsi, dans une adresse au conseil de surveillance du Vinatier, Hubert Meunier justifie sa réforme en mettant en cause l’efficacité des équipes, et certains professionnels nominalement, ce qui a provoqué un tollé : « Les organisations syndicales et une partie de la communauté médicale s’émeuvent aujourd’hui des intentions de fermeture de certains CMP, considérées comme des projets de casse du service public. Mais les mêmes personnes refusent de regarder ce qu’il en est aujourd’hui dudit service public. Peut-on sérieusement affirmer qu’il est bien rendu dans ces petites structures dont l’activité, très faible alors que les délais de prise en charge des patients sont inacceptables, plonge au premier arrêt de travail ? Qui a dit au maire et aux habitants de Caluire que le médecin du CMP est en arrêt de travail depuis quatre mois ? » 

Le collectif en défense de la pédopsychiatrie du Vinatier n’a pas manqué de dénoncer une fausse « guerre des chiffres », déplorant au passage que le directeur n'ait aucun autre moyen d'accès à la connaissance de l'activité de soin en psychiatrie que par « le maniement de statistiques, comme chaque professionnel qui a tenté de discuter avec lui en a fait l'amère découverte ». Le psychiatre, interrogé plus haut, se fait également l’écho de la « grande colère » qui anime les équipes visées. « Meunier se plaint qu’on ne fasse pas assez d’actes, mais pour ma part, 50 % de mon activité se déroule sans le patient ! Je dois rencontrer les élus locaux, les autres acteurs institutionnels, animer le conseil en santé mentale, faire de la prévention. Tout ça n’est pas comptabilisé et c’est un vrai mépris de notre travail de terrain. »

Les 143 grévistes du 3 avril (selon les chiffres de la direction et hors réquisition de personnel) comptent sur la mobilisation de la communauté médicale d’établissement, pensée par la loi de 2009 comme un contre-pouvoir de l’administratif hospitalier, qui devait se réunir ce lundi. En avril 2015, face à une crise aiguë aux urgences, plusieurs médecins avaient, dans un geste inédit, démissionné de leur siège, afin de marquer leur désaccord. Le 12 avril, un nouveau conseil de surveillance du Vinatier devrait également avoir lieu, et Hubert Meunier pourrait à nouveau y solliciter un vote de confiance sur son projet.

 

De son côté, l’ARS n’a pas, pour le moment, réagi à la mobilisation. Elle applique de fait les directives ministérielles, qui insistent sur les réorganisations managériales pour combler les trous. « Bien sûr que nous pouvons réfléchir à une autre manière d'exercer la psychiatrie aujourd'hui, mais de là à jeter à la poubelle une clinique et une politique partenariale que nous avons mis tant d'années à monter, déplore l'assistante sociale Chantal Petavy. Nous n'avons même plus le temps de réfléchir, la pensée opératoire a tout envahi. Et ce n'est pas fini... » Pour 2017, l’Ondam (l’objectif national des dépenses d'assurance-maladie) est passé à 2,1%, soit environ 190 milliards d’euros, ce qui reste insuffisant pour couvrir les dépenses de l’hôpital public, à qui l’on demande de faire encore plus d’économies cette année (845 millions d’euros). En réduisant, partout où cela est possible, des postes.

Comment des laboratoires pharmaceutiques rémunèrent des médecins pour des études scientifiquement contestées

Chaque année, les grands laboratoires pharmaceutiques dépensent des millions d’euros en « études observationnelles ». Le principe ? Rémunérer des médecins pour qu’ils transmettent à ces mêmes labos des données concernant les effets des médicaments prescrits sur leurs patients. Problème : entre des objectifs scientifiques et sanitaires louables, et des pratiques commerciales visant à assurer la prescription de leurs produits par les médecins concernés, la frontière est parfois floue. Et les intérêts économiques en jeu colossaux. La pratique est très répandue en Allemagne, mais aussi en France. La transparence, beaucoup moins. Les patients et la Sécurité sociale, qui finance les prescriptions, s’y retrouvent-ils ? Basta ! a mené l’enquête.

La plupart du temps, c’est par un courriel que les médecins sont contactés. Un laboratoire pharmaceutique leur propose de participer à une étude sur un médicament bien précis, en prescrivant, le plus souvent, ce dernier. Puis d’observer les éventuels effets du produit, en remplissant un questionnaire que récoltera et analysera, plus tard, le laboratoire. En contrepartie, le médecin reçoit de l’argent : d’une dizaine d’euros à plusieurs milliers pour chaque patient inclus dans l’étude.

Des études scientifiques qui visent à récolter des données et améliorer les traitements ? Officiellement, oui. Dans la pratique, les choses sont moins évidentes. « Ces études dites “observationnelles” sont lancées avec le prétexte de faire de la recherche, mais très souvent, elles ne donnent lieu à aucune publication revue par les pairs », pointe Anne Chailleu, de l’association Formindep, une association pour une formation et une information médicales indépendantes « de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes ». A quoi servent ces études, pour lesquelles les grands laboratoires pharmaceutiques dépensent des millions d’euros ?

Entre 400 et 1 200 euros par patient

En février, le Formindep a reçu le témoignage d’un hépatologue (spécialiste des maladies du foie) qui affirme avoir été contacté par deux laboratoires lui proposant des études observationnelles sur le traitement contre l’hépatite C. En échange de la prescription de leurs médicaments et du remplissage d’un cahier d’observation des patients, ce médecin aurait pu recevoir, en fonction du laboratoire, entre 400 et 1 200 euros par patient inclus dans l’étude, avec une limite de dix patients. De quoi lui assurer un sympathique complément de revenus.

En Allemagne, le site d’information Correctiv a révélé en mars dernier les montants faramineux des honoraires versés par les laboratoires pharmaceutiques aux médecins du pays, pour des études d’observation de médicaments déjà sur le marché. Certains depuis des dizaines d’années [1]. La firme pharmaceutique française Servier, mise à l’index pour le scandale du Mediator, a ainsi distribué des millions d’euros aux médecins allemands [2]. Pour son médicament pour le cœur, le Procoralan, en vente outre-Rhin depuis 2006, Servier a conduit une étude sur 13 250 patients allemands, et versé pour cela 190 euros par patient observé, soit au total plus de 2,5 millions d’euros. Ce médicament provoquerait pourtant d’importants effets secondaires, comme des troubles cardiovasculaires parfois mortels [3].

De même pour Sanofi. Le plus grand laboratoire pharmaceutique français a réalisé en Allemagne des études observationnelles pour onze produits différents sur la période 2009-2014 [4]. L’une d’entre elle concernait un produit destiné aux diabétiques, le Lantus, en vente depuis déjà quinze ans. Pour en « étudier » les effets, Sanofi a versé aux médecins jusqu’à 200 euros par patient pour 22 580 patients observés, soit 3,5 millions d’euros au total.

Un caractère scientifique contesté

En 2014, plus de 12 000 médecins conventionnés allemands ont participé à ce type d’étude, soit un médecin conventionné sur dix. Ce sont au total plus de 100 millions d’euros que les firmes pharmaceutiques distribuent en moyenne chaque année aux médecins allemands pour ces études observationnelles.

Pour quel apport scientifique ? Les 50 médicaments les plus concernés par ces études sont en majorité des préparations analogues à des médicaments qui existent déjà. Et beaucoup sont des produits dont l’efficacité a été jugée médiocre par les autorités sanitaires allemandes, pointent les journalistes de Correktiv. La filiale allemande du laboratoire suisse Roche a déboursé plus de 34 millions d’euros pour étudier les effets sur plus de 17 000 patients d’un médicament de traitement de l’hépatite C (Pegasys) classé par les autorités sanitaires allemandes comme un médicament analogue à un produit déjà existant présentant une différence marginale ou inexistante [5]. Des médecins et chercheurs interrogés par les journalistes allemands ont jugé que ces études observationnelles sont souvent infondées du point de vue scientifique.

En France, peu de transparence

Qu’en est-il en France ? Contrairement à l’Allemagne, il est pour l’instant impossible d’avoir une vue d’ensemble sur ces pratiques. Les données disponibles sont très parcellaires. Plus d’un millier d’études observationnelles menées entre 2012 et 2015 sont recensées dans la base « Transparence santé », mise en place par le ministère de la Santé en 2014 pour informer sur les liens d’intérêt entres les industriels du secteur pharmaceutique et les professionnels. On y trouve notamment des dizaines d’études menées par les laboratoires Teva (Israël) et Lundbeck (Danemark). Mais la base de données Transparence santé ne donne d’information ni sur les médicaments concernés, ni sur le montant des honoraires, pas plus que sur le nombre de patients observés. Un manque auquel la future loi santé pourrait remédier.

Interrogés par Basta !, les laboratoires ne se montrent en général pas prompts à s’exprimer sur le sujet. Le service de presse du groupe Sanofi en France nous renvoie ainsi vers Sanofi Allemagne, qui est l’une de ses filiales, détenue à hauteur de 100 % du capital. À la question « A quoi sert une étude observationnelle pour un produit en vente et prescrit depuis 25 ans ? », le service de presse de Sanofi Allemagne n’a apporté aucune réponse.

Seuls les laboratoires Teva, Abbvie (États-Unis) et Ipsen ont accepté de répondre à nos questions. Teva a mené des études observationnelles sur environ 8 500 patients entre 2012 et 2015. Pour quels médicaments ? Des pilules contraceptives (Leeloo et Zoelly), des traitements contre la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques, et du cancer [6]. Le porte-parole du laboratoire assure que ces études « font l’objet d’un rapport d’étude clinique. Ces derniers peuvent être publiés sous forme de poster ou de présentation orale au cours de congrès scientifiques nationaux ou internationaux », et de publications scientifiques.

« Améliorer la vie des patients »

De son côté, le laboratoire Abbvie répond point par point à nos questions. L’entreprise pharmaceutique mène actuellement quatre études observationnelles en France. Dont une sur son médicament contre l’hépatite C, le Viekirax, proposée à l’hépatologue cité en début d’article. Son objectif, nous décrit son directeur de la communication, est de « mesurer l’efficacité et la sûreté du médicament en « vie réelle », d’améliorer la vie des patients ». Fatigue, productivité au travail, tolérance et efficacité du traitement : plusieurs critères sont évalués pour servir ensuite, si nécessaire, à améliorer le traitement ou sa posologie. Tout cela, en plus de la pharmacovigilance exercée par les médecins qui obligent ces derniers à faire remonter les effets indésirables constatés sur leurs patients lors de la prise d’un traitement. L’étude observationnelle serait en quelque sorte une stratégie pro-active du laboratoire pour améliorer son médicament.

Mais en payant des médecins jusqu’à 1 200 euros par patient inclus dans l’étude, l’objectif n’est-il pas aussi de convaincre ces médecins de prescrire ce médicament, plutôt que celui de leur concurrent ? La somme d’argent versée ne viserait qu’à les faire participer activement aux études, affirme Abbvie. Elle se justifierait par le travail qui leur est demandé : assurer jusqu’à quatre visites médicales du patient, et remplir un questionnaire pour récolter les données. Que nous n’avons pas pu consulter.

« Ces études servent à garder un lien avec les médecins »

La rémunération des médecins est un véritable enjeu pour les laboratoires. Certains des praticiens qui participent à des études jugeraient même la somme trop faible pour prendre le temps de remplir les questionnaires. C’est ce que révèlent d’anciens employés du laboratoire pharmaceutique français Ipsen. Ces attachés de recherche clinique ont travaillé pendant plusieurs années sur une étude observationnelle sur le Nutropin, une hormone de croissance commercialisée par le laboratoire. Leur rôle : vérifier les données saisies par les médecins qui reçoivent pour ce travail une rémunération maximum de 150 euros par patient et par an. Mais de nombreux médecins n’auraient pas souhaité remplir les données exigées par le laboratoire.

« Normalement, pour ce genre d’études, il y a un double contrôle, explique Luc, ancien employé d’Ipsen. Le protocole demandait au médecin de remplir les données, et le personnel du laboratoire devait ensuite vérifier que cela était bien fait [7]. Là, les cahiers d’observation étaient souvent vides. C’était donc à nous, personnel du laboratoire, de rentrer ces données à partir des dossiers médicaux des patients. Alors même que nous n’avons pas obligatoirement de formation médicale et que nous pouvons passer à côté de quelque chose d’important. » Sans double contrôle, les données ne seraient pas fiables et certains événements indésirables pourraient être remontés tardivement au laboratoire, affirment les anciens employés. L’hormone de croissance est un traitement placé sous haute-surveillance des autorités, car ses effets indésirables seraient potentiellement graves [8].

Faire connaitre le traitement ?

« L’objectif principal de ces études est la surveillance pharmacovigilance, en récoltant des données des événements indésirables liés ou pas au produit, pour améliorer les traitements et leur sécurité d’utilisation, précise Léa, également ancienne attachée de recherche clinique au sein du laboratoire. La plupart du temps, elles servent simplement à garder un lien avec les médecins, pour qu’ils prescrivent un médicament précis. » Plusieurs concurrents de cette hormone de croissance existent alors sur le marché. Le Nutropin est un nouveau produit commercialisé par le laboratoire qu’il faut réussir à faire connaître, estime l’ancienne employée. Son coût : environ 310 euros pour une injection toutes les semaines, souvent pendant plusieurs années.

D’après nos sources, la hiérarchie et les différents services du laboratoire – qualité, marketing, médical – sont informés du remplissage des cahiers d’observation par les attachés de recherche clinique, à la place des médecins. Avant le début de l’étude, l’un d’entre eux justifie cette pratique « comme un élément essentiel dans le choix de prescription d’une [hormone de croissance] pour la plupart des services », ajoutant que « ce type de support est proposé par la concurrence. Ne pas assister les médecins qui le souhaiteraient nous serait préjudiciable ». Alors que d’autres services sonnent l’alerte sur les dangers de cette absence de contrôle des données, le service marketing insiste sur l’impératif commercial.

« Le travail d’observation n’a aucun impact sur la santé du patient »

Le laboratoire Ipsen nous assure au contraire avoir « toujours eu pour principe le respect du cadre légal et réglementaire des relations avec les professionnels de santé et s’est toujours engagé à un comportement éthique dans ce domaine »« L’étude dont vous parlez n’est pas une étude clinique, mais une étude observationnelle. Il s’agit donc de saisie informatique pour collecter des données, donc les bonnes pratiques cliniques ne s’appliquent pas, assurent Didier Véron, le directeur de la communication, et Olivier Gattolliat, le directeur médical des opérations France. Il n’est absolument pas obligatoire d’avoir une saisie puis une vérification de cette saisie. On peut avoir une saisie unique du médecin ou d’une personne à qui le médecin a délégué cette responsabilité. Ce dernier garde l’entière responsabilité, quelle que soit la personne qui saisit ces informations. »

Mais le protocole de l’étude sur le Nutropin prévoit bien que ce sont les médecins qui remplissent ces données, et non une personne employée par le laboratoire qui finance l’étude. « Nous avons été informés de ce problème, et nous avons réalisé un audit interne pour voir ce qu’il s’est passé. Suite à cet audit, des décisions ont été prises, en toute transparence avec les autorités de santé. Nous nous sommes assurés de la bonne conformité des procédures de travail, et les mettons à jour régulièrement. Dans le cadre de cette étude observationnelle, le travail d’observation n’a aucun impact sur la santé du patient. » Le laboratoire précise aussi être en contentieux sur les conditions économiques de départ avec ces salariés, et ne pas partager leur analyse.

Qu’en pense l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), contactée par ces anciens employés à partir de 2014 ? L’ANSM a été informée « que le laboratoire Ipsen aurait en effet conduit un audit sur ces études, procédé au remonitorage complet [vérification de la cohérence entre les données source existantes dans le dossier patient, avec les données reportées dans le cahier d’observation afin de s’assurer de l’exactitude des données collectées dans le cadre de l’essai] de celles-ci et à la déclaration des cas de pharmacovigilance pertinents. Il est à noter que ces cas déclarés avec délai ne modifient pas le profil de sécurité des spécialités concernées ». L’ANSM n’a pas vérifié les déclarations du laboratoire, puisqu’elle a estimé que « les faits rapportés par le délateur et la nature des études citées ne motivaient pas le déclenchement d’une inspection de l’ANSM à court terme ». Les méthodes qui auraient été employées par le laboratoire ne poseraient pas de souci dans ce genre d’études, assure l’agence nationale [9].

Que fait l’Ordre des médecins ?

Comment vérifier le véritable objectif de ces études observationnelles ? Une partie de cette mission est déléguée au Conseil national de l’Ordre des médecins. Ce dernier reçoit une copie de tous les contrats et doit vérifier qu’elles ne constituent pas des cadeaux indus, et donc que la rémunération est proportionnée au travail demandé [10].

Un aperçu de ces données est disponible dans un rapport de la Cour des comptes de mars 2016 sur la prévention des conflits d’intérêts en matière d’expertise sanitaire. 17 009 conventions d’honoraires ont été transmises au Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom), en 2014, pour un montant global de 78,9 millions d’euros. Ces conventions sont d’abord étudiées par les conseils départementaux de l’Ordre des médecins, avant d’être transmises, parfois, pour avis, au Conseil national. Sur les conventions qui lui ont été transmises, le Cnom aurait donné un avis défavorable dans 41 % des cas en 2014, et 71 % des cas en 2015.

Dans son rapport, la Cour des comptes pointe que ces refus sont justifiés, entre autres, par « le caractère jugé excessif du montant des honoraires par rapport à la charge de travail demandée au médecin ». Quelle est la proportion d’études observationnelles parmi ces conventions d’honoraires ? Quelle est la nature de ces conventions, leurs montants et les laboratoires qui initient les études ? Le Conseil de l’Ordre des médecins n’a pas répondu à nos sollicitations.

Des études exigées par les autorités

Les études observationnelles ne sont pas toutes lancées à l’initiative des laboratoires. Elles sont parfois exigées par les autorités sanitaires, qui estiment qu’il y a des lacunes dans les dossiers d’Autorisation de mise sur le marché. « Au lieu de demander de nouvelles études, avant la mise sur le marché, les agences du médicament approuvent sans attendre, et reportent après la commercialisation une partie de la preuve d’efficacité ou d’innocuité du produit », explique Anne Chailleu, du Formindep.

Le Comité économique des produits de santé (CEPS), qui fixe le prix des médicaments en France, peut aussi demander une étude pour justifier un prix [11]. « Le laboratoire est alors doublement gagnant : il obtient une autorisation au rabais – moins exigeante, moins coûteuse, plus tôt, avec un meilleur prix – et a de surcroît la possibilité de prendre contact et de rémunérer les premiers prescripteurs, avec la bénédiction des autorités ! »

Des prescriptions qui rapportent gros

Faute de transparence, difficile d’identifier l’utilité réelle de ces pratiques et d’éventuels abus des laboratoires. Une partie des études peuvent servir à améliorer un traitement ou à déterminer si un médicament doit toujours être remboursé par la Sécurité sociale, malgré les soupçons d’incitation à prescrire le produit pour lequel les médecins seront rémunérés plutôt qu’un autre. Pour des médicaments, qui, on le voit en Allemagne, ne sont pas toujours classés comme forcément plus efficaces que des produits déjà existants. Mais qui rapportent gros aux laboratoires concernés !

Pourquoi Novartis a-t-il dépensé près de 25 millions d’euros auprès des médecins allemands, entre 2009 et 2014, sur des études intégrant 35 000 patients et portant sur le Lucentis, un traitement contre la dégénérescence maculaire, une maladie de l’oeil [12] ? Peut-être parce que ce médicament qui coûte plus de 740 euros par mois, avec une durée de prescription de plusieurs mois, permet d’engranger d’importants bénéfices. 35 000 patients qui achètent au moins une fois du Lucentis rapporteront 25,9 millions d’euros à Novartis, qui entrent ainsi dans ses frais pour l’ensemble de l’étude.

En Allemagne, en 2014, le Lucentis a été prescrit plus de 111 000 fois, pour un coût global pour les assurances maladies de plus de 130 millions d’euros [13]. En France, le Lucentis représente une dépense de 318 millions d’euros et se place en 4ème place des remboursements de la sécurité sociale en 2014. Sur un autre médicament, l’Entresto, Novartis ne s’en cache pas : sa nouvelle étude observationnelle doit lui servir à booster ses ventes.

Un retour sur investissement financé par la Sécurité sociale ?

Autre exemple : quel est l’intérêt pour un laboratoire de proposer à un hépatologue entre 400 et 1 200 euros pour chaque patient inclus dans des études observationnelles sur le traitement de l’hépatite C ? Ces traitements coûtent jusqu’à 39 000 euros par patient, une somme prise en charge à 100% par la Sécurité sociale française [14]. De façon générale, ces études pourraient servir à habituer les médecins à prescrire ces médicaments plutôt que d’autres, et aider ainsi à assurer une partie des bénéfices des laboratoires. Ni Novartis, à propos de ses études sur le Lucentis, ni le laboratoire Gilead, qui produit des médicaments contre l’hépatite C, n’ont répondu à nos questions.

A première vue, en pratiquant ces études observationnelles, les laboratoires pharmaceutiques dépensent des millions d’euros. Mais le retour sur investissement est lui-aussi bien réel ! Le coût des études est-il répercuté sur le prix des médicaments, remboursés par la Sécurité sociale ? Quoi qu’il en soit, c’est au final l’assurance maladie qui assure les bénéfices des laboratoires. Alors même que les patients ont fortement été mis à contribution pour en résorber le fameux « trou », notamment à travers une diminution des remboursements de certains médicaments, touchant souvent les malades les plus précaires.

Quels risques sanitaires ?

L’enjeu de ces pratiques est enfin sanitaire. Les études proposées par les laboratoires peuvent servir à prolonger les prescriptions de médicaments dont l’efficacité est parfois faible, si ce n’est nulle. Quand le médicament n’est pas tout simplement dangereux. C’est ce qu’ont montré des scientifiques étasuniens dans un article publié en 2008, à propos du laboratoire Merck et de son médicament le Vioxx, un anti-inflammatoire utilisé contre l’arthrite. Officiellement, l’étude visait à mesurer la sûreté gastro-intestinale de ce médicament par rapport à son concurrent, le Naproxen. Dans la pratique, des documents révélés lors d’un procès, et analysés par les scientifiques, montraient comment l’étude était avant tout un outil de « marketing présenté comme de la science ».

Au début des années 2000, sous l’effet des nombreuses techniques de marketing, les ventes de Vioxx ont explosé : elles rapportent plus de deux milliards de dollars, chaque année, à Merck. Mais en 2004, un scandale sanitaire explose. Il apparaît que la prise du Vioxx augmente les risques d’infarctus du myocarde. Rien qu’aux États-Unis, plus de 30 000 personnes sont décédées, après la prise du médicament, sur 20 millions d’utilisateurs. « Le laboratoire a versé 4,85 milliards de dollars d’indemnisation sans reconnaître aucune faute, alors qu’il était au courant dès le début des effets secondaires du médicament », s’insurgent l’euro-député Michèle Rivasi, le pharmacien Serge Rader, et la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy dans l’ouvrage Le racket des laboratoires pharmaceutiques, et comment en sortir [15]. Pourtant, les autorités sanitaires étasuniennes n’ont pas été en mesure de prévenir ce scandale.

L’étude observationnelle lancée par Merck au début de la commercialisation du Vioxx, en 1999, a donc permis de développer la prescription d’un médicament présentant des risques vitaux pour les patients. « Les objectifs premiers de ces essais destinés à vendre (« seeding trials ») sont dissimulés au public, à la profession médicale et aux membres des instances institutionnelles de contrôle, écrivent les chercheurs dans leur article, ce qui les empêche de prendre une décision pleinement informée sur la balance des bénéfices et des risques pour eux et pour la société. » À l’image de l’Allemagne, les autorités sanitaires françaises se décideront-elles enfin à imposer la transparence et une régulation efficace de ces études observationnelles ?

Rachel Knaebel et Simon Gouin

Photo : CC Jamie

Appel à témoignages :

Sans données d’envergure, documents internes ou témoignages d’employés, il est difficile d’identifier ces études observationnelles ayant un but marketing et de comprendre leur fonctionnement. C’est pourquoi nous lançons un appel à témoignages auprès des médecins, des professionnels de santé et des employés de laboratoires. Si vous avez été confrontés à ces études observationnelles, écrivez-nous à cette adresse. Nous garantissons votre anonymat.

Notes

[1] Les journalistes de Correctiv ont obtenu ces données, qui concernent la période 2009-2014, de la caisse d’assurance maladie allemande qui gère les rémunérations des médecins conventionnés (Kassenärztliche Vereinigung). Font partie de ces données les informations sur les médicaments étudiés, leur date de mise en vente, le nombre de patients observés et le montant des honoraires versés aux médecins par patient. Voir ici.

[2] Voir ici les données concernant Servier.

[3Ivabradine : précautions renforcées chez les coronariens en raison des risques cardiaques. Revue Prescrire, Juin 2015.

[4] Voir les données ici.

[5] Voir ici. Voir les données pour Roche, ici.

[6] Copaxone, Azilect, Myocet, Tevagrastim, Eoporatio

[7] Le médecin a la responsabilité de remplir ces données. Il peut cependant le déléguer à un co-investigateur de son hôpital (un autre médecin, une infirmière, un attaché de recherche clinique hospitalière). Mais ce travail ne doit pas être assuré par le laboratoire lui-même.

[8] Lire le document de l’ANSM.

[9] L’Agence européenne du médicament évalue actuellement l’étude observationnelle européenne sur le Nutropin, à laquelle fait partie l’étude du laboratoire Ipsen.

[10] Les études observationnelles doivent aussi être déclarées au Comité consultatif sur le traitement de l’information en matière de recherche dans le domaine de la santé (CCTIRS) et à la Commission nationale informatique et liberté (Cnil, en charge de la protection des données personnelles). Mais elles ne font pas l’objet d’une déclaration à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), « puisqu’elles ne sont pas interventionnelles », c’est-à-dire qu’elles n’impliquent pas d’expériences, nous répond le service de presse de l’ANSM.

[11] Comme cette étude, par exemple.

[12] Voir les données ici.

[13] Source : Arzneiverordnungs-Report 2015 : Aktuelle Zahlen, Kosten, Trends und Kommentare, p 176..

[14] En 2014, le Sovaldi, commercialisé par le laboratoire Gilead, a coûté 650 millions d’euros à l’assurance maladie. Son prix, qui varie très fortement d’un pays à un autre, fait l’objet de fortes controverses. Lire ici et .

[15] Michèle Rivasi, Serge Rader, Marie-Odile Bertella-Geffroy, Le racket des laboratoires pharmaceutiques, et comment en sortir,
Éditions Les petits matins, 2015.

source: http://www.bastamag.net/Comment-des-laboratoires-pharmaceutiques-remunerent-des-medecins-pour-des

 

 

Un médicament pourrait-il bientôt inverser les effets du vieillissement ? Des chercheurs sont sur la bonne voie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une équipe de chercheurs annonce avoir identifié un mécanisme cellulaire qui leur permet d’inverser les effets du vieillissement chez la souris. Ils espèrent bientôt mettre au point un médicament qui pourrait inverser les effets de l’âge en traitant des dommages causés à l’ADN.

La fontaine de jouvence est un symbole d’immortalité ou de perpétuel rajeunissement. Aux origines, quiconque boit de cette eau ou s’y baigne est guéri de ses maladies, rajeunit ou ne vieillit plus. La fontaine fascine depuis les temps anciens et reflète aujourd’hui notre peur de vieillir. C’est pourquoi des chercheurs s’attellent à trouver le remède miracle. Une équipe de l’université de Nouvelle-Galles-du-Sud (UNSW), en Australie, vient d’ailleurs de faire un premier pas vers un médicament qui pourrait inverser les effets de l’âge en traitant des dommages causés à l’ADN.

Bien que nos cellules aient une capacité innée à réparer les dommages de l’ADN, leurs capacités s’estompent à mesure que nous prenons de l’âge. C’est pourquoi nous vieillissons. Mais pourrait-on freiner, voire inverser ces effets sur nos cellules ? Dans la revue Science, l’équipe menée par le professeur David Sinclair annonce non seulement avoir identifié une étape du processus permettant aux cellules de réparer leur ADN endommagé chez la souris, mais aussi, et surtout avoir réussi à mettre au point un médicament améliorant la capacité des cellules de souris âgées à réparer leur ADN. Ils seraient d’ailleurs même prêts à commencer les premiers tests cliniques dans les six mois à venir.

« Les cellules des vieilles souris étaient impossibles à distinguer de celles des jeunes souris après seulement une semaine de traitement », explique le professeur Sinclair, sur le site de l’Université. « Nous pensons qu’un médicament anti-âge sûr et efficace pourrait même être mis sur le marché d’ici trois à cinq ans si les essais cliniques se passent bien ».

Outre le fait de lutter contre les effets de l’âge, ce traitement pourrait aussi permettre aux astronautes d’atteindre Mars sans dommages irréversibles à leurs organismes (on estime environ à 5 % la perte cellulaire durant le voyage avec un risque de développer un cancer proche de 100 %). En effet, les radiations auxquelles ils seront exposés provoquent un effet de vieillissement accéléré des cellules. C’est pourquoi les chercheurs collaborent d’ores et déjà avec la NASA. Gardons tout de même à l’esprit que beaucoup de résultats positifs observés chez les souris ne le sont pas forcément chez l’homme.

Brice Louvet

Source: http://sciencepost.fr/2017/03/medicament-pourrait-bientot-inverser-effets-vieillissement/

 

 

 

Philippe Legrand : « les végétaliens doivent leur survie à la chimie »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans supplémentation et savants calculs, le végétalisme conduit à la mort. Manger de tout en quantité raisonnable est l’option qui présente le moins de risques pour bien grandir d’abord, et bien vieillir ensuite.

S’opposant au fait que l’on puisse exploiter et tuer des animaux, plusieurs associations « vegan » ont manifesté au Salon de l’agriculture. De nouvelles attaques qui ont amené l’ensemble des syndicats agricoles (JA, Coordination rurale, FNSEA et Confédération paysanne) à faire front commun pour afficher leur ras-le-bol de cette « culpabilisation des consommateurs » et « stigmatisation des éleveurs. »

Attaques qui finissent par accroître le doute dans l’esprit des consommateurs, de moins en moins enclins à manger de la viande. Et à mettre mal à l’aise l’ensemble des filières de productions animales. Invité à l’occasion des 70 ans de l’entreprise Michel, Philippe Legrand, directeur du laboratoire de biochimie – nutrition humaine de l’Agro Campus Rennes et de l’unité Inra associée, a apporté un regard purement scientifique dans ce débat virulent. Sans même parler du plaisir lié à une alimentation diversifiée incluant des produits animaux.

Règle principale : l’homme est omnivore. « Les végétaliens, qui excluent de leur alimentation tous les produits animaux, se mettent en danger. Pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées, c’est une prise de risque insensée », déclare Philippe Legrand, qui depuis plus de 30 ans collabore à des recherches sur la nutrition humaine.

Délit de maltraitance nutritionnelle

Aujourd’hui en France, des signaux d’alarme commencent à apparaître par rapport au végétalisme. « Il y a eu des cas d’enfants en dénutrition avancée, et des morts liées à ce type de régime. Nous devons agir suffisamment tôt pour résoudre ce problème qui survient pourtant au sein des classes sociales les plus élevées. » Des scientifiques en lien avec l’Anses souhaitent l’instauration d’un délit de maltraitance nutritionnelle. Pour l’expert, il y aura sans doute un plafond à cet accroissement de végétaliens et végétariens. Est-il atteint ? On ne le sait pas encore.

Philippe Legrand ne défend pas non plus une trop forte consommation de viande. « Nous ne sommes pas obligés de consommer de la viande ou du poisson à tous les repas, mais il n’y a aucune raison de s’en passer dans une journée. » Et d’ajouter : « Ne pas manger suffisamment de produits végétaux comporte aussi des risques. » Sans doute qu’à l’avenir la consommation de viande pourrait baisser en Europe, mais ces produits pourront être exportés. « Partout dans le monde et depuis toujours, l’apport de produits carnés résout les problèmes de nutrition. »

Les végétaliens doivent leur survie à la chimie

Reste qu’il est difficile de communiquer avec des gens radicalisés pour qui il ne suffit pas d’admettre que l’homme mange des produits animaux depuis des millions d’années. Selon Philippe Legrand, s’adresser plutôt à l’entourage peut être une solution. Face aux attaques, les professionnels des filières animales peuvent aussi s’intéresser aux traumatisés du végétalisme, les faire témoigner. Parmi les arguments contre ce type d’alimentation, le plus fort est le manque de vitamine B 12, qui est présente exclusivement dans les produits animaux. « Les végétaliens doivent obligatoirement être complémentés. Sinon, c’est la mort. Ils doivent donc leur survie à la chimie. Le comble, c’est que ces suppléments sont produits par des levures souvent OGM… ».

« N’éliminez rien »

S’agissant du fer, il y en a dans les végétaux, mais il est beaucoup moins assimilable et en quantité moindre. « Pour compenser 100 g de viande, il faudrait manger 12 kg de mâche. » De plus, les besoins en vitamine A ne sont pas couverts avec des végétaux uniquement. Autre point de friction : protéines animales versus protéines végétales. Là encore, l’avantage revient de loin aux premières contenant beaucoup plus d’acides aminés essentiels, par ailleurs plus digestibles. « Un végétalien motivé peut réussir à vivre, mais il devra trouver les plantes capables d’équilibrer son menu et faire des calculs savants. »

Sans compter qu’il lui sera très difficile de bien vieillir. Nourrissant le cerveau et jouant un rôle contre les maladies dégénératives, les acides gras oméga 3 sont présents en bonne quantité dans les poissons et les viandes. Les produits laitiers fournissent le calcium nécessaire à la croissance et la densité osseuse, et aussi des vitamines A et D. « Chez les femmes qui avaient rejeté les produits laitiers étant jeunes et qui ont plus de 50 ans aujourd’hui, on a fait le lien avec davantage de fractures osseuses. » Enfin, la science actuelle est loin de connaître tous les secrets d’un bon vieillissement. Alors autant manger de tout en quantité raisonnable pour rester en bonne santé le plus longtemps possible.

‘Viandes et cancer, une erreur’

Questionné sur l’étude faisant un lien entre consommation de viandes et cancer colorectal, Philippe Legrand pense que c’était une erreur. « Dans cette étude, les rats mangeaient une très grande quantité de viande, sans consommation de végétaux. Or des interactions existent entre ces aliments, avec les produits laitiers également. C’est vrai que le fer ferreux des viandes peut conduire à abimer la paroi intestinale, mais il faut aussi voir ses bienfaits. Sans fer, il n’y a pas de vie. Cela nous amène à la question de la juste dose. »

 

Source: https://fr.sott.net/article/30263-Philippe-Legrand-les-vegetaliens-doivent-leur-survie-a-la-chimie