Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme a jugé insuffisante et «inacceptable» la condamnation à 18 mois de prison d’un soldat israélien pour avoir achevé un palestinien, estimant qu’il s’agissait d’une «apparente exécution extrajudiciaire».

«Nous sommes profondément troublés par la peine trop clémente prononcée» par le tribunal à l’encontre du soldat Elor Azaria, «condamné pour avoir tué illégalement un soldat palestinien lors d’une apparente exécution extrajudiciaire d’un homme non armé qui ne représentait clairement aucun danger», a déclaré une porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani, lors d’un point de presse.

Une peine de 18 mois «pour une violation des droits de l’Homme aussi grave est inacceptable», a-t-elle affirmé, estimant que «cette affaire risque de renforcer la culture de l’impunité».

Le ministre israélien de la Défense, le nationaliste Avigdor Lieberman, a dénoncé la position du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, estimant que «l’échelle morale» de l’organisation était «tordue».

«Une balle tirée par Azaria sur un terroriste est plus grave que les millions de balles qui tuent des innocents en Syrie, en Libye, en Irak et au Yémen», a-t-il écrit sur sa page Facebook, non sans ajouter : «Comme d’habitude il s’agit du Haut-Commissariat pour la haine d’Israël et pas du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme.»

Le soldat Elor Azaria, qui possède aussi la nationalité française, a été condamné le 21 février pour homicide par un tribunal militaire israélien. Le soldat encourait 20 ans de prison.

 

(ATTENTION VIDEO CHOQUANTE)

Il avait été filmé en mars 2016 par un militant pro-palestinien alors qu’il tirait une balle dans la tête d’Abdel Fattah al-Sharif à Hébron en Cisjordanie occupée. Le Palestinien venait d’attaquer des soldats au couteau. Atteint par plusieurs balles, il gisait au sol, apparemment hors d’état de nuire. La vidéo s’était rapidement propagée sur les réseaux sociaux, provoquant un tollé.

«#Israël rejoint la #CoreeDuNord» : Human Rights Watch furieux après s’être vu refuser un visa https://t.co/hKvog7O4MDpic.twitter.com/Kqyxb6ZNDo

— RT France (@RTenfrancais) February 24, 2017

Plus de 200 Palestiniens ont été tués par les forces de sécurité israéliennes depuis le début de la recrudescence des violences en Cisjordanie en septembre 2015, mais le soldat Azaria est «le seul membre des forces de sécurité israéliennes à avoir été traduit en justice pour meurtre», a déploré Ravina Shamdasani. «Nous parlons d’une culture chronique de l’impunité, pas d’un cas individuel», a-t-elle renchéri.

https://francais.rt.com/international/34461-condamnation-soldat-franco-israelien-inacceptable-onu

 

 

Renforcement des défenses autour de Moscou

Une 5-ème unité de systèmes de défense aérienne S-400 est en cours de déploiement dans la banlieue de Moscou et sera opérationnelle la semaine prochaine, en protection de la région autour de la capitale.

Exclusif : Les images de l’assassinat de Kim Jong-Nam !

Des images de caméras de surveillance diffusées lundi matin au Japon montrent les derniers moments de Kim Jong-Nam, demi-frère du leader de la Corée du Nord, peu de temps avant sa mort par empoisonnement le 13 février dernier.

Dans la vidéo diffusée par le réseau japonais Fuji TV, on aperçoit l’homme dans une salle bondée de l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie, vêtu d’un complet bleu clair. Deux angles de caméra montrent une femme surgir et porter quelque chose au visage de Kim Jong-Nam, avant de s’enfuir.

On peut ensuite voir l’individu s’adresser au personnel de sécurité, en pointant ses yeux et son visage. La vidéo montre finalement Kim Jong-Nam se faire escorter vers une clinique médicale.

Ce dernier est mort moins de deux heures après avoir demandé de l’aide et a confié aux ambulanciers qu’il avait été vaporisé avec un produit chimique.

L’homme de 45 ou 46 ans vivait en exil depuis plusieurs années. Il n’avait aucun contact avec Kim Jong-un, qu’il n’avait apparemment même jamais rencontré.

Arrestations : La police malaisienne a annoncé vendredi l’arrestation d’un quatrième suspect, un Nord-Coréen, dans cette affaire.

Elle affirme que l’homme, identifié comme Ri Jong Chol, a été arrêté vendredi à Selangor près de Kuala Lumpur. Les autorités n’ont pas émis plus de détails.

Deux femmes, une Indonésienne et une autre qui possède un passeport vietnamien, ainsi que le petit ami de l’une d’entre elles ont été arrêtés plus tôt cette semaine pour leur implication présumée dans la mort de Kim Jong-Nam.

 

La Corée du Sud a accusé la Corée du Nord d’avoir envoyé des assassins pour éliminer Kim Jong-Nam à l’aéroport de Kuala Lumpur, affirmant que deux femmes l’ont assassiné en l’empoisonnant, pour ensuite fuir à bord d’un taxi. Le demi-frère de Kim Jong-un devait monter à bord d’un avion pour Macao.

Source: http://www.dailymotion.com/video/x5chmvw

 

Berlin continue d’occuper la Lituanie

Le Spiegel du 21 février 2017 annonce fièrement, « pour faire peur à la Russie la Bundeswehr a envoyé des tanks en direction de la Lituanie ». Dès le mois de décembre 2017, Berlin avait annoncé l’envoi d’un bataillon complet de chars en Lituanie (bataillon 122 d’Oberviechtach http://novorossia.today/berlin-envoie-un-bataillon-complet-de-chars-en-lituanie/). Berlin a obtenu de l’OTAN le commandement des troupes dans les pays baltes en plaçant un camp militaire de la Bundeswehr à côté de Kaliningrad. C’est la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale que des chars allemands roulent à travers la Pologne et sur les pays baltes. Berlin veut augmenter le nombre de ses troupes jusqu’en 2025. Hasard de calendrier ? Le 22 juin 2016, Berlin se souvenait-par ses médias- de l’attaque allemande contre la Russie par le plan Barbarossa. En juillet 2016 l’OTAN était réunie à Varsovie et donnait à Berlin le commandement des pays baltes… 75 ans après les tanks allemands sont de retour et Berlin a changé la loi pour se préparer à la guerre.

Tanks allemands en Lituanie.

6 chars Léopard 2 ont été envoyés par train en Lituanie ce lundi 20 février. Depuis le mois de janvier 120 containers et 200 véhicules ont été transportés en Lituanie. 300 soldats de la Bundeswehr sont déjà en Lituanie sur les 450. Cette semaine le reste des soldats de la Bundeswehr doivent rejoindre la Lituanie. Des tanks « Marder » (martre), chasseurs de chars, sont de nouveau envoyés par train sur le front de l’Est. On remarque la couleur camouflage kaki contrairement aux tanks U.S. qui sont de couleur sable. Berlin dit venir en aide aux pays baltes qui disent avoir peur d’une attaque russe ! En se faisant passer pour un grand sauveur l’Allemagne avance ses pions stratégiques sur le front de l’Est et surtout à côté de Kaliningrad. L’Allemagne, qui n’a jamais signé de traité de paix à la fin de la Seconde Guerre mondiale, occupe de nouveau militairement des pays.

Changement de loi pour autoriser l’armée allemande d’attaquer.

La loi sur l’interdiction à la« la préparation à une guerre d’agression » a été retirée du code pénal. Depuis le 1 janvier 2017 l’armée allemande peut mener une guerre d’agression ? Quel est le plan réel de Berlin ? Attaquer la Russie ou reprendre ses anciens territoires perdus après la Seconde Guerre mondiale ?

Olivier Renault

Source: http://novorossia.today/berlin-continue-doccuper-la-lituanie/

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à la rédaction.

 

La Russie doit-elle avoir peur de l’armée allemande ?

Durant la conférence de l’OTAN à Varsovie de l’été 2016 la Bundeswehr a obtenu comme base le tout petit pays qui est la Lituanie. Plus de 400 soldats de la Bundeswehr ont pris position dans une caserne. Plus de 200 tanks ont été transportés en Lituanie pour attaquer la Russie. Berlin se fait menaçant envers la Russie et insulte. Le choix de la Lituanie par Berlin n’est pas un hasard. Juste à côté se trouve Kaliningrad, la Russie et Berlin veut récupérer ce terrain qui fut dans le Reich. Seulement la Bundeswehr n’est pas constituée de soldats comme du temps de la Wehrmacht. Des gamins peureux, matraqués par un système sociétal, qui en privilégiant le féminisme, a détruit les hommes.

La Bundeswehr s’entraîne au lancer de grenade

Les soldats allemands n’arrivent pas à la cheville des soldats russes.

Von der Leyen commande la totalité de la Bundeswehr après avoir été ministre de la famille. Von der Leyen a été incapable de sauver la famille allemande et les enfants allemands d’une société allemande qui est en train de s’autodétruire. Les familles allemandes sont devenues plus pauvres sous Von der Leyen. Le nombre d’enfants arrachés dans la violence par le Jugendamt a augmenté et Von der Leyen se moque des destins tragiques des enfants et des familles allemandes. Aujourd’hui cette femme, qui, a grandi à Bruxelles là où se trouve le quartier général de l’OTAN, continue de soutenir la force de cette OTAN aujourd’hui contre la Russie alors que la Russie est une alliée de la civilisation européenne. Von der Leyen, comme le nouveau président fédéral Steinmeier, élu par des saltimbanques (des artistes, joueurs de foot ont participé à son élection), attaquent la Russie. Von der Leyen est une ministre totalement incapable, ridicule, sans la connaissance de la vraie vie et donc du terrain. L’Allemagne est sur le point de vivre une guerre civile violente et Von der Leyen pousse à la guerre contre le peuple russe. Il y a une semaine encore un avion transporteur de la Bundeswehr, qui avait transporté Von der Leyen en Lituanie pour rendre visite aux soldats allemands occupants ce tout petit pays, est tombé en panne empêchant l’arrogante ministre de retourner à Berlin.

Une vidéo publiée par un soldat de cette Bundeswehr fait rire le Net.

On voit des soldats de la Bundeswehr en train de s’entraîner au lancement de grenades. Un soldat est sur le point de lancer une grenade. Les soldats attendent en regardant leur camarade. Soudain la grenade tombe à ses pieds et les autres soldats s’enfuient dans un mouvement de panique. Le service militaire n’existe plus en Allemagne. Ces soldats sont donc des engagés et pas des civils. Il faut dire que Von der Leyen, qui a vécu dans le luxe toute sa vie, a fait changer la loi en Allemagne pour recruter des adolescents (dès l’âge de 16 ans) dans la Bundeswehr. Inutile de dire que ces jeunes adolescents, qui appartiennent à des familles pauvres ou touchés par le Jugendamt, ont été recrutés pour mener une guerre contre la Russie alors que le peuple allemand dans son ensemble souhaite une amitié durable et solide avec les Russes. En voyant la capacité des jeunes recrues de la Bundeswehr la Russie peut encore dormir tranquillement.

Olivier Renault

 

Source: http://novorossia.today/la-russie-doit-elle-avoir-peur-de-bundeswehr/

François Bayrou soutient le candidat des « forces de l’argent »

François Bayrou vient d’apporter son soutien à Emmanuel Macron.

Pourtant en septembre 2016, celui-ci était très offensif contre le fondateur de En Marche, en déclarant notamment qu’il veut faire barrage « aux puissances de l’argent » qui orchestrent selon lui en sous-main la montée en puissance de l’ancien employé de banque Rothschild.

Le président du Modem déclarait « Je suis absolument sceptique sur cette affaire, et quand je dis sceptique, c’est le mot le plus modéré que je puisse choisir. Ça ne marchera pas, parce que les Français vont voir ce que cette démarche signifie, ce qu’il y a derrière tout ça, derrière cet hologramme ».

« D’ailleurs c’est très simple : posez-vous la question du pourquoi ces heures et ces heures de télévision en direct ? Pourquoi ces couvertures de magazines, pourquoi ces pages et ces pages autours de photographies ou d’histoires assez vides ? », s’interroge-t-il, en référence aux nombreuses publications estivales concernant Emmanuel Macron et son épouse.

« Il y a là une tentative qui a déjà été faite plusieurs fois par plusieurs grands intérêts financiers et autres, qui ne se contentent pas d’avoir le pouvoir économique, mais qui veulent avoir le pouvoir politique », affirme le troisième homme de la présidentielle de 2007.

Il déclarait également chez Jean-Jacques Bourdin en septembre 2016 :

« Derrière Emmanuel Macron il y a des grands intérêts financiers incompatibles avec l’impartialité exigée par la fonction politique. »

 

 

Le discours de Poutine face aux agents du renseignement russe

Vladimir Poutine a participé à une réunion élargie annuelle du Conseil du Service fédéral de sécurité (FSB) pour discuter des résultats du FSB pour 2016 et des tâches prioritaires pour assurer la sécurité nationale de la Russie

Le Président de la Russie Vladimir Poutine :

Bonjour.

Ces réunions annuelles du Conseil du FSB nous donnent la chance de nous rencontrer, en plus d’analyser en profondeur les résultats du travail de l’agence au cours de la période, mais aussi de discuter longuement de toutes les questions importantes de sécurité nationale en général et de définir les priorités pour le futur immédiat et celui à plus long terme.

Le FSB joue un rôle clé dans la protection de notre ordre constitutionnel, de la souveraineté de notre pays et dans la protection de nos populations contre les menaces qui pèsent sur le pays et à l’étranger.

Permettez-moi de commencer en disant que les résultats de l’année dernière ont été positifs et qu’ils montrent un bon développement. Cela concerne votre travail de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, une série d’opérations de contre-espionnage réussies, vos efforts pour lutter contre la criminalité économique et dans d’autres domaines.

Vous avez assuré un haut niveau de sécurité pour les grands événements publics, dont l’élection à la Douma ainsi que les élections régionales et locales.

Je tiens à remercier les dirigeants et le personnel pour leur attitude consciencieuse dans leur travail et leur rendement rapide et efficace.

Mais en même temps, les exigences sur la qualité et les résultats de votre travail croissent constamment. La situation mondiale n’est pas devenue plus stable ou meilleure au cours de la dernière année. Au contraire, de nombreuses menaces et défis existants sont devenus encore plus préoccupants.

La rivalité militaro-politique et économique entre les décideurs mondiaux et régionaux et entre les différents pays a augmenté. Nous voyons des conflits sanglants se poursuivre dans un certain nombre de pays au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique. Les groupes terroristes internationaux, essentiellement des armées terroristes, bénéficiant d’un soutien tacite et parfois même ouvert de certains pays, prennent une part active à ces conflits.

Lors du sommet de l’OTAN de juillet dernier à Varsovie, la Russie a été déclarée la principale menace pour l’Alliance, pour la première fois depuis 1989, et l’OTAN proclamait officiellement qu’endiguer la Russie était sa nouvelle mission. C’est dans ce but que l’OTAN poursuit son expansion. Cette expansion était déjà en cours avant, mais maintenant ils croient qu’ils ont des raisons plus sérieuses de le faire. Ils ont intensifié le déploiement d’armes stratégiques et conventionnelles au-delà des frontières nationales des principaux pays membres de l’OTAN.

Ils nous provoquent constamment et essaient de nous pousser à la confrontation. Nous voyons sans arrêt des tentatives de s’ingérer dans nos affaires intérieures dans le but de déstabiliser la situation sociale et politique en Russie elle-même.

Nous assistons également à une récente flambée de violence dans le sud-est de l’Ukraine. Cette escalade poursuit l’objectif clair d’empêcher les Accords de Minsk d’aller de l’avant. Les autorités ukrainiennes actuelles ne cherchent évidemment pas à trouver une solution pacifique à ce problème très complexe et ont décidé d’opter plutôt pour l’utilisation de la force. De plus, elles parlent ouvertement d’organiser des actes de sabotage et de terrorisme, en particulier en Russie. Évidemment, c’est une question qui nous préoccupe beaucoup.

Les événements et les circonstances dont j’ai parlé exigent que nos services de sécurité et de renseignement, en particulier le Service fédéral de sécurité, concentrent toute leur attention et leurs efforts sur la tâche primordiale de la lutte contre le terrorisme.

Nous avons déjà vu que nos services de renseignement ont porté de sérieux coups aux terroristes et à leurs complices. Les résultats de l’année dernière le confirment : le nombre de crimes liés au terrorisme a diminué.

Le travail préventif a également donné des résultats. Le FSB et les autres organismes de sécurité, sous la coordination du Comité national antiterroriste, ont empêché 45 crimes liés au terrorisme, dont 16 attaques terroristes planifiées. Vous méritez une gratitude particulière pour cela.

Vous devez poursuivre vos efforts pour identifier et bloquer l’activité des groupes terroristes, éliminer leur base financière, empêcher les soutiens de leurs émissaires de l’étranger et leur activité dangereuse sur Internet et prendre en compte pour ce travail l’expérience russe et internationale dans ce domaine.

Le meurtre de notre ambassadeur en Turquie a été un crime terrible qui a particulièrement mis en lumière la nécessité de protéger nos citoyens et nos missions à l’étranger. Je vous demande de collaborer avec le ministère des Affaires étrangères et le service des renseignements étrangers pour prendre des mesures supplémentaires afin d’assurer leur sécurité.

Vous devez également travailler à renforcer notre coopération antiterroriste avec des partenaires à l’étranger, malgré les difficultés que nous voyons dans différents domaines de la vie internationale. Bien sûr, il est prioritaire d’intensifier le travail avec nos partenaires au travers d’organisations telles que l’ONU, l’OTSC [Organisation du Traité de sécurité collective, NdT] et l’Organisation de coopération de Shanghai.

Il est de notre intérêt commun de rétablir le dialogue avec les services de renseignement américains et avec d’autres pays membres de l’OTAN. Ce n’est pas notre faute si ces liens ont été interrompus et ne se développent pas. Il est évident que tous les pays responsables et tous les groupes internationaux devraient collaborer pour lutter contre le terrorisme, car le simple fait d’échanger des informations sur les canaux de financement des terroristes et sur les personnes impliquées ou soupçonnées de liens avec le terrorisme peut considérablement améliorer les résultats de nos efforts communs.

Nos priorités consistent à supprimer fermement l’extrémisme. Les méthodes de sécurité doivent aller de pair avec des travaux de prévention constants. Il est essentiel d’empêcher l’extrémisme d’attirer les jeunes dans ses réseaux criminels et de montrer un rejet global du nationalisme, de la xénophobie et du radicalisme agressif. Dans ce contexte, le dialogue ouvert avec les institutions de la société civile et les représentants des religions traditionnelles russes revêt une grande importance.

Les services de contre-espionnage sont également confrontés à de plus grandes exigences aujourd’hui. Les données opérationnelles montrent que l’activité des services de renseignements étrangers en Russie n’a pas diminué. L’année dernière, nos services de contre-espionnage ont mis un terme aux activités de 53 officiers des renseignements étrangers et de 386 agents.

Il est important de neutraliser les efforts des services de renseignement étrangers pour accéder à de l’information confidentielle, en particulier aux informations concernant nos capacités militaires et techniques.

Il est donc prioritaire d’améliorer notre système de protection des informations classifiées comprenant les secrets d’État, en particulier pour les agences qui passent à un système électronique de circulation des documents.

Je voudrais vous rappeler que le nombre de cyberattaques sur les ressources d’information officielles a triplé en 2016, par rapport à 2015. Dans ce contexte, chaque agence doit développer sa partie du système étatique et détecter et prévenir les cyberattaques sur les ressources d’information qu’elle contient et en éliminer les conséquences.

Le public s’attend à des résultats plus importants dans des domaines clés tels que la sécurité économique et la lutte contre la corruption. Je vous demande d’être particulièrement minutieux dans le suivi des fonds alloués aux marchés de défense de l’État (un sujet dont j’ai parlé auparavant), aux grands projets d’infrastructure, à la préparation des grands événements internationaux et à la mise en œuvre de programmes fédéraux ciblés et socialement importants. Malheureusement, nous voyons encore de trop nombreux cas de fonds publics détournés ou mal utilisés.

Une protection fiable de nos frontières nationales contribue grandement à assurer la sécurité globale de notre pays. La priorité ici est de fermer les canaux par lesquels les membres des groupes terroristes et extrémistes internationaux entrent en Russie et d’arrêter fermement toutes les formes de contrebande, des armes aux drogues et aux diverses ressources biologiques.

Bien entendu, nous devons poursuivre les travaux visant à développer l’infrastructure frontalière où elle n’est pas encore suffisamment développée, en particulier en Extrême-Orient et dans l’Arctique.

Chers collègues, permettez-moi de souligner que nous continuerons de renforcer les directions centrales et régionales du FSB et de nous assurer que vous disposiez des armes et du matériel les plus avancés. Nous continuerons également à accorder notre attention aux prestations sociales du personnel du FSB et des membres de leurs familles.

Je souhaite que vous réussissiez à protéger nos intérêts nationaux et la sécurité de notre pays et de notre peuple. Je suis persuadé que vous continuerez à travailler pour la réalisation de vos objectifs avec dignité.

Merci de votre attention.

Vladimir Poutine

Source: http://lesakerfrancophone.fr/le-discours-de-poutine-face-aux-agents-du-renseignement-russe

 

Traduit par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone

Pourquoi le président V. Poutine a décidé d’adopter un oukase reconnaissant les passeports des Républiques de Donetsk et Lugansk?

En adoptant le 18 février 2017 un oukase reconnaissant la validité des documents officiels délivrés par les autorités des Républiques de Donetsk et Lugansk, le Président V. Poutine a lancé un signal très fort à l’Occident, dont ses représentants étaient réunis à ce moment-là à Munich pour la 53e Conférence sur la sécurité.

Alors que le Pentagone affirmait devoir parler à la Russie par la force, alors que la Maison Blanche appelait la Russie à « se retirer du Donbass » et à « rendre » la Crimée à l’Ukraine, alors que l’Ukraine organise un blocus total du Donbass et bloque les échanges commerciaux et notamment les wagons de charbon que Kiev achète au Donbass malgré la guerre, le Président V. Poutine adopte un oukase « sur la reconnaissance des documents délivrés aux citoyens ukrainiens et apatrides résidant sur certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk ». Selon le texte, dont voici la traduction:

Dans le but de la défense des droits de l’homme et du citoyen, au nom des principes généraux et des normes du droit international humanitaire, dispose de:

1-Temporairement établir, pour la période allant jusqu’au règlement politique selon les accords de Minsk de la situation dans certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk :

a) Reconnaître comme valides dans la Fédération de Russie les documents établissant l’identité, attestant l’enseignement ou la qualification, les certificats de naissance, de mariage, de changement de nom, de décès, les documents attestant l’enregistrement d’un véhicule délivrés par les autorités de facto compétentes sur les territoires ici visés aux citoyens ukrainiens et aux apatrides vivant de manière permanente sur ces territoires.

b) Les citoyens d’Ukraine et les apatrides vivant de manière permanente sur certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk peuvent entrer sur le territoire de la Fédération de Russie et sortir du territoire de la Fédération de Russie sans visas en établissant leur identité (pour les mineurs de moins de 16 ans, sur le fondement d’un acte de naissance) délivrés par les organes compétents sur les territoires visés.

2-Le Gouvernement de la Fédération de Russie doit prendre tous les actes nécessaires à la réalisation de cet oukase.

Les autorités de Lugansk et Donetsk se sont félicitées de cet oukase qui, selon les paroles de Zakharchenko, montre que les habitants du Donbass mènent un combat juste pour défendre leur identité culturelle, leur appartenance au monde russe.

Evidemment, les réactions internationales sont moins positives. Il faut dire que l’oukase intervient en pleine Conférence de Munich pour la sécurité, lors de laquelle les échanges russo-américains furent assez difficiles, S. Lavrov rappelant avec fermeté la position de la Russie sur la scène internationale, ce que la presse occidentale a souligné à l’unanimité. En substance, selon RFI:

Sergueï Lavrov a annoncé la fin de « l’ordre mondial libéral » conçu selon lui par « une élite d’Etats » occidentaux à visées dominatrices. « Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J’espère que ce choix sera celui d’un ordre mondial démocratique et juste. Si vous voulez, appelez le « post-west » »

A Munich, les chefs des diplomaties française, allemande, ukrainienne et russe en ont profité pour se réunir ce même 18 février autour du dossier ukrainien pour renégocier un cessez-le-feu, après la reprise violente des hostilités par l’armée ukrainienne dans le Donbass. Un certain compromis aurait à nouveau été trouvé, même si manifestement l’Allemagne, la France et les Etats Unis font glisser la Russie du rôle de garant de ces accords de Minsk à celui de partie au conflit. Ce qui montre aussi tout le danger de ces accords pour la Russie elle-même. En réponse, justement, le 18 février, cet oukase est adopté. Sur la scène diplomatique, la Russie fait monter les enchères. Puisque l’Occident affirme vouloir l’application des accords de Minsk, ils peuvent également payer le prix de sa non-application par l’Ukraine: la Russie n’annulera les sanctions économiques adoptées contre l’UE que lors de l’application des accords de Minsk et, en attendant, elle prend sous son aile les jeunes républiques.

Il ne s’agit pas d’une reconnaissance de l’indépendance de ces territoires dans le sens juridique du terme, c’est plutôt un acte pragmatique et politique. Et les réactions sont à la mesure de l’acte lui-même.

Russia’s decision to recognize identification documents issued by separatists in eastern Ukraine will hurt the chances for a cease-fire to take hold, the head of the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE). (…) The Russian move “implies…recognition of those who issue the documents, of course,” Zannier said. “This makes us think of Abkhazia-like situations,”

Ukrainian President Petro Poroshenko said Putin’s order was « more evidence of the Russian occupation and Russia’s violation of international law. »

the U.S. Embassy in Kyiv said the Russian decision was “alarming and incompatible with the agreed-on goals of the Minsk peace process.”

Du côté ukrainien, Turchinov affirme que la Russie est ainsi sortie des accords de Minsk. Pour Klimkine, cet oukase contrevient aux accords de Minsk, puisqu’il reconnait la compétence des autorités de facto agissant sur ces territoires.

 

Pourtant, ce pas n’est pas totalement une surprise. Cet oukase est avant tout une réponse. Une réponse au blocus total mis en place par l’Ukraine, avec l’aide des mouvements radicaux, à l’encontre du Donbass, comme le rappelle le sénateur Klintsevitch (commission pour la défense). Kiev achetait, malgré la guerre, du charbon au Donbass. Or, depuis 3 semaines, tous les wagons de chardon sont bloqués à la frontière du Donbass. Selon Kiev, il reste à l’Ukraine suffisamment de charbon pour 45 jours. Un régime de restriction d’utilisation a été mis en place, restreignant également l’activité industrielle ukrainienne. Le pouvoir va devoir soit faire lever le blocus, soit en acheter plus cher ailleurs. Pour maintenir la pression, des manifestations ont été organisées à Kiev, soutenant le blocus. Ces manifestations, organisées par le député extrémiste S. Sementchenko, étaient orientées contre l’oligarque Akhmetov et contre l’administration présidentielle de Poroshenko, qu’il accuse de trahison pour acheter du charbon à l’ennemi. La police a défendu les établissements et n’a pas laissé les manifestants entrer. Voir la vidéo:

Etrangement, d’une certaine manière, la position de ce député extrémiste, ou plutôt de ceux qui tirent les ficelles, est logique. S’il y a guerre, il ne peut y avoir échanges commerciaux entre les deux parties au conflit. L’on imagine mal l’URSS commercer avec l’Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre Mondiale. Or, ici, l’Ukraine a repris la logique politique qui domine sur les intérêts économiques et même sociaux: il faut des sacrifices et les intérêts des oligarques ne peuvent être une excuse, quant à la population elle est en guerre et elle doit se comporter comme tel. Face à cela, la logique économique est beaucoup plus faible: commercer avec l’ennemi, c’est peut-être temporairement remplir les caisses, permettre aux entreprises de fonctionner et donc de nourrir la population, mais c’est aussi se mettre en position de dépendance, donc de faiblesse. Car les guerres n’ont de post-modernes que l’appellation: on tire, on tue, on souffre. Et elles se gagnent encore et toujours par les armes. Pas par les contrats.

Ainsi, en plus de la dimension politique de l’oukase adopté par le Président russe, il y a aussi une réponse socio-économique, devant éviter une catastrophe humanitaire dans le Donbass. Comme le charbon du Donbass était envoyé vers les autres régions ukrainiennes, il faut réaménager le trafic. Pour cela, il faut commencer par légaliser les documents. Rappelons que l’évolution avait déjà commencé en ce qui concerne les documents. Puisqu’en 2016, les personnes dotées d’un passeport délivré par les autorités du Donbass pouvaient passer la frontière russe, que dans les régions frontalières, les jeunes pouvaient entrer à l’Université avec un diplôme de ces régions.

En revanche, en voulant mettre la Russie dos au mur face à ses obligations morales de prise en charge des populations de ces régions, l’Ukraine et ses « conseillers » continuent à pousser ces territoires vers un point de non-retour. Ils ont commis une erreur fondamentale: en estimant mal la volonté politique de la Russie, ils provoquent l’intégration juridique des territoires.

C’est peut-être pour cela que l’on voit apparaître, sorti de nulle part, un article dans le New York Times, selon lequel la Maison Blanche aurait eu un plan visant à négocier un retrait des troupes russes du Donbass contre la « location » de la Crimée pour une durée de 50 ou 100 ans. Par cette publication, il s’agit tout d’abord de saper la confiance de ces populations envers la Russie, en la présentant comme prête à revenir sur le rattachement de la Crimée et prête à négocier l’abandon des populations du Donbass à une mort certaine en cessant d’aider ces régions.

Or, la Russie a prévenu qu’il s’agit bien d’une réponse au blocus mis en place et si la situation continue à se dégrader, elle pourrait adopter d’autres mesures allant dans le sens des autorités de DNR et LNR. Autrement dit, la Russie n’est pas prête à négocier les terres et les hommes. Maintenant, il est possible que de nouvelles sanctions soient adoptées. Mais elles l’auraient été de toute manière, pour une raison ou pour une autre. Pour la libération d’Alep. Pour l’interférence non prouvée dans les élections américaines. Il faut bien avoir conscience du fait que la Russie va vivre sous sanction pendant une très longue période, tant qu’elle n’aura pas réussi à modifier l’ordre mondial, à le faire basculer en un monde multipolaire. Ou bien tant qu’elle n’aura pas renoncé à se battre. Ce qui risquerait alors de signifier un renoncement à exister. Dans le sens direct du terme. Et le renouveau politique russe actuel n’est pas compatible avec cette position, défendue par les clans « progressistes » qui, pour des raisons évidentes, sont largement appréciés en Occident.

Karine Bechet-Golovko

 

Source: http://russiepolitics.blogspot.ru/2017/02/pourquoi-le-president-v-poutine-decide.htm

Les violences de la police n’ont rien d’accidentelles

Le directeur de la Police nationale s’est ému de l’appel lancé par Libération, il y a deux jours de cela, qui exhortait à l’exemplarité de celle-ci : « Lorsqu’ils commettent des actes contraires à la loi ou à la déontologie, [les policiers] sont sanctionnés judiciairement et/ou administrativement », lança-t-il sans ciller. Théo L. : 22 ans, violé au moyen d’une matraque policière en février 2017. Adama Traoré : 24 ans, asphyxié par des gendarmes en juillet 2016. Rémi Fraisse : 21 ans, tué par un tir de grenade offensive en octobre 2014. Trois noms — on pourrait bien sûr étendre la liste — volontiers repeints en « bavures » : de regrettables cas individuels, isolés, finalement exceptionnels. Le sociologue Mathieu Rigouste, auteur d’État d’urgence et business de la sécurité, se porte en faux : la police et les forces de l’ordre doivent être analysées en tant que système, cadre et structure, et non plus considérées comme une somme d’agents autonomes et plus ou moins « bons » ou « méchants », « républicains » ou « honnêtes ». Entretien avec ce partisan libertaire de l’« autodéfense populaire ».

***

Mathieu Rigouste*

Entretien avec Ballast

Q: Vous analysez la dimension structurelle de la logique sécuritaire, dans la France d’aujourd’hui. Les débats sur les violences policières masquent souvent cette dimension : ils se concentrent, émotionnellement, sur les individus qui forment le corps policier afin d’expliquer ces violences…

Ces considérations émotionnelles évitent de penser les structures de la violence d’État, les aspects systémiques et systématiques, et donc d’attaquer le problème à la racine. C’est pour ça qu’elles sont produites et mises en circulation de façon industrielle par l’éducation nationale, les grands médias, la classe dirigeante, les nouvelles technologies du divertissement et la plupart des institutions chargées de la légitimation des dominations. De larges pans des classes dominées intègrent ces appareils de dépolitisation. Et les institutions médiatiques et idéologiques tournent à plein régime pour légitimer la police. Du fait divers aux dessins animés, des séries policières aux journaux télévisés, on diffuse des storytelling dans lesquels les policiers « nous défendent » et tuent en toute légitimité. L’intense travail de production d’une « culture antiterroriste » a différents effets. Il semble qu’il renforce les mystifications dominantes auprès des strates sociales dominées les plus privées de moyens de construction d’une pensée autonome et contradictoire. Mais il émerge aussi des cultures de critique radicale dans tous les lieux qui subissent de plein fouet la police et son monde. La lutte, la grève, la révolte sont autant de situations au cours desquelles l’ordre des discours dominants peut être rompu collectivement et par lesquelles on peut apprendre ensemble à penser les racines des oppressions. On peut critiquer les réactions émotionnelles mais je crois qu’on ferait mieux de construire des moyens d’auto-éducation collective et populaire pour enquêter, se former et propulser des pensées critiques.

Q: Votre thèse de sociologie a débouché sur l’ouvrage L’Ennemi intérieur — La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine : que teniez-vous à mettre en évidence ?

Il s’agissait d’analyser la construction des figures de l’ennemi intérieur dans la pensée militaire française, depuis la guerre d’Algérie jusqu’au milieu des années 2000. En suivant l’évolution de la figure de l’immigré post-colonial dans les archives de l’Institut des hautes études de la Défense nationale, cette recherche a permis de montrer comment une doctrine militaire et coloniale de terreur d’État — la doctrine de la guerre (contre)-révolutionnaire — avait pu continuer à évoluer dans l’armée française et inspirer la restructuration de la « pensée de défense et de sécurité » dans les états-majors militaires et policiers, politiques et économiques durant toute la Ve République. J’y ai formulé l’hypothèse plus large que la guerre coloniale constituait une matrice de l’ordre sécuritaire, un répertoire fondamental des restructurations du pouvoir dans l’ère contemporaine. Depuis, je m’intéresse plus généralement au développement du capitalisme sécuritaire, c’est-à-dire à la progression continue du marché du contrôle, qui permet d’aborder — me semble-t-il — de nombreux aspects des bouleversements en cours dans les formes de l’impérialisme.

Q: Qu’est-ce qui avait motivé votre démarche et votre méthodologie dans ce long travail ?

Je vois mon travail d’enquête comme une sorte d’artisanat ; je fabrique des outils pour et au travers des luttes sociales afin de les mettre à disposition des divers ateliers où des mouvements d’émancipation élaborent leurs propres armes. Je signe ces recherches pour qu’on puisse venir me demander des comptes, mais les réflexions qui les structurent sont construites collectivement, au cœur même des luttes auxquelles je prends part. Et je crois que toute pensée de l’émancipation ne peut être élaborée que collectivement, par les premières et premiers concernés, avec les alliés qu’elles et ils se choisissent. Ce sujet est venu de lui-même. J’ai grandi à Gennevilliers, une banlieue ouvrière — enfin, de moins en moins, car la « gauche plurielle » y mène un processus de « rénovation urbaine » intense depuis le début des années 1990 — où les classes populaires, en grande partie issues de la colonisation, se débattent entre misère économique et sociale, police, prison, racisme, sexisme et autres formes de mépris politique. Je ne savais pas trop bien pourquoi j’étais arrivé jusqu’à la fac, alors je m’y suis employé à analyser les mécanismes de conjugaison de ces dominations, dans l’idée de piller des savoirs et de construire des outils pour se libérer collectivement.

Q: À l’occasion de Nuit Debout et des manifestations contre la loi El Khomri, les centres urbains — alors plutôt peuplés de populations blanches et des classes dites moyennes —, ont expérimenté la brutalité des répressions policières, bien connue par les habitants des quartiers populaires depuis des décennies. Faut-il être personnellement touché par un phénomène pour lutter contre ? Comment faire prospérer cette lutte au-delà des personnes qui le subissent directement ?

On ne perçoit jamais aussi bien la profondeur d’une condition que lorsqu’on l’expérimente, que la plupart des conditions sociales ne se choisissent pas et que c’est encore bien différent d’expérimenter une situation par choix ou par nécessité. Mais les médias indépendants et les luttes contre les violences policières propulsent des moyens d’analyse, des idées et des pratiques, des pensées et des faits qui bousculent les réalités perçues dans différentes classes sociales et territoires. Il s’agirait peut-être de réussir à mieux coordonner, à mieux associer toutes ces plateformes. Il semble primordial que les premiers et premières concernés par chaque régime de domination trouvent ensemble les moyens de s’unir et de s’auto-organiser. La question des alliances en découle. Et il existe une infinité de possibilités d’intersections permettant aux luttes, aux formes d’organisation et d’autonomie et aux mouvements de libération de se rencontrer pour s’entraider. Je crois que c’est dans ces combats communs que des groupes ayant des expériences différentes peuvent tenter d’associer leurs histoires.

Q: Vous étiez présent sur le plateau de l’émission « Ce soir ou jamais », en mai 2016 : la comparaison avec les violences policières aux États-Unis n’a alimenté qu’une posture de minimisation. Le fait que le débat se réduise à une question de degrés de violence n’empêche-t-il pas toute analyse critique ?

La rhétorique du « c’est pire ailleurs » est une méthode classique de délégitimation de la critique qui suggère « soyez contents, fermez-la et sinon, cassez-vous ailleurs », sous-entendu « rentrez chez vous ». Mais c’est aussi toujours l’occasion de montrer que les puissances impérialistes partagent des structures communes, notamment dans la manière dont la police, la prison, les médias et les autorités œuvrent par des formes industrielles de coercition à maintenir des modèles de socio-apartheid. Bien entendu le champ médiatique est structuré pour empêcher ces critiques d’être formulées clairement. On peut s’en indigner : c’est une réaction spontanée lorsque, pour de nombreuses raisons, on a intégré les propagandes d’État sur la « liberté d’expression » et celle des médias. Mais cette indignation empêche souvent de comprendre que l’ensemble du champ médiatique est organisé dans le but de légitimer le faisceau des autres institutions. Tenter de parler aux classes dominées à travers l’institution médiatique est un véritable champ de bataille. Je crois que nous avons intérêt à nous auto-former collectivement à la prise de parole publique, afin que que chacune, depuis sa condition d’oppression et ses pratiques de résistance, puisse formuler et partager la complexité de sa propre pensée critique. Pour cela, je pense qu’il faut là encore se doter de structures d’autonomisation visant la création et le partage de savoirs émancipateurs.

Q: Les débats sur la violence policière, milieux militants compris, glissent souvent sur la question de la nécessité d’un corps policier dans une société donnée… 

… C’est un débat fondamental : il s’impose forcément si on s’intéresse à la violence d’État. Est-ce une dérive qu’on peut corriger pour en « revenir » à un « État de droit » ? Ou est-ce la fonction de la police d’être violente ? Et, dans ce cas-là, faut-il remettre en cause toute la société qui la produit ? Quoi qu’il en soit, à travers ce débat émergent des positions communes, des lignes de consensus mais s’y délimitent aussi des lignes de tensions et de ruptures qui permettent de construire des alliances et de désigner des cibles communes, notamment de circonscrire les collaborateurs de la violence d’État qui se présentent en alliés. Pour maintenir une société autoritaire et inégalitaire, il faut la légitimer — cela s’obtient par de l’idéologie, du divertissement, de l’aménagement des désirs mais aussi par de la coercition. Les violences que la police distribue n’ont rien d’accidentel malgré ce que les médias dominants et la classe politique matraquent dans leurs discours. On peut entrer en lutte contre les violences policières de différentes manières, mais on en vient presque forcément à percevoir le caractère systématique de ces violences d’État. Il s’agit de se doter d’outils pour cartographier cette mécanique. On découvre alors que Par exemple, si de nouvelles pratiques ne viennent pas directement « d’en haut », elles les violences policières font système pour maintenir l’ordre social. Peuvent émerger depuis les policiers en service. Elles remontent alors parfois lorsqu’elles perdurent et peuvent être validées, instituées ou tolérées, si leur impact ne s’écarte pas des objectifs généraux de chaque strate de pouvoir à l’intérieur et au-dessus de l’institution policière. La police est structurée comme une machine à produire et distribuer de la violence pour maintenir l’ordre social, économique et politique — elle est réglée, de manière rationnelle et bureaucratique. Dès lors, elle dysfonctionne régulièrement et peut être sabotée.

Mais la critique est absurde si elle sert à asseoir des postures hautaines de milieux politiques radicaux, parfois bien isolés des classes populaires et des mondes qui subissent la férocité de l’État. On peut mettre en cause l’existence de la police, de l’État et de toute forme de domination, mais c’est en cheminant entre opprimées, notamment dans les luttes pour la survie et pour une vie digne, qu’on peut créer des formes de solidarité réelles qui ouvrent sur des critiques vraiment radicales parce qu’elles découlent de pratiques collectives associées à ces réalités. À partir de là, on peut commencer à imaginer pouvoir se débarrasser des institutions qui nous pourrissent la vie plutôt que de chercher à les réformer. Ce qui importe vraiment, je crois, c’est que la critique soit menée horizontalement, qu’elle émerge d’en bas, de constats réels issus de la confrontation au monde et pas qu’elle soit assénée depuis des positions de principes surplombantes. Si quelqu’un avait la recette de l’émancipation, ça se saurait ! Il y a plein de révolutionnaires dans les classes populaires, dont une partie qui s’ignore. Dans les quartiers comme ailleurs, tout le monde a une conscience politique ; notre problème réside plutôt dans le fait que l’État réussit à empêcher l’auto-organisation révolutionnaire des opprimées. Je crois en la nécessité de construire ce mouvement révolutionnaire, mais je pense qu’il passe par des solidarités concrètes face aux galères de la vie avant de tracer de grandes perspectives théoriques.

Q* Lénine appelait à remplacer la police bourgeoise par « une milice populaire » de tous les citoyens de 15 à 65 ans, invoquant une « réforme dictée par toute la marche de la révolution ». Quel type d’organisation cela pourrait-il donner, aujourd’hui, si un régime émancipateur venait à prendre le pouvoir en France ?

Le Lénine de L’État et la Révolution appelait à se débarrasser de l’État, mais en prenant le pouvoir pour faire un « État socialiste », qui devrait disparaître ensuite. Or il nous a démontré par la pratique l’erreur de cette stratégie. Après le renversement de l’État tsariste par l’insurrection populaire en février, le parti bolchévique prend effectivement l’État en octobre 1917. Il convoque le « pouvoir des Soviets » tout en refermant le moment révolutionnaire. Une bureaucratie se remet alors en place autour d’une administration, d’une police, d’une armée, qui accompagnera le développement d’un capitalisme d’État puis d’un impérialisme russe, après la restauration des classes dominantes. L’enchevêtrement historique du pouvoir et de la guerre met en œuvre un phénomène de « concurrence mimétique » au cœur de la lutte des classes. Cette dynamique traverse les modèles de contre-révolution et de contre-insurrection. Il s’agit de pousser un mouvement d’émancipation qui devient menaçant, à entrer en concurrence avec l’État pour la prise du pouvoir. En l’amenant à employer des armes et des techniques similaires, des moyens et des cibles semblables, on le dirige finalement vers des formes identiques à celles de l’État. La contre-insurrection tente parallèlement d’éliminer les forces de libération pour laisser surgir les concurrences autoritaires susceptibles de commander le mouvement de l’intérieur. Au point que le mouvement révolutionnaire qui cherche à prendre le pouvoir d’État s’engage dans une restructuration toujours plus bureaucratique qui permettra de restituer une domination de classe, si l’ancien régime est renversé. Le mouvement révolutionnaire qui s’engage dans cette voie commence généralement à poursuivre des « ennemis intérieurs » en son propre sein, à créer des structures « de sécurité » pour cela.

J’avais tenté de raconter, dans une préface au Manuel du guérilléro urbain, comment un « complexe de Marighella » répond au « complexe de Salan » (contre-guérilléro devenu guérilléro OAS puis ennemi intérieur de l’État gaulliste), dont Carl Schmitt parle dans sa Théorie du partisan. Car Marighella — révolutionnaire brésilien à la tête de l’Armée de libération nationale — affirme effectivement qu’il faut former des services de renseignement intérieurs à la guérilla, chargés de purger les supposés infiltrés. Ces services devront, dit-il, constituer les états-majors policiers fondateurs du nouvel État, lorsqu’il sera conquis. Il nous montre, malgré lui, qu’en cherchant à prendre l’État, l’ALN est entrée en concurrence mimétique avec l’appareil bureaucratique et a commencé à lui ressembler en préparant les formes du proto-État, c’est-à-dire la fin du processus révolutionnaire et la restauration des systèmes de dominations. L’ALN a finalement été écrasée et le mouvement révolutionnaire brésilien a survécu en prenant des formes bien plus horizontales. La contre-insurrection propulse la « concurrence mimétique » en accompagnant la fascination de ses unités les plus féroces pour « l’ennemi (intérieur) ». Ainsi, des militaires en sont venus à faire de la (contre-)guérilla en se passionnant pour les théories révolutionnaires. Et des baqueux [membres de la BAC, brigade anti-criminalité, ndlr] s’habillent en Ünkut (la marque de Booba), copient le langage et les codes de la rue, adoptent des pratiques et des postures « mafieuses » ou, même, depuis peu, renversent les slogans et certaines pratiques du mouvement contre la loi Travail et son monde (manifs sauvages, de nuit, cagoulées…).

Comme nous le montrent au quotidien les peuples révolutionnaires du Chiapas ou du Rojava, la révolution est un mouvement continu qui ne peut pas passer par la reprise en main des formes de la domination, dont l’État fait partie. Et même si les langues coloniales les appellent parfois « polices communautaires », ce sont des formes d’autodéfense populaire collectives qui sont expérimentées et non « une police » comme appareil d’État, ni même « de la police » comme dispositif de pouvoir. En revanche, comme on l’observe dans certaines régions du Mexique et dans différentes configurations historiques, des « autodéfenses populaires » qui ne sont pas directement et continuellement l’expression d’un mouvement de libération collective, qui ne seraient pas l’incarnation quotidienne du peuple en armes, semblent condamnées à voir resurgir leur affiliation à des systèmes mafieux et para-étatique — et donc à se transformer en police. Je crois donc que la locution « régime émancipateur » est piégée et inopérante parce qu’elle pourrait laisser croire à des manières d’émanciper les gens et à des formes d’État assimilables à de l’autonomie populaire. L’Histoire nous démontre en permanence que, si personne ne se libère tout seul, personne ne libère les autres non plus. Les formes étatiques qui se sont déclarées « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ont généralement démontré, au contraire, la colonialité du pouvoir centralisé. L’expression « se gouverner soi-même » utilisée au Chiapas notamment, est une traduction en espagnol qui trahit en fait les expressions indigènes auxquelles elle renvoie, lesquelles ne parlent pas de « bon gouvernement » mais plutôt de « bonne manière de faire les choses ». Et pourtant l’expression « buen gobierno » fait sens dans tout le Mexique, même auprès des anarchistes, dans sa manière d’être utilisée pour désigner justement des formes d’autonomisation populaires.

Quel que soit le nom qu’on donne aux formes réelles d’autodéfense et d’auto-organisations, la logique de police, de gouvernement et de gestion s’abolit en même temps que les classes et les rapports de domination, à travers le processus révolutionnaire. Il ne peut exister d’émancipation que par la transformation des conditions réelles d’existence au quotidien, par la mise en commun et l’autonomisation concrète des classes dominées. Tandis que la contre-insurrection tente de nous renfermer sur la guerre et la mise en dépendance, de nous pousser à faire la guerre pour la gagner, et à nous transformer en reflet du pouvoir, nous cherchons à déstructurer l’ancien système et à construire autre chose. Dans l’interstice des monstres, la répression oblige le mouvement révolutionnaire à se défendre. Le champ de bataille impose la guerre. Mais si le mouvement de libération choisit de se structurer pour prendre l’État, il commence à creuser sa propre tombe… Mais, dans les fissures du vieux monde, émergent partout des résistances et des formes d’auto-organisations qui nous invitent à penser la révolution comme un mouvement sans fin, un mouvement de lutte contre toutes les formes de domination, un mouvement en auto-construction permanente de nouvelles formes de vie émancipatrices.

Q: Le continuum entre police et justice est régulièrement tracé : est-on dans une logique d’institutions qui défendent leur pré carré au sein de l’État ou d’une alliance de ces institutions avec les gouvernements qui se succèdent ?

Ce sont deux logiques qui coexistent réellement et ne sont pas contradictoires. Les institutions policières et judiciaires se reproduisent historiquement en assurant le maintien de l’ordre pyramidal de la société. Elles sont intimement liées notamment parce qu’elles partagent la production de l’incarcération de masse et les aspects répressifs du socio-apartheid. Michel Foucault avait sûrement raison d’observer que la Justice ayant de plus en plus besoin de la police, elle lui est de plus en plus subordonnée. Mais aucune institution n’est pour autant homogène ni monolithique. Chacune est un champ de bataille où des fractions se font concurrence tout en cherchant à protéger leur marché commun. Pour autant, les états-majors policiers et judiciaires partagent le même système d’intérêts et de privilèges, avec des fractions des classes dirigeantes et possédantes. Mes recherches ont tendance à observer que la police et la justice sont structurées par des logiques internes de champs, des logiques externes entre champs en même temps que par des logiques transversales de classes et de strates.

Q: Une partie de la population, militants syndicaux compris, s’était insurgée contre les « casseurs ». Les oppositions entre « bons et mauvais manifestants » et l’instrumentalisation de la part des gouvernants ont-ils alors affaibli le mouvement ?

Je n’ai pas perçu d’insurrection de la population générale contre les « casseurs ». Le mouvement a commencé sur des bases habituelles quant aux formes instituées et inoffensives de mobilisation. Mais c’est en rejoignant les possibilités de formes offensives, autonomes et libres du cortège de tête, que des strates très diversifiées des classes populaires et de la petite-bourgeoisie en voie de précarisation ont pu se confronter différemment aux questions des matériels de protection physique, de protection de son anonymat et aux pratiques de sabotage. Je crois que c’est ce qui a permis de fissurer la figure d’ennemi intérieur forgée par les appareils médiatico-policiers. Des centaines, parfois des milliers de précaires et de personnes issues de strates privilégiées, des jeunes des centres-villes et d’autres de banlieue, des ados et des vieux, des travailleuses syndiquées ou non, des chômeurs et des lycéennes se sont auto-organisés collectivement à travers le cortège de tête mais aussi dans de multiples blocages et occupations. Tous ont participé à cette forme de lutte digne et joyeuse dans laquelle il était légitime d’attaquer des banques, des agences immobilières, des magasins de luxe… Du coup, la figure du déglingo qui vient tout péter parce qu’il est, au choix, selon le territoire à réprimer, « un voyou ethnique » ou un « gauchiste antiflic », a été considérablement fragilisée. Tout cela a eu des impacts aussi sur ce grand retour de la classe ouvrière au-devant de la scène politico-médiatique mais aussi de la culture populaire. À l’intérieur de la CGT, depuis plusieurs grands mouvements, des bases s’autonomisent face à leur bureaucratie. Comme le monde ouvrier en général, elles n’ont pas particulièrement peur de l’emploi de la contre-attaque et des pratiques d’action et de démocratie directes y trouvent de nouveaux échos. Le sabotage est peut-être l’une des formes de contre-attaque les mieux partagées dans l’histoire par le mouvement ouvrier, les mouvements révolutionnaires, les résistances antifascistes et anticolonialistes, les luttes des prisonniers et celles des esclaves. Je crois en la diversité stratégique. On peut concevoir des puzzles de luttes, de tactiques et de cibles dont la diversité brouille les capacités de prévision du contrôle et multiplie les probabilités de défaillance des mécaniques institutionnelles. On peut réussir à associer les luttes autonomes et forger des complicités pour que les tactiques se renforcent les unes les autres plutôt que de se gêner ou de se faire concurrence.

Q: Que faire des policiers militant dans des syndicats de gauche ? Comment aborder la fameuse question des « contradictions internes » de la police ?

Plutôt que de véritables contradictions, il y a de la concurrence interne dans la police, des lignes d’opposition pour son commandement et des frictions à sa tête. Il existe aussi des conflits entre strates sociales dominantes et dominées dans la production du travail policier. La syndicalisation des institutions policières et carcérales est structurelle ; elle permet à l’État de gérer la « grogne » permanente de ses agents en contexte sécuritaire, c’est-à-dire en situation de mobilisation intensive. Elle permet également, comme d’autres bureaucraties syndicales, de maintenir l’ordre social et politique à l’intérieur d’une corporation. Les dirigeants de ces syndicats peuvent continuer leurs carrières directement dans les hautes strates de l’État comme dans les préfectures, ou pantoufler dans le privé, notamment dans l’intelligence économique ainsi que dans le « conseil et l’audit », pour les industriels. À la marge de cette syndicalisation structurelle, il y a quelques minorités « de gauche » dont le militantisme consiste généralement à en appeler à un modèle républicain mythologique qui aurait été trahi et qu’il faudrait rétablir, mais aussi à demander « plus de moyens » pour ce « service public ». L’expression politico-médiatique de ces « syndicats de gauche » tente de faire croire à une pluralité de discours et au mythe de la pluralité démocratique jusqu’à l’intérieur des institutions d’État. Mais elle permet aussi de légitimer certaines stratégies d’État parfois en contradictions avec les revendications des syndicats de police majoritaires. Dans la réalité, l’État conjugue toujours des politiques « de gauche » et « de droite », des formes de hard et de soft power, des dispositifs de conquête des cœurs et des esprits, des moyens biopolitiques et des dispositifs d’écrasement nécro et thanatopolitiques.

Je ne crois pas beaucoup en la défection de policiers par suite de critiques idéologiques ou d’analyses sociologiques, ni parce qu’on les aurait appelés à « rejoindre les luttes ». La police est justement l’institution qui a inventé des modes de sélection et de domestication de ses agents qui lui permettent d’éviter des ruptures de ce type. Cela consiste à trier et former des agents ayant tendance à renforcer leurs convictions dans le métier à mesure qu’ils produisent des violences de plus en plus « illégitimes » et à mesure qu’ils se confrontent aux colères sociales qui surgissent face à leurs violences. J’ai plutôt l’impression que c’est l’intensité, la diversité, la créativité des luttes sociales qui approfondissent les lignes de tension et de concurrence dans la police ainsi qu’entre la police et les autres institutions et qui peuvent donc faire augmenter les probabilités de dysfonctionnements et d’impuissance dans l’appareil. Des policiers et des militaires ne « rompent les rangs » que lorsque l’État n’est plus capable de leur assurer une « sécurité » minimale face aux contre-attaques populaires. Lorsqu’il ne peut plus légitimer le degré de violence qu’il leur demande de fournir. Mais aussi lorsqu’il n’a plus les moyens de les rémunérer assez pour cela. Cela nous renvoie à la nécessité de construire les moyens de la grève générale illimitée et un mouvement de libération capable de proposer un niveau d’organisation sociale crédible, des formes de vie sociale libres, autonomes, égalitaires et joyeuses qui montrent à l’ensemble des forces en présence que la vie est bien plus digne et promet plus de justice sociale du côté des mouvements d’émancipation que du côté de leur écrasement.

Q: Comme dans de nombreuses villes de France, un collectif dénonçant les violences policières s’est créé à Strasbourg, plus précisément autour de l’affaire du meurtre d’Hocine Bouras, jeune homme abattu par un gendarme lors d’un transfèrement le 26 août 2014. Quels moyens d’action sont les plus pertinents, selon vous, afin que ces collectifs puissent avoir plus de portée ?

La construction de leur autonomie est l’axe central. En se donnant leurs propres moyens de s’organiser, de penser et de lutter, ces collectifs peuvent ensuite trouver des moyens de s’associer ou de coopérer sur certains plans avec d’autres forces auto-organisées. Chaque collectif a besoin de différents types de soutien (argent, lieux de réunion et d’organisation, présence dans les manifs et rassemblements, médias indépendants…), et à chacun de déterminer l’aide qu’il veut recevoir, sa provenance ainsi que les frontières de ses alliances. Une fois cela admis, je crois qu’on peut s’activer pour mettre en synergie des lieux et des collectifs autonomes permettant notamment aux luttes des classes les plus populaires de profiter de ce que le mouvement libertaire réussit à faire éclore : des lieux et des moyens ainsi que des répertoires de pratiques et d’idées liées à l’autonomisation notamment. La construction dans les villes et les campagnes, puis un jour dans chaque quartier et chaque village, de comités d’autodéfense populaire face à la police et à toutes les violences d’État peut être un premier mouvement en direction d’une entraide réelle des luttes contre toutes les formes de dominations. Nous pouvons réussir à faire coopérer avec les luttes d’autodéfense populaire, des lieux autonomes de production alimentaire, vestimentaire, énergétique, des projets de santé communautaire et d’éducation populaire. Il s’agirait de mettre en commun tous les moyens de briser les mises en dépendance qui assurent la reproduction du système impérialiste.

Url de l’article original: http://www.revue-ballast.fr/mathieu-rigouste-violences-de-police-nont-rien-daccidentel/

(*) Sociologue, auteur d’un livre fondé sur sa thèse de doctorat en sciences sociales, “L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine,” (2009). Il a publié 5 autres ouvrages dont le dernier en date (2016): “État d’urgence et business de la sécurité”, Niet Éditions

Source:https://resistance71.wordpress.com/2017/02/20/resistance-politique-etat-monopole-de-la-violence-et-cooperation-emancipatrice/

Un premier pas vers une reconnaissance des Républiques de Donetsk et de Lugansk

Dans ce qui peut être considéré comme un premier pas vers une reconnaissance des Républiques de Donetsk et de Lugansk, les 2 républiques autonomes de Novorossya, le Président Vladimir Poutine a signé un décret annonçant que la Russie “reconnait” les passeports de ces 2 républiques indépendantistes, ainsi que plusieurs autres documents émis par les autorités de ces républiques: Actes de naissance, certificats de mariage et de divorce, numéros d’immatriculation de véhicules, diplômes etc. Le décret précise également que les porteurs des passeports de ces républiques pourront entrer en Russie sans visa, dans des conditions restant toutefois à définir.

Bien que Sergey Lavrov, Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie a précisé que cette décision est faite pour des “raisons humanitaires” et la relie à la violation permanente des accords de “Minsk-2” par l’Ukraine qui masse du matériel lourd et bombarde sans relâche la Novorossya, cette décision est à mettre à la suite des déclarations de Vladimir Poutine il y a quelques jours (“Ma patience a des limites”) et est un pas important vers une reconnaissance par la Russie des républiques de Novorossya.

Sans aucune gêne, le Président Poroshenko en Ukraine a réagi en parlant de “violation des normes du Droit international”; Alexandre Zakharchenko, Président de la République de Donetsk, remercie le Président Poutine pour cette décision, ajoutant que c’est une nouvelle preuve que la Russie “soutient et soutiendra le droit de ses citoyens à se battre pour leurs vies, leur culture et leur langage avec honneur et dignité”. Les Etats-Unis n’ont, à l’heure actuelle, pas réagi.

 

Cette décision, qui intervient durant la “Conférence sur la Sécurité” à Munich est une ferme mise au point de la Russie qui indique en substance ne plus attendre grand-chose des discussions dans la mesure ou l’Ukraine ne respecte aucune des décisions prises antérieurement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: https://rusreinfo.ru/fr/2017/02/russie-vers-la-reconnaissance-des-republiques-de-novorossya/

Les habitants de quatre pays de l’Otan souhaitent être protégés par la Russie

Les Européens sont de moins en moins nombreux à attribuer à Washington le rôle de leader mondial. En outre, quatre pays membres de l’Otan préféreraient s’allier avec la Russie si leur pays était attaqué, tels sont les résultats d’une récente enquête menée auprès de la population de 66 pays.

La population de quatre États membres de l’Otan préférerait avoir une alliance militaire avec la Russie si leur pays était attaqué, relèvent les résultats d’une enquête réalisée par les sociologues de WIN/Gallup International.

Comme le montrent les résultats de l’enquête, la Russie a été choisie par les Bulgares, les Grecs, les Slovènes et les Turcs.

Ceci étant dit, évoquant la principale menace, les Grecs et les Bulgares citent la Turquie, pays membre de l’Otan qu’ils devraient pourtant percevoir comme leur allié. Or, l’occupation turque du nord de Chypre en 1974 a démontré que les habitants de ces pays ne pouvaient pas compter sur la protection de l’Alliance, ce qui fait qu’ils choisissent la Russie, explique l’agence Bloomberg.

La plupart des personnes interrogées préféreraient avoir comme allié les États-Unis. Toutefois, les experts notent que les gens réagissent d’une manière active aux changements qu’a connus la structure de la sécurité internationale depuis la fin de la guerre froide.

Ainsi, les Chinois ont choisi la Russie, les Russes la Chine. Selon le vice-président de WIN/Gallup International, Kancho Stoychev, ceci montre que la politique menée par Washington au cours de ces 20 dernières années a conduit au rapprochement entre Moscou et Pékin.

James Davis, doyen de l’École d’économie et de science de l’Université de Saint-Gall en Suisse, estime que les résultats de l’enquête témoignent en outre d’un schisme religieux au sein de l’Europe : les Grecs et les Bulgares choisissent la Russie orthodoxe, les sociétés ukrainienne et bosniaque sont divisées. Cependant, la Roumanie, majoritairement orthodoxe, choisit les États-Unis et la Slovénie, catholique, opte pour la Russie.

En outre, suite à l’opération américaine en Irak, les Européens considèrent de moins en moins que Washington doit jouer un rôle de leader mondial.

L’étude a été menée auprès de plus d’un millier de personnes dans chacun des 66 pays ayant pris part à l’enquête. La marge d’erreur statistique est comprise entre 3,5 et 5 %.

 

Source: https://fr.sputniknews.com/societe/201702181030148402-russie-alliance-militaire-otan/

François Fillon est loin d’être tiré d’affaire

L'enquête du parquet national financier (PNF) sur les salaires de la famille Fillon se poursuit, et un classement sans suite est exclu. Que l'affaire soit confiée au tribunal correctionnel ou à un juge d'instruction, le candidat à la présidentielle n'est plus maître de son destin.

Chantre de la rigueur, défenseur sourcilleux de la morale et de la vertu, François Fillon fait l’expérience de la dure austérité des enquêtes judiciaires, cela depuis le 25 janvier, date à laquelle le parquet national financier (PNF) s’est saisi des révélations du Canard enchaîné sur le caractère fictif des différents emplois occupés par son épouse, Penelope Fillon, puis par deux de leurs enfants, Marie et Charles, lorsqu’ils étaient étudiants.

Ce 16 février, un communiqué ciselé du procureur national financier Éliane Houlette est venu doucher les derniers espoirs du champion de la droite et de ses soutiens, qui avaient distillé des rumeurs sur un rapide dénouement de l’enquête auprès de différents médias. Ayant reçu la veille les « premiers résultats » de l’enquête confiée aux policiers de l’OCLCIFF, Éliane Houlette déclare ceci :

 

« En tant qu’autorité de poursuite, il est de mon devoir d’affirmer que les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure. Les investigations vont se poursuivre dans le strict respect des règles qui gouvernent le code de procédure pénale. » Le communiqué conclut par ce rappel : « La seule mission du parquet national financier est d’appliquer la loi, fondement du pacte démocratique. »

Les défenseurs des époux Fillon, Antonin Lévy et Pierre Cornut-Gentille, ont aussitôt répondu par un communiqué courroucé, dans lequel ils réaffirment notamment que « l’enquête se déroule en violation des règles de compétence du parquet national financier, et, plus grave encore, du principe de la séparation des pouvoirs », arguments déjà développés dans une conférence de presse très médiatisée, le 9 février. En privé, ils enragent surtout de ne pas avoir accès au dossier, et de ne bénéficier d’aucune confidence de la part des quinze magistrats du PNF, étant réduits à attendre les révélations de la presse et les développements de l’enquête judiciaire. « C’est une enquête déloyale », peste Antonin Lévy, cela même si les enquêtes préliminaires menées par le parquet sont par nature secrètes.

Selon nos informations, les trois semaines d’enquête des policiers n’ont toujours pas permis de trouver des traces tangibles ou des témoignages convaincants d’un travail effectué par Penelope Fillon, que ce soit comme assistante parlementaire de son époux (de 1988 à 1990, puis de 1998 à 2000 et de 2012 à 2013) ou de son ancien suppléant, Marc Joulaud (de 2002 à 2007) – ces salaires représentent un montant total de 831 440 euros, selon Le Canard enchaîné –, ni à la Revue des Deux Mondes, où Penelope Fillon aurait perçu 100 000 euros de 2012 à 2013. Même chose pour les enfants du couple. Les policiers de l’OCLCIFF ont pourtant procédé à de nombreuses auditions, et ont notamment reçu des témoignages spontanés, mais ils ont encore des investigations à accomplir.

François Fillon © Reuters

Le communiqué du PNF est une réponse à ceux qui vitupèrent publiquement contre cette enquête. Dans le camp Fillon, on avait d’abord choisi de collaborer, en fournissant des justificatifs (des bulletins de salaires) au PNF, avant de tourner casaque et de dénoncer une justice politique. L’argument peut éventuellement ressouder la droite autour de son candidat, mais il n’est pas opérant sur le plan judiciaire. Comme le veulent les textes, l’ouverture de l’enquête préliminaire du PNF a été précédée d’une concertation avec le procureur de Paris, François Molins, et les problèmes de qualification pénale et de prescription ont été étudiés en amont. Par ailleurs, le bilan des trois premières années d’existence du PNF est jugé satisfaisant, et nul ne songe à remettre sa légitimité en question, selon un rapport parlementaire déposé voilà quelques jours par Sandrine Mazetier (PS) et Jean-Luc Warsmann (LR).

Chez les avocats, au sein de l’appareil d’État et dans la magistrature, les spéculations vont bon train sur les suites de cette enquête préliminaire pour des faits éventuels de « détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel ». En théorie, si l’enquête n’est pas classée sans suite faute d’éléments suffisants, le PNF peut choisir de renvoyer certains acteurs en correctionnelle sur citation directe, sur tout ou partie de ce dossier qui comporte trois volets, ou de confier le dossier à un juge d’instruction en ouvrant une information judiciaire. Un classement sous condition ou une procédure de reconnaissance préalable de culpabilité semblent exclus.

Selon nos sources, le directeur des affaires criminelles et des grâces (DACG) de la chancellerie, Robert Gelli, comme la procureure générale de la cour d’appel de Paris, Catherine Champrenault, verraient plutôt d’un bon œil l’ouverture d’une information judiciaire et la désignation d’un juge d’instruction. « Ce serait une façon de pouvoir trancher les débats sur la régularité de la procédure », explique l’une de nos sources. « La défense pourrait alors saisir la chambre de l’instruction, et les questions procédurales seraient purgées par des juges. » Si les textes actuels permettent d'enquêter sur toute l'affaire (le délai de prescription ne démarre qu'au jour où est découvert un délit dissimulé), il en irait différemment en cas d'annulation de la procédure : ce sont les nouvelles règles de prescription (délai maximum de 12 ans après les faits), adoptées ce 16 février par les députés, qui s'appliqueraient, et une nouvelle enquête ne pourrait plus porter que sur les faits postérieurs à 2005.

Les partisans de l'ouverture d'une information judiciaire sur l'affaire Fillon estiment qu'il serait compliqué de procéder à une citation directe, même si les textes le permettent, compte tenu du contexte politique et du débat procédural en cours. D’autres soulignent, au contraire, que le PNF a été créé pour accélérer le cours des procédures, et que le recours à un juge d’instruction (dans 3 % des affaires pénales seulement) ne se justifie que s’il peut amener une plus-value dans une affaire complexe. « Donner le dossier Fillon à un juge d’instruction, cela reviendrait à se débarrasser d’une patate chaude », relève un enquêteur. Ce serait également, compte tenu des nombreuses voies de recours ouvertes à la défense, l’assurance d’une instruction longue : les informations judiciaires durent rarement moins de deux ans.

Le PNF se refuse, quoi qu'il en soit, à dévoiler ses intentions. Comme dans toutes les enquêtes, ce n'est que lorsque les investigations seront achevées qu'un choix procédural sera effectué. Le supplice chinois de François Fillon et de ses défenseurs pourrait, théoriquement, durer encore quelques semaines.

 

Contrairement à ce qui est dit ici ou là, une mise en examen prononcée par un juge d’instruction ne serait pas l’unique moyen d’avoir accès au dossier, pour les époux Fillon : le procureur a la possibilité de leur faire consulter la procédure en fin d’enquête, selon le code de procédure pénale. Après avoir promis de supprimer le juge d’instruction, la droite a en effet renforcé les pouvoirs du parquet, à la faveur de plusieurs lois répressives votées ces dernières années : la dernière modification de la procédure (article 77-2), instaurant notamment une phase contradictoire dans l’enquête préliminaire, est intervenue avec la loi du 3 juin 2016, que le député François Fillon a votée.

·         FRONT NATIONAL

 

Assistants au Parlement européen: le document qui accable Marine Le Pen

Mediapart et Marianne révèlent le rapport confidentiel de l’Office antifraude européen transmis à la justice française, qui enquête sur les assistants de Marine Le Pen au Parlement. Le gendarme européen soupçonne notamment qu’« un faux contrat de travail » a été établi pour son ex-assistant et garde du corps Thierry Légier. Ce que la présidente du FN conteste.

 « Je note que c’est monsieur Fillon qui fait l’objet d’une enquête, et c’est moi qui suis accusée ! », se plaignait Marine Le Pen sur TF1, le 28 janvier 2017. Interrogée ce jour-là sur les soupçons d’emploi fictif de ses assistants au Parlement européen, elle balaye le sujet en dénonçant à nouveau une « procédure inadmissible » et « politique »« J’ai tout apporté, j'ai tout apporté [les justificatifs – ndlr] ! », évacue-t-elle.

Un document inédit, que Mediapart et Marianne révèlent aujourd'hui, ébranle sa défense : le rapport d’enquête de l'Office européen de lutte contre la fraude (OLAF). Il est désormais entre les mains de la justice française qui devra se prononcer sur la dimension pénale des faits qu'il révèle. Ce document confidentiel de 28 pages – dont nous publions des extraits – passe au peigne fin la situation des douze assistants embauchés successivement par la présidente du FN à Strasbourg sous la précédente et l’actuelle mandature (2009 à 2014 et depuis 2014). Leurs contrats, rémunérations, fonctions.

Ce rapport a été transmis le 26 juillet 2016 à la justice française, qui enquête depuis mars 2015 sur des soupçons d’emploi fictif du Front national au Parlement européen. Dans la foulée, le parquet de Paris a élargi son enquête préliminaire à la période 2010-2016, puis ouvert, le 15 décembre dernier, une information judiciaire contre X pour « abus de confiance », « recel d'abus de confiance, « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux » et « travail dissimulé ». Les fonctionnaires de l'OLAF ont assisté les policiers français dans l'exploitation des données saisies dans le cadre des perquisitions. Les enquêteurs doivent établir les faits qui sont susceptibles d'être poursuivis, ceux qui ne le sont pas, et ceux qui sont prescrits.

Gendarme de l'Union européenne, l'OLAF n'est pas un organe judiciaire : il réalise des enquêtes administratives puis fait des recommandations. Il transmet ensuite ses conclusions au Parlement européen et à l'autorité nationale compétente, s'il estime que des poursuites sont justifiées. C’est ce qu’il a fait au terme de cette enquête de deux années sur le cas de Marine Le Pen – laquelle bénéficie de la présomption d’innocence. 

À l’origine de cette procédure administrative européenne, un courrier anonyme reçu par l’OLAF le 20 janvier 2014 et intitulé « Possible fraude au Parlement européen ». Cet « informateur » alerte l’organisme sur des « cas de conflits d’intérêts et d’emplois fictifs » présumés, et affirme que la présidente du FN « utiliserait l’enveloppe budgétaire destinée à rémunérer ses collaborateurs au Parlement européen pour payer des agents travaillant pour le Front national ». Le courrier va déclencher l'ouverture d'une enquête de l’Office antifraude, le 27 juin 2014. Un mois plus tard, la présidente du FN est notifiée de cette procédure.

L'OLAF s'est interrogé sur plusieurs cas parmi les douze assistants européens – trois « accrédités » au Parlement et neuf « locaux » – de Marine Le Pen. Comme nous l'avions révélé, c'est sur la base de ce rapport que le Parlement européen a demandé à la présidente du FN le recouvrement de 340 000 euros, correspondant aux salaires versés à deux de ses assistants. Si Marine Le Pen a refusé de rembourser cette somme, celle-ci est retenue depuis le 1er février 2017 sur son indemnité d'élue (à 50 %), ses frais généraux (à 100 %) et ses indemnités journalières (à 50 %).

La présidente du FN s’est interrogée auprès de l’OLAF sur l’utilité d’un tel rapport, « dès l’instant que les autorités françaises ont été saisies par le président du Parlement européen ». Elle dénonce aussi, depuis le début de la procédure, une « opération politique » du Parlement et l'OLAF, téléguidée selon elle par l'ancien président du Parlement, le socialiste allemand Martin Schulz. « Le Parlement européen est une structure politique qui a décidé de mener contre les patriotes que nous sommes un combat sans prisonniers. Il ne supporte pas l’idée qu’il puisse exister une opposition en son sein », a-t-elle dénoncé dans Le Monde, le 3 février.

Elle a d'ailleurs déposé, le 24 janvier au tribunal de Bruxelles, une plainte pour « faux » et « usage » de faux à l'encontre du secrétaire général du Parlement et du directeur de l'OLAF. Sollicités, les services du Parlement se sont refusés à tout commentaire.

·         Thierry Légier, garde du corps

 

Ce gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix, ancien parachutiste, est connu de tous les frontistes comme le garde du corps des Le Pen depuis 1992. Celui du père d’abord, puis, à partir de janvier 2011, celui de la fille. Mais Thierry Légier a aussi été, à deux reprises, rémunéré comme assistant européen « local » de Marine Le Pen sous la précédente mandature.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans un livre, Thierry Légier a raconté ses années de garde du corps de Jean-Marie Le Pen.

Le premier contrat, entre septembre et décembre 2009, était un temps partiel de 12 heures par semaine, rémunéré 1 619,85 euros net par mois. Comment Thierry Légier pouvait-il être le garde du corps de Jean-Marie Le Pen – comme il le raconte dans un livre autobiographique – et en même temps l’assistant européen de Marine Le Pen ? L’OLAF pose la question et estime qu’« il existe une contradiction et une impossibilité matérielle » entre ces deux activités.

Pendant ces trois mois, le garde du corps aurait été « financé » sur les fonds européens « alors qu’il exerçait exclusivement des fonctions de garde du corps pour M. Jean-Marie Le Pen », signale le rapport. Montant total payé par l’Europe, charges comprises : « 12 000 euros ». Dans ses conclusions, l’OLAF formule une hypothèse. « Dans les faits, il est probable que ce contrat a permis d’épuiser les crédits encore disponibles sur l’enveloppe budgétaire annuelle de 2009 de Mme Le Pen et de payer une rémunération complémentaire à l’agent de protection rapprochée de M. Le Pen qui l’employait lui aussi alors comme agent de protection. »

Mais c’est son second contrat qui a davantage attiré l’attention des enquêteurs de l’organe de contrôle. Entre le 1er octobre et le 31 décembre 2011, Thierry Légier a été embauché par Marine Le Pen pour un trois quarts temps extrêmement rentable : 7 237 euros net mensuels, soit 64 euros l’heure – ce qui équivaudrait à un temps plein payé 9 600 euros net. Une rémunération jugée « extrêmement élevée » par l’OLAF.

Invité le 24 juin 2015, selon l’organisme, à venir « expliquer sa situation » comme « témoin », Thierry Légier ne se serait « pas présenté ». L’avocat de Marine Le Pen, Marcel Ceccaldi, affirme lui que l’assistant « n’a rien reçu ». Interrogée par courrier le 9 février 2016, la présidente du FN a répondu le 16 mars en justifiant « ces trois mois de contrat à un taux horaire tout à fait inhabituel » par « une régularisation effectuée en collaboration et avec l’accord, bien entendu, de l’administration du Parlement européen ».

Selon Marine Le Pen, Thierry Légier « ne travaillait plus pour [elle] » à l’automne 2011, mais ce contrat aurait permis d’effectuer « une régularisation ancienne », à la suite d’« une erreur ». « Le Parlement n’avait pas versé au tiers payant les salaires correspondant à ce travail », assure-t-elle, en affirmant que son assistant n'aurait pas touché sa rémunération. Une question demeure: où est passé l'argent?

Le Parlement européen, que l’OLAF a questionné, a démenti cette version : il n’y a « aucune trace dans le dossier » laissant penser « qu’il ait accepté un contrat comme moyen de régularisation », a-t-il répondu en avril 2016. « Le [Parlement européen] ne demande jamais à un député de produire des faux documents ou des fausses attestations pour couvrir des opérations », a précisé l’institution, qui estime que « le contrat de 3 mois avec Mme Le Pen fin 2011 semble une très mauvaise option pour rééquilibrer les dépenses 2010 et 2011 ».

 

Les enquêteurs de l’OLAF concluent que ce contrat « signé par Mme Le Pen ne correspond pas à la réalité » et que, « de ce fait, le bulletin de salaire établi pour le mois d’octobre 2011 (...) constituerait un faux ». L’organisme considère que ces « faits en question pourraient être constitutifs d’infractions pénales d’abus de confiance, voire d’escroquerie ainsi que de faux et d’usages de faux, selon les dispositions respectives du code pénal français ». Il a donc transmis ces éléments à la justice.

 

Extrait du rapport d'enquête de l'OLAF. © Mediapart et Marianne

Joint par Mediapart, Thierry Légier n’a pas souhaité nous répondre, pas plus que la présidente du FN (lire notre Boîte noire). Au journal télévisé de TF1, Marine Le Pen a expliqué que son garde du corps avait « travaillé quelques heures pour [elle] par mois »« pour répondre notamment au téléphone, pour faire des travaux dans [son] bureau ». Son avocat a quant à lui avancé une drôle de justification à Mediapart au sujet de cette embauche : « C’est le problème de la sécurité. Est ce qu’il est exorbitant du droit commun que le Parlement assure la sécurité de Marine Le Pen ? », nous rétorquait Marcel Ceccaldi en novembre. « Thierry Légier a été aussi [l’assistant] de Jean-Marie Le Pen sous la précédente mandature, mais on ne le reproche pas à Jean-Marie Le Pen », ajoutait l'avocat.

Me Ceccaldi explique aujourd'hui qu’il ne s’est « pas penché sur le dossier [Légier] » pour l'instant. Il assure que « les motifs retenus par Klaus Welle [le secrétaire général du Parlement – ndlr] concernant le recouvrement des sommes versées à Légier, ne visent pas de faux », et insiste : « Pour l’instant je n’ai aucun élément qui me permette de dire que c’est un faux. » Pourtant, dans sa lettre du 30 septembre 2016, que Mediapart s’est procurée, Klaus Welle précisait à Marine Le Pen que l’administration n’acceptait pas « un faux document comme moyen de régularisation ».

 

·         Catherine Griset, cheffe de cabinet

Catherine Griset dans un clip vidéo du FN.

Vieille amie et ex-belle-sœur de Marine Le Pen, Catherine Griset est aussi son assistante depuis 1993. En février 2015, elle est devenue sa cheffe de cabinet, au siège du parti à Nanterre. Une promotion dont l'organigramme du Front national porte la trace.

Parallèlement, cette quadragénaire a été salariée comme assistante « accréditée » de la présidente du FN au Parlement, à temps plein, du 1er décembre 2010 au 15 février 2016. Fin 2014, elle avait assuré au Parisien concilier les deux tâches « grâce au télétravail », sans préciser si elle cumulait deux salaires, ou si le Parlement européen couvrait son travail au siège du FN. 

Catherine Griset devait pour ce poste travailler dans les murs de l'institution, entre Bruxelles et Strasbourg. Loin de Nanterre, donc. Dans son rapport, l'OLAF émet des « doutes quant à son activité réelle », en s'appuyant sur plusieurs éléments. Comme l'« adresse effective » de l'assistante. Dans son dossier, Catherine Griset a déclaré résider à Braine-l'Alleud, en Belgique, logée gracieusement chez un ancien assistant de Marine Le Pen, Charles Van Houtte. 

Mais les fonctionnaires de l'OLAF relèvent eux que « Mme Griset au cours de sa période [d’assistante accréditée] a toujours résidé dans les environs de Paris, d’abord à Plaisir puis à Garches ». Interrogé comme témoin par l'organe de contrôle, le 25 mars 2015, Charles Van Houtte a expliqué que « Mme Griset ne faisait jamais de long séjour, que sa chambre était plus un pied-à-terre qu’une habitation permanente, qu’elle venait pour passer deux jours et passait la nuit et qu’elle n’avait jamais fait de semaine complète ». L'OLAF pointe en outre que Catherine Griset ne détient pas de téléphone (fixe ou mobile) belge et possédait une voiture française « qu’elle n’a jamais utilisée pour rentrer dans les bâtiments du [Parlement européen] ni à Bruxelles, ni à Strasbourg ».

Dans Le Monde, Marine Le Pen « conteste formellement le fait que Catherine Griset n’ait pas été fixée à Bruxelles ». « On m’indique l’inverse sans m’apporter aucun élément », se plaint-elle, argumentant : « Catherine, elle vient à Bruxelles quand j’y vais. Et quand je n’y vais pas, elle badge. » « Demandez donc le listing des badges (...), je n’ai pas accès à cela », a enjoint la présidente du FN. Mais l'examen des pointages du badge de l'assistante a révélé, selon l'OLAF, « une très faible présence » dans les locaux du Parlement à Bruxelles : « 740 minutes » entre « septembre 2014 et août 2015 », soit seulement douze heures en un an.

Les enquêteurs de l’Office antifraude ont interrogé un responsable chargé des accréditations au Parlement sur la possibilité de pénétrer dans l’enceinte de l’institution sans badge. Étant donné les « mesures de sécurité en vigueur »« il est hautement improbable qu’un [assistant accrédité] puisse y pénétrer sans utiliser son badge d’accès y compris lorsqu’il vient avec son député », a-t-il expliqué.

Lors de son entretien avec les fonctionnaires de l'OLAF, le 2 juillet 2015, Catherine Griset a reconnu « ne venir qu'un ou deux jours par mois » et « une fois par semaine en 2013 et 2014 ». Mais elle a fait valoir que son poste de cheffe de cabinet ne constituait « qu'un titre politique » et n'était « pas en conflit d'intérêts » avec celui d'assistante accréditée, « car il s'agissait d'un travail similaire effectué par la même personne ». C'est aussi l'argument développé par Marine Le Pen : « Elle s’occupe absolument de tout : mes déplacements quand je vais au Parlement, les interviews. Quand les gens m’appellent, ils veulent voir qui ? La présidente du Front national ou la députée européenne ? »

Ces explications ne semblent pas avoir convaincu l'OLAF. Pour le gendarme européen, « en ne respectant pas ses obligations au niveau des activités réellement exercées et du fait de son absence quasi permanente de son lieu de travail, Mme Griset ne s’est pas acquittée de ses fonctions qui découlaient de contrat d’emploi passé avec le [Parlement européen] et n’a pas eu d’activité réelle d’assistant accrédité sur son lieu d’affectation ». Selon l’Office antifraude, qui invoque l’article 314.1 du code pénal français, ces « irrégularités répétées » pourraient relever d’un possible abus de confiance. Une telle situation « pourrait présenter les caractéristiques d'un emploi fictif », conclut l'organisme. Ne disposant pas des « moyens d'enquête » sur l'activité réelle de la collaboratrice de Marine Le Pen au siège du FN, l'OLAF a transmis ce dossier à la justice française.

Marine Le Pen conteste en bloc les conclusions de l'OLAF. Dans sa réponse à l'organe de contrôle, elle maintient que son assistante « s’occup [ait] intégralement de [s]on activité de parlementaire européen » et dément que l'activité de celle-ci soit en région parisienne. Mais d'après l'Office antifraude, cette déclaration n'est étayée d'« aucune explication ou document ».

Devenue simple assistante « locale » en février 2016, Catherine Griset a définitivement quitté ses fonctions de collaboratrice européenne à l'automne dernier. Sollicitée, elle ne nous a pas répondu.

·         Louis Aliot, vice-président du FN

C'est le cas du vice-président du FN qui a d'abord attiré l'œil de l'OLAF. Louis Aliot était en effet mentionné dans le signalement anonyme reçu en 2014, soupçonné d'être un « emploi fictif ». Entre le 1er juillet 2011 et le 5 mai 2014, le compagnon de Marine Le Pen a été rémunéré par celle-ci comme assistant « local », c'est-à-dire chargé d'assister son député(e) en France. Montant affiché sur son contrat, à temps partiel : 5 006,95 euros brut ; « soit un équivalent de plus de 10 000 euros à temps plein », note l'OLAF, à qui la rémunération « semble élevée »

S'il ne devait travailler, selon son contrat, que 17,5 heures par semaine pour son eurodéputée, Louis Aliot cumule alors de nombreuses responsabilités. Outre sa profession d'avocat, il est vice-président du FN, élu à Perpignan (conseiller municipal mais aussi régional), et fut nommé directeur opérationnel de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012, puis porte-parole du FN pour la campagne des législatives, en juin 2012.

Mais l'OLAF, « compte tenu de ses moyens d’enquête », n’a pas été en mesure d’établir que Louis Aliot « n’a pas pu mener ses différentes fonctions et autres activités en parallèle, et que l’emploi d’assistant local exercé à mi-temps auprès de Mme Le Pen était fictif ». Concrètement, les enquêteurs de l'Office antifraude auraient eu besoin d'éléments factuels pour faire ses vérifications, comme des agendas, des relevés téléphoniques, ou des données contenues dans l'ordinateur du vice-président assistant. Autant d'éléments que seule la justice pourrait obtenir.

D'autant, constate l'OLAF, que « le contrat est succinct » et « le descriptif des tâches est vague », ne permettant pas « de délimiter clairement (...) les activités d'assistant local de celle de militant du parti, ni de quantifier le travail effectué ».

Autre point étudié par l'organisme de contrôle : l'éventuel « conflit d'intérêts » que pourrait représenter l'embauche par Marine Le Pen de son compagnon, alors que le statut des députés européens prévoit que « les sommes versées dans le cadre de l’assistance de collaborateurs personnels ne peuvent financer l’emploi de conjoints des députés ou de leurs partenaires stables ». En juillet 2012, les services financiers du Parlement avaient déjà questionné la députée sur ce point. « Je ne suis ni mariée à Louis Aliot, ni liée avec lui par un Pacte civil de solidarité [PACS – ndlr], ni par une déclaration fiscale commune, ni par un quelconque statut reconnu par l’État français », avait répondu Marine Le Pen, dans un courrier daté du 18 septembre 2012.

 

Interrogé par Mediapart en 2013, Louis Aliot avait lui aussi plaidé le caractère juridiquement informel de sa relation avec la présidente du FN et estimé n'être « pas concerné par ce texte ». Bien que le couple soit lié au sein d'une société civile immobilière qui lui a permis d'acheter, en 2010, une maison à Millas, près de Perpignan. Mais pour l'OLAF, « même si les méthodes employées pour rétribuer [Louis Aliot] peuvent être considérées comme éthiquement discutables, elles ne sont pas attaquables légalement car la collecte des preuves contraires est impossible compte tenu de l’état des textes existants sur le statuts des [assistants locaux] ».

·         Florian Philippot, vice-président du FN

Un autre assistant bénéficie de ce flou entourant la catégorie des assistants « locaux », qui ne sont pas tenus de travailler entre les murs du Parlement : Florian Philippot. Comme Louis Aliot, il a été rémunéré à temps partiel pendant la campagne présidentielle comme collaborateur européen. Il était lui chargé « du suivi de la commission de l’emploi et des affaires sociales ainsi que la communication et les relations avec les formations politiques des autres pays membres de l’Union européenne ».

Mais comme pour Louis Aliot, « les éléments réunis par l’enquête ne permettent pas à l’Office de confirmer l’allégation sur l’emploi fictif qu’aurait exercé M. Philippot auprès de Mme Le Pen », concluent les enquêteurs dans leur rapport.

À l'époque également interrogée par les services du Parlement, Marine Le Pen avait rétorqué que « la durée horaire modeste de leurs contrats d'assistance parlementaire permet de concilier deux activités professionnelles ». Elle avait fait valoir que Florian Philippot bénéficiait par ailleurs d'un « contrat complémentaire » lié à la campagne. Questionné alors par Mediapart, le vice-président du FN avait renvoyé la balle vers le conseiller aux affaires européennes de Marine Le Pen, Ludovic de Danne, sans donner de détails sur la nature de son travail comme assistant, ni la date de son départ.

Quels éléments la justice retiendra-t-elle parmi ces différentes situations ? L'avocat de Marine Le Pen, lui, conteste le droit de la justice française d'agir, brandissant ses requêtes en référé déposées devant la Cour européenne au Luxembourg pour contester la procédure de recouvrement enclenchée par le Parlement. « Si la procédure OLAF est annulée, vous imaginez ? Un conflit juridictionnel, ce serait un problème », commente Me Ceccaldi. En attendant, la présidente du FN doit rembourser au Parlement européen les 340 000 euros correspondant aux salaires de Catherine Griset (298 392 euros) et Thierry Légier (41 554 euros).

Mais elle continue d'assumer la double casquette de ses assistants : « Nous travaillons contre l’Union européenne. Et nous sommes des politiques et nous avons des actions politiques et nos assistants parlementaires sont aussi des militants qui ont des actions politiques », a-t-elle martelé sur le plateau de TF1.

Article mis à jour le 16 février à 14h20.

Cet article est le fruit d’un travail d’enquête commun de plusieurs mois de Marine Turchi (Mediapart) et Mathias Destal (Marianne) sur les assistants FN au Parlement européen. Un premier volet a été publié le 31 octobre 2016, puis un second le 12 décembre 2016.

Sollicitée à plusieurs reprises, Marine Le Pen n’a pas répondu à nos questions. Son avocat nous a quant à lui accordé plusieurs entretiens depuis le mois d’octobre. Joint, Thierry Légier a refusé de s’exprimer sur sa situation, nous répliquant : « Est-il vrai que vous devez quatre millions d’euros au fisc ? » « Il reste à payer deux millions, revenez quand vous aurez payé l’intégralité ! » Sollicitée via le directeur de cabinet de Marine Le Pen et le directeur de communication du FN, Catherine Griset n’a pas donné suite. Mediapart avait déjà questionné Louis Aliot et Florian Philippot sur leur situation, en 2013.

Il revient à la justice d'établir si les faits d'intérêt public ici révélés sont susceptibles d'être poursuivis pénalement. Dans cette attente, toutes les personnes concernées bénéficient évidemment de la présomption d'innocence.

Affaire des assistants au Parlement: les zones d’ombre du contrat du garde du corps de Marine Le Pen

Marine Le Pen a réfuté tout contrat « fictif » de son garde du corps Thierry Légier, rémunéré fin 2011 comme assistant au Parlement européen. De nouvelles informations obtenues par Mediapart et Marianne montrent que ce contrat d'assistant de Thierry Légier est entouré de zones d’ombre. Nouveau volet de notre enquête.

C'est un petit contrat qui embarrasse beaucoup Marine Le Pen. Après la révélation par Mediapart et Marianne, jeudi, du rapport d'enquête de l'Office antifraude européen sur les assistants de la présidente du FN au Parlement européen, le contrat de son garde du corps, Thierry Légier, est sous le feu des projecteurs. 

Marine Le Pen, son avocat Me Marcel Ceccaldi et le vice-président du FN, Florian Philippot, ont multiplié les déclarations, vendredi, pour éteindre l'incendie. « Il n’y a évidemment absolument rien de fictif, ni d’emploi fictif, ni rien de tout cela dans ce dossier, a martelé la présidente du FN, interrogée jeudi sur France Bleu, en dénonçant un « mensonge éhonté ». Elle affirme avoir « toutes les preuves » et les avoir « déjà transmises à l’OLAF ».

 

Dans les médias, la présidente du FN, comme son avocat, ont pourtant omis un grand nombre d'éléments. Et de nouvelles informations obtenues par Mediapart et Marianne montrent que le contrat de son garde du corps au Parlement européen est entouré de zones d'ombre et de questions.

Marine Le Pen et son garde du corps Thierry Légier, le 13 février 2017, à Nice. © Reuters

Celui qui assure la protection des Le Pen père et fille depuis 1992 a été rémunéré comme assistant parlementaire « local » de la présidente du FN sous la mandature précédente, à travers deux contrats : le premier entre septembre et décembre 2009 (un temps partiel), le second entre octobre et décembre 2011 (un trois quarts temps).

L'Office européen de lutte contre la fraude (OLAF), le « gendarme » européen, s'est penché sur son cas dans le cadre d'une enquête sur les assistants de Marine Le Pen démarrée en juin 2014, après la réception d'un signalement anonyme évoquant une « possible fraude au Parlement européen »

L'organe de contrôle se questionne sur la réalité du contrat de 2011 de Thierry Légier, dont il juge la rémunération « extrêmement élevée » : 7 237 euros net mensuels – ce qui équivaudrait à un temps plein payé 9 600 euros net. Si Marine Le Pen répète devant les caméras qu’elle n’a « jamais reconnu quoi que ce soit devant des enquêteurs [de l’OLAF, ndlr] » qu’elle n’a « jamais vus », elle omet de dire qu'elle a été questionnée par écrit par l'OLAF, qui lui a transmis ses questions dans un courrier du 9 février 2016. La présidente du FN a répondu à l'organe de contrôle le 16 mars: dans ce courrier, elle justifie « ces trois mois de contrat à un taux horaire tout à fait inhabituel » par « une régularisation effectuée en collaboration et avec l’accord, bien entendu, de l’administration du Parlement européen ».

Toujours dans cette lettre, Marine Le Pen admet elle-même que Thierry Légier « ne travaillait plus pour [elle] » à l’automne 2011, mais elle explique que ce contrat visait à effectuer « une régularisation ancienne », à la suite d’« une erreur » « le Parlement n’avait pas versé au tiers-payant les salaires correspondant à ce travail », dit-elle. Le tiers-payant est l'expert-comptable que choisit chaque eurodéputé pour s'occuper des bulletins de salaire de ses assistants. Il est en quelque sorte l'interface entre le Parlement et le député : il reçoit les fonds du Parlement et paye ensuite les salaires aux assistants. Jusqu'en 2011, c'est le cabinet Fiduciaire Revco qu'avait choisi – et rémunéré – l'eurodéputée Marine Le Pen pour assurer cette tâche.

Mais selon nos informations, le Parlement européen aurait arrêté de rémunérer Thierry Légier fin 2009, pour une raison simple : Marine Le Pen aurait alors déjà utilisé tous les fonds européens dédiés à la rémunération de ses assistants. Chaque eurodéputé dispose en effet d'une enveloppe de 23 392 euros chaque mois pour rémunérer ses collaborateurs.

Ce « dépassement » de l'enveloppe serait apparu en mars 2010, lorsque le tiers-payant transmet au Parlement, comme chaque année, tous les contrats des assistants parlementaires de sa députée. À ce moment-là, ni Marine Le Pen, ni son tiers-payant ne réagissent. Mais surtout, Thierry Légier continue d'être rémunéré par le tiers-payant : 19 883 euros lui ont été versés de janvier à septembre 2011. Ce que le Parlement dit avoir ignoré.

Le tiers-payant, s'apercevant d'un différentiel dans sa trésorerie entre les salaires qu'il a versés et les fonds qu'il a reçus du Parlement, a-t-il cherché un moyen d'être remboursé des sommes qu'il a versées à Légier ? En octobre 2011, le Parlement reçoit en tout cas un nouveau contrat de Thierry Légier comme assistant « local » de Marine Le Pen, pour une durée de trois mois. Un document en bonne et due forme, accompagné d'une déclaration URSSAF et d'un descriptif succinct des tâches que doit effectuer Thierry Légier. Pour le Parlement, il s'agit alors d'un nouveau contrat, qu'il valide donc « sur la base des documents et règles en vigueur », a-t-il expliqué à l'OLAF dans le cadre de l'enquête (voir l'extrait du rapport ci-dessous). Marine Le Pen signe ce contrat, et le Parlement verse au tiers-payant 41 554 euros pour ces trois mois. « Bien entendu, Thierry Légier n’a rien reçu du tiers-payant (...) puisqu’il s’agissait (...) de rembourser des dépenses effectuées par le tiers-payant », a affirmé la présidente du FN à l'OLAF.

Jeudi, sur France Bleu, Marine Le Pen a maintenu cette version : « Il y a eu une régularisation comptable entre le Parlement européen et le tiers-payant dans cette affaire. » Ce qu'a martelé son avocat, Me Marcel Ceccaldi, dans un long communiqué vendredi, évoquant « une régularisation tout à fait légitime, visée par le parlement européen et justifiée par ce même tiers-payant ».

 

Le problème : le Parlement européen dément fermement. Dans sa réponse aux enquêteurs de l'Office antifraude, le 4 avril 2016, il explique qu'il « n’a aucune trace dans le dossier qu’il ait accepté un contrat comme moyen de régularisation ». Il « ne demande jamais à un député de produire des faux documents ou des fausses attestations pour couvrir des opérations », précise-t-il, en ajoutant que « le contrat de 3 mois avec Mme Le Pen fin 2011 semble une très mauvaise option pour rééquilibrer les dépenses 2010 et 2011 ». Voici l'extrait du rapport :

Extrait du rapport d'enquête de l'OLAF. © Document Mediapart et Marianne

Dans son rapport, l’OLAF « constate que les déclarations de Mme Le Pen sur l’acceptation par le Parlement européen de la régularisation évoquée sont démenties par les services concernés et qu’en outre, aucun document comptable n’appuie les affirmations de Mme Le Pen ».

Un autre élément intrigue : en novembre 2011, le tiers-payant Revco cesse de travailler pour Marine Le Pen. Dans sa réponse à l'OLAF, en mars 2016, la présidente du FN se contente de dire qu'elle a « eu un certain nombre de difficultés avec ce tiers-payant, dont [elle a] fini par [se] séparer dans le courant de l’année 2012 ».

Marine Le Pen le remplace par l'un de ses vieux amis, Nicolas Crochet, un ancien candidat du FN qui a créé son propre cabinet d'expert-comptable, Amboise Audit. Crochet devient alors l'expert-comptable attitré du Front national : le tiers-payant des députés à Strasbourg, le comptable chargé de vérifier les comptes de campagne des candidats FN aux élections, mais aussi le commissaire aux comptes de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen. La présidente du FN le rémunérera d'ailleurs comme conseiller économique pendant sa campagne présidentielle, en 2012. Ces casquettes lui ont valu d'être mis en examen dans l'affaire du financement des campagnes de 2012 du FN, qui est renvoyée en correctionnelle.

Pourquoi le cabinet Revco est-il brutalement remplacé au moment de l'émission de ce nouveau contrat de Thierry Légier ? Ni Revco, ni la présidente du FN, ni Nicolas Crochet, n'ont répondu à nos questions (lire notre boîte noire). Thierry Légier, lui, n'a jamais donné sa version des faits à l'OLAF. Invité le 24 juin 2015, selon l’organisme, à venir « expliquer sa situation » comme « témoin », il ne se serait « pas présenté ». L’avocat de Marine Le Pen, Marcel Ceccaldi, affirme, lui, que l’assistant « n’a rien reçu ». Joint par Mediapart, le garde du corps n’a pas souhaité nous répondre.

 

Dans leurs conclusions, les fonctionnaires de l’OLAF estiment que ce contrat « signé par Mme Le Pen ne correspond pas à la réalité » et que, « de ce fait, le bulletin de salaire établi pour le mois d’octobre 2011 (...) constituerait un faux ». L’organisme considère que ces « faits en question pourraient être constitutifs d’infractions pénales d’abus de confiance, voire d’escroquerie ainsi que de faux et d’usages de faux, selon les dispositions respectives du code pénal français ». Il a donc transmis en juillet ces éléments à la justice française, qui a ouvert le 15 décembre dernier une information judiciaire contre X pour « abus de confiance », « recel d'abus de confiance, « escroquerie en bande organisée », « faux et usage de faux » et « travail dissimulé ». 

Extrait du rapport d'enquête de l'OLAF. © Mediapart et Marianne

Marine Le Pen a à nouveau remis en cause, jeudi, la légitimité de l'OLAF, qui « n’est pas une structure indépendante » mais « un organisme de la Commission européenne »« Vous imaginez bien que je ne suis pas dans les petits papiers de la Commission européenne », a-t-elle ajouté. La présidente du FN avait déposé le 24 janvier au tribunal de Bruxelles une plainte pour « faux » et « usage » de faux à l'encontre du secrétaire général du Parlement et du directeur de l'OLAF.

Gendarme de l'Union européenne, l'OLAF n'est pas un organe judiciaire : il réalise des enquêtes administratives puis fait des recommandations. Il transmet ensuite ses conclusions au Parlement européen et à l'autorité nationale compétente, s'il estime que des poursuites sont justifiées. Sur ses recommandations, le Parlement européen a demandé à Marine Le Pen de rembourser les 340 000 euros correspondant aux salaires de deux de ses assistants: Thierry Légier (41 554 euros) et Catherine Griset (298 392 euros). La présidente du FN a refusé de rembourser cette somme, mais une partie est retenue depuis le 1er février 2017 sur son indemnité d'élue (à 50 %); en mars cette retenue s'élargira à ses frais généraux (à 100 %) et ses indemnités journalières (à 50 %).

 

Le Front national ne veut en tout cas pas « apporter de l’eau au moulin » dans cette affaire. C'est ce qu'a répondu un dirigeant du FN vendredi soir à BFMTV, pour justifier son refus de venir en plateau aborder le dossier. Trois dirigeants du FN – Florian Philippot, Nicolas Bay, Sébastien Chenu – ont en effet décliné l'invitation de BFMTV, qui leur proposait de venir évoquer ce dossier sur son plateau, avec Mediapart. De son côté, Marine Le Pen, en déplacement dans le Jura pour sa campagne, vendredi, a été accueillie par un concert de casseroles. Son garde du corps, d'habitude à ses côtés, était absent. « Il a pris un jour de congé », a-t-elle justifié devant la caméra de France 2.

Violences policières : cinq ans avant le viol de Théo, la mort de Wissam oubliée par la justice

 

A Clermont-Ferrand dans la nuit du premier janvier 2012, un chauffeur routier de 30 ans, Wissam El Yamni, se retrouvait comateux dans un couloir du commissariat après une arrestation particulièrement violente. Il devait décéder neuf jours plus tard sans être sorti de son coma. Cinq ans après, une fin d’instruction est annoncée sans mises en examen de policiers en dépit d ‘éléments gravement accusateurs.

Une arrestation particulièrement violente aux dires des témoins

 

Vers trois heures du matin, ce premier janvier 2012, quelques jeunes assez éméchés plaisantent et chahutent sur le grand parking du quartier de la Gauthière. Suite à un appel téléphonique controversé, deux voitures de police surgissent sur le parking, dont une de la brigade cynophile. C’est alors que Wissan aurait jeté un projectile sur une des voitures. Wissam est immédiatement pris en chasse, en voiture d’abord dans les rues environnantes, puis à pied. Selon les témoignages de riverains, l’arrestation du fuyard se fait en deux temps. Wissan est d’abord placé à l’arrière d’une voiture dont il s’enfuit sans menottes. Presque aussitôt, il est plaqué au sol et tabassé. Deux femmes en train de fumer à leur balcon rapportent la scène sur France 3. L’une d’elles déclare : « J’ai vu une voiture arriver qui s’est mise sur le parking. Un jeune est sorti de la voiture en voulant fuir. Deux hommes sont arrivés vers lui. Ils l’ont plaqué sur le sol. Ils se sont mis tous les deux à donner des coups violemment sur lui, un au niveau de la tête, l’autre au niveau du torse. Quand ils ont fini de lui donner des coups, ils l’ont menotté et mis dans la voiture. 6 ou 7 voitures sont arrivées entre temps... ». Un autre témoin rapporte sur Europe 1 que les policiers « y allaient violemment avec les coups de pied. Et celui qui était vers la tête a fini avec des coups de poing. Ça a duré cinq – dix minutes. » Un autre témoin cité par Médiapart indique avoir vu une scène plus brutale encore avec davantage de policiers : « Nous avons vu une dizaine de voitures de police arriver en une minute, dont quatre banalisées. Les policiers sont descendus, ils ont mis de la musique à fond, de la funk, et ont démuselé les deux chiens. Ils étaient chauds, ils ont fait un décompte : « Trois-deux-un-go » et ils lui ont mis des coups. Ils étaient tous autour de lui, donc je ne voyais pas qui a commencé et qui faisait quoi mais c’étaient des coups de pied et des coups de genoux, et des coups de coude quand ils l’ont soulevé. »

 

Un coma possiblement lié de plusieurs façons aux violences subies

 

L’idée que le tabassage en règle rapporté par les témoins ait entraîné l’arrêt cardiaque s’impose à l’esprit. D’autant plus que l’enquête de l’IGPN semble bien montrer que Wissam a été ramené comateux au commissariat. Les policiers qui le laisseront couché à terre, la face sur le sol, les mains menottées dans un couloir diront l’avoir cru « endormi » ou «  simulant une perte de connaissance ». Quelques minutes plus tard, l’OPJ venu signifier sa garde à vue au prisonnier constatera qu’il n’a plus de pouls. C’est dans cet état que le SAMU le découvrira à 3h40. L’arrêt cardiaque de 9 minutes qui sera finalement annoncé à la famille aurait pu être en réalité beaucoup plus long. Et, lorsqu’au bout de neuf jours le décès de Wissam sera déclaré, son frère accusera la police d’avoir fait maintenir Wissam artificiellement en vie pour qu’il puisse cicatriser le plus possible avant l’autopsie.

 

Le procureur a repoussé bien sûr cette accusation comme celle, maintenue par le frère de la victime, que des clichés de Wissam pris peu avant sa mort alors que la cicatrisation était en voie ont été présentés dans le dossier comme datant du 2 janvier, soit le lendemain des faits. Cependant le parquet a dû reconnaître avec le pré-rapport d’autopsie l’étendue et la gravité des traumatismes subis : présence d’une fracture des côtes, une autre du rocher orbitaire, lésions au niveau du cou…(1)

 

Ces derniers stigmates laissent ouverte l’hypothèse la plus grave, celle où la mort de Wissam serait un véritable assassinat par étranglement. Les lésions au cou apparaissent en effet comme des marques de strangulation qui aurait pu être effectuée à l’aide de la ceinture disparue de Wissam. Cette hypothèse a été avancée par un expert du CHU.

 

A côté de cette hypothèse extrême, une autre a été retenue par le premier rapport d’autopsie, conforme d’ailleurs aux dires du policier qui a « accompagné » Wissam pendant le trajet vers le commissariat. C’est celle d’une compression des artères carotides dues à l’emploi de la technique dite du « pliage » par le policier qui lui aurait ainsi maintenu la tête entre ses jambes pendant quatre ou cinq minutes. Le pré-rapport fait état « d’excroissances osseuses au niveau de la mâchoire de la victime particulièrement longues qui auraient accru la compression des artères carotides »(2). On voit bien qu’ainsi, même si le policier emploie une technique prohibée, sa responsabilité est atténuée si, toujours selon ses dires, l’ « énervement » de Wissam nécessitait une telle contrainte.

 

Cette explication ne satisfait pas du tout la famille. S’il est avéré que le « pliage » ait pu entraîner la mort à d’autres occasions, c’est après une contention de plusieurs heures, celle que peut subir par exemple un expulsé dans l’avion du retour. On est très loin des quatre ou cinq minutes qu’a duré le trajet vers le commissariat. Et puis l’utilisation du « pliage » suppose que Wissam était dans un fort état d’agitation, peu compatible avec le tabassage que les témoins ont pu observer et dont il portait les marques. Enfin, s’il était aussi agité, comment se fait-il qu’un seul policier l’ait accompagné au commissariat en plus du chauffeur alors que plus d’une vingtaine d’agents étaient présents sur les lieux de l’interpellation ?

 

Le procureur innocente les policiers avant le procès

 

Cette dernière hypothèse d’un « pliage létal » va bientôt être abandonnée par le procureur à la suite d’une contre-expertise demandée par la famille, mais abandonnée pour une hypothèse qui ne laisse pas d’être scandaleuse dans le contexte de cette interpellation violente. L’arrêt cardiaque de Wissam serait dû tout simplement aux substances qu’il aurait prises et qui auraient constitué un cocktail meurtrier. Certes Wissam avait bu ce premier janvier comme ses camarades et son taux d’alcoolémie était élevé. Il avait aussi fumé du cannabis mais deux fois moins qu’il en faut pour être positif aux contrôles de police. Et, si l’on a retrouvé des traces de cocaïne dans son corps, un toxicologue médico-judiciaire reconnu, consulté par la famille, exclut que ces traces puissent avoir aggravé les risques d’un malaise cardiaque (3). Cela n’empêche pas le rapport de contre-expertise d’avril 2013 d’affirmer : « Le décès s’explique sans intervention d’un tiers. L’interpellation a toutefois pu favoriser ou précipiter la survenue du trouble cardiaque en tant que facteur de stress psychologique ». Une nouvelle contre-expertise d’avril 2014 aboutira à la même conclusion surréaliste : le décès de Wissam serait dû à l’alcool, aux drogues et ... au stress ! C’est très logiquement alors que les deux policiers « accompagnateurs » mis en examen seront déchargés en appel. La cour d’appel annulera les mises en examen en précisant que « les différents rapports médicaux versés au dossier (…) ne démontrent pas clairement que le décès du jeune chauffeur routier ait été causé par l’intervention d’un tiers. Faute de certitudes sur ce point crucial, la cour d’appel estime alors qu’il ne peut exister « d’indices graves et concordants, justifiant le maintien de la mise en examen des fonctionnaires. »

 

Ainsi, malgré toutes les déclarations des témoins, toutes les traces de tabassage relevés à l’autopsie, les stigmates d’une possible strangulation, la disparition suspecte de la ceinture de la victime et toutes les irrégularités relevées par les avocats de la partie civile d’une enquête menée par la police auprès de la police, les deux policiers qui avaient fini par être mis en examen ne sont plus que des « témoins assistés » et le procureur annonce la fin de l’instruction pour cette année ! Quelle justice pour Wissam ?!

 

En pleine affaire Théo, le traitement par la justice de l’affaire Wissam peut nous faire craindre le pire : l’impunité totale des responsables. Les manifestations, comme pour Théo, n’avaient pourtant pas manqué pour Wissam. Une première marche à Clermont-Ferrand le 7 janvier 2012 a réuni environ 500 personnes. Un rassemblement de 500 personnes a eu lieu dans cette même ville le 10, le lendemain du décès. Une grande marche de soutien a été suivie par 4000 participants le 14 janvier. Un comité « Justice et Vérité pour Wissam » a été créé et a organisé des manifestations de soutien qui sont allées en s’espaçant. Celles-ci sont pourtant absolument nécessaires pour faire prendre conscience de l’injustice face aux violences policières dont le viol de Théo est le récent témoin. Une constatation pour faire réfléchir : sept dossiers par jour en moyenne, majeurs et mineurs confondus, avec des condamnations allant jusqu’à un an ferme pendant la quinzaine de janvier 2012 qui a suivi les émeutes consécutives au décès de Wissam ; aucun inculpé chez les policiers responsables de sa mort.

 

1- La Montagne.fr – A la Une – CLERMONT-FERRAND (63000). Un Clermontois dans le coma après une interpellation musclée.

 

2-La Montagne.fr – A la Une – CLERMONT-FERRAND (63000).Mort de Wissam El-Yamni : l’autopsie exclut l’overdose.

 

 

3-Rapport d’analyse du docteur Pascal KINTZ

·         FRANCE

 

L’affaire Fillon ou la destitution de la Ve République

 

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme et le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans. Car aujourd'hui, l’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner.

L’affaire Fillon n’est pas le premier scandale qui ait fait vaciller une candidature présidentielle sous la Ve République. On serait même tenté de dire que c’est un classique. Georges Pompidou et l’affaire Markovic, Jacques Chaban-Delmas et sa feuille d’impôt, Valéry Giscard d’Estaing et les diamants de Bokassa, Jacques Chirac et les emplois fictifs de la mairie de Paris. Dernière en date, l’affaire du Sofitel de New York qui emporta la candidature de Dominique Strauss-Kahn à l’élection présidentielle de 2012 et ouvrit la voie de l’Élysée à François Hollande. Quant à Nicolas Sarkozy, ce n’est pas une mais plusieurs affaires qui alimentent la chronique politico-judiciaire depuis son élection en 2007. Et ce n’est pas un destin élyséen que l’affaire Cahuzac a discrédité, c’est tout le quinquennat de François Hollande. « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, disait Jacques Chirac, elles font “pschitt” » ; c’est souvent vrai, mais il arrive aussi qu’on ne s’en relève pas.

 

L’affaire Fillon est un naufrage. Le naufrage d’un homme, le naufrage d’un système politique auquel il appartient depuis 35 ans et dont il a épousé toutes les versions, du séguinisme au sarkozysme, et du gaullisme social au libéralisme décomplexé. C’est enfin un nouvel épisode d’un naufrage aux conséquences imprévisibles, celui de la Ve République.

François Fillon © Reuters

Naufrage personnel tout d’abord. Les révélations du Canard enchaîné ont frappé en plein cœur le récit du candidat, un récit qui relevait d’un registre plus moral que politique et qui invitait au redressement national par le travail et au prix de sacrifices. Fillon proposait aux Français une véritable cure d’« austérité » qu’ils étaient sommés d’accepter au nom de l'« exemplarité » de son auteur. Fillon promettait de retrouver le chemin de l’authenticité, au prix d’une rupture avec les illusions du bling-bling sarkozyste comme avec les mirages de l’identité heureuse d’Alain Juppé. Avec lui, le pays allait retrouver des horaires de travail décent, des écoliers en uniforme et, en prime, la messe du dimanche. Et avec son profil de notable de province, son épouse au foyer, ses cinq enfants et son manoir de Beaucé, Fillon avait un certain crédit. Il pouvait même claironner le triptyque « travail, famille, patrie » sans que personne ne songe à l’accuser de pétainisme subliminal. Gaulliste il était, gaulliste il restait. Sa probité personnelle était indexée à celle du Général, qui remboursait ses factures d’électricité. La statue du commandeur Séguin tenant lieu de témoin de moralité.

Les campagnes électorales aujourd’hui ne reposent plus seulement sur des contenus idéologiques ou des programmes, mais sur des performances théâtrales et des productions symboliques. Elles se déroulent à la frontière du public et de l’intime, de la politique et de la morale. Dans ce contexte, les affaires constituent l’événement perturbateur, le coup de théâtre indispensable à la tension dramaturgique. Ce sont la tension narrative, l'identification symbolique, les métaphores (et la façon dont elles sont interprétées dans le flux des événements) qui déterminent le vainqueur d’une élection et non pas son programme.

Avec l’affaire Fillon, l’élection présidentielle est entrée dans une zone de turbulences aux conséquences imprévisibles. Emmanuel Macron l’a bien compris, qui vient de déclarer au JDD : « C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne. La politique, c’est mystique. C’est tout mon combat. » Au risque de l’extinction de voix. Ou de la démystification, comme dans le cas Fillon.

La mystique macronienne, c’est un peu plus qu’un récit de vie. Cela met en jeu des actes de langage, mais aussi des moyens de production symbolique, une théâtralité, des effets de cadrage (photographique, syntaxique, sémantique). Enfin, pas de mystique sans la réverbération des discours dans la médiasphère, leur appropriation par les réseaux sociaux. Thomas Mann considérait la vie dans le mythe comme une « vie en citations », définition qui prend avec Internet une signification nouvelle : désormais, le grand mythographe, c’est Google. Nos dieux profanes, qu’ils soient sportifs, mannequins ou présidents, naviguent sur le Web. C’est lui qui hiérarchise les divinités et dresse la carte de leurs navigations. Il y faut de l’inédit et de la répétition. Jeanne d’Arc et Uber. Le Puy du Fou et les nanotechnologies. Pas de performance qui ne s’avance codée, cryptée, drapée de précédents. Pas même de campagne électorale sans que l’on convoque les grands anciens, un récit des origines. Pas d’élection qui ne soit un revival. C’est cette réécriture, cette répétition, cette trace qui donne à l’inédit son « aura » spectrale, sa troisième dimension.

Ce qui fait le succès d’une campagne, ce n’est pas une image ou une « histoire », c’est une performance complexe, entre rituel et stratégie, capable tout à la fois de se connecter avec l’électeur, de focaliser le débat, de contrôler l’agenda, d’imposer une ligne narrative, de créer son propre réseau de diffusion virale. La feuilletonisation de la vie politique que dénonce François Fillon appartient en partie déjà au passé, à l’âge télévisuel où il y avait encore une audience pour chaque épisode. Aujourd’hui, la communication politique est dominée par l’exigence de la vitesse. Les enchaînements narratifs se transforment en engrenages de coups d’éclat et d’effets de surprise. Inutile d’essayer de dérouler un récit au long cours lorsqu’une information peut surgir à tout instant et venir bouleverser la séquence en cours.

Le carré magique

C’est le croisement de ces effets qui explique le succès ou l’échec d’une campagne électorale. Ce que j’avais appelé, au moment de la campagne d’Obama, le carré magique de la communication politique. Premier côté du carré : Raconter une histoire capable de constituer l’identité narrative du candidat en résonance avec l’histoire collective (storytelling). Deuxième côté : Inscrire l’histoire dans le temps de la campagne, gérer les rythmes, la tension narrative (timing). Troisième côté : Cadrer le message idéologique du candidat (framing) et imposer un « registre de langage cohérent » en « créant des métaphores ». Quatrième côté : Créer son réseau sur Internet et sur le terrain, c’est-à-dire un environnement hybride et contagieux susceptible de capter l’attention et de structurer l’audience du candidat (networking).

Le carré magique n’est pas une recette, c’est un schéma qui désigne des enjeux stratégiques, les conditions de réussite ou d’échec d’une performance collective. Chaque côté du carré magique est un champ de bataille. De ce point de vue, l’affaire Fillon est un cas d’école : les quatre côtés du carré magique ont été enfoncés par l’affaire et ses rebondissements.

Les scénaristes de série télévisée ne s’y sont pas trompés. « On est presque dans une pièce de Shakespeare », explique l'un deux. Surnommé sur Twitter « House of Sarthe » en référence à la série House of Cards, on a comparé l’affaire Fillon à Downton AbbeyGame of Thrones ou encore Borgen. Le timing des révélations du Canard était presque parfait. L’emploi présumé de l’épouse et des enfants de Fillon, la ristourne sénatoriale et ses éventuels conflits d’intérêts n’intéressaient personne tant qu’il n’était pas le vainqueur annoncé de la présidentielle. À trois mois de l’élection, il devenait vulnérable, à portée du soupçon et de l’opprobre. C’était le moment idéal pour un coup de théâtre.

 

Le Fillon presbytéral, qui promettait aux Français un long carême contre la rémission de leurs péchés, s’est trouvé renvoyé à ses propres faiblesses. Goût du luxe, voitures de sport, costumes sur mesure et mocassins à glands. Celui qui promettait du sang et des larmes et fustigeait les assistés était beaucoup moins sourcilleux quand il s’agissait de ses propres deniers : soupçons d’emplois fictifs, ristourne sénatoriale, conflits d’intérêts… « Je suis un homme, pas un saint ! » protestait le pécheur comme à confesse… mais c’était déjà trop tard. Il eût fallu le dire avant. Ou, à tout le moins, ne pas jouer les saintes-nitouches. Avec moins de trémolos dans la voix et un peu plus de modestie. Maintenant le mal est fait. L’icône est à terre, l’identité narrative du candidat en miettes.

François Fillon © Reuters

Les électeurs de la primaire de la droite et du centre croyaient avoir choisi l’anti-bling-bling de la droite, tourné la page du Fouquet’s et du rapport décomplexé de Sarkozy à l’argent. Un président intègre, raide comme la justice ne saurait faire de mal dans une période de crise. Les révélations du Canard enchaîné, confortées par celles d’« Envoyé spécial » et de Mediapart, ont mis à mal l’image d’intégrité de celui qui avait fait de sa foi chrétienne un gage de probité. « Ces révélations ont instillé le doute en nous, reconnaissent deux électeurs des Hauts-de-Seine interrogés par le journal La Croix. Il est peut-être dans le droit, mais pas dans l’exemplarité. » Contraint de passer au confessionnal, il feignait de s’excuser tout en criant au complot : « On veut me mettre à genoux ! » Sans doute, comme le dit la sociologue Monique Pinçon-Charlot, « il existe chez François Fillon un sentiment d’impunité sincère car ce n’est pas l’impunité d’un homme mais celle de toute une classe. Ce sentiment se construit dans l’entre-soi des puissants, qui vivent dans une bulle ». Ce qui nous ramène à la politique.

Élu plus jeune député de l’Assemblée à 26 ans, sénateur-maire, plusieurs fois ministre, premier ministre pendant cinq ans, François Fillon n’est pas un perdreau de l’année. C’est un apparatchik qui a bénéficié des largesses de la République pendant 35 ans. Son discrédit atteint toute la classe politique. « Jamais dans l'histoire de la République, a déclaré François Bayrou, sur France 2, un candidat aux plus hautes fonctions, à la présidence de la République, n'a été ainsi sous l'influence des puissances d'argent. »

L’après-Hollande s’est démultiplié, nous sommes dans l’après-Juppé, l’après-Sarkozy, l’après-Valls, et maintenant l’après-Fillon… Marine Le Pen elle-même ne se sent pas très bien, craignant de glisser dans un “après” prénommé Marion. Trois générations dégringolent les escaliers du pouvoir. Avec l’exténuation de la sphère politique, rappelait Jean Baudrillard, le président devient de plus en plus semblable à ce “Mannequin du pouvoir” qu’est, selon Pierre Clastres, le chef dans les sociétés primitives. Loin d’être magnifié par la fonction, il apparaît désormais écrasé par elle, humilié, infériorisé, soumis à des rituels désuets, contraints de jouer les présidents, de « faire président » sans en avoir les moyens. Faute de puissance d’agir, de résolution et d’action (le state craft), il reste la mise en scène du pouvoir (le stage craft) : c’est le côté spectral, et pas seulement spectaculaire, de l’exercice du pouvoir.

Le pouvoir impersonnel

Loin d’exercer une fonction d’autorité, nos mannequins du pouvoir sont condamnés à donner des signes aux fractions éclatées d’un électorat volatil, mais aussi aux faiseurs d’opinion et à tous ceux qui peuvent donner du crédit ou de la popularité à un pouvoir discrédité ; sondages, agences de notation, éditorialistes… Une politique qui consiste à adresser à l’opinion des signes d’optimisme en pleine crise de la confiance, des signes de volontarisme en situation d’insouveraineté, des signes de sérieux et de rigueur à l’intention des marchés. Chaque ministre est chargé non plus d’un domaine de compétences et d’une autorité régalienne, mais d’un portefeuille de signes. « Comment se construit le pouvoir charismatique ? C’est un mélange de choses sensibles et de choses intellectuelles. » (Macron encore)

Mais cela ne trompe plus personne.

Depuis Le Coup d’État permanent de François Mitterrand, les opposants à la Ve République ont constamment dénoncé son caractère monarchique, le rôle et la place d’un président élu au suffrage universel, érigé au sommet de la pyramide du pouvoir, qui décide de tout et qui est, pendant la durée de son mandat, le maître du temps politique. C’est la critique du pouvoir personnel. Mais c’est un pouvoir impersonnel qui gouverne aujourd’hui : les marchés, les agences de notation, les organisations transnationales… L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la Commission à Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Depuis le traité de Maastricht et l’acte unique européen, c’est un souverain sans monnaie ni frontières. À l’abri de l’élection présidentielle, qui accrédite tous les cinq ans le mythe d’une nation souveraine et dope l’illusion d’un choix collectif, c’est “un gouvernement d’affaires courantes” qui se poursuit entre les élections. L’essentiel se joue ailleurs. C’est pourquoi le régime présidentiel court à sa perte…

L’élection au suffrage universel ne suffit plus à donner la légitimité pour gouverner, elle apparaît comme une étape de plus dans la spirale du discrédit qui ronge nos institutions démocratiques. Le suffrage universel, clé de voûte de la Cinquième République, ne fait plus recette auprès des électeurs. Les Français l’utilisent de plus en plus comme un droit de veto plutôt que comme le fondement d’une légitimité. C’est l’essence du vote antisystème. On n’élit plus, on élimine… Sarkozy fut élu sur la rupture (avec Chirac), Hollande pour en finir avec Sarkozy. Les primaires ne font qu’accélérer le mouvement. Après Hollande, empêché de se représenter, Sarkozy fut sèchement congédié, Juppé et Valls éliminés. Car il ne suffit pas de sanctionner les anciens, il faut aussi faire mentir les sondages. Les primaires organisés pour relégitimer les partis fonctionnent à rebours. Elles ont fonctionné comme une guillotine électorale, éliminant un à un les leaders des partis et les favoris des sondages. L’électeur stratège se comportant en parieur averti, qui mise à la baisse comme s’il avait davantage à gagner au discrédit des favoris qu’à l’espoir d’une alternance tant de fois déçue. On peine à discerner une logique positive à l’œuvre dans la succession d’événements qui marquent le processus électoral en cours. Le discrédit est si puissant, sa vague est si haute, que les candidats n’ont d’autre choix que de surfer sur elle, de se mettre de son côté, dénonçant le système, promettant la rupture, affichant leurs transgressions.

Le général de Gaulle avait opté pour un régime présidentiel dans le but de restaurer l’autorité de l’État, minée de l’intérieur par « le régime des partis ». Mais la Ve République s’est accommodée du régime des partis. Le président de la République n’est plus un obstacle à leur influence dissolvante. Bien au contraire ! En leur sein, la bataille pour l’élection présidentielle ne s’interrompt jamais. Ils sont devenus des appareils partisans, des machines financières et des écuries militantes pour la conquête du pouvoir. La crise de régime de la politique a mis à mal une idée chère à notre histoire de France récente : l’alternance. Les Français n’y croient plus. L’action est perçue comme illégitime ou inefficace et la parole politique a perdu toute crédibilité.

La médiasphère, avec ses talk-shows et ses réseaux sociaux, sa dramaturgie, son rythme 24/7, ses commentateurs, ses communicants, ses groupes de riposte et ses community managers, constitue le théâtre de la souveraineté perdue. Les hommes de l’État insouverain y sont convoqués non plus comme les souverains d’antan en majesté, mais comme des imposteurs exposés à la vindicte publique. Ils sont en permanence soumis à un processus de vérification et à une obligation de performance. L’insouveraineté se manifeste jusque dans les épisodes de leur vie intime… L’homo politicus que nous connaissons depuis deux siècles est voué à disparaître. Il cherche sa voie ailleurs, à l’aveugle, dans cette zone grise où la politique perd ses droits.

Trois ans avant la chute de la IVe République, le président de la République René Coty avait chargé Jacques Chaban-Delmas d’un message à l’intention du général de Gaulle : « Je constate comme vous, que la France est ingouvernable dans les conditions actuelles, autrement dit, que les institutions ne peuvent rester en l'état…Voulez-vous faire savoir au général de Gaulle que je le tiens pour le seul homme capable de tirer la France de ce marasme ? Dites-lui que si une crise se présente, je ne manquerai pas de m'engager à fond en faisant appel à lui pour former le gouvernement, dans le cadre de nos institutions, afin précisément de changer celles-ci. » Il ajoutait qu’il était prêt à s’effacer pour que le grand homme ne soit pas « gêné par la présence, à la table du Conseil des ministres, d'une autorité juridiquement supérieure à la sienne – lui qui détient de fait la plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

La IVe République agonisait dans le jeu de chaises musicales des gouvernements successifs. La Cinquième République y remédia au prix d’une personnalisation extrême du pouvoir exécutif, légitimée par l’élection du président de la République au suffrage universel. Six décennies passèrent… le souvenir du général de Gaulle conservant bon an mal an à la fonction le prestige de la « plus haute autorité morale qui soit dans le pays ».

Si je rappelle ces circonstances, c’est qu’il semble bien que la Ve République, au terme d’une révolution complète, soit revenue à son point de départ, à savoir la question que René Coty posait au général de Gaulle : comment « former [un] gouvernement, dans le cadre des institutions [existantes], afin précisément de changer celles-ci » ? C’est le problème qui se pose au pays.

Le discrédit est une chose instable et invisible à l’œil nu. Il se répand comme un gaz et il corrompt les sociétés avant même qu’une personnalité charismatique ne s’en empare et ne transforme ce gaz insaisissable en force matérielle. Ainsi de tous les fascismes. Ainsi du mouvement qui a porté Trump au pouvoir. Une chose est sûre : lorsque le discrédit prend le pouvoir, il est bien difficile de l’arrêter et de faire rentrer le diable dans sa boîte.

 

Une course-poursuite est engagée entre la politique institutionnelle, qui sert de masque aux vrais pouvoirs dominant le monde, et les citoyens qui s’en détournent en se réappropriant les termes, les lieux, les formes du débat public. D’un côté, une classe politique à bout de souffle, absentéiste, dévitalisée, soucieuse uniquement de sa survie ; de l’autre, des citoyens qui par leurs initiatives, leurs luttes et leurs colères assemblées provoquent un vaste mouvement de “destitution” de la politique institutionnelle.

La question politique la plus ardue que Trump devra affronter

Mark Strauss, le rédacteur en chef du Bulletin des scientifiques atomiquesa titré, le 8 septembre 2014, «Les armes nucléaires sont en train de cannibaliser le budget de la défense des États-Unis» et a soulevé la question de savoir pourquoi les forces nucléaires «cannibalisent le budget de défense des États-Unis», des dizaines d’années après la chute de l’Union Soviétique, de son alliance militaire du Pacte de Varsovie et de son idéologie dictatoriale communiste.

Aucun président américain ne pourra réellement améliorer l’économie des États-Unis, s’il échoue à arrêter cette cannibalisation organisée par les défenseurs des forces nucléaires états-uniennes et leurs entrepreneurs (qui obtiennent des milliers de milliards de dollars, grâce à l’industrie des armes nucléaires).

Strauss résumait une étude intitulée Étude du budget de la défense de l’exercice 2015 par Todd Harrison, qui est maintenant directeur du budget de la Défense au Centre d’études stratégiques et internationales. Strauss a déclaré que « Harrison ne voit pas comment le Pentagone sera en mesure de se permettre tout cela, en plus des autres programmes qu’il a prévus ».

L’étude de Harrison énonçait dans sa « conclusion » « La stratégie doit prendre en compte le budget, et les contraintes budgétaires doivent prendre en compte la stratégie. » Il pense que ce n’est actuellement pas le cas. En d’autres termes : il n’y a aucune efficacité dans les dépenses militaires actuelles des États-Unis. La stratégie ne prend pas en comptes les contraintes budgétaires de l’Amérique.

Le 18 octobre 2016, le site Web sur les dépenses militaires états-uniennes, Breaking Defense, a mis en gros titre : « De nouvelles menaces apparaissent pendant le débat sur les dépenses du ministère de la défense : Des groupes de réflexion envisagent deux mille milliards de dollars d’options », et signale que « des équipes venant de cinq groupes de réflexion renommés, couvrant un large spectre politique », ont présenté leur projet de budget militaire pour l’année prochaine, les cinq totaux proposés présentant de larges différences :

Pensez-vous que nous avons besoin d’un renforcement urgent pour contrer la Russiela Chine et l’État islamique? Ce sera alors 1 300 milliards de dollars supplémentaires sur les 10 prochaines années, s’il vous plaît, estiment les conservateurs. Préférez-vous plutôt économiser mille milliards? Bien sûr, disent les libertariens, mais alors nos alliés devront se protéger eux-mêmes. Ou préférez-vous un chemin intermédiaire entre les options à coût élevé et à faible coût? Alors préparez-vous à des choix difficiles sur ce que les militaires doivent moderniser pour une guerre de grande puissance et doivent économiser pour un travail de contre-terrorisme au jour le jour – choix appelé un « mélange cher/bon marché ».

Mais aucune des équipes n’a recommandé de dépenser autant que ce que le Congrès et le président Barack Obama avaient proposé de dépenser avant que la « séquestration » – la mise en place de limites budgétaires – ne soit appliquée en 2013 : « Même l’équipe la plus féroce ne recommande pas de dépenser autant d’argent en défense que ce qui était inscrit dans le budget présidentiel de 2012, le dernier avant la séquestration. »

Donc, en 2012, le Congrès et le président Obama ont budgétisé pour dépenser encore plus sur la « défense » que ce que même le plus extrême des groupes de réflexion ne recommande en 2016.

La seule recommandation pour des réductions effectives dans les dépenses de « défense » provient de l’« équipe », composée d’une seule personne, de la Cato Institute, Benjamin Friedman :

L’Institut libertarien Cato […] sans surprise, a proposé une coupe budgétaire de 1 000 milliards de dollars. Les États-Unis peuvent continuer à bombarder État islamique, ont-ils soutenu, mais laissons l’Europe et l’Asie supporter le fardeau de leur propre défense contre la Russie et la Chine, avec les USA se retirant finalement de l’OTAN. « Le défi pour la stratégie de sécurité américaine est de nous retenir, d’éviter les tentations insensées que le pouvoir nous offre, me dit Friedman. Une armée plus petite permettra moins de guerres stupides. »

Plus tôt, Christopher Preble, du Cato Institute, avait coécrit un article (avec un collègue) intitulé Pour sauver les sous-marins, éliminer les rampes de défenses anti missiles et les bombardiers, dans lequel il dit que « la partie maritime de la triade nucléaire est à elle seule un dissuasif plus puissant que celui possédé par toute autre nation dans le monde ». Leur position est que :

La dépendance à l’égard de trois systèmes de tir nucléaire est une relique de la politique bureaucratique de la Guerre froide et non le produit d’un calcul stratégique. Une flotte de sous-marins est plus que suffisante pour les besoins de dissuasion de l’Amérique, et serait beaucoup moins coûteuse à moderniser et à maintenir que la force actuelle. La Marine n’aurait pas à contourner la loi, dans une tentative désespérée de tirer de l’argent supplémentaire des contribuables américains, si l’administration Obama rompait son attachement à la triade nucléaire.

L’article de Wikipédia intitulé Le budget militaire des États-Unis indique que dans les demandes budgétaires des services militaires américains pour l’année 2010, la Marine américaine demandait 47,4 % de tous les fonds (seulement 4 % de cette somme irait au Corps des marines). L’armée de terre américaine demandait 31,8 %, et l’armée de l’air 22 %. Il serait virtuellement impossible pour la marine américaine « de soutirer plus d’argent supplémentaire aux contribuables américains » que ce n’est déjà le cas, sans mettre fin au gaspillage nucléaire dans l’armée de l’air et de terre.

Preble dit qu’étant donnés les buts nucléaires stratégiques des États-Unis, aucune de ces dépenses dans le nucléaire ne devrait aller à l’armée de l’air ou de terre, ces deux branches de l’armée américaine devraient être entièrement consacrées à la lutte contre les guerres classiques et à l’armement non nucléaire.

Mais cela réduirait considérablement la somme d’argent que les États-Unis consacrent actuellement à la guerre nucléaire. Et des sociétés comme Raytheon, et leurs lobbyistes au Congrès, leurs syndicats, etc., n’aimeraient pas cela et dépenseraient tout ce qu’ils auraient besoin de dépenser pour l’éviter. Il y a des choses que les politiciens disent vouloir faire, mais trouvent toujours des moyens d’éviter de faire, et ce genre de chose correspond à cette description.

Par exemple, le président Obama (malgré sa rhétorique « pacifiste » et son prix Nobel) a été un grand champion de l’hyper agressif programme anti-balistique (ABM) de Ronald Reagan. Il a commencé à l’installer (le système Lockheed Martin Aegis Ashore) en Roumanie et en Pologne, au cours de sa dernière année de présidence, en 2016. Cette installation est essentielle pour atteindre son objectif caché de « Primauté nucléaire » – c’est-à-dire la capacité de gagner une guerre nucléaire contre la Russie. C’est une répudiation du concept qui avait guidé John Fitzgerald Kennedy et Nikita Khrouchtchev, et leurs successeurs, pendant la Guerre froide originale (c’est-à-dire jusqu’à ce que l’Union soviétique ait pris fin en 1991) : Destruction Mutuelle Assurée ou «MAD», la reconnaissance qu’à la différence des guerres conventionnelles où il y a un gagnant et un perdant, avec deux puissances nucléaires en guerre, il ne peut y avoir que deux perdants, aucun vainqueur dans une telle guerre. La politique militaire du gouvernement des États-Unis a abandonné ce concept en 1990 et a secrètement opté pour la « victoire » nucléaire.

Actuellement, de nombreux Républicains, et pratiquement tous les Démocrates, du Congrès favorisent la primauté nucléaire et rejettent le concept de MAD. C’est la raison pour laquelle les propositions de l’Institut Cato visant à éliminer les dépenses des forces nucléaires dans les budgets de l’armée de l’air et de terre américaine (tels que les systèmes Aegis Ashore de Lockheed Martin en Pologne et en Roumanie et bien d’autres arguments militaires) sont ignorés par le Congrès et les autres agents de l’aristocratie américaine.

Donald Trump devra décider rapidement s’il croit au concept de MAD ou, alternativement (comme Obama et d’autres présidents des États-Unis depuis George Herbert Walker Bush), s’il compte poursuivre la conquête de la Russie.

S’il compte poursuivre la conquête de la Russie, toutes les dépenses non militaires du gouvernement des États-Unis devront être réduites, et la pauvreté aux États-Unis se propagera comme un feu de forêt.

Et c’est pourquoi, comme l’a expliqué Peter Korzun, de Strategic Culture, le 8 janvier 2017, dans un article intitulé La Pologne acquiert la capacité de première frappe pour menacer la Russie, le régime Obama s’est terminé par une vague de contrats militaires signés dans le but d’atteindre la suprématie nucléaire, incluant :

Fin novembre, le Département d’État a approuvé une autre transaction – l’acquisition de 70 missiles AGASS-ER-158B JASSM-ER (à grande portée) pour la Pologne. L’accord n’a pas attiré beaucoup d’attention. En fait, il est très important et change beaucoup de choses.

Ce contrat militaire fournira à l’armée polonaise (en tant qu’élément de la force stratégique de l’OTAN) une portée de tir de près de 1 000 km, la capacité de détruire les missiles de défense russes, avant que ces missiles ne puissent même être lancés, en cas d’attaque de la Russie par les États-Unis. Ils sont d’une portée suffisante pour que les forces de l’OTAN en Pologne puissent éliminer les anti-missiles qui protègent Moscou.

C’est le genre de choses sur lesquelles les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN travaillent. À moins que cela ne soit arrêté maintenant, les conséquences pour la population, non seulement russe mais de tout l’hémisphère Nord, et même globalement, seront catastrophiques, au-delà de tout ce que l’Histoire humaine a connu. Arrêter ce plan de conquête dès maintenant sera la question la plus épineuse à laquelle le président Trump devra faire face car, à moins qu’il ne rejoigne le reste de l’aristocratie américaine sur ce sujet (ils sont obsédés par la conquête de la Russie), il se trouvera bientôt de plus en plus en guerre contre cette aristocratie – et contre ses aristocraties alliées, en Pologne et ailleurs. La question la plus épineuse à laquelle Trump sera confronté est : est-ce que je vaincrai mon aristocratie ou est-ce que je (comme mes prédécesseurs récents) les aiderai à polariser le public américain, afin que ces aristocrates deviennent capables de conquérir la Russie (même si faire cela risque de rendre la planète invivable)? Cette question exigera son attention dès le premier jour. En effet, s’il a l’intention de vaincre son aristocratie, il devra commencer le processus immédiatement, car son prédécesseur, Barack Obama, a tout fait à la fin de sa présidence, pour faciliter la conquête de la Russie.

Le 6 janvier 2017, David Cenciotti titre dans le magazine The Aviationist« Ces photos dingues nous montrent un Su-27 Flanker russe en combat avec un F-16 étatsunien dans la Zone 51 », et il explique que le 8 novembre, le jour où Donald Trump a été élu président, l’armée de Barack Obama était réellement en exercice dans le désert du Nevada, simulant un combat en altitude entre un F-16 américain et un Flanker Su-27 russe. Cenciotti a déclaré : « En 2014, le lieutenant-colonel Kevin Gordon, 64e commandant de l’AGRS, a expliqué que le Su-27 Flanker était le type d’aéronef qu’ils ont reproduit lors de l’attaque d’un F-15 des Forces Bleues, et que c’était la première fois que le Flanker a été mentionné comme avion ennemi. » Avion ennemi, comme au cours de la Guerre froide contre l’Union soviétique, mais maintenant, à notre époque, c’est contre la Russie.

Début 2014, le coup d’État sanglant d’Obama à Kiev a renversé le président ukrainien démocratiquement élu, Viktor Ianoukovitch, pour lequel 90 % des électeurs du Donbass avaient voté, tout comme 75% des électeurs de Crimée. Les deux régions se sont révoltées et se sont séparées du nouveau régime fasciste, régime qui leur avait été imposé. Maintenant Obama a imposé des sanctions contre la Russie, qui répondait à la saisie de l’Ukraine par Obama, une nation qui a la plus longue frontière avec la Russie et qui pourrait accueillir un missile de l’OTAN, parce qu’elle est située à seulement cinq minutes de vol de Moscou. Ainsi, 2014 fut aussi l’année où, pour la première fois après la fin de l’Union soviétique en 1991, et de l’alliance militaire du Pacte de Varsovie, et de leur communisme, l’Amérique préparait une fois de plus la guerre contre, non plus l’Union soviétique, mais contre son rejeton démocratique, la Russie. Obama a accusé la Russie d’ « agression », juste pour avoir répondu à l’agression d’Obama. Il avait besoin d’une excuse pour entourer la Russie avec de plus en plus de pays de l’OTAN et pour installer, près des frontières de la Russie, des systèmes ABM pour annuler la capacité de résistance de la Russie à une attaque surprise.

Un lecteur pourrait penser que cela ne peut pas être possible, que le gouvernement fédéral des États-Unis ne peut pas être aussi corrompu, voire dépravé, pour traiter une guerre nucléaire (ses armes, etc.) comme essentiellement une occasion de faire des profits pour les investisseurs américains, une opération psychopathique de la part de l’aristocratie, en particulier pour les gros actionnaires des entreprises de « défense », et leurs lobbyistes, quel que soit le bien-être des populations. Non seulement c’est vrai, mais c’est le cas depuis au moins les dernières décennies, période pendant laquelle le département le plus corrompu de tous les ministères du gouvernement fédéral, le ministère de la Défense, a été si corrompu qu’il a été le seul département fédéral qui ne soit pas en mesure de trouver un cabinet d’audit certifié disposé à placer son imprimatur sur ses dossiers financiers.

Le mardi 13 mai 2014, Stars and Stripes titre : « Des décennies plus tard, les militaires sont encore incapable de rendre le compte de leurs dépenses » et déclare :

« Les militaires sont toujours en retard dans leur tâche, qui dure depuis plusieurs décennies, pour contrôler leurs dépenses et maîtriser leurs gaspillages, ont annoncé mardi au Sénat les contrôleurs du ministère de la Défense.

Les responsables financiers de l’Armée de terre, de l’Armée de l’Air, de la Marine et du Corps des Marines ne seront pas en mesure de respecter le délai fixé par le secrétaire de la Défense cette année pour les travaux comptables obligatoires. Parallèlement, de «graves insuffisances persistent» dans les efforts comptables, selon un rapport du Government Accountability Office publié mardi. »

« Près de trois décennies après que les contribuables états-uniens ont été choqués par des sièges de toilettes à 640$/pièce et autres gâchis militaires de la Guerre froide, le ministère de la Défense demeure le dernier ministère fédéral incapable de mener un audit financier, malgré les lois adoptées dans les années 1990. »

Des milliers de milliards de dollars sont versés dans cet égout de la corruption de l’aristocratie américaine, que l’ancien président américain Dwight Eisenhower avait appelé à la fin de son mandat présidentiel, le « Complexe militaro-industriel ». (Et maintenant c’est lui qui contrôle le gouvernement fédéral des États-Unis. Il est devenu la queue qui agite le chien.)

Le 26 juillet 2016, le Bureau de l’Inspecteur général du Département de la défense des États-Unis a publié son étude intitulée « Les ajustements financiers des fonds pour l’armée ne sont pas suffisamment documentés ou soutenus » qui précisait :

Nous avons déterminé si les ajustements apportés aux données du Fonds général de l’Armée de terre (FAG) au cours du processus de compilation des états financiers de l’exercice financier de 2015 ont été dûment documentés et appuyés […] Le Bureau du secrétaire adjoint de l’armée (OASA) et le service des finances et de la comptabilité de la Défense d’Indianapolis (DFAS Indianapolis) n’a pas justifié adéquatement les 2 800 milliards de dollars d’ajustements du journal comptable du troisième trimestre et des ajustements de 6 500 milliards de dollars faits au cours de la compilation des états financiers de l’exercice 2015. En plus, DFAS Indianapolis n’a pas documenté ou justifié la raison pour laquelle le Système de rapports ministériels-Budgétaire (DDRS-B), un système de rapports budgétaires, a retiré au moins 16 513 dossiers parmi les 1,3 million existants, au cours du troisième trimestre de l’exercice 2015 […] Par conséquent, les données utilisées pour préparer le troisième exercice FF 2015 ne sont pas fiables et ne disposent pas de moyens de vérification adéquates. En outre, les gestionnaires du Département de la Défense et de l’Armée de terre ne pouvaient pas compter sur les données de leurs systèmes comptables, lorsqu’ils prenaient des décisions en matière de gestion et de ressources.

Mille milliards de dollars disparaissent ici, mille milliard de dollars disparaissent là, et, après quelques décennies de cela, il devient clair que la corruption au sein de l’aristocratie états-unienne ne va pas s’arrêter. Et cela ne sera pas possible sans que quelqu’un dans l’aristocratie mène une guerre intérieure contre le reste de cette aristocratie, et nationalise les biens de ceux qui résistent. Appliquer le processus légal normal contre les personnes qui contrôlent le pays et qui ont donc écrit les lois essentiellement pour leurs intérêts, échouera inévitablement. Ils l’ont fait intentionnellement. Une action plus audacieuse sera donc nécessaire. Il faudra un courage énorme. De toute façon, le chemin actuel se dirige clairement vers des catastrophes sans précédent. Rester à marcher dessus n’est pas une option durable. Trump choisira, et il entrera dans la Maison Blanche avec ce choix.

REMARQUE & CONCLUSION: Je ne suis pas et n’ai jamais été un libertarian ni un partisan de l’Institut Cato des frères Koch. Je suis un progressiste proche de Bernie Sanders. Et sur presque toutes les questions progressistes, les libertarians sont à l’opposé, conservateur, mais pas nécessairement sur la question particulière de l’autodétermination des peuples (y compris des Russes). Les seuls individus qui se tiennent avec le courant dominant de Washington (les impérialistes, autrement appelés « néoconservateurs ») sur cette question sont des partisans de la Primauté nucléaire et de la conquête de la Russie. C’est la position de l‘Establishment (autrement appelé « néo conservatisme »), même si la plupart des gens (au moins ceux qui savent qui sont l’Establishment et les néoconservateurs: ils sont en réalité l’aristocratie et leurs agents) la considèrent comme une mauvaise position. Ils n’écrivent pas, ils ne s’expriment pas, mais s’ils comprenaient ce qu’étaient l’Establishment (et les néo-conservateurs en général), le public s’y opposerait fermement. La question ici est donc de savoir si le président Trump va s’opposer à eux – ou bien s’il prendra un virage à 180 degrés, et rejoindra les néoconservateurs. Trump sera en guerre, dans les deux cas, mais il devra rapidement préciser de quel côté il se tient, s’il veut pouvoir assumer un mandat complet. Il est entré à la présidence des États-Unis à une époque dangereuse. Ce n’est pas un temps normal et si sa présidence est une présidence normale, alors ses résultats seront catastrophiques.

Eric Zuesse

Source originale : Strategic Culture

Traduit par Wayan, relu par Nadine pour le Saker Francophone

 

via: https://worldpeacethreatened.com/2017/01/24/la-question-politique-la-plus-ardue-que-trump-devra-affronter/

« Totalitarisme à l’œuvre ! Obligation de payer par Carte Bleue 20 % de ses revenus ! »

Sur le front de la guerre contre le cash, deux informations importantes sont à garder à l’esprit.

La première c’est l’obligation, en Grèce, de payer par Carte Bleue sous peine d’amende.

La deuxième c’est le nouveau projet européen pour la limitation des espèces dont vous êtes très nombreux à me parler.

Sur ces deux informations, il y a beaucoup de choses à dire. Aujourd’hui, nous allons parler de l’obligation de payer par carte 20 % de vos revenus. En clair, au-delà de l’obligation d’un moyen de paiement, c’est aussi une « obligation » à dépenser qui vous est imposée !

Demain, je vous parlerai de ce projet européen voulant soi-disant « interdire » totalement les espèces d’ici 2018.

Avant de revenir dessus, je voulais vous glisser quelques considérations d’ordre général sur le totalitarisme marchand et fiscal en cours.

Le totalitarisme « doux », c’est maintenant !

Ce totalitarisme est le fait de notre classe dirigeante actuelle, qui plus elle hurle sur des méchants désignés (de Poutine à Trump, sans oublier le boucher de Syrie), plus elle nous fait passer sous ses fourches caudines et nous force à l’obéissance aveugle la plus totale.

Ce totalitarisme, qui ne peut aboutir qu’à une réduction sans précédent de nos libertés individuelles, est bel et bien le fait de ceux qui sont au pouvoir depuis maintenant 30 ans, de nos europathes qui sont relayés au sein de chaque pays européen par une classe politique vendue aux intérêts bruxellois.

En Grèce, vous avez désormais obligation de payer jusqu’à 20 % de vos revenus en CB sinon c’est le goulag et une amende de 22 % !

Comme il se dit beaucoup de choses et que les rumeurs vont vite, j’ai pris contact avec Panagiotis Grigoriou, qui est à la base ethnologue et historien, chroniqueur, analyste des crises et des conflits du monde contemporain.

J’ai connu Panagiotis à travers son blog remarquable « Greekcrisis » où il chronique le quotidien de la crise grecque, en français, ce qui en fait un témoin précieux sur place des effets désastreux d’une politique européenne totalement inique menée sur le peuple grec.

Accessoirement, Panagiotis est l’initiateur d’un projet de tourisme alternatif en Grèce, et je vous en parle à la fin. Si vous souhaitez, allez-vous « faire voir chez les Grecs » pour vos prochaines vacances, n’hésitez pas à consulter Panagiotis, il faut bien qu’il « mange » lui aussi, et surtout n’allez pas le payer en Carte Bleue. Pensez à prendre des espèces ! Je plaisante évidemment, les services de la police fiscale nous écoutent !!

Voilà ce que Panagiotis nous dit sur cette nouvelle loi. Je vous livre là l’essentiel de son point de vue.

« En réalité, la Grèce est volontairement sortie du cadre économique supposé normal des économies occidentales (et pas seulement), car « on » y expérimente en réalité autre chose…

Et le paiement par carte en fait partie. Tout d’abord, la guerre est faite à l’usage de l’argent liquide, d’abord pour le contrôle de la société, ensuite parce qu’en Grèce la circulation monétaire est perturbée, « il n’y a plus tellement d’argent pour faire circuler » comme on entend dire ici ou là.

Plus concrètement, quasiment tout type de commerce (et service) en Grèce est depuis 2016 équipé de machines POS (paiement par CB et la législation vient d’être renforcée en ce janvier 2017). Désormais TOUTE transaction entre entreprises dépassant le montant de 50 € doit s’effectuer de manière électronique (cartes et virements). Ensuite, toute transaction de plus de 500 € en liquide devient illégale entre personnes physiques.

Et donc pour que le seuil du non-imposable (8 636 €/an – personne seule, 9 545 €/an – + trois enfants à charge!) puisse être maintenu par le fisc grec (ainsi de suite pour le calcul de l’impôt au-delà du seuil), les… citoyens doivent avoir effectué 10 % au moins de leurs dépenses en CB jusqu’à 10 000 €/an (20 % pour 30 000 €/an), sinon il y a 22 % de pénalité sur l’impôt à payer (et/ou le basculement à la situation de l’imposable pour de nombreux cas).

Ce matin, la nouvelle est tombée : tout établissement où une pancarte visible (« ici on accepte les cartes »)… ne se présente pas à l’évidence, sera frappée d’une amende de 1 000 €.

Je voudrais à l’occasion revenir (mais vous le saviez peut-être déjà) sur le fait que le FMI et plus largement la Troïka, exigent et je crois obtiennent (c’est une affaire de semaines) de ramener le seuil de la non-imposition à 5 000 €/an puisque 44 % des personnes physiques déclarent moins que le seuil actuel. Sauf que le SMIC, largement pratiqué, est de 460 €/mois et que les Grecs ferment leurs activités d’entrepreneurs (60 000 en 2016) pour les transférer ailleurs (Chypre, Bulgarie, Malte…) où pour exercer… en informel. Il n’y a pas d’autre issue pour les (restants) petits, les cotisations des indépendants sont de 37 % et l’imposition entre 25 % et 36 % du chiffre d’affaires, plus taxe spéciale de 1 000 € par an et pour tous, on ne peut pas entreprendre lorsqu’on laisse 70 % du chiffre d’affaires (surtout lorsqu’il est maigre).

Enfin, nous attendons l’effondrement final et la sortie de la prison de l’euro… »

Pour aller plus loin, regardons quels sont les seuils imposés de dépenses

Pour ce qui est du calcul des pénalités voilà l’exemple précis :

·         Pour un revenu de 15 000 €, les dépenses en CB doivent être de 1 750 € au minimum.

·         Pour un revenu de 20 000 €, dépenses en CB 2 500 €.

·         Pour un revenu de 30 000 €, dépenses en CB 4 000 €.

·         Pour un revenu de 50 000 €, dépenses en CB 8 000 €.

·         Pour un revenu de 80 000 €, dépenses en CB 14 000 €.

Calcul de la pénalité :

Pour ce qui est de la pénalité, si la somme des dépenses en CB n’est pas atteinte, le contribuable devra payer 22 % du montant non couvert en impôt. Exemple : pour un revenu de 30 000 €, dépenses en CB 3 000 € au lieu de 4 000 €, pour cette différence des 1 000 € il paiera un impôt supplémentaire (à son imposition déjà calculée) de 220 € (22 %), source du calcul site de la Chambre du Commerce et des Entreprises.

Interdire les espèces mais aussi « forcer » la consommation !

Vous voyez bien que le système est devenu entièrement fou, totalitaire car pour survivre, les bons sentiments ne sont plus suffisants depuis longtemps.

Il faut manipuler, endoctriner, évidemment, mais il faut aussi forcer.

La guerre qui se joue autour des monnaies numériques et celles qui sont sous forme physique avec des espèces c’est aussi une guerre pour votre liberté.

Lorsque votre monnaie sera totalement numérique, nous serons tous prisonniers des oukases que l’on nous imposera.

Un mot plus haut que l’autre et tous vos « crédits monétaires » seront effacés d’un simple clic.

Un petit manque de croissance et l’on augmente le seuil de dépenses obligatoires. On interdit l’épargne, on interdit de ne pas consommer, de ne pas utiliser son argent. On vous force.

Le totalitarisme marchand va aller jusqu’au bout de sa logique pour survivre. Plus son point d’effondrement se rapprochera, plus il sera violent et autoritaire.

C’est la seule bonne nouvelle de tout cela. Ce système est tellement pourri, tellement vermoulu qu’il finira par s’écrouler de lui-même.

N’oubliez pas : pour soutenir Panagiotis Grigoriou, vous pouvez partir en vacances en Grèce ! Greece-terra-incognita.com, un concept de tourisme et de découverte de la Grèce contemporaine et de son contexte, ou sur Athenesautrement.com.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

 

Source:http://www.insolentiae.com/totalitarisme-a-loeuvre-obligation-de-payer-par-carte-bleue-20-de-ses-revenus-ledito-de-charles-sannat/

Comment Trotsky explique la soumission européenne aux USA

Depuis quand, et pourquoi, sommes-nous ainsi soumis aux américains ? Voyons un maître pour comprendre la situation. Contrairement à ses disciples archéo-crétins ou néocons, Léon Trotsky est souvent irréprochable sur le terrain de l’analyse : voyez ce qu’il dit de Léon Blum dans son journal ! Sur l’actuelle soumission de l’Europe, on peut lire ces lignes prononcées en juillet 1924 : «  Le capital américain commande maintenant aux diplomates. Il se prépare à commander également aux banques et aux trusts européens, à toute la bourgeoisie européenne. C’est ce à quoi il tend. Il assignera aux financiers et aux industriels européens des secteurs déterminés du marché. Il réglera leur activité. En un mot, il veut réduire l’Europe capitaliste à la portion congrue… »

 Trotsky confirme une balkanisation de l’Europe voulue par les USA : «  Déjà, dans les thèses pour le 3e congrès de l’I. C., nous écrivions que l’Europe est balkanisée. Cette balkanisation se poursuit maintenant. »

 L’Europe n’est plus l’Europe depuis Versailles en 1919. Et contrairement au général De Gaulle qui pensait que la Russie trahissait sa race, Trotsky comprend que c’est l’Amérique des banquiers humanitaires qui trahira sa race : «  Dès qu’elle sera en guerre avec l’Angleterre, l’Amérique fera appel aux centaines de millions d’Hindous et les invitera à se soulever pour défendre leurs droits nationaux intangibles. Elle agira de même à l’égard de l’Égypte, de l’Irlande, etc. De même que, pour pressurer l’Europe, elle s’affuble maintenant du manteau du pacifisme, elle interviendra, lors de sa guerre avec l’Angleterre, comme la grande libératrice des peuples coloniaux. »

 C’est la destruction des empires coloniaux expliquée par Roosevelt à de Gaulle pendant la guerre. Puis on produit les guerres du Vietnam, de Libye, de Syrie ou du Kosovo. Trotsky comprend aussi que chaque invocation religieuse à l’abaissement des tarifs douaniers sert un mot d’ordre plus obscur : « L’histoire favorise le capital américain : pour chaque brigandage, elle lui sert un mot d’ordre d’émancipation. En Europe, les États-Unis demandent l’application de la politique des “portes ouvertes”… Mais, par suite des conditions spéciales où se trouvent les États-Unis, leur politique revêt une apparence de pacifisme, parfois même de facteur d’émancipation. »

 John Hobson, socialiste britannique cité par Vladimir Lénine, indique-lui en 1902 que le meilleur alibi de l’impérialisme est l’humanitarisme. Ah, les révolutions orange ! Organiser un coup d’Etat au nom des ONG et des idées démocrates ! Et mettre ensuite aux pas les opposants, et en prison les Lula ! Bombarder par amour !

 Trotsky affirme que le meilleur allié des Etasuniens dans cette infecte inféodation des Européens n’est jamais la droite, quelque couarde et stupide que puissent être ses politiciens ! Non, le meilleur allié du ploutocrate américain, c’est la gauche, c’est la social-démocratie. Et c’est Le Révolutionnaire du siècle passé qui l’écrit : « Pendant ce temps, l’Amérique édifie son plan et se prépare à mettre tout le monde à la portion congrue… La social-démocratie est chargée de préparer cette nouvelle situation, c’est-à-dire d’aider politiquement le capital américain à rationner l’Europe. Que fait en ce moment la social-démocratie allemande et française, que font les socialistes de toute l’Europe ? Ils s’éduquent et s’efforcent d’éduquer les masses ouvrières dans la religion de l’américanisme ; autrement dit, ils font de l’américanisme, du rôle du capital américain en Europe, une nouvelle religion politique. »

 Nous sommes toujours en plein rationnement et en pleine religiosité étasunienne grâce à Goldman-Barroso et au PS. Et Trotsky ponctue, avec ce bel élan lucide qui faisait bouger des masses populaires depuis bien anesthésiées : « En d’autres termes, la social-démocratie européenne devient actuellement l’agence politique du capital américain. Est-ce là un fait inattendu ? Non, car la social-démocratie, qui était l’agence de la bourgeoisie, devait fatalement, dans sa dégénérescence politique, devenir l’agence de la bourgeoisie la plus forte, la plus puissante, de la bourgeoisie de toutes les bourgeoisies, c’est-à-dire de la bourgeoisie américaine. »

 43% des milliardaires mondiaux sont américains en 2015. Avec 50% de la capitalisation mondiale (pour 14% du PNB !), Wall Street mène le bal à sa guise, aussi bien à Paris qu’à Berlin ou à Sao Paulo.

 

 Enfin sur la culture de la dette, je trouve ces lignes amusantes : « La politique européenne de l’Amérique est entièrement établie sur le principe de la dette. Allemagne, paye à la France ; Italie, paye à l’Angleterre ; France, paye à l’Angleterre ; et tout le monde, payez-moi ! Voilà ce que dit l’Amérique. Cette hiérarchie des dettes est une des bases du pacifisme américain. »

En 2017, ne votez pas contre vos valeurs, ne votez pas contre vos intérêts

Certains candidats comme Emmanuel Macron et François Fillon proposent de réduire les charges des entreprises afin de lutter contre le chômage. C'est génial comme idée ! Merci Manu, merci Françou.

Mais concrètement ça veut dire quoi ? Quand j'examine ma feuille de paie je vois que mon patron cotise pour ma retraite, pour la SECU, pour les allocations familiales, pour les personnes âgées, pour les accidents du travail pour l'assurance chômage. Les charges que paie mon patron, c'est du salaire indirect que je perçois et c'est aussi de la solidarité entre les générations et pour les accidents de la vie. Maintenant que j'ai compris à quoi servent les charges patronales, j'ai l'impression de me faire un peu avoir (ça c'est une litote pour rester poli) quand ils proposent de les réduire.

Primo je me fais avoir car je perds du salaire indirect.

Secundo je me fais bananer car la SECU va rembourser de moins en moins et si je veux avoir une retraite convenable, je vais devoir cotiser davantage pour la mutuelle et payer plus cher pour la retraite complémentaire auprès des caisses privées.

Tertio je me fais rouler car d'ici 3 ou 4 ans Manu ou Françou ils viendront m'expliquer fièrement qu'une fois de plus ils ont sauvé les retraites des français mais qu'en revanche je devrais cotiser jusqu'à 65 même 67 ans (je ne vous mens pas allez voir leur programme !) si je veux avoir une retraite sans décote car les caisses du régime générales sont vides.

Quatro je me suis fait entuber car avec toutes les personnes de plus de 60 ans qui vont se trouver sur le marché du travail, cela va créer du chômage et notamment pour les jeunes.

En résumé réduire les charges patronales c'est accroitre les inégalités entre ceux qui pourront se payer des assurances privées et ceux qui ne pourront pas, c'est aller vers une société égoïste ou prime le chacun pour soi, et en plus c'est du chômage assuré.

Manu et Françou sont des hypocrites car ils savent parfaitement que cela ne créera pas d'emploi, réduire le chômage est le cadet de leurs soucis. Ce qu'ils veulent c'est faire plaisir aux patrons (qui augmenteront leurs marges et les bénéfices des actionnaires), et faire plaisir aux banques qui financent leurs campagnes électorales. Ces vieilles recettes ont dans le passé montré leur inefficacité et pourtant on s'apprête à nous les resservir.

En 2017, ne votez pas contre vos valeurs, ne votez pas contre nos valeurs, ne votez pas contre vos intérêts.

Certes, la France a des problèmes, mais il existe d'autres solutions pour combattre le chômage comme rétablir la souveraineté du peuple français sur la création monétaire. L'état (c'est à dire le peuple français) crée l'argent dont il a besoin pour ses dépenses en investissement et en fonctionnement et il détruit l'argent lorsqu'il perçoit l'impôt. Tous cela sous un rigoureux contrôle démocratique. Ainsi plus besoin d'emprunter aux banques et sur les marchés financiers, plus besoin de payer des intérêts, plus besoin de l'argent des riches pour créer des emplois. Le peuple s'émancipe, il ne subit plus le chantage des riches qui menacent de quitter la France si on augmente trop leurs impôts. Qu'ils s'en aillent eux aussi, de toute manière leur argent il est déjà parti, ils l'ont mis à l'abri dans des paradis fiscaux. Votre argent, messieurs les milliardaires, avec un tel système, on en a pas besoin. Ceux qui créent la vraie richesse se sont ceux qui travaillent, ce ne sont pas les parasites qui s'accrochent comme des sangsues sur le dos de la société.

 

On n'arrivera pas à un tel résultat sans indiquer à nos élus la direction de la sortie, il faut pour cela une vraie démocratie. Bien que j'hésite à lui faire confiance, je voterai Jean-Luc Mélenchon. Je ne vois en lui qu'une première étape nécessaire pour sortir de ce système vérolé... à condition qu'il ne nous trahisse pas.

Affaire Fillon : nouvelles révélations embarrassantes du Canard Enchaîné

 

Alors que François Fillon tente de (re)lancer sa campagne, après son acte de repentance de lundi, le Canard Enchaîné remet le couvert des révélations, ce mercredi 8 février : Pénélope Fillon aurait perçu près de 45.000 euros d'indemnités de licenciement, payées par l'Assemblée nationale et cumulé deux salaires.

Dans sa dernière livraison, le Canard Enchaîné contredit la version donnée par François Fillon, au cours de sa conférence de presse de lundi : « les enquêteurs n'ont trouvé aucun indice matériel du travail de Pénélope ».

Par contre, a été retrouvée « la trace de ses indemnités de licenciement ». Pénélope Fillon aurait perçu près de 45.000 euros d'indemnités, payées par l'Assemblée nationale.

Par ailleurs, précise le Canard« Toujours pas la moindre preuve des quinze ans de travail de Penelope ».

Selon le journal, l’épouse de François Fillon aurait reçu un premier versement de « 16.000 euros d'indemnités », en août 2002. « Soit l'équivalent de cinq mois de salaire », alors qu’elle avait été embauchée, un mois avant, par Marc Joulaud, le suppléant de Fillon.

Elle aurait à nouveau perçu, à la fin de son « dernier contrat »« 29.000 euros de primes », en novembre 2013, indemnités perçues pour 17 mois de travail. Or « La législation ne prévoit pas un tel niveau d'indemnités de licenciement pour un collaborateur parlementaire », précise l’hebdomadaire.

Cumul de deux emplois à temps plein

De son côté, Le Parisien révèle que Pénélope Fillon a cumulé deux emplois à temps plein : assistante parlementaire et journaliste, à la Revue des Deux Mondes, de mai 2012 à décembre 2013. Selon son avocat « il n'existe aucune incompatibilité ». « C'est une question d'organisation du temps de travail ».

Le Canard Enchaîné ironise sur Marie Fillon, fille du couple, âgée de 23 ans à l'époque des faits qui « devait être une incroyable bête de travail ».  « En janvier 2006, elle entrait à l'Ecole de formation du barreau et entamait, en parallèle, un stage d'avocate payé 11.035 euros brut par an ». Exactement à la même période, elle se voit aussi confier par son père un travail à plein temps d'assistante parlementaire.
 

Des dépenses personnelles aux frais du contribuable

Une autre affaire est exhumée par le palmipède déchaîné : François Fillon, Premier ministre, aurait utilisé l’argent public à des fins personnelles. « Pratiquement tous les vendredis, un Falcon 7X décollait de Villacoublay, avec à son bord le Premier ministre et sa famille » et atterrissait à l'aéroport d'Angers, d’où une voiture les conduisait ensuite dans leur manoir de Solesmes. « Coût de l'escapade : 27.000 euros aller et retour, pour parcourir moins de 260 km », précise le journal.

Enfin, le Canard révèle qu’à la Pentecôte 2009, le couple Fillon s'est offert des vacances en Toscane, utilisant « un Falcon 50, dont la facture pour l'Etat avait atteint les 187.000 euros ». Par ailleurs, le couple a passé deux Noël « logé, nourri, blanchi » chez l'ancien dictateur égyptien Hosni Moubarak.

 

Le Titanic Fillon éventré deux fois !

Pour François Fillon, son avenir politique est maintenant définitivement bouché. Nonobstant le plan juridique, sur le plan éthique et moral, il est électoralement grillé. Mais pourquoi « définitivement bouché » ?  Parce qu’il a entraîné toute la droite (et une grande partie du centre) avec lui, dans sa défense ridicule. Lui et son équipe ont commis une énorme erreur tactique consistant à ne pas réagir comme il le fallait immédiatement, à temps, et surtout, à ne pas reconnaître et à ne pas même tenter d’expliquer cette « faute morale non juridique » (par exemple, une faute qui aurait été consécutive à une nécessité de financer ses futures campagnes… et non pas son château). Son système bancal de défense qu’il s’est entêté d’imposer allait complètement à contre-sens de l’attente du public et a mortellement plombé la campagne 2017.

 

Paradoxalement, un élément positif a émergé de ce naufrage catastrophique : Cela a permis de cibler et de purger les parlementaires tolérant un peu trop les immoralités budgétaires. Tous virés !

François Fillon avait centré sa campagne sur plus d’éthique, plus de morale, moins d’enrichissement personnel, moins de gaspillage des deniers publics, meilleure gestion, etc. Mais ces emplois pour sa femmes et ses enfants étaient non seulement accusés d’être fictifs, mais AUSSI… scandaleusement surpayés (en fait, un deuxième scandale en sus du côté fictif). Les Républicains n’ont pas tenu assez compte de ce dernier point vis-à-vis de l’électorat de smicards, petits retraités ou chômeurs. Les signaux d’alarme répétés venant des militants de base directement confrontés à la colère des citoyens n’ont pas été entendus. Les parlementaires n’ont pas compris que pour le grand public, un défenseur de Fillon ne pouvait plus qu’être un autre tartuffe, un autre politicien hypocrite qui s’empiffre ou rêve de s’empiffrer tout autant avec l’argent des contribuables. Ils se sont tous engouffrés en masse et avec une discipline absurde dans cette défense aveugle, maladroite, suicidaire et par voie de conséquence, dans un immense piège électoral fatal. Ce n’est donc pas uniquement François Fillon qui a été aspiré dans le tourbillon de la défaite, mais bien la quasi-totalité des parlementaires ayant défendu l’indéfendable. Ils le feront payer très cher à Fillon pendant des décennies.

 Antérieurement à l’explosion de l’affaire dite « Pénélope Fillon », j’avais déjà annoncé un naufrage de type « Titanic » lors de ma lettre ouverte du 10 Janvier 2017 adressée via l’aile gauche du Parti Radical Socialiste et via Agoravox. Mais cette analyse reposait sur les seules failles de son programme. J’avais réclamé un correctif via convocation de colloques ou Congrès (convocation dans un délai de trois semaines, sous peine de futures « chaussettes électorales » mises en charpies par les « bouledogues de la République »). Analyse confirmée par la poursuite de l’effondrement des sondages (8% en moins en 15 jours) et par le retrait d’une partie du programme controversé.

Le délai de 3 semaines ? : Largement dépassé ! Les colloques thématiques (supposées réveiller la campagne électorale, mobiliser les médias et rassembler les militants) n’ont pas vu le jour. Sont ensuite édités 4 millions de tracts défendant l’honneur de l’ex Premier Ministre. Pathétique. Cette paresse intellectuelle et politique a forgé son cercueil électoral.

Fillon n’était déjà pas trop à l’écoute des français lorsqu’il était Premier Ministre pendant cinq ans (jusqu’à l’échec électoral de 2012). Ensuite, il n’a pas été non plus à l’écoute des courants internes à l'UMP. Il en avait même exigé leurs disparitions lors de son combat (également perdu) pour la direction du parti. (Un parti censé représenté les sensibilités de la droite ET du centre !). Les courants condamnés à disparaitre se sont alors vengés en soutenant Copé, envoyant un « bras d’honneur surprise à ce châtelain fou ». Dommage que la raison précise de son échec ait été peu relayée par les médias (trompés par des sondages le donnant aussi à l'époque largement gagnant).

L’autisme politique têtu s’étant ajouté à un spectaculaire autisme éthique, Fillon perdait de facto son statut de rassembleur des droites parlementaires ET des centres.

 A l’avenir, en dehors de "chaussettes électorales" éventuellement réduites en charpies par des électeurs énervés, comment obtenir plus rapidement l’écoute des élites politiques de droite et de gauche entachées d’autisme et d’échecs depuis plus de 30 ans ? Comment éviter toutes ces pertes de temps et gabegies qui font la honte de notre système politique à bout de souffle ? Comment éviter que l’incompétence de nos politiciens ne génère une révolte violente (violence qui ne peuvent que profiter aux sulfureuses aventures extrêmes) ?

Avec qui poursuivre nos sempiternelles tentatives de dialogue ? Après toutes ces années perdues, quel candidat, quel parti acceptera ENFIN de reprendre les propositions de l’ACTION CITOYENNE ? Notamment ces 5 points relativement consensuels ci-dessous :

1) Réforme bancaire et du crédit

dont taxe sur les flux strictement spéculatifs et interdiction des taux variables abusifs (un honteux scandale financier qui demeure et plombe notamment 8.000 communes, malgré deux décisions de justice et l’arrêt du Conseil Constitutionnel du 29 décembre 2013 => voir article précédent sur Agoravox).

2) Une santé gratuite pour tous coûtant moins cher que l’actuel injuste système paperassier

via carte à puce personnelle contrôlée et ticket modérateur variable en fonction des attitudes à risques (une puce limitant enfin les gaspillages, les conflits médicamenteux toxiques, les sur médicamentations et les trafics de médicaments)

3) Plan national d’insertion sociale des exclus (tant sur le plan logement qu‘éducatif, formatif, médical et social)

4) Représentation des usagers dans l’administration (pour limiter enfin les trop nombreuses injustices impunies)

5) Aide massive à la création d’entreprises et d’emplois

Un programme qui n'a rien à voir avec les Partis Pro-PPPP : les Partis des Promesses bidons, du Pognon généralisé, de la Paresse institutionnalisée et de la Piquouse gratos dans les actuelles et futures nombreuses salles de shoot gratuites... (le tout aux frais des contribuables restés en France, étouffant déjà aujourd'hui sous les taxes et les impôts).

AUCUN parti n’ayant repris nos cinq traditionnelles revendications (y compris Hamon, Mélenchon et toutes les "désunions de la gâche"), la masse des exclus, des "sans-dents" et des ̎"Bouledogues de la République" ne gagnerait-elle pas à être électoralement représentée au sein du Parlement ? Après tout, pourquoi laisser le monopole parlementaire à une élite ayant échoué ? En attendant d’éventuels hypothétiques strapontins électoraux bien difficiles à obtenir sans moyens, comment pouvons-nous limiter les futures explosions sociales ? 

Ne serait-il pas possible d’envisager une "soupape de sécurité parlementaire" en incitant les futurs élus à recruter un tiers de leurs attachés parlementaires au sein de suppléants (ou sympathisants) volontaires pour contrôler l’application des réformes de l’ACTION CITOYENNE ? Au moins, déjà, avec ou sans dents, bien ou mal rémunérés, ces attachés parlementaires contractuels seraient de facto automatiquement non fictifs ! 

 

Conclusion, si une rageuse colère vous a contaminé et si vous préférez l’action politique citoyenne à l’action violente (la violence étant fatalement toxique), envoyez-leur dès maintenant votre CV. Je montre moi-même l’exemple en leur envoyant le mien. Pourquoi pas ? Il faut bien trouver le moyen de sortir le pays de cette impuissance. Proposez leur d‘échafauder cette innovante soupape de sureté à base de contrôles et de créativités pour une meilleure efficacité du futur Parlement. Et si vous n’obtenez pas de réponse suffisamment respectueuse, dans ce cas-là, regroupez-vous et présentez-vous directement contre eux. En raison de l‘éclatement politique actuel et à cause des menaçantes nombreuses triangulaires en vue, vos 1 à 3% de voix et vos urticantes campagnes vont générer une "bien meilleure écoute" qu‘autrefois. 

L’armée de l’air russe a reçu l’ordre de se préparer à un « temps de guerre »

Le président russe, Vladimir Poutine a ordonné un « snap check » ou un « contrôle pression » des forces armées du pays, selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou.

« Conformément à la décision du commandant suprême des forces armées, un contrôle rapide des forces aérospatiales a commencé à évaluer la disponibilité des organismes de contrôle et des troupes pour mener à bien des tâches d’entraînement au combat », a affirmé M. Choïgou.

« Une attention particulière devra être accordée à la prise en charge des alertes, au déploiement des systèmes de défense aérienne pour des temps de guerre ainsi qu’à la capacité des groupes aériens à repousser les agressions », a-t-il ajouté.

Les préparatifs se déroulent sur fond de préoccupations croissantes concernant les tensions entre la Russie et de nombreuses grandes puissances mondiales. Donald Trump a condamné les campagnes militaires de la Russie et a été critiqué pour être trop proche des dirigeants du pays. La Russie elle-même est dans une relation de plus en plus tendue avec certains pays de l’OTAN.

 

Source:http://parstoday.com/fr/news/world-i29405-l’armée_de_l’air_russe_a_reçu_l’ordre_de_se_préparer_à_un_temps_de_guerre

Après Fillon

 

Bien sûr, on ne peut pas encore préjuger du devenir de la nouvelle star des Républicains, qui avait écrasé par surprise les primaires de son camp à l’automneSa conférence de presse d’hier pourra-t-elle relancer une campagne mise à mal par les questions autour de l’emploi de membres de sa famille comme assistants parlementaires de celui qui voulait être le Thatcher français.

Deniers publics et responsabilité

 

Il faut remercier l’AFP pour avoir synthétisé de manière si claire, complète et simple, toutes les affaires qui embarrassent l’actuel candidat des dits Républicains. Il ne faut pas oublier que l’affaire de l’emploi de membres de sa famille comme attachés parlementaires, n’est pas isolée. D’abord, celle de la caisse des sénateurs de l’UMP, qui lui aurait redistribué 21 000 euros de frais non dépensés par le groupe. Ensuite, se pose aussi la question des plus de 750 000 euros qu’il a touché depuis 2012 au titre de sa société de conseil, qui est peut-être la raison de son dilettantisme parlementaire sur la période, lui dont la participation aux commissions se situe au quart de la médiane de l’Assemblée

 

Mais le gros morceau du scandale actuel porte sur les plus de 900 000 euros de rémunérations touchées par sa famille comme attachés parlementaires. Fillon y a répondu habilement en évoquant les 3600 euros nets que cela représente pour sa femme, une somme qui ne semble pas choquante, lui permettant de passer outre un niveau de rémunération très élevé sur la fin. En revanche, les 3000 euros nets pour ses enfants, encore étudiants, sont des indemnités de stage peu conventionnelles. Et il est tout de même légitime qu’on lui demande des comptes sur l’utilisation de telles sommes, provenant de deniers publics, quand il décide de les donner à des membres de sa famille.

 

Bien sûr, on peut aussi penser que les médias ont en fait beaucoup sur cette affaire, mais ne leur en aurait-on pas tenu rigueur de ne pas en parler ? Il est possible que l’on ne voit jamais complètement clair dans cette affaire : emballement médiatique disproportionné autour de l’emploi légitime de la femme d’un candidat comme assistante parlementaire, à la manière du roman de David Desgouilles, ou politicien pris la main dans le pot de confiture, se servant au lieu de servir, ce que pourrait indiquer son absentéisme au parlement depuis 2012, pas moins important que celui de Marine Le Pen, qui donne une perspective moralement problématique aux revenus de sa société de conseil ? Une illustration de la formule du Général de Gaulle, « je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent  » ?

 

Un esprit taquin pourrait voir dans le dur traitement que François Fillon dit vouloir imposer aux fonctionnaires un lien avec son comportement de profiteur de la République : après tout, s’ils se comportent comme lui, cela ne mériterait-il pas plus de rigueur  ? Faut-il aussi voir dans sa déclaration sur un « Etat en faillite  » en 2007, un lien avec le fait que sa femme touchait 10 000 euros par mois comme attaché parlementaire de son suppléant, tout en déclarant à une journaliste britannique qu’elle n’avait jamais occupé ce poste, pour lequel elle avait pourtant déjà été deux fois rémunérée… Faudrait-il avoir abuser personnellement de cette dépense publique pour vouloir tailler dedans à la hache  ?

 

 

Plus sérieusement, même si le phénomène médiatique autour de ces affaires a aussi un aspect effrayant, même si les emplois n’ont pas été fictifs, le comportement de Fillon pourrait bien le disqualifier pour tenir le rôle auquel il aspire aujourd’hui, dans ce gigantesque jeu de massacre qu’est devenue cette campagne présidentielle, cette interminable nuit du 4 août pour Natacha Polony.

 

Argent public détourné au Sénat: les chèques secrets de François Fillon

Quand il était sénateur, François Fillon a bénéficié d’un vaste système de détournement de fonds publics mis en place au sein du groupe UMP. Mediapart a retrouvé la trace des chèques signés à son nom et en publie deux.

 

Lorsque des fonds publics sont en jeu, certains comptent au centime près. Surtout quand il s’agit d’en profiter. Sur le chèque signé à l’ordre de « Monsieur François FILLON », la somme indiquée s’élève précisément à 3 221 euros et 73 centimes. Retrouvé par Mediapart, ce spécimen est l’un des chèques secrètement encaissés par le sénateur Fillon entre 2005 et 2007dont nous avons révélé l’existence le 28 janvier dernier. Comme plusieurs de ses collègues, François Fillon a en effet profité d’un vaste système de détournement de fonds publics mis en place au sein du groupe UMP du palais du Luxembourg, interrompu en 2014 après l’intervention de la justice.

Perçus par François Fillon en plus de ses indemnités légales, les chèques en question correspondent à des commissions occultes ponctionnées sur l’enveloppe mise à sa disposition pour la rémunération d’assistants. Non content d’utiliser cette enveloppe d’argent public pour salarier son fils étudiant, puis sa fille étudiante, le Sarthois s’en mettait une partie supplémentaire dans la poche, trimestre après trimestre, jusqu’à son départ pour Matignon. Outre l’exemple précité, un talon de chèque dévoile le montant d’une « livraison » datant de 2006 : 3 205 euros et 41 centimes au nom d’un certain « FILLON ».

Les chèques cumulés au fil de son mandat n’ont sans doute pas dépassé les 25 000 euros, mais le principe en lui-même est scandaleux. Quatre élus ayant participé à et/ou profité de ce système ont d’ailleurs été mis en examen récemment pour « détournement de fonds publics » et/ou « recel », dont Henri de Raincourt et Jean-Claude Carle, dans le cadre d’une information judiciaire qui porte sur les années 2009 à 2014. Sénateur jusqu’en mai 2007, François Fillon ne figure pas dans le viseur de la justice – et c’est là pure logique. Mais au-delà de la question pénale, l’essentiel reste encore la question morale.

 

Si nous publions aujourd’hui ces documents, c’est que le candidat LR à la présidentielle a refusé de réagir à nos informations de la semaine dernière, espérant effacer l’affaire. Son entourage s’est contenté de brandir un « secret de l’instruction » qui n’a pas lieu d’être (son nom n’étant pas cité dans le dossier judiciaire), puis l’orage est passé. Désormais, le mutisme sera peut-être plus compliqué.

François Fillon en compagnie du président du Sénat, Gérard Larcher, l'un de ses soutiens depuis des années © Reuters

Pour comprendre le stratagème utilisé à l’époque par François Fillon, il suffit de savoir que les parlementaires disposent d’une enveloppe réservée à la rémunération d’assistants (environ 7 500 euros au palais du Luxembourg). Quand ils ne l’épuisent pas, l’argent reste théoriquement dans les caisses du Sénat. Mais plutôt que de « perdre » leurs restes, les parlementaires ont aussi le droit de les attribuer à leur « groupe politique » (la structure qui se charge d’organiser le travail collectif entre élus d’une même étiquette). Si l’institution tolère ce transfert, c’est qu’il permet aux groupes (subventionnés par ailleurs) d’embaucher des collaborateurs supplémentaires, donc d’améliorer le travail parlementaire. En théorie.

Car entre 2003 et 2014, le système a été perverti côté UMP : des sénateurs récupéraient en douce un tiers du crédit qu’ils offraient à leur groupe. Dans les couloirs du palais du Luxembourg, cette commission portait même un surnom, désuet et euphémisé à souhait : « la ristourne ». Selon les années et les courants politiques auxquels appartenaient les bénéficiaires, ces sommes ont pu suivre divers circuits, être directement versées par le groupe UMP (surtout pour les anciens RPR) ou bien transiter par une association ad hoc baptisée URS, essentiellement au service d’anciens giscardiens, et qui signait des chèques à la pelle. Pour éviter la paperasse, les « ristournes » étaient en tout cas redistribuées trimestre par trimestre.

La quasi-totalité de celles encaissées par François Fillon est passée par l’URS en l’occurrence. Sur le chèque reproduit par Mediapart, c’est bien la signature de son fondateur et président, le sénateur Henri de Raincourt (aujourd’hui mis en examen), qui apparaît. C’est aussi le compte de l’URS à la banque CCF (devenue HSBC) qui est prélevé. Un seul détail pourrait clocher : le chèque n’est pas daté. En réalité, c’est le cas pour l’ensemble des chèques signés au nom de François Fillon, qui exigeait souplesse et discrétion. Sur le talon publié par Mediapart, on remarque tout de même que la somme de 3 205 euros correspond à un « 2ème trimestre ». Il s’agit de l’année 2006, d’après nos informations.

Une dernière question pourrait enfin se poser : pourquoi les « ristournes » de François Fillon, ancien baron du RPR gaulliste et chiraquien, ont-elles transité par l’URS, schéma plutôt réservé aux giscardiens ? La réponse est politique : lorsqu’il a débarqué au Sénat en 2005, François Fillon venait de rompre avec Jacques Chirac et de rallier l’ambitieux Nicolas Sarkozy. Du coup, au sein du groupe UMP, alors piloté par un chiraquien pur jus, le « jeune » sénateur n’était pas en odeur de sainteté... Tuyauté par un ami, il a opté pour les discrets services offerts par l’URS.

D’après nos informations, il y a au moins une exception à ce circuit. En mai 2007, quand sa nomination à Matignon a été annoncée, François Fillon a voulu faire vite pour récupérer un dernier chèque. C’est alors Jean-Claude Carle, trésorier historique du groupe UMP, immédiatement disponible au palais, qui aurait signé son chèque au nouveau premier ministre, directement tiré d’un compte bancaire du groupe UMP. François Fillon serait même reparti avec un montant correspondant à l’ensemble du trimestre en cours. Sollicité par le truchement de son avocat, Jean-Claude Carle (aujourd’hui mis en examen) n’a souhaité faire « aucun commentaire ».

Chez la poignée d’élus mis en examen (pour les seules années 2009 à 2014), la défense est toujours la même : « Il s’agit d’un système ancien, connu de tous et parfaitement légal », pour reprendre les termes de Me Raphaël Gauvain, l’avocat de Jean-Claude Carle, ou d’André Dulait. Les juges d’instruction semblent voir les choses autrement.

 

Ils continuent d’ailleurs de dévider la pelote. Le système des « ristournes » a en effet laissé bien des traces. Mois par mois, année après année, des listes étaient tenues au cordeau au sein du groupe UMP, notamment par la comptable, aujourd’hui remerciée, une ancienne collaboratrice de Roger Romani (le gardien du « système Chirac ») à la ville de Paris. En mai dernier, lorsque les policiers de la Brigade de répression de la délinquance astucieuse (BRDA) ont perquisitionné les bureaux du groupe UMP, ils sont tombés sur des archives en pagaille, parfois très anciennes, que certains croyaient « nettoyées ».

Lettre ouverte aux vacillants supporteurs de M. Fillon #penelope gate #Penelope Fillon #fillon

 

Peut-on servir le Capital sans aimer l’argent ?

 Allez quoi, nobles Ladies and Gentlemen du Touquet et des boucles de la Seine, du courage, du nerf, tous à la reconquête !

Durant une décennie, vous avez bien soutenu mordicus Sarko malgré ses dérapages « pipols », ses photos glamour avec « Carla », son avidité affichée, son goût du luxe tapageur, ses acrobaties judiciaires et ses gamelles tintinnabulantes et rebondissantes…

A l’époque, vous saviez du moins clairement ce que vous vouliez : un président de « rupture », un vrai mec qui « en avait » et qui allait enfin détruire ces acquis du CNR, hérités de la triste époque où, sur la lancée de la Résistance, les cocos et les adeptes du grand Charles fricotaient honteusement en lâchant au populo ces abominations sans nom : Sécurité sociale, retraites par répartition, nationalisations, comités d’entreprise, Code du travail… Diantre, il faut savoir ce qu’on veut dans la vie et ce n’est certes pas à un saint homme que l’on ira jamais demander d’aller voler les pauvres pour donner aux riches afin de mieux intégrer ces derniers, avec leurs manoirs, leurs écoles privées haut de gamme et leur domesticité stylée, dans l’ « élite mondialisée » anglophone, euro-béate et germanolâtre…

Hélas, la basse roture jouit encore du droit de vote en ce pays rustique. En 2012, la plèbe a donc viré Sarko, l’ennemi trop voyant des « porteurs de pancartes » et autres syndicalistes. En votant Hollande, certains manants croyaient – bien à tort certes, mais cette rébellion ratée n’en mérite pas moins châtiment – que Hollande allait ralentir un peu les mauvais coups « made in Bruxelles » contre les « petites gens »…

Cinq années très difficiles à vivre à Neuilly, au Vésinet et dans le 16ème arrondissement. Oh, vous finissiez bien par obtenir tout ce que vous désiriez ; mais certains députés PS cédaient à reculons, sans enthousiasme vrai, en mégotant mesquinement, en lançant des tas de frondes inconvenantes. Pire, une CGT méconnaissable, aussitôt lâchée par la si compréhensive CFDT, formait à nouveau des piquets de grève pour refuser la Loi Travail !

Par bonheur, Zorro Fillon allait enfin bouter l’Usurpateur hors de l’Elysée et balayer toute cette chienlit « hexagonale » qui vous fait tant vergogne quand vous l’évoquez à table avec vos pairs moqueurs d’Outre-Rhin, d’Outre-Manche ou d’Outre-Atlantique… Avec « François » au moins, vous aviez la garantie d’un programme 100% thatchérien. Un programme garanti par Le Point, le magazine qui compare la CGT à Daech et qui « assassine » à coups de Unes hurlantes les chômeurs « assistés », le « coût exorbitant du travail », le Code du travail « archaïque », la « fiscalité confiscatoire », les « grèves corporatistes » et surtout, ces « fonctionnaires qui plombent la France ». Bref, l’instinct de classe avait parlé, toujours clair, net et précis chez ceux qui possèdent tout mais qui n’en ont jamais assez.

Alors, marchant à l’urne en cohortes serrées par un beau jour de « primaires », les mémères en-chapeautées, les petits jeunes gens en loden achevant leur cursus « managérial » en anglo-ricain, les patriarches décorés grands-maîtres des héritages et, derrière eux, pour faire masse, des processions de chauffeurs de maîtres et de « petites gens » embobinées au sortir de la grand-messe, avaient massivement répudié la « gauchiste » NKM, humilié le trop vulgaire Coppé et balayé ce grand mollasson de Juppé pour élire enfin un dur de dur. Et pour « rendre la présidentielle imperdable », vous aviez choisi un homme « intègre », « allant-à-la-messe », sachant jouer pour l’image d’un zeste de gaullisme frelaté, nanti d’une famille nombreuse comme on les aime dans l’Ouest parisien. Un homme meublant sa belle demeure avec goût, doté d’une épouse discrète et « so British », portant d’élégants costumes stricts, pratiquant virilement à l’occasion l’alpinisme et la Formule 1. Celui-là, c’était sûr, n’avait pas de « casseroles », comme vous dites tout aussi vulgairement que nous autres gueux. Contrairement à l’avide Sarko, contrairement à Hollande qui devait au moins feindre de servir la classe opposée, voilà quelqu’un qui saurait servir sa classe, « tenir son rang », « habiter la fonction » et faire table rase du « modèle social » en s’oubliant un peu lui-même. Ou du moins, en faisant efficacement semblant…

Hélas, c’est encore raté ! Car comment un homme qui sert passionnément le Capital n’aimerait-il pas le pognon ? Comment n’aimerait-il pas en gagner un max sans travailler trop dur ? Car enfin, à part ses contre-réformes sur les retraites qui ont appauvri des millions de pensionnés, qu’a donc jamais produit Fillon, intellectuellement ou manuellement ? Commencée auprès du « gaulliste social » et du très anti-maastrichtien Philippe Séguin, la carrière zigzagante de Fillon a su prendre opportunément le virage de Thatcher, de Merkel et de Trump : le peu de « social » dont il rêvait auprès de Séguin, Fillon l’aura défait et au-delà en servant Raffarin et Sarko : bilan, ZERO ! Et à tout instant, ce pourfendeur des fonctionnaires, aura été porté – assisté serait le mot juste – par l’appareil d’Etat bourgeois tant brocardé par nos grands « libéraux ». Un appareil qui, aux frais de Marianne, rémunère grassement la carrière rémunératrice de certains élus à vie sans oublier, parfois, en toute légalité, les membres de leur famille. Mais pour Fillon « où est le problème ? » si son épouse – qu’il « hhhêêêême » tant, comme il l’a déclaré avec tant de retenue – gagne un chouya d’argent de poche (plus de 7000 € mensuels pour son dernier salaire : dérisoire !) payé par la République pour faire on ne sait pas très bien quoi. Ou si, pour compléter cette misère que paie l’Etat à Madame (en pièces jaunes ?), il lui est arrivé de gribouiller à grands frais quelques « articles » pour une revue dont le nom doublement mondain fleure bon La Recherche du temps perdu… Dame, il faut bien « joindre les deux bouts » et débourser régulièrement les frais du manoir, du bolide, du petit personnel et des hautes études pour les héritiers (par curiosité : combien parmi ces derniers auront-ils fréquenté le collège public ? Ce collège ravagé par le « socle commun » au rabais qu’a institué Fillon, avec les résultats qu’on sait, quand il était ministre de l’Education nationale …

Mais « Paris vaut bien une messe » : soyons raisonnables et convenons qu’un individu qui veut supprimer 500 000 emplois publics, ratiboiser la Sécu, fliquer à mort l’indemnisation du chômage, repousser la retraite à 65 ans (c’est-à-dire basculer très chrétiennement des millions de gens au RMI, vu que nombre de salariés sont licenciés bien avant 60 ans), supprimer les heures sup en dégageant la durée légale du travail et faire travailler les fonctionnaires 39 h payées 35, ne peut pas être une réincarnation de Saint-François d’Assises (sauf peut-être à changer une préposition dans la dénomination de cet apôtre de la pauvreté ?). Surtout que très évangéliquement, Fillon veut aussi éliminer l’impôt sur la fortune et lever les dernières « charges » qui pèsent encore sur le patronat. C’est-à-dire faire table rase de notre salaire indirect mutualisé…

Alors, gentils supporteurs vacillants de Fillon, un peu de courage et de tenue : que diable, il faut s’assumer dans la vie. Osez donc vous avouer qu’un défenseur à tous crins du profit ne se contredit pas vraiment quand, dans sa conduite quotidienne, il se révèle un petit… profiteur à la godille. Paradoxe dialectique : « dans la quête du profit maximal, il n’y a pas de petits profits »…

Allez, sujets et sujettes privilégiés de Sa Majesté le Capital, c’est vraiment pas le moment de lâcher piteusement votre idole : le temps est plutôt venu de vous contempler dans le miroir d’argent que vous tend Fillon, nanti de sa Pénélope « qui a toujours travaillé pour lui ». Et si hier vous avez, en connaissance de cause, voté pour son programme de guerre de classe contre les pauvres, convenez que, humainement parlant, vous aurez du mal à paraître plus « sourcilleux » qu’un modèle auquel vous ressemblez tant !

 

Allez, assez d’états d’âme mal venus ! Courez donc au secours de votre champion : à une lettre près le « filon » des méga-cadeaux fiscaux est derrière ! Pour l’heure, qu’il vous suffise de changer un peu le refrain trop révolutionnaire de La Marseillaise et « Qu’un blé impur abreuve vos Fillons ! ».

Pour une France

Franchement Insoumise,

un Frexit Antifasciste,

Patriotique et Progressiste

est Incontournable !

Pour un FREXIT ANTIFASCISTE, PATRIOTIQUE, PROGRESSISTE et ECOLOGIQUE. Entretien d’Initiative Communiste avec Georges Gastaud, porte-parole du PRCF - 9 décembre 2016


Initiative Communiste : Que t’inspirent la mort de Fidel, le deuil de masse du peuple cubain et les réactions de la « classe politico-médiatique » française ?

 

 

Georges Gastaud : Je pense traduire ce qu’a ressenti chaque membre du PRCF, et au-delà, ce qu’ont éprouvé des millions de progressistes en France et dans le monde, en disant que le décès de notre grand camarade a été vécu par chacun d’entre nous comme une perte personnelle. Fidel n’était pas seulement le dirigeant historique de la Révolution cubaine, le second père de l’Indépendance cubaine après José Marti. Il était la figure de proue du Mouvement communiste international et du Front anti-impérialiste mondial, le chef de file de la résistance internationaliste à la contre-révolution anticommuniste et antisoviétique des années 80/90Il avait en outre compris très tôt le lien dialectique entre la lutte anticapitaliste et le combat environnemental et Cuba a été primé plusieurs fois par l’ONU pour ses solutions originales sur le terrain écologique. Le rôle de Fidel a été majeur dans la libération de l’Afrique australe : on oublie trop souvent que c’est le contingent internationaliste cubain envoyé en Angola à la demande de Luanda qui a battu à plate couture l’armée raciste de Pretoria à Cuito Carnevale, une bataille dont l’importance n’est pas moindre pour les Africains du 20ème siècle que ne le fut Valmy pour les Européens du 18ème. Mandela ne s'y est pas trompé qui écrivait à Fidel : "La leçon la plus importante que vous pouvez nous offrir est que peu importe l’adversité, peu importent les difficultés contre lesquelles il faut lutter, il ne faut jamais se rendre ! ». Quant au président angolais José Eduardo Dos Santos, il a rappelé la "contribution inoubliable de Cuba (...) à la défense, au maintien de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Angola". 

Dans les années 1980, j’avais lancé, dans l’incrédulité générale, l’idée qu’à notre époque, sans changer de nature et en aggravant au contraire tous ses traits nihilistes, le capitalisme-impérialisme est devenu si régressif que « l’exterminisme est désormais le stade suprême de l’impérialisme ». C’était surtout vérifiable alors sur le terrain militaire : car le camp occidental conduit par Reagan/Thatcher s’engageait à l’époque dans une croisade nucléaire potentiellement pan-destructive contre l’URSS* afin de briser la poussée anti-impérialiste mondiale (on oublie que le camp impérialiste était sur le recul durant la décennie précédente : victoire du Vietnam socialiste, Révolution portugaise et décolonisation de l’Afrique lusophone, poussées révolutionnaires en Afghanistan, dans la Corne de l’Afrique, en Amérique centrale, « Rouges » à l’offensive en Italie, en France ou au Portugal, déconfiture des USA en Iran…). Et bien évidemment, cette contre-offensive idéologique et militaire de l’Oncle Sam sur fond de slogans exterminateurs (« plutôt morts que rouges », clamait la réaction allemande, « le Kremlin doit savoir qu’il aura la guerre si les dirigeants soviétiques ne renoncent pas au communisme », complétait Nixon, « je préfère mourir irradié avec mon enfant que j’aime à la suite d’un échange de Pershing et de SS 20 plutôt que de

l’imaginer entraîné vers quelque Sibérie planétaire », couronnait le sinistre cuistre André Glucksmann…) n’a pas été sans lourds effets politiques : car sans cette énorme pression militaro-idéologique sur l’URSS, on imagine mal qu’un capitulard comme Gorbatchev ait pu prendre la tête du PCUS… Bref, la contre-révolution fut quelque part la continuation politique de la seconde guerre froide comme à l’inverse, l’actuelle remondialisation contre-révolutionnaire du capitalisme est sourdement structurée par un exterminisme latent : destruction accélérée de l’environnement par la course au tout-profit, guerres néocoloniales en voie de mondialisation (cf à ce sujet le dernier livre de Jean Salem paru chez Delga), course à la fascisation politique, crises financières à répétition, accroissement explosifs des inégalités, etc. Il est donc logique que Fidel, qui fut le chef de file de la résistance à la contre-révolution, soit aussi devenu la figure de proue de la lutte anti-exterministe. C’est en effet un aspect trop souvent occulté du mot d’ordre « le socialisme ou la mort », lancé à Camaguey par Fidel le 26 juillet 1989, alors que le camp socialiste était en voie d’implosion : ce mot d’ordre n’a pas seulement la portée héroïque qu’on lui connaît et qui rappelle le « plutôt mourir libres que vivre esclaves » des Grecs à Marathon, ou le « liberté, égalité, fraternité ou la mort  » qui fut la devise de nos Sans Culottes, il a une portée anti-exterministe claire et nette : si l’humanité du 21ème siècle ne parvient pas à faire la révolution, à liquider la ruineuse exploitation de l’homme par l’homme et l’oppression impérialiste d’une poignée d’Etats sur la majorité de l’humanité, si elle n’entend pas l’avertissement de Marx (« le capitalisme ne produit la richesse qu’en épuisant la Terre et le travailleur »), en un mot, si elle ne parvient pas à mettre en commun pour le bien de tous les ressources terrestres, les recherches scientifiques, les technologies et les grands moyens de production et d’échange, alors notre espèce périra. Bref, à ses missions historiques traditionnelles (permettre à l’humanité d’accéder à l’âge adulte, de passer de la société divisée en classes à la société sans classes, et ce faisant, de devenir le sujet libre de sa propre histoire), le communisme doit ajouter cette suprême responsabilité : assurer la survie et le développement de l’humanité et de la vie au 21èmesiècle, devenir un anti-exterminisme conséquent. Ce qui ne signifie pas se déculotter devant l’impérialisme pour sauver la « paix » - dont l’impérialisme est précisément l’ennemi principal ! – mais tout au contraire, devenir encore plus révolutionnaire : bref, préférer à la suicidaire voie gorbatchévienne, la voie révolutionnaire et proprement vitale incarnée par Fidel. Osons affirmer que c’est parce qu’il a su tenir les deux bouts de la chaîne, la réaffirmation de la voie révolutionnaire (contre Gorby et ses suiveurs) mais aussi la défense des intérêts à long terme de toute l’humanité non pas avec, mais contre l’impérialisme – qu’il n’a jamais confondu avec le peuple états-unien –, que Fidel a pu réussir cet incroyable exploit historique : la continuité de Cuba socialiste en plein ouragan contre-révolutionnaire mondial, et même son désenclavement avec la mise en place de l’ALBA avec l’émergence en Amérique latine du mouvement bolivarien lié à Chavez et à Morales.

Si l’on ajoute à cela que Fidel n’a jamais opposé, comme le font ruineusement les trotskistes, les eurocommunistes et les autres révisionnistes du mouvement ouvrier, la défense de l’indépendance nationale à l’action pour le socialisme, que tout en respectant les fondamentaux universels du socialisme (poder popular, socialisation et planification démocratique des moyens de production), il a toujours eu le souci d’une construction socialiste ancrée dans les réalités nationales (langue, musique, danse, etc.). Comme Raul et à l’inverse des néolibéraux, Fidel a toujours considéré la Santé, la recherche (notamment biomédicale) et l’éducation non pas comme des « coûts » à réduire mais comme des investissements productifs d’avenir, on voit que l’héritage fidéliste est au cœur de nos luttes pour les services publics, la recherche publique et la protection sociale. Pour se déclarer « fidèle à Fidel », notre PRCF n’a besoin que de rappeler ce que chacun peut aisément vérifier : au cœur de la stratégie politique nouvelle que nous proposons au mouvement ouvrier français, il y a, adapté à notre pays, le double slogan castriste « la patrie ou la mort » (car à notre époque, le capital détruit la France et le monde du travail est seul à même de la reconstruire), et « le socialisme ou la mort », car seule au final la révolution socialiste pourra sauver, voire régénérer la patrie, ou plutôt, les patries, en les inscrivant dans une défense humaniste et universaliste de toute l’humanité. Telle est si j’ose dire, notre Fidélité à l’avenir… Quant aux commentaires méprisables de la grande presse, des Le Pen, des LR (la « Loi des Riches » ?), et à ceux, encore plus veules d’Ayrault ou de Cambadélis démentant les dignes propos de S. Royal, ils montrent simplement que notre pays est la proie d’une clique politico-médiatique indécente qui ne respecte même pas le deuil de masse de tout un peuple. Il n’est que de voir le veulissime Hollande s’envolant pour les Emirats du Golfe, ces parangons de « démocratie », pour éviter de se rendre à Santiago, pour voir ce que signifie pour ces gens la « démocratie » dont ils ont plein la bouche, entre deux ventes de Rafales, trois contre-réformes et quatre ingérences sanglantes, en Libye, au Mali, en Ukraine ou au Proche-Orient. Président du PRCF et ancien officier des FTP-MOI, notre camarade Léon Landini a magnifiquement répondu à l’histrion philosophique Onfray, qui venait d’injurier Fidel dans un journal de l’ultra-droite filloniste (j’ai nommé Le Point, dont le patron compare ridiculement la CGT à Daech !), que oui, il y a bien des prisonniers politiques à Cuba, oui, ces prisonniers sont odieusement torturés et que oui encore, il faut dénoncer ces exactions sans aucune œillère politique ! Sauf que ces prisonniers politiques sont à Guantanamo, sur une base illégalement occupée par l’US Army et par ses tortionnaires « scientifiques » ! Mais le contraste est si fort entre le deuil de masse des Cubains, j’allais dire, leur « deuil de combat », entre l’hommage populaire rendu à un Titan de l’histoire par des millions de gens de tous les continents, et l’infinie médiocrité de notre caste politico-médiatique dominante, sans parler de nos présidents successifs (qui sont vomis par le peuple à peine installés à l’Elysée, tant il est clair qu’ils y sont pour « faire le sale boulot » du capital !), que les crachats sur les cendres de Fidel n’en finiront pas de retomber sur le visage des néo-thatchériens « LR », des Fachos Nantis chers aux Le Pen, des Pseudo-Socialistes de Solferino et des « journalistes » cousus d’or qui, tels Pujadas ou Apathie, feignent de parler au nom du « service public » !

Initiative Communiste : Comment réagis-tu à l’élection de Fillon ? Le « second tour de cauchemar » Le Pen-Fillon, comme tu dis, est-il encore évitable, avec tout ce qu’il comporte de fascisation et de régressions en perspective ? Georges Gastaud : l’élection triomphale du thatchérien Fillon, le nouveau Thiers cher à la droite dure, l’Anti-Robin des Bois nanti, le pseudo-chrétien chouchouté par les beaux quartiers, constitue une déclaration de guerre civile programmée sur ordonnances à l’encontre du monde du travail. Cette ultra-droitisation de la prétendue « droite républicaine » permet à Marine et à Marion Le Pen d’en rajouter aussitôt dans leurs propositions inhumaines contre la scolarisation gratuite des gosses de sans-papiers ou sur le non-remboursement de l’IVG. Cette ultra-droitisation de la droite, cette réaffirmation décomplexée des positions classiques de l’extrême droite sont le produit direct de la droitisation du PS, de la fascisation de moins en moins rampante de l’Etat (libéral-fascisation, social-fascisation, les formes nouvelles d’un processus ne doivent jamais en occulter le contenu de classe profond : la guerre à outrance de l’oligarchie contre le mouvement ouvrier  !). L’actuelle poussée ultraréactionnaire résulte aussi in fine – et les militants marxistes du PCF s’honoreraient de regarder en face cette douloureuse réalité–, de l’irréversible social-démocratisation du PCF-PGE et de l’arrimage structurel à la « construction » européenne que signifie l’affiliation du PCF au PGE (que préside Pierre Laurent). Un PCF-PGE qui n’en finit pas de dériver depuis que, déjà dans les années 1970, la direction du Parti d’alors a rallié l’ « eurocommunisme » en larguant le marxisme-léninisme, en coupant toute attache avec le camp socialiste, en applaudissant le liquidateur Gorbatchev et en détruisant l’ancrage prolétarien du Parti (destruction des cellules d’entreprise, rupture du lien organique avec le syndicalisme de classe…). Pour ne prendre qu’un exemple, quand la « commission économique nationale du PCF » (les Dimicoli, Marchand, Boccara…) attaque de droite le programme de Mélenchon en l’accusant d’ « étatisme » ( !) et de « nationalisme » sous prétexte que JLM se dit « indépendantiste » et qu’il ouvre le débat sur le maintien de la France dans l’UE, faut-il s’étonner si, de l’autre côté du spectre politique, les héritiers honteux de Vichy et de l’OAS peuvent usurper tout à loisir le nom glorieux du « Front national de lutte pour l’indépendance et la liberté de la France », c’est-à-dire de l’organisation unitaire de combat, authentique précurseur du CNR, que le PCF clandestin avait créée pour combattre l’Occupant hitlérien ?

Si le second tour de cauchemar FN/LR est encore évitable, ce n’est surtout pas en s’effaçant derrière Montebourg, comme le souhaite encore à demi-mots le candidat « communiste » et pseudo-identitaire Chassaigne. Sans manquer de respect à ce député sympathique, force est de constater que le chef de file des parlementaires du PCF se cramponne à l’ « union de la gauche » moribonde en vue des législatives (avec peut-être l’espoir d’obtenir du PS des candidatures uniques PS/PCF dès le 1er tour ? A. Chassaigne n’a pas répondu à notre adresse publique à sur ce point !)… Un effacement fort peu « identitaire » devant Montebourg, que continue de promouvoir allusivement P. Laurent. Lequel, pour sauver l’UE, l’euro et le Parti de la gauche européenne qu’il préside (voire pour sauver son siège de sénateur francilien socialo-dépendant ?) rêve de ressusciter l’union de la gauche derrière Montebourg, l’ex-ministre qui s’est couché devant Valls, Hollande et Bruxelles quand il s’est agi de sauver Florange et l’acier français…

Non, pour conjurer le cauchemar annoncé LR/FN, la question principale et de loin est d’en finir avec l’actuel attentisme du mouvement social et syndical, actuellement tétanisé à la fois par les présidentielles, par les prochaines élections professionnelles et par la concurrence intersyndicale qu’elles induisent au détriment du combat social*. Car ce n’est pas DEMAIN avec Fillon, mais AUJOURD’HUI avec Valls-Cazeneuve que les libertés syndicales sont laminées, que des emplois industriels sont supprimés par milliers (cf Airbus !), que les salaires sont comprimés, que des millions d’HS ne sont pas payées aux salariés, que les conditions de transport sont pourries, que 9 millions de personnes survivent sous le seuil de pauvreté, que le travail est un enfer pour des centaines de milliers de gens, que cinq millions de citoyens, surtout des jeunes, moisissent au chômage, que les services publics sont asphyxiés, que l’Education nationale est plombée par un empilement de contre-réformes extravagantes, qu’EDF est reléguée sur la voie du dépeçage final… ou que les agents hospitaliers vont bientôt finir eux-mêmes aux « urgences » si le sort qui leur est fait n’est pas radicalement et rapidement amélioré ! Pour conclure sur ce point, notons à l’adresse de ceux qui réinventent quotidiennement le fil à couper le beurre du « mouvementisme » et du « post-léninisme », que les léninistes n’ont peur d’aucun mouvement populaire. Entre nous, les Soviets, c’était autre chose que le « cloud » sur internet ! L’un des défis léninistes actuels, c’est d’œuvrer à ce se lève un puissant mouvement DE CLASSE ET DE MASSE. Et ce mouvement a moins besoin d’un « Podemos » à la française que d’une puissante CGT rouge, que d’un parti franchement communiste renouant avec le marxisme-léninisme et ancré dans la classe ouvrière dans toute sa moderne diversité. Ce n’est pas d’un excès de léninisme ou de « post-léninisme » (que le PCF lui-même n’a cessé de « cartonner » depuis quarante ans !) que souffre le mouvement ouvrier français, c’est du fait qu’à l’inverse, alors que Fillon prend la tête d’une véritable avant-garde réactionnaire avec le FN en libero, le monde du travail ne dispose plus des outils, délibérément cassés, d’un parti de classe et d’un syndicat de combat. 

C’est donc maintenant, et non pas quand Fillon gouvernera par ordonnances ou quand Le Pen aura gagné le second tour (voire le 1er, tant l’atonie prolongée des luttes, l’extrême désorientation du PCF et les combat d’égo du PS font le jeu des Fachos Nantis !), qu’il faut relancer l’ACTION pour les salaires, l’emploi, le logement, les services publics, la Sécu, les retraites, les indemnités chômage, l’école, l’hôpital public, le produire en France**, en faisant converger ces luttes sur la base d’une plate-forme revendicative unificatrice  : si bien que la relance du syndicalisme de classe et de masse devient littéralement stratégique politiquement ! Rappelons à toutes fins utiles que le 11 janvier prochain coïncidera avec l’anniversaire de la nationalisation de Renault, que le 14 mars peut permettre une commémoration de lutte du programme du CNR Les jours heureux, lequel fut à l’origine de la Sécu, des retraites par répartition, du Code du travail, des conventions collectives généralisées, des statuts et des services publics modernes. Rappelons enfin que le 1er mai 2017, le mouvement ouvrier en grave danger doit absolument s’y préparer dès maintenant : il faudra alors montrer ses muscles, non seulement en se rassemblant massivement, mais en arborant notre drapeau rouge de combat… Et surtout, il ne faudrait plus désormais commettre la faute gravissime consistant à abandonner le drapeau tricolore et la Marseillaise au couple diabolique LR/FN qui ne les usurpe que pour mieux les opposer aux « Rouges »… Car en France, les plus belles avancées sociales du 20ème siècle ont été obtenues en 36 et en 45 quand le PCF et la CGT associaient offensivement le drapeau tricolore de 1789 au drapeau rouge de la Commune ! Tous deux sont nôtres ! Pointons-les l’un et l’autre contre l’UE, les LR, le FN, le MEDEF, l’OTAN et tous ceux qui les servent, y compris les Cazeneuve, Macron, Chérèque et autre Valls ! 

 

https://www.youtube.com/watch?v=r5kmSm3jJ-Q

Le PRCF appelle en outre à utiliser le bulletin Mélenchon pour forger au 1er tour l’espace politique progressiste le plus large possible : c’est indispensable pour que le mouvement populaire ne soit pas complètement « sonné » à la sortie des élections et pour qu’il puisse contrer l’offensive euro-thatchérienne, voire passer à la contre-offensive sur l’ensemble des dossiers socio-économiques. Pour l’heure, de premiers points d’appui politiques existent dans le programme de Mélenchon : et tous ceux qui, comme nous, ont lutté à contre-courant depuis 2004 pour le Frexit progressiste et internationaliste n’y sont pas pour rien : au grand dam de P. Laurent, Mélenchon se réclame en effet de l’ « indépendantisme français » ; contrairement à P. Laurent, président du PGE, Mélenchon pose au moins la question « l’UE, on la change ou on la quitte ! ». JLM a soutenu les manifs anti-Loi Travail, il veut sortir de l’OTAN, il affronte de gauche le PS néolibéral, il a eu une position décente lors du décès de Fidel, ce « post-léniniste » impénitent ; et suspecter l’engagement anti-FN de JLM relèverait du procès d’intentions. Bien entendu, ce candidat fait déjà l’objet de pressions considérables de la part du rabatteur Montebourg, pour rentrer dans le giron du PS, mais aussi du « frondeur » euro-béat Benoît Hamon. Bien entendu, le « mouvementisme » de JLM mérite d’être confronté à la pratique et notre soutien critique à sa candidature, pour préserver et élargir l’espace politique progressiste indispensable aux luttes, n’implique en rien, au contraire, que nous reculions d’un pouce sur la reconstruction du parti de combat sans lequel le « mouvement », flottant dans son nuage informatique, serait condamné à tergiverser sans fin sur l’UE et sur la rupture avec le capitalisme… sans intéresser le moins du monde la classe ouvrière. En un mot, quand la droite se durcit, veillons à ne pas nous « gazéifier » ! 

Quant à la direction du PCF-PGE qui s’est ralliée à JLM contrainte et forcée, c’est de droite qu’elle critique son programme, avec l’objectif avoué de favoriser le rassemblement « des deux gauches » (bien entendu, derrière le PS) : alors qu’il faut absolument que le 1er tour serve au moins à inverser le rapport des forces à gauche entre le PS et son opposition de gauche patriotico-populaire ! A nous, militants franchement communistes, et plus largement, à nous, militants du Frexit antifasciste, patriotique, progressiste et écologique, de contrer ces pressions droitières en montrant qu’aucune politique patriotique et progressiste conséquente n’est possible dans le cadre totalitaire d’une UE « partenaire stratégique de l’OTAN » et d’une « économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée » : ce qui signifie que le prétendu « Plan A » (« on change l’UE ») cher à la « France insoumise » est illusoire : car pendant que la « France insoumise » négocierait durant des mois avec Bruxelles et Berlin, le changement promis s’enliserait en France ; si bien que la réaction en profiterait pour reprendre l’offensive sur des bases fascisantes, tant il n’est vrai que, comme le disait Robespierre, « ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau ». Mais peut-être faut-il aussi devenir « post-robespierriste », et pourquoi pas… girondins, pour mériter le titre de « modernes » et de « décentralisateurs » ? Bien entendu, il faudrait aussi nationaliser à 100% le CAC-40, les assurances et les banques sans verser un sou d’argent public aux actionnaires capitalistes et en donnant aux travailleurs de larges pouvoirs de contrôle. 

Bref, contre les deux erreurs symétriques consistant à dissoudre le parti de classe dans le « mouvement » ou à l’inverse, de se soucier comme d’une guigne du mouvement populaire et de l’espace politique progressiste pour camper sur la vieille union PCF/PS, il faut associer, articuler, « dialectiser », comme nous disons, et non pas opposer, les trois processus distincts et complémentaires que sont à nos yeux

 

  • la reconstruction urgente du vrai parti communiste, de manière à permettre aux OUVRIERS, aujourd’hui tentés par le retrait politique, voire par le vote FN, de disposer d’un outil politique leur permettant de devenir l’axe du Front populaire et de donner toute sa portée anticapitaliste, anti-impérialiste, antifasciste, patriotique internationaliste et révolutionnaire, au Frexit progressiste ; car c’est toute la question du contenu de classe du changement qui se joue dans la reconstruction du vrai parti communiste. Sans un parti à elle, sans un parti franchement communiste, la classe ouvrière ne pourra ni investir le changement ni l’orienter fermement contre l’UE et le capitalisme. On voit d’ailleurs dans certains pays latino-américains comment le changement, lorsqu’il est livré à une direction petite-bourgeoise nécessairement hésitante, se met à la merci d’une contre-attaque fascisante solidement ORGANISEE. Mais on ne combat pas le « mouvementisme » petit-bourgeois en se repliant ad vitam aeternam sur le PCF-PGE, en retardant à l’infini les ruptures nécessaires au regroupement organisé des vrais communistes… Car tel qu’il est, le PCF-PGE est déjà lui-même un « mouvement » qui tire à hue et à dia (surtout à Hue d’ailleurs !) et son extrême désorientation électorale récente a prouvé que le PCF est devenu impuissant à jouer le rôle normalement dévolu à un PARTI : celui d’être l’avant-garde de sa classe de référence. Comment un « parti » qui ne s’oriente pas lui-même pourrait-il orienter la classe ouvrière, qui plus que toute autre classe, a besoin de détermination et de franchise pour devenir un sujet politique ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • la réactivation du mouvement ouvrier et populaire de combat  : ce qui suppose de contrer les manœuvres visant à écarter les militants du Front syndical de classe qui cherchent à activer, comme un levier et un tremplin pour le tous ensemble des travailleurs, le tous ensemble des syndicalistes de lutte par-delà les frontières de branches, de corporations et d’appareils ; sans du tout négliger l’internet et les réseaux sociaux (le site du PRCF fait d’ailleurs partie désormais des plus influents de France sur le terrain politique !), qu’apporterait aux travailleurs un « mouvement » qui se contenterait de « gazouiller » sur la Toile, mais qui se désintéresserait du lieu décisif de l’affrontement des classes, l’ENTREPRISE CAPITALISTE. Car comme l’a rappelé le très dur affrontement du printemps sur la loi Travail, l’entreprise, ou les services (de moins en moins) publics restent le lieu central de l’exploitation capitaliste  : c’est là en effet que se forment la plus-value ou ses conditions matérielles, et non pas devant les seuls claviers que se joue principalement le rapport de forces entre capital et travail, entre réaction et camp progressiste.
  • et la mise en place méthodique d’un Front Antifasciste, patriotique, populaire et Ecologique allant jusqu’au bout de sa démarche en appelant à la rupture immédiate avec l’UE/OTAN de manière à activer l’Europe des luttes sociales et permettre à notre pays de coopérer à égalité avec tous les continents.

https://www.youtube.com/watch?v=RuVXf13ZV_Y

 

 

C’est pourquoi, tout en tendant constructivement la main aux militants de terrain du Parti de gauche, de la « France insoumise » (et bien entendu, à leur candidat), nous appelons les marxistes qui militent au sein du PCF-PGE à ne pas s’enfermer dans ce cadre largement piégé, à diffuser avec nous à la porte des entreprises des propositions communes pour le FREXIT progressiste et pour un programme communiste de transition révolutionnaire. Le tête-à-tête à l’infini avec les Laurent, Chassaigne et autre Buffet est sans perspective si l’on n’a pas en tête, alors que notre peuple est désarmé face à la montée des périls, le but final : la renaissance du vrai parti communiste séparant salutairement les révolutionnaires des euro-réformistes et rassemblant les « communistes des deux rives », ceux qui sont encore au PCF et ceux qui se sont organisés à l’extérieur, sans oublier les milliers de camarades qui errent aujourd’hui « dans la nature ». Par conséquent, sauf à faire montre d’un électoralisme désolant, le vrai clivage n’est pas aujourd’hui « Mélenchon ou pas Mélenchon ? », comme si ce candidat était l’ennemi principal des communistes, ou comme si, à l’inverse, il était le « sauveur suprême » ! A l’heure où le bloc thatchéro-fascisant des LR et du FN flanqués de Valls-Macron veut faire main basse sur la France. Privilégier un clivage électoral serait occulter la vraie question de classe : aller ensemble dès maintenant à la porte des usines avec un programme communiste commun. C’est dans cet esprit que le PRCF propose aux militants ouvriers d’agir ensemble pour « quatre sorties » : euro, UE, OTAN, capitalisme, et pour dix « entrées » : République souveraine (1), sociale et populaire (2), démocratique (3), une, laïque et indivisible (4), productive (nationalisations et relance planifiée du produire en France industriel et agricole) (5), fraternelle : antifasciste, antisexiste, antiraciste et anti-communautariste (6), écologique (7),pacifique, internationaliste et anti-impérialiste (8), soutenant l’école laïque et les « Lumières communes » (9), porteuse d’une culture nationale ouverte et diverse, promouvant la langue française et la francophonie contre le tout-anglais néocolonial ; bref, une République nouvelle, émancipée de l’UE/OTAN, centrée sur le monde du travail, affrontant le grand capital et marchant résolument vers la transformation révolutionnaire (10)). Bref, il ne s’agit nullement pour quelque communiste que ce soit, de se soumettre à la « France insoumise », mais de l’aider fraternellement et dynamiquement, à devenir une France Franchement Insoumise (à l’UE/OTAN et au MEDEF !). Non seulement cela ne plomberait pas ses résultats électoraux, mais cela attirerait vers elle des millions d’ouvriers, d’employés, de fonctionnaires, d’artisans et de paysans, de jeunes en révolte qui, pour s’engager, ont moins besoin d’une multiplication exponentielle de « tweets », que d’un « choc de franchise » sur l’UE, sur l’indépendance nationale, les nationalisations démocratiques, en un mot, sur l’affrontement résolu du peuple travailleur avec le grand capital. Car sauf à s’y coincer les doigts, on ne peut pas claquer à demi la porte de son cachot ! Et ce programme de Frexit révolutionnaire et progressiste, c’est sans attendre que les militants du PRCF le portent actuellement aux entrées d’usine : 20 000 tracts-programmes sont déjà partis depuis la conférence nationale du PRCF (13 novembre) qui a acté, quasi-unanimement, notre positionnement sur les luttes et les élections, et 92 000 tracts-programmes viennent d’être commandés au national par nos structures départementales. Si l’on ajoute à cela que www.initiative-communiste.fr , le site d’Initiative communiste, se classe désormais parmi les 30 premiers sites politiques de France, et que nous sommes par ailleurs à l’offensive, voire à l’avant-garde, dans plusieurs domaines théoriques (livres, revues, conférences…), je crois pouvoir dire que nos militants n’attendent aucun accord d’état-major pour aller là où nous avons le plus à apprendre et à apporter : vers la classe ouvrière, vers le monde du travail, vers la jeunesse populaire et les quartiers populaires  : voilà les forces vives qui finiront par balayer tous les réacs si elles constatent, sur le terrain principal – l’entreprise, qui est le cœur de l’affrontement capital-travail, que les vrais communistes font retour tous ensemble en portant un programme crédible de rupture franche avec l’UE du grand patronat. Et pour le PRCF, qui vient de déposer 6000 premières signatures en préfecture de Tulle pour un référendum de sortie de l’UE, cette proposition est déjà un engagement d’action ! Alors, camarades franchement communistes extérieurs au PRCF, syndicalistes de classe non encore engagés politiquement, citoyens authentiquement républicains, étudiants et jeunes prolétaires révolutionnaires, pourquoi ne pas accepter la main tendue du PRCF, pourquoi ne pas porter ce message de Frexit progressiste et révolutionnaire dès maintenant et tous ensemble à la porte des entreprises ?

www.initiative-communiste.fr

Source : http://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/france-franchement-insoumise-frexit-antifasciste-patriotique-progressiste-incontournable/


 

*Ce que confirme Noam Chomsky dans son dernier entretien accordé à l’Humanité (novembre 2016).*Bien entendu, les véritables amis du combat populaire ne resteront pas neutres aux élections professionnelles entre les dirigeants jaunes de la CFDT, qui sont les vrais auteurs de la loi Travail avec Valls-MEDEF, et les militants CGT de classe auxquels nous souhaitons plein succès ! *** Et non le « made in France » comme dit A. Montebourg qui, à défaut de sauver l’industrie française, a fait de son mieux, quand il était ministre, pour promouvoir le frenglish !

L’attentat terroriste à la mosquée musulmane de Québec

 

QUI EN SONT LES AUTEURS INTELLECTUELS ?

Un attentat de cette nature, dans le cadre des réalités sociales et politiques que nous vivons, ne peut pas être le résultat d’individus frustrés qui prennent leur revanche sur la communauté musulmane de Québec. L’histoire nous apprend que derrière ce type d’attentats il y a toujours des forces obscures qui agissent, parfois même, à l’insu des principaux exécutants. Il ne fait pas de doute que ces derniers seront vite identifiés et feront pour un temps la UNE de nos médias. Le maire Régis Labeaume a eu cette interrogation : pourquoi Québec, ville pacifique, en ce moment-ci ?

Les recherches et les perquisitions réalisées durant les heures qui ont suivi ont permis d’arrêter Alexandre Bissonnette, un jeune homme de 27 ans, étudiant à l’Université Laval et sans antécédent de nature à l’identifier à pareils crimes. Plus jeune, il a fait partie des cadets de l’armée canadienne. Suite à son acte criminel, il s’est livré lui-même à la police qui l’a, évidemment, arrêté, questionné et accusé, sur la base des preuves recueillies, de 6 meurtres prémédités et de 5 tentatives de meurtre. Il sera détenu jusqu’à son retour en Cour, le 21 février prochain. 

Cette tragédie a uni les voix des hommes et femmes politiques tout comme de la majorité des citoyens et citoyennes du pays pour condamner un tel crime... Le Canada, le Québec et, de façon bien spéciale, la Ville de Québec ont proclamé haut et fort le respect des diversités culturelles, de croyances, de races et d’opinions. Ils ont dit et répété que toutes les personnes sont égales entre elles et doivent être traitées avec respect et justice. Le mot amour est revenu à plusieurs reprises dans la bouche des représentants de partis politiques et des chefs d’État. Au moment d’écrire ces lignes, ce sont plus de mille personnes, sinon plus, de la région de Québec, qui se rendent pour la célébration d’une Vigile à l’extérieur où ces crimes ont été commis. Des hommes, des femmes, des enfants marchent avec à la main un bouquet de fleurs, une chandelle ou un lampion qu’ils déposent en mémoire des personnes décédées, des blessées et des familles endeuilles.

Cet événement a rapproché plus que jamais les diverses communautés qui forment le Québec avec la communauté musulmane qui aime et respecte le Québec. De quoi faire disparaître les préjugés, tel était le cas, qui résistaient encore chez un certain nombre.

Lorsque je voyais cette unanimité de nos chefs de gouvernements dénoncer, la larme à l’œil, cette attaque terroriste, faisant des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, je n’ai pu m’empêcher de penser à ces guerres qui, sous le couvert de la lutte contre le terrorisme, sont des actes terroristes qui laissent sur leur passage des centaines de milliers de femmes, d’enfants, d’hommes sur-le-champ de bataille de leur vie familiale. Sans en imputer la responsabilité à nos soldats qui obéissent aux commandements qu’ils reçoivent, le Canada, par ses représentants, s’engage avec les pays de l’OTAN et parfois sans l’OTAN, dans des guerres, comme en Ukraineen Libyeen Syrie et, peut-être même, en Irak. Là aussi, nous pourrions étaler des photos de familles décimées, anéanties, de maisons détruites. Nos soldats, nos armes, nos avions, nos bombes ne sont pas là pour faire fleurir les libertés, mais pour faire fonctionner nos industries de guerre et permettre la survie d’un système de domination, partagé avec ses alliés étasuniens et européens. 

Si cette attaque terroriste contre nos frères musulmans nous élève à une conscience d’égalité et de respect entre nous tous et toutes, il urge que nous appliquions cette conscience dans le choix des guerres auxquelles le Canada participe. Il faut que nos larmes rejoignent de celles de tous les humains de la terre. Cessons de manipuler l’opinion publique en créant des ennemis et des terroristes pour mieux justifier ces guerres terroristes. 

Je me souviens d’avoir écrit, il y a quelques mois, au Premier ministre du Canada et à son ministre des Affaires extérieures une missive, coiffée du titre « Pour un Canada souverain et indépendant. » M. Stéphane Dion m’a répondu en développant le point de vue de la politique du Canada quant à sa présence en Ukraine et en Syrie. À la lecture de cette lettre, j’ai bien réalisé que la rigueur de l’universitaire qu’il était ne se retrouvait plus dans celle du ministre qu’il était devenu. Je lui ai donc répondu sous le titre « Le Canada a perdu toute crédibilité internationale. » 

Tout ceci pour dire que nous vivons des moments où se croisent et s’entrecroisent de nombreux intérêts dont certains contradictoires les uns par rapport aux autres, mais qui nous sont toujours présentés comme ce qu’il y a de mieux pour nous. Le monde politique, les médias, même le monde religieux nous présentent ces contradictions sous un angle qui les unit toutes. On fait avec du faux du vrai et avec du faux du vrai. Le bien et le mal s’ajustent selon ce qu’on en fait. Avis est donné que les consciences s’éveillent, que les peuples commencent à en avoir marre de ces manipulations et tricheries, de ces promesses sans lendemains et de ces guerres déclarées sans que le peuple ait son mot à dire. 

Pour conclure, je reprends cet axiome classique « À QUI PROFITE LE CRIME ? » 

Sans trop se tromper, on peut dire que cet attentat met clairement en évidence que la discrimination sous tous ses angles est devenue inacceptable dans le monde dans lequel nous vivons. Ce fait est de nature à plaire à Georges Soros et à embarrasser le Président Trump. 

Cette approche met également en garde le développement de nationalismes sectaires sans inclusion de la diversité. Cet aspect est évidemment de nature à plaire aux fédéralistes qui peuvent ainsi coiffer tous ces nationalismes existants et à venir.

La présente enquête est prise en main par la gendarmerie du Canada. Ce que nous en apprendrons sera ce qu’on voudra bien nous en dire.

Je pense que le maire de Québec a raison de se poser la question « pourquoi à Québec en ce moment-ci ? » 

Les enchères sont ouvertes pour ceux et celles qui veulent spéculer sur le sujet.

 

Les Philippines menacent les États-Unis

Le président philippin a accusé les États-Unis de construire des dépôts sur le territoire philippin pour entreposer des munitions.

Le président philippin, Rodrigo Duterte a averti son homologue américain, Donald Trump, que cette décision de Washington mettra en péril l’accord de coopération militaire bilatéral.

Il a déclaré que les États-Unis avaient installé leurs bases militaires dans les trois provinces philippines et qu’ils avaient l’intention de maintenir ces bases d’une manière permanente.

« Je ne le permettrai pas aux Etats-Unis », a-t-il réaffirmé.

Le président philippin a déclaré qu’il avait demandé à l’armée américaine de renoncer à installer des bases militaires permanentes aux Philippines.

L’installation, a-t-il réitéré, des bases militaires permanentes par les États-Unis contredit l’accord de coopération militaire entre les deux pays.

Rodrigo Duterte a menacé qu’il réviserait l’accord de coopération militaire bilatéral avec Washington et peut-être qu’il l’annulerait enfin.

Le secrétaire philippin à la Défense, Delfin Lorenzana, a fait part des tentatives du Pentagone de commencer à construire des installations dans les camps militaires aux Philippines dans les prochains mois.

En vertu d’un accord  de coopération militaire signé en 2014 entre Manille et Washington, les États-Unis sont autorisés à installer dans les cinq bases militaires philippines des avions, des navires et leurs effectifs.

Source: http://parstoday.com/fr/news/world-i28717-les_philippines_menacent_les_états_unis

 

 

·         FINANCEMENT DE LA VIE POLITIQUE

 

La descente aux enfers de la banque russe du FN

Depuis sa faillite, la banque qui a prêté 9 millions d’euros au FN est dans le viseur de la justice russe. Et à travers elle, toutes les irrégularités qui se sont déroulées en coulisses. Le curateur, l’Agence d’assurance des dépôts, a découvert que le prêt au FN avait été transféré à une obscure petite société moscovite. Un ancien vice-directeur a été arrêté, soupçonné de détournements massifs. Le FN refuse de se prononcer sur cet incroyable imbroglio.   

Un gouffre financier et des malversations en série. C’est en résumé ce qu’il reste aujourd’hui de la First Czech-Russian Bank (FCRB), la banque tchéco-russe qui a accordé, en septembre 2014, un prêt de 9 millions d’euros au Front national. Depuis la liquidation de l’établissement, en juillet 2016, la presse russe s’est emparée du dossier, et elle publie régulièrement des informations sur les dessous d’une faillite qui pourrait devenir très embarrassante pour Marine Le Pen, candidate à la présidentielle. Avec en filigrane de nombreuses interrogations sur le destin singulier des millions prêtés au FN, et dont on ignore aujourd’hui quand ils seront remboursés et auprès de qui.

Le 10 janvier dernier, l’agence de presse RNS (Rambler News Service), se fondant sur plusieurs documents, révélait l’existence d’un tour de passe-passe qui s’est déroulé une semaine avant la mise sous tutelle de la First Czech-Russian Bank (FCRB), en 2015. Le 18 mars de cette année-là, alors que la banque était à l’agonie, la créance du Front national a été rachetée en vertu d’un « contrat de cession » de 9,4 millions d’euros par une petite société du nom de Conti.

Cette SARL, installée en périphérie de Moscou, à Boutovo, a comme principales activités la « location de voitures et de matériel ». Créée en octobre 2010, avec un capital de 10 000 roubles – d’après le registre du commerce que nous avons consulté –, elle affichait en 2014 un chiffre d’affaires de 887 millions de roubles (13,7 millions d’euros), avec un passif de 6,9 millions de roubles, selon une base de données moscovite.

Son unique directeur et actionnaire, un certain Sergueï Sergueevitch Evseev – également directeur de deux autres sociétés, dont une agence de détective privé baptisée « A-5 » –, a confirmé à RNS avoir repris la créance du FN, pour des raisons « purement commerciales » et non politiques. « Nous avons étudié la question d’un nouveau transfert et nous devons céder [la créance – ndlr] à une autre société sous conditions d’un petit revenu pour notre compagnie et pour cette autre société », disait-il énigmatique, refusant de donner d’autres détails. Mediapart a tenté de le joindre aux trois numéros de téléphone indiqués sur Internet. Sans succès, les lignes ne fonctionnant apparemment plus.

 

L’affaire aurait pu rester mystérieuse et exotique, mais elle se complique d’un autre volet, plus officiel celui-ci. Car c’est désormais l’Agence d’assurance des dépôts bancaires russes (ASV) – l’autorité administrative qui a été chargée par la banque centrale russe d’assainir la situation après la faillite de la First Czech-Russian Bank, à l’été 2016 – qui demande des comptes. Son travail consiste, dans la mesure du possible, à rembourser les déposants et à recouvrer les créances.

Dans un document daté du 17 novembre 2016 et disponible sur son site, l’ASV s’adresse à la cour d’arbitrage de Moscou pour faire annuler une dizaine de transactions réalisées par la First Czech-Russian Bank, dont certaines à la veille de la mise sous tutelle de la banque. Dans cette liste apparaît, au point 9, le fameux « contrat de cession » (№09/16/ЮЛ) signé, le 18 mars 2016, entre la SARL Conti et la First Czech-Russian Bank. Montant : 9,4 millions d’euros.

Cette demande a bien été reçue par la cour d’arbitrage de Moscou. Mais selon un document que Mediapart a pu se procurer, le juge E. Kravchenko, qui suit la faillite de First Czech-Russian Bank, écrit, en date du 23 novembre 2016, ne pas pouvoir la satisfaire, faute d’informations suffisantes « sur le statut juridique actuel de l’association (sic) Front national (France) et le lieu où elle se trouve ». Le juge Kravchenko donne un délai supplémentaire à l’ASV, au 23 décembre 2016, pour envoyer les pièces manquantes, auquel cas, dit-il, la demande ne sera pas examinée.

La procédure est-elle toujours en cours ? Sur le site de la cour d’arbitrage de Moscou ne figure en tout cas aucun document sur l’avancée du dossier. Contactée par Mediapart, l’Agence d’assurance des dépôts bancaires russes (ASV) nous a fait parvenir une réponse très technique par email. Elle explique qu’il est de son devoir de récupérer la créance transférée à la société Conti, dans la mesure où il s’agit d’un « actif de qualité », avec à la clé le remboursement par le Front national d’intérêts qui représentent « des montants substantiels ».

Au troisième paragraphe, dans une épouvantable langue de bois, l’ASV explique que le rachat de la créance du Front national par Conti s’est traduit « par la perte d’un actif (et du droit de réclamation en vertu de la convention de crédit) sans que l’argent [les 9,4 millions d’euros prévus par le contrat de cession – ndlr] n’entre réellement dans les caisses de la banque ».

Un « virement  interbancaire » a bien eu lieu, mais il s’est perdu alors que la First Czech-Russian Bank était déjà « de facto insolvable ». En clair, l’argent s’est purement et simplement évaporé, ce qui confirme  le caractère frauduleux du contrat de cession signé. L’ASV ajoute cependant ne « pas avoir de prétentions à l’égard de l’emprunteur [le Front national – ndlr] ». La question de savoir si le Front national était au courant du rocambolesque rachat de son prêt par la minuscule Conti restant en suspens.

L'ex-vice-directeur de la banque arrêté

Un connaisseur du dossier explique à Mediapart qu’a priori, la démarche de l’ASV n’a rien d’extraordinaire : « C’est une procédure habituelle appliquée aux banques qui ont perdu leur licence. L’AVS agit loin de la politique et son principal but est de récupérer le plus d’argent possible. » Juste avant de nous faire parvenir sa déclaration, le service de presse de l’ASV disait recevoir des demandes « de journalistes français et du monde entier », ajoutant qu’il était normal que la curiosité soit vive « dans la perspective des élections ».

Contacté par Mediapart, Wallerand de Saint-Just, le trésorier du FN, n’a pas voulu confirmer ou infirmer cet imbroglio juridico-bancaire. « J’ai dit : aucun commentaire », répond-il, manifestement agacé, par SMS à l’une de nos sollicitations argumentées. « Il y a des problèmes juridiques là-bas, c’est de la cuisine, avait-il expliqué au Mondequi révélait une partie de l’histoire au début du mois, alors que l’existence de la société Conti n’était pas encore connue. « Mais tout a été pris en main par l’État russe [par la Banque centrale de Russie, rectifiera-t-il après – ndlr], et il n’y a aucune raison que le contrat bouge. »

 

Le 10 janvier, le conseiller régional Axel Loustau – trésorier du micro-parti de Marine Le Pen – avait indiqué à l’AFP, qui reprenait alors les informations du site RNS, que « le parti avait été notifié [de cette reprise par Conti – ndlr] ». Jusqu’ici, le Front national s’était contenté de faire savoir que le prêt de 9 millions d’euros serait remboursé en un seul bloc, fin 2019, et qu’il s’acquittait, pour le moment des seuls intérêts, à hauteur de 6 %, chaque trimestre.

Outre ce méli-mélo, les ennuis judiciaires de l’un des ex-dirigeants de la banque FCRB ont eux aussi de quoi inquiéter. Le 20 janvier, le quotidien russe Kommersant a révélé que l’ancien vice-directeur de l’établissement, Dmitri Merkoulov, était désormais sous les verrous, sur décision d’un tribunal moscovite. C’est là le résultat d’une procédure pour détournement de fonds à vaste échelle au sein de la FCRB, ouverte le 1er décembre 2016, sur demande de l’ASV et de la Banque centrale de Russie. Dmitri Merkoulov est soupçonné d’avoir, juste avant la faillite, organisé la vente illégale d’actifs de la FCRB – des sociétés et des biens immobiliers – pour un montant total de deux milliards de roubles (31,5 millions d’euros) et d’avoir empoché l’argent.

L’ancien vice-directeur continue à nier farouchement sa culpabilité, faisant valoir qu’il n’a travaillé que deux semaines au sein de la banque, engagé le 9 mars 2016, juste avant sa mise sous tutelle. Il n’aurait ainsi fait qu’apposer sa signature sur des transactions préparées, avant son arrivée, par la direction de l’époque, parmi laquelle figurait le directeur de l’établissement Roman Popov. Soit l’homme qui avait donné son feu vert pour le prêt accordé au Front national qui, lui, semble pour l’instant échapper aux poursuites.

Roman Popov a donné sa dernière interview à la Rossiskaya Gazeta en décembre 2014, s’exprimant sur l’effet des sanctions américaines. Six mois après, son établissement – alors la 115e banque de Russie selon Interfax – commençait sa descente aux enfers. Le 25 mars, la FCRB était mise sous tutelle avec comme administration provisoire l’Agence d’assurance des dépôts bancaires russes (ASV) qui découvrait toutes sortes d’irrégularités. La banque présentait alors un « trou » de près de 31,8 milliards de roubles (497 millions d’euros), avec seulement 4,1 milliards de roubles d’actifs.

Comme l’a raconté dans un autre article Kommersant, la situation était délicate puisque parmi les créanciers de la banque figurait la Banque centrale d'Iran (Bank Markazi Jomhouri Islami Iran), qui avait accordé un prêt de 1,5 milliard de roubles, une créance sur laquelle la FCRB a fait défaut. Ses considérations politiques expliqueraient que la Banque centrale ait finalement accepté de lui laisser quelques mois de répit, ne lui retirant sa licence que le 1er juillet 2016.

En octobre 2016, c’est sa filiale à Prague – European Russian bank (ERB) – qui se voyait retirer son agrément. Comme le raconte Vedomosti, les autorités de régulation tchèques ont relevé des irrégularités dans des opérations d’achat d’obligations, estimant que la banque, par manque de personnel qualifié, était incapable de faire face à ses obligations de diligence en matière de « blanchiment d’argent » et de « financement du terrorisme ».

Certains détails de la faillite de la FCRB commencent à être connus. Le site RBK raconte que Roman Popov avait investi dans l’immobilier à Sotchi et dans certains complexes olympiques. Des placements qui se sont révélés désastreux. Dès janvier 2016, il aurait anticipé sa chute et pris soin de prévenir certains clients des ennuis à venir « afin qu’ils récupèrent leurs fonds, certains l’ont fait mais pas tous », indique à RBK une source.

 

Vers une mission parlementaire sur les prêts russes en France

Roman Popov.

Autre interrogation : la proximité qui existerait entre Roman Popov et Guennadi Timtchenko, l’un des oligarques et amis de Poutine les plus influents. Ce qui permettrait d’affirmer que le prêt accordé au FN avait été décidé dans les hautes sphères du pouvoir.   

Jusqu’en février 2007, la FCRB était détenue à 95 % par StroyStransGaz (STG), alors considérée comme la « banque de poche » de ce géant de la construction de pipelines et gazoducs. Cette même année, alors que Guennadi Timtchenko rachetait STG, le capital de la FCRB avait été remanié de fond en comble. Roman Popov achetait à titre privé 74,45 % des parts – alors que Viktor Lorents, le directeur de STG, en reprenait 25,55 % – puis il devenait propriétaire de 100 % du capital.

« Popov était proche de Timtchenko qui lui a fait confiance pour gérer sa banque », explique une source dans RBK. L’hebdomadaire Versia qui a enquêté sur ces liens supposés (mais démentis par les principaux intéressés) fait remarquer qu’en 2008 la First Czech-Russian Bank (FCRB) a commencé à étendre son influence en Tchéquie. Sa filiale ERB était alors ouverte. En parallèle, les affaires de STG ont explosé dans ce pays, jusqu’à la signature d’un contrat pour la construction du gazoduc Gazelle qui a été livré en 2013.

 

Le Front national n'a jamais expliqué pourquoi son choix s'était porté sur cette petite banque russe, ni les échanges qui ont eu lieu avec ses dirigeants. Pas plus qu'il n'a dévoilé le contrat de prêt, invoquant une « clause de confidentialité » signée avec l'établissement. Depuis sa révélation fin 2014 par Mediapart, des questions demeurent concernant les conditions de son déblocage, les commissions versées, le rôle éventuel du Kremlin. Un homme a joué un rôle clé : le consultant Jean-Luc Schaffhauser, élu la même année eurodéputé frontiste.

Marine Le Pen reçue par le vice-premier ministre russe Dmitri Rogozine, lors de son premier voyage officiel à Moscou, en juin 2013. © Twitter

Cet emprunt étranger a d'autant plus interrogé que le FN a financé ses campagnes européennes grâce à un autre prêt russe obtenu la même année : deux millions d’euros décrochés par Cotelec, le micro-parti de Jean-Marie Le Pen. Le Front national a parallèlement intensifié son engagement pro-russe et multiplié les voyages à Moscou. Jusqu'à inquiéter outre-Atlantique, puisque ces liens entre la Russie et le Front national font l’objet aux États-Unis d’une enquête du DNI – le Director of national intelligence –, qui coordonne les agences du renseignement américain.

Mais le dossier pourrait rebondir en France, au Palais-Bourbon. D’après nos informations, l’Assemblée nationale pourrait très prochainement lancer une mission parlementaire sur ces prêts russes, à l’appui de ces nouveaux éléments. « Je suis ouvert à toute mesure qui s'avérerait utile », confirme à Mediapart le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, le socialiste Dominique Raimbourg. Le sujet doit être discuté mardi matin à l’occasion de la réunion du bureau de la commission des lois et de celui du groupe PS.

Ces missions, qui se limitent à un simple rôle d’information, ont moins de pouvoirs qu’une commission d’enquête parlementaire – qui permet de transmettre les informations recueillies au ministère de la justice ou de saisir directement le parquet. Mais elles permettent de conduire des auditions qui seront rendues publiques, et éventuellement de réaliser des déplacements en France et à l’étranger.

Une commission d’enquête avait pourtant été réclamée en avril 2015 sur les « financements du Front national après les législatives de 2012 », par le député socialiste Razzy Hammadi. Appuyé par ses collègues Sébastien Denaja et Romain Colas, l’élu avait demandé que toute la lumière puisse être faite sur « les conditions d’octroi des emprunts russes », selon lui « opaques »« Qu’un parti politique utilise ses prérogatives pour enquêter sur les financements d’un autre, c'est l’Allemagne de l’Est ! C’est Landru qui veut faire procureur ! », S’était alors indigné le trésorier du FN, interrogé par Mediapart en mai 2016

Validée par l’Assemblée nationale le 19 mai 2015, cette demande avait été transmise au ministère de la justice – qui doit, comme l’impose le règlement, vérifier que les faits visés ne font pas déjà l’objet d’une enquête. Dans un courrier daté du 2 juin 2015, que Mediapart s’est procuré, la ministre de la justice Christiane Taubira confirmait à Claude Bartolone, le président de l’Assemblée, qu’« aucune poursuite judiciaire n’est en cours » sur ces faits. Mais la garde des Sceaux l'invitait à la « vigilance » car « plusieurs procédures judiciaires sur des faits proches sont ouvertes » – l’une sur le financement des campagnes frontistes de 2012 et l’autre sur des soupçons d'emplois fictifs du FN au Parlement européen. Certains députés y ont vu un « feu vert » de la chancellerie, d’autres un « feu orange ». À l’Assemblée, la commission, en tout cas, n’a jamais vu le jour.

Mais début janvier 2017, Razzy Hammadi a interpellé le nouveau président du groupe socialiste, Olivier Faure, sur le sujet. Il a aussi abordé la question lors du bureau national du PS, la semaine dernière. « Depuis le 24 novembre 2014, j’ai alerté sur ces prêts et le problème de souveraineté que cela pose », explique-t-il à Mediapart. Selon lui, la question se pose d’autant plus qu’« on sait que des intellectuels russes, des lobbyistes théorisent aujourd’hui cette influence sur les élections dans les démocraties occidentales ». Et le député de conclure, un brin solennel : « Les dirigeants de droite comme de gauche de notre pays qui n’auront pas manifesté suffisamment d’ardeur pour mettre au clair cette affaire pourront peut-être être regardés sévèrement par l’Histoire. »

 

De son côté, le Front national est reparti l’été dernier à la recherche de financements pour ses campagnes de 2017. À nouveau à l’étranger, faute de prêts des banques françaises, justifie-t-il.