26 Septembre 2017

 

 

Personne ne peut intercepter les missiles balistiques de Kim Jong-un

Deux missiles balistiques lancés par Pyongyang, ont survolé le territoire du Japon. Pourquoi Tokyo ne les intercepte-t-il pas ? Les officiels disent que ces missiles ne sont pas dangereux, mais cela ne semble guère convaincant. Les intercepter serait un coup de propagande et une manœuvre excellents pour intimider Kim.

Des excuses peu convaincantes

Le 29 août et le 15 septembre, Pyongyang a procédé à deux lancements de missiles balistiques Hwasong-12. Survolant le territoire japonais, ils sont tombés dans l’océan Pacifique, à environ 2000 kilomètres du cap Erimo de l’île japonaise de Hokkaido. Les déclarations belliqueuses du chef du Pentagone, James Mattis, qui a prétendu que les États-Unis abattraient les missiles balistiques de la RPDC, même s’ils ne constituaient aucune menace pour le territoire des États-Unis, semblent avoir été oubliées.

Les Japonais ont l’air troublé. Le secrétaire en chef du cabinet japonais, Yoshihide Suga, a déclaré : « Nous ne l’avons pas intercepté (le missile), parce que nous ne nous attendions à aucun dommage sur le territoire japonais. » Seulement, cette déclaration a l’air d’une tentative peu convaincante visant à justifier l’inaction. Le système d’alarme s’est déclenché pour la population, et les gens se sont précipités dans les sous-sols et les abris. Les gens commenceront ils à poser des questions au gouvernement après une ou deux alertes de ce genre ?

Pourquoi personne n’intercepte les missiles nord-coréens

Des experts occidentaux ont essayé d’expliquer ce qui se passe. Joe Cirincione, expert ès armes nucléaires, a dit à Defense One, qu’en volant au-dessus du Japon, le missile traverse l’espace à 770 kilomètres d’altitude. Le complexe Patriot-PAK3, qui est situé sur l’île de Hokkaido, est conçu uniquement pour détruire les ogives en phase de plongée sur leur objectif. L’expert imagine que l’on pourrait tenter de neutraliser les missiles nord-coréens au moment où ils décollent, mais il faudrait faire appel aux systèmes Aegis situés en mer, et il faudrait les positionner très près du rivage nord-coréen. Même dans ce cas, les antimissiles n’auraient qu’une minute ou deux pour réussir l’interception.

Lance Gatling, expert ès armes de Nexial Research installé à Tokyo, partage le même point de vue. Le missile survolait le Japon à très haute altitude et à très grande vitesse. À l’altitude d’environ 550 kilomètres au-dessus de Hokkaido, le missile était tout juste à portée du SM-3 (intercepteurs navals japonais). Quant au système Aegis, a dit l’expert à Deutsche Welle, il aurait été censé se trouver à un moment exact en un lieu précis, pour être capable de tirer sur le missile nord-coréen.

La partie continentale des États-Unis est protégée par le complexe Midcourse Defense basé au sol. Ce système est capable d’intercepter des missiles dans l’espace, mais il n’a touché que la moitié des cibles lors des essais. Enfin, il y a eu une explication évidente : Dans le droit international, l’espace n’est rattaché à aucun pays.

Bien que le lancement d’un missile au-dessus du territoire d’un autre pays soit un geste hostile et illégal, les conséquences d’une interception ratée seraient immenses, estime Gatling. Tokyo a lourdement investi dans le développement de son système de défense antimissile. Les Japonais excluent de rater l’opération à ce stade, car les Nord-coréens croiraient encore plus à l’invulnérabilité de leurs missiles.

Des experts russes ont suggéré ceci : Si les Étasuniens lançaient leurs missiles intercepteurs Aegis pour détruire les missiles nord-coréens au décollage, les missiles partiraient vers le territoire russe, et il faudrait les intercepter au-dessus des eaux territoriales russes.

« Ce point de vue est peu professionnel », a dit à Pravda.Ru Konstantin Sivkov, correspondant membre de l’Académie russe des sciences des missiles et de l’artillerie. La trajectoire générale du vol de l’antimissile s’écarterait du territoire russe, plutôt qu’irait vers lui, puisque l’antimissile suivrait le missile balistique, a-t-il expliqué.

Selon Konstantin Sivkov, « La vitesse du missile intercepteur Aegis Standard-3 tourne autour de quatre kilomètres/seconde. Après le départ, le missile nord-coréen atteint cette vitesse littéralement en quelques secondes. Les missiles nord-coréens décollent de la partie centrale de la péninsule. Aussi, le système Aegis doit détecter le lancement et ensuite poursuivre ces missiles. Pour réaliser cela, il faut placer le système Aegis à tout au plus 50 à 100 kilomètres de sa cible potentielle. »

Comme nous le voyons, Kim Jong-Un ne risque rien en tirant ses missiles. Il continuera à le faire jusqu’à ce que quelqu’un soit porte un coup préventif sur Pyongyang, soit s’installe à la table des négociations avec Kim. Comme les Nord-coréens sont en situation d’isolement international depuis belle lurette, les sanctions économiques n’aideront pas [, ils y sont habitués].

Pravda.RuLyuba Stepushova

 

Original : www.pravdareport.com/hotspots/conflicts/22-09-2017/138730-kim_missiles-0/
Traduction 
Petrus Lombard

25 Septembre 2017

 

 

Après le Califat, le Rojava

Alors que l’Armée arabe syrienne, l’aviation russe et le Hezbollah s’apprêtent à en finir avec Daesh, le Pentagone planifie une nouvelle guerre contre la Syrie, cette fois avec des troupes kurdes. De même que la mission du Califat était de créer un Sunnistan à cheval sur l’Irak et la Syrie, de même celle du « Rojava » est de créer un Kurdistan à cheval sur les deux États, ainsi que le Pentagone le prévoit publiquement depuis quatre ans.

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Selon la Grande stratégie états-unienne, définie par l’amiral Cebrowski en 2001 et publicisée en 2004 par son adjoint Thomas Barnett, l’ensemble du Proche-Orient élargi doit être détruit à l’exception d’Israël, de la Jordanie et du Liban.

Par conséquent, la victoire imminente contre Daesh ne changera pas les intentions du Pentagone.

Le président Trump s’est opposé à la manipulation des jihadistes. Il a stoppé le soutien financier et militaire que son pays leur accordait. Il est parvenu à convaincre l’Arabie Saoudite et le Pakistan de faire de même. Il a modifié la politique de l’Otan en la matière. Cependant rien ne permet de savoir s’il s’opposera également à la grande stratégie du Pentagone. Au plan intérieur, l’ensemble du Congrès s’est ligué contre lui et il n’a d’autre possibilité pour empêcher une procédure de destitution que de négocier avec le Parti démocrate.

Donald Trump a composé son administration avec d’anciens hauts-fonctionnaires de l’administration Obama, des politiciens opportunistes, beaucoup de responsables improvisés, et quelques très très rares personnalités de confiance.

Son représentant spécial contre Daesh, Brett McGurk, est un ancien collaborateur du président Obama censé servir sa nouvelle politique. Il a organisé le 18 août une réunion avec des chefs de tribus pour « lutter contre Daesh ». Pourtant, les photographies qu’il en a diffusées attestent qu’au contraire plusieurs leaders de Daesh participaient à cette rencontre.

Dans la même veine, des hélicoptères des Forces spéciales US ont exfiltré deux chefs européens de Daesh et leurs familles des alentours de Deiz ez-Zor, avant qu’ils ne soient faits prisonniers par l’Armée arabe syrienne, le 26 août. Deux jours plus tard, ils ont à nouveau exfiltré une vingtaine d’autres officiers du Califat.

 

Tout se passe donc comme si le Pentagone repliait son dispositif jihadiste en le conservant pour des opérations sous d’autres cieux. Simultanément, il prépare une nouvelle manche contre la Syrie, avec une nouvelle armée. Cette fois composée autour de troupes kurdes.

Cette guerre, comme celle du Califat, a été annoncée il y a quatre ans dans le New York Times, par Robin Wright, chercheuse à l’US Institute of Peace (équivalent de la NED pour le Pentagone). Elle prévoyait également de diviser le Yémen en deux États, comme pourrait se le partager aujourd’hui Riyad et Abu Dhabi ; enfin, the last but not the least, de démembrer l’Arabie Saoudite.

Au demeurant, le projet de « Rojava » correspond à la stratégie israélienne qui, depuis la fin des années 90 et le développement des missiles, ne vise plus à contrôler les frontières extérieures (le Sinaï, le Golan et le Sud du Liban), mais à prendre par revers ses voisins (d’où la création du Soudan du Sud et éventuellement du Grand Kurdistan)

Le recrutement de soldats européens pour le « Rojava » ne fait que commencer. Il a a priori la capacité de rassembler autant de combattants qu’il y en a eu pour le jihad, dans la mesure où les groupes anarchistes qui servent de vivier sont aussi nombreux en Europe que les prisonniers de droit commun.

En effet, la filière jihadiste a d’abord commencé dans les prisons françaises avant de se transformer en « croisade » généralisée. Il est probable que le recrutement au sein du mouvement anarchiste sera lui aussi élargi par la suite. Washington, Londres, Paris et Berlin qui ont organisé ce recrutement l’ont pensé dans la longue durée.

J’emploie délibérément le mot « croisade » car ces guerres du Moyen-Âge, comme celle que nous venons de vivre, étaient des opérations impérialistes européennes contre les peuples du Moyen-Orient élargi. Il est tout aussi grotesque de prétendre qu’il existe un lien entre le message du Christ et les croisades qu’il y en aurait un entre celui du Prophète et le jihadisme. Dans les deux cas, les donneurs d’ordre sont « occidentaux » [1] et ces conflits servent exclusivement l’impérialisme occidental. Les croisades successives s’étalèrent sur deux siècles et la majorité des chrétiens du Levant se battirent aux côtés de leurs compatriotes musulmans contre les envahisseurs.

Jadis, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, déclarait publiquement que le président Assad « ne méritait pas d’être sur Terre » et assurait que les jihadistes faisaient du « bon boulot ». De nombreux jeunes gens ont répondu à son appel en rejoignant Al-Nosra (Al-Qaïda), puis Daesh. Aujourd’hui, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, annonce publiquement que la France soutiendra la création d’un État qui englobe le Kurdistan irakien et le couloir qui le relie à la Méditerranée à travers la Syrie. Quelques jeunes européens ont déjà répondu à cet appel, bien d’autres suivront.

Aujourd’hui, comme en 2011-12, la presse occidentale prend fait et cause pour cette nouvelle armée anti-syrienne soutenue par ses gouvernements. Jamais elle ne questionnera le retournement de veste d’Abdullah Öcalan, passé du marxisme-léninisme à l’anarchisme. Elle répétera que le Kurdistan a déjà été reconnu lors de la Conférence de Sèvres, en 1920, mais ne consultera pas les documents qui précisent ses frontières. Elle le croira légitime en Irak et en Syrie alors qu’il se situe dans l’actuelle Turquie. Elle ignorera le fait que son tracé correspond en réalité aux seuls plans du Pentagone.

Le référendum pour l’indépendance de la région irakienne du Kurdistan et des territoires annexés avec l’aide de Daesh lancera le début de cette opération, le 25 septembre. Comme en 2014, il s’agira de détruire simultanément l’Irak et la Syrie, cette fois non pas en créant un « Sunnistan » de Rakka à Mossoul, mais un « Kurdistan », sur un territoire reliant Erbil et Kirkouk à la Méditerranée.

Thierry Meyssan

Source: Al-Watan (Syrie)          

[1] Ce terme est mal choisi dans la mesure où « Occidental » ne s’oppose pas à « Oriental », mais à « Soviétique ». Je n’ai pas trouvé d’autre mot pour désigner à la fois les Européens, les Nord-Américains et les Israéliens. NdA.

Photo: Cette carte a été publiée par Robin Wright neuf mois avant l’offensive de Daesh en Irak et en Syrie. Selon la chercheuse du Pentagone, elle rectifie celle publiée en 2005 par Ralf Peters pour le remodelage du Moyen-Orient élargi.

 

via: http://www.voltairenet.org/article197914.html

24 Septembre 2017

 

 

Le Che et Lumumba, ce qu’on ne pardonnera pas à ce héros…

Voici le visage réel du Che, celui qu’on ne lui pardonnera jamais, celui qui partout va dénoncer les crimes impérialistes, ici l’atroce meurtre de Patrice Lumumba, le dirigeant congolais, auquel l’impérialisme va substituer Mobutu quitte après à se moquer de ce continent et de ses « rois nègres bestiaux et stupides », après avoir exécuté Lumumba, Sankara et bien d’autres révolutionnaires.

Oui ces hommes-là avaient conscience de l’ennemi qu’ils affrontaient, du fait qu’ils étaient eux-mêmes condamnés mais ils sacrifiaient tout au réveil des peuples, des exploités… Ils donnaient leur vie pour cette cause. Aujourd’hui certains prétendent les salir, évoquer des « droits de l’homme »… Quelle farce… de quel homme prétendent-ils parler?

 

En français à Alger, il explique la position anti-impérialiste de Cuba.

23 Septembre 2017

 

 

France. «Le portrait d’un pays en voie d’appauvrissement et d’inégalité»

Dossier par la rédaction A l’Encontre sur base de l’enquête SFP/IPSOS

• Le 11e baromètre annuel Ipsos-Secours populaire 2017 dresse le portrait d’une France en voie d’appauvrissement accéléré. Ainsi, en 2017, plus d’un tiers des Français (37 %) ont déjà fait l’expérience de la pauvreté. Et près de la moitié (47 %) des ouvriers et employés, ainsi que les personnes au revenu mensuel net inférieur à 1200 euros (61 %) sont aujourd’hui plus fragilisés.

Au plan de l’alimentation, 44 % des foyers dits modestes assurent avoir du mal à se procurer une nourriture saine et avoir trois repas par jour. Sans surprise, la place accordée à la culture, aux loisirs et aux vacances reste un luxe rare: près d’un Français sur deux (45 %) déclare avoir des difficultés pour partir en vacances au moins une fois par an. Ce pourcentage augmente à hauteur de 65 % pour les ménages dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200 euros.

La peur de basculer dans la pauvreté ne cesse de croître. Les craintes d’un avenir difficile guettent de plus en plus de personnes. L’enquête indique que 57 % des personnes interrogées ont redouté à un moment de leur vie de connaître la précarité. Et une majorité (84 %) pense que les risques que leurs enfants connaissent un jour la pauvreté sont plus élevés que pour eux. Ce qui crée des conditions subjectives qui devaient être au centre d’une réflexion stratégique de la gauche radicale en termes de formation d’une «conscience» d’une projection dans l’avenir pour un socialisme à venir.

• Les personnes les plus âgées, disposant de «petites retraites», ne peuvent se soigner et se nourrir de manière adéquate. Les «unités» de ces secteurs sociaux sont souvent isolées, ce qui explique l’affluence accrue de ces personnes dans les antennes du Secours populaire. Depuis 2010, l’association a constaté une augmentation de près de 50 % des demandes d’aide, venant particulièrement des femmes de plus de 60 ans.

• Les personnes âgées – dites les seniors, «les jeunes seniors» sont des personnes dans la cinquantaine ou la soixantaine, les seniors au-delà de cette limite – les plus modestes sont au nombre de 40 % qui ne disposent les moyens pour se nourrir de manière adéquate (selon eux). Une majorité des retraité-es est particulièrement inquiète pour ce qui est de leur aptitude de faire face financièrement à une éventuelle dépendance. Leur fragilisation est un marqueur de taille sur l’état d’une société. Or, cette couche sociale apporte des aides décisives autour d’eux, notamment à leurs enfants et à leurs petits-enfants.

 

• La pauvreté prend donc racine et se sur la durée avec les seuils d’affaissement qui en découlent avec passage à l’extrême-droite. En 2017, encore plus d’un tiers des Français (37 %) ont déjà fait l’expérience de la pauvreté. Près de la moitié (47 %) des catégories socioprofessionnelles modestes (ouvriers et employés), ainsi que les personnes au revenu mensuel net inférieur à 1200 euros (61 %) sont aujourd’hui plus exposées à la pauvreté.

Ces résultats sont d’autant plus préoccupants qu’ils ne régressent pas. « La lente diminution du niveau de vie des 10 % les moins favorisés constitue un retournement historique de notre histoire sociale », souligne l’édition 2017 du «Rapport sur les inégalités». La crise de 2008 a touché essentiellement et durement les milieux populaires : les plus pauvres continuent à s’appauvrir.

 

• Plus d’un Français sur deux s’est dit à un moment de sa vie qu’il était sur le point de basculer dans la précarité et cette proportion augmente. Le seuil de pauvreté subjectif moyen: 1113 euros (plus 45 euros). La CSG est la Contribution social généralisée qui touche tous les revenus, y compris ceux des retraité-es. La contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) est un impôt créé en 1996 dans le but de résorber l’endettement de la Sécurité sociale.

Une hausse importante des demandes d’aides

• Si les récentes études statistiques nationales font référence aux prémices d’une reprise molle de la croissance, l’aggravation de la pauvreté, elle, est constatée par les responsables du Secours populaire français à travers tout l’Hexagone. Aucun signe notable d’amélioration du quotidien des plus démunis. Bien au contraire. Les bénévoles font face à une augmentation des demandes d’aides allant de 15 à 50 % dans certains départements, comme dans la Loire, la Loire-Atlantique, la Haute-Garonne,  l’Hérault…

• La situation se détériore pour les travailleurs précaires, les personnes en fin de droits, les jeunes, les personnes âgées, celles déboutées du droit d’asile… Dans une France qui compte près de 9 millions de pauvres et où leur nombre a augmenté en dix ans de 1,2 million au seuil de 60 % du niveau de vie médian, les Français ne restent pas indifférents : ils sont 57 % à avoir redouté à un moment de leur vie de connaître la précarité. Encore plus inquiets pour la génération à venir, 84 % pensent que les risques que leurs enfants connaissent un jour la pauvreté sont plus élevés que pour eux.

• Les sexagénaires affirment à 55 % que les risques pour leurs enfants sont «beaucoup plus élevés». Cette inquiétude est d’autant plus forte que seuls 44 % d’entre eux se disent confiants dans leur capacité financière à aider leurs enfants en cas de besoin. Dans ses permanences d’accueil, le SPF (Secours Populaire Français) perçoit sur le terrain une dégradation des conditions de vie des plus précaires. Malgré une lente reprise de l’activité économique, le sort des catégories populaires est très loin de s’améliorer : près d’un Français sur cinq ne parvient pas à équilibrer son budget à la fin du mois, 36 % déclarent que leurs revenus leur permettent juste de boucler leur budget et 19 % vivent à découvert.

• Les dépenses contraintes ou pré-engagées (notamment le logement) accroissent la pression sur les ménages. En découlent des conduites de restrictions, voire de privation. Les plus pauvres manquent de tout. Dans une France où les écarts entre les riches et les pauvres continuent à se creuser, 44 % des foyers modestes (moins de 1 200 euros net par mois) assurent avoir du mal à se procurer une alimentation saine permettant de faire trois repas par jour. L’accès à la culture, aux loisirs et aux vacances est le plus souvent sacrifié : près d’un Français sur deux (45 %) déclare avoir des difficultés pour partir en vacances au moins une fois par an, 65 % pour les ménages dont le revenu mensuel net est inférieur à 1200 euros.

• Dans ce contexte, les dépenses imprévues sont sources d’appréhension : 57 % des Français sont inquiets, voire très inquiets (20 %) en ce qui concerne leur capacité à faire face à un impondérable. Ils sont 58 % à appréhender à l’idée de ne pas pouvoir assumer la dépendance éventuelle d’un proche. En 2017, les Français pensent qu’une personne seule est pauvre quand elle dispose d’un revenu mensuel net inférieur ou égal à 1 113 euros. Ce montant est en hausse par rapport à l’an dernier de +45 euros, se rapprochant du smic qui fait figure de référence (1 149 euros depuis le 1er janvier 2017). Une somme qui reste supérieure au seuil de pauvreté qui est de 1 015 euros.

 

22 septembre 2017

LOI TRAVAIL : REMUNERATIONS : renforcement du « monologue » patronal

Les « ordonnances » MACRON sont, parait-il, destinées à « renforcer le dialogue social ». Paradoxalement Monsieur MACRON ne s’est pas appliqué ce vertueux objectif et affaiblit en réalité les possibilités de négociation des salariés dans les entreprises.

En matière de rémunérations nous aurons un « monologue » patronal comminatoire imposant aux salariés le renoncement à un certain nombre de primes et avantages avec pour seul plancher des droits un SMIC d’ores et déjà menacé.

Je vous propose un tour d’horizon des stratégies patronales prévisibles de baisse des rémunérations dans les entreprises de moins de 11 et de plus de 11 salariés et quelques pistes de résistance à mettre en oeuvre dans les entreprises.

I DANS LES ENTREPRISES DE MOINS DE 11 SALARIES

I-A/ LA REGLEMENTATION NOUVELLE

Dans les TPE de moins de 11 salariés où il n’y a pas d’obligation de négociation annuelle des salaires le plancher de votre salaire, salaire de base, est fixé par le SMIC pour 35 heures hebdomadaires de travail. Un accord de branche peut éventuellement améliorer les situations qui sont donc disparates d’un secteur économique à l’autre.

Ce plancher du SMIC risque prochainement d’être régionalisé comme s’en inquiète le journal « l’Humanité » dans un récent article. Autrement dit, selon que vous habiterez Lyon centre ou dans l’Isère située à moins de 40 kilomètres de la place Bellecour, place centrale de Lyon, vous n’aurez pas droit au même salaire de base pour 35 heures hebdomadaires de travail.

Comme pour l’ordonnance improprement nommée « renforcement du dialogue social », Monsieur MACRON utilise pour les études en cours concernant la régionalisation du SMIC une méthode « qui consiste à évincer les syndicats de salariés de toutes négociations sur ce sujet éminemment social.

Selon l’article L2232.21 « dans les entreprises dont l’effectif habituel est inférieur à 11 salariés, l’employeur peut proposer un projet d’accord portant sur l’ensemble des thèmes ouverts à la négociation collective prévus par le code du travail ».

Selon l’article L2254-2-I modifié par cette ordonnance qui sera promulguée au quatrième trimestre 2017, il devient par conséquent possible pour l’employeur « afin de répondre aux nécessités liés au fonctionnement de l’entreprise » et non plus seulement en cas de difficultés économiques de l’entreprise, comme actuellement, « d’aménager la rémunération au sens de l’article L3221-3 actuel du code du travail » c’est-à-dire de modifier « le salaire ou, traitement ordinaire de base, ou minimum, et tous les autres avantages et accessoires payés, directement ou indirectement, en espèces ou en nature, par l'employeur au salarié en raison de l'emploi de ce dernier. »

Autrement dit,

Dès le quatrième trimestre 2017, l’employeur d’une TPE de moins de 11 salariés, au titre des « nécessités liées au fonctionnement de l’entreprise » que lui-seul détermine, pourra ramener toutes vos rémunérations au SMIC horaire lequel est lui-même menacé comme le souligne l’HUMANITE.

Il pourra donc vous « proposer », doux euphémisme, de travailler plus longtemps pour le même salaire avec comme seul plancher le smic horaire, supprimant au passage primes d’ancienneté, treizième mois, primes de vacances et autres avantages même en nature. L’employeur pourra de même vous « proposer » de changer vos horaires et votre lieu de travail.

Toutefois, pour parvenir à ses fins, l’employeur devra organiser un référendum afin de recueillir vos avis.

Si, sous la menace de licenciements les 2/3 d’entre vous, c’est-à-dire pour 3 salariés en poste, 2 personnes acceptent ces nouvelles conditions et un seul les refuse, la baisse salariale est effective pour eux et leur collègue est licencié avec des indemnités légales de licenciement qui sont les plus faibles d’Europe et que Monsieur MACRON a pris soin en plus de ne pas augmenter dès qu’un salarié a plus de 10 ans d’ancienneté ! Et, sans avoir droit aux dispositions d'accompagnement des licenciements économiques.

 

I-B/ PISTES DE RESISTANCE POUR LES SALARIES DES ENTREPRISES DE MOINS DE 11 SALARIES

 

LA SEULE SOLUTION EST, DANS UN PREMIER TEMPS, DE REFUSER COLLECTIVEMENT LA « PROPOSITION » patronale puisqu’en l’absence d’approbation à la majorité des 2/3 du personnel, suivant l’article L2232-21 l’accord est réputé non écrit et donc ne peut être en aucun cas être appliqué. Si l’employeur tente néanmoins de l’imposer vous pouvez, en référé (15 jours) devant les prud'hommes, obtenir les rappels de salaires, de primes et d’avantages en nature en cause.

Va s’ensuivre une période de tensions dans l’entreprise pendant laquelle vous devrez vous entraider en cas de harcèlement de l’un d’entre vous et notamment pour lui permettre de se constituer un dossier de harcèlement afin de pouvoir prétendre en cas de licenciement abusif à 12 mois de dommages et intérêts au lieu d’une indemnité réduite à 1 mois par année d’ancienneté dans les 10 premières années de service.

Parallèlement faites le point sur les autres manquements à l'application de bonne foi des contrats de travail : si vous avez constaté des irrégularités en matière de paiement des salaires (par exemple non-paiement d’heures supplémentaires) vous pouvez en informer par lettre recommandée avec accusé de réception l’URSAFF (le nom des informateurs est secret) qui diligentera une enquête. Vous pouvez informer la médecine du travail en cas de non-respect des règles de sécurité sur les chantiers par exemple, de non-respect des durées maximales de travail ou temps de repos pour les forfaits jours etc.... Le harcèlement peut ainsi être renvoyé à l’expéditeur … qui va se calmer.

Informez-vous également sur la situation économique réelle de l’entreprise par vous-même ou gratuitement auprès de la permanence juridique de l'union locale d’un syndicat (les adresses sont sur les pages jaunes).. Les syndicats disposent de spécialistes qui sont capables d’accéder aux informations légales des entreprises et d’en étudier la structure capitalistique et les résultats

En effet une bonne transaction avec l’employeur est toujours fondée sur des données objectives qu’il ne pourra pas contredire et cela vous permettra de contrer toute tentative de rupture conventionnelle ou de licenciement et de défendre VOTRE PART SALARIALE DANS LA VALEUR AJOUTEE.

Vous pouvez rappeler à l’employeur que s’il a désormais les mêmes droits de « négociation » que ceux anciennement réservés aux entreprises de plus de 11 salariés, il serait inconstitutionnel que réciproquement vous n’ayez pas les mêmes droits que les salariés de structures de plus de 11 salariés et notamment le droit de négocier une fois par an « la rémunération, le temps de travail et le partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise » (article L2242-8). Il n'y a aucune raison d'avoir un code du travail à une seule vitesse pour les employeurs et à deux vitesses pour les salariés.

Enfin, si dans le cadre de vos recherches sur la structure capitalistique de votre TPE, vous vous apercevez que vous appartenez en réalité à un groupe qui n’applique pas la législation le concernant vous pouvez faire reconnaitre judiciairement l’unité économique et sociale à laquelle appartient votre petite structure par le tribunal d’instance de votre secteur par une procédure initiée par le syndicat de votre choix. Vous rétablirez ainsi vos droits à représentation (délégation du personnel et éventuellement comité d'entreprise désormais dénommé comité économique et social) rendant par le même coup toute modification de rémunération impossible jusqu'à ce que la délégation du personnel soit en place (et même au delà si vous vous référez au paragraphe suivant).

En effet, la Cour de cassation condamne régulièrement ces groupes qui ne se déclarent pas comme tels puisqu’une recherche de jurisprudences par les mots clefs : « Cour de cassation », « chambre sociale » et « unité économique et sociale » donnait cette semaine 1136 occurrences !

EN CONCLUSION : Les salariés malmenés d’une petites entreprises devront donc faire front pour éviter une baisse de leur pouvoir d’achat dès la promulgation des ordonnances MACRON.

Ils ont à leur disposition outre la mobilisation collective dans la rue qui peut ENCORE FAIRE BOUGER LES LIGNES LORS DE LA REDACTION DES DECRETS, de réelles possibilités juridiques individuelles et collectives à utiliser sans modération.

 

II DANS LES ENTREPRISES DE PLUS DE 11 SALARIES

Dans les entreprises de plus de 11 salariés le plancher du salaire de base est actuellement soit le SMIC soit le minimum de la convention collective, soit le salaire négocié dans les entreprises de plus de 50 salariés s’il est plus intéressant que les deux précédents. S’y ajoute éventuellement diverses primes et avantages en nature, le tout formant votre rémunération.

Nous a vu dans le précédent paragraphe que ce plancher du SMIC risque prochainement d’être régionalisé.

II-A L’INVERSION DES NORMES

L'inversion des normes permet DESORMAIS d’imposer « afin de répondre aux nécessités liés au fonctionnement de l’entreprise » et non plus seulement en cas de difficultés économiques de l’entreprise, comme actuellement, une réduction des composantes de la rémunération en application de l’article L2254-2 dès promulgation de l'ordonnance MACRON dans le courant du quatrième trimestre 2017. 

Dans les entreprises ayant une représentation du personnel, la "proposition" patronale de réduction des rémunérations est négociée :

·         Soit par le ou les délégués syndicaux, s’il en existe dans l’entreprise (actuellement plus de 49 salariés)

·         A défaut, par un ou plusieurs salariés mandatés par des organisations syndicales pour cette négociation,

·         ou bien, un ou des représentants du personnel non mandatés pour lesquels il y a un risque qu’ils soient choisis par l’employeur et n'aient pas beaucoup de marges de manoeuvre. D'où l'importance lors des prochaines élections professionnelles de ne prendre QUE des salariés qui se seront formés en droit de la négociation ; Toute personne peut en effet obliger l'employeur à lui accorder 12 jours de formation économique et sociale PAR AN. 

Si un accord est finalisé, celui-ci est soumis à la représentation du personnel dans son ensemble et ne sera considéré comme applicable que s'il est approuvé par 50% des délégués, à défaut il sera rejeté.

En l’absence de représentation du personnel (absence de candidats lors des élections professionnelles) l’employeur peut, tout comme dans le cas des entreprises de moins de 11 salariés, initier un référendum suivant la même procédure (voir paragraphe 1).

 

II-B LA NEGOCIATION ANNUELLE OBLIGATOIRE SUR LES REMUNERATIONS 

La seconde source d’évolution salariale, dès lors qu’il y a des délégués syndicaux est la négociation annuelle obligatoire (NAO) dont l’article L2242-8 nous explique qu’elle porte « sur la rémunération (donc salaire de base et primes), le temps de travail et le partage de la valeur ajoutée, donc l’intéressement » .

Mais aussitôt Monsieur MACRON dans sa très grande commisération pour le patronat, édicte un article L2242-9 qui précise que l’employeur qui n’a pas rempli son obligation d’organiser les NAO « pourra voir sa pénalité plafonnée » si « dans les six années civiles précédentes il y a eu un contrôle ayant constaté, à l’époque, aucun manquement ». 

« Lorsque l’autorité administrative compétente constate ce manquement elle doit aussi tenir compte des efforts constatés pour ouvrir des négociations, de la situation économique et financière de l’entreprise, de la gravité du manquement et des circonstances ayant conduit au manquement ».

L'employeur est donc autorisé à contrevenir aux règles du dialogue social cinq années d'affilée disposition inscrite, sans rire, dans "une ordonnance relative au renforcement de la négociation collective" ! Le salarié, lui, peut être viré du jour au lendemain pour UN SEUL manquement !

 

II-C/ PISTES DE RESISTANCE POUR LES SALARIES DES ENTREPRISES DE PLUS DE 11 SALARIES.

La stratégie peut consister à différer l’application des ordonnances dans les entreprises pour laisser le temps aux syndicats de soumettre leurs contenus aux instances juridiques nationales (Conseil Constitutionnel) et internationales (OIT, Cour Européenne de Justice) comme cela a été fait pour le CPE et le CNE ce qui a obligé le gouvernement à retirer cette législation qui s'est révélé illégale.

Les ordonnances trop vite rédigées comportent en effet de nombreux points faibles sur le plan juridique.

Par l'inversion des normes l’Etat se défosse sur les employeurs de sa responsabilité législative et ce seront les employeurs qui seront condamnés.

L’insécurité juridique va donc perdurer bien après la promulgation des ordonnances car :

  1. Chaque salarié dispose de la faculté de formuler une question prioritaire de constitutionnalité sur tout texte qui lui est opposable dans un litige le concernant et dont la constitutionnalité n’a pas fait l’objet d’un avis favorable antérieur du Conseil Constitutionnel et ce sans délai de prescription.
  2. Préalablement à ce recours individuel, il est possible de contester un accord collectif dans les deux mois (article L2262-14) en justifiant de son illégalité par des arguments portant sur la procédure de ratification et/ou le contenu de l’accord.
  3. Sur le fond un accord collectif, même passé le délai de deux mois, peut être déclaré illégal par la Cour de Cassation au regard des droits fondamentaux tels que visés par les accords de l’OIT et les conventions européennes : A ce jour 77 accords de branche ou conventions collectives ont fait l’objet de décisions de la Cour de cassation pour illégalité de leur contenu ou de leurs modalités d’applicationL’employeur, du fait de l’inversion des normes, prend d’autant plus de risques juridiques qu’il édicte « un code du travail propre à son entreprise ».
  4. Le détournement des droits à représentation du personnel peut toujours faire l’objet d’un recours pour DELIT D’ENTRAVE et permettre l’annulation des dispositions prises par l’employeur même si le Juge est invité à beaucoup de clémence par l’exécutif ce qui constitue de la part de ce dernier un empiètement inconstitutionnel sur le pouvoir judiciaire.
  5. La reconnaissance judiciaire par le tribunal d’instance d’une unité économique et sociale pour les TPE fictive dépendant en réalité d’un groupe permettra également de faire annuler des dispositions édictées en l’absence illégale de représentants du personnel.

EN CONCLUSION les salariés des entreprises de plus de 11 salariés disposent en réalité de nombreux moyens de retarder l’application des dispositions tendant à réduire leurs rémunérations.

 

Monsieur MACRON croit avoir gagné la guerre en ayant court circuité les syndicats patronaux des TPE PME et les syndicats de salariés ainsi que la Représentation Nationale, il se trompe ET LES PREMIERS PERDANTS SERONT LES EMPLOYEURS qui se saisiront de ces textes avant que leurs dispositions n’aient été totalement validées juridiquement.

21 Septembre 2017

 

Des missiles nucléaires tactiques US sont déployés en Corée du Sud depuis plus de 30 ans !

La récente allusion du Secrétaire d’Etat US à la défense de déployer des missiles nucléaires tactiques en Corée du Sud  est un mensonge flagrant contredisant totalement les faits sur le terrain :  c’est le déploiement des missiles nucléaires tactiques en Corée du Sud, entamé il y a un peu plus de trente ans et grandement renforcé depuis 2006 qui irrite au plus haut point Pyongyang et l’incite a prendre des mesures extrêmes.

Washington tente ainsi de tromper sa propre opinion et l’opinion internationale en présentant la Corée du Nord comme un État paranoïde et craignant à tout moment une annihilation instantanée.

En réalité, Pyongyang n’a cessé de condamner le déploiement par les Américains de 1500 à 5600 ogives nucléaires tactiques en Corée du Sud (chiffres avancées par les services secrets nord-coréens) en soulignant que ces armes visaient moins son territoire que ceux de la Chine voisine et la Russie.

Le déploiement d’armes nucléaires tactiques américaines en Corée du Sud précède l’acquisition par la Corée du Nord d’une arme atomique. De ce fait, c’est Washington qui menace l’ensemble de la stabilité régionale en y déployant non seulement des armes nucléaires mais en menaçant d’y recourir de façon préemptive en violation flagrante des principes du Droit international.

Kim Jong-Un est loin d’être irrationnel et ses services secrets sont connus pour leur extrême efficacité, notamment en Corée du Sud et au Japon où ils disposent d’un immense réseau d’influence et de sympathies. Pyongyang connaît la nature de la relation réelle entre Washington et Séoul. Il sait par-dessus tout que les Américains ont introduit, les premiers, l’arme nucléaire en péninsule coréenne.

Toute la rhétorique creuse sur la non-prolifération développée par Washington est destinée à tromper leur opinion alors que dans les faits, ils ont non seulement déployé des armes nucléaires en Corée du Sud mais ne cessent de les transférer d’un site à un autre, plus particulièrement depuis le début des années 2010.

Pyongyang est plus qu’exaspéré par les agissements irrationnels US, d’autant plus qu’ils ne sont pas sans rappeler l’hystérie belliciste des sanctions et des blocus ayant marqué les relations entre les États-Unis et l’Empire du Japon entre 1930 et 1941.

L’arme du blocus et des sanctions a déjà déclenché des famines en Corée du Nord.

Pékin et Moscou savent que le déploiement du soi-disant THAAD, un système de défense antimissile à l’efficacité jamais éprouvée cache à peine le déploiement d’armes nucléaires tactiques (obus et projectiles d’artillerie, missiles balistiques à courte portée, missiles de croisière, etc.)

Toute la doctrine militaire du Nord est basée sur ces éléments d’information.

Source:https://strategika51.wordpress.com/2017/09/19/des-missiles-nucleaires-tactiques-us-sont-deployes-en-coree-du-sud-depuis-plus-de-30-ans/

20 septembre 2017

 

 

Etats-Unis vs Corée du Nord … L’histoire du loup qui a peur de l’agneau !

Soit une personne qui ne sait pas que le mensonge et la calomnie sont des éléments essentiels dans le discours de l’axe de l’hégémonie… Que pourrait être son impression lorsqu’elle jette un coup d’œil rapide sur la façon avec laquelle les grands mass-médias couvrent l’évolution de la crise qui, en Asie du nord-est, bat son plein entre la Corée du Nord, d’une part, et les Etats-Unis et leurs alliés d’autre part ?

C’est, à coup sûr, la même impression que pourrait avoir cette même personne lorsqu’elle entend un discours israélien qui se lamente parce que quelques-uns des habitants d’une colonie de peuplement auront été frappés par la panique suite à la chute d’une roquette artisanale tirée à partir de Gaza en riposte –un peu trop inéquivalente- à un raid aérien israélien ayant détruit tout un quartier et tué des dizaines, ou même des centaines de civils palestiniens.

Ou, aussi, lorsqu’elle entend un discours étasunien sur le soi-disant danger que constitue un Etat comme l’Iran, ou une organisation armée, comme le Hezbollah, pour la sécurité nationale étasunienne, rien que parce que cet Etat refuse de se plier devant des dictats étasuniens contradictoires avec les intérêts du peuple iranien, ou parce que cette organisation armée résiste aux politiques agressives et expansionnistes de l’entité sioniste.

La personne en question peut-elle avoir une impression autre que celle voulant que la Corée du Nord serait un Etat armé jusqu’aux dents et possédant des capacités nucléaires et en matière de missiles qui cherche, faute d’avoir une prétendue barrière morale, à utiliser ces capacités pour asservir ses voisins en Corée du Sud et au Japon, ainsi que d’autres parties comme les Etats-Unis, l’Union Européenne et le reste du monde ?

Ce qui renforce cette impression est le fait que la Corée du Nord effectue, de temps en temps, des expériences sur des missiles et bombes non traditionnelles qu’elle produit dans l’intention de dissuader les penchants affichés d’agression et d’expansion étasuniens.

Les grands mass-médias aux Etats-Unis et ailleurs en Occident mettent l’accent sur le fait que la simple existence de la Corée du Nord signifie que la guerre nucléaire est inévitable et que, dans les régions qui pourraient être atteintes par les missiles de Pyongyang, les populations devraient prendre toutes les mesures préventives pour ne pas devenir des victimes de la grande hécatombe !

A titre d’exemple, les mass médias japonais ont dernièrement affolé la rue japonaise en diffusant et rediffusant l’avertissement suivant : « … Il parait que la Corée du Nord a lancé un missile. Vous devez vous protéger dans des immeubles solides ou dans des sous-sols ! ». Des minutes, puis des heures passent sans que le missile n’arrive. Pourtant, l’avertissement a réussi d’atteindre son but en chargeant les citoyens japonais de sentiments d’animosité envers la Corée du Nord, ainsi que d’une position de soutien à toute décision criminelle que pourrait être prise par Washington et ses alliés contre la Corée du Nord et son peuple !

Quelle est la vérité que les grands mass-médias cherchent à mystifier en ce qui concerne le problème qui se pose entre la Corée du Nord, d’une part, et les Etats-Unis et leurs alliés, d’autre part ?

Ces mass-médias font beaucoup de bruit au sujet des missiles et des bombes de Pyongyang. L’observateur ordinaire a besoin de faire beaucoup d’efforts dans ses observations et recherches   pour découvrir que les Etats-Unis procèdent, chaque année, à des manœuvres militaires communes avec la Corée du Sud et le Japon. Ces manœuvres sont, en vérité, des exercices, des répétitions d’une guerre notamment contre la Corée du Nord. Dans les dernières en date de ces manœuvres qui ont eu lieu parallèlement au bruit médiatique leur faisant ombrage en mettant au premier plan l’armement de la Corée du Nord, ont participé des dizaines de milliers de soldats ainsi que des forces navales et aériennes dotées d’armement traditionnel et non-traditionnel.

Cela signifie l’existence d’une volonté nourrie par les Etats-Unis et leurs alliés de s’attaquer à la Corée du Nord. C’est-à-dire d’accomplir la tâche qu’ils n’ont pas pu accomplir lors de la guerre de la Corée qui s’est déroulée entre 1951 et 1953. Ils n’ont pas pu l’accomplir parce que le peuple coréen s’est défendu férocement et fait des sacrifices majeurs : 30 pour cent de la population nord-coréenne ont été décimés et 86 villes ont été complètement détruites avec quelques milliers de villages. Des chefs militaires étasuniens de l’époque ont reconnu avoir laissé derrière eux un pays complètement détruit.

Environ 70 ans sont passés depuis la fin de cette guerre et le peuple de la Corée du Nord n’a jusqu’à maintenant pas achevé la construction de son pays. Pourtant, rien n’a changé quant au ton agressif étasunien envers ce peuple. « Nous allons remplir la Corée du Nord sous un déluge de feu et de fureur si elle menaçait les Etats-Unis de quelque manière que ce soit ». C’est le président des Etats-Unis, Donald Trump, qui a prononcé ces propos il y a trois semaines.

Reste à savoir qui menace qui ? La Corée du Nord, ce petit pays qui lutte pour survivre après avoir été durement meurtri par la guerre, ou les Etats-Unis qui possèdent des dizaines de bases militaires tout autour de la Corée du Nord ? Et qui disent à haute voix que le théâtre à venir de leurs activités d’agression n’est autre que la région Asie-Pacifique dont, notamment, la Corée du Nord.

 

Sourcehttps://www.french.alahednews.com.lb/essaydetails.php?eid=24454&cid=324#.Wbncp9HdeHs

19 Septembre 2017

Ou se trouvait Ben Laden le 10 Septembre 2001 ? Une journée avant le 10/09 il était dans un hôpital militaire pakistanais.

Michel Chossudovsky : Ben Laden hospitalisé le 10 Septembre. Rapport de Dan Rather de la CBS.

Le rapport de la CBS suggère qu’Oussama Ben Laden avait été admis dans l’hôpital militaire de Rawalpindi le 10, moins de 24 heures avant les attaques terroristes.

Ce rapport ne précise pas vraiment quand il a été libéré

Néanmoins le rapport met en doute le récit officiel sur le fait qu’Oussama Ben Laden était responsable de la coordination des attaques du 11/09.

A partir de quel endroit ? De son lit d’hôpital ? De son ordinateur ou téléphone portable ?

Au sein du siège militaire pakistanais situé à Rawalpindi sont intégrés des résidents militaires américains et des conseillers travaillant avec leurs collègues pakistanais qui systématiquement rendent des comptes à Washington. Il serait impossible pour Oussama Ben Laden d’intégrer un hôpital militaire pakistanais sans se faire remarquer. Oussama est la source d’information de la CIA. Son origine est connue.

Si ce rapport de CBS est correct, ceci confirme donc que la localisation de Oussama Ben Laden le 10 Septembre était connue par le gouvernement Bush.

Très probablement Oussama disposait d’un GPS (puce de localisation intégrée) dans son corps, ou d’un GPS dans son ordinateur ou sur son téléphone portable qui a permis au service de renseignements américains d’obtenir son emplacement précis en temps réel. (Ce GPS y compris la puce de localisation intégrée était facilement accessible au service de renseignements  américains et aux forces de l’ordre bien avant 2001).

Oussama aurait pu être arrêté le 10 Septembre 2001. Mais cela ne s’est pas produit.

Donald Rumsfeld a inlassablement affirmé que l’endroit où se trouvait Oussama Ben Laden était inconnu : « c’est comme chercher une aiguille dans une boîte de foin ». C’est un pur mensonge. Inutile de préciser que, « chercher Ben Laden au lendemain des événements du  11/09 a servi à soutenir la légende du « terroriste le plus recherché au monde ».

Extrait de la présentation de Michel Chossudovsky à l’Université McMaster, en Ontario en 2002.

***

La transcription complète du rapport de la CBS est présentée ci-dessous. La vidéo originale de la CBS est également fournie.

Localisation de Ben Laden avant le 11/09.

CBS Evening News avec Dan Rather; Auteur: Dan Rather, Barry Petersen

CBS, 28 Janvier 2002

Centre for Research on Globalisation (CRG), globalresearch.ca, 28 Mars 2002

Dan Rather Présentateur à la CBS : Alors que les Etats-Unis et leurs alliés en guerre contre le terrorisme, font pression pour la chasse à Oussama Ben Laden, CBS News a une information exclusive ce soir-là, sur l’endroit où se trouvait Ben Laden et ce qu’il faisait au cours des dernières heures avant que ses adeptes n’attaquent les Etats-Unis le 11 Septembre.

Ceci est le résultat de rapports d’enquête difficiles par une équipe de journalistes de CBS et par l’un des meilleurs correspondants étrangers, Barry Petersen de CBS. Voici son rapport.

(Début de la vidéo) Barry Pertersen, correspondant de la CBS (voix off) : tout le monde se souvient de ce qui s’est passé le 11 Septembre. Voici l’histoire de ce qui s’est passé la nuit précédente. C’est un récit aussi tordu que la chasse à Oussama Ben Laden.

CBS NEWS a déclaré que la nuit précédant les attaques du 11 Septembre, Oussama Ben Laden se trouvait au Pakistan. Il recevait un traitement médical avec le soutien de l’armée qui, quelques jours plus tard, s’engageait à appuyer la guerre antiterroriste des États-Unis en Afghanistan.

Le service des renseignements pakistanais affirme à CBS News que Ben Laden était bien présent dans cet hôpital militaire de Rawalpindi pour un traitement de dialyse rénale. Cette nuit-là, dit cette auxiliaire médicale qui souhaitait que son identité soit protégée, ils ont transféré tous les membres du personnel du département d’urologie et ont envoyé une équipe secrète pour les remplacer. Elle affirme que c’est un traitement pour une personne très spéciale. L’équipe spéciale n’était évidemment pas très bonne.

« L’armée l’avait entouré », d’après l’employé de cet hôpital qui souhaitait également que son identité soit masquée, « et j’ai aperçu le patient mystérieux se faire aider à sortir de la voiture. A partir de ce moment » déclare-t-il « j’ai vu beaucoup de photos de cet homme ». C’est l’homme connu sous le nom d’Oussama Ben Laden. J’ai également entendu deux officiers de l’armée se parler. Ils disaient qu’Oussama Ben Laden était recherché. » Ceux qui connaissent Oussama affirment que Ben Laden souffre de nombreuses affections, de problèmes de dos et d’estomac. Ahmed Rashid, qui a beaucoup écrit sur les talibans dit que l’armée était souvent là pour aider avant le 11/09.

Ahmed Rashid, considéré comme un expert sur le sujet : il y avait des rapports selon lesquels les renseignements pakistanais avaient aidé les talibans à acheter des appareils de dialyse. Et d’après la rumeur le dernier achat était destiné à Oussama Ben Laden.

Petersen (en vidéo): les médecins de l’hôpital ont déclaré à CBS News qu’il n’y avait rien de spécial cette nuit-là, mais ils ont refusé notre demande de voir des enregistrements. Les responsables gouvernementaux ont nié ce soir que Ben Laden ait eu un traitement médical cette nuit-là.

Voix off: Mais c’est le président pakistanais Musharaf qui a annoncé publiquement  ce que beaucoup soupçonnaient, que Ben Laden souffrait d’une maladie rénale, et qui affirmait même qu’il pensait que Ben Laden était mourant. On a la preuve en regardant cette vidéo la plus récente qui montre un Ben Laden pâle et hagard, sa main gauche sans aucun mouvement. Les responsables de l’administration Bush reconnaissent qu’ils ne savent pas si Ben Laden est malade ou même mort.

Donald Rumsfeld Secrétaire à la défense : En ce qui concerne l’Etat de santé de Ben Laden, je n’ai pas de nouvelle là-dessus.

Petersen: Les États-Unis n’ont aucun moyen de savoir qui, dans l’armée ou les services de renseignements pakistanais, a soutenu les talibans ou Oussama ben Laden jusqu’à la veille du 11 septembre en organisant une dialyse pour le garder en vie. Les États-Unis ne sauraient donc peut-être pas si ces mêmes personnes pourraient l’aider à retrouver la liberté.

 Prof Michel Chossudovsky
GlobalResearch.ca

 

Traduit par Saadia Khallouki, relu par Martha pour Réseau International

18 septembre 2017

 

Corée: Ne pas confondre coercition et dissuasion

La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.

Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire «du faible au fort» s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.

Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale «C’était de Gaulle» rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion:

«J’allais lui demander: ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)

Il me répond tranquillement: Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé»

Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.

Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.

C’est le principe de la dissuasion «du faible au fort» qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle:

«Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible.»

Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel  dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que « l’état profond» américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique «in fine» aux États-Unis eux-mêmes.

La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.

Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les États-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux: loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les États-Unis.

Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie: la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes  politiquement  mais  si  proches  humainement.  Une  chose  est  certaine,  c’est  par  le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.

La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.

L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation «gagnant-gagnant» à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.

Colonel (CR) Alain Corvez

 

Consultant international et ancien conseiller au ministère français de la Défense et de l’Intérieur

Envoyé par le Général Delaware

 17 septembre 2017

 

 

Le Docteur Bonnal passe les antisystèmes à la radiographie. Et ce n’est pas joli joli…

L’élection de Donald Trump aux États-Unis, le Brexit britannique, le haut niveau électoral des antisystèmes  dans nombre de pays d’Europe, dont la France, ont pu faire penser que ces fameux antisystèmes avaient le vent en poupe.

Chacun voit que ce n’était pas si simple. Donald Trump ? En quoi est-il vraiment antisystème ? Il ne suffit pas d’être maladroit pour l’être. Quant à Marine Le Pen, son échec aux présidentielles françaises, avec 33 % et non les 40 ou 45 % qu’elle pouvait raisonnablement espérer fin 2016 ou début 2017, a douché les enthousiasmes des antisystèmes, du moins de leur fraction droitiste.

Antisystème ? Mais de quoi parle-t-on ? Qui sont ces antisystèmes ? Que pensent-ils (quand ils pensent) ? Que peuvent-ils ? Ce sont les questions auxquelles nous aide à répondre Nicolas Bonnal. Esprit inclassable, il est fin, subtil, amateur de paradoxes, et drôle, à l’occasion. Nicolas Bonnal a été édité par de grands éditeurs, et par de moins connus (quoique…), tel Avatar éditions bien sûr, et par le talentueux Philippe Randa, fondateur des éditions Dualpha.

Alors, donc, ces antisystèmes ? Jeunes, intellectuels, précaires – ou tout cela à la fois – ils sont rétifs à la normalisation des esprits et à l’idée qu’il n’y a qu’une seule politique possible (There Is No Alternative). Cela les différencie de l’électorat de Macron, ex-soixante-huitards reconvertis dans le libéralisme le plus décomplexé, l’apologie des start-ups, du coworking, et autres totems du capitalisme dit « cognitif ».

D’un côté, les insoumis, de droite et de gauche, de l’autre, les jeunes loups et les retraités, inquiets de la sortie de l’euro en cas de révolution marinienne, voire Mélenchonistes. Tout ceci en manière d’analyse un peu brute de décoffrage car Macron est aussi arrivé en tête dans la plupart des villes frontistes du sud. Donc, des passerelles entre les deux électorats ? Peut-être bien.
Mais l’essentiel reste tout de même deux France très différentes face à face.

D’un côté, ceux qui regardent la télé et trouvent le jeune Macron rassurant, propre sur lui, et bien comme il faut, et de l’autre, ceux qui vont à la pèche aux « vraies infos » sur internet. Le problème d’internet, – un sujet sur lequel Nicolas Bonnal a écrit des pages troublantes -, c’est qu’il alimente la théorie du complot tout en démontant nombre de complots réels, en tout cas, si le terme complot est un peu fort, de manœuvres intellectuellement malhonnêtes et trompeuses. D’où le développement d’une paranoïa qui est peut-être la nouvelle forme d’un trouble ancré de longue date dans la mentalité américaine, mais qui, bien au-delà des États-Unis, manifeste un souci de se donner l’illusion de reprendre pied dans un monde devenu difficilement déchiffrable. En résumé, il ne suffit de lire une information sur un site antisystème pour qu’elle soit exacte, mais il y a néanmoins des analyses impeccables bel et bien sur des sites antisystèmes ou critiques du système.

En fait, si internet est inquiétant, c’est parce que le monde réel est inquiétant

Il n’est pas besoin d’être paranoïaque pour voir qu’il y a en grande part une planification de la crise des réfugiés et autres migrants et du déferlement migratoire. Il n’est pas paranoïaque de voir une logique dans un affaiblissement des États qui ont été mis en demeure de sauver les banques et se trouvent ainsi à la remorque du système financier, dans un brevetage du vivant qui prive les peuples et les paysans de libertés ancestrales, créant une forme d’asservissement d’une force et d’une violence inédite.

Ce n’est pas de la paranoïa de voir dans cela une biopolitique annoncée par Michel Foucault ou Giorgio Agamben (Homo Sacer. L’Homo Sacer qu’évoque Agamben est un homme qui peut être tué mais ne peut bénéficier des formes ritualisées du meurtre telles la condamnation, le procès, etc. Le déporté est, par exemple, un homo Sacer). Ce n’est pas de la paranoïa de déceler dans certains événements une « stratégie du chaos » (Lucien Cerise). Le chaos annoncé, voire organisé, participe de la mise en place d’un nouveau dispositif (Gestell) d’arraisonnement du monde et d’automatisation de la vie elle-même.

Les antisystèmes, du moins les plus lucides d’entre eux, analysent cela comme une lutte des oligarchies contre les peuples. Ils n’ont pas tout à fait tort. « Comment faire pour qu’il n’y ait aucun coût à infliger des coups ? En termes hindouiste, comment supprimer tout Karma ? En termes orwellien, comment s’extraire de la décence commune ? ». Bonnal a raison : c’est aussi cela que recherche le système. Mais le système, ce n’est pas seulement cela.

C’est une erreur commune de croire que les oligarchies ne cherchent qu’à « s’en mettre plein les poches ». Certes, elles s’y emploient. Mais l’essentiel n’est pas là. Les puissants, qui sont aussi parfois des intellectuels, voire des banquiers-intellectuels s’activent pour que le monde réel ressemble à leur monde idéal, pour que le monde divers et multipolaire devienne un monde uniforme et unipolaire. Le système n’est pas simplement matérialiste, il « porte »  (comme dit Macron) aussi une utopie. Un monde d’individus tous semblables et remplaçables, jetables, délocalisables, recyclables indéfiniment.

Parmi les antisystèmes, il y avait le Front national, celui qui, à l’époque de Le Pen père, de Roger Holeindre, de Jean-Claude Martinez (un tiers-mondiste et deux tiers christique), était, dit Bonnal, « sauvage, marrant, brutal ». Finalement plus cultivé que l’actuel FN. Et vraiment antisystème dans son style. Cela a changé.

Raz de marée du système

Avec Macron et Fillon, il y avait un peu plus de 40 % de voix pro système au soir du 1er tour. Avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, 40 % de voix antisystème. Un quasi équilibre. Au second tour, cela donne 2/3 pour le système, 1/3 contre. Raz de marée du système.

Comme le rappelle Nicolas Bonnal (Eric Zemmour avait aussi insisté là-dessus), 90 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon n’ont pas rejoint Marine Le Pen au second tour. Beaucoup se sont abstenus, mais, au moins autant ont voté Macron. C’est donc l’échec du projet (celui de Florian Philippot, lui et ses proches tous battus aux législatives) de fédérer le camp du Non au référendum de 2005.

Échec prévisible. Les Mélenchonistes se veulent « de gauche », et ce n’est pas demain que le FN sera perçu comme tel (sauf par Yvan Blot fustigeant « Marine la rouge »). D’autant que les lignes ont bougées depuis ce fameux référendum.

Ainsi, toute la dédiabolisation du FN, toute cette prudence observée sur les sujets sensibles (loi Gayssot, question du sort du peuple palestinien, « priorité » nationale au lieu de « préférence »…) pour être, au final, toujours traité de « facho ». Lionel Jospin l’avait affirmé : l’antifascisme est un mensonge car il n’y a pas de danger fasciste en France, et il disait cela à propos du Front national de JMLP et non de celui de sa fille. Alors maintenant…

Mais pourtant, l’argument du barrage contre « l’extrême droite », assimilée au fascisme, fait encore un peu effet. Suffisamment pour arriver à 2/3 des suffrages exprimés pour le système. Et c’est un tel confort pour une gauche inculte, non pas Mélenchon lui-même sans doute, mais tant de ceux qui l’entourent. Et puis, il y a une telle prime à tout ce qui permet de se dispenser de penser vraiment. Penser au populisme, c’est tellement facile que penser le populisme. Mais quand le FN « antisystème » échoue, il est vrai qu’il y met de la bonne volonté. En tout cas en 2017.

Quand le FN était un parti de la pensée sauvage

Jadis « parti rebelle, parti de la pensée sauvage » (Jean Baudrillard), le FN est devenu un parti profondément ennuyeux, incapable de se réformer, comme le montrent les séminaires de juillet 2017, qui se contentent de dire que tel sujet est « moins prioritaire » que tel autre, et est reporté… à la fin d’un hypothétique quinquennat de Marine Le Pen, hypothèse qui prend pourtant l’eau de toute part depuis les présidentielles de 2017.

Rien de pire que de défendre des choses auxquelles on ne croit pas (ou plus) vraiment. Mieux vaut se borner à défendre deux ou trois convictions vraies. Mais justement, lesquelles sont celles du néo-Front ? Assagi, mais pas devenu pour autant très sérieux, le néo-FN a perdu « son petit air d’innocence » (Guy Debord). Sans diablerie, sans insolence, il fait désormais bailler. Ses amis comme ses ennemis. Un FN « apaisé » n’intéresse personne.

Revenant sur le calamiteux débat de l’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Nicolas Bonnal rappelle à quel point Mme Le Pen a sous-estimé son adversaire. A partir du moment où le débat portait sur la connaissance de « dossiers » économiques, encore fallait-il les connaitre, ou ne pas débattre – ce qui eut été conforme aux institutions de la Ve République version 1958 révisée 62.

L’élection n’est pas un concours entre 2 candidats restant en lice, mais un face à face entre ces candidats et le peuple. En dernier recours, quitte à « débattre », il fallait orienter le débat sur les questions de civilisation.

Veut-on plus de mondialisation ? Stop ou encore ? C’était la question, et c’était une question de civilisation

C’est ce qu’il fallait dire aux Français. Encore eût-il fallu le pouvoir, et en saisir vraiment les enjeux. Et pour cela être bien conseillé. Mais y a-t-il un Jean-Yves Le Gallou dans l’entourage de Marine Le Pen ? Rien ne le laisse penser. Au néo-FN, pas de revues, pas d’intellectuels, des « experts » certes (et encore, laisse-t-on s’exprimer les meilleurs ?). Les « experts » ? Des « imbéciles instruits » (Régis Debray) ne maîtrisant aucune problématique d’ensemble.

Résumons ce que dit Nicolas Bonnal : MLP n’a pas pris le recul nécessaire pour aborder les grands dangers démographiques, civilisationnels menaçant notre pays. On ne lui donnera pas tort. Déçu quant aux antisystèmes de France, notre auteur l’est aussi quant au pseudo-antisystème élu Donald Trump. Ce dernier reprend à son compte la politique antirusse des équipes précédentes.
On peut se demander, avance Nicolas Bonnal, si l’expérience Trump de permet pas de faire un exemple : « Voyez où mène le populisme ! ». Brandon Smith étaie cette hypothèse par une excellente formule : « Trump est en fonction pour une raison : détruire l’idée de conservatisme jusqu’à la fin des temps ». En effet, pour que vive un conservatisme intelligent, c’est-à-dire antilibéral et antimondialiste, il faudrait que le grand remplacement des âmes ne soit pas déjà largement accompli. « Bien loin de témoigner d’une vitalité excessive, l’homme du machinisme, en dépit des immenses progrès réalisés par la médecine préventive et curative, ressemble bien plutôt à un névropathe passant tour à tour de l’agitation à la dépression, sous la double menace de la folie et de l’impuissance. » (Bernanos, La France contre les robots, 1947). Il faudrait aussi qu’un conservatisme sociétal rejoigne un conservatisme du travail, un conservatisme anti productiviste, défenseur des manières de bien travailler et partisan d’une solide protection sociale.

Nous en sommes loin. Nicolas Bonnal écrit : « La jonction des antisystèmes de gauche et des antisystèmes de droite dont certains rêvaient il y a trente ans (Jean-Edern Hallier, son Idiot international dont je faisais partie), semble totalement impossible. Depuis 1789 ou 1944, le contentieux imaginaire entre les deux camps est trop fort et sert le centre aux affaires ».

Nicolas Bonnal éradique les illusions, sur les choses, sur chacun (et sur lui-même !). Il fut pro-Poutine, il voit maintenant les choses différemment. « Je suis pro-russe, mais je suis surtout pro-paix. » Suivra-t-on N. Bonnal tout le temps et partout ? Certes non. Pas sur l’Ukraine en tout cas. D’ailleurs, il faudrait parler de Petite Russie. L’Ukraine est une composante de la grande patrie russe comme la Sardaigne et le Frioul composent la nation italienne. C’est d’ailleurs très honorable. Oui à l’indépendance de l’Ukraine, mais dans le cadre d’un lien confédéral avec la Russie. A partir du moment où l’Ukraine, avec sa « révolution colorée » devenait un État de plus en plus aligné sur les Américains, et de moins en moins tolérant quant aux minorités non ukrainiennes (plus de 20 %), il était souhaitable que la Crimée soit rattachée à la Russie, à la fois parce que ses habitants le souhaitaient massivement, et parce que, « en même temps » – comme dit Macron – que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il faut tenir compte des exigences de la grande politique. Soyons clair : la France et l’Europe ont besoin d’une Russie forte. L’une des conditions pour que la Russie soit forte, c’est qu’elle contrôle la Crimée, et quelques autres régions, comme l’Abkhazie et son port de Sukhumi. Quand on regarde la carte des bases américaines de par le monde, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne sont pas des attentes déraisonnables de la Russie.

L’être moderne est un nihiliste selon Edouard Drumont

L’un des aspects les plus passionnants du livre de Nicolas Bonnal, c’est son attention au cinéma et à ce qui, dans le cinéma, annonce les temps futurs, ou de possibles futurs. En un sens, « seule la faction donne accès au réel », comme le note l’écrivain Michel Schneider. Nicolas Bonnal voit dans beaucoup de films l’écho de la mécanisation du monde que nous connaissons. L’homme n’en sort évidemment pas indemne. « La vie de tous s’est dégradée en univers spéculatif », relève Guy Debord.
Bonnal cite aussi Edouard Drumont à ce propos. « L’être qui est là est un moderne, un nihiliste, il ne tient à rien. Il n’est guère plus patriote que les trois cent mille étrangers, que l’aveuglement de nos gouvernants a laissé s’entasser dans ce Paris dont ils seront les maîtres quand ils voudront ; il ne se révoltera pas comme les aïeux sous l’empire de quelque excitation passagère, sous une influence atmosphérique en quelque sorte qui échauffe les têtes et fait surgir des barricades instantanément. » (1887). Les grandes villes sont un enfer, Paris est un enfer. Balzac l’avait déjà écrit : « A force de s’intéresser à tout, le parisien finit par ne s’intéresser à rien. » Les mœurs, c’est-à-dire l’éducation et la tenue de soi partent en vrille et ne laissent place qu’à deux choses, « l’or et le plaisir ». Pour nous engluer dans le présent, nos politiques, hier Giscard, aujourd’hui Macron, le « nouveau VGE », dit Bonnal (mais les temps ont tellement changé que la France n’a plus « besoin » d’un président modernisateur. La modernité est devenue autogire) laissent croire à la fin de l’histoire.

Les Européens seraient arrivés à la dernière étape de leur histoire, celle où il n’y a plus qu’à se laisser porter par le vent des droits de l’homme. Mais nos dirigeants ne nous disent pas que nous sommes alors l’objet de l’histoire des autres. La prolifération de discours hyperspécialisés nous détourne de l’histoire, qui est une discipline de synthèse. Balzac et Tolstoï avaient déjà vu ce phénomène. Nous ne n’y entendons que dans nos petites affaires. Les grandes affaires nous dépassent. L’exagéré Gustave Le Bon n’avait pas entièrement tort quand il assurait que si on tenait en même estime le travail manuel que le travail intellectuel, on échapperait au drame des demi intellectuels, qui sont plus malheureux et plus nuisibles que les gens qui ne savent rien, et on échapperait à l’humiliation du déclassement de ces demi-intellectuels.

Le perpétuel jeu du déclassement est du reste un autre nom de la lutte des classes, mais aussi de la liquidation des anciennes oligarchies par de nouvelles (Roberto Michels). La lutte des classes passera aussi par des mesures hygiénistes consistant à loger les masses « réunies par cohortes comme dans de vastes familles » (Maurice Joly dans un dialogue imaginaire, au XIXe siècle, entre Machiavel et Montesquieu).

Les antisystèmes voient-ils des complots partout ?

La diversité des thèmes abordés par N. Bonnal, et l’apparent désordre de leur apparition correspond à un postulat. C’est l’axe invisible du livre.

Nicolas Bonnal : « J’ai écrit de nombreux textes qui tournent autour du même thème, de la même constatation. Les choses, les problèmes ne changent plus depuis deux siècles ou presque. Lisez la conclusion des Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand et vous êtes déjà dans notre vieux monde. Monde unifié, monde laid, monde anti-artistique, monde décivilisé, monde de contrôle, d’argent et de quantité ». Il écrit encore : « Depuis 1815 environ, l’histoire moderne est un présent permanent uchronique et dystopique ». Une utopie qui vire au cauchemar : c’est justement l’histoire du règne de l’idéologie du progrès. « L’insatisfaction elle-même est devenue une marchandise » (Guy Debord).

Si les réponses de N. Bonnal sur de multiples questions peuvent et doivent être discutés, ses hypothèses sont toujours stimulantes. Exemple : les idées de Guido Preparata sur la manipulation de l’Allemagne pour la jeter contre la Russie et permettre la domination des puissances de la mer (anglo-saxonnes) ? On peut ne pas adhérer à leur caractère systématique, mais, néanmoins, être lucide sur le fait que le choc entre Russie et Allemagne, et ce, dès la première guerre mondiale, a fait le jeu des États-Unis et du Royaume-Uni, et, au-delà, d’une certaine fraction du capitalisme ainsi que d’un certain modèle économique (la city contre le modèle rhénan).

L’originalité de N. Bonnal est qu’il montre à la fois l’intérêt des théories du complot – les manipulations existent – et la limite de ces théories. Il le fait souvent à la suite de Tocqueville. Ainsi, note celui-ci, les sociétés secrètes chères à l’abbé Augustin Barruel « ont été les symptômes de la maladie, et non la maladie elle-même ».

Mais revenons à nos antisystèmes. L’obsession du complot, l’idée que certains, cachés, « tirent les ficelles de tout cela » ne leur est pas étrangère. Qu’ils soient antisystèmes « de droite » ou « de gauche ». Les antisystèmes veulent se distinguer des imbéciles, et, pour eux, les imbéciles sont d’abord les naïfs. Les antisystèmes font partie de ce que Guy Debord appelait la demi élite, qui « se contente de savoir que presque tout est obscur ». Ce sont encore ceux que Pascal appelait les « demi habiles ». Ces intellectuels, ou « demi-intellectuels », comme écrivait Raymond Aron, sont ceux « à qui on ne l’a fait pas ».

Grincheux, ils sont parfois rebelles – ce qui est déjà mieux. Mais peuvent-ils être révolutionnaires ? Comprennent-ils le moment historique que nous vivons ? Ce serait beaucoup leur prêter. Ils constituent, pour les plus radicaux d’entre eux, le « Parti absent » (Guy Debord), qui travaillerait à la subversion de l’ordre politique et social.

Evidemment, le « Parti absent » a tendance à être paranoïaque et à analyser le système comme manipulant ces propres critiques, ses propres oppositions. Ce n’est d’ailleurs pas entièrement faux. Mais c’est passer à côté de l’essentiel. Le système ne se réduit jamais à ses manipulations. Le philosophe persan Omar Khayyam écrivait, au tournant des XIe et XIIe siècles : « Pour parler clairement et sans paraboles, Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel ; On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’Être, Et puis, nous retournons, un par un, dans la boîte du Néant. » (Les Quatrains).

Cet ordre des choses qui parait auto-engendré, naturalisé, c’est que Edward Bernays, le neveu de Freud, appelait le « gouvernement invisible » (Louis Althusser parlait, plus pauvrement des appareils idéologiques d’Etat, ce qui était réducteur). Walter Lippmann et l’école de la « Cité libre » – des libéraux forcenés – théoriseront ce besoin des élites de « prendre en main » la démocratie, de la domestiquer, de la confisquer (j’en dis deux mots dans mon Inventaire de la modernité, paru chez Avatar). Les élites oligarchiques font en sorte que le peuple ne coche que des cases pré-remplies. Fausse gauche ou fausse droite, tel est le choix. (En ce sens, l’élection de Macron, se disant « de droite et de gauche », marque un tournant et clarifie les choses, à condition de comprendre que, sociétalement, il est de gauche, – mais la droite a fait la même politique -, économiquement, il est de droite, – mais la gauche a fait la même politique).

Selon Nicolas Bonnal, « Macron poursuivra en pire la politique de Hollande. Non, il n’est pas du centre, il est d’extrême gauche, la seule vraie aujourd’hui : l’extrême gauche sociétale. Ceux qui ne le comprennent pas ignorent la nouvelle alliance propre à notre temps : celle de la finance internationale ultralibérale avec l’extrême gauche sociétale (LGBT, No Borders, etc.) tandis que, sur le plan économique, la finance s’allie aux assistés de toutes sortes (migrants compris) que la même finance multiplie en licenciant et en encourageant l’immigration. Tout cela au détriment des classes moyennes qu’il s’agit d’écraser encore car elles ont le défaut, pour les mondialistes, d’être porteuses d’un héritage de valeurs qu’ils veulent détruire ». Macron : l’extrême gauche sociétale ? C’est très possible. Mais l’homme est complexe, et parfois imprévisible, et intelligent. A suivre. Il est un peu tôt pour des appréciations définitives.

Restent les faits. Pourquoi Macron l’a-t-il emporté, et surtout, pourquoi si largement (66 %) ? La raison est simple : le système s’est rassemblé, unanime au second tour. Les antisystèmes, quant à eux, étaient profondément divisés.

Conclusion : le système existe, l’antisystème est un leurre

Il permet de gagner des points ? Oui, mais pas de gagner les élections (sauf aux législatives où le FN a bénéficié d’un étonnant sursaut, venu des couches les plus populaires de l’électorat). Macron : homme du système ? « Ce système, je le refuse », déclarait pourtant Emmanuel Macron le 16 novembre 2016. Oui, mais pour proposer un petit pas de côté, il faut être déjà parfaitement adoubé par le système.

Revenons à la cause de l’échec des antisystèmes. Car il y a l’échec de MLP, mais il y aussi celui – relatif – de JLM. Il a certes fait un bon 19 % aux présidentielles, mais n’est arrivé que quatrième. Ce n’est pas le triomphe espéré (et pourtant, Dieu sait si le thème de « La France insoumise » était bon). Ses 11 % aux législatives, un peu au-dessous du FN (mais au-dessus si on ajoute le PCF, parfois allié à LFI), sont honorables, mais, lui aussi, et sa « France insoumise », sont balayés en partie par la vague Macron.

Pourquoi les antisystèmes étaient-ils divisés ? Réponse simple. Parce qu’ils n’étaient d’accord sur rien. Jean-Luc Mélenchon ne veut rien faire pour arrêter ou freiner l’immigration, Marine Le Pen voudrait la stopper ou la limiter à un solde de 10 000 par an. Pas d’accord non plus entre des antisystèmes très antilibéraux et d’autres d’abord anti État.

L’a-t-on oublié ? Le Front national n’était pas d’accord avec lui-même sur la sortie de l’euro. Aujourd’hui, Florian Philippot prétend vouloir absolument un rapprochement avec Nicolas Dupont-Aignan mais celui-ci préfère une monnaie commune (qui ne dépend pas que de nous) en complément d’un retour à une monnaie nationale à la sortie pure et simple de l’euro. Voire, il se satisferait d’un autre fonctionnement de l’euro, restant monnaie unique (il a raison). Mélenchon veut une Constituante (les esprits sont-ils prêts à cela ? J’en doute). De son côté, MLP veut une République référendaire (jusqu’à ne plus prendre ses responsabilités en cas de victoire, où des éléments de son programme seraient soumis au référendum, comme si son improbable élection ne vaudrait pas accord sur son programme).

Redisons-le : il y a un camp du système, il n’y a pas de camp des antisystèmes

Le FN pense que Mélenchon est d’extrême gauche, alors que c’est un social-démocrate (ce qui est déjà bien mieux qu’un social-libéral, mais qu’est-ce que cela peut signifier qu’être « social-démocrate » après la fin du fordisme ? Comment faire ou refaire de la social-démocratie dans notre nouveau contexte ?). De son côté, Jean-Luc Mélenchon croit que Marine Le Pen est d’extrême droite, alors que presque tout la sépare de ce camp idéologique (pour de bonnes raisons et de moins bonnes, comme le fait qu’elle appartienne mentalement à la sphère de la postmodernité. Comme tout le monde, me direz-vous. Bien sûr. Presque comme tout le monde. Mais on n’est pas obligé de s’aligner sur ce qu’il y a de pire).

Quelles marges de manœuvre reste-il alors aux antisystèmes ? Le système – ou le Capital (c’est ici la même chose) – bouge plus vite que les antisystèmes. Quant à la gauche, elle a conclu, selon l’excellente formule d’Isaac Shamir, un mariage de raison avec les libéraux depuis 1983, et ce mariage de raison est devenu un mariage d’amour. Dans cette configuration, la gauche est le nouveau parti conservateur du système. Elle montre le chemin à la droite du système.

En face du parti des gens établis, intégrés, cadres et personnes âgées (Emmanuel Todd a bien montré le poids des retraités dans le sens de la conservation du système de l’argent, non pas parce qu’ils aiment plus l’argent que les autres, mais parce que le chantage à la faillite de l’État et des banques est plus efficace sur eux), on trouve une jeunesse plus critique voire rebelle, qui vote volontiers Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, Mélenchon ayant, du reste, fort bien évolué en politique internationale, avec ses positions pour la sortie de la France de l’OTAN.

Cette jeunesse est, en un sens, conservatrice, non pas du système mais de ce qu’il reste de non-marchandisable dans notre société. Logiquement, ce conservatisme devrait être révolutionnaire puisque, précisément, le système vise à l’extension du domaine de la marchandise.

Esprit polémique, Nicolas Bonnal utilise parfois des raccourcis qui peuvent faire passer à côté de l’essentiel. « Alain de Benoist court après les idéaux du défunt PCF », écrit-il. Il ne court pas après le productivisme du vieux PCF en tout cas. L’idéal d’une France non alignée, d’un monde sorti de la domination de l’argent ? Pourquoi pas ? Moi-même, je ne pense jamais sans sympathie aux communistes authentiques, membres du « Parti », que j’ai connu dans les années 1980 (je pense à toi Pierre Reiner). L’Union du peuple de France ? C’était – et cela reste – un excellent mot d’ordre, renvoyant, du reste, plus à Ferdinand Lassalle qu’à Marx et Engels (Lassalle dont les circonstances de la mort nous rappellent à quel point nos temps se sont dégradés. Un tel parcours de vie est devenu tout simplement inimaginable chez un homme politique).

Nicolas Bonnal décrit les adeptes des réseaux internet « antisystèmes » comme « le troupeau liquide de la société liquide [tout se modifie avant la création de normes et d’habitudes – PLV] décrite par le regretté sociologue israélien Zygmunt Bauman ». (Il n’était pas israélien mais polonais de religion juive et de nationalité britannique !). Nicolas Bonnal note encore : « La flexibilité recherchée partout par le capital reflète l’émergence de la société liquide rêvée par ce même capital cosmopolite et sans racines. Les réductions d’effectifs sont au programme de toutes les bonnes sociétés, de toutes les bonnes corporations. La médiocrité de la condition postmoderne décrite par exemple par Lyotard dans un rapport célèbre (’’chacun est ramené à soi – et chacun sait que ce soi est peu’’) ne prédispose pas à la protestation et la mobilisation de masse, bien plutôt à une soumission globale, celle à laquelle nous assistons maintenant aux quatre coins du globe ».

Nicolas Bonnal montre bien que les antisystèmes font partie du système. Mais, pour cela même, j’ajoute qu’ils sont le grain de sable dans le système. Ils sont ce qui peut le faire dérailler, ou l’obliger à céder la place à autre chose.

Pierre Le Vigan, auteur, essayiste

Nicolas Bonnal, Le choc Macron. Les antisystèmes sont-ils nuls ? Amazon, 10,55 €

Pierre Le Vigan, collaborateur d’Eléments, est architecte, urbaniste, diplômé en psychopathologie et en histoire ; il est l’auteur de plusieurs livres dont L’Effacement du politique / La philosophie politique et la genèse de l’impuissance de l’Europe, éditions La Barque d’Or, 164 pages.

 

Source:https://metamag.fr/2017/09/14/le-docteur-bonnal-passe-les-antisystemes-a-la-radiographie-et-ce-nest-pas-joli-joli/

16 septembre 2017

Nouvelle loi travail : encore plus de flexibilité, toujours pas de sécurité

 

 Après un peu plus de deux mois de concertation avec les syndicats - ce qui faut quand même saluer, même s’il aurait été préférable d’avoir une véritable négociation - le gouvernement a dévoilé le contenu des ordonnances de la nouvelle loi travail. Pour découvrir la tonalité générale, il suffit de constater le contraste entre l’enthousiasme des syndicats patronaux et la déception des syndicats salariés. Il s’agit donc de décrypter les grandes lignes de cette réforme puis d’essayer d’anticiper quelles pourraient être les conséquences.

Le premier objectif de cette loi est de permettre aux employeurs de licencier plus facilement. De nombreux dispositifs vont dans ce sens.

·         Mise en place d’un plafond pour les indemnités prud’homales, (trois mois de salaires jusqu’à deux ans d’ancienneté, dix mois de salaires pour dix ans et maximum vingt mois de salaire à partir de trente ans d’ancienneté).

·         Diminution du plancher minimal pour les indemnités prud’homales :

o    Passage de six mois de salaire à trois mois minimum à partir de deux ans d’ancienneté

o    Limite à un mois de salaire en dessous de deux ans d’ancienneté (quinze jours pour les entreprises de moins de onze salariés)

·         Diminution du délai pour saisir les prud'hommes (passage de 24 à 12 mois)

·         Simplification de la procédure de licenciement avec un droit à l'erreur pour l’employeur.

·         Diminution du périmètre géographique pour valider les licenciements économiques (périmètre maintenant limité à la France).

·         Mise en place d’une rupture conventionnelle collective permettant de contourner la mise en place d’un PSE (Plan de Sauvegarde de l’emploi)

 

 Un autre objectif de cette loi consiste à affaiblir les syndicats : ainsi pour les entreprises de moins de cinquante salariés il sera possible de signer des accords sans syndicats (ce qui génère un code du travail à deux vitesses), et pour toutes les entreprises l’employeur pourra convoquer des consultations, ouvertes à tous les salariés, pour contourner les syndicats.

 

 Enfin, le dernier objectif majeur consiste à abandonner le caractère légal de certaines dispositions pour les adapter à la carte, selon les branches ou les entreprises. Ainsi le champ des négociations au niveau des entreprises est étendu (notamment pour les primes), et de nombreuses dispositions qui dépendaient de la loi passent désormais au niveau de la branche (CDI de chantier, période d’essais du CDI, durée des CDD et condition de renouvellement des CDD, ...).

 

 Sinon, maigre consolation, l'indemnité légale de licenciement est augmentée (elle passe d’un cinquième du salaire mensuel par année d'ancienneté à un quart).

 

 Ainsi, cette nouvelle loi travail, en supprimant les protections permettant de limiter les licenciements abusifs, en généralisant les contrats de travail « à la tâche » et en affaiblissant les syndicats, propose une véritable régression sociale. Et même si cette réforme est dans la continuité des évolutions des vingt dernières années, elle marque un tournant, et ce pour deux raisons.

 D’abord, elle acte de faire supporter le poids des aléa économiques uniquement sur les salariés. Si les périodes de baisse d'activité font parti du cycle économique normal, la charge de ces périodes délicates devrait être partagée entre les différents acteurs : employeurs, actionnaires, salariés. Or cette loi, en simplifiant considérablement les licenciements, décharge les entreprises de toute responsabilité sociale et transforme les salariés en amortisseurs de conjonctures économiques, dans le but de garantir les rendements des entreprises.

 Ensuite, cette loi acte la mise en place d’un code du travail à plusieurs vitesses. Les personnes qui sont aujourd’hui en situation précaires voient leurs droits diminuer de façon plus importante que celles qui bénéficient d’emplois un peu plus stables. Il en découle la création d’un « précariat », composé de 10 à 15 % des citoyens. Le calcul cynique de la classe dirigeante consiste à penser que ce groupe ne pourra pas générer d'instabilité politique car, d'une part, son poids électoral est trop faible et, d'autre part, la peur du déclassement des autres classes garantie son isolement politique. L’exemple Allemand, qui pratique ce système depuis deux décennies, conforte cette vision.

 

 Il faut donc vraiment avoir peu de considération pour les salariés pour proposer une telle loi et il est légitime de s’interroger d’où vient ce mépris.

 

 Ce comportement illustre l’état de dislocation de la société française, où les classes dominantes, aveuglées par leur système idéologique, sont désormais incapables de la moindre empathie pour la France d’en bas. Ainsi, en abandonnant toute éthique pour l’économisme, ces élites, rongées par l’égoïsme, la cupidité, et la peur de la mondialisation, ne perçoivent plus les citoyens que comme des moyens de production à placer en première ligne pour gagner quelques euro de plus.

 

 Par ailleurs, les conséquences politiques de cette loi pourrait être catastrophique. En effet, cette réforme précarise aussi les emplois jusqu'ici plutôt préserver, qui deviennent ainsi bien moins protégé qu'en Allemagne. Or, avec un système hyper-flexible, l’avenir du pays devient plus chaotique. Car, contrairement à ce que l’on entend souvent, les salariés ne sont pas forcément en situation d’infériorité dans les négociations avec l’employeur. S’il y a de nombreux demandeurs d'emplois, effectivement les salariés se retrouvent en position de faiblesse, mais, si jamais il n’y a pas assez de demandeurs, ce sont les employeurs qui se retrouvent coincés. Ainsi, dans un marché complètement flexible, les intérêts des salariés et des employeurs divergent fortement : les employeurs vont chercher à augmenter la population active, via l’augmentation du départ de l’âge à la retraite, le renforcement du travail étudiant, l'augmentation de l’immigration économique, la mise en place de facilités pour délocaliser. De l’autre côté, les salariés vont chercher exactement l'inverse pour se protéger, ce qui devrait probablement se traduire politiquement par des montées populistes, similaires à ce que l'on connaît aujourd'hui aux États-Unis et au Royaume-Uni (stigmatisation des exclus, peur des immigrés, protectionnisme, ...).

 

 Cette loi est donc extrêmement néfaste et il est vital de la combattre, ce qui pose la question des modalités d'actions.

 Il faut d’abord utiliser les moyens traditionnels pour essayer de faire reculer le gouvernement. Mais il faut aussi voir plus loin et organiser une véritable résistance, en actant la volonté du patronat de se désengager de tout rôle social.

 Dans cette perspective il s'agirait de mettre en place un site Internet où toutes les entreprises seraient référencées avec des données objectives (nombre de salariés, nombre de licenciements abusifs, primes, …), des notes attribuées par chaque syndicat sur différents critères (répartition des richesses, dialogue sociale, hygiène et sécurité, …) et des commentaires ouvert aux salariés avec possibilité de noter. L'idéal serait que ce site soit géré directement par les syndicats. Le but étant de créer un rapport de force, en jouant sur l'image de l'entreprise. On peut aussi imaginer la mise en place de campagnes de boycott pour les mauvais élèves, ou encore la création d'un label « entreprise social ».

 Ensuite, il faut inciter les citoyens à s’orienter vers l’économie moins marchande, en soutenant par exemple les coopératives, à la fois sous l’angle du consommateur, de l’investisseur et du travailleur, ou encore en développant les systèmes monétaires alternatifs (monnaies libres).

 Enfin il faudrait que la gauche se rassemble pour endiguer l’effondrement moral des classes dominantes, en élaborant une alternative politique à la mondialisation néolibérale autre que celle proposée par les nationalistes.

 

 

 Avec ses nombreux reculs, cette nouvelle loi travail acte le renoncement des classes dominantes à protéger les salariés. Il est urgent de réagir contre cette alliance regroupant des haut-fonctionnaires et les représentants patronaux, avant que les ravages de cette réforme ne disloquent la société, déjà bien mal en point.

15 septembre 2017

 

Sur la colline du Pnyx, Emmanuel Macron se livre à une escroquerie majeure

Lors de son discours d’Athènes, le président français a voulu s’inscrire dans l’histoire millénaire en détournant le concept de souveraineté, analyse Pierre Lévy, rédacteur en chef du mensuel Ruptures

Texte publié en partenariat avec le site du mensuel Ruptures.

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Il s’est posé en successeur de Périclès – l’un des hommes d’Etat les plus illustres de l’antique Athènes. C’est donc du haut de la colline du Pnyx qu’Emmanuel Macron a prononcé son appel à «refonder l’Europe», le 7 septembre, en ouverture de sa visite d’Etat en Grèce. Et il est reparti du pays décoré de la Grand-Croix de l’ordre du Sauveur, ce qui a dû constituer un affront effroyable à sa modestie naturelle.

Le président français n’a pas manqué de s’indigner du sort réservé au peuple grec lors de la crise de l’euro : «Nous avons […] commis des erreurs multiples, qui ont reposé sur des mensonges […]. Mais qui a-t-on fait payer ? Les responsables politiques qui avaient menti ? Non, le peuple qui avait cru des mensonges.» L’ancien ministre français de l’Economie n’a pas précisé qui était ce «nous», ce «on», mais on devine qu’il ne plaide pas coupable à titre personnel.

Il s’exprimait devant un parterre trié sur le volet. On ne sait jamais, des fois qu’un ouvrier du port privatisé du Pirée ou un chômeur ait modérément apprécié cet accès de compassion. En fait, son public de cœur, c’était la jeunesse (au sein de laquelle il se situe volontiers) : «Notre génération, a-t-il déclamé, peut choisir de refonder l’Europe aujourd’hui.» Angela Merkel, 63 ans et en passe de gagner un quatrième mandat à la tête de l’Allemagne, appréciera la galanterie.

L’humilité n’est pas seulement une qualité personnelle de l’ancien banquier de chez Rothschild. A de nombreuses reprises, il n’a pas manqué de souligner que son Europe était «le sel» du monde (une expression qu’il n’utilisera pas moins d’une demi-douzaine de fois : «le sel de [notre] goût pour la cohésion sociale», «retrouver le sel de cette zone euro», «retrouver le sel de cette démocratie européenne»…).

Ainsi, pour l’orateur, «l’Europe est un des derniers havres où nous continuons collectivement de nourrir une certaine idée de l’Humanité, du droit, de la liberté, de la justice» ; un peu plus tard, il vantera «cette Europe (…) d’une convivialité et d’une civilité qui n’existe nulle part ailleurs» ; et d’interpeller son public derechef : «Y a-t-il un autre continent avec un tel attachement pour la liberté, la démocratie, les équilibres sociaux qui nous tiennent ensemble ?» Nul ne sait comment ces saillies ont été accueillies à Montréal, Dakar ou Tokyo. En outre, force est de constater que l’art oratoire présidentiel ne lésine pas sur les répétitions.

C’est en particulier le cas pour l’idée principale que le président français entendait marteler ce soir-là du haut de sa colline athénienne : il faudrait conquérir «la souveraineté européenne». Le mot de «souveraineté» n’apparaît pas moins de… 33 fois dans son texte. Une sorte de record d’Europe, avec des paragraphes entiers plusieurs fois réitérés presque à l’identique…

Emmanuel Macron croit sans doute à son destin jupitérien

Car pour Emmanuel Macron, nos «simples nations» sont désormais trop petites pour avoir quelque prétention en matière de souveraineté : cette dernière doit être «ouverte»…

Viser une «souveraineté européenne» relève de l’escroquerie politico-linguistique délibérée. En effet, l’expression est en réalité un oxymore, cette figure de style qui accole deux termes incompatibles, comme l’eau sèche ou l’obscurité lumineuse…

Car la capacité pour un peuple de décider collectivement ne peut exister que… s’il existe un peuple. Or il n’y a pas de peuple européen. Et, quoi qu’il en dise, monsieur Macron le sait fort bien. Il l’avoue du reste ingénument dans son propos puisqu’il martèle : «Nous ne nous battrons jamais assez pour que les Européens prennent conscience […] de ce socle commun». Manière de déplorer que les intéressés – les Italiens, les Allemands, les Français, les Espagnols, sans même évoquer les Slovènes… ou les Anglais – fassent preuve d’une mauvaise volonté désespérante à fusionner en un seul peuple (au sens politique du terme)…

Du coup, le président français propose d’organiser au premier semestre 2018 «des conventions démocratiques qui seront le temps durant lequel partout dans nos pays nos peuples discuteront de l’Europe dont ils veulent». Car pour lui, il est inacceptable qu’ils n’en veuillent aucune…

Reste que cette insistance repose sur une prise de conscience inquiète des classes dominantes : «Ce qui s’est passé en 2005, c’est qu’une page s’est tournée et nous ne l’avons pas vu tout de suite.» La référence est explicite aux «Non» français et néerlandais au projet de constitution européenne, de même qu’au choix du peuple britannique de quitter l’UE. Conclusion d’Emmanuel Macron : il faut une autre Europe.

Le problème est que la thèse, qui fait largement consensus au sein de la classe politique, est tout sauf nouvelle. Quelques semaines avant le référendum français de mai 2005, un certain Nicolas Sarkozy, qui allait entrer à l’Elysée deux ans plus tard, appelait à voter «Oui»… pour changer l’Europe.

Emmanuel Macron croit sans doute à son destin jupitérien. En attendant, en tentant de détourner le concept de souveraineté, il admet involontairement que l’attachement à cette dernière, au niveau national, reste fort parmi de nombreux peuples européens.

La Grand-Croix de l’ordre du Sauveur ne lui sera décidément pas de trop pour «sauver l’Europe»…

Pierre Lévy

 

Source: https://francais.rt.com/opinions/43094-sur-colline-pnyx-emmanuel-macron-livre-escroquerie-majeure

14 septembre 2017

 

Mailly désavoué : FO contre les ordonnances, ses principales fédérations manifesteront le 12 avec la CGT

Il n’aura pas fallu longtemps pour que Mailly, militant notoire du PS qui combat le mouvement social, soit désavoué par la commission exécutive de la confédération FO.

C’est que les syndicalistes de terrain de la centrale, à la différence d’une partie de son cercle dirigeant historiquement liée au PS et au pouvoir, n’ont pas oublié leurs combats de plusieurs mois avec la CGT, SUD, la FSU, pour le retrait de la Loi Travail dont les ordonnances Macron sont une dangereuse aggravation.

 

 

C’est que Macron a fait le pari de la division du front syndical, en s’appuyant au-delà de la très usée et totalement décrédibilisé CFDT sur Mailly. Symbole des symboles un des premiers actes de sa ministre Pénicaud – en plein scandale de la révélation de ses stock-options touchés alors qu’elle licenciait à tour de bras chez Danone comme DRH – aura été de recruter le bras droit de Mailly et négociateur FO directement à son cabinet.

Alors que la commission exécutive de FO a condamné les ordonnances et appelé à la lutte désavouant Mailly, les principales fédérations FO appellent à manifester dès le 12 septembre, tout comme une cinquantaine d’Union Départementale FO, c’est à dire la majorité des 95 unions départementale FO. La manoeuvre de Macron MEDEF est en train de faire long feu, seul Mailly y aura perdu son honneur.

Au-delà des positionnements des états-majors syndicaux, il est important de rappeler que c’est d’abord la responsabilité de chaque travailleur d’organiser sur son lieu de travail la mobilisation pour défendre ses droits. Avec la participation à toutes les initiatives, manifestations et grèves le 12 septembre, fête de l’Humanité, 23 septembre, préparation d’une grève générale reconductible… Et celà sans qu’il ne soit nécessaire d’attendre des décisions venues du haut des centrales. C’est bien ce principe que la plupart des fédérations FO et nombre d’union départementale FO appliquent en appelant sans attendre à la mobilisation, tous ensemble et en même temps, dès le 12 septembre.

C’est bien ce principe de la mobilisation générale, interprofessionnelle, public et privé, qui en guidant l’action et le mouvement social avait permis de faire émerger toutes les grèves et mouvement sociaux, qui comme en 1995 ou 2006, ont permis – faut-il le rappeler – aux travailleurs de gagner contre des projets anti sociaux ordonnées par Bruxelles MEDEF, déjà verrouillé et parfois même voté. A l’image du plan Juppé ou du CPE

 

FO rejette les ordonnances Macron et appelle à la mobilisation et à l’action.

Le Canard explique comment Mailly s’est vendu à Macron Gattaz

Dans sa résolution du 4 septembre à 28 voix pour et 5 contre, la commission exécutive de FO a désouvé publiquement Mailly et son soutien aux ordonnances Macron. Soulignant “nombre d’éléments constituants une régression sociale” “inacceptable, FO a décidé de voter contre les ordonnances de la Loi Travail XXL. Loin de voir les soi-disant “progrès” obtenus par Mailly, FO appelle à mener la bataille juridique contre les ordonnances d’une part, et à rejoindre l’action intersyndicale avec les autres confédérations syndicales, ordonnant au Bureau Confédéral d’examiner toute initiative – dont y compris la manifestation du 12 septembre avec la CGT – permettant de “développer les positions FO”, à savoir le rejet des ordonnances.

Nombre de travailleurs attendent désormais le passage du parole aux actes, rejetant ceux qui divisent le front syndicale pour se compromettre – à l’image des Notat et autres Chérèque et Le Paon grassement remercié de leur collaboration par le pouvoir – avec les présidents, ministres et autres patrons chef de file de la casse sociale des droits et salaires des travailleurs.

Les principales fédérations F0 appellent à la manifestation intersyndicale du 12 avec la CGT

La plupart des fédérations FO appellent à la mobilisation contre la Loi Travail XXL, y compris par la grève et la manifestation le 12 septembre au coté de la CGT, de SUD et de la FSU.

FO Equipement Environnement Transports, Services : “Public/Privé : les travailleurs attaqués sur tous les fronts”

Dans un communiqué du 1er septembre, la FEETS FO, l’une des principales fédérations de la Confédération FO appelle de façon on ne peut plus claire à la grève et la manifestation le 12 septembre, et à l’unité d’action public / privé.

Le bureau fédéral de la FEETS-FO réuni le 1er septembre 2017 constate que les mesures gouvernementales présentées poursuivent et aggravent la destruction des droits des salariés déjà engagée en 2016.

Les ordonnances relatives au code du travail

Ces ordonnances, loin de corriger les régressions de la loi travail que FO a combattue, vont encore plus loin et constituent une loi travail XXL notamment :

L’inversion de la hiérarchie des normes est accentuée, que ce soit par le transfert de la loi vers la branche ou de la branche vers l’entreprise. Les primes et indemnités négociables au niveau de l’entreprise et non de la branche accentueront le dumping social.
La précarité sera institutionnalisée à travers le contrat de chantier ou d’opération et la remise en cause du contrat de travail par accord collectif.

Les licenciements augmenteront avec la réduction des délais de recours, la simplification de la procédure et l’intégration des plans de départs volontaires à travers la rupture conventionnelle collective.
Le changement de périmètre du licenciement économique et la barémisation des indemnités prud’homales pour licenciement irrégulier ou sans cause réelle et sérieuse faciliteront ces derniers.

La fusion des institutions représentatives du personnel (IRP) concentrera les responsabilités syndicales sur un nombre limité de personnes transformant les salariés détenteurs de mandats syndicaux en co- gestionnaires d’entreprises sans réels moyens. La disparition du CHSCT aura un impact dramatique sur la santé et la sécurité des salariés. Inéluctablement, le CHSCT dans le secteur public sera aussi touché.

Enfin, les organisations syndicales sont directement attaquées : avec la possibilité ouverte de négociation par le nouveau comité social et économique et non les délégués syndicaux, par la négociation possible sans organisation syndicale dans les entreprises de moins de 50 salariés, par le référendum d’entreprise et par la diminution des salariés protégés avec la fusion des IRP.

L’augmentation de la CSG

L’augmentation de la CSG pour diminuer les cotisations sociales des salariés de droit privé a été décidée et conduira à :

• Diminuer le salaire brut des salariés de droit privé en remettant en cause le salaire socialisé. C’est la sécurité sociale qui est menacée.

• Réduire le pouvoir d’achat des fonctionnaires, des salariés des entreprises publiques et des retraités.

L’austérité à l’œuvre pour les fonctionnaires et agents publics

Une dramatisation de la situation budgétaire est orchestrée pour imposer une austérité sans précédent qui remettra en cause durablement les services publics. Les fonctionnaires et agents publics sont directement touchés :

Le point fonction publique est gelé, 
La journée de carence est rétablie en stigmatisant à nouveau les personnels,
Tous les services et établissements publics subissent des réductions d’emplois et de moyens désormais insoutenables.

Ce constat se suffit à lui-même. Nous ne ferons pas notre, la rhétorique qui consiste à se féliciter de se voir imposer le pire au motif d’avoir évité encore « plus pire ». Au-delà de s’inscrire dans la continuité de ces dernières décennies en matière de moins-disant social, les contre-réformes actuelles et à venir visent intégralement la destruction de notre modèle social et des acquis des luttes de ces deux derniers siècles.

L’austérité budgétaire et la déréglementation du travail sont les deux faces de la même politique antisociale appelée à se poursuivre avec les contre-réformes : chômage, formation professionnelle, retraites…

C’est pourquoi, comme dans un passé récent, la FEETS FO combattra ces mesures et appelle ses syndicats et sections syndicales à se mobiliser notamment le 12 septembre prochain à travers la grève et les manifestations.

 

Adoptée à l’unanimité moins 2 abstentions

 

Chimie : Ordonnances, FO appelle à participer aux grèves et manifestations, notamment le 12 septembre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ordonnances Macron et hausse de la CSG FO Énergie et Mines appelle à la grève le 12 septembre

Dès que le contenu exact des ordonnances a été connu, FO Énergie et Mines a exprimé clairement son opposition à ces textes qui remettent en cause des éléments fondamentaux du droit du travail (facilitation des licenciements économiques, plafonnement des indemnités prud’homales, fragilisation des institutions représentatives du personnel…).

Pas question pour FO Énergie et Mines de cautionner un texte qui va au-delà de la loi Travail 1 que nous avons déjà combattue.

La fragilisation du Code du travail impacte, en effet, durement toutes les branches y compris celles des IEG.

 

Parallèlement, le Gouvernement s’attaque au pouvoir d’achat des actifs et pensionnés des IEG au travers de l’augmentation de la CSG de 1,7 %.

 

La mobilisation dans l’unité, y compris dans le cadre de la journée d’action du mardi 12 septembre 2017, nécessite que nos structures s’organisent.

 

NOUS sommes Force Ouvrière,

NOUS sommes libres et indépendants

 

AGIR, NE PAS SUBIR, EST PLUS QUE JAMAIS LE MOT D’ORDRE DE RIGUEUR !

FO Transport appelle d’une même voix avec la CGT transport à la grève et la manifestation le 12 septembre

Appel commun des Fédérations Transports CGT/FO-UNCP a la mobilisation le 12 septembre

Les Fédérations des Transports CGT et FO-UNCP se sont rencontrées ce jour pour partager leurs premières analyses des ordonnances sur le droit du travail présentées ce matin.

Face à l’agression contre les droits des salariés, amplifiant les reculs sociaux de la loi El Khomri, les deux Fédérations appellent les salarié(e)s des Transports à une réponse massive.

Cette contre-réforme ne parle pas du travail, elle ne s’intéresse pas aux salarié(e)s et ne cherche pas à développer l’emploi. Elle vise uniquement à accroitre la rentabilité financière des grands groupes au seul profit des dividendes versés aux actionnaires et au détriment des droits des salarié(e)s, en les précarisant. C’est un projet totalement idéologique.

Les Fédérations des Transports CGT et FO-UNCP feront de la journée du 12 septembre la première journée de mobilisation (participation aux manifestations, arrêts de travail, piquets de grève dans les entreprises,…) pour exiger l’abrogation de la loi El Khomri et le retrait des ordonnances Macron.

A l’issue de cette journée, nous appelons les salarié(e)s à multiplier les assemblées générales dans les entreprises pour définir les modalités d’action pour la suite du mouvement social.

Les deux Fédérations des Transports FO-UNCP et CGT prendront leurs responsabilités en construisant le rapport de force aussi haut que nécessaire et en ne s’interdisant rien, afin d’aboutir à la satisfaction de leurs revendications.

Paris, le 31 août 2017

FO Fonction publique : ” l’heure est à la mobilisation”

Dans son communiqué du 4 septembre la puissante inter fédération de la fonction publique FGF FO appelle à la mobilisation contre les ordonnances :

Le Bureau Fédéral de la FGF-FO, réuni le 4 septembre 2017, rappelle sa totale opposition aux annonces du gouvernement dans la Fonction publique.

En confirmant le gel de la valeur du point d’indice pour 2018, la réduction du budget de l’action sociale, la réinstauration du jour de carence et la suppression de 120 000 postes, le gouvernement poursuit la dégradation des conditions de vie et de travail des fonctionnaires et agents publics et détériore ainsi la qualité du service public rendu à l’usager. Le licenciement de centaines de milliers de contrats aidés est également inadmissible. Pour la FGF-FO, ces emplois s’avèrent indispensables et doivent être immédiatement transformés en emplois statutaires.

De plus, la FGF-FO dénonce les annonces à venir concernant l’augmentation de la CSG qui pénalisera lourdement fonctionnaires et retraités. La déconnexion du point d’indice suivant les versants de la Fonction publique (Etat – Territorial – Hospitalier) est également inacceptable pour notre fédération.

Enfin, les récentes ordonnances sur la loi travail auront immanquablement des répercussions sur la Fonction publique, notamment sur les fusions d’instances représentatives du personnel (CHSCT, CT, voire CAP) ou la création du compte professionnel de prévention (remplaçant le compte personnel de prévention de la pénibilité, C3P). Rappelons-nous que le statut général des fonctionnaires a été modifié par les articles 41 et 44 de la loi El-Khomri (mettant notamment en place le CPA).

Face à ces nouvelles attaques contre le statut général des fonctionnaires et les droits et garanties collectives, le Bureau Fédéral de la FGF-FO engage l’ensemble de ses syndicats nationaux à se réunir pour organiser très rapidement la riposte dans la Fonction publique.

Dans le même temps, le Bureau Fédéral de la FGF-FO apporte tout son soutien aux structures FORCE OUVRIERE qui mènent le combat pour défendre les garanties collectives et les droits des salariés à tous les niveaux.

Fait à PARIS, le 5 septembre 2017

FO Enseignement et Culture : Retrait des ordonnances Macron contre le code du travail La FNEC FP-FO dépose un préavis national de grève pour le 12 septembre

La FNEC FP-FO a pris connaissance du contenu des ordonnances Macron sur le code du travail.

La FNEC FP-FO approuve la décision de la confédération FO de voter contre les ordonnances dans toutes les instances consultatives qui vont se tenir. Avec la commission exécutive confédérale FO, elle considère que « nombre d’éléments (de ces ordonnances) constituent une régression sociale et sont inacceptables ».

En effet, s’appuyant sur la loi El Khomri que nous avons combattue, les ordonnances Macron cherchent aujourd’hui à aller jusqu’au bout des exigences patronales de baisse du coût du travail et de destruction des garanties collectives des salariés.

Le MEDEF s’est immédiatement félicité. Et pour cause !

·         L’inversion de la hiérarchie des normes introduite par la loi El Khomri est étendue. L’accord de branche pourrait déroger à la loi sur les CDD, l’intérim ou les contrats de chantier : un encouragement pour précariser et flexibiliser tous azimuts. Entreprise par entreprise, des accords moins favorables que la loi ou l’accord de branche seraient possibles sur les primes, sur les congés…

·         Les CHS CT et toutes les instances représentatives du personnel sont supprimées et fusionnées pour affaiblir les organisations syndicales, remettre en cause leur liberté de négocier et de revendiquer dans l’objectif de les transformer en « associés » des décisions des employeurs.

·         La possibilité de négocier des accords dans les entreprises de moins de 50 salariés avec des élus non-syndiqués est une attaque directe contre les confédérations syndicales.

En 2016, c’est pour le retrait puis l’abrogation de la loi El Khomri que nous avons combattu.

En 2017, nous exigeons le retrait des ordonnances Macron.

La FNEC FP-FO appelle les personnels de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de Jeunesse et Sports, de la Culture, de l’AFPA à se mobiliser avec tous les salariés, du privé comme du secteur public, pour mettre en échec les projets d’ordonnance.

Pour la FNEC FP-FO, les ordonnances pour pulvériser le code du travail et les acquis collectifs sont une attaque contre tous les salariés, du privé et du public.

Elles forment un tout avec les mesures d’austérité et de régression décidées en plein été par le gouvernement : la hausse de la CSG qui menace la Sécurité sociale, le gel du point d’indice (pour la 8ème fois en… 8 ans) dans la Fonction publique et sa différenciation entre les 3 versants, la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires et de 166 000 contrats aidés…

Elles sont au programme du ministre de l’Éducation nationale qui dès cette rentrée renforce la territorialisation et l’autonomie des établissements dans tous les domaines contre les garanties statutaires des personnels de toutes les catégories, qui veut transformer le baccalauréat en diplôme d’établissement et qui vient de déclarer : « il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement ».

Ne rien laisser intact des garanties collectives et statutaires, les remplacer par l’arbitraire local et l’individualisation, c’est l’objectif poursuivi par le gouvernement. Il se concentre aujourd’hui dans les ordonnances contre le Code du travail, que le gouvernement ne manquera pas de transposer dans la Fonction publique.

Ce qui s’impose, c’est le rapport de force pour leur retrait.

La FNEC FP-FO appelle l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de Jeunesse et Sports, de la Culture, de l’AFPA, à se regrouper sur l’exigence de retrait des ordonnances Macron et à participer aux initiatives interprofessionnelles.

Elle soutient tous ses syndicats qui le 12 septembre, avec les Unions Départementales FO, appellent les personnels à faire grève et à manifester sur les positions Force Ouvrière.

 La FNEC FP-FO dépose un préavis de grève national pour le 12 septembre.

 

 

Source : https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/mailly-desavoue-fo-contre-ordonnances-principales-federations-manifesteront-12-cgt/

13 septembre 2017

 

 

A l’heure d’un regain de tension avec la Corée du Nord, retour sur la Corée du Sud et le miracle démasqué

Pour mieux comprendre les très fortes tensions avec la Corée du Nord, il est indispensable de connaître l’histoire des deux Corée depuis la seconde guerre mondiale et la guerre de Corée, connaître le rôle du Japon et des Etats-Unis dans la région et analyser les raisons du succès économique de la Corée du Sud,… Nous reproduisons une étude qu’Eric Toussaint a consacrée au soi-disant miracle sud-coréen. Elle est tirée de son livre Banque mondiale : le coup d’Etat permanent publié en 2006 (il est disponible en pdf gratuitement sur http://www.cadtm.org/Banque-mondiale-le-coup-d-Etat ).

La prétendue réussite de la Corée du Sud a été obtenue grâce à une politique opposée au modèle proposé par la Banque mondiale. Loin d’une accumulation vertueuse reposant sur les bienfaits du marché libre, le développement économique de la Corée du Sud a été permis par « une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » (J-P. Peemans). La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les États-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

Selon la Banque mondiale, la Corée du Sud constitue une indéniable réussite.

Si l’on s’en remet à la version de la Banque, les autorités du pays auraient recouru aux emprunts extérieurs de manière efficace, auraient attiré les investissements étrangers et les auraient utilisés pour mettre en place un modèle de développement réussi, basé sur la substitution des exportations. Le modèle d’industrialisation par substitution des exportations constitue l’alternative de la Banque mondiale (et d’autres) au modèle d’industrialisation par substitution d’importations (qui implique de fabriquer sur place les produits auparavant importés). La Corée, plutôt que de produire ce qu’elle importait, aurait adapté ses activités exportatrices à la demande du marché mondial tout en réussissant à favoriser les industries qui fournissent un pourcentage élevé de valeur ajoutée. Elle aurait remplacé des exportations de produits à peine transformés (ou des matières premières) par des marchandises dont la fabrication aurait requis une technologie avancée. Selon la Banque, l’État coréen serait intervenu de manière modeste pour soutenir l’initiative privée et garantir le libre jeu des forces du marché. En réalité, la voie coréenne à l’industrialisation et à la croissance soutenue contredit très largement la version de la Banque.

Je précise d’emblée que je ne considère pas du tout la Corée comme un modèle à suivre, et ce pour des raisons éthiques, économiques et sociales. La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les États-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

La prétendue réussite coréenne a été obtenue grâce à plusieurs facteurs. Les principaux sont une très forte intervention de l’État (celui-ci a dirigé le processus d’une main de fer), un soutien financier (sous la forme de dons) et technique très important des États-Unis, la réalisation dès le départ d’une réforme agraire radicale, l’application d’un modèle d’industrialisation par substitution d’importation pendant 25 ans se muant progressivement en substitution d’exportation (le second n’aurait pas été possible sans le premier), l’utilisation permanente de la répression à l’égard du mouvement ouvrier (interdiction de syndicats indépendants), la surexploitation des paysans et des ouvriers, le contrôle de l’État sur le secteur bancaire, l’application d’une planification autoritaire, un contrôle strict sur les changes et sur les mouvements de capitaux, la fixation des prix par l’État pour une large gamme de produits, la bienveillance des États-Unis qui ont toléré de la part de la Corée ce qu’ils refusaient à d’autres pays. L’État coréen a aussi réalisé un important effort en termes d’éducation, ce qui a permis de fournir aux entreprises une main d’œuvre très qualifiée.

Ajoutons que la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car le pays a évité la convoitise des transnationales et celle des États-Unis. Ceux-ci considéraient la Corée comme une zone stratégique du point de vue militaire face au bloc dit communiste, pas comme une source cruciale d’approvisionnement (ce qui est le cas du Venezuela, du Mexique ou des pays du Golfe persique). Si la Corée avait été dotée de fortes réserves de pétrole ou d’autres matières premières stratégiques, elle aurait été considérée comme une zone d’approvisionnement et n’aurait pas bénéficié de la même marge de manœuvre pour se doter d’un puissant appareil industriel. Les États-Unis ne sont pas prêts à favoriser délibérément l’émergence de concurrents puissants dotés à la fois de grandes réserves naturelles et d’industries diversifiées.

Le contexte politique et géostratégique

Un accord américano-nippon signé en 1905 définit les zones d’influence respectives du Japon et des États-Unis dans le sud-est asiatique. Aux États-Unis reviennent les Philippines qu’ils avaient conquises en 1902. Taiwan (annexée dès 1895) et la Corée reviennent notamment au Japon. En 1910, le Japon annexe la Corée. Le Japon fit de la Corée un grenier agricole, puis une sorte d’annexe à tout faire de l’industrie japonaise. Lorsque l’impérialisme japonais est défait à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il abandonne en Corée des installations modernes en matière de transports et d’électricité, une industrie relativement importante, allant du textile à l’armement en passant par la chimie et la construction mécanique, ainsi qu’un système bancaire complet. Mais l’industrie en Corée ne constitue pas un ensemble cohérent car elle a été construite pour répondre aux besoins du Japon. L’industrialisation concerne principalement le nord de la Corée (la future Corée du Nord) tandis que le sud est à dominante agraire. La bourgeoisie est particulièrement peu développée car la domination japonaise ne lui a laissé que très peu de place. En comparaison de l’Argentine à la même époque, la Corée est un pays qui est nettement défavorisé en termes de développement industriel.

En vertu des accords de Yalta de février 1945 entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS, et en particulier la partie qui fixait les conditions d’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon, la Corée devait être occupée par les troupes soviétiques au nord du 38eparallèle et par celles des États-Unis au Sud de cette ligne |1|. Les troupes soviétiques arrivent les premières, en août 1945, et sont accueillies en libératrices. Elles sont accueillies par un vaste mouvement de libération anti-japonais qui s’est doté d’un réseau de comités populaires qui constituent la base du nouvel appareil d’État. Cet État réalisa rapidement une série de réformes nationales, démocratiques et anticapitalistes. Parmi les mesures qui rencontrèrent un puissant écho populaire figurait une réforme agraire radicale. L’évolution ultérieure du régime de la Corée du Nord et sa dégénérescence bureaucratique et autoritaire ne doit pas faire oublier les succès économiques du début.

Au sud du pays, les choses se déroulent différemment. Les troupes américaines ne débarquent que le 8 septembre 1945, six jours après la capitulation des troupes japonaises et deux jours après la proclamation à Séoul, par une assemblée nationale des comités populaires anti-japonais, d’une république populaire de Corée. Ce nouveau pouvoir avait déjà, avant l’arrivée des troupes américaines, désarmé les Japonais, libéré les prisonniers politiques et arrêté les collaborateurs. Cependant quand les nationalistes se présentent à l’état-major américain pour proposer leur collaboration, leur pétition affronte une fin de non-recevoir. Le 9 septembre est mis en place le Gouvernement militaire des États-Unis en Corée (U.S. Military Government in Korea – USAMGIK) qui constituera l’autorité principale jusqu’en 1948. En février 1946, l’état-major américain met en place un gouvernement civil coréen sous tutelle du Gouvernement militaire des États-Unis en Corée. Ce gouvernement civil est présidé par Syngman Rhee, homme politique de droite revenu en Corée en octobre 1945, après avoir passé 39 des 41 années précédentes aux États-Unis. Comme force politique coréenne, Washington préfère placer au pouvoir gouvernemental le Parti démocratique coréen (KDP), un parti anti-communiste formé légalement durant l’occupation japonaise, pour représenter les intérêts des classes possédantes coréennes. Bientôt, le KDP subit un ravalement de façade hâtif sous le nom de Parti libéral. Aux côtés de Syngman Rhee, on trouve donc d’anciens collaborateurs des occupants japonais et l’appareil du nouvel État conserve en grande partie les cadres du temps de la colonie, notamment en ce qui concerne les forces répressives. Une CIA coréenne est créée et porte de manière significative le nom de KCIA (Korean Central Intelligence Agency). Elle laisse encore aujourd’hui un souvenir sinistre dans la mémoire collective.

Le régime mis en place par les États-Unis est très impopulaire. En 1946 et en 1948, la protestation prend la forme de soulèvements populaires très durement réprimés. Le Conseil général des syndicats coréens (GCKTU), dirigé par les militants du Parti communiste, compte plusieurs centaines de milliers de membres et est à la tête des manifestants. Il subit de plein fouet la répression et finit par être interdit en 1948. La répression se poursuit après 1948, la commission des Nations unies sur la Corée signale en août 1949 que dans les huit mois précédant le 30 avril 1949, 89.710 personnes ont été détenues en vertu du ‘Décret pour la protection de la paix nationale’. Les pertes en vies humaines se chiffrent en milliers, voire en dizaines de milliers. Plusieurs leaders historiques de la lutte anti-japonaise n’ayant pas d’attache avec les communistes sont assassinés par le régime de Syngman Rhee.

Lorsqu’en 1948, la division du pays est institutionnalisée avec la création de la République de Corée au sud du 38e parallèle, une très large majorité des forces politiques du pays y est opposée. Quand éclate la guerre de Corée en juin 1950, l’avancée rapide des forces nord-coréennes au sud n’est que très partiellement due à des raisons militaires. C’est en partie la conséquence logique de l’absence de soutien populaire réel au régime de Syngman Rhee. Selon l’histoire officielle de la guerre de Corée de l’armée américaine, l’armée sud-coréenne ‘s’est désintégrée’ |2|. On assiste à des désertions en masse.

La guerre fait rage pendant trois ans et met le monde au bord d’une troisième guerre mondiale. L’armée des États-Unis intervient massivement avec l’appui de ses alliés occidentaux, 300 000 soldats occidentaux sur mandat de l’Organisation des Nations Unies |3| combattent aux côtés de l’armée sud-coréenne. Ils affrontent l’armée nord-coréenne et un fort contingent chinois (les estimations varient entre 500 000 et 850 000 hommes). Le bilan en vies humaines : trois millions de morts dans la population coréenne. Au cours de la guerre, le régime de Syngman Rhee recourt à une répression féroce contre la gauche sud-coréenne. Certaines sources mentionnent le chiffre de 100 000 exécutions ou assassinats de militants opposés au régime |4|. L’armistice du 27 juillet 1953 ramène les troupes des deux camps pratiquement à leur point de départ, de part et d’autre du 38e parallèle.

Bourgeoisie coréenne sous tutelle de l’État

Laissé en possession d’une industrie arriérée et d’un système financier autrefois aux mains des Japonais |5|, le gouvernement de Syngman Rhee s’en sert, avec la bénédiction du Gouvernement militaire des États-Unis en Corée (USAMGIK), pour récompenser et consolider la loyauté de la couche de possédants qui constituent sa clientèle politique. Les nouveaux industriels prospèrent, non pas grâce à leurs propres investissements, car ils n’ont guère de capitaux propres, mais grâce aux revenus de l’impôt et surtout aux subsides des États-Unis que la dictature leur redistribue largement. Une politique rigoureusement protectionniste les met de surcroît à l’abri de la concurrence étrangère. Plus tard, la dictature de Park Chung Hee (1961-1979) créera des conglomérats industriels et financiers, les chaebols.

Premier constat  : la bourgeoisie coréenne se développe à l’ombre de l’État. Celui-ci la tient en tutelle et la protège.

L’aide financière extérieure en provenance des États-Unis

Fait totalement escamoté par la Banque mondiale, la Corée n’a pas du tout recouru à l’emprunt extérieur durant les 17 années qui ont suivi la seconde guerre mondiale et, par la suite, elle n’a emprunté que très modérément jusqu’en 1967.

Entre 1945 et 1961, la Corée n’emprunte pas et ne reçoit aucun investissement étranger. Selon les critères de la Banque et de la pensée néoclassique, une telle situation constitue une anomalie.

Par contre, pendant la même période, elle reçoit sous forme de dons de la part des États-Unis plus de 3100 millions de dollars |6|. Cette somme représente tout l’apport extérieur reçu. Le montant est tout à fait considérable : c’est plus du double de ce que le trio Belgique/Luxembourg/Pays-Bas a reçu pendant le Plan Marshall, un tiers de plus que ce que la France a reçu, 10% de plus que la Grande Bretagne. Pour reprendre la comparaison du chapitre 4 sur une période plus longue, les dons reçus par la Corée entre 1945 et 1961 sont supérieurs au total des prêts effectués par la Banque mondiale à l’ensemble des pays en développement ayant accédé à l’indépendance (colonies non comprises).

A partir de 1962, la Corée emprunte mais (supprimer : très) modérément. Entre 1962 et 1966, les dons des États-Unis constituent encore 70% du total des capitaux entrés dans le pays, les emprunts représentant 28% et les investissements étrangers 2%. Ce n’est qu’à partir de 1967 que les entrées de capitaux prennent principalement la forme d’emprunts à l’égard des banques étrangères, principalement japonaises. Et les investissements étrangers ne deviennent importants qu’à partir de la fin des années 1980 alors que la Corée a déjà réussi son industrialisation.

Deuxième constat : l’industrialisation initiale de la Corée n’a pas du tout dépendu des emprunts extérieurs et des investissements étrangers.

Réforme agraire et action coercitive de l’État sur les paysans

À l’issue de la seconde guerre mondiale, la partie sud de la Corée est encore un pays fondamentalement agraire. La population rurale représente 75% de la population totale jusqu’au début des années 1950.
Les autorités militaires états-uniennes d’occupation procèdent alors à une réforme agraire radicale afin de contrer l’influence communiste |7|. Les grands domaines fonciers expropriés sans indemnisation aux Japonais |8| et avec indemnisation aux grands propriétaires terriens coréens sont démantelés et la masse des paysans se retrouve propriétaire de modestes parcelles de terre |9| (la propriété ne pouvait dépasser 3 hectares par famille ! |10|). L’État est intervenu de manière active et coercitive. La rente que les paysans versaient autrefois aux grands propriétaires a été remplacée par des taxes et des impôts à verser à l’État. En fait, l’État met la main sur le surplus agricole que s’appropriaient auparavant les propriétaires fonciers. L’État impose aux paysans un volume de production à atteindre pour certains produits. Cette quantité doit être fournie aux organismes étatiques à un prix fixé par les autorités. Le prix est très bas, souvent il est inférieur au coût de revient |11|. On estime que « le prix d’achat du riz, jusqu’en 1961, ne permettait pas aux paysans de couvrir l’ensemble de leurs coûts de production et qu’ils sont restés largement inférieurs aux prix du marché jusqu’en 1970. Jusqu’en 1975, les offices de commercialisation publics contrôlaient au moins 50% des quantités de riz mises sur le marché et ce montant atteignait 90% pour l’orge » |12|.

En résumé, en échange de l’accès à la propriété de la terre, la paysannerie coréenne libérée des grands propriétaires fonciers a dû travailler pour l’État.

Troisième constat : l’État est intervenu de manière despotique en imposant une réforme agraire radicale basée notamment sur l’expropriation sans indemnisation des grands propriétaires japonais. La réforme agraire a été entreprise pour couper l’herbe sous les pieds des communistes. Les paysans se sont retrouvés soumis à une très forte contrainte de la part de l’État.

Utilisation du surplus agricole au profit des villes et de l’industrialisation

L’État qui fixe les prix à l’achat (aux paysans) et à la vente (aux consommateurs) fournit les aliments à prix subventionné -donc bas- (à commencer par le riz) à des secteurs sociaux qu’il considère comme stratégiques, notamment l’énorme bureaucratie d’État.
Par ailleurs, mettre le bol de riz à la portée de la population urbaine et notamment du prolétariat industriel naissant permet de maintenir des coûts salariaux à un niveau plancher.
En outre, les impôts et taxes payés par les paysans sont utilisés par l’État pour des investissements dans les infrastructures de communications, l’électricité et l’industrie.
Comme le dit Jean-Philippe Peemans, à propos de l’effort imposé aux paysans : « Il ne s’est agi en rien d’une accumulation vertueuse reposant sur les vertus du marché, mais bien d’une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » |13|.

Quatrième constat : l’État ne permet pas le libre jeu des forces du marché pour fixer les prix, il les fixe d’autorité.

Cinquième constat : l’État fait peser une très lourde charge fiscale sur les paysans. Les néolibéraux dénoncent habituellement la « rage taxatoire » de l’État. La Corée du Sud en offre un bon exemple.

L’utilisation de l’aide financière extérieure

Deux sources principales alimentent les caisses de l’État coréen : les taxes et impôts (principalement en provenance des paysans) et l’aide extérieure fournie par les États-Unis. Il faut préciser que jusqu’en 1961, une partie de celle-ci est fournie en nature au gouvernement de Séoul et est constituée de surplus agricoles des États-Unis (cela représente environ 40% de l’aide). Cette partie ne rentre évidemment pas dans les caisses de l’État. Le reste alimente en cash les caisses de l’État et est utilisé pour payer les importations achetées aux États-Unis. Une partie de ces importations est constituée de biens d’équipement qui servent à l’industrialisation du pays. 71% des investissements effectués par l’État sont financés jusqu’en 1961 grâce à l’aide des États-Unis |14|. Il convient également de prendre en compte une part non négligeable de l’aide militaire qui représente plus de 1 500 millions de dollars |15|. Une grande partie a servi à la construction de routes, de ponts et d’autres infrastructures qui étaient utilisées pour la production industrielle. Enfin, il faut ajouter les commandes du corps expéditionnaire états-unien au Vietnam – au début des années soixante-dix, celles-ci représentaient à elles seules 20 % des exportations sud-coréennes.

Sixième constat : la Corée du Sud a bénéficié d’une aide extérieure massive de la part des États-Unis. Seuls quelques autres pays ont reçu le même type de traitement : Taiwan en particulier et Israël.

Industrialisation par substitution d’importation

Le développement industriel des années 1950 est essentiellement organisé autour de la production de biens de substitution aux importations, afin de satisfaire les besoins du marché intérieur, notamment dans l’agro-alimentaire et le textile. Ces deux secteurs représentent 55% de la production industrielle en 1955. L’industrie était centrée sur la transformation du coton et la production sucrière et de farine de riz. Le secteur manufacturier ne représentait encore que 10% du PNB en 1955.

Septième constat : la Corée applique une politique d’industrialisation par substitution d’importation dans les années 1950 qui sera renforcée dans les années 1960.

La politique économique de la dictature militaire de Park Chung Hee (1961-1979) |16|

La dictature corrompue de Syngman Rhee fut renversée par le soulèvement urbain initié en avril 1960 par les étudiants. Un profond courant de centralisation politique se développa rapidement au sein des masses urbaines mobilisées sous le mot d’ordre central de « l’unification pacifique de toute la Corée » lancé et mis en avant par le mouvement étudiant depuis la fin 1960.

Le coup d’arrêt des mobilisations est porté par le coup d’État du général Park Chung Hee qui met en place une dictature militaire. Celle-ci renforce encore l’intervention étatique dans l’économie. Le nouveau régime nationalise l’ensemble du système financier, des plus grandes banques à la plus petite compagnie d’assurance, pour en faire le bras séculier de son intervention dans l’économie.

A partir de 1962, le financement extérieur évolue progressivement mais les dons restent la source principale jusqu’en 1966. Les États-Unis poussent la Corée à renouer des relations économiques avec le Japon. Le Japon passe un accord de dix ans (1965-1975) qui prévoit une aide économique de 500 millions de dollars dont 300 millions sous forme de dons.

La Corée contracte son premier prêt auprès de la Banque mondiale en 1962 et signe un premier accord avec le FMI en 1965 (sous pression des États-Unis). La volonté de collaboration de la dictature coréenne avec la Banque repose sur des objectifs plus politiques qu’économiques. A posteriori, Mahn-Je Kim, qui a été vice-Premier ministre, ministre des Finances et ministre de la Planification économique sous la dictature de Chun Doo Hwan dans les années 1980 |17| et qui est devenu ensuite président d’une entreprise sidérurgique (POSCO), se félicite des bonnes relations avec la Banque mondiale et tire un bilan positif du régime militaire. Il écrit sans détour que la Banque a aidé le dictateur Park à gagner du soutien tant sur le plan international que national : “Une telle reconnaissance par la Banque – la principale autorité parmi les organisations internationales de développement – a eu une influence positive sur les relations internationales de la Corée mais plus encore au niveau national. En effet, cette reconnaissance a pleinement justifié l’existence d’un gouvernement dictatorial aux yeux de l’opinion publique coréenne puisqu’il était au service du développement économique » |18|. On ne peut être plus clair sur la complicité de la Banque mondiale avec la dictature.

Le général Park Chung Hee cherche à gagner de l’autonomie à l’égard de Washington en matière de politique économique. Le recours aux prêts de la Banque mondiale à partir de 1962, puis surtout à l’égard des banques étrangères privées à partir de 1967, fait partie de cette volonté de diminuer progressivement la dépendance de la Corée à l’égard du financement provenant du gouvernement des États-Unis. Cela arrange également Washington qui à partir de 1963 prend des mesures pour limiter les sorties de dollars des États-Unis.

Huitième constat : la Banque mondiale soutient la dictature de Park Chung Hee qui utilise cet appui à des fins internes et externes pour consolider sa position.

Le général Park Chung Hee met en place une politique d’industrialisation accélérée sous la direction d’une planification autoritaire. Le premier plan quinquennal est lancé en 1962. La Corée applique un protectionnisme strict tant à l’égard de sa production agricole (interdiction d’importation de riz) qu’industrielle. A la moitié de la décennie 1960, la Corée est déjà dotée d’industries légères qui alimentent le marché intérieur et gagnent des parts de marché à l’extérieur. Il s’agit essentiellement de produits réalisés par une industrie qui utilise beaucoup de main d’œuvre à bas coût et qui transforme ou assemble des biens importés. La dictature veut modifier radicalement la situation en consolidant l’industrialisation. Elle renforce d’abord le modèle d’industrialisation par substitution d’importation. La Corée va tenter de produire elle-même ce qu’elle importait. Pour ce faire, à partir de la fin des années 1960, elle se dote d’une industrie lourde de production d’acier et de biens d’équipement (machines-outils, chaîne de montage, turbines) ainsi que d’une industrie pétrochimique. Le régime de Park ne s’arrête pas là, il veut également tourner la production vers l’exportation.

L’État favorise le développement de chaebols, vastes conglomérats, créés à partir d’un nombre limité de sociétés privées sélectionnées par Park pour constituer le fer de lance de la nouvelle industrie.

Ces chaebols sont connus aujourd’hui dans le monde entier : Samsung, Hyundai, Lucky Goldstar, Daewoo |19|, Kia, etc. Les chaebols ont bénéficié année après année d’apports financiers de l’État considérables et pratiquement gratuits. Les emprunts effectués (au taux du marché) par le régime ou par ses banques, essentiellement auprès des banques américaines, avant que le Japon prenne la première place dans les années 1970, fournirent aux chaebols des sources de capitaux frais quasi inépuisables, à des taux d’intérêt défiant toute concurrence, voire parfois à fonds perdus. A tout cela vinrent s’ajouter les subventions directes de l’État. Celui-ci, dans les faits, prit en main la direction de l’économie, par l’intermédiaire d’un Bureau de la planification économique. Et il dirigea d’une main de fer tous les choix de développement faits par les chaebols.

Les plans quinquennaux se succèdent. Au cours du premier plan quinquennal (1962-1966), la priorité est donnée au développement de l’énergie, des engrais, du textile, du ciment. Le second (1967-1971) met l’accent sur les fibres synthétiques, la pétrochimie et l’appareillage électrique. Le troisième (1972-1976) est centré sur la sidérurgie, les équipements de transport, l’électroménager, la construction navale.

Neuvième constat : l’État planifie d’une main de fer le développement économique du pays. D’une certaine manière, c’est lui qui crée la classe capitaliste coréenne.

Les réticences de la Banque mondiale

Au départ, la Banque mondiale considère que la volonté de la Corée de se doter d’une industrie lourde est prématurée |20| et elle tente d’en dissuader les autorités, sans succès. Face à l’insistance de Séoul et soucieuse de garder une influence dans le pays, elle change son fusil d’épaule et appuie la politique d’industrialisation par substitution d’importation. A cette époque, Robert McNamara est devenu président de la Banque (1968) et son économiste en chef, Hollis Chenery, ne s’oppose pas à ce que les PED recourent à la substitution d’importation |21|.

Les arguments des Coréens sont les suivants :

1) il faut se doter d’une industrie lourde (métal, pétrochimie) et fabriquer les biens d’équipement afin d’alimenter nous-mêmes notre industrie légère, réduire nos importations et améliorer notre balance des paiements ;

2) sur le marché mondial, des nations concurrentes peuvent rapidement gagner des parts de marchés à notre place car elles peuvent produire les mêmes marchandises que nous à moindre coût en utilisant une main d’œuvre moins payée que la nôtre. C’est pourquoi il faut que nous nous dotions d’une industrie lourde pour diversifier nos exportations vers des produits à plus grande valeur ajoutée incorporant plus de composants réalisés par nous-mêmes. Les autres nations auront beaucoup de difficultés à nous concurrencer dans ce domaine ;

3) outre le développement de l’industrie lourde, nous allons faire un gros effort en matière de technologie et nous allons investir de manière croissante dans l’éducation supérieure et dans la recherche ;

4) au départ, notre industrie lourde ne sera pas compétitive face à des concurrents étrangers qui auraient accès à notre marché intérieur, il faut donc que nous protégions nos industries naissantes et fermions nos frontières aux concurrents étrangers ;

5) l’État doit utiliser l’argent public pour financer et contrôler tout cela.

Au milieu des années 1970, alors que la Corée réussit à se doter d’une puissante industrie lourde, la Banque mondiale recommence à émettre des doutes sur la stratégie suivie. La Banque considère que la Corée est trop ambitieuse et elle suggère de réduire l’effort dans ce secteur |22|. Ces recommandations ne seront pas suivies par les autorités coréennes.

L’exemple le plus spectaculaire de cette politique fut le programme de développement des industries lourdes de 1977-1979. Pendant deux ans, 80 % de tous les investissements de l’État y furent consacrés. Son financement fut assuré par un accroissement colossal de l’endettement de l’économie, celui de l’État comme celui des banques et des entreprises privées, mais également par le gel de tous les fonds de retraite et l’utilisation forcée d’une partie de l’épargne privée |23|.

Mahn-Je Kim décrit en langage diplomatique, non sans une certaine ironie, l’attitude des économistes de la Banque :“Il faut souligner la souplesse des économistes de la Banque mondiale. C’étaient des économistes néoclassiques typiques mettant en avant la suprématie du marché et ils ont grandement contribué à convaincre les représentants du pouvoir coréen du bien-fondé des idéaux de l’économie de marché. En général, ce n’étaient pas des économistes dogmatiques et ils savaient comment faire coïncider la doctrine avec les contraintes du monde réel » |24|. Mahn-Je Kim se réfère à la période qui va jusqu’au début des années 1980.

Dixième constat : La Corée du Sud refuse de suivre les recommandations de la Banque mondiale.

Transformations sociales de 1960 à 1980

Au cours de la dictature de Park Chung Hee, la société coréenne du Sud change profondément. La population urbaine passe de 28% en 1960 à 55% en 1980. La population de la capitale Séoul a doublé entre 1964 et 1970, passant de 3 à 6 millions d’habitants. En 1980, elle frôle les 9 millions. La structure de la population active est radicalement modifiée. En 1960, 63% travaillent dans l’agriculture, 11% dans l’industrie et les mines et 26% dans les services. Vingt ans plus tard, les proportions sont modifiées de la manière suivante : 34% dans l’agriculture, 23% dans l’industrie et les mines et 43% dans les services. En 1963, le pays compte 600.000 travailleurs dans l’industrie, en 1973, ils sont 1,4 million et en 1980, plus de 3 millions dont la moitié sont des ouvriers qualifiés. Ils sont soumis à un degré d’exploitation extrême : en 1980, le coût salarial de l’ouvrier coréen représente le dixième du coût salarial de l’ouvrier allemand, 50% du coût salarial de l’ouvrier mexicain, 60% de l’ouvrier brésilien. Un des ingrédients du miracle coréen, c’est la surexploitation de la main d’œuvre industrielle. La semaine de travail de l’ouvrier coréen en 1980 est la plus longue dans le monde entier. Il n’y a pas de salaire minimum légal. Après l’écrasement du syndicat Conseil général des syndicats coréens (GCKTU) entre 1946 et 1948, les salariés n’ont plus droit à un véritable syndicat. Le régime de Syngman Rhee a créé en 1946 avec le soutien des États-Unis (et de la centrale syndicale américaine AFL-CIO) la Fédération coréenne des syndicats (FKTU), seule confédération syndicale légale en Corée du Sud jusque dans les années 1990. La FKTU est une simple courroie de transmission de la dictature et du patronat. La classe ouvrière est largement muselée, en tout cas jusqu’aux années 1980.

En plus de la classe ouvrière d’usine, d’autres acteurs sociaux s’affirment. En 1980, il y a 100 000 ingénieurs, 130 000 techniciens. La population de l’enseignement supérieur a explosé : près d’un million d’étudiants dans ce type d’enseignement en 1980.

Onzième constat : La structure sociale entre 1960 et 1980 a profondément changé et s’est rapprochée de celle des pays industrialisés.

Douzième constat : La dictature empêche la classe ouvrière de se doter de syndicats et la réprime durement. Un des ingrédients du « miracle » coréen est la surexploitation des ouvriers.

De la dictature de Park Chung Hee à celle de Chun Doo Hwan

Tout au long de la dictature de Park, malgré la répression, de grands mouvements de protestation éclatent chroniquement dans lesquels les étudiants jouent un rôle de premier plan. C’est notamment le cas des grandes manifestations en 1965 contre la signature du traité entre le Japon et la Corée et en 1972 contre la proclamation de la loi martiale et la nouvelle Constitution qui octroie au dictateur de rester en poste jusqu’à sa mort.
Des manifestations étudiantes durement réprimées dans la ville de Pusan, en octobre 1979, déclenchent une crise de régime qui se solde par l’assassinat de Park Chung Hee, le 26 octobre. Park tombe sous les balles de son collaborateur le plus proche, Kim Jae Kyu, alors directeur de la KCIA (Agence centrale de renseignement sud-coréenne). Une grande manifestation étudiante dans la cité industrielle de Pusan, le 16 octobre, a dégénéré en affrontement avec la police le lendemain. Le gouvernement Park a aussitôt proclamé l’état d’urgence dans cette ville, envoyant une division d’infanterie. Malgré cette mesure, les manifestations s’étendent à d’autres villes comme Masan, une autre ville industrielle, où se trouvent de nombreuses entreprises exportatrices. De nombreux ouvriers se sont engagés dans des actions de rue. Park déclare aussi l’état de siège à Masan. Pendant les quatre jours d’affrontement, ce sont 4 207 personnes qui sont arrêtées. Les manifestations étudiantes s’étendent à la capitale, Séoul |25|. Le chef de la KCIA juge qu’en se débarrassant de Park, il est possible de sauver la situation.

Au lendemain de la mort du général Park, l’armée est divisée : un secteur laisse miroiter la perspective d’une certaine « libéralisation » du régime. Les mobilisations se poursuivent. Début décembre 1979, la plupart des détenus politiques (dont certains purgeaient de très longues peines de prison) sont libérés. Le 12 décembre, coup de théâtre, le major-général Chun Doo Hwan réussit un putsch au sein de l’armée, il fait arrêter son principal rival le général Ching et prend le contrôle total de l’armée. Les mobilisations se poursuivent. Le 14 avril 1980, Chun Doo Hwan qui conserve ses fonctions de chef de l’armée est nommé directeur de la KCIA par le chef de l’Etat. Les mobilisations se poursuivent.

Le retour à la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une répression brutale est déclenchée : tous les dirigeants de l’opposition sont arrêtés. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l’insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.

Immédiatement après la proclamation d’une nouvelle loi martiale, le 18 mai 1980, plusieurs milliers d’étudiants de l’université de Chonam à Kwangju descendent dans la rue. Des régiments de parachutistes sont envoyés et assassinent des manifestants, dont des jeunes filles, à la baïonnette (voir encadré en bas d’article). Le lendemain, plus de 50 000 personnes commencent à affronter les soldats. Au cours des combats, plus de 260 d’entre elles sont tuées. Après quatre jours de lutte acharnée, le nombre des insurgés atteint 200 000 dans une ville dont la population est d’environ 750 000. Ils prennent finalement le contrôle de la ville toute entière. Les stations de radio sont incendiées par les manifestants rendus furieux par le fait qu’aucune information n’a été donnée sur leur lutte en raison de la censure imposée par la loi martiale. Les insurgés se saisissent des armes abandonnées par les troupes repliées à l’extérieur et s’organisent en comités de contrôle et d’administration de la ville. Le 23 mai, c’est la province de Cholla au sud de la Corée qui est toute entière aux mains des étudiants et de la population insurgée. Les étudiants de Kwangju s’emparent de bus et de camions et, les armes à la main, se rendent d’une ville à l’autre permettant ainsi l’extension du mouvement. Alors que de nouvelles troupes gouvernementales approchent de Kwangju, les insurgés constituent un comité de crise afin de négocier avec les autorités chargées d’imposer la loi martiale. Ils exigent de ces autorités qu’elles présentent des excuses au peuple de Kwangju pour les atrocités commises, qu’elles versent des indemnités pour les blessés et les morts, qu’elles n’exercent pas de représailles après les événements, que les chefs militaires ne déplacent pas les troupes avant qu’un règlement n’intervienne. Malgré ces négociations, les troupes, environ 17 000 hommes, prennent d’assaut la ville à l’aube du 27 mai et l’occupent. Le nombre des morts du côté des étudiants et des habitants de la ville dépasse plusieurs centaines |26|. La répression s’est faite avec la bénédiction de l’armée américaine et de Washington |27|. Dans les mois qui suivent, la répression touche tout le pays. Selon un rapport officiel daté du 9 février 1981, plus de 57 000 personnes ont été arrêtées à l’occasion de la ‘Campagne de purification sociale’ engagée depuis l’été 1980. Près de 39 000 d’entre elles ont été envoyées dans des camps militaires pour une ‘rééducation physique et psychologique’ |28|. En février 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est reçu à la Maison Blanche par le nouveau président des Ėtats-Unis, Ronald Reagan |29|.

Washington a permis les massacres de mai 1980

Les forces armées de la République de Corée sont placées sous le commandement conjoint américano-coréen, lui-même sous le contrôle du commandant en chef des forces US en Corée du Sud. Seuls le commandement de la garnison de la capitale et un secteur des parachutistes placés sous l’autorité directe du président échappent à cette règle. Le gros des forces armées de la République de Corée ne peut être mobilisé sans la permission du commandant en chef des forces états-uniennes. Au moment du soulèvement de Kwangju, au mois de mai 1980, les troupes de la garnison de la capitale étaient utilisées pour le maintien de l’ordre à Séoul et les unités de parachutistes étaient envoyées à Kwangju. S’il y avait alors eu de nouveaux soulèvements – d’ampleur analogue ou supérieure à celui de Kwangju – le gouvernement n’aurait pu y faire face : il n’avait plus de forces en réserves placées sous son autorité directe.

C’est pour cela que le gouvernement des États-Unis, en réponse à une demande du gouvernement sud-coréen, a rapidement rendu disponible une partie des troupes placées sous le commandement conjoint. L’envoi à Kwangju de la 31e division, le 19 mai, ne fut possible qu’ainsi. Et, au moment de l’assaut final, quatre régiments – soit 7 800 hommes – furent soustraits au commandement conjoint pour être envoyées à Kwangju. De plus, le porte-avions américain Coral Sea, qui faisait route vers le Moyen-Orient, reçut l’ordre de cingler vers la péninsule coréenne.

Quand les étudiants de Kwangju envoyèrent un message désespéré au président démocrate Jimmy Carter |30| pour lui demander d’intervenir en défense de leurs droits, les États-Unis ont ignoré cet appel sous prétexte qu’ « il n’avait pas été transmis par les canaux officiels  ». Mais qu’est-ce que des « canaux officiels » dans le cas d’une ville assiégée ? Le Washington Post du 1er juin 1980, rapporte qu’un important fonctionnaire américain a déclaré : « Ce n’est pas une question de droits de l’homme. C’est une question qui relève de l’intérêt national des États-Unis dans la réalisation et le maintien de la stabilité en Asie du Nord-Est. »

À souligner que le gouvernement japonais se rangea, lui aussi, aux côtés de Chun Doo Hwan, contre le peuple coréen.

Treizième constat : Un puissant mouvement social anti-dictatorial avec à sa tête les étudiants affronte la dictature. Après l’assassinat de Park (octobre 1979) et un court intermède démocratique, une nouvelle dictature féroce s’installe en déclenchant une répression sanglante en mai 1980 soutenue par Washington et par Tokyo.

La politique économique du dictateur Chun Doo Hwan (1980-1987)

Après l’assassinat du dictateur Park Chung Hee en 1979 et la mise en place de la dictature du général Chun Doo Hwan, l’orientation économique ne change pas fondamentalement. La Corée qui s’est endettée fortement au cours des années 1970 auprès des banques étrangères, principalement japonaises, subit plus durement que les autres PED le choc de la hausse brutale des taux d’intérêt car elle a largement emprunté à taux variables. En 1983, la Corée du Sud est quatrième sur la liste des pays les plus endettés en chiffres absolus (43 milliards de dollars), elle n’est précédée que par le Brésil (98 milliards), le Mexique (93 milliards) et l’Argentine (45 milliards). Mais, encore une fois, sa position géostratégique lui donne droit à un traitement différent de celui des autres pays en développement. Le Japon vient à la rescousse en versant à la Corée 3 milliards de dollars (au titre des réparations de guerre) que celle-ci utilise pour maintenir le remboursement de la dette à l’égard des banquiers japonais. Cela lui évite de devoir faire appel au FMI et de se plier à ses conditions draconiennes |31|. De son côté, le gouvernement japonais évite ainsi la faillite de certaines de ses banques et obtient de la Corée du Sud de plus grandes facilités d’investissement.

Quatorzième constat : Contrairement à la version de la Banque mondiale, le recours massif à l’endettement externe auprès des banques privées a failli coûter très cher à la Corée du Sud. Si celle-ci n’avait pas occupé une place géostratégique de toute première importance aux yeux des Etats-Unis et du Japon, elle aurait pu connaître le sort de pays comme l’Argentine, le Brésil et le Mexique qui ont dû se soumettre aux conditions du FMI. Comme on le verra dans la suite, elle a pu continuer à suivre une voie partiellement indépendante de développement jusqu’aux années 1990.

La Corée est aussi affectée par le second choc pétrolier de 1979 (hausse du prix du pétrole provoquée par la révolution iranienne et le renversement du Shah) mais encaisse le coup. Le contrôle autoritaire sur l’économie est maintenu : le gouvernement impose aux industries de fabriquer tel produit plutôt que tel autre. Il décide de restructurer l’industrie de production de véhicules de transport et charge deux chaebols de produire des automobiles.

La Banque mondiale s’oppose à cette orientation et recommande au contraire à la Corée d’abandonner la production de véhicules finis en se concentrant sur la production de pièces détachées destinées à l’exportation. La Banque explique que les voitures coréennes ne se vendront pas.

Les autorités coréennes tiennent tête. Résultat : au milieu des années 1980, la firme coréenne Hyundai (contrôlée à 100% par du capital privé coréen soutenu par les pouvoirs publics) réussit à exporter ses voitures aux États-Unis et à y conquérir de substantielles parts de marché !

A l’époque, la Banque a définitivement tourné la page des concessions à l’égard du modèle d’industrialisation par substitution d’importation. En 1981, sous l’administration Reagan, les derniers économistes favorables à une intervention de l’État sont remplacés par des néolibéraux purs et durs avec Anne Krueger comme économiste en chef. Celle-ci a écrit quelques années auparavant un livre sur la Corée pour démontrer la supériorité de la substitution d’exportation sur la substitution d’importation |32|. La volonté de Séoul de produire des automobiles pour l’exportation s’inscrit dans une démarche agressive de substitutions d’exportation et, en principe, elle devrait être fermement soutenue par la Banque. Ce n’est pas le cas car la décision de Séoul menace l’industrie automobile des États-Unis. La limite de la grande flexibilité des économistes de la Banque est vite atteinte lorsque les intérêts des États-Unis sont en jeu.

Quinzième constat : Le régime de Chun Doo Hwan refuse une nouvelle fois de suivre les recommandations de la Banque mondiale et gagne son pari contre elle. La Banque maintient cependant son soutien à la dictature car elle veut à tout prix tenter de l’influencer. De leur côté, les États-Unis commencent à se méfier de l’appétit des entreprises sud-coréennes.

Vers la fin de la dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987)

En 1979-1980, dans de nombreuses entreprises, des ouvriers cherchent à se doter de syndicats. L’enjeu est la formation de nouveaux syndicats « indépendants », défiant ouvertement la politique de collaboration de la direction de la FKTU, tout en étant obligés de s’y affilier conformément à la loi. Suite à la répression déclenchée par Chun Doo Hwan, une centaine de sections locales de la FKTU sont dissoutes, 191 permanents sont licenciés et certains sont envoyés dans des camps.

Dans ce mouvement de création des syndicats indépendants, le rôle moteur a été joué par des jeunes, ouvriers ou étudiants contestataires, qui ont choisi de s’établir en usine pour poursuivre la lutte politique entamée à l’université.

Le mouvement étudiant a commencé à relever la tête en 1983-1984 et connaît un processus non seulement de radicalisation mais aussi de politisation en profondeur. De début 1986 à mai 1986, 166 000 étudiants ont participé à des manifestations |33|. L’importance du mouvement dans les universités |34| est reflétée par le fait que ce sont les étudiants qui constituent la grande majorité des prisonniers politiques (800 étudiants sur 1 300 détenus politiques).

Dans les usines, les ouvriers reprennent le combat à partir de 1985. Pour la première fois, une grève importante éclate dans un chaebol, l’entreprise Daewoo Motors. Elle est couronnée de succès et un nouveau syndicat indépendant est créé.

Le 12 février 1986, une campagne de pétition est lancée à Séoul par le Nouveau Parti démocratique de Corée (NKDP) pour changer la Constitution (l’objectif est de permettre l’élection par suffrage direct du président et non par un collège électoral). Dans les mois suivants, une série de rassemblements mobilisent des dizaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Les étudiants participent de manière autonome au mouvement démocratique en mettant en avant des mots d’ordre radicaux tels que ‘A bas la dictature militaire’, ‘Contre la présence dans le pays des 40.000 soldats US’ et pour une ‘Constitution populaire’.

Le 29 novembre 1986, le régime fait investir la ville de Séoul par 50 000 policiers afin d’empêcher la tenue d’un rassemblement du NKDP. Le régime applique la force de l’État contre l’opposition mais cette politique échoue car une lame de fond traverse toutes les couches de la société pour les revendications démocratiques. Les négociations entre dictature et opposition sur les procédures électorales n’aboutissent pas. Le gouvernement est affaibli par les suites politiques de l’assassinat d’un étudiant dans un commissariat. Dans cette situation, toutes les forces d’opposition, dont la nouvelle coalition issue d’une scission du NKDP, appellent à une manifestation le 10 juin 1987. La veille, la police a interpellé 3 000 personnes, mis en résidence surveillée 140 dirigeants de l’opposition, déployé des dizaines de milliers de policiers. Rien n’y fait : le 10 juin et les jours suivants, la protestation s’étend à tout le pays, des affrontements massifs atteignent un tel niveau que le régime commence à reculer : les élections présidentielles directes sont acquises |35|. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu’elle lâche du lest.

Du côté des usines, le mouvement ne se limite pas à la perspective des urnes.

Les travailleurs sud-coréens s’engouffrent dans la brèche ouverte par la victoire du mouvement de masse de juin 1987 dont le fer de lance fut constitué par les étudiants.

L’été 1987 voit la Corée du Sud secouée par une vague de grèves sans précédent. Entre le 17 juillet et le 25 août, on dénombre 1 064 conflits du travail |36| alors que la moyenne annuelle des dix années précédentes s’établit à 200 conflits |37|. Tous les secteurs de l’économie sont touchés, y compris les chaebols (24 000 ouvriers des chantiers navals de Hyundai, 15 000 mineurs de charbon, etc.). Les luttes sont marquées par une forte combativité : occupation des entreprises et même des locaux de direction, blocage des voies ferrées et occupation des gares, refus de la tactique du lock-out patronal… Les conflits aboutissent à des augmentations de salaire significatives et la reconnaissance de syndicats indépendants et démocratiques.

En 1988, on compte déjà 2 799 syndicats démocratiques. En 1989, on dépasse les 7 000. En janvier 1990 est fondé le Congrès des syndicats coréens, qui devient quelques années plus tard la Confédération des syndicats coréens (KCTU). Pourtant, jusque dans les années 2000, la création d’une confédération syndicale est un acte illégal.

Sur le plan politique, en 1988, des élections au suffrage universel sont organisées pour la première fois en Corée. Mais l’opposition est divisée et présente trois candidats différents, « les trois Kim » : Kim Youngsam, Kim Daejung et Kim Jongpil. Le général Roh Taewoo, candidat soutenu par le président sortant et qui était à ses côtés lors du putsch de 1979 et lors du massacre de Kwangju en mai 1980, est élu.

Seizième constat : Pressé de toutes parts par des mouvements de contestation, dans un contexte de montée en puissance d’une classe ouvrière jeune et combative, la dictature lâche du lest face à l’opposition et organise les premières élections libres. Washington a fini par mettre la pression. Face à la division de l’opposition, le candidat de la dictature remporte les élections mais les luttes se développent dans les usines.

Le tournant des années 1990

Des années 1980 à la moitié des années 1990, la Corée accumule les succès en terme de conquêtes de position dans la production industrielle : de la construction de bulldozers au matériel informatique en passant par les chantiers navals (elle devient dans les années 1980 le deuxième constructeur mondial de navires, devancé seulement par le Japon). La Corée réussit à concurrencer les transnationales des États-Unis et d’Europe dans plusieurs domaines.

Pendant la même période, la Chine est devenue un partenaire de Washington, elle a arrêté depuis longtemps son soutien aux mouvements qui, dans différents pays, menaçaient la stabilité des alliés des États-Unis et est entrée à la Banque mondiale en 1980. De son côté, Moscou sous Gorbatchev a passé des accords géostratégiques à la fin des années 1980 avec Washington, le mur de Berlin est renversé en 1989 et l’URSS implose en 1991. La guerre froide prend fin.

La situation politico-militaire internationale héritée de la seconde guerre mondiale, de la victoire de la révolution chinoise de 1949 et de la guerre de Corée de 1950-1953 a fondamentalement changé. Washington considère qu’il vaut mieux dorénavant ne pas s’entêter à soutenir des dictatures affirmées confrontées à de puissants mouvements d’opposition et à la fronde sociale. Face à des mobilisations qui sont prêtes à aller jusqu’au bout, il vaut mieux lâcher du lest (comme en juin 1987) et sauver l’essentiel : des rapports privilégiés avec le régime qui remplace la dictature. De plus, il est plus efficace d’avoir un gouvernement démocratique pour appliquer l’agenda néolibéral car cela évite d’affronter une jonction entre opposition démocratique et mouvement social opposé au néolibéralisme.

En 1992, à la suite d’une fusion entre le parti au pouvoir et de deux partis de l’opposition, Kim Youngsam, l’ancien opposant modéré, est élu avec le soutien de Roh Taewoo. Kim Youngsam est le premier président civil depuis 32 ans, mais il dépend du soutien des militaires et se range résolument du côté de Washington |38|. Enfin, son agenda est clairement néolibéral.

La Corée occupe toujours une place militaire stratégique mais le gouvernement des États-Unis, qui maintient dans le pays 37 000 soldats, ne considère plus nécessaire de laisser autant de marge de manœuvre à l’appétit économique de la Corée du Sud. Il faut ramener ses prétentions à une dimension modeste. Washington met la pression sur la Corée et utilise différents instruments parmi lesquels des protections tarifaires aux États-Unis contre les produits coréens. Washington demande à la Corée de suivre les recommandations de la Banque mondiale et du FMI et obtient partiellement gain de cause. En témoigne, le rapport de la mission envoyée en Corée par le FMI en novembre 1996 et le procès-verbal qui en résulte à la suite d’un débat entre dirigeants du FMI. En voici des extraits.

1) De la suppression des barrières douanières ou d’autres formes de limites aux importations : « Depuis 1994, les autorités ont progressivement démantelé les obstacles à l’importation et réduit les droits de douane conformément à l’accord de l’Uruguay Round |39|. L’octroi de licences d’importation est désormais automatique sauf pour un petit nombre de produits risquant de menacer la santé ou la sécurité publique » |40|.

2) De la privatisation : « Au cours des dix dernières années, les autorités ont partiellement appliqué deux programmes de privatisation des entreprises publiques. Le programme mis en place en décembre 1993 prévoyait, pendant la période 1994-1998, la privatisation de 58 des 133 entreprises publiques. Au milieu de 1996, 16 entreprises avaient été privatisées » |41|.

3) De la libéralisation des mouvements de capitaux : « Les administrateurs du FMI se sont aussi félicités de la libéralisation récente des mouvements de capitaux. Bien que quelques administrateurs aient souscrit à la démarche progressive en ce domaine, un certain nombre d’autres estiment qu’une libéralisation rapide et intégrale offre de nombreux avantages au stade de développement économique où se trouve la Corée ».

Dix-septième constat : Washington a progressivement modifié sa politique à l’égard des dictatures alliées à partir de la deuxième moitié des années 1980 dans un contexte de fin de guerre froide. Ce tournant a été appliqué au Brésil dans la deuxième moitié des années 1980, aux Philippines en 1986, en Corée du Sud en 1987, il sera également appliqué au cours de la décennie suivante en Afrique du Sud en 1994, progressivement au Chili, en Indonésie en 1998. Du point de vue des États-Unis, le bilan est positif, les intérêts essentiels ont été sauvegardés. En effet, que serait-il arrivé si Washington s’était entêté à soutenir jusqu’au bout toutes les dictatures alliées secouées par des mouvements de masse ? Ce tournant de Washington n’est pas général. A l’égard des pays arabes, Washington maintient son appui aux dictatures à commencer par l’Arabie saoudite.

La crise économique asiatique de 1997 et ses suites

Entre 1990 et 1996, par leurs luttes, les travailleurs sud-coréens ont obtenu une augmentation de 66% de leur salaire réel |42|. Impressionnant. L’agenda néolibéral rencontre en Corée du Sud, comme ailleurs, une résistance des ouvriers. Le 26 décembre 1996 éclate la première grève générale qu’ait connue le pays depuis 1948. Les travailleurs s’opposent à une réforme du code du travail visant à faciliter les licenciements. Après 24 jours de grève, ils obtiennent un succès. La réforme du code du travail est reportée. La KCTU sort renforcée du conflit.

Les succès importants des travailleurs sont remis en cause à la faveur de la crise qui éclate en 1997. Le patronat prend sa revanche.

De plus, ce que les États-Unis et les autres puissances industrielles ont obtenu par la négociation jusqu’en 1996 est approfondi par la crise de 1997 provoquée par une vague spéculative d’attaques contre les monnaies du Sud Est asiatique et de la Corée. Cette spéculation est facilitée par les mesures de libéralisation des mouvements de capitaux mentionnées plus haut. Arrivant des pays du Sud-Est asiatique (la Thaïlande est la première à avoir été touchée en juillet 1997), la crise frappe brutalement la Corée du Sud à partir de novembre 1997. Entre novembre 1997 et le 8 janvier 1998, la monnaie coréenne, le won, se déprécie de 96,5% par rapport au dollar américain. En décembre 1997, le gouvernement de Séoul se soumet aux conditions imposées par le FMI (tandis que la Malaisie s’y refuse) |43|.

Un véritable réaménagement structurel est mis en œuvre : fermeture de nombreux établissements financiers, licenciements massifs, autonomisation de la banque centrale par rapport au gouvernement, augmentation brutale des taux d’intérêt (ce qui plonge l’industrie locale et les travailleurs dans la récession), abandon de grands projets d’investissements, démantèlement de certains grands conglomérats coréens (les chaebols), ventes de certaines entreprises aux transnationales des pays les plus industrialisés. La modification du code du travail coréen qui avait été reportée suite à la grève générale de janvier 1996 est adoptée. Elle permet de recourir à des licenciements massifs. La cure néolibérale imposée à la Corée est radicale. Le pays est plongé dans une récession profonde (chute de 7% du PIB en 1998).

Les prêts accordés par le FMI, la Banque mondiale et les banques privées comprennent tous une prime de risque. Ces institutions engrangent donc de plantureux revenus lors des remboursements. Les dizaines de milliards de dollars prêtés à la Corée ont été immédiatement utilisés pour rembourser les banques. Tous les participants au « plan de sauvetage » sont remboursés grâce aux revenus d’exportations et aux coupes claires dans les dépenses publiques. Une partie croissante des recettes fiscales sert à payer la dette extérieure. La dette publique de la Corée croît de manière spectaculaire à cause de la prise en charge par l’État des dettes des entreprises privées. La dette publique qui représentait 12% du Produit intérieur brut avant la crise a quasi doublé en pourcentage, passant à 22,2% fin 1999.

L’augmentation de la dette publique sert de prétexte pour mener de nouvelles coupes claires dans les dépenses sociales et pour pousser plus loin le programme des privatisations et d’ouverture au capital étranger.

Les mesures imposées visent également à imposer une défaite aux travailleurs coréens dont les organisations s’étaient renforcées dans les années antérieures. Le salaire réel du travailleur coréen a baissé de 4,9% en 1998 suite à la crise.

Les mesures d’ouverture commerciale renforcée touchent également de plein fouet les paysans sud-coréens qui multiplient les résistances dans le pays et entreprennent d’envoyer régulièrement des délégations de manifestants à l’étranger lors des sommets de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : Cancun en septembre 2003, Hong-Kong en décembre 2005.
Pour la Banque mondiale, la Corée est aujourd’hui un pays développé. Mais tant de luttes restent encore à mener.

Éric Toussaint

Éric Toussaint, porte-parole du CADTM international (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, www.cadtm.org), est maître de conférence à l’université de Liège. Il est l’auteur de Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Edition Al Dante, Marseille, septembre 2013 ; Banque mondiale : le coup d’Etat permanent, Edition Syllepse, Paris, 2006, téléchargeable : http://cadtm.org/Banque-mondiale-le-coup-d-Etat Voir également Eric Toussaint, Thèse de doctorat en sciences politiques présentée en 2004 aux universités de Liège et de Paris VIII : « Enjeux politiques de l’action de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international envers le tiers-monde », http://cadtm.org/Enjeux-politiques-de-l-action-de Eric Toussaint est coauteur avec Damien Millet de 65 Questions, 65 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Liège, 2012 (version en téléchargement libre sur internet : http://cadtm.org/65-questions-65-reponses-sur-la,8331 ) ; La dette ou la vie, coédition CADTM-Aden, Liège-Bruxelles, 2011. Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoit-le-prix-du-livre

Notes

|1| Cette partie s’inspire notamment de David Cameron, « Corée du Sud, Un miracle fragile », Inprecor, n° 228, 20 octobre 1986.

|2| Roy E. Applemanb, South to the Naktong, North to the Yalu, Washington, 1961, p. 18.

|3| Les États-Unis obtiennent un mandat de l’ONU pour intervenir contre la Corée du Nord. Le corps expéditionnaire commandé par Washington comprend des soldats de 16 pays. Comment se fait-il que le Conseil de sécurité de l’ONU en arrive là alors que la Chine et l’Union soviétique en sont membres permanents avec droit de veto ? Depuis que la Chine populaire a été exclue du Conseil de Sécurité et des Nations Unies après la victoire de la révolution chinoise, c’est le représentant du régime anticommuniste de Taiwan dirigé par le général Tchang Kai Chek qui obtient le droit de représenter la Chine de 1949 à 1971. Il vote au Conseil de Sécurité pour l’intervention en Corée. L’Union soviétique, elle, dans le contexte de la guerre froide, a décidé de mener la politique de la chaise vide, elle ne participe pas au Conseil de Sécurité et ne peut donc pas exercer son droit de veto contre l’intervention en Corée.

|4| Le chiffre de 100.000 morts est tiré du livre de Gregory Henderson, à l’époque diplomate en Corée, The Politics of the Vortex, Harvard, 1968.

|5| Avant 1945, plus de 90% de l’investissement total dans l’économie coréenne, agriculture mise à part, étaient détenus par les Japonais.

|6| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 25. Voir également US Overseas Loans and Grants (Greenbook) http://qesdb.cdie.org/gbk/index.html

|7| “La réforme a également éliminé le dernier problème sur lequel la gauche aurait pu se baser pour espérer un soutien important des populations rurales de Corée ». Cole, David C. and Princeton N. Lyman. 1971. Korean Development, The Interplay of Politics and Economics, Cambridge, Havard University Press, p. 21 cité par Krueger, Anne O. 1979, p. 21.

|8| 40% des terres cultivées étaient en possession des Japonais.

|9| Le même type de réforme a été appliqué à Taiwan.

|10| Krueger, Anne O. 1979. Studies in the modernization of the Republic of Korea : 1945-1975. The Development Role of the Foreign Sector and Aid, Council on East Asian Studies Harvard University, Cambridge, Massachusetts and London, England, p. 20. Voir également : Sarah Sugarman, “Land Rights and Establishing Desirable Production and Consumption Outcomes for Agricultural Households”, October 2, 2002
www.reed.edu/ sugarmas/LandRights&a…

|11| Pour augmenter leurs revenus, les paysans accroissent fortement leur productivité et le volume de la production notamment vers des produits dont les prix restaient libres (fruits par exemple).

|12| Voir Peemans, Jean-Philippe. 2002. Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Academia- Bruylant/L’Harmattan, Louvain-la-Neuve/Paris, p. 373.

|13| Voir Peemans, Jean-Philippe. 2002, p. 374.

|14| Bank of Korea, National Accounts (1987) cité par Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 25.

|15| Selon Mahn-Je Kim, entre 1953 et 1961, l’aide militaire des États-Unis sous forme de dons s’est élevée à 1561 millions de dollars. Selon US Overseas Loans and Grants (Greenbook) http://qesdb.cdie.org/gbk/index.html, le montant atteint 1785 millions de dollars.

|16| Pour une analyse du régime de Park Chung Hee, voir notamment Paik Nak-chung, discours à l’occasion de l’ouverture de la conférence internationale des Études coréennes tenue à l’Université de Wollongong, Australie, 10-13 novembre 2004 sur le thème « L’ère Park : une nouvelle évaluation après 25 ans ». La conférence de Paik Nak-chung est disponible en français, en anglais et en coréen : http://www.korea-is-one.org/article… Voir aussi le site de la maison d’édition Changbi : http://www.changbi.com/english/html… Paik Nak-chung, directeur de la maison d’édition coréenne Changbi a été victime de la répression durant la dictature de Park. Changbi a été fermée sous la dictature du général Chun Doo Hwan, de 1980 à 1987.

|17| Il a également occupé des fonctions ministérielles dans les années 1990 pendant la présidence de Kim Young Sam

|18| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, Devesh, Lewis, John P., Webb, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 46. « Such recognition from the Bank – the world’s most authoritative international developement organization – positively influenced Korea’s international relations, but was even more important domestically. It provided a powerful and persuasive justification to the Korean public for the existence of a dictatorial government devoted to economic development”.

|19| Pierre Rousset décrit en 1984 l’évolution fulgurante du groupe Daewoo : « Il emploie à lui seul 70 000 employés, alors qu’il n’a été formé que voilà 17 ans à partir d’une petite entreprise textile. Grâce au soutien de Park Chung Hee, Kim Woochong a constitué un empire dans le commerce, la construction navale, le bâtiment, l’automobile, le textile, la finance, les télécommunications, l’électronique, l’habillement. Il possède à Pusan la plus grande usine textile du monde et à Oskpo un chantier naval ultramoderne. Il ouvre des chantiers considérables au Moyen-Orient. Il investit aujourd’hui dans les semi-conducteurs », Rousset, Pierre. « La Corée du Sud, second Japon ? » in Croissance des jeunes nations, numéro 265, Paris, octobre 1984.

|20| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 33

|21| Voir chapitre « Le développement selon la Banque mondiale » dans Eric Toussaint, « Banque mondiale : Le coup d’État permanent. L’agenda caché du Consensus de Washington », CADTM – Syllepse- Cetim, Liège – Paris – Genève, à paraître en mai 2006.

|22| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 35

|23| Voir Lutte de Classe, N°26, Mars 1997, « Corée du Sud – Du mythique « miracle économique » aux traditions de lutte de la classe ouvrière »

|24| Mahn-Je Kim, “The Republic of Korea’s successful Economic Development and the World Bank” in Kapur, p. 35. « The flexibility of the WB economists should be emphasized. They were typical neoclassical markets economists, and they contributed greatly to the indoctrination of Korean officials with the ideals of the market economic system. The Bank’s economists in general were not dogmatic and knew how to harmonize textbook principles with real-world constraints”.

|25| Voir Jun Yasaki « La crise du régime sud-coréen et le soulèvement de Kwangju, in Inprecor n° 80, 26 juin 1980, p. 25

|26| Les chiffres concernant le nombre de pertes en vie humaines du côté des manifestants varient fortement. L’estimation la plus faible, celle des autorités, mentionne le chiffre de 240 morts. D’autres sources mentionnent de mille à deux mille morts. Le New York Times du 28 mai 1980 affirme que 50 parachutistes ont été tués au cours d’un seul combat (voir Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35-39).

|27| Jun Yasaki « La crise du régime sud-coréen et le soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 80, 26 juin 1980, p. 25 et Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35-39.

|28| Kim Chang Soo « Le Soulèvement de Kwangju », in Inprecor n° 97, 16 mars 1981, p. 35

|29| Ronald Reagan a présidé les Ėtats-Unis de 1981 à 1988.

|30| Jimmy Carter a été président des États-Unis de 1977 à 1980. Au cours de son mandat, plusieurs alliés de Washington tombent ou sont déstabilisés : le Shah s’enfuit en février 1979 devant une révolte populaire, le dictateur Anastasio Somoza est renversé en juillet 1979 par la révolution sandiniste, la dictature coréenne est déstabilisée d’octobre 1979 à mai 1980. C’en était trop, il fallait à tout prix garder cet allié stratégique. Pourtant, Jimmy Carter se faisait le chantre des droits de l’homme en politique internationale.

|31| “La Corée du Sud a également bénéficié d’une aide spéciale du gouvernement japonais au motif formel de réparations. Le fait que le traité mis sur pied après la guerre était resté lettre morte pendant de nombreuses années ne tracassait aucune des deux parties. Le gouvernement japonais savait très bien qu’un don de trois milliards de dollars à la Corée pour lui permettre de continuer à rembourser sa dette extérieure élevée bénéficierait à long terme aux intérêts des entreprises japonaises qui avaient des investissements dans le pays et des participations dans des entreprises coréennes. Alors que la crise de la dette s’étendait, le gouvernement coréen n’a jamais eu besoin de négocier avec les banquiers étrangers ou le FMI » “South Korea also got special help from Japan under the formal guise of reparations. The fact that the postwar treaty had been a dead letter for many years did not worry either party. The Japanese government was aware that putting up $3 billion to help Korea service its large foreign debt was going to be in the long term interests of the many japanese companies with investments and joint ventures in Korea. The results was in subsequence phase of the debt crisis, the Korean government never had to negotiate with foreign bankers or with the IMF.” In Strange Susan, Rival States, Rival Firms, Competition for World Trade Shares, CSRI, 1991, p. 46.

|32| Krueger, Anne O. 1979. The Development Role of the Foreign Sector and Aid, Council on East Asian Studies Harvard University, Cambridge, Massachusetts and London, England, 256 p.

|33| Chiffres annoncés par Kang Min Chang, chef de la police nationale. Cité dans Korea Communiqué Bulletin, numéro spécial juillet 1986.

|34| Prise d’assaut du campus de Konkuk, le 31 octobre 1986 par exemple.

|35| David Cameron, « La classe ouvrière prend la relève » in Inprecor n° 248, 7 septembre 1987, Paris, pp 4-5

|36| Chiffres du ministère du Travail cités dans International Herald Tribune, 26 août 1987

|37| « De juillet à septembre 1987, le nombre de grèves atteindra 3.372 », Hermann Dirkes, « Le nouveau mouvement syndical » in Inprecor n° 281, 6 février 1989.

|38| En octobre 1995 éclate en Corée le plus gros scandale que ce pays a connu depuis la fin de la guerre, il éclabousse trois présidents successifs. Sur l’accusation d’un parlementaire de l’opposition, l’ancien président de la République Roh Taewoo (1987-1993) est arrêté pour avoir reçu 369 millions de dollars en pots-de-vin. Son prédécesseur Chun Toowhan (1980-1987) connaît le même sort. Kim Youngsam se trouve dans une situation embarrassante : il a en effet été élu grâce au soutien de Roh Taewoo. Il a reconnu avoir touché de l’argent lors de sa campagne électorale. Le monde industriel n’est pas en reste : la plupart des chaebols sont mouillés d’une manière ou d’une autre par ce scandale.

|39| Le dernier cycle de négociation du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) est appelé Uruguay Round. Il a donné lieu notamment à la mise en place de l’OMC qui a remplacé le GATT à partir de 1995. Le GATT avait été créé en 1948 après le sabordage de l’Organisation Internationale du Commerce (créée sur papier en 1947 lors de la conférence de La Havane) par les États-Unis.

|40| Fonds monétaire international. 1997. Rapport annuel 1997, Washington DC, p. 60.

|41| Idem. p. 61.

|42| CNUCED, 2000c, p 65-66 cité par Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. Chapitre 17, p. 477.

|43| J’ai analysé la crise asiatique de 1997-1998 en détail dans Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. Chapitre 17, « Tempête en Asie : les tigres domptés reprennent-ils du poil de la bête ? » p. 461 – 479.

 

source: http://www.cadtm.org/A-l-heure-d-un-regain-de-tension

12 septembre 2017

 

Marx, Marxisme, Cui bono ???

Selon les médias « mainstream », le divorce de la classe ouvrière et du marxisme est un fait acquis et définitif... Du moins, tel est leur souhait « objectif », manifestement... En réalité, ces même médias sont le moyen par lequel cette « séparation » a pu s’instituer, avec le concours zélé de la « gauche bien-pensante », même « extrême », il ne faut pas l’oublier...

Le marxisme, une idée moribonde ???

Pas pour tout le monde, apparemment... :

« Karl Marx ou l’Esprit du monde est un ouvrage de Jacques Attali paru en 2005 revisitant la vie et l’œuvre du philosophe allemand en tentant de lui rendre toute son actualité dans le contexte contemporain de mondialisation qu’il avait prévu.

Jacques Attali fait remarquer l’« extrême actualité » de la pensée de Marx. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Marx_ou_l%27Esprit_du_monde

Alors, le marxisme, une idée moribonde ?

Surtout pas pour la classe dominante, donc, qui le connait sur le bout des doigts, pour mieux le combattre et enfumer la classe prolétarienne, qui, précisément et évidemment, en aurait le besoin le plus urgent par ces temps de crise...

Pour Jacques Attali, donc, comme pour Warren Buffet (« Oui, il y a bel et bien une guerre des classes, mais c’est ma classe, la classe des riches qui fait la guerre et c’est nous qui gagnons. » ) et leurs semblables, le combat de classe continue, et la lutte est permanente, et Jacques Attali va constamment jusqu’à répandre son fiel mielleux sur youtube, pour seconder les médias larbins du système :

http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/jacques-attali-sa-revolution-74381

https://www.youtube.com/watch?v=WzRrPH9db28

Empêcher le prolétariat de s’emparer de cet outil théorique par tous les moyens énormes de sa machine d’ « information » propagandiste, d’une part, et de l'autre l’utiliser pour tenter de gérer au mieux sa propre crise, telle est la stratégie du système, à l’égard du marxisme.

Pour l’intox et la manipulation, toutes les « versions » du marxisme édulcorées par les révisionnistes de tout poil sont les bienvenues dans le système, en tant qu’idéologies de collaboration de classe, plus ou moins bien déguisées, selon les cas.

Si le débat se limite à la concurrence entre ces « tendances », c’est encore un tour de gagné pour le système.

C’est pourquoi nous proposons simplement d’en revenir à la lecture des fondamentaux, et à leur remise en confrontation à la fois avec l’étude historique, notamment de l’URSS, et avec le réel de notre époque.

C’est de cette confrontation que le marxisme peut renaitre comme arme de combat pour tous les opprimés de la planète, et évidemment, en premier lieu, pour le prolétariat.

Sur NNSRST ! , TML , et d'autres blogs associés, nous utilisons couramment le terme communiste ML, où ML se tient évidemment pour Marxiste-Léniniste, et tout aussi évidemment pour la contribution majeure apportée par Lénine à l’analyse du phénomène impérialiste.

Cette analyse est tout autant que la pensée de Marx un enjeu du combat idéologique du système et de ses collaborateurs, comme le montrent également de nombreuses polémiques sur le sujet, comme encore tout récemment avec le chroniqueur québécois R. Bibeau, dans les colonnes d’Agoravox.

Mais toutes ces polémiques sur le fond n’ont d’importance que si elles participent du mouvement du réel, de l’action politique et posent donc la question de l’organisation collective du prolétariat. Or il se trouve que les toutes dernières polémiques en cours cernent encore de plus près la question de l’unité, et permettent de préciser la réponse.

Il s’agit en effet de l’objectif essentiel de l’unité communiste. Pratiquement, l’unité n’a de sens que par le but qu’elle se fixe.

Or le but stratégique est bien l’édification du socialisme en tant que phase de transition, première phase du communisme.

C’est donc bien, in fine, le programme politique de la phase de transition qui unifiera les communistes et les masses et c’est donc ce à quoi nous devons travailler. Unir les communistes, c’est unir ceux qui sont décidés à élaborer ce programme en lien avec les masses.

C’est le programme qui mettra les masses en mouvement pour la transformation radicale des infrastructures, des rapports de production.

C’est le programme qui donnera son sens politique à la dictature du prolétariat, comme superstructure représentative de ces nouveaux rapports de production.

Les révisionnistes « de gauche », d’une part, dénient toute réalité économique intrinsèque à la transition, et en réalité, au concept de phase de transition lui-même. Ce faisant, ils font obstacle à toute possibilité d'accès au socialisme.

Les révisionnistes de droite, d’autre part, prônent un prétendu « socialisme de marché », « ...à la chinoise, à la vietnamienne », etc..., qui peut mener à tout, sauf au socialisme...

Le « programme de transition » classique des trotskystes est une forme anticipée et à peine déguisée du même « socialisme de marché », selon les textes de Trotsky lui-même. (Voir notamment Sur les conceptions économiques de Léon Trotsky, Par Michel Raptis )

A bien y réfléchir, ces dernières polémiques ont donc clarifié la situation pour savoir ce qui doit être uni au nom du communisme et du ML.

En France, sur cette base, il sera donc certainement très difficile de constituer même un seul cercle marxiste... ! C’est aussi ce qui ressort de ces dernières polémiques.

Pourtant, ce ne sont pas les outils qui manquent, avec les classiques du ML et d’autres études, d’époque et plus récentes...

Ce ne sont pas non plus les expériences historiques d’où tirer des leçons, avec l’URSS en premier lieu, qui manquent...

C’est, par contre, la volonté de sortir des préjugés, des dogmes sectaires, des carcans idéologiques hérités de l’idéalisme petit-bourgeois.

Pendant un très bref temps fut adopté après débats entre quelques blogueurs ML le communiqué commun pour célébrer le centenaire d’Octobre, assorti d’une première ébauche de plate-forme politique en 8 points destinée à amorcer le débat sur la phase de transition. Cette plate-forme incluait la socialisation des moyens de production et des services essentiels.

https://nousnesommesriensoyonstout.wordpress.com/2017/07/25/manifeste-du-collectif-marxiste-leniniste-octobre/

Bien que, sous la pression du sectarisme dogmatique, ce collectif n’ait pas survécu, nous continuons, sur NNSRST et les blogs directement associés, de faire la promotion de cette plate-forme comme base de débat possible.

Des actions de type front uni seront sans doute possible, à l’avenir, selon la nature des revendications mises en avant, mais elle n’auront de sens politique que si elles s’articulent autour de l’axe principal de lutte pour le socialisme.

On en revient donc à la nécessité d’unir les communistes ayant réellement la volonté d’élaborer le programme politique de la phase de transition, en lien avec le mouvement de masse.

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SOURCE :

https://nousnesommesriensoyonstout.wordpress.com/2017/09/07/marx-marxisme-cui-bono/

10 Septembre 2017

Hollande revient : au secours !

Revenir sur le cas Hollande, c’est un peu passer à tabac un moribond à coup de lattes. En inaugurant mercredi « La France s’engage », fondation qu’il préside, installée à la Station F, « le plus grand campus de start-up au monde », fondé par Xavier Niel sous la halle Freyssinet à Paris dans le 13ème, c’est l'ex-Président en personne qui désire se rappeler à notre souvenir. En réalité François ne réussit pas à décrocher.

Revenons donc quelques instants sur son parcours récent.

Hollande restera comme le pire président de la Vème ; avec lui, on a gagné la terra incognita  : son impuissance et la persistance de celle-ci ont atteint des sommets jusque-là restés vierges et son impopularité record (Avril 2016 : 85 % des Français ne souhaitent pas sa réélection) restera dans les annales. Il est le seul Président de la Vème à n'avoir pu techniquement se représenter.

Revenons au début de l’affaire : le visiteur de la rue du Cirque fut couronné par la primaire du PS à la suite de hasards improbables.

- Le priapique Strauss-Kahn chute de son piédestal par la grâce d’une femme de chambre. Malgré les millions de son épouse Anne, et un arrangement entre amis, l’impact est si dévastateur que la marche royale vers l’Elysée est stoppée nette, d’autant que d’autres turpitudes sont bientôt découvertes… L’amateur des amours ancillaires ne peut plus prétendre au siège Elyséen dès l’automne 2011. Quant au public éberlué, il aura découvert au passage que le couple vit dans le luxe le plus assumé.

 - Sur les conseils de spécialiste en communication, Hollande – qui a le charisme d’un pétoncle - aborde les primaires du PS de 2011 en affichant le masque martial du guerrier, délesté de vingt kilos grâce à un régime en vogue. L’ancien mollasson est devenu un être filiforme aux mâchoires serrées. Volontiers cassant, il répond aux questions par des mots brefs et des gestes fermes. Aujourd’hui chacun sait combien tout cela est joué : le personnage est fictif, le faux dur en réalité un irrésolu chronique, mais à l’époque le subterfuge fonctionne. Flamby terrasse Martine Aubry, Arnaud Montebourg (l’inventeur du surnom ici cité), Manuel Valls, Ségolène Royal et Jean-Michel Baylet. A l’exception de la maire de Lille, qui le méprise ouvertement, tous deviendront ses obligés et ministres.

- Pendant cinq ans, l’égotique Sarkozy a tant indisposé par son numéro de clown et ses contorsions de bateleur qu’il offre la victoire à son adversaire sans que son adversaire fasse preuve d’un grand punch ; le sacre inattendu d’Hollande doit être regardé comme l’échec programmé du Président sortant, étrange mélange de matamore et de vendeur de coupe-légumes.

Le quinquennat va être une suite continue de Trafalgar, par reculades (les portiques écolos, la mise au pas promise d’Angela Merkel sur l’Europe) annonces non suivies d’effets (choc de simplification, réforme fiscale) ou via des décisions absurdes (la non-vente des Mistral à Poutine, qui va ruiner les exportations du secteur agricole avec l’embargo russe consécutif). Une politique étrangère chaotique - récompensée par une série d’humiliations publiques comme la diplomatie Française n’en avait jamais connue – viendra couronner cet œuvre de guingois à la Calder.

Premier incident, dès l’investiture : l’ex Ségolène Royal est interdite de cérémonie par la virago Trierweiler, qu’Hollande a mis dans sa couche assez imprudemment, le caractère colérique et incontrôlable de la dame étant connu. Les enfants sont solidaires de leur mère et ne viennent pas. La cérémonie sera tendue et sinistre. Puis il nomme son gouvernement, un conglomérat de copains et d’obligés du PS - savamment dosé selon les courants multiples qui le traversent - la plupart des nommés étant incompétents ou au mieux novices dans leurs domaines respectifs. Hollande déçoit tous ceux qui espéraient un renouvellement des pratiques de la Vème - une de ses promesses - à savoir le renvoi d’ascenseur comme seul gouvernail. L’amateurisme du gouvernement ne tarde pas à éclater : deux de ses projets démagos se voient censurés par le Conseil Constitutionnel (loi sur l’amnistie sociale, l’imposition à 75% des revenus). Le choix du Premier ministre, le terne Ayrault, très vite débordé, a probablement été motivé par l’envie de régner avec un simple exécutant en second, qui ne fasse pas d’ombre. Hélas, l’ancien maire de Nantes s’avère incapable de tenir ses troupes, les couacs entres ministres, les critiques à ciel ouvert, les querelles, se multiplient. Le programme économique (vraiment peu inventif) va se résumer à deux actions monolithiques : on taxe et on dépense. Les premières mesures consistent donc à augmenter les impôts de façon massive et brusque, en procédant dans le même temps à des dépenses électoralistes de remerciements - suppression du jour de carence pour les fonctionnaires en arrêt-maladie par exemple. Le résultat ne tarde pas : l’économie française, déjà surtaxée par Sarkozy peu avant, est frigorifiée du jour au lendemain, et la croissance s’arrête net. La promesse formelle de faire reculer la courbe du chômage, renouvelée plusieurs fois par l’homme aux costumes froissés, deviendra évidemment son boulet au fur et à mesure du quinquennat.

Alors que nul ne l’y obligeait, Pompimou (autre surnom) lance à la rentrée 2012 le principe du mariage homosexuel. Malgré une forte résistance, le projet va à son terme mais le pays aura passé six mois à se déchirer. Que constate-t-on depuis ? Les « mariages » homosexuels sont en réalité très peu nombreux. Que de temps consacré dans un contexte de chômage de masse, donc, pour une cause certainement très noble qui devait voir le jour, mais ne concernant que quelques milliers de personnes. Restons dans le domaine des mœurs : avec Sarkozy on avait eu un divorce rapide puis un remariage bling-bling, son successeur (père la morale qui avait blâmé cette conduite) va faire plus fort encore ! Il y a d’abord l’épisode du « tweet » de sa concubine, qui le ridiculise en prenant parti contre Ségolène Royal dans une élection locale à La Rochelle, puis la révélation piteuse de sa liaison avec Julie Gayet, qu’il rejoint nuitamment, enfin la séparation digne d’un vaudeville de la répudiée Valoche : elle commettra par la suite un livre vengeur, grand succès de librairie. Tout ceci consterne, d’autant que dans le même temps la politique mise en oeuvre échoue, ou donne des résultats peu probants, en matière diplomatique, économique, sociale. Même la création du CICE, mesure fiscale complexe favorable aux PME aura au final un impact limité : l’Etat ne fait là que rétrocéder les impôts instaurés l’année d’avant.

En outre, en 2013, l’affaire « Léonarda » constituera un véritable psychodrame pour le Président normal, du début à son épilogue : Hollandouille (autre surnom peu flatteur) invite la sans papiers Léonarda à revenir en France, mais sans son encombrante famille, ce que la Rom de quinze ans refuse aussitôt devant les caméras, lui infligeant un camouflet en direct ! Cet épisode est à rapprocher de celui de l’affaire Cahuzac (un ministre du budget fraudeur fiscal contraint à la démission) dans sa dimension de sinistre farce.

Ayrault est remercié sans égards au bout de deux ans, lui succède alors le nerveux Valls. Ce faux toréro va rapidement montrer ses limites. Certes, il détricote à la hâte les lois Duflot sur le bâtiment, votée six mois plus tôt et dont les effets ont été si fulgurants que seul leur abandon permettra de réanimer un peu le secteur. Mais il agite aussi pendant des mois le spectre de l’antisémitisme avec l’amuseur Dieudonné, quand semble-t-il des priorités autrement urgentes s’imposent. Les chiffres alarmistes parlent d’eux-mêmes : déficits aggravés, commerce extérieur en berne, chômage et faillites d’entreprise en hausse. Avec le recul, les saillies douteuses du copain de Soral constituaient-elles le péril numéro un en France ? On verra hélas que non : les attentats en 2015 de Charlie, puis ceux du 13 Novembre, seront la plus cruelle des réponses aux lubies de l’espagnol. Quoiqu’il en soit, devant l’échec total de sa politique, Hollande réoriente ses priorités dès la fin 2014 dans un sens plus réaliste, aidé du danseur mondain Macron, avec pour résultat immédiat de perdre des soutiens au PS, les fameux « frondeurs », et de ne bientôt plus disposer d’une majorité claire au Parlement. L’épisode consternant de la déchéance de nationalité ferme le cercueil : Hollande et Valls ne peuvent plus gouverner, et devront faire passer la loi sur le travail avec le « 49-3 ». La fin de règne est pénible et impuissante.

Le corrézien au scooter, qui a repris une bonne partie de ses kilos, aura au final réussi l’exploit, malgré un contexte économique international inespéré (baisse de l’Euro, baisse du pétrole, reprise de la croissance mondiale) de conduire une politique à ce point inadaptée que la France devient le seul pays d’Europe à ne pas voir son chômage baisser !!

Il faut s’y résigner sans joie excessive : le Président Hollande désire revenir sur le devant de la scène, quand le public a déjà jeté les tomates.

09 septembre 2017

 

Corée: Ne pas confondre coercition et dissuasion

La crise coréenne ne peut plus être résolue par une intervention militaire, qui ne pourrait être que nucléaire et donc apocalyptique, mais uniquement par la négociation.

Le niveau de technologie nucléaire atteint par la Corée du Nord ne permet plus de l’attaquer militairement sans qu’elle déclenche le feu nucléaire sur son assaillant ou son voisin du Sud, même si les arguties sur ce niveau-puissance de ses bombes, leur miniaturisation, précision des porteurs balistiques- cherchent à occulter le fait que la dissuasion nucléaire «du faible au fort» s’applique désormais inéluctablement. Kim Jong Un a parfaitement intégré ce concept que, encore aujourd’hui, certains stratèges ne semblent pas avoir assimilé.

Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale «C’était de Gaulle» rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion:

«J’allais lui demander: ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)

Il me répond tranquillement: Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé»

Les généraux et les stratèges américains le savent très bien, ou alors ils ne sont pas à la hauteur de leurs fonctions, mais les dirigeants et diplomates qui profèrent des menaces militaires l’ignorent ou font semblant de l’ignorer.

Les Etats-Unis auraient pu facilement soumettre à leur volonté la Corée du Nord par la coercition militaire en raison de l’immense différence de puissance en leur faveur avant que la dynastie des Kim n’atteigne pour leur pays le niveau nucléaire-si toutefois l’URSS puis la Russie, ainsi que la Chine les avaient laissé faire- mais désormais détenteur de l’arme fatale, même si loin de la parité, le petit pays ne peut plus être détruit sans déclencher des représailles insupportables pour la superpuissance.

C’est le principe de la dissuasion «du faible au fort» qui s’impose dont je rappelle la définition par le général Pierre-Marie Gallois, un des grands stratèges du vingtième siècle:

«Aussi, soudainement plongée dans l’ère de l’atome, l’opinion y a-t-elle raisonné ainsi qu’elle aurait pu rationnellement continuer de le faire dans le cycle classique. Elle pensait coercition, alors qu’il s’agissait de dissuasion. Elle comparait numériquement les forces en présence alors qu’il eût fallu qu’elle évaluât les dommages dont aurait souffert le plus fort, quelle que fût sa puissance, s’il s’en était pris à l’existence du plus faible.»

Le Président Donald Trump avait montré au cours de sa campagne électorale une compréhension très grande des nouveaux équilibres mondiaux et annoncé qu’il voulait mettre fin à l’idée que les Etats-Unis devaient dicter leurs conduites à tous les états du monde, au prix de guerres coûtant trop cher en vies humaines et en argent, reprochant à l’administration précédente d’avoir jeté la Russie dans les bras de la Chine par une politique stupidement hostile, allant même jusqu’à dire au début de son mandat qu’il était prêt à parler avec Kim Jong Un. Mais on a vu que sur ce sujet comme sur bien d’autres, Russie, Afghanistan, Syrie, Chine, repris en main par le puissant complexe militaro-industriel  dont  le Président Eisenhower disait le 17 janvier 1961 au moment de quitter sa présidence qu’il était un danger mortel, il a dû rentrer dans le rang pour mener la politique que « l’état profond» américain considère comme indispensable à  la suprématie de la première puissance militaire mondiale, dont l’économie est maintenant défiée par des puissances asiatiques. Il serait intéressant de savoir comment ces pressions s’exercent sur la direction de ce grand pays ami de la France depuis sa naissance, surtout dans les moments de crise, pour empêcher son gouvernement de mener une politique clairvoyante et raisonnable pour le monde et bénéfique «in fine» aux États-Unis eux-mêmes.

La Corée du Nord a atteint le niveau d’invulnérabilité que lui confère la détention de l’arme absolue, affirmant même sa maîtrise de la bombe à hydrogène comme le montre son dernier essai souterrain. Les sanctions ne l’ont pas empêché de progresser technologiquement, et même économiquement de façon modérée.

Ce n’est donc pas par ce moyen que quiconque pourra amener le pays à renoncer à l’arme de la souveraineté et de l’invulnérabilité, Kim Jong Un ayant en mémoire, en outre, le sort que les États-Unis ont réservé à Saddam Hussein et Kadhafi qui ne pouvaient résister à l’immense supériorité militaire américaine qui a pu exercer la coercition en l’absence de toute dissuasion. Le chef emblématique de la Corée du Nord ne correspond sans doute pas à la caricature qu’en font les journalistes occidentaux: loin d’être imprévisible, il applique une politique obstinée de souveraineté nationale dans laquelle il a grandi et s’est formé à l’imitation de son grand-père et de son père, intégrant maintenant la nouvelle puissance que ses aïeux ne possédaient pas mais ont travaillé à obtenir, et manie avec efficacité le concept de la dissuasion. Il cherche à préserver son pays d’un sort qui lui serait imposé de l’extérieur mais n’envisage pas de détruire la Corée du Sud et les milliers d’Américains qui s’y trouvent et ne présente donc pas une menace existentielle pour les États-Unis.

Pourtant une négociation est possible avec le gouvernement du Nord qui ne fait qu’assurer sa survie et n’entend pas convertir le Sud au communisme. Le nouveau Président Moon avait d’ailleurs indiqué sitôt après son élection qu’il était prêt à discuter avec Kim Jong Un pour avancer dans la normalisation de leurs relations. L’avenir de la péninsule est évidemment d’être un jour réunie: la question est de savoir par quelles modalités et sous quelle forme entre les deux entités si différentes  politiquement  mais  si  proches  humainement.  Une  chose  est  certaine,  c’est  par  le dialogue et la diplomatie que l’objectif doit être poursuivi, et non par une action militaire qui serait catastrophique pour la région et même pour la planète entière.

La Chine, au premier rang, peut et a intérêt à aider à ce règlement diplomatique, de même que la Russie. Les liens de ces deux grands pays avec la Corée du Nord sont anciens et connus des spécialistes qui peuvent disserter longtemps sur les aides qu’ils lui ont apporté autrefois dans les domaines scientifique et économique, directement ou par l’intermédiaire de pays tiers comme le Pakistan ou l’Ukraine, en d’autres circonstances, mais tous les deux ont intérêt à ramener le calme dans la région. Ce calme doit évidemment s’accompagner d’une diminution de la présence militaire américaine qui présente une menace toute proche pour plusieurs pays de la région, en tout premier lieu pour la Chine.

L’avenir n’est pas dans la résolution des différends par la coercition militaire mais par le dialogue prenant en compte les intérêts stratégiques et économiques raisonnables des acteurs régionaux. Les BRICS, avec les projets de développement inclus dans la nouvelle route de la soie proposent une participation «gagnant-gagnant» à ceux qui le souhaitent, sans domination de l’un ou de l’autre mais en proportion de l’investissement apporté. Ce projet économique mondial ne peut aboutir si certains pays se trouvent soumis à une menace militaire à ses frontières.

Colonel (CR) Alain Corvez

Consultant international et ancien conseiller au ministère français de la Défense et de l’Intérieur

 

Envoyé par le Général Delaware

08 septembre 2017

 

Trois réflexions sur l’analogie entre la crise coréenne et la crise de Cuba

Après la brusque poussée de fièvre entre la Corée du Nord et les États-Unis, début août, la tension avait semblé retomber. Un répit seulement, car la Corée du Nord vient de tirer un missile au-dessus du Japon, à l’issue des exercices militaires menés conjointement par les Américains et les Sud-Coréens dans cette même zone. Il s’agit sans doute de montrer que les menaces et les sanctions n’empêcheront pas le régime de Pyongyang de poursuivre coûte que coûte son programme balistique.

A plusieurs reprises, la crise de Cuba, alma mater de l’étude des crises nucléaires, a été évoquée dans ce dossier. Certes, cette crise a été une vraie surprise, alors qu’un nouveau pic de tension avec la Corée était attendu, à cause des progrès en matière balistique accomplis par Pyongyang. Il ne s’agit pas ici de faire la liste des ressemblances et des différences entre 1962 et 2017, mais de proposer quelques réflexions d’historien.

Les armes nucléaires sont-elles offensives ou défensives ?

Dans chaque étude sur la crise de Cuba, on reproduit la carte montrant la portée des missiles installés sur l’île, pour montrer à quel point ils menaçaient le territoire américain. On a fait de même avec les missiles nord-coréens. Ils semblent, dès lors, relever de l’offensive, voire de l’agression possible, et il y a eu bien des sur réactions à la demande de Kim Jong-un de plans pour faire des tests de missiles près de Guam. La vulnérabilité à des frappes nucléaires a toujours rendu les Américains mal à l’aise, et c’est bien ce qui a amené le président Reagan, dans les années 1980, à vouloir sortir d’une stratégie de prise en otage mutuelle, en souhaitant au mieux un monde sans armes nucléaires et au minimum un bouclier antimissile.

 

Les missiles à Cuba servaient, pour Khrouchtchev, à rééquilibrer le jeu nucléaire américano-soviétique. Kennedy s’était fait élire grâce à la thématique du « missile gap ». Or les Américains, au contraire, étaient très supérieurs aux Soviétiques en ICBM (missiles à longue portée). Comme le leader soviétique misait sur le nucléaire pour la défense du pays, afin de rediriger des ressources vers le développement économique, il lui fallait, auprès du Politburo, ne pas paraître en difficulté. Des missiles à Cuba toucheraient les États-Unis de la même façon. Les Américains avaient installé des missiles autour de l’URSS pour la même raison, avant d’avoir assez d’ICBM ou de missiles embarqués sur des sous-marins. Par ailleurs, Khrouchtchev était ravi de montrer aux Américains ce que représente de vivre avec des missiles ennemis aux frontières, comme ils en avaient déployé en Turquie.

Che Guevara et Fidel Castro en 1961. Albert Korda/Wikimedia

L’objectif du Kremlin n’était donc pas d’attaquer. Les missiles américains en Turquie étaient présentés comme défensifs, et comme une « garantie » de l’alliance entre Washington et Ankara (dans le cadre de l’OTAN). De même, pour Khrouchtchev, les missiles servaient bien à défendre Cuba. Rappelons ici l’affaire de la Baie des Cochons (1961), tentative de débarquement des anti-castristes, mais aussi que les États-Unis préparaient, en 1962, une opération militaire de grande ampleur pour faire tomber le régime castriste (préparation ne voulant pas dire toutefois mise à exécution).

Aujourd’hui, la question est de savoir si le régime à Pyongyang ne juge pas tout simplement le nucléaire et les missiles comme étant indispensables à sa propre défense. Les Américains ont retiré leurs dernières armes nucléaires de Corée du Sud en 1991 (elles y avaient été installées à partir de 1957), mais peuvent frapper le Nord de bien d’autres manières. On peut rappeler que la crise de Cuba s’est achevée par la promesse de non-invasion de Cuba par Washington contre le retrait des missiles soviétiques de l’île (et américains de Turquie). La Corée du Nord pourrait-elle accepter ce type d’accord ? Les Américains veulent moins changer son régime que celui de Cuba, et les émigrés anticastristes sont plus préoccupés par leur île que les Coréens du Sud par la Corée du Nord.

N’oublions pas qu’il y a eu, en réalité, une seconde crise de Cuba, lorsqu’en novembre 1962, les Soviétiques ont voulu retirer leurs missiles de l’île. Castro, qui avait vitupéré contre la « capitulation » soviétique le mois précédent, vécut très mal cet « abandon ». Il pouvait toutefois estimer que l’Union Soviétique restait une protection efficace (d’autant que l’URSS développa alors sa marine), alors que la Corée du Nord se sent bien seule aujourd’hui. Pyongyang a bien vu qu’en 1962 Cuba avait été abandonné par Moscou, et cela l’a encouragé à obtenir ses propres capacités nucléaires (quitte à demander de l’aide, sans succès, de la part des Soviétiques et des Chinois).

L’invasion de la Grenade par les Américains en 1983 a aussi provoqué une accélération du programme nucléaire de la Corée du Nord. En définitive, la Corée du Nord a gagné en 2017 plus que l’URSS (et Cuba) en 1962, puisque la perspective de sa dénucléarisation a semblé s’éloigner, C’est un peu comme si les missiles soviétiques étaient restés à Cuba…

Le risque d’utilisation de l’arme nucléaire

 

Les historiens estiment désormais que le risque d’escalade nucléaire ne fut finalement pas aussi grave que redouté à l’époque. L’auto dissuasion a joué. Il semble bien que Khrouchtchev ait perçu les risques d’une guerre nucléaire. Certains stratèges continuent de colporter l’image d’un Kennedy viril, menaçant du pire les Soviétiques et les forçant à capituler, et vont jusqu’à souhaiter que Trump pousse la crise à l’extrême avec la Chine pour qu’elle règle le problème nord-coréen. Avec le recul, Kennedy apparaît pourtant davantage comme une colombe au milieu de son entourage de faucons, alors que Trump semble le faucon dans un entourage plus « réaliste ».

C’est oublier les anciennes critiques de gauche qui se demandèrent pourquoi Kennedy a déclenché une crise avec Moscou sur Cuba, alors que les missiles déployés sur l’île ne changeaient pas tant l’équation stratégique que cela, si ce n’est que les Américains seraient morts quelques minutes plus tôt en cas de tir depuis Cuba plutôt que depuis l’URSS… Pour ces critiques, le jeune Président aurait pensé, avant tout, à sa crédibilité personnelle et internationale. Il aurait voulu affirmer sa virilité et celle de l’Amérique, alors que Cuba, jadis féminisée dans les discours et les représentations iconographiques américaines, avait été conquise par un barbu en treillis et cigare (Castro castrant l’Amérique) et l’hémisphère occidental « pénétré » par l’Union Soviétique qui y installait de gros missiles…

Aujourd’hui, Trump est suspecté de rouler des épaules parce qu’il ne joue qu’au golf pendant que Poutine montre ses muscles à la pêche. Une récente étude a montré que l’opinion américaine n’était pas hostile à l’usage de l’arme nucléaire face à la menace coréenne, mais on peut s’interroger – comme dans les années 1950 – sur le choc que constituerait pour l’opinion asiatique un nouveau bombardement atomique sur des populations locales.

Les personnages de Trump et de Kim Jong-un laissent à penser qu’on est en train d’inaugurer une ère inquiétante, celle de la dissuasion « du fou au fou », ou du voyou au voyou. Et certains de se demander, comme avec Nixon au début des années 1970, s’il ne faudrait pas rogner le pouvoir de Trump habilité à déclencher le feu atomique, tandis que Kim apparaît même aux yeux de certains observateurs comme le plus rationnel des deux.

 

Le danger apparaît davantage dans le risque d’escalade que dans le nucléaire nord-coréen en tant que tel. Certains stratèges soulignent que la crise de Cuba aurait pu dégénérer, même si les deux K ne le voulaient pas. On aurait ainsi frôlé la guerre nucléaire par inadvertance ou malchance, même s’il ne faut pas exagérer ce risque.

Nikita Khrouchtchev et John Kennedy (ici en 1961, à Vienne), les deux acteurs principaux de la « crise de Cuba ». U. S. Department of State/Wikimedia

Il n’empêche : le refus de la prolifération nucléaire s’appuie bien souvent sur la question du contrôle des armes atomiques, de la psychologie des dirigeants et du risque de dérapage. Bien sûr, après la crise de Cuba, les deux Grands ont mis en place une « hot line » (improprement traduit en français par « téléphone rouge ») pour éviter les mauvaises perceptions et faciliter la gestion des crises. Mais il est douteux que Washington accepte de rehausser le statut de la Corée du Nord en établissant une telle ligne directe.

Et si on pensait global ?

Le traitement médiatique de la crise avec la Corée est marqué par la rareté des perspectives d’ensemble, qui existent désormais pour celle de Cuba en 1962. On a, certes, abondamment parlé de la Chine, mais aussi du Japon et de la Corée du Sud. Avec cette préoccupation côté américain : le nucléaire nord-coréen pourrait provoquer une réaction en chaîne : nucléarisation du Japon et de la Corée du Sud. Il faut noter que celle-ci est souhaitée par certains think tanks conservateurs américains qui militent pour une implication minimale des États-Unis sur la scène internationale. Ils estiment que le Japon et la Corée du Sud sont assez riches pour se défendre seuls. Trump, du moins au départ, semblait d’ailleurs sur cette même ligne.

 

De leur côté, Japonais et Sud-Coréens craignent d’être engagés dans une guerre « américaine » contre la Corée qui pourrait se muer, comme celle de 1950-53, en guerre avec la Chine. Ils ne veulent ni être abandonnés par l’Amérique, ni être entraînés par elle dans un conflit. En cas d’escalade, Washington doit intégrer le risque de possibles attaques sur la Corée du Sud (surtout sur la capitale hypertrophiée Séoul) : en octobre 1962, Kennedy a redouté en permanence une réplique soviétique sur Berlin-Ouest. Plus largement, le sort des alliés ouest-européens des États-Unis était alors en jeu dans les tensions avec Moscou, et c’est principalement les Britanniques qui étaient consultés par Washington.

À l’époque, Kennedy ne pouvait ignorer l’offensive de l’armée chinoise contre l’Inde, qui commença précisément durant la crise de Cuba. La connexion entre ces deux événements est trop rarement évoquée. Nehru en appela alors aux États-Unis, compromettant son image de non-aligné, tandis que la Chine devait juger le soutien soviétique très insuffisant. Kennedy croyait à une offensive concertée sino-soviétique (Cuba, Inde et Indochine), mais la Chine poussait surtout Moscou à se montrer intransigeant sur Cuba. Ce n’est pas le cas aujourd’hui de la Chine face à la Corée du Nord. Aujourd’hui, le silence des médias sur les actuelles tensions frontalières entre la Chine et l’Inde et l’escalade verbale entre les deux États est surprenant. Notons toutefois qu’un règlement vient d’intervenir, l’Inde acceptant de faire un geste en retirant les troupes qui s’étaient avancées au Doklam, dans l’Himalaya).

Les États-Unis ont semblé envoyer quelques signaux à l’attention de l’Inde. Celle-ci n’en redoute pas moins que Trump ne l’abandonne face à Pékin contre un soutien chinois sur le dossier nord-coréen. Des éditorialistes chinois mettent d’ailleurs en garde l’Inde : pas plus qu’en 1962 elle n’aura de soutien de la part des États-Unis.

Ces mêmes éditorialistes estiment que la Russie, pas plus qu’en 1962, ne pourra faire un choix entre la Chine et l’Inde – d’autant que Moscou rêve depuis les années 1950 d’un alignement Moscou-Pékin-Delhi. Moscou semble être une carte de rechange pour Pyongyang. La Russie a toujours été un acteur important dans cette zone, même si ce n’est pas elle seule qui a « fabriqué » le régime nord-coréen d’après 1945. Aujourd’hui, comme hier, elle paraît vouloir jouer sur tout le clavier eurasiatique (Baltique, Ukraine, Balkans, Syrie, Caucase, Afghanistan, Corée…) pour promouvoir ce qu’elle perçoit comme ses intérêts, tout en perturbant ceux des États-Unis. Il est impossible d’analyser la crise coréenne sans penser l’ensemble des théâtres où se déploient Américains et Russes.

Enfin, la question coréenne ne peut être isolée de la question iranienne. Un débat virulent se déroule en ce moment à Washington sur l’avenir de l’accord de 2015 qui devait empêcher l’accession de l’Iran à l’arme nucléaire. Si les États-Unis déchirent cet accord, cela n’incitera guère Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire. Le régime nord-coréen a n’a pas oublié l’élimination de Kadhafi en 2011, alors que la Libye avait négocié l’abandon de son programme nucléaire.

En résumé, il ne sert à rien de savoir si l’histoire se répète, ou à se focaliser sur les « leçons » du passé. Il vaut mieux penser toutes les variables et leurs interconnexions. Ce qui permet de rappeler qu’agir sur la scène internationale est une tâche des plus ardues.

Pierre Grosser

Professeur de relations internationales, Sciences Po – USPC

Source: https://theconversation.com/trois-reflexions-sur-lanalogie-entre-la-crise-coreenne-et-la-crise-de-cuba-82840

 

 

07 septembre 2017

 

Budget de campagne présidentielle : le parti socialiste a dépensé 15 millions d’euros pour faire gagner Macron et battre Mélenchon !

 

Le Conseil Constitutionnel a publié – dans le relatif silence des médias de l’oligarchie capitaliste – les comptes de campagne déposés par les candidats à la présidentielle 2017. Des comptes de campagne riches d’enseignements sur les budgets de campagne présidentielle. (cf. journal officiel texte 209 sur 248 3 août 2017)

Le parti socialiste a dépensé 15 millions d’euros pour faire gagner Macron et battre Mélenchon !

Budget de campagne présidentielle : avec 15 millions d’euros, Hamon est le second candidat à avoir dépensé le plus après Macron. À la différence que lui n’a pas eu à dépenser un euro pour la campagne de second tour !

Le PS a ainsi dépensé 6,58€ par voix pour obtenir ses 2,3 millions de voix. C’est près de 4,5 fois plus que le budget de la campagne Mélenchon.

Si on ajoute les budgets de la campagne des candidats Macron à ceux du candidat Hamon – les deux faisant feux de tout bois pour attaquer le candidat Mélenchon – c’est un budget de campagne trois fois plus important que celui du candidat Mélenchon qui a été dépensé.

Au regard du résultat très faible de Benoit Hamon, il apparait que le parti socialiste a dépensé 15 millions d’euros pour faire gagner Macron et battre Mélenchon !

 

Le candidat élu, Macron, celui qui a dépensé le plus gros budget de campagne présidentielle

Loin de la logique démocratique, un Homme une voix, ce que ces comptes de campagne révèlent c’est que le résultat final est directement corrélé aux sommes investies dans la campagne. Et en toute logique, on retrouve au second tour les candidats les plus richement dotés.

Ce qui n’est pas sans poser la question, récurrente durant la campagne quoique totalement occultée par les médias du CAC40 et l’audiovisuel public tout à la promotion du banquier Macron, de la provenance des millions d’euros qui ont servi à payer la campagne d’En Marche. Car comment un homme, sans parti c’est-à-dire donc sans la ressource de ses adhérents, ni financement public, a-t-il pu réunir de telles sommes ? L’affaire Pénicaud ou encore les révélations quant aux dîners menés par Macron auprès des banquiers de la City sont des éléments bien trop peu investigués.

 

Mélenchon, l’un des candidats qui a dépensé le moins par voix

Avec 1,51€ dépensé par voix, la campagne électorale du candidat Mélenchon est celle qui a été la moins coûteuse des 4 candidats arrivés en tête.

Qui plus est, les chiffres montrent que Mélenchon est l’un des candidats qui a mené la campagne la plus proche du peuple. Il a ainsi dépensé 80% de son budget pour réaliser des meetings aux quatre coins de la France et faire campagne sur internet. C’est quasiment 20 points de plus que Macron (61%), et près de 30 points de mieux que Fillon (52%) ou Le Pen (55%).

 

Pour mener sa campagne, Mélenchon a très peu dépensé en frais de personnel (0,1%) preuve d’une campagne reposant sur la mobilisation populaire de masse. À l’inverse, Macron a dépensé 10,5% de son énorme budget de campagne en salaires et émoluments, Fillon 13% et Le Pen 19,4%. Pour les 6 mois de campagne électorale, cela signifie que Macron a recruté l’équivalent de 200 salariés payés au SMIC, Hamon 191, Fillon 206 et Le Pen près de 280 !

05 septembre 2017

 

Bruno Roger-Petit, surnommé lèche-bottes

Communiqué de l'Elysée

BRUNO ROGER-PETIT est nommé porte-parole de l'Elysée.

 

« Il aura pour mission de relayer la parole publique de l’Élysée et utilisera pour ce faire tous les moyens à sa disposition, notamment le compte Twitter de la présidence », précise le communiqué de l'Élysée

Sa nomination comme porte-parole de l'Elysée a fait bondir tous les réseaux sociaux.

Personnellement aucun étonnement, je l'ai observé au cours de diverses émissions dont celle de news avec Pascal Praud, j'ai rarement assisté à autant de courbettes envers Macron.

Les Pujadas, Elkrief, Ferrari et consorts, des amateurs, ce n'est pas qu'une langue et un cerveau agile, BRP c'est aussi un contorsionniste.

Alors ? alors, c'est normal qu'autant de courtisanerie et de compromissions médiatiques trouvent une juste récompense, non ?

Les autres attendront leur tour, il viendra sûrement, dans d'autres fonctions et avec d'autres artifices.

Porte-parole, il va relayer la voix de son maître avec le plus d'exactitude, et croyez-moi je suis sincère, il a du talent le bougre. Le choix est judicieux, servile mais avec intelligence et persuasion, il donne parfaitement l'illusion de croire à ce qu'il dit.

On compte sur lui pour présenter les incartades de Macron de telle façon qu'elles fassent monter sa côte de popularité.

Je ne doute pas qu'il y arrive.

 

Peut-être le trop plein de journalistes lèche-bottes.

Mais là Twitter s'est enflammé.

C'est un tollé général.

Rien ne lui est épargné, BRP la gloire commence par les initiales de son nom par lesquelles on va l'identifier désormais, est traité de « lèche-bottes »« lèche-cul », de « nouveau chien de Macron » , de « médiocre, démago, opportuniste, flagorneur ». Le voilà « aboyeur officiel »« cireur de pompes ».

Il n'est pas le seul flagorneur appelé à la cour, on a eu avant lui, Claude Sérillon et bien d'autres.

Il quitte sa liberté de journaliste pour s'embrigader dans la politique et l'asservissement au politiquement correct dicté en haut lieu.

Il avait d'autres talents où il aurait pu s'exprimer au lieu de choisir le métier de ventriloque, c'est un fin connaisseur de foot et il aurait pu se faire plaisir et nous faire plaisir, mais les lumières de la cour sont des miroirs aux alouettes auquel il est difficile de résister.

Bonne chance BRP.

Tout le monde n'est pas Cyrano de Bergerac.

« Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul. »

 

Lui a choisi l'escabeau branlant des courtisans.

05 septembre 2017

 

Les Voraces et les Coriaces

 Tant pis si Corneille, voire Tite Live, se retournent dans leurs tombes pour ce détournement osé, mais il illustre parfaitement la lutte entre deux clans, les possédants, et les dépossédés... les voraces et les coriaces.

Les voraces ont un appétit sans limite.

Pierre Gattaz, le patron des patrons, celui qui parle à l’oreille de Macron, et qui en veut toujours plus pour les entreprises... et toujours moins pour les plus fragiles d’entre les français, est la figure parfaite du vorace.

Emmanuel Macron ne devrait-il pas être lui aussi classé parmi les voraces, lui qui a tout de même dévoré en même temps le FN, le PS et les LR ?

 

Reste à savoir s’il n’a pas eu les yeux plus gros que le ventre, d’autant qu’en même temps qu’une spectaculaire chute dans les sondages, il vient d’entrer dans le dur avec la publication des ordonnances concernant la « loi travail »...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 159 pages, on peut maintenant découvrir les 36 mesures préconisées par le gouvernement, lesquelles confirment la diminution des avantages visant les employés, et les gestes sympathiques pour le camp des patrons. 

Sauf que Macron a créé un nouveau genre : le « vorace/malin » : en laissant fuiter avant l’été un premier projet de réforme plutôt dur, il pense plaire au plus grand nombre en proposant un projet plus modéré...

Le piège tendu fonctionnera-t-il ?

Les coriaces ?... ils sont entêtés, portés par la volonté de changer ce qui n’est pas admissible.

Jean-Luc Mélenchon, lequel a résisté à bien des pressions politiques, et qui revient de loin... quittant le PS dès 2008, présageant sa chute prochaine, bien avant l’épisode tragi-comique hollandais qui s’est découvert sur le tard libéral-socialiste...est indubitablement un coriace, allant jusqu’à refuser l’alliance que lui avait proposé le frondeur Hamon...qui finalement quittera lui aussi le PS.

On pourrait sans hésiter classer Bernard Arnault au rang des voraces, tout en mettant François Ruffin dans celui des coriaces, lequel, dans son magistral film « merci patron » a proposé une arnaque version « défense du petit peuple ».

Ruffin, aujourd’hui député, a déjà mis en application l’une de ses promesses, se contentant d’un smic, exemple hélas pas encore suivi dans les rangs de ceux qui affirment vouloir défendre une certaine moralisation...

Il est aujourd’hui l’un de ceux qui fait trembler les caciques de l’assemblée nationale.

Il est à l’évidence un coriace : n’a-t-il pas à 5 reprises reposé la même question devant le silence gêné des parlementaires ? 

Et puis il y a ceux qui, suivant les vents, ont un pied dans un camp, ou un pied dans l’autre, les opportunistes, qui sont dans le fond autant voraces que coriaces, tel Bruno Roger Petit, qui après avoir lourdement taclé celui qui allait prendre les destinées du pays, se trouve parachuté porte-parole du gouvernement.

Dès sa nomination, il s’est empressé de supprimer son compte Twitter, compte dans lequel il avait multiplié les attaques, les critiques en tout genre visant celui qui est aujourd’hui son employeur... mais les internautes taquins ont multiplié les copiés/collés de toutes ses interventions, afin que l’on puisse les découvrir encore aujourd’hui.

N’avait-il pas déclaré au sujet de celui dont il est maintenant le représentant : « Macron qui se disperse, Macron qui s’éparpille, Macron qui se ventile, Macron qui se brouille Macron qui se croit moderne et qui déjà se démode à force de faire du vieux  »...

Une autre fois : « Macron est de ces nénuphars politique qui émergent en politique, de temps à autre, portés par l’air du temps et des médias en mal de nouveaux personnages de roman, mais qui, faute de racine ; finissent par périr d’eux-mêmes... »...et plus tard : « à force d’avoir été partout depuis le début du printemps, Macron n’est nulle part à la fin de l’été  ». 

On ne peut que souhaiter bonne chance au nouveau président, qui devrait faire sienne la parole attribuée à Voltaire : « Mon Dieu, gardez moi de mes amis ! Quand à mes ennemis, je m’en charge ».

Tout ça ne va pas arranger sa côte de popularité, car une vidéo gênante vient de ressortir dans les réseaux sociaux, celle dans laquelle il avait affirmé vouloir « prendre de la distance avec les journalistes ». 

Mais nos gouvernants ne sont jamais à l’abri d’une contradiction...

Dans le camp des « voraces/coriaces », on peut ajouter sans hésitations, ceux qui, après avoir échoué en politique, se recyclent dans le journalisme d’opinion, tel Raffarin qui vient de rejoindre FR2, et qui après avoir déclaré se retirer du monde politique, et fonder une ONG, se fait parachuter chroniqueur dans la nouvelle émission de Laurent Delahousse dans l’émission « 19h le dimanche  »... 

Et quid d’Henri Guaino, qui vient de se reconvertir en animateur radio, assurant qu’il officiera tous les matins dans la matinale de « Sud Radio  ».

Quand à Julien Dray, il prend lui aussi un poste de chroniqueur sur LCI une fois par semaine, précisant que ce sera à titre gratuit. 

L’art de rentrer par la fenêtre, quand on s’est fait virer par la porte, en quelque sorte. 

Roselyne Bachelot avait ouvert la voie.

Epargnons les « hasbeen », Fillon, Sarko et consorts, qui n’ont pas compris que, finalement, le peuple n’avale pas toutes les couleuvres...

Pour enrichir le clivage entre voraces et coriaces, il est intéressant d’écouter ce que pense un expert juridique, François Sureau en l’occurrence, qui s’exprimait le 31 aout sur l’antenne de France Culture, sur le thème de « la liberté », en rapport avec son livre qui vient de paraitre aux Editions Tallandier.

Cet avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, représentant la LDH (ligue des droits de l’homme) n’y va pas par 4 chemins.

Il est manifestement classable dans la catégorie des coriaces, et la liberté, comme pour une majorité de français, lui tient à cœur : il s’agit pour lui de répondre au terrorisme sans pour autant perdre la raison...

Il dénonce la non-conformité législative des dispositions qu’a pris le gouvernement Macron dans le cadre de l’état d’urgence, convaincu que nous sommes entrés dans un univers pré-totalitaire.

Une décision prise par ce gouvernement pose problème, puisqu’elle permet à celui-ci d’incriminer un citoyen qui serait allé consulter un site djihadiste... et Sureau se fait la réflexion qu’il n’aurait pas été inutile de lire « Mein Kampf » pour savoir ce qui nous menaçait...et le simple fait que cette question ait pu poser problème questionne l’avocat sur le point que nous avons atteint...

Le citoyen ne serait donc plus autorisé à lire n’importe quel ouvrage ?...fut-il éventuellement dangereux pour la société...

Il est, pour le juriste, tout simplement question de supprimer la liberté d’informer.

Il constate avant tout que cette volonté d’occulter la liberté de penser ne date pas du moment où le terrorisme est devenu une préoccupation majeure.

Il constate aussi que face à la crainte de ces attentats terroristes, la priorité des gouvernements, et des préfets, qui pour lui ont pris le pas sur les ministres, c’est de présenter une réponse, même si elle doit rogner sur nos libertés.

Il constate en même temps que ce gouvernement occulte un état de fait qui avait plus de 1000 ans d’existence, à savoir qu’avant un acte criminel, il n’y a rien ...même pas un commencement de passage à l’acte, prenant ainsi le contre-pied de la théorie classique qu’avant d’être un criminel, on n’est pas censé d’en devenir un.

Aujourd’hui, toute personne suspectée de pouvoir entraver, matériellement ou pas, l’action de la justice sera « assigné à résidence »...et ça concerne quelques millions de personnes...

L’avocat affirme que ceci montre « une perte de sang-froid collective extrêmement inquiétante et une prise en main de la machine répressive ».

En gros, tous les journalistes qui seraient catalogués comme critiques d’un gouvernement, ou tout politique qui serait dans l’opposition, pourra être assigné en résidence, et ceci sans le moindre procès. 

Et c’est déjà le cas aujourd’hui.

Les écologistes qui cherchaient à entraver les travaux frelatés de la cop 21 en ont fait les frais.

 

Qu’en pensent les voraces... ? Qu’en disent les coriaces ?...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les manifestations du 12 septembre pour la CGT, du 20 septembre(PC) et du 23 septembre prochain, à l’initiative des Insoumis, donneront peut-être les premiers éléments de réponse. 

En tout cas, d’après cette loi, ceux qui tenteront d’empêcher la mise en œuvre de la loi travail courront le risque de se voir assigner à résidence, ce qui risque de faire pas mal de monde...

Est-ce de nature a dissuader les manifestants ?

L’avenir nous le dira.

Comme dit mon vieil ami africain : « ne coupe pas les ficelles quand tu peux défaire les nœuds »...

 

L’image illustrant l’article vient de chroniques-rebelles.info

04 septembre 2017

Le budget Bettencourt / Arnault

Bien sûr, le candidat avait annoncé la couleur. Mais devant les premiers éléments du budget pour 2018, il est reste révoltant de constater à quel point il favorise ces milliardaires que Macron érige en modèle  : derrière les débats sur la taxe d’habitation et le transfert de cotisations sociales sur la CSG, les deux personnes les plus riches de France vont bénéficier d’une triple baisse d’impôts !

 

 

La présidence des milliardaires…

 

Bernard Arnault, patron et premier actionnaire de LVMH, et Liliane Bettencourt, première actionnaire de L’Oréal, ont des fortunes nettes d’environ 40 milliards d’euros, et figurent même parmi les 20 premières fortunes de la planète  ! Plus fort encore que Sarkozy en 2007, Macron choisit de démarrer son mandat en leur accordant des millions de baisses d’impôts. Elles prendront trois formes. D’abord, ils seront les premiers bénéficiaires de la suppression de l’impôt sur la fortune sur les valeurs mobilières (qui coûtera près de 4 milliards). Ensuite, ils profiteront du prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital (les dividendes qu’ils touchent, notamment), pour un coût de 1 à 4 milliards.

 

Mais ce n’est pas tout, le gouvernement a également annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 33 à 25% (pour la bagatelle de 10 milliards d’euros), qui va gonfler les profits de leurs entreprises, augmentant leur patrimoine, mais aussi les dividendes qu’ils toucheront… Bref, c’est un triple jackpot pour les milliardaires dans le grand casino Macron ! Pour le cacher, la majorité compte sur la baisse de la taxe d’habitation et le transfert d’une partie des cotisations sociales vers la CSG pour tenter de faire oublier ces cadeaux injustifiables. Pire, pour beaucoup, ces quelques miettes fiscales seront plus que compensées par les coupes, comme celle des APL, qui ne fait que commencer

 

Emmanuel Lévy avait évalué les cadeaux fiscaux aux 3000 foyers les plus riches à 3 milliards, soit un million par foyer, et bien plus pour Liliane Betancourt et Bernard Arnault ! Cette présidence est celle d’oligarques insatiables et d’un président aussi docile qu’indécent. Et pour couronner le tout, il poursuit la déconstruction du droit du travail avec les ordonnances annoncées hier.

 

 

02 septembre 2017

Ordonnances: l’impossible équation de Muriel Pénicaud

Alors qu'est présenté le détail des ordonnances, l’avenir de la ministre du travail semble des plus incertains. Venue du monde patronal, dont elle apparaît comme un relais actif, elle se trouve affaiblie par l’affaire Business France et par les montants de ses rémunérations chez Danone.

C’est donc le jour J. Ce jeudi 31 août, le premier ministre Édouard Philippe rend enfin publique la totalité des textes des ordonnances réformant le droit du travail, après quelques jours d’obscurs débats parlementaires et plusieurs semaines de vraie-fausse concertation avec les organisations syndicales (lire ici notre dossier complet).Cette réforme expresse par ordonnances a été présentée par le candidat Emmanuel Macron comme la clé de voûte d’une refonte en profondeur du marché du travail et d’une relance de l’économie française. Et elle concernera directement le statut, les conditions d’embauche et de licenciement des plus de 25 millions de salariés en France.

C’est l’importance de cette réforme qui justifierait sa présentation par le premier ministre. À ses côtés, précisait mercredi Matignon, sera bel et bien présente Muriel Pénicaud, ministre du travail. Parlera-t-elle ? C’est une autre question. Car l’avenir de Muriel Pénicaud au sein du gouvernement paraît des plus incertains. Et ce pour plusieurs raisons.

La première est le piètre exercice parlementaire réalisé par la ministre lors de la session d'été et des débats sur la loi d’habilitation autorisant le gouvernement à recourir aux ordonnances. Cramponnée à une novlangue managériale, important à l’Assemblée les arguments classiques du monde de l’entreprise, la ministre s’est montrée incapable de tenir une confrontation politique avec des députés de gauche et de droite trouvant pour le moins légères les formules jargonnantes du genre « libérer les énergies »« responsabiliser les individus »« sécuriser les trajectoires professionnelles » ou « redonner confiance aux entrepreneurs ». L’Assemblée nationale ne parle pas le langage de l’université d’été du Medef et autres conclaves patronaux.

À vrai dire, bien peu sont ceux qui mettent en cause la technicité de la ministre sur un dossier à la fois complexe et stratégique. La difficulté majeure est directement politique et relance cette bien vieille question : « D’où parles-tu ? » Muriel Pénicaud, sans itinéraire politique identifié (hormis un court passage comme conseillère technique-formation au cabinet de Martine Aubry il y a plus d’un quart de siècle), porte pourtant des intérêts et des engagements très identifiés : ceux des grandes entreprises.

Inutile de lui faire le procès d’être la voix du patronat et du Medef, ce que ne font d’ailleurs pas les syndicats FO ou CFDT. Mais ses plus de 20 années passées dans les grandes entreprises la rattachent à cette caste particulière et fort homogène des hauts dirigeants. Un monde où les impératifs économiques enrobés de novlangue managériale (lire à ce sujet notre entretien avec Agnès Vandevelde-Rougale) interdit toute dissonance. Elle a ainsi pu sans difficulté travailler pour deux grands groupes aussi différents que Dassault-Systèmes et Danone, avant de prendre la direction de l’organisme public Business France, chargé de vendre à l’étranger les entreprises et le dynamisme entrepreneurial (pas celui des salariés) français.

Avec Muriel Pénicaud, voici donc les dirigeants d’entreprise – leur culture, leurs dogmes, leur vision de l’économie – aux commandes du puissant ministère du travail. Une ministre issue du patronat pour gérer la condition salariale : c’est du jamais vu dans l’histoire politique récente, tant cela marque et proclame d’emblée combien le rapport des forces sera défavorable aux salariés. L’« ouverture à la société civile » tant pratiquée depuis 40 ans s’est faite, pour beaucoup de ministères, en direction de spécialistes des secteurs concernés : la santé (Emmanuel Schwartzenberg ou Bernard Kouchner), les sciences et la recherche (Hubert Curien), les sports (Alain Calmat, Bernard Laporte…), l’économie (Francis Mer, un patron), etc. Mais cela ne s’est jamais fait concernant le ministère du travail.

Parce que ce ministère est un marqueur éminemment politique. Et parce qu’une grande part de sa mission – organiser concertations et négociations – interdit au titulaire de ce portefeuille d’apparaître comme pouvant être le relais direct d’une des parties, patronat ou salariés. C’est ainsi que la plupart des ministres du travail ont toujours été des poids lourds politiques : Jean Auroux puis Pierre Bérégovoy sous Mitterrand ; Philippe Séguin sous Chirac en 1986 ; le centriste Jean-Pierre Soisson sous Mitterrand/Rocard ; Martine Aubry sous Jospin ; Gérard Larcher sous Chirac ; Xavier Bertrand et Éric Woerth sous Nicolas Sarkozy ; Michel Sapin et François Rebsamen sous François Hollande (voir ici la liste complète des ministres du travail).

4,7 millions d’euros en trois ans

Avec Muriel Pénicaud, l’équation est chamboulée. Elle l’est d’autant plus que la ministre refuse les confrontations et débats politiques (aucune grande émission radio ou télévisée), se limitant à de rares entretiens dans la presse écrite, où elle s’empresse de ne pas répondre aux questions gênantes (le dernier en date est ici). Cette absence de pédagogie politique sur un dossier ultra-sensible, qui provoqua durant des mois une intense mobilisation sociale contre la loi El Khomri, est responsable d’une partie des difficultés politiques que rencontre le pouvoir en cette rentrée. Les « deals » ultra-techniques passés avec les syndicats pourront éventuellement désamorcer leur colère. Mais ils ne convaincront pas de larges parties de l’opinion, simplement inquiète ou hostile à ce qui est compris par elle comme une nouvelle précarisation accélérée de l’emploi.

Dans un pays fracturé par un chômage de masse (six millions de demandeurs d’emploi toutes catégories confondues), le « parler manager » de Muriel Pénicaud ne peut guère rassurer : c’est peu ou prou ces mots qu’entendent les salariés au sein de leurs entreprises quand il s’agit d’annoncer restructurations ou licenciements… Dès lors, Jean-Luc Mélenchon a toute latitude pour user de la formule du « coup d’État social », le cocktail ordonnances/réforme du marché du travail devenant d’autant plus explosif que le pouvoir explique benoîtement qu’il s’agit bien d’« aller plus loin que la loi El Khomri ».

L’été a achevé de rendre impossible la situation de la ministre du travail. D’abord avec l’affaire Business France, qui menace de prendre des proportions inédites. Une information judiciaire est ouverte sur les conditions de financement par Business France, alors dirigé par Muriel Pénicaud, de la fameuse soirée FrenchTech de Las Vegas et de la participation d’Emmanuel Macron à cet événement. Mais un autre dossier est depuis devenu explosif : celui d’un contrat de huit millions d’euros passé par Business France avec l’agence Havas, contrat suspecté d’irrégularités mais défendu par Muriel Pénicaud, malgré les alertes des autorités de tutelle (lire notre enquête ici). Le poids et l’influence d’Havas.

En plus des critiques internes de sa gestion de l’organisme Business France, établissement public, les rémunérations de sa directrice ont attiré l’attention : une augmentation dès son arrivée et une rémunération annuelle de 203 000 euros en 2016 ! Au-delà des développements judiciaires inévitables de l’affaire Business France, qui constituent un risque pour le gouvernement, la publication de la déclaration d’intérêts de la ministre le 17 juillet a spectaculairement confirmé que celle-ci était bien issue de ce petit cénacle des dirigeants d’entreprise les plus payés. Des rémunérations exorbitantes que le Medef et l’Afep font mine de vouloir corriger ou plafonner à chaque nouveau scandale…

Directrice générale des ressources humaines chez Danone, Muriel Pénicaud, selon sa déclaration d’intérêts (à lire ici), a perçu en trois ans (2012, 2013, 2014) 4,7 millions d’euros (4 746 522 euros exactement) ! Mieux, une partie de cette rémunération provient pour 1,13 million d’une plus-value réalisée lors de la vente de stock-options en 2013, quelques semaines après l’annonce d’un plan social visant à supprimer 900 emplois dans le groupe. En pleine torpeur estivale, cette information révélée le 27 juillet par L’Humanité a eu un écho limité (lire ici notre article). Elle est pourtant dévastatrice pour celle qui justifie aujourd’hui la suppression des contrats aidés et annonce qu’elle ne commentera pas chaque mois les chiffres du chômage (+ 35 000 chômeurs de catégorie A en juillet).

 

« Je parle le même langage que les patrons », assurait Muriel Pénicaud en mars dernier, donc avant sa nomination, pour justifier son action à Business France. « Je ferai monter des femmes et des hommes qui viennent de la société civile, mais qui ont une légitimité dans le champ qui est le leur », expliquait à Mediapart Emmanuel Macron le 5 mai dernier. Le président ne s’est jamais publiquement expliqué sur la raison du choix de Muriel Pénicaud. Mais ce qui est certain, c’est que la ministre ne provient pas de la société mais bien du monde patronal, dont elle a pris les pires habitudes.

01 septembre 2017

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Israël menace de bombarder le palais présidentiel de Bachar al-Assad

Par Tyler Durden

Des informations supplémentaires ont émergé de la réunion du Premier ministre israélien Netanyahu avec le président Poutine la semaine dernière. Ils se sont rencontrés dans la station balnéaire de la mer Noire à Sotchi le 23 août pour discuter des développements récents en Syrie. Selon de nouveaux rapports troublant dans les médias arabes et israéliens, un ancien responsable israélien accompagnant Netanyahou lors du voyage a menacé d’assassiner le président syrien Assad en bombardant son palais à Damas, tout en ajoutant que Israël chercherait à faire dérailler l’accord de désescalade obtenu cet été à Astana au Kazakhstan et validé entre les États-Unis et la Russie.

Selon le Jerusalem Post :

Un haut responsable israélien a averti le gouvernement russe que si l’Iran continuait d’étendre son influence en Syrie, Israël bombarderait le palais du président syrien Bachar Assad à Damas, selon des rapports dans les médias arabes.

Israël a également averti que si des changements sérieux ne se produisaient pas dans la région, Israël veillerait à ce que l’accord de cessez-le-feu, conclu par les États-Unis et la Russie à Astana, au Kazakhstan, soit annulé.

Une source israélienne de haut niveau a déclaré au journal Al-Jadida qu’il n’y a eu aucune entente entre les Israéliens et les Russes. Cependant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a précisé à Poutine que ses préoccupations doivent être prises en compte, sinon Israël sera obligé d’agir.

Ces avertissements ont été lancés la semaine dernière, lors de la rencontre entre Netanyahou et le président russe Vladimir Poutine.

Comme nous l’avons déjà noté à ce moment-là, les propos impudents que Netanyahou a adressés à Poutine sur cette escalade «préventive» en Syrie pour détruire ce que les responsables de la défense israéliens appellent communément le «pont terrestre iranien» (ou le «croissant Shiite»), révèlent un désespoir grandissant, dans la mesure où même L’Occident semble maintenant ignorer les «lignes rouges» déclarées de manière répétitive par Netanyahou. Bien que les déclarations publiques de Netanyahou à Sotchi aient été assez provocantes – menaçant ouvertement l’escalade militaire directe en Syrie, si sa demande pour le retrait des forces iraniennes n’était pas satisfaite – la menace qui vient d’être révélée d’assassiner le chef d’Etat en exercice d’un pays souverain membre de l’ONU porte la guerre des mots à un tout autre niveau.

Le Premier ministre israélien a également partagé des renseignements avec Poutine qui prétend révéler des plans iraniens pour une présence à long terme en Syrie. Il semble que Netanyahu soit en train d’en faire son argumentation devant les médias mondiaux, avec la BBC et d’autres médias internationaux : « L’Iran est en train de construire des usines de missiles en Syrie et au Liban: Netanyahu » .

 

Le Jerusalem Post donne des précisions exactes sur les fonctionnaires qui ont accompagné Netanyahou en Russie:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Premier ministre, accompagné du chef du Mossad, Yossi Cohen, le nouveau président du Conseil de sécurité nationale, Meir Ben-Shabbat, et le ministre Likoud Ze’ev Elkin, qui a servi de traducteur, s’est envolé pour Sotchi sur la mer Noire pour la rencontre, pour revenir en Israël aussitôt après sa fin.

Nous avions expliqué en outre qu’Israël était depuis longtemps en guerre ouverte contre la Syrie, bien que les fonctionnaires israéliens et les médias internationaux le reconnaissent rarement. En 2013, Israël a lancé une puissante attaque de missiles contre une installation de technologie de défense syrienne à Jamraya non loin de Damas. Et cependant, la plus éhontée a été l’attaque de 2016 ciblant l’aéroport international de Damas, qui a tué un célèbre commandant du Hezbollah. Dans un aveu significatif fait au début de ce mois-ci, le chef de la force aérienne israélienne a reconnu près d’une centaine d’attaques de Tsahal contre des convois en Syrie au cours des 5 dernières années.

 

Netanyahu lui-même a récemment été surpris par un micro resté branché à son insu qui se vantait qu’Israël avait frappé des cibles syriennes au moins « une douzaine de fois ». Et cela sans parler du soutien secret d’Israël aux groupes liés à Al-Qaïda dans le sud de la Syrie, qui impliquerait des transferts d’armes et le traitement des djihadistes blessés dans les hôpitaux israéliens, ce dernier aspect est largement connu grâce à une photo impliquant Netanyahu lui-même. Comme l’ancien directeur par intérim de la CIA, Michael Morell l’avait déclaré directement à la population israélienne, au sujet du «jeu dangereux» d’Israël en Syrie qui consiste à coucher avec Al-Qaïda pour lutter contre l’Iran chiite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’immeuble des bureaux présidentiel de Assad – New Shaab Palace – se trouve au-dessus du centre de Damas. Source de l’image: Flickr / Nawar-2012

Alors que, pendant des années, Israël a joué discrètement plus d’un «jeu à long terme» en Syrie en dehors des médias, en fournissant un soutien tacite aux terroristes d’al-Qaïda en Syrie le long de la frontière du Golan (dans les paroles de Netanyahou à Poutine : Israël préfère la «sphère sunnite» à «l’arrivée des chiites», ce qui reflète une vision troublante et répandue parmi les fonctionnaires israéliens selon laquelle l’EI est le «moindre mal»), ainsi qu’en bombardant presque régulièrement des cibles choisies, manifeste maintenant sa volonté accrue de dire haut et fort et sans réserve ses intentions au monde entier, ce qui est le résultat des nouvelles réalités qu’il semble ne pas être préparé à accepter.

Quelles sont les nouvelles réalités dans la région qui poussent les responsables israéliens à organiser de manière imprudente des fuites sur des menaces d’assassinat d’Assad dans la presse arabe?

Tout d’abord, le gouvernement syrien et ses alliés, la Russie, l’Iran et le Hezbollah sont en train de gagner la guerre. Dans l’idée d’Israël, l’accord d’Astana signifie potentiellement que la présence iranienne sera désormais soutenue par la puissance aérienne russe. Il semble également que, dans le soutien des États-Unis de «zones de désescalades» dont la mise en œuvre implique nécessairement l’Iran, les États-Unis accordent une approbation tacite à la présence de troupes iraniennes en Syrie. C’est le pire cauchemar d’Israël: il a tellement investi pour faire chuter Assad afin de renverser ensuite ce qu’il prétend être «l’expansion iranienne et pro-chiite» dans la région.

Deuxièmement, les États-Unis ont globalement signalé à Israël : débrouillez-vous tout seul pour ce qui est de votre politique en Syrie. Trump a arrêté le programme de la CIA destiné à renverser Assad – un programme qui a bénéficié de l’aide des services de renseignements israéliens. D’autres leaders mondiaux comme Macron en France ont ajouté qu’Assad est là pour ainsi dire pour un certain temps.

Troisièmement, le Hezbollah vient de terminer l’éradication de l’EI sur la frontière libano-syrienne et il semble maintenant plus confiant que jamais. Israël s’est engagé pour l’insurrection sunnite contre Assad car cette insurrection menaçait aussi l’existence du Hezbollah, que les responsables de la défense israélienne considèrent comme l’ennemi le plus redoutable directement à la frontière israélienne. Lundi, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré le 28 août comme «Deuxième jour de la libération» du Liban dans un discours télévisé célébrant la victoire militaire du Liban sur l’EI dans le nord-est du pays. Comme nous l’avions signalé récemment, c’est un «secret de Polichinelle» que des conseillers des forces spéciales américaines se coordonnent indirectement avec le Hezbollah via l’armée libanaise, même si c’est politiquement sensible, car le Liban dépend fortement de l’aide militaire américaine.

Et enfin, Israël sent que l’opinion internationale se déplace rapidement maintenant que l’EI est en train de rapidement disparaitre. Il sait que l’opinion mondiale ne tolèrera pas une autre invasion du style irakien pour un changement de régime au Moyen-Orient. Et en plus, une telle perspective de changement de régime en Syrie est d’autant plus difficile que les moyens de défense aériens russes sont profondément enracinés. Israël se trouve maintenant isolé et l’émotion de Netanyahou découle de la prise de conscience de tout cela. Ses cris sont d’autant plus forts qu’ils viennent d’une position de faiblesse.

Aujourd’hui, la seule question qui subsiste est: sur l’infime possibilité qu’a Israël de créer une escalade militaire en Syrie, jusqu’où la Russie la laissera aller ?

 Source : http://www.zerohedge.com/news/2017-08-29/israel-threatens-bomb-assads-presidential-palace

 

Traduction : Avic – Réseau International

31 aout 2017

 

1973-2017 : l’effondrement idéologique de la « gauche » française

 

Elle a beau vouloir rompre avec la social-démocratie, cette gauche adhère à la vision occidentale du monde et à son droit-de-l'hommisme à géométrie variable. Sa vision des relations internationales est directement importée de la doxa pseudo-humaniste qui partage le monde en sympathiques démocraties (nos amis) et abominables dictatures (nos ennemis). Ethnocentrique, elle regarde de haut l'anti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à l'école d'Ho Chi-Minh, Lumumba, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Marianne et regarde France 24.

En 1973, le coup d'Etat du général Pinochet contre le gouvernement d'Unité populaire au Chili provoqua une vague d'indignation sans précédent dans les milieux progressistes du monde entier. La gauche européenne en fit le symbole du cynisme des classes dominantes qui appuyèrent ce “pronunciamiento”. Elle accusa Washington, complice du futur dictateur, d'avoir tué la démocratie en armant le bras meurtrier des militaires putschistes. En 2017, au contraire, les tentatives de déstabilisation du pouvoir légitime au Vénézuela ne recueillent au mieux qu'un silence gêné, un sermon moralisateur, quand ce n'est pas une diatribe anti chaviste de la part des milieux de gauche, qu'il s'agisse des responsables politiques, des intellectuels qui ont pignon sur rue ou des organes de presse à gros tirage.

Du PS à l'extrême-gauche (à l'exception du “Pôle de renaissance communiste en France”, qui a les idées claires), on louvoie, on ménage la chèvre et le chou, on reproche au président Maduro son “autoritarisme” tout en accusant l'opposition de se montrer intransigeante. Dans le meilleur des cas, on demande au pouvoir légal de faire des compromis, dans le pire on exige qu'il se démette. Manuel Valls, ancien premier ministre “socialiste”, dénonce la “dictature de Maduro”. Son homologue espagnol, Felipe Gonzalez, trouve scandaleux l'appel aux urnes, et il incrime “le montage frauduleux de la Constituante”. Mouvement dirigé par la députée de la “France Insoumise” Clémentine Autain, “Ensemble” condamne le “caudillisme” du pouvoir chaviste. Eric Coquerel, également député de la FI et porte-parole du Parti de gauche, renvoie dos-à-dos les fauteurs de violence qui seraient à la manœuvre “des deux côtés”, tout en avouant ingénument qu'il n'a “pas envie de critiquer Maduro”.

Entre 1973 et 2017, que s'est-il passé ? Il y a un demi-siècle, la gauche française et européenne était généralement solidaire - au moins en parole - des progressistes et révolutionnaires des pays du Sud. Sans méconnaître les erreurs commises et les difficultés imprévues, elle ne tirait pas une balle dans le dos à ses camarades latino-américains. Elle ne distribuait pas les responsabilités entre les putschistes et leurs victimes en rendant une sorte de jugement de Salomon. Elle prenait parti, quitte à se tromper, et ne pratiquait pas, comme la gauche actuelle, l'autocensure trouillarde et la concession à l'adversaire en guise de défense. Elle ne disait pas : tout cela, c'est très vilain, et tout le monde a sa part de culpabilité dans ces violences regrettables. La gauche française et européenne des années 70 était sans doute naïve, mais elle n'avait pas peur de son ombre, et elle ne bêtifiait pas à tout bout de champ lorsqu'il s'agissait d'analyser une situation concrète. C'est incroyable, mais même les socialistes, comme Salvador Allende, pensaient qu'ils étaient socialistes au point d'y laisser leur peau.

A voir l'ampleur du fossé qui nous sépare de cette époque, on est pris de vertige. La crise vénézuélienne fournit un exemple commode de cette régression parce qu'elle se prête à une comparaison avec le Chili de 1973. Mais si l'on élargit le spectre de l'analyse, on voit bien que le délabrement idéologique est général, qu'il traverse les frontières. Lors de la libération d'Alep par l'armée nationale syrienne, en décembre 2016, les mêmes “progressistes” qui font la fine bouche devant les difficultés du chavisme ont fait chorus avec les médias détenus par l'oligarchie pour accuser Moscou et Damas des pires atrocités. Et la plupart des “partis de gauche” français (PS, PCF, PG, NPA, Ensemble, EELV) ont appelé à manifester devant l'ambassade de Russie, à Paris, pour protester contre le “massacre” des civils “pris en otage” dans la capitale économique du pays.

Bien sûr, cette indignation morale à sens unique occultait la véritable signification d'une “prise d'otages” qui eut lieu, en effet, mais par les milices islamistes, et non par les forces syriennes. On put le constater dès que les premiers couloirs d'évacuation furent mis en place par les autorités légales : les civils fuirent en masse vers la zone gouvernementale, parfois sous les balles de leurs gentils protecteurs en “casque blanc” qui jouaient au brancardier côté cour et au djihadiste côté jardin. Pour la “gauche”, le million de Syriens d'Alep-Ouest bombardés par les extrémistes customisés en “rebelles modérés” d'Alep-Est ne comptaient pas, la souveraineté de la Syrie non plus. La libération d'Alep restera dans les annales comme un tournant de la guerre par procuration menée contre la Syrie. Le destin aura aussi voulu, malheureusement, qu'elle signale un saut qualitatif dans l'avachissement cérébral de la gauche française.

Syrie, Vénézuela : ces deux exemples illustrent les ravages causés par l'indigence de l'analyse conjuguée à la couardise politique. Tout se passe comme si les forces qui tenaient lieu de “forces vives” dans ce pays avaient été anesthésiées par on ne sait quel puissant sédatif. Parti des sphères de la “gauche de gouvernement”, le ralliement à la doxa diffusée par les médias dominants est général. Convertie au néo-libéralisme mondialisé, l'ancienne social-démocratie ne s'est pas contentée de tirer une balle dans le dos à ses ex-camarades des pays du Sud, elle s'est aussi tirée une balle dans le pied. Transformé en courant minoritaire - social-libéral - au sein d'une droite plus dévouée que jamais au capital, le PS s'est laissé cannibaliser par Macron, la savonnette à tout faire de l'oligarchie capitaliste euratlantique. Dans les années 70, même la droite française “libérale éclairée”, avec Giscard d'Estaing, était plus à gauche que le PS d'aujourd'hui, ce résidu vermoulu dont l'unique fonction est de distribuer les sinécures aux rescapés du hollandisme.

La page de Solferino une fois tournée, on pouvait alors espérer que la “gauche radicale” prendrait le relais en soldant les comptes des errements passés. Mais la “France insoumise”, malgré son succès électoral du 23 avril 2017, est un grand corps mou, sans colonne vertébrale. On y trouve des gens qui pensent que Maduro est un dictateur et d'autres qui pensent qu'il défend son peuple. Ceux qui dénoncent l'adhésion de la France à l'OTAN pleuraient à chaudes larmes sur le sort de ses mercenaires wahhabites à Alep. La main sur le cœur, on se proclame contre l'ingérence étrangère et l'arrogance néo-coloniale au Moyen-Orient, mais on veut “envoyer Assad devant la CPI”, ce tribunal d'exception réservé aux parias du nouvel ordre mondial. Le président syrien, nous dit-on, est un “criminel”, mais on compte quand même sur le sacrifice de ses soldats pour éliminer Daech et Al-Qaida. Ces contradictions seraient risibles, si elles ne témoignaient d'un délabrement plus profond, d'un véritable collapsus idéologique.

Elle a beau vouloir rompre avec la social-démocratie, cette gauche adhère à la vision occidentale du monde et à son droit-de-l'hommisme à géométrie variable. Sa vision des relations internationales est directement importée de la doxa pseudo-humaniste qui partage le monde en sympathiques démocraties (nos amis) et abominables dictatures (nos ennemis). Ethnocentrique, elle regarde de haut l'anti-impérialisme légué par les nationalismes révolutionnaires du Tiers Monde et le mouvement communiste international. Au lieu de se mettre à l'école d'Ho Chi-Minh, Lumumba, Mandela, Castro, Nasser, Che Guevara, Chavez et Morales, elle lit Marianne et regarde France 24. Elle croit qu'il y a des bons et des méchants, que les bons nous ressemblent et qu'il faut taper sur les méchants. Elle est indignée - ou gênée - lorsque le chef de la droite vénézuélienne, formé aux USA par les néo-conservateurs pour éliminer le chavisme, est mis sous les verrous pour avoir tenté un coup d'Etat. Mais elle est incapable d'expliquer les raisons de la crise économique et politique au Vénézuela. Pour éviter les critiques, elle répugne à décrire comment la rupture des approvisionnements a été provoquée par une bourgeoisie importatrice qui trafique avec les dollars et organise la paralysie des réseaux de distribution en espérant saper la légitimité du président Maduro.

Indifférente aux mouvements de fond, cette gauche se contente de participer à l'agitation de surface. En proie à une sorte de divertissement pascalien qui la distrait de l'essentiel, elle ignore le poids des structures. A croire que pour elle, la politique n'est pas un champ de forces, mais un théâtre d'ombres. Elle prend parti pour les minorités opprimées à travers le monde en omettant de se demander pourquoi certaines sont visibles et d'autres non. Elle préfère les Kurdes syriens aux Syriens tout court parce qu'ils sont minoritaires, sans voir que cette préférence sert leur instrumentalisation par Washington qui en fait ses supplétifs et cautionne un démembrement de la Syrie conforme au projet néo-conservateur. Elle refuse de voir que le respect de la souveraineté des Etats n'est pas une question accessoire, qu'elle est la revendication majeure des peuples face aux prétentions hégémoniques d'un Occident vassalisé par Washington, et que l'idéologie des droits de l'homme et la défense des LGBT servent souvent de paravent à un interventionnisme occidental qui s'intéresse surtout aux hydrocarbures et aux richesses minières.

On pourra chercher longtemps, dans la production littéraire de cette gauche qui se veut radicale, des articles expliquant pourquoi à Cuba, malgré le blocus, le taux de mortalité infantile est inférieur à celui des USA, l'espérance de vie est celle d'un pays développé, l'alphabétisation est de 98% et il y a 48% de femmes à l'Assemblée du pouvoir populaire (merci à Salim Lamrani et à Flavien Ramonet, enfin, de l'avoir fait). On n'y lira jamais, non plus, pourquoi le Kérala, cet Etat de 33 millions d'habitants dirigé par les communistes et leurs alliés depuis les années 50, a l'indice de développement humain de loin le plus élevé de l'Union indienne, et pour quelle raison les femmes y jouent un rôle social et politique de premier plan. Car les expériences de développement autonome et de transformation sociale menées loin des projecteurs dans des contrées exotiques n'intéressent guère nos progressistes, fascinés par l'écume télévisuelle et les péripéties du barnum politicien.

 

Dopée à la moraline, intoxiquée par le formalisme petit-bourgeois, la gauche boboïsée signe des pétitions, elle intente des procès et lance des anathèmes contre des chefs d’Etat qui ont la fâcheuse manie de défendre la souveraineté de leur pays. Ce manichéisme lui ôte la pénible tâche d'analyser chaque situation concrète et de regarder plus loin que le bout de son nez. Elle fait comme si le monde était un, homogène, traversé par les mêmes idées, comme si toutes les sociétés obéissaient aux mêmes principes anthropologiques, évoluaient selon les mêmes rythmes. Elle confond volontiers le droit des peuples à s'auto-déterminer et le devoir des Etats de se conformer aux réquisits d'un Occident qui s'érige en juge suprême. Elle fait penser à l'abolitionnisme européen du XIXème siècle, qui voulait supprimer l'esclavage chez les indigènes en y apportant les lumières de la civilisation au bout du fusil. La gauche devrait savoir que l'enfer de l'impérialisme aujourd'hui, comme du colonialisme hier, est toujours pavé de bonnes intentions. Lors de l'invasion occidentale de l'Afghanistan, en 2001, on n'a jamais lu autant d'articles, dans la presse progressiste, sur l'oppression des femmes afghanes et l'impératif moral de leur libération. Après quinze ans d'émancipation féminine au canon de 105, elles sont plus couvertes et illettrées que jamais. 

30 aout 2017

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Le « smicard » danois gagne son steak en une heure, l’Indonésien en une journée

Il faut 15000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande de bœuf.

Une heure pour gagner son beefsteak à Copenhague, une journée à Jakarta : l’accès à la consommation de viande varie considérablement d’un point à l’autre du globe, comme le souligne une étude effectuée pour le compte de la société Caterwings.

Pour établir ce baromètre, ABCD agency, l’entreprise de relations publiques qui a réalisé l’étude, s’est basée sur le salaire minimum du pays concerné et une moyenne de prix établie à partir des tarifs d’enseignes de grandes surfaces (jusqu’à trois par pays).

En ce qui concerne le Danemark, il se positionne parmi les pays ayant le salaire minimum le plus élevé, sans pour autant avoir « une viande vraiment plus coûteuse que la moyenne mondiale », selon Caterwings, ce qui explique cet accès facile à la consommation de viande pour les Danois.

Le Danemark est talonné par son voisin suédois, qui doit trimer un peu moins d’une heure et demie pour gagner sa ration de viande rouge. Une heure et demie, c’est exactement le temps qu’il faut au Smicard australien pour obtenir son steak, dans ce pays qui engloutit, selon cette étude inédite, la plus grosse quantité de protéines animales.

A l’inverse, le travailleur indonésien en bas de la grille salariale, doit lui faire face à des inégalités criantes, ce pays étant le 6e plus mal loti en la matière dans le monde.
Il doit donc travailler plus de 23 heures et demi pour obtenir son morceau de viande.

En ce qui concerne la France, il faut compter près de deux heures et quart à un récipiendaire du salaire minimum pour remplir son assiette, soit exactement le même laps de temps que chez le voisin allemand.

Au pays d’origine du barbecue, le bas salaire américain devra pour sa part travailler un peu plus de deux heures et demie pour saisir sa grillade.

Ce travail de recherche s’est concentré sur les pays qui produisent et consomment le plus de protéines animales, précise Caterwings, une entreprise de restauration qui met en contact grossistes en nourriture et entreprises.

Ces données ont été obtenues en analysant les prix de la viande dans les plus grandes villes de chaque pays, représentant à chaque fois au moins 25% de la population du pays concerné.

 

Source: https://assawra.blogspot.fr/2017/08/le-smicard-danois-gagne-son-steak-en.html

29 aout 2017

 

Les contrats multirisques habitation, comment 33 millions de français sont roulés dans la farine

Vous avez un contrat assurance multirisques habitation ? Eh bien, lisez ceci

Il y a là deux papiers qui se télescopent un peu.

Considérant que, selon l’Association Française des Assureurs (AFA, http://www.ffa-assurance.fr/chiffre-cle), il existe 33 millions de ces contrats produisant un chiffre d’affaires (ou d’encaisse de cotisations) s’élevant à 9,3 milliards d’Euros annuellement, il s’agit là d’un énorme marché concernant la plupart des français.

Les contrats d’assurance multirisques habitation mis sur le marché en France, et malgré un louable effort de pédagogie de la part de certains assureurs, contiennent trop de rubriques confuses qui renvoient à différentes parties du contrat, ce qui est source d’interprétations diverses. Ces contrats, exprimés dans les conditions générales servent le plus souvent à produire des effets d’annonce ne correspondant pas à la réalité. L’assuré qui souscrit un contrat se croit couvert contre les risques mentionnés, mais découvre en cas de sinistre, et alors seulement, une réduction considérable des garanties, avec les pertes financières en résultant.

Une des clauses abusives les plus courantes est celle qui découle d’un article du code des assurances. Cet article permet d’introduire la vétusté des biens lors de l’application des garanties. Elle est dérivée de l’article L.121-1 du code des assurances :

« L’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité ; l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre. Il peut être stipulé que l’assuré reste obligatoirement son propre assureur pour une somme, ou une quotité déterminée, ou qu’il supporte une déduction fixée d’avance sur l’indemnité du sinistre. »

La première remarque est que cet article ne figure jamais dans les conditions générales des contrats alors que tant d’autres (code civil, code des assurances) sont indiqués. [Cette loi est trop lourde de conséquences pour qu’on en laisse aux seuls assureurs l’entière liberté d’application]. Cette loi ne s’adresse qu’à l’aspect financier du contrat et pas du tout à la privation de la fonction des objets, c’est-à-dire au confort et à la qualité de vie du souscripteur. Faut-il rappeler qu’un bâtiment n’est pas qu’une somme d’argent, de même qu’un équipement électroménager n’est pas une somme, mais une fonction. C’est une question de point de vue, il est vrai.

Cet article de loi permet d’introduire la notion de vétusté des biens assurés . Les quatre piliers de la vétusté pour les assureurs sont les suivants :

1. Vétusté de l’immobilier (souvent appliquée à 25%, pourquoi ?) 2. Vétusté du mobilier (là, toutes les cas de figure sont possibles) 3. Vétusté des effets personnels, literie, linge de maison (preuves d’âge impossibles à fournir) 4. Vétusté de l’audio-visuel, électroménager, électronique (limitée aux matériels pratiquement neufs avec valeur vénale égale à zéro après 5 ou 7 ans).

Peu de contrats offrent la possibilité de souscription sans vétusté pour les catégories 1 et 2. Dans les cas 3 et 4 il faut noter que la vétusté est appliquée de façon souvent arbitraire et ne permettant pas à l’assuré de mesurer son impact financier en l’absence de grilles ou d’explications claires de méthodes de mesure. Dans tous les cas, elle est appliquée de façon arbitraire en pourcentage de la valeur vénale des biens considérés. Par exemple 25% (cas général), ou encore elle est liée à la durée de possession du bien. Ainsi, un appareil électronique ou audio-visuel se voit appliquer une vétusté en fonction du nombre d’années de possession de ce matériel neuf. Les taux de vétusté sont appliqués à hauteur de 10% par an ou encore valeur zéro du bien après 7 ans et parfois moins, avec toutes les variantes possibles dans les contrats. Pourquoi ces chiffres ? C’est la décision unilatérale de l’assureur dont le langage ne se prive pas des termes « valeur à neuf », « remplacement valeur à neuf », « valeur vénale », etc.

La question se pose donc, comment en l’absence de toute mesure et de toute méthode, l’assuré peut-il connaître les risques pécuniaires qu’il encourt ? Alors que l’assureur, lui, est parfaitement au courant des risques calculés à l’aide des statistiques de ses actuaires liées à son activité. Il s’agit d’un partage très inéquitable des risques, imposés par l’assureur.

A cela il faut ajouter, comme je l’ai souligné par un courrier à la DGCCRF et à la sous-direction des assurances Assur-1 de Bercy, que l’assureur continue à percevoir les mêmes cotisations alors que le risque diminue avec les années.

Récemment, à la suite d’un litige que j’ai eu avec un assureur dans le cadre d’une assurance multirisque habitation, je me suis penché sur les contrats proposés par les assureurs. Après avoir examiné une dizaine de contrats qui comptent en moyenne entre 60 et 90 pages, j’ai eu la surprise de constater que ces contrats contiennent des informations tronquées présentées à grands renforts de déclarations habiles et racoleuses. Les exclusions dans ces contrats sont très nombreuses, et les silences des contrats, laissés à la seule interprétation des assureurs, mènent à de nombreux abus. Leur complexité même rend aléatoire un recours à la concurrence, dans bien des cas.

Clause abusive concernant la vétusté dans les contrats d’assurance habitation

Les conditions générales des contrats d’assurance habitation contiennent tous une clause appliquant la vétusté en cas de sinistre aux biens immobiliers et mobiliers lors de l’application des garanties. Tous les contrats annoncent triomphalement qu’il y aura un “remplacement valeur à neuf” afin de séduire le client. Mais la question se pose : quel est le rôle de la clause de vétusté dans la vie du contrat, et comment l’assuré peut-il réagir ?

Pour les biens mobiliers, les effets personnels et la literie sont tous concernés par un facteur de vétusté. Ce dernier est limité à 70% au maximum, à raison de 10% par an. Les équipements électriques, électro-ménager et audio-visuels ou informatiques sont systématiquement soumis à une vétusté sur une période s’étendant de 3 à 5 ans en général, suivant les contrats. La valeur résiduelle atteint souvent 0%. La vétusté est dans tous les cas calculée en fonction de l’âge du bien ou de l’objet sur une base annuelle, avec preuve de la date de son acquisition. Cette vétusté est donc déductible de la valeur à neuf (ou valeur vénale) de remplacement de l’objet.

Ces considérations sont purement économiques et ne touchent jamais aux fonctions d’usage ou de confort de l’assuré. La privation de l’usage d’un objet n’a aucune valeur pour l’assureur qui se réfère à la loi (L 121-1 du code des assurances) qui ne parle que d’indemnité et “d’enrichissement” possible (sic) de l’assuré, qui est interdit. Par contre, l’assureur, lui, s’enrichit à coup sûr. La diversité des offres permet au souscripteur de choisir entre différents produits, comme exposé ci-dessus. Pour les biens immobiliers, le client peut choisir une garantie sans vétusté, mais pas tous les assureurs offrent cette possibilité. Le client semble avoir le choix et c’est séduisant. Mais tous ces calculs sont assez compliqués et les erreurs d’estimation restent la règle.

Devant cette confusion, il est permis de considérer ces clauses de vétusté comme abusives pour les raisons suivantes, particulièrement frappantes pour les biens mobiliers (meubles, etc.).

D’une année sur l’autre, la vétusté augmente à partir du prix d’acquisition de l’objet à neuf. Par contre la prime versée par l’assuré augmente aussi selon les indices autorisés... Il en résulte pour l’assureur un double avantage financier. Les primes augmentent et les garanties diminuent car la vétusté prend un effet croissant d’année en année, mais tout en restant bloquée à 70% ou 75% de la valeur vénale. Par ce procédé de ciseau bien connu (baisse de l’indemnité et augmentation de la prime/cotisation), l’assuré voit donc ses primes augmenter mais sa couverture diminuer avec les années pendant les 7 premières années des biens mobiliers acquis à neufs. Il s’agit bien là d’une clause abusive ou d’un contrat léonin, au choix.

Pour limiter cet abus il est bien prévu de bloquer la vétusté à une valeur donnée (remboursement minimum à hauteur de 25 ou 30% de la valeur vénale). Par exemple, si j’assure mon mobilier à hauteur de 100000€, après sinistre pour des mobiliers vieux de 7 ans et plus (pourquoi 7 ans, chiffre biblique ?), compte tenu de la vétusté, je ne pourrais prétendre qu’à 30000€ de couverture (la vétusté étant bloquée au bout d’un certain nombre d’années, à raison de 10% par an – pourquoi ce chiffre ?) pour en effectuer le remplacement. Je devrais avoir l’option d’assurer mes biens pour une somme supplémentaire fixe afin d’effectuer un rééquipement dans de bonnes conditions. Les assureurs n’offrent jamais ce genre d’option et l’assuré est totalement démuni s’il subit un sinistre. Il n’obtient le plus souvent que 25 ou 30% de la valeur vénale de ses biens malgré l’annonce racoleuse de “remplacement valeur à neuf” et du plafond que le client s’est fixé. Ce n’est que lorsqu’un sinistre se produit que le client découvre vraiment la situation, qui reste très désavantageuse pour lui.

Et là, peu d’assurés font ce calcul. Au contraire, les assurés ont tendance à gonfler le plafond de leur couverture (100000€ dans le cas cité) pour prendre en compte la vétusté et accroître le plafond de leur remboursement. Ce dernier chiffre, donnant lieu à une augmentation des cotisations n’est jamais vérifié par l’assureur. Mais cela reste un calcul très approximatif puisqu’on ne connaît pas la valeur de son mobilier au moment de la prise de décision (on ne peut que l’estimer à sa valeur de remplacement à neuf, ce qui est difficile, puis estimer sa vétusté au fil des ans). Exercice très délicat, source de nombreux contentieux. Mais, dans tous les cas de figure augmentation des primes. Et en attendant, lorsque l’option vétusté est choisie, les primes continuent à augmenter et la couverture à diminuer. Tous les programmes contenant des clauses de vétusté sont donc à revoir.

Ce plafond plus élevé s’accompagne donc d’une augmentation de prime pour l’assuré ! Dans ce cas, les assureurs gardent un silence bien compréhensible puisqu’il est à leur avantage. C’est le rapport asymétrique entre assureur et assuré (voir les travaux des Américains George A. Akerloff et Arrow en 1963, A. Michael Spence et Joseph E Stiglitz, Prix Nobels 2001). En France, il est vrai, ces concepts n’intéressent personne, et pour cause.

Il n’est donc pas rare que les clients soient dans une confusion totale et se trouvent démunis en cas de sinistre. Ils effectuent très souvent des souscriptions en ligne sans avoir vu les conditions générales. Sur certains sites internet, la signature du contrat se fait sans avoir pris connaissance des conditions générales, et certains assureurs refusent même de les fournir au prétexte que les clients ne les lisent pas !. Deux assureurs m’ont même assuré que personne ne lisait ces contrats. Les conditions générales font entre 60 et 90 pages, et malgré les efforts de clarté de certains assureurs, restent difficiles à analyser. Les propositions de “remplacement valeur à neuf”, mais avec vétusté restent une parfaite antinomie.

Il est aussi à noter, dans les conditions générales, que la vétusté est représentée sous sa forme la plus anodine, par exemple 10% par an, avec un plancher indiquant qu’elle ne peut descendre au-dessous de 75%. Dans les contrats, le chiffre réel de 75% de perte de valeur n’est jamais mentionné, mais seulement les 25% de la valeur restants. Mais, pour un capital de 100000€ de couverture, il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir que ce capital de couverture est réduit en fait de 75000€... Peu de souscripteurs font ce calcul. Ils sont tous leurrés par cette somme impressionnante (je suis couvert à hauteur de 100000€) et se croient bien protégés. Belle illusion entretenue dans le silence du contrat.

Considérant le nombre important de ces contrats en France, il serait urgent de se pencher sur ce problème. Il serait très souhaitable que les assureurs illustrent leurs propositions à l’aide de simulations chiffrées et fassent part du risque encouru aux souscripteurs. L’assurance n’est-elle pas la couverture d’un risque ? C’est peut-être le cas, mais à minima.

L’assurance à la personne n’a rien à voir dans une assurance habitation. Tous les chapitres concernant l’assistance à la personne sont extrêmement complexes et ne devraient pas être inclus dans le corps du contrat principal. Cela représente un frein à a concurrence. Car un assuré peut trouver des produits/services intéressants dans le reste du contrat, mais sera en butte à la complexité des clauses dans le chapitre « assistance à la personne ». Ce chapitre devrait pouvoir être négocié séparément. Car, entre l’assurance des personnes et l’assurance des biens il s’agit de deux produits très différents.

Toutes ces clauses résultent sans doute d’un empilement de garanties ajoutées au fil du temps, rendant les contrats obscurs, décourageant les assurés et donnant libre cours à l’arbitraire des assureurs.

C’est une situation confortable qui avantage considérablement les assureurs vis à vis de leurs clients qui, dans les faits, ne savent jamais ce qui les attend en cas de sinistre. En France il existe une relation très déséquilibrée entre assureur et assuré. Serait-ce là ce qu’on appelle les lois du marché ? Où le plus fort (ou mieux informé et plus habile) profite des silences du contrat et abuse du plus faible. Ce cas est-il unique en France, et qu’en est-il de la régulation européenne (à condition qu’elle existe) ? Dans notre pays les instances régulatrices chargées de veiller à l’équité de ces contrats ont donc failli. Il y a dans ce domaine une complaisance de l’Etat, une passivité proprement consternante.

La mise à plat des contrats d’assurance habitation représente un gros travail et nécessiterait la participation de plusieurs personnes dans un groupe de travail : juristes, usagers et représentants d’un groupe politique pour faire avancer les choses. Il serait nécessaire d’interpeller le ministère de la consommation chargé de veiller à l’équité de ces contrats et d’obtenir des résultats. Chose délicate en période d’élections où ce papier a été rédigé.

Une touche ironique pourrait être ajoutée à cette situation. Certains assureurs offrent le remboursement d’un soutien psychologique de l’assuré en cas de sinistre. Ce pauvre assuré en a bien besoin, surtout quand il constate que sur les 100000€ (par exemple) de couverture auxquels il pensait avoir droit pour protéger ses biens, il s’aperçoit qu’il perd 75000€ en raison du principe de vétusté expliqué ci-dessus. août 2016

Je me suis adressé à diverses entités telles que la DGCCRF, à l’organisme de contrôle des assurances et même au ministère des finances censées contrôler les assureurs, mais sans succès. Au ministère des Finances, le bureau chargé du contrôle des assurances m’a répondu que ma demande était du ressort de la commission des clauses abusives. Mais, cette commission n’est pas accessible à un particulier, ni sans doute à un député. Donc retour à la case départ.

En désespoir de cause, je me suis adressé à la députée de ma circonscription (dont j’ai tu le nom) qui a bien voulu adresser une question écrite au ministère des finances. Voici la réponse : pour des raisons techniques Bercy s’est défilé. La question, posée le 7 mars 2017 a été retirée ! Je laisse le lecteur conclure...

Rubrique >assurances Tête d’analyse >contrats Analyse > contrats multirisques habitation. Question publiée au JO le : 07/03/2017 Date de changement d’attribution : 18/05/2017 Question retirée le : 20/06/2017 (fin de mandat)

Texte de la question "Mme XXXX attire l’attention de M. le ministre de l’économie et des finances sur les contrats multirisques habitation. De nombreux assurés se considèrent protégés contre les risques mais découvrent, lors d’un sinistre, que la garantie n’atteint pas le niveau de réparation attendu. Ils dénoncent une telle minoration au regard d’une détermination unilatérale d’un coefficient la vétusté des biens. Dans le même temps, ils dénoncent aussi un montant de cotisation identique ou majoré alors que le bien, si l’on s’en tient au coefficient de vétusté appliqué, en toute logique, a baissé en valeur. Enfin, si l’assuré peut demander une révision de ses cotisations lorsque les risques encourus diminuent, celle-ci n’est pas spécifiée dans le contrat. Pour toutes ces raisons, les intéressés font valoir le caractère abusif et opaque des clauses de ces contrats. Aussi, elle lui demande de bien vouloir lui indiquer si le Gouvernement s’est préoccupé de cette situation et si des mesures sont envisagées pour remédier à cet état de fait."

 

Que faire ? Je ne sais pas comment créer une pétition en ligne. Quelqu’un peut-il m’aider ? Merci.

28 aout 2017

 

 

Le gouvernement français punira d’amende et de séance de rééducation politique les discussions privées jugées déviantes

BREIZATAO – POLITIKEREZH  Le gouvernement français a passé un décret le 3 août dernier lui permettant de punir les discussions privées dont il juge le contenu hostile ou non conforme à l’idéologie officielle.

Le Décret n° 2017-1230 du 3 août 2017 « relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire » doit « améliorer la lutte contre les manifestations de racisme, de sexisme et d’homophobie pouvant se produire dans des lieux non publics, comme au sein des entreprises ou des établissements scolaires ».

En d’autres termes, une discussion privée entre deux personnes pourra être réprimée beaucoup plus durement par le gouvernement.

Parmi les peines prévues en cas de discussions jugées idéologiquement déviantes par l’État Français, encourant des peines d’amende, une interdiction de détenir une arme pendant trois ans, leur confiscation, des travaux et séances de rééducation politique.

(Source : Riposte Laïque)

 

via:http://breizatao.com/2017/08/17/le-gouvernement-francais-punira-damende-et-de-seance-de-reeducation-politique-les-discussions-privees-jugees-deviantes/

27 aout 2017

 

Les néocons poussent les USA et le monde dans une crise dangereuse

D’abord, mes prévisions

En octobre dernier, j’ai écrit une analyse que j’ai intitulé Les États-Unis sont à la veille d’affronter la pire crise de leur histoire… et comment l’exemple de Poutine pourrait inspirer Trump et je pense que c’est une bonne chose d’y revenir maintenant. Je commençais l’analyse en examinant les calamités qui pourraient frapper les États-Unis si Hillary était élue. Puisque ce n’est pas arrivé (Dieu merci !), nous pouvons sans problème ignorer cette partie et regarder ma prédiction de ce qui arriverait si Trump était élu. Voici ce que j’écrivais.

Trump gagne.  Problème : il sera complètement seul. Les néocons ont un contrôle total, total je le répète, sur le Congrès, les médias, la banque et la finance, et les tribunaux. De Clinton à Clinton, ils ont profondément infiltré le Pentagone, Foggy Bottom [quartier où se trouvent de nombreux services gouvernementaux, NdT] et les agences à trois lettres. La Fed est leur fief. Comment diable Trump pourrait-il faire face à ces féroces « fous dans la cave » Regardez la campagne de haine vicieuse que toutes ces« personnalités » (depuis les acteurs jusqu’aux journalistes en passant par les politiciens) ont déchaîné contre Trump – elles ont brûlé leurs vaisseaux, elles savent qu’elles perdront tout si Trump l’emporte (et s’il prouve qu’il se laisse facilement avoir, son élection ne fera aucune différence). Les néocons n’ont rien à perdre et ils combattront jusqu’au bout. Que pourra faire Trump pour que les choses changent s’il est entouré de néocons et de leurs agents d’influence ? Mettre en place une équipe totalement différente ? Comment va-t-il les sélectionner ? Son premier choix a été de prendre Pence comme vice-président – un désastre (il est déjà en train de saboter Trump sur la Syrie et le résultat des élections). Je redoute d’apprendre qui Trump désignera comme chef de cabinet à la Maison blanche et je crains qu’il ne nomme quelque nouvelle version du tristement célèbre Rahm Emanuel uniquement pour calmer les néocons…  Et si Trump prouvait qu’il a à la fois des principes et du courage, les néocons peuvent toujours le liquider et le remplacer par Pence. Et voilà ! [En français dans le texte, NdT]

Je poursuivais en suggérant que le seul choix de Trump serait de suivre l’exemple de Poutine et de faire aux néocons ce que Poutine avait fait aux oligarques. À l’évidence ce n’est pas ce qui s’est passé. En effet, un mois après l’élection de Trump, j’ai écrit une autre analyse intitulée Les néocons et l’« État profond » ont châtré la présidence de Trump, c’est cuit, les gars !

Il y a moins d’un mois, j’ai averti qu’une révolution de couleur était en cours aux États-Unis. Mon premier élément de preuve était la prétendue « enquête » que la CIA, le FBI, la NSA et d’autres menaient contre le candidat du président Trump au poste de conseiller à la sécurité, le général Flynn. Ce soir, le complot pour se débarrasser de Flynn a finalement réussi et le général Flynn a dû offrir sa démission. Trump l’a acceptée. Maintenant, mettons immédiatement une chose de côté : Flynn était loin d’être un saint ou un homme parfaitement sage qui aurait sauvé tout seul le monde. Il ne l’était pas. Cependant, Flynn était tout simplement la pierre angulaire de la politique de sécurité nationale. (…) L’« État profond », dirigé par les néocons, a forcé Flynn à démissionner sous le prétexte idiot qu’il avait eu une conversation téléphonique avec l’ambassadeur de Russie sur une ligne ouverte, non sécurisée et clairement surveillée.  Et Trump a accepté cette démission. Depuis que Trump est arrivé à la Maison Blanche, il a pris coup sur coup de la part des médias néocon-sionistes, du Congrès, de toutes les « stars » de Hollywood, culs doublement bénits, bien-pensants et propres sur eux, et même des politiciens européens. Et Trump a encaissé chaque coup sans jamais riposter. Nulle part on n’a vu son fameux « Vous êtes viré ! ». Mais j’avais encore de l’espoir. Je voulais espérer. Je sentais que c’était mon devoir d’espérer. Mais maintenant, Trump nous a tous trahis. Je le répète, Flynn n’était pas mon héros. Mais il était, tout compte fait, le héros de Trump. Et Trump l’a trahi. Les conséquences de tout cela seront immenses. Pour une raison : Trump est maintenant clairement brisé. Il n’a fallu que quelques semaines à l’« État profond » pour castrer Trump et le faire s’incliner devant les puissances établies. Ceux qui auraient voulu le soutenir comprendront maintenant qu’il ne les soutiendra pas eux-mêmes et ils s’éloigneront tous de lui. Les néocons se sentiront des ailes d’avoir éliminé leur pire ennemi et, enhardis par cette victoire, ils pousseront leur avantage, doublant la mise encore et encore. C’est fini, les gars, l’État profond a gagné.

Je concluais ensuite que les conséquences de cette victoire seraient catastrophiques pour les États-Unis :

Dans leur rage haineuse contre Trump et le peuple américain – c’est-à-dire « le panier de déplorables » –, les néocons ont dû montrer leur vrai visage. Par leur rejet du résultat des élections, leurs émeutes, leur diabolisation de Trump, les néocons ont mis en évidence deux choses cruciales : premièrement que la démocratie américaine est une sinistre plaisanterie et qu’eux, les néocons, sont un régime d’occupation qui gouverne contre la volonté du peuple américain. En d’autres termes, exactement comme Israël, les États-Unis n’ont plus de légitimité. Et puisque, tout comme Israël, les États-Unis sont incapables d’effrayer leurs ennemis, ils sont fondamentalement nus, sans légitimité, sans capacité de coercition. Donc oui, les néocons ont gagné. Mais leur victoire élimine la dernière chance pour les États-Unis d’éviter un effondrement.

Je crois que ce que nous voyons aujourd’hui sont les premiers signes de l’effondrement imminent.

Les symptômes de l’agonie

·         À l’extérieur, la politique étrangère des États-Unis est essentiellement « gelée » et, à la place d’une politique étrangère nous avons une longue série de menaces vides lancées à une liste de pays diabolisés à qui sont promises maintenant « les flammes de l’enfer » s’ils osaient désobéir à Oncle Sam. Si c’est bon pour faire les grands titres, cela ne qualifie pas pour faire une « politique » quelle qu’elle soit (j’ai discuté longuement de cette question lors de ma récente interview avec South Front). Ensuite, il y a le Congrès qui a fondamentalement déchu Trump de ses pouvoirs de diriger la politique étrangère. Cette forme étrange et illégale de « vote de défiance » martèle encore dans son message que Trump est soit un fou, soit un traître, soit les deux.

·         À l’intérieur, Trump est maintenant accusé des dernières émeutes à Charlottesville ; après avoir été un agent de Poutine, il est encore diabolisé comme une sorte de nazi (voir le premier et le second avertissement de Paul Craig Roberts à propos de cette dynamique).

·         Sur le plan organisationnel, il est clair que Trump est entouré d’ennemis comme l’illustre le fait absolument scandaleux qu’il ne peut même pas parler à un chef d’État étranger sans que la transcription de cette conversation ne soit divulguée aux siomédias.

Je crois que ce sont là des étapes préliminaires pour préparer une crise majeure et l’utiliser pour chasser Trump, soit par un processus d’impeachment soit par la force sous prétexte de crise. Regardez le message que les siomédias ont martelé dans les esprits de la population américaine.

La préparation psychologique pour le coup d’État à venir : les terrifier tous à mort

 

Voici trois exemples très parlants tirés de la couverture de Newsweek :

Posez-vous la question : quel est le message ici ?

Trump est un traître, il travaille pour Poutine, Poutine veut détruire la démocratie aux États-Unis et maintenant, ces deux hommes sont ensemble les deux personnes les plus dangereuses sur la planète. C’est un « complot contre l’Amérique », pas moins !

Pas mal, n’est-ce pas ?

« Ils » sont clairement là pour « nous » avoir et « nous » sommes terriblement en danger : Kim Jong-un est sur le point de déclarer une guerre nucléaire aux États-Unis, Xi et Poutine menacent le monde avec leurs armées et « notre » propre président est arrivé au pouvoir grâce au « KGB russe » et aux « hackers de Poutine », il travaille maintenant pour les Russes, il est aussi à l’évidence un nazi, un suprémaciste blanc, un raciste et, peut-être un « nouvel Hitler » (tout comme Poutine, bien sûr !).

Et puis il y a ces musulmans et ces Aye-rabs vraiment effrayants qui apparemment ne veulent que deux choses dans la vie : détruire « notre mode de vie » et tuer tous les « infidèles ». C’est pourquoi nous avons besoin de la TSA, de 16 agences de renseignement et de troupes de police militarisées SWAT partout : au cas où les terroristes viendraient nous prendre là où nous vivons.

De dangereuses conséquences internationales

Tout cela serait assez drôle si ce n’était pas extrêmement dangereux. D’une part, les États-Unis s’en prennent vraiment à un dangereux ennemi lorsqu’ils essaient constamment de faire peur à Kim Jong-un et au gouvernement de la RPDC. Non, pas à cause des armes nucléaires nord-coréennes (qui ne sont probablement pas des ICBM capables de lancer des armes nucléaires mais une combinaison pas nécessairement compatible de « dispositifs » nucléaires et de missiles balistiques à portée intermédiaire), mais à cause de l’immense et difficile tâche de détruire l’armée conventionnelle nord-coréenne. La vraie menace, ce n’est pas les missiles, mais une combinaison mortelle d’artillerie conventionnelle et de forces spéciales qui représente un très faible danger pour les États-Unis ou leur armée, mais qui constitue une énorme menace pour la population de Séoul et de la partie nord de la Corée du Sud. Les armes nucléaires, sous quelque forme que ce soit, sont vraiment un problème en plus, un « glaçage » toxique sur un « gâteau conventionnel » déjà très dangereux.

Aparté

Un cauchemar de la vie réelle : maintenant, si vous voulez vraiment vous terrifier vous-même et rester éveillé toute la nuit, considérez ce qui suit. Alors que je crois personnellement que Kim Jong-un n’est pas fou et que le principal objectif des dirigeants nord-coréens est d’éviter une guerre à tout prix, que se passe-t-il si je me trompe ?  Qu’en est-il si ceux qui disent que les dirigeants nord-coréens sont totalement fous ont raison ? Ou, ce que je crois beaucoup plus probable, si Kim Jong-un et les dirigeants nord-coréens sont parvenus à la conclusion qu’ils n’ont rien à perdre, que les Américains vont tous les tuer, en même temps que leurs familles et leurs amis ? Que pourraient-ils faire, théoriquement, s’ils sont vraiment désespérés ? Eh bien, permettez-moi de vous le dire : oubliez Guam, pensez Tokyo ! En effet, tandis que la RPDC pourrait dévaster Séoul avec des systèmes d’artillerie dépassés, ses missiles sont probablement capables de frapper Tokyo ou la région de Keihanshin qui englobe Kyoto, Osaka et Kobé, y compris les industries clés de la région industrielle de Hanshin. La zone du Grand Tokyo (la région de Kanto) et la région de Keihanshin sont très densément peuplées (37 et 20 millions d’habitants, respectivement) et contiennent un très grand nombre d’industries, dont beaucoup déclencheraient un désastre écologique aux proportions immenses si elles étaient frappées par des missiles. Non seulement cela, mais une attaque sur les principaux nœuds économiques et financiers du Japon donnerait probablement lieu à un effondrement international genre 9/11. Donc si les Coréens du Nord voulaient vraiment, vraiment nuire aux Américains, ce qu’ils pourraient faire est de frapper Séoul et des villes importantes au Japon entraînant une immense crise politique pour la planète entière. Pendant la Guerre froide, nous avions coutume d’étudier les conséquences d’une attaque soviétique contre le Japon et la conclusion était toujours la même : le Japon ne peut se permettre aucune guerre. Le territoire japonais est trop petit, trop densément peuplé, trop riche en cibles lucratives et une guerre dévaste tout le pays. C’est encore vrai aujourd’hui, encore plus. Imaginez seulement la réaction en Corée du Sud et au Japon si une attaque américaine folle sur la RPDC entraînait une frappe de missiles sur Séoul et Tokyo ! Les Sud-Coréens ont déjà fait connaître leur position sans aucune ambiguïté, d’ailleurs. Quant aux Japonais, ils placent officiellement leurs espoirs dans des missiles (comme si la technologie pouvait atténuer les conséquences de la folie !). Donc oui, d’accord, la RPDC est extrêmement dangereuse et la pousser dans ses derniers retranchements est totalement irresponsable en effet, armes nucléaires ou non.

Ce que nous observons aujourd’hui est une boucle de rétroaction positive dans laquelle chaque geste des néocons déstabilise plus profondément le système tout entier. Inutile de le dire, c’est extrêmement dangereux et ne peut avoir qu’une catastrophe ou un effondrement final pour résultat. En fait, les signes que les États-Unis perdent totalement le contrôle sont déjà partout, voici seulement quelques gros titres en guise d’illustration :

·         Iran could quit nuclear deal in ‘hours’ if new U.S. sanctions imposed : Rouhani [L’Iran pourrait quitter l’accord nucléaire en quelques « heures » si de nouvelles sanctions lui étaient imposées par les États-Unis : Rouhani].

·         Israel : Netanyahu declares support for a Kurdish state [Israël : Netanyahou déclare son soutien à un État kurde].

·         Syrian forces take 3 more towns en route to Deir ez-Zor in first airborne operation [Les forces syriennes prennent trois villes de plus vers Deir ez-Zor lors d’une première opération aérienne].

·         Maduro calls for nationwide ‘anti-imperialist’ drills after Trump’s threat of ‘military option’ [Maduro appelle à des exercices « anti-impérialistes » à l’échelle nationale après la menace de l’« option militaire » de Trump].

·         Soldiers of the 201st (Russian) base in Tadjikistan have been put on high alert as part of a military exercise [Les soldats de la 201ebase (russe) au Tadjikistan mis en alerte dans le cadre d’un exercice militaire].

·         Confirmed : Turkey to end support for anti-government terrorists in Syria [Confirmé : la Turquie met fin à son soutien aux terroristes anti-gouvernementaux en Syrie].

·         Russia Plans Huge Zapad 2017 Military Exercises With Belarus [La Russie prévoit d’immenses exercices militaires Zapad 2017 avec la Biélorussie].

Une expression française dit que « quand le chat n’est pas là, les souris dansent », et c’est exactement ce qui se passe maintenant : les États-Unis sont à la fois très faibles et essentiellement absents. Quant aux Arméniens, ils disent que « La souris rêve de ce qui pourrait terrifier le chat ». Bon, les « souris » du monde dansent et rêvent, et ignorent tout simplement le « chat ». Chaque mouvement du chat ne fait qu’aggraver les choses pour lui. Le monde change pendant que le chat est occupé à se détruire.

Des conséquences intérieures dangereuses

Les émeutes raciales seraient en tête de ma liste. En fait, elles se passent déjà partout aux États-Unis, mais elles sont rarement présentées en tant que telles. Et je ne parle pas des émeutes « officielles » de Black Lives Matter, qui sont assez mauvaises, je parle des nombreuses mini-émeutes que les médias officiels essaient systématiquement de dissimuler. Ceux qui sont intéressés à ce sujet devraient lire le livre de Colin Flaherty, Don’t Make the Black Kids Angry, qui montre que les attaques racistes par des Noirs sur des Blancs (également dites « chasse à l’ours polaire ») sont en augmentation presque partout dans le pays. De même, à quelqu’un qui persiste obstinément à ignorer la forte corrélation entre la race et le crime devrait lire l’analyse essentielle de Ron Unz, Race and Crime in America.  Maintenant, avant que quelque militant autoproclamé de la police de la pensée m’accuse de racisme : je ne parle pas du tout des causes des problèmes raciaux aux États-Unis. Je dis seulement que la violence raciale y est grave et s’aggrave rapidement.

Le deuxième problème que je vois menacer la société américaine est une délégitimation extrêmement rapide de tout le système politique étasunien et, en particulier, du gouvernement fédéral. Pendant des décennies, les Américains ont voté pour « A » et chaque fois ce qu’ils ont fini par avoir, c’est « non-A ». Parmi les exemples, il y a le célèbre « lisez sur mes lèvres, pas de nouveaux impôts », bien sûr, mais également les promesses d’Obama de stopper les guerres idiotes, et maintenant la promesse de Trump de « drainer le marais ». On a menti aux Américains pendant des décennies et ils le savent. Il y a un fossé grandissant entre les prétendues « valeurs américaines » enseignées dans les écoles et la réalité du pouvoir. Alors que les États-Unis sont officiellement censés défendre la démocratie, la liberté et toutes les bonnes choses préconisées par les Pères fondateurs, la réalité dégoûtante est qu’ils couchent avec les wahhabites, les nazis et les sionistes. L’hypocrisie omniprésente de tout cela menace maintenant de faire tomber tout le système politique étasunien exactement comme l’hypocrisie tout aussi omniprésente du système soviétique a fait tomber l’URSS (si vous êtes intéressé, vous pouvez en lire davantage sur ce thème ici). La simple vérité est qu’aucun régime ne peut survivre longtemps lorsqu’il soutient activement l’exact opposé de ce qu’il est officiellement censé défendre. Le résultat ? Je n’ai pas encore rencontré d’Américain adulte qui croie sincèrement qu’il/elle vit dans « le pays des hommes libres et la maison des braves ». Peut-être que les nourrissons avalent encore ces sottises, mais même les adolescents savent que c’est carrément de la foutaise.

Troisièmement, pour toutes les statistiques encourageantes sur le Dow Jones, le chômage et la croissance, la réalité est que la société américaine se transforme rapidement en une société à trois vitesses : au sommet, un petit nombre de gens obscènement riches, en dessous, une certaine quantité de professionnels qualifiés qui servent les richissimes et qui luttent pour maintenir un style de vie associé dans le passé à la classe moyenne. Et puis l’immense majorité des Américains qui cherchent fondamentalement à gagner « un salaire minimum plus un petit quelque chose » et qui survivent essentiellement en ne payant pas pour l’assurance santé, en ayant généralement deux emplois, en mangeant de la « bouffe prolo » bon marché et malsaine et en renonçant à ce dont tout travailleur américain pouvait profiter dans les années 1950 et 1960 (un parent à la maison, des vacances payées, une deuxième maison pour les vacances, etc.). Les Américains sont pour la plupart des gros bosseurs et, jusqu’à présent, la plupart d’entre eux survivent, mais ils sont aussi pour la plupart à un salaire de la pauvreté vraiment grave. Beaucoup d’entre eux ne font que joindre les deux bouts parce que leurs parents et leurs grands-parents les aident (c’est également vrai pour l’Europe du Sud, d’ailleurs). Un segment important de la population américaine survit maintenant grâce à Walmart et à Dollar Store. Une fois que cela ne marche plus, les tickets alimentaires sont la dernière option. Cela, ou la prison, bien sûr.

Combinez tout cela et vous obtenez une situation extrêmement explosive, potentiellement. Il n’est pas surprenant que lorsque tant d’Américains ont entendu le commentaire d’Hillary sur le « panier de déplorables », ils aient pris cela comme une déclaration de guerre

Et que prévoient les néocons pour faire face à tout ça ?

En réprimant la liberté d’expression et la dissidence, bien sûr ? Quoi d’autre ?

Leur unique réponse – la répression bien sûr !

YouTube, Google, Facebook, Twitter – tous sont en train de réprimer le « mauvais » discours qui comprend à peu près n’importe quel sujet qui fait froncer les sourcils à une grande variété de ceux qui se décrivent eux-mêmes comme « libéraux »GoDaddy et Google poursuivent même des noms de domaine. Certes, personne n’est jeté en prison pour défendre, disons, le Deuxième amendement, mais ils sont « démonétisés » et leurs comptes sont simplement fermés. Ce ne sont pas les flics qui répriment la liberté d’expression, c’est « l’Amérique des affaires », mais l’effet est le même. Apparemment, les néocons ne réalisent pas que la censure n’est pas une stratégie viable à l’ère d’Internet. Ou peut-être le réalisent-ils et essaient-ils délibérément de provoquer une réaction ?

Ensuite il y a la campagne de diffamation dans les médias : à moins de faire partie d’une sorte de « minorité », vous êtes supposé être néfaste de naissance et coupable de tous les maux sur la terre. Et votre chef est Trump, bien sûr, ou peut-être même Poutine lui-même, voir ci-dessus. Les mâles blancs chrétiens et hétérosexuels feraient mieux de se mettre à l’abri…

Quoi qu’il en soit, par leur insistance maniaque, d’une part à humilier et à écraser Trump et d’autre part à réprimer des millions d’Américains, les néocons commettent une double erreur. D’abord ils montrent leur vrai visage et ensuite, ils déstabilisent les institutions mêmes qu’ils utilisent pour contrôler et diriger ce pays. Cela, bien sûr, ne fait qu’affaiblir les néocons et les États-Unis eux-mêmes et ensuite affaiblit la boucle de rétroaction positive mentionnée plus haut, qui menace maintenant le système international tout entier.

Nous et eux

Ce qui rend l’effondrement graduel de l’Empire anglosioniste particulièrement dangereux est qu’il est de loin le plus grand et le plus puissant empire de l’histoire mondiale. Aucun empire n’a jamais eu le quasi-monopole du pouvoir dont les États-Unis ont joui depuis la Seconde Guerre mondiale. D’une manière ou d’une autre, militaire, économique, politique, sociale, les États-Unis sont sortis de la Seconde Guerre mondiale comme un géant et alors qu’il y a eu des hauts et des bas au cours des décennies qui ont suivi, l’effondrement de l’URSS n’a fait que réaffirmer ce qui apparaissait comme leur victoire totale. À mon avis, subjectif il est vrai, le dernier président américain compétent (non, je n’ai pas dit « bon », j’ai dit « compétent ») était George Herbert Walker Bush qui, contrairement à ses successeurs, savait au moins comment gouverner un Empire. Après cela, tout n’est que déclin, de plus en plus rapidement. Et si Obama a probablement été le président le plus incompétent dans l’histoire des États-Unis, Trump sera le premier à être ouvertement lynché pendant qu’il est en poste. Résultat, l’Empire anglosioniste est maintenant comme un immense train de marchandises qui a perdu sa locomotive mais qu’un énorme élan pousse en avant même s’il n’y a plus personne pour le contrôler. Le reste de la planète, à l’exception sans importance des Européens de l’Est, fait des pieds et des mains pour sortir de la trajectoire de ce train incontrôlé. Jusqu’à présents, les rails (bon sens minimum, réalités politiques) résistent plus ou moins, mais un accident (politique, économique ou militaire) pourrait arriver à tout moment. Et c’est très, très effrayant.

Les États-Unis ont entre 700 et 1000 bases militaires dans le monde, tout le système financier international est profondément enchevêtré avec l’économie américaine, le dollar US est toujours la seule véritable monnaie de réserve, les bons du Trésor américain sont détenus par tous les acteurs internationaux importants (y compris la Russie et la Chine), SWIFT est politiquement contrôlé par les États-Unis, qui sont le seul pays au monde qui peut imprimer autant d’argent qu’il veut et, pour couronner le tout, ils ont un énorme arsenal nucléaire. Résultat, un effondrement des États-Unis menacerait tout le monde et cela signifie que personne ne voudrait le provoquer. L’effondrement de l’Union soviétique n’a menacé l’humanité que d’une seule manière : par son arsenal nucléaire. En revanche, tout effondrement des États-Unis menacerait tout le monde de diverses manières.

Donc la vraie question aujourd’hui est celle-ci : le reste de la planète peut-il empêcher un effondrement catastrophique de l’Empire anglosioniste ?

C’est l’ironie de notre situation : même si la planète entière est malade et fatiguée de l’arrogance incompétente des Anglosionistes, personne ne veut que leur Empire s’écroule dans le désastre. Et pourtant, avec les néocons au pouvoir, un tel effondrement semble inévitable, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour tout le monde.

C’est vraiment incroyable, réfléchissez-y : tout le monde hait les néocons, non seulement une majorité d’Américains, mais vraiment la planète entière. Et pourtant ce groupe numériquement faible a en quelque sorte fait en sorte de mettre tout le monde en danger, y compris eux-mêmes, par leur affreux caractère vindicatif, leur arrogance infinie et leur myopie idéologiquement induite. Que cela ait pu se produire, et à l’échelle planétaire, est un témoignage dramatique de la dégradation morale et spirituelle de notre civilisation : comment avons-nous pu laisser aller les choses si loin ?

Et la question suivante, évidente : pouvons-nous les arrêter ?

Honnêtement, je ne sais pas. J’espère, mais je n’en suis pas sûr. Mon plus grand espoir avec Trump était qu’il serait prêt à sacrifier l’Empire pour le salut des États-Unis (le contraire de ce que font les néocons : ils sont prêts à sacrifier les États-Unis pour sauver l’Empire) et qu’il organiserait une transition relativement sûre et, avec un peu de chance, non violente de l’Empire à un « pays normal ». À l’évidence, cela ne se produira pas. Au lieu de quoi, les néocons menacent tout le monde : les Chinois, les Russes, les Nord-Coréens et les Vénézuéliens bien sûr, mais aussi les Européens (économiquement), tout le Moyen-Orient ( (via la « seule démocratie du Moyen-Orient »), tous les pays en développement et même le peuple américain. En plus, ils menacent même le président des États-Unis lui-même, et d’une manière assez peu subtile !

Donc quelle est la suite ?

Vraiment, je ne sais pas. Mais mon sentiment dominant est que Trump sera chassé du pouvoir, soit pour « crimes et délits graves », soit pour « raisons médicales » (ils le déclareront tout simplement fou et inapte à assumer la présidence). À voir combien Trump est faible et mou, il pourrait même être « convaincu » de démissionner. Je ne les vois pas l’assassiner, simplement parce qu’il n’est pas non plus Kennedy. Après cela, Pence arrive au pouvoir et ce sera présenté à tous comme un événement merveilleux, un rassemblement des élites suivi d’une répression immédiate et sans merci de toute forme d’opposition politique ou de dissidence, qui sera immédiatement étiquetée comme raciste, homophobe, antisémite, terroriste, etc. On trouvera la sale main du « KGB russe » (oui, je sais, le KGB a été dissout en 1991) partout, en particulier chez les libertariens américains (qui seront probablement les seuls à avoir assez de cervelle pour comprendre ce qui se passe). La (pseudo) Gauche jubilera. Si cette façon de procéder déclenche un niveau de résistance inattendu, régional ou social, un 9/11 sous fausse bannière suivi d’une guerre sera le scénario le plus probable (pourquoi renoncer à quelque chose qui a tellement bien marché la première fois ?). À moins qu’ils ne décident de ré-envahir la Grenade ou de donner à Nauru une raclée bien méritée, n’importe quelle guerre plus ou moins réelle entraînera un échec catastrophique pour les États-Unis au point que le recours aux armes nucléaires par les fous néocons pourrait devenir un risque très réel, en particulier si des cibles symboliques, comme des porte-avions, sont frappées (en 1991, lorsque les États-Unis ont envoyé la 82e AB en Irak, il n’y avait rien entre cette troupe d’infanterie légère et les divisions blindées irakiennes. Si les Irakiens avaient attaqué, le plan était d’utiliser des armes nucléaires tactiques. Ensuite tout cela fut rapidement oublié).

Il y a une raison pour laquelle les néocons prospèrent en temps de crise : cela leur permet de se dissimuler derrière le chaos, en particulier s’ils sont ceux qui l’ont provoqué en premier. Cela signifie que tant que les néocons sont proches du pouvoir, ils ne permettront jamais, jamais, que la paix éclate soudain, de peur que les projecteurs soient subitement dirigés sur eux. Chaos, guerre, crises – c’est leur habitat naturel. Pensez-y comme au sous-produit de leur existence. Finalement, bien sûr, ils seront arrêtés et vaincus, comme tous leurs prédécesseurs dans l’Histoire. Mais je frémis lorsque je pense au prix que l’humanité devra payer cette fois-ci.

The Saker

L’article original a été rédigé pour Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker francophone

Source: http://lesakerfrancophone.fr/les-neocons-poussent-les-usa-et-le-monde-dans-une-crise-dangereuse

 

 

25 aout 2017

 

MACRON : les citations cultes et polémiques pour ses 100 jours

Faire passer le mépris pour de la franchise : la méthode MACRON

Ou

Comment faire parler de soi quand nous n'avons rien à dire ? Créer la polémique.

 

Les médias et une partie des citoyens français ont été unanimes, le Président Emmanuel MACRON est un génie et nous devrions tous être honorés d'avoir un représentant aussi jeune et élégant. Un visionnaire qui sait privilégier l'intérêt des français au dépens des intérêts politico-financiers. Un révolutionnaire en « costard » cravate, incarnant le renouveau politique français. Un parangon de vertu incarné à travers la loi sur la « moralisation de la vie politique ». Or le politique n'a toujours aucune obligation de fournir un extrait de casier judiciaire vierge pour l'exercice de sa profession, cela permettra encore et toujours aux escrocs de proliférer tranquillement sous couverture de cette nouvelle loi.

MACRON est un OVNI politique, il a été de gauche, socialiste, puis plus de gauche, puis ni de droite ni de gauche, puis nul part. En comparant le profil de deux énarques présents lors des présidentielles 2017, Emmanuel MACRON et François ASSELINEAU, nous remarquons que le second a plus de trente ans d'expérience en politique tandis que son parti, l'Union populaire républicaine (UPR) existe depuis déjà 10 ans. Pourtant, nous connaissons maintenant les résultats, l'un a récolté 66% des voix et le second moins de 1%. Nous pouvons déduire que l'expérience, la longévité, la pertinence du projet n'ont que peu d'intérêts face à la puissance des médias et leurs capacités à nous orienter vers leur choix.

 

Mais pourquoi diable critiquer notre sauveur MACRON, lui qui a empêché l'extrême droite française d'arriver au pouvoir et de nous plonger dans un régime fasciste ? Nous devrions tous le remercier, l'admirer et vouloir lui ressembler. N'est-il pas magnifiquement magnifique en boxeur, jouant au tennis handisport, pratiquant le football avec l'OM, en sous-marinier paré au combat en standardiste de l’Élysée ou encore en danseur pro réalisant le DAB ? Être Président ce n'est pas être compétent, c'est séduire comme le métier de banquier chez ROTHSCHILD&CIE.

Ce jeune énarque est l'archétype d'une espèce unique de marionnette politique programmée à devenir le président fantoche d'un pays satellite d'une grande puissance, mais c'est en France que cela s'est produit. A l'instar de son parti En Marche !, une véritable forfaiture intellectuelle qui n'a jamais été autre chose qu'un refuge d'opportunistes dont certains membres ont changé de bord tout au long de leur carrière politique au gré de leurs intérêts personnels. Finalement, les représentants du parti ne sont que la copie conforme de leur chef de file, MACRON le bonimenteur qui, comme nous allons le voir maintenaNt, sous couvert de franchise, s'autorise à dire des énormités ainsi qu'à mépriser la France et les français de la classe populaire.

Durant sa campagne à l'élection présidentielle 2017, Emmanuel MACRON a osé déclarer qu'il n'y avait pas « une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple », par extension nous pouvons en déduire qu'il ne doit pas exister de vin français mais simplement du vin en France ou bien encore que la langue française n'existe pas, seule une langue en France existe et elle serait diverse. Peu après cette intervention, lors d'un meeting se déroulant cette fois-ci à Londres au mois de février 2017, il a surenchéri en proclamant ne jamais avoir vu l'art français comme pour justifier sa précédente déclaration sur la culture française. Ces propos sont pour le moins douteux pour un homme qui a privilégié le cadre de la pyramide du Louvre pour scénariser son arrivée peu après son élection en tant que Président de la République.

 

La philosophe et intellectuelle, Bérénice LEVET, a conseillé modestement à Emmanuel MACRON « d'aller visiter le musée du Louvre, les salles du département des peintures françaises du XVIIe siècle, il y découvrira l'esthétique classique qui fait la spécificité des peintres de Louis XIII et de Louis XIV ; celles du XVIIIe qu'il gagnera à visiter escorté par les salons de Diderot ». Concernant les artistes étrangers, elle ajoute : « ces peintres émigrés ne viennent pas ''enrichir de leurs différences'' l'art français, ils viennent déjà s'en nourrir et aspirent à lui donner une suite ». Selon elle, Emmanuel MACRON se pose en « héraut du multiculturalisme », en totale opposition à l'assimilation, ainsi la France n'aurait plus aucune identité, elle ne serait plus qu'un contenant. Cette idéologie n'est ni plus ni moins que celle de l'ultra-libéralisme aussi appelée néo-libéralisme par les américains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il s'est illustré à plusieurs reprises par des déclarations empreintes d'un dédain manifeste envers la classe populaire de notre pays, c'est-à-dire celle qui fait vivre la France, tout en prétendant être le « candidat du travail ». Sans doute que nous ne sommes pas assez diplômés et suffisamment érudits pour appréhender toutes les subtiles prises de positions et les analyses de cet homme hors norme, après tout il sort à la fois de l'ENA et de Sciences Po, il ne peut-être que plus-que-parfait. Cependant, il a tout de même raté à deux reprises l'écrit du concours d'entrée à l’École Normale Supérieure, étonnant voire même désolant pour un individu se targuant d'être aussi supérieur. Cela ne l'a pas empêché de devenir le plus jeune Président de la République que la France ait connu à ce jour afin de parachever les orientations économiques énoncées par la commission ATTALI dont il a été rapporteur adjoint entre 2007 et 2008 sous le Président SARKOZY.

 

Pouvons-nous considérer le Président MACRON comme un homme, comme un mari ou comme un père ? Peut-on croire qu'Emmanuel MACRON a une quelconque notion de la famille ? Il est notable que son gouvernement ne comporte aucun ministère dédié à la famille mais cela n'a rien d'étonnant pour un homme de 39 ans incarnant à merveille la déviance qui nous touche depuis quelques années via le lobby LGBT et les adeptes de la théorie du genre. Professionnellement, peut-on le considérer comme un bon gestionnaire après avoir dilapidé tout l'argent gagné chez ROTHSCHILD&Cie en trois ans ? Apparemment nous le devons puisqu'il dirige dorénavant notre pays, nous n'avons plus guère le choix. Sa campagne basée sur le « tout sauf Marine LE PEN » faisait appel à l'émotion la plus primaire chez l'homme : la peur. Le conditionnement des masses est si intense et profond, voire quasi générationnelle, qu'il est impossible d'assister à un débat intelligible entre un quelconque candidat et un membre de la famille LE PEN. Leur nom a été associé au fascisme et au racisme depuis des décennies, peu importe les arguments avancés, il en a perdu toute crédibilité au sein du milieu politique français. Pourtant, en matière de racisme MACRON pourrait tout à fait prétendre s'aligner sur la famille LE PEN comme nous allons le voir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel MACRON a été épinglé plusieurs fois pour des propos racistes et rétrogrades envers le continent africain. Pourtant, c'est Marine LE PEN qui continue à tenir le mauvais rôle, incarnant la haine et la terreur dans la mémoire collective et fantasmée des citoyens français. Les citoyens français peuvent se consoler en constatant que la côte de popularité de sieur MACRON a déjà baissé de 10 points entre le mois de juin et le mois de juillet selon un sondage IFOP publié par le JDD, passant de 64% à 54% de satisfaits. Les derniers chiffres du mois d'août, correspondant quasiment aux premiers 100 jours de la présidence MACRON, sont encore plus catastrophiques puisque seulement 36% des français reconnaissent ses actions comme étant satisfaisantes. Les raisons sont nombreuses comme celles de l'éviction du chef d’État-major Pierre de VILLIERS au mois de juillet 2017 ajoutées à cela les diverses affaires ayant éreinté la confiance des français et les poussant à se désintéresser rapidement de ce « renouveau politique ». Les affaires FERRAND, BAYROU, Business France c'est-à-dire le financement sans appel d'offres du déplacement d'Emmanuel MACRON à LAS VEGAS en 2016 ou bien encore l'affaire DANONE et la plus-value d'un million d'euros de Muriel PENICAUD, dégageant un parfum de délit d'initiés selon la sénatrice Eliane ASSENSI.

 

Quelques mises en bouche avant de développer précisément certaines interventions médiatiques de MACRON. Tout d'abord est-ce que le rôle d'un Président de la République est de produire une sorte de « one man show » perpétuel ? Il faut croire puisque le Président MACRON nous a gratifié à de nombreuses reprises d'un mouvement de danse appelé « DAB », dans une émission sur C8, invité à la radio Beur FM, il réalise un DAB à la demande de l'humoriste NOUNOURS, son premier DAB en tant que Président a eu lieu sur les marches de l’Élysée, et le dernier en date juste avant de rencontrer les salariés de GM&S à Bellac. Le DAB provient des États-Unis, le pays où MACRON aurait dû sévir, la capitale du multiculturalisme, de la théorie du genre, du dabbing, du néo-libéralisme et des présidents fantoches.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur BFMTV, le 18 février 2015, le futur « candidat du travail » déclamait : « Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord », sous-entendant de manière explicite que les chômeurs font preuve de mauvaise volonté, d'attentisme, pour ne pas retourner charbonner, préférant se reposer sur le système. Le roi des poncifs âgés de seulement 39 ans commençait déjà à arborer un visage très détestable vis-à-vis de la classe populaire. Le 20 janvier 2016, toujours sur BFMTV, il déclarait ceci : « la vie d'un entrepreneur elle est bien souvent plus dure que celle d'un salarié, il ne faut jamais l'oublier. Il peut tout perdre, lui, et il a moins de garanties ». N'est-ce pas émouvant autant de sollicitudes à l'égard des courageux entrepreneurs français ? Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi le « candidat du travail » cherche à abroger les acquis sociaux en modifiant le droit du travail afin de faciliter la vie si difficile de ces entrepreneurs. En effet, il est scandaleux qu'un entrepreneur ne puisse toujours pas se débarrasser d'un salarié comme d'un produit jetable, sans devoir rendre des comptes à qui que ce soit. De plus, il est encore plus inadmissible qu'un salarié puisse avoir l'opportunité de faire valoir ses droits contre son employeur s'il s'estime victime en faisant appel aux institutions comme les syndicats, l'inspection du travail ou pire encore le Conseil des Prud'hommesIl faut donc simplifier tout ce système contraignant pour les patrons et les entrepreneurs.

Dans son livre « Révolution » MACRON a placé Villeurbanne en région lilloise. Plus tard, à peine débarquée en Guadeloupe, il a commis un lapsus en évoquant la mère d'un jeune homme, « expatriée » en Guadeloupe comme s'il s'agissait d'un pays étranger au territoire français. Enfin, il nous a encore gratifié d'un cours particulier de géographie en nous apprenant que la Guyane était une île. Au micro cela donne ceci :

« Ce qui se passe en Guyane, en effet, depuis plusieurs jours est grave. C'est grave en raison des débordements et donc mon premier mot est celui d'un appel au calme parce que je crois que bloquer les pistes d'aéroport, bloquer les décollages, parfois même bloquer le fonctionnement de l'île ne peut être une réponse apportée à la situation ».

 

 

N'a-t-il pas suivi un cursus à l'ENA et à Sciences Po ? Visiblement il ne lui a pas été enseigné que le Brésil avait une frontière commune avec cette « île » à l'instar du Suriname. Une île avec des frontières, ça c'est une première, vous en aviez rêvé, MACRON l'a fait. Sinon, en Seine-Saint-Denis nous avons aussi L’Ile-Saint-Denis, et à Paris, l'île de la Cité, les deux sont respectivement situées sur la Seine. Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure, pour les déplacements du Président, il a une voiture de fonction avec chauffeur et un pilote de train ou d'avion pour les longs trajets, en revanche il est en capacité de recourir à l'utilisation de l'arme nucléaire et là ça devient très problématique.

En visite à l’Institut national de recherche dédié au numérique « INRIA Grenoble Rhône-Alpes », le 14 avril 2017, le candidat MACRON a critiqué vertement l'équipe qui a préparé son discours, face à la communauté de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation :

« Mon équipe m'a préparé un texte dont la subtilité mériterait que je le lise comme un entomologiste pour ne froisser personne mais donc comme je n'arrive pas (applaudissements) à être convaincant en ânonnant des textes lus, je suis obligé d'être sincère et de vous dire ce que je pense et ce que je vais faire si je suis élu ».

 

MACRON est un énarque connaissant approximativement sa géographie mais il possède une excellente faculté à réagir lorsqu'il se retrouve en posture indélicate grâce à l'humour, son sourire et sa vivacité d'esprit. Mais ce n'est pas fini puisque plus loin il recommençait : « Là c'est pareil on m'a préparé un truc qui est absolument illisible sur l'évaluation... »Poursuivant son discours « je vous lis ce qu'on m'a mis […] initialement je n'ai pas compris cette phrase (rires de l'assistance) ».

Il semblait découvrir son speech auquel cas il aurait pu y apporter des modifications avant de monter sur scène pour ne pas être ridicule en découvrant l’incongruité de son propos. Il s'est ainsi distingué par son manque de professionnalisme et nous a confirmé qu'il était juste un bonimenteur, un acteur récitant sa répartie, mais encore faut-il que le scénario soit bien huilé afin d'éviter tout bide auprès des oreilles averties.

Durant le fameux meeting de Bercy, le 17 avril 2017, MACRON nous a offert une autre perle : « je veux un président qui préside et un gouvernement qui gouverne », pourquoi pas une voiture qui roule ou un avion qui vole. Lors de ce rassemblement, un fan de la rock star MACRON a d'ailleurs hurlé : « Je t'aime monsieur MACRON », ce fan a sûrement été touché spirituellement par les divins pléonasmes de son idole. Cela a été un moment très particulier pour MACRON, il a déposé sa main sur son cœur pour témoigner de toute son émotion à l'égard de ce témoignage d'amour et a ensuite envoyé des baisers volants à son fanatique supporter. Bref, ces propos communs sont la marque de fabrique d'Emmanuel MACRON, amateur de truisme et autre poncif. MACRON comme LE PEN a parlé de sujets de société durant sa campagne présidentielle alors que le rôle du « président qui préside » est d'incarner la France au niveau international ? La politique intérieure est de la responsabilité du Premier ministre et la politique internationale de la responsabilité du Président de la République, cela va de soit. Un homme a régulièrement rappelé aux français que le discours d'un candidat à la présidentielle ne concernait pas les débats de société mais la place de la France dans le monde donc dans l'Europe. Ce candidat était contre l'Union Européenne puisqu'il proposait de quitter l'Europe avec le FREXIT, c'était François ASSELINEAU.

Dans la même veine, « l'agriculture, ce sont les femmes et les hommes qui nous nourrissent chaque jour  », pendant ce temps-là la poule pond un œuf, oui c'est bien cela la transcendance en politique grâce à MACRON nous le redécouvrons. Ce Président saura nous élever spirituellement et nous protéger des conflits armés car « aussi longtemps que la diplomatie permet d'empêcher la guerre, elle est préférable ».

La prochaine anecdote illustre encore l'absence de professionnalisme ou le surplus d'assurance du Président MACRON. Le 7 mai 2017 à 21h00, environ une heure après son élection en tant que Président de la République française, des images diffusées en direct sur la chaîne anglaise Sky News nous ont offert un savoureux moment. MACRON s'adressait au réalisateur pensant régler les derniers détails d'ajustement avant le direct : « Déroule le prompteur rapidement deux secondes... continue, continue, attends remonte un peu deux secondes, continue, continue... ok continue » puis concluant « Là, si je passe en ce moment sur toutes les chaînes en disant cela, j'aurai l'air intelligent, faudrait peut-être pas ouvrir le canal », tiens donc ? Vous aurez juste l'air vous-même, naturellement trop sûr de vous. Le technicien lui a répondu : « Nous on a ouvert hein monsieur MACRON, Président... ». Et oui, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes « cher Président », d'autant plus au regard de votre fonction suprême.

Nous allons maintenant entrer dans le vif du sujet en essayant de décortiquer chacune des citations ayant été jugé indécentes à l'égard d'une majeure partie de la population française. Pour cela, il faut impérativement développer autour du contexte dans lequel ont été prononcées les diverses déclarations d'Emmanuel MACRON.

Pour sa première interview en tant que ministre de l’Économie, le 17 septembre 2014, Emmanuel MACRON était l'invité d'Europe 1 dans l'émission de Jean-Pierre ELKABBACH. Cette première est aussi restée dans les annales comme sa première déclaration officielle en tant que ministre de l’Économie. Ainsi, il s'est exprimé au sujet des ouvriers de l'abattoir de GAD de Josselin placé en liquidation judiciaire, déclarant ceci : « Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées ». Vivre l'illettrisme n'est-il pas une chose suffisamment complexe, contraignante et taboue, au point que MACRON puisse vilipender gratuitement des centaines de personnes qui, elles, n'avaient rien demandé ?

Les médias ont soutenu le ministre de l’Économie au prétexte que les chiffres relatifs à l'illettrisme démontraient qu'il avait raison. Or, l'intelligence doit permettre à un individu de faire preuve de discernement et de respect vis-à-vis de ses semblables, d'autant plus lorsque ledit individu occupe une position aussi importante dans la société que celle de Ministre. Il incarne un modèle et si ce modèle est d'un cynisme inqualifiable, il ne faudra pas s'étonner que ces partisans ou même ces opposants le deviennent aussi. De plus, faut-il rappeler à monsieur MACRON que les membres de son parti LREM sont loin d'être des foudres de guerre et encore moins des gens élus pour leur compétence ? Les journées à l'Assemblée nationale sont autant de sketchs improvisés, stress intense au micro, non-respect du règlement, mauvais timing pour les votes ou des applaudissements à l'attention d'un député En Marche ! Comme s'il s'agissait d'une star qui montait sur scène alors qu'il n'avait « encore rien dit ».

Enfin, cette déclaration radiophonique n'était en aucun cas pour s'appesantir sur le sort des salariés de GAD ou l'illettrisme d'une partie d'entre eux mais pour évoquer une réforme concernant le permis de conduire. Le Gouvernement souhaitait réduire les frais et le délai d'attente pour l'obtention du permis conduire. Voilà comment le génie MACRON faisait donc la promotion d'une future réforme à la radio, il avait pour cela besoin de stigmatiser voire d'humilier une partie des salariés de GAD dans le seul but de vendre un quelconque projet de loi relatif au permis de conduire. A ce jour, cette réforme de la loi MACRON n'a toujours pas été appliquée. L'Autorité de la concurrence a « émis un avis réservé concernant la méthode de répartition des places d'examen entre auto-écoles ». C'est pourquoi « L'Autorité recommande que la méthode de répartition des places d'examen ne repose pas sur l'activité passée de chaque établissement – ce qui fige la dynamique du marché - mais sur les besoins présents des candidats ». En résumé, présentement la réforme du permis de conduire est au statu-quo mais elle a le mérite d'exister...

Le 15 octobre 2014, à Bercy, Emmanuel MACRON faisait la promotion d'une autre réforme relative à la libéralisation des transports longues distances concernant les autocars. Il était prévu la création de 22.000 emplois grâce à ce changement, MACRON déclarait alors :

« Pour qui cette réforme est-elle bonne ? Elle est bonne pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer dans les transports en commun parce que le train est trop cher. Donc quand on me dit, ''les pauvres voyageront en autocar'', j'ai tendance à penser que c'est une caricature, mais les pauvres qui ne peuvent pas voyager voyageront plus facilement [...] parce que l'autocar c'est 8 à 10 fois moins cher ».

 

Nous sommes en présence d'un homme qui n'a décidément que peu de considérations pour les personnes aux revenus modestes alors qu'il sort le grand jeu quand il s'agit de communiquer pour les grands patrons, son enthousiasme et sa verve sont alors à leur paroxysme. Vous prenez l'autocar donc vous êtes pauvres et vice-versa, attention si vous n'êtes pas pauvres mais que vous prenez l'autocar alors vous prenez le risque de croiser des pauvres, soyez prévenu !

 

Un article du Figaro nous signale qu'environ 1.430 emplois ont été créé en 2016 contre 22.000 annoncés, ajoutant à cela une concentration du secteur passant de cinq à trois prestataires (FLIXBUS, ISILINES et OUIBUS). Mais les supporters de MACRON se gargarisent par le fait que le nombre de voyageurs en autocar a largement augmenté, laissant supposer qu'un nombre considérable de personnes ne bougeaient pas de leur domicile avant cette réforme, cela reste encore à démontrer. Il serait plus pertinent d'affirmer qu'un certain nombre de personnes ont fait des économies sur leur budget relatif à leurs déplacements plutôt que de prétendre que cette réforme leur a permis à tous de découvrir les joies du voyage.

Au mois de Novembre 2015, Emmanuel MACRON était invité par la rédaction de Media Part afin de répondre à plusieurs questions de divers journalistes. Notamment celles de la journaliste Rachida EL AZZOUZI qui estimait que la société américaine UBER exploitait ses salariés en les payant au SMIC pour travailler plus de 60 heures par semaine, MACRON lui rétorquait : « Allez à Stains, expliquer aux jeunes qui font chauffeur Uber, de manière volontaire, qu'il vaut mieux tenir les murs ou dealer. [...] Ils trouvent un travail, ils mettent un costume, une cravate. Ils montent dans une voiture ». Mais qu'a proposé MACRON pour éradiquer le trafic de stupéfiants ? Peut-être une visite au Maroc, dans la région de Rif, chez le spécialiste de la lutte anti-drogue, le roi Mohammed VI ? Sarcasme mis à part, le Président MACRON avait souligné lors de son escapade marocaine que « le roi du Maroc est préoccupé du sort de cette région qui lui est chère et où il a l'habitude de passer du temps ». Le Rif est un endroit réputé pour la culture de la drogue et ne présente à priori aucun autre intérêt pour le roi du Maroc.

Revenons à la ville de Stains située en Seine-Saint-Denis, en écoutant MACRON nous apprenons que la jeunesse stanoise a le choix entre dealer et s'enrichir ou alors s'escrimer pour un modeste SMIC, sinon rien, leurs options sont décidément très limitées. De plus, pouvons-nous sérieusement considérer que toute la jeunesse stanoise correspond à l'exemple énoncé par MACRON ou est-ce encore là une caricature de notre cher Président ? Paradoxalement, quelques mois auparavant, le 7 janvier 2015, dans Les échos nous avons pu lire : « il faut des jeunes français qui aient envie de devenir des milliardaires ». De quels français parlaient-ils ? Ceux de Stains ou ceux qui ont déjà tout ? Finalement, la jeunesse stanoise qui deal ne cherche-t-elle pas elle aussi à devenir milliardaire à travers le trafic de drogue ? Et que compte faire le Président MACRON avec les flics ripoux comme ceux de la BAC de Stains ? Un des leurs a été écroué pour trafic de drogue à Stains et quatre autres placés sous contrôle judiciaire en mars 2015.

Le 27 mai 2016, le ministre de l’Économie était en déplacement à Lunel pour une rencontre avec les stagiaires de BEWEB à l'école numérique. A sa sortie, il était attendu par une poignée de manifestants, certains représentants le mouvement Nuit debout, et un autre venu de Nîmes était membre du syndicat Sud éducation. MACRON s'est permis de rabaisser ce citoyen français car son égocentrisme est tel qu'il n'a pas accepté d'être tutoyé et malmené verbalement. Ce sont les raisons qu'il a explicitement invoqué face aux journalistes de Media Part lors d'un long entretien pour justifier cet écart de conduite. Pourtant, à travers ce jeune homme s'exprimait à la fois la souffrance et le désarroi de nombreux autres français, MACRON a préféré tout rejeter.

 

Selon MACRON, il existe deux France, celle qui « bloque le pays » en tee-shirt et celle qui travaille en « costard », des propos ubuesques venant d'un homme pistonné depuis sa sortie de l'ENA et dont l'expérience professionnelle, en terme d'années, se compte sur les doigts d'une main. Mais que figurait sur ce tee-shirt pour que cela interpelle à ce point ce politicien ? Sur le tee-shirt noir apparaissait la mention « Freedom Palestine » ce qui a semblé passablement agacé MACRON qui, comme nous le savons depuis les commémorations de la rafle du Vél d'Hiv, apprécie énormément son « cher Bibi ». L'extrême droite israélienne est d'ailleurs plus fréquentable que le Front National semble-t-il, encore un des nombreux paradoxes qui caractérisent notre Président.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici l'échange auquel nous avons pu assister, MACRON s'adressait à un jeune homme portant le fameux tee-shirt noir sur un ton péremptoire et nerveux : « Attendez, moi je n'ai pas de leçon à recevoir, si vous n'aimez pas que la France soit bloquée arrêtez de la bloquer », réponse d'un syndicaliste : « Non, ce qui a bloqué la France c'est le 49.3 monsieur MACRON ». Ce dernier ignorait la réponse et continuait à s'adresser au jeune homme portant le tee-shirt noir : « Vous n'allez pas me faire pleurer avec votre Tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler ». Ce à quoi l'intéressé, indigné, répondait : « Depuis l'âge de 16 ans, je travaille monsieur ». A cet âge, MACRON était encore sur les bancs du lycée, déjà amoureux de Brigitte AUZIERES, ce qui ne l'empêche pas de vouloir prodiguer des leçons à tout le monde alors que son expérience personnelle se résume à s'imprégner de la vie des gens par procuration, en visitant leur logement comme dans le Nord-Pas-de-Calais, en faisant des selfies, en serrant des mains, en mimant le DAB pour satisfaire de jeunes citoyens ou en prétendant vouloir jouer au professeur comme à Lunel.

 

De plus, MACRON semble associer le port du costard à l'activité professionnelle, tout un symbole, mais quelle est la proportion d'emplois nécessitant l'utilisation du fameux costume si cher à notre Président ? La police, la gendarmerie, les pompiers, les docteurs, les infirmiers, les avocats, les chauffeurs de train, de métro, de bus, les enseignants, les éducateurs, les boulangers, les bouchers, les poissonniers portent-ils un costume, un uniforme ou des tee-shirts ? Il existe bien une catégorie de personnes souvent vêtues d'un «  costard  », oui, ce sont les cadres. La seule expérience professionnelle d'Emmanuel MACRON, un poste chez ROTHSCHILD&Cie obtenu grâce à ses relations, n'a rien d'un métier conventionnel comme celui exercé par le français moyen. De plus, voici ce que pense Emmanuel MACRON du métier de banquier : « Nous sommes comme une sorte de prostituée. Le job, c'est de séduire », des propos tenus dans une interview au Wall Street Journal le 8 mars 2015. Tous nos conseillers bancaires seront sûrement ravis de l'apprendre car là encore il existe un fossé entre le banquier MACRON et le banquier lambda.

 

Retour à Lunel, la fin de l'échange entre l'homme au tee-shirt tagué pro palestinien et MACRON s'est achevé en ces termes, le jeune homme balbutiant : « Prenez garde en tout cas... », MACRON lui coupant rapidement et sèchement la parole, jugeant ces propos comme une menace, il lui répondit : « Moi je ne vous menace pas alors vous ne me menacez pas », le jeune homme terminait sa phrase : « Prenez garde en tout cas car la jeunesse est désespérée ». MACRON s'est senti menacé par des propos aussi anodins alors qu'il était accompagné par son escorte et un pool de journalistes. Son comportement est à la fois surréaliste, infantile et grotesque. Il n'est donc pas étonnant d'avoir entendu un économiste tel que Frédéric LORDON critiqué le « Mozart de la finance » en ces termes :

« MACRON a été élevé comme une tomate hydroponique, il est totalement hors-sol, c'est une bouffonnerie sondageo-médiatique ».

 

 

Effectivement, depuis MACRON n'est jamais redescendu de son piédestal et cela n'est pas près de se produire après avoir été élu Président de la République française, monsieur dispose et impose à sa guise comme un enfant capricieux. Le jeune homme au tee-shirt qui s'était montré virulent a ensuite totalement disparu de la scène alors qu'Emmanuel MACRON et sa cohorte se sont éternisés une bonne vingtaine de minutes à proximité, dans les rues de Lunel, entourés de gardes du corps et d'officiers de police. Ce citoyen a très probablement été invité ailleurs, c'est-à-dire à circuler, alors qu'il avait fait le déplacement pour exprimer son mécontentement.

Le 13 janvier 2017, lors d'un déplacement à Nœux-les-Mines, Emmanuel MACRON a provoqué l'indignation des personnes originaires du Nord-Pas-de-Calais en déclarant que « l'alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installés dans le bassin-minier », sans préciser que l'activité du secteur minier a commencé à décliner dans les années 1960. La brutalité de ces propos était-elle nécessaire et surtout véridique en terme de statistiques ? La réponse est non, le Nord-Pas-de-Calais ne mérite pas une telle étiquette, encore aurait-il fallu pour cela être en tête de tous ces indicateurs ce qui n'est absolument pas le cas. Paradoxalement, lors de son meeting à Marseille, la capitale de l'apéro au pastaga, nous n'avons entendu aucune remarque de MACRON ressemblant de près ou de loin à celle généreusement partagée avec les nordistes.

L'hygiène de vie est l'une des variables à mettre en corrélation avec l'importance du niveau du chômage. De plus, une inactivité prolongée peut engendrer une décompensation contribuant à l'adoption ou à l'augmentation de ces conduites addictives chez le chômeur. L'alcool et le tabac sont deux pourvoyeurs de morts, et pas seulement en France et dans le Nord-Pas-de-Calais mais dans le monde entier. D'un point de vue sanitaire, il est évident que cela entraîne des pathologies et donc des morts. Ces deux produits nocifs sont d'ailleurs outrancièrement taxés par l’État français qui se voudrait être à la fois garant de notre santé et bénéficiaire des taxes que lui rapportent cette manne financière. L'activité de mineur qui s'exerçait dans le bassin-minier était un métier ne nécessitant pas de formation particulière autre que le courage, l'endurance et une part de chance pour éviter les accidents. Une vie de mineur dans le noir, par obligation, pour gagner sa vie dans le noir, par dévotion, toute sa vie sans jamais pouvoir trouver une issue vers la lumière. Il n'est donc guère étonnant que le taux de scolarisation soit inférieur à la moyenne nationale. Considérant ce manque de d'apprentissage et de connaissance conjugués à des revenus précaires, il n'est pas surprenant d'avoir une propension de personnes qui se soignent mal, soit par ignorance soit par défaut.

Alors qu'a voulu nous apprendre Emmanuel MACRON car si ses inquiétudes sont si sincères d'un point de vue sanitaire pourquoi se préoccupe-t-il uniquement d'un cas régional et non de l'ensemble du territoire français ? Pierre LE TEXIER, membre de l'équipe digitale d'Emmanuel MACRON, avait riposté illico presto sur son compte twitter après la déclaration de son chef de file, en partageant une carte illustrant la prévalence régionale de la consommation d'alcool parmi les 15-75 ans et dont la provenance serait l'INPES. Oui, « serait » car les chiffres sont différents de ceux fournis par le baromètre santé de l'INPES en 2010, ce qui laisse songeur... Il existe environ une cinquantaine de cartes représentant les statistiques de l'alcoolisme et du tabagisme pour l'année 2010 mais aucune ne ressemble à celle de Pierre LE TEXIER. C'est aussi la seule carte qui positionnerait le Nord-Pas-de-Calais comme étant la région la plus consommatrice d'alcool en France, voilà qui est bien commode, et ceci malgré les dernières données chiffrées de l'INPES datant de 2010. Nous voici face à une énigme, trouvez la provenance de la carte LE TEXIER. A vous de jouer !

Mais que nous disent réellement les chiffres de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) placé sous la tutelle du ministère de la Santé ? Dans son rapport portant sur l'analyse régionale du Baromètre santé INPES 2010, nous apprenons que le cas du Nord-Pas-de-Calais est loin d'être le plus préoccupant. Ainsi, le Languedoc-Roussillon se positionne en tête du classement des régions fortement consommatrices d'alcool parmi les 15-75 ans suivie par les Midi-Pyrénées, le Pays-de-la-Loire et enfin, en quatrième, le Nord-Pas-de-Calais. Or, l'usage à risque chronique d'alcool est localisé dans les trois régions précitées, pas dans le Nord-Pas-de-Calais. Après avoir pris connaissance de ces données, il apparaît donc évident que les « alcooliques » sont finalement plus localisés dans le Sud, proche du soleil, des vignes et du terroir français que dans le Nord. Ceci est confirmé par l'étude de l'INPES 2010 en ces termes :

« Le Nord reste la partie de la France la moins consommatrice, un constat qui pourrait s’expliquer par l’absence d’exploitations viticoles, contrairement au Sud où les régions les plus concernées par la consommation de vin sont le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ».

 

 

Concernant le tabagisme, les chiffres s'opposent également à la caricature dressée par Emmanuel MACRON et ses partisans. Notons que « les régions Languedoc-Roussillon (35%), Provence-Alpes-Côte d’Azur (33%) et Aquitaine (32%) sont celles où la proportion de fumeurs quotidiens est la plus élevée ». D'ailleurs Pierre LE TEXIER ne s'était pas attardé sur le facteur tabagique. Le cannabis ou l'usage quotidien d'une drogue n'ont pas été évoqué par MACRON dans sa déclaration, relevons tout de même que le Nord-Pas-de-Calais fait partie des régions les moins touchées. Les mauvais élèves étant le Languedoc-Roussillon, la Provence-Alpes-Côte-D'azur et l’Île-de-France. En conclusion, la région du Nord-Pas-de-Calais n'entre dans aucune des cases auxquelles MACRON a tenté de l'intégrer en revanche d'un point de vue statistiques, nous aurions de quoi nous étendre sur la région Languedoc-Roussillon ou PACA mais que nenni, ça n'intéresse personne.

Le 9 février 2017, point de mépris, ni de propos tendancieux ou dédaigneux cette fois-ci, nous sommes loin des caricatures habituelles, l'entretien de MACRON chez World Wide Fund for Nature France (WWF France) est très sérieux. Voici un extrait de la pensée profonde et insondable de MACRON lors de ce grand oral écologique. Chaque candidat à la présidentielle 2017 s'est entretenu avec Pascal CANFIN, directeur général de WWF France, et a répondu à des questions relatives à leur programme en matière d'environnement. Au micro, Emmanuel MACRON s'exprime librement avec un Pascal CANFIN médusé par tant de clairvoyance :

« Et donc parce que nous nous sommes des enracinés, il y a des arbres à côtés de nous, il y a des rivières, il y a des poissons, il y a des frères et des sœurs ».

 

De la pure poésie champêtre, c'est certainement l'influence du philosophe Paul RICOEUR qui lui a permis d'aboutir à la construction d'une pensée aussi riche. Oui ! Continuons, c'est exaltant, MACRON déclare ensuite sans ambages que « L'argent ne se mange pas, il ne se mange pas, je confirme » puis « il ne se respire pas [...] il ne s'aime pas... ». Transcendant, inaccessible, nous sommes en présence du grand visionnaire que les médias nous ont décrit, une pensée complexe qui froisse le cortex de tous les prolétaires. Mais, surtout, rappelez-vous que « l'argent ne se mange pas » ! Veillez à ne pas assaisonner votre assiette avec de la menue monnaie !

Durant son meeting de Londres, le 21 février 2017, MACRON a lancé une subtile remarque afin de s'opposer aux vieux routiers de la politique qu'ils jugent corrompus dans les affaires ou pris en otage par des conflits d'intérêts. Ainsi il a déclaré : « Je revendique l'immaturité et l'inexpérience politiques ». Cette formule de distanciation avec le milieu politique était une manœuvre pour prétendre que lui était un homme clean voire méritant tel un self made man. Il voudrait aussi nous faire croire qu'il est devenu Président de la République à la sueur de son front, seul contre tous comme tout révolutionnaire digne de ce som. Henry HERMAND il ne connaît pas, Michel ROCARD il ne connaît pas, Jean-Pierre JOUYET il ne connaît pas, François HENROT il ne connaît pas, David de ROTHSCHILD il ne connaît pas, Jacques ATTALI il ne connaît pas et enfin François HOLLANDE il n'en a jamais entendu parlé. Bref, cette assertion relève de la bêtise inqualifiable autant sur le fond que sur la forme. Que peut-on ajouter à propos d'un homme qui a prétendu ne pas être ministre quand SFR a été vendu, puis avoir sauvé ARC INTERNATIONAL en autorisant la cession aux américains et qui a affirmé ne pas avoir cédé STX aux italiens de FINCANTIERI face à Marine LE PEN durant le grand débat des présidentielles ? Ce sera sans surprise que nous découvrirons par la suite l'implication de MACRON dans diverses affaires judiciaires tandis que ses choix politiques seront orientés et minés par les conflits d'intérêts puisque l'ancien patron de Bercy n'est qu'un clone de ses prédécesseurs.

Le 23 avril 2017, les partisans du candidat MACRON se sont réunis à la brasserie de Montparnasse, La Rotonde, pour fêter leur victoire au premier tour. Cela a été jugé pour beaucoup inopportun et indécent. A mi-parcours, ils claironnaient comme si la présidentielle avait déjà été remporté, c'était faire preuve d'une grande arrogance et d'un mépris inqualifiable envers l'adversité. MACRON s'est ensuite exprimé au micro des journalistes pour signifier son agacement vis-à-vis des critiques qui comparaient cet événement à celui du FOUQUET'S de SARKOZY. Pour faire diversion, certains de ses partisans ont conjecturé sur le tarif de l'addition alors que ce n'était décemment pas le sujet du débat. Il s'agissait plutôt d'évoquer la prétention à la fois débordante et ricanante affichées sans vergogne par MACRON jusque dans les médias. L'un de ses responsables en communication, Sylvain FORT, a profité de cette occasion pour nous rappeler que « ça fait neuf mois qu'on mange des sandwichs, on était contents d'aller au restaurant ». Pourtant, il apparaît qu'à l'époque, l'ancien ministre de l’Économie aurait dilapidé 80% de l'enveloppe annuelle dédiée à son ministère, soit une somme de 120.000€ en huit mois. Cet argent public était réservé pour les frais de représentation c'est-à-dire les repas organisés dans le cadre de sa fonction. Il a été soupçonné d'avoir utilisé ce pécule pour le lancement de son parti EM.

MACRON, sortant de La Rotonde, s'arrêtait pour répondre aux sollicitations médiatiques, un journaliste lui posait alors cette question : « Monsieur MACRON, La Rotonde c'est votre FOUQUET'S » ? Le candidat ni à droite ni à gauche a aimablement pris sur son précieux temps pour nous répondre ceci :

« Cher ami, si vous n'avez pas compris que c'était mon plaisir ce soir, d'inviter mes secrétaires, mes officiers de sécurité, les politiques, les écrivains, les femmes et les hommes qui, modestement, depuis le premier jour m'accompagnent, c'est que vous n'avez rien compris à la vie. Donc c'est c'que vous voulez mais c'était mon moment du cœur, vous voyez ? Mais je crois qu'au FOUQUET'S il n'y avait pas beaucoup de secrétaires, pas beaucoup d'officiers de sécurité […] moi j'n'ai pas de leçons à recevoir du p'tit milieu parisien ».

 

Notons tout de même la présence de personnalités comme Jacques ATTALI, Stéphane BERN, Pierre ARDITTI, Line RENAUD, l'écrivain Erik ORSENNA, François BERLEAND, Daniel COHN-BENDIT, entre autres, qui avaient rejoint La Rotonde autour de MACRON, ceux qu'il avait réduit à la simple fonction de valets auprès des médias. Enfin, le FOUQUET'S, contrairement à la réunion de La Rotonde, fêtait la victoire aux présidentielles, non pas la qualification pour le second tour.

Le 1er mai 2017, en meeting à la Villette, MACRON instrumentalisait la peur des français en débitant un scénario complotiste digne des envahisseurs ou de X-Files :

« Ils sont là. Ce sont eux, nos vrais ennemis, puissants, organisés, habiles, déterminés. Vous les croisez dans les rues, dans les campagnes ou sur la toile, bien souvent masqués, aussi haineux que lâches. Vous les connaissez. Le parti des agents du désastre. Les instruments du pire... » Oui, MACRON nous met en garde alors attention car « l'extrême droite française elle est là » !

 

Le 29 juin 2017, MACRON célébrait l'inauguration de la station F, une ancienne gare de marchandises parisienne réaménagée, devenue le plus grand incubateur de start-up au monde, fondé et financé à hauteur de 250 millions d'euros par Xavier NIEL. Le boss de FREE était présent lors du discours inaugural du Président MACRON, en compagnie de sa femme Delphine ARNAULT, de la maire de Paris Marie HIDALGO et du Secrétaire d'état au numérique Mounir MAHJOUBI. Un millier de start-up serait prévu en ces lieux pour « inventer la France de demain » selon les mots du Président MACRON. Il a également profité de l'occasion pour saluer « l'intelligence et la générosité de Xavier NIEL », l'un de ses importants soutiens durant sa campagne à l'élection présidentielle 2017. C'est ensuite que le Président MACRON prononçait une autre formule magique pleine de perlimpinpin : « Une gare c'est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ». Quel être humain vivant se définit-il par rien ? Qu'est-ce-que la vie dans ces conditions ? Serait-ce encore l'influence de Paul RICOEUR qui hante le Président de la République et ses brillantes pensées ?

Les gens qui « ne sont rien », aux seuls yeux de MACRON doivent être ceux qui produisent peu et consomment peu car ils n'ont aucun impact sur l'économie et par voie de conséquence ils sont une charge sociale pour les autres citoyens. Qui n'est rien ? Sont-ce les illettrées, les alcooliques et les fumeurs du Nord-Pas-de-Calais ? Sont-ce ceux qui ne portent pas de « costard » et qui ne sont pas encore millionnaires ? Sont-ce les comoriens qui meurent parfois noyés en espérant rallier l’île de Mayotte à bord d'un kwassa-kwassa  ? N'importe laquelle de ces personnes peut sauver une vie, une vie est une vie. Peu importe comment ces gens sont désignés par le Président de la république, une chose est certaine, ces personnes qui ne sont rien peuvent sauver la vie de n'importe qui, par un geste, et devenir le héros d'un jour et le héros d'une vie pour la victime.

Ceux qui ne sont rien le savent pertinemment lorsqu'ils se rendent au commissariat leur plainte ne sont pas prises en considération par les officiers de police judiciaire au prétexte qu'elles seraient classées par le Procureur de la république. En effet, le sénateur du Val d'Oise, Hugues PORTELLI, avait interpellé le ministre de l'Intérieur en 2013, lui faisant remarquer qu'il arrive « de plus en plus fréquemment que des justiciables se rendent au commissariat pour déposer plainte et qu'ils se voient refuser ce droit ». Ce qui constitue une violation du code de procédure pénal prévoyant que « la police judiciaire est tenue de recevoir les plaintes déposées par les victimes d'infractions à la loi pénale et de les transmettre, le cas échéant, au service ou à l'unité de police judiciaire territorialement compétent ». A ce jour, trois plaintes ont été déposé par la galaxie En Marche !, Thomas CAZENAVE contre X pour menaces de mort, le parti EM contre la Lettre A pour recel d'atteinte à un système automatisé de données, et le Président MACRON contre un paparazzi pour harcèlement et tentative d'atteinte à la vie privée.

 

Ceux qui ne sont rien le savent lorsqu'ils se rendent aux urgences à l'hôpital, déjà souffrant, les heures passant sur un brancard dans un couloir, puis à l'agonie, avant une prise en charge effective, nous avons pu constater que nous n'étions rien. Une vie peut basculer en quelques secondes, le bon diagnostic et une bonne prise en charge peuvent minimiser les séquelles voire même sauver une vie. En moyenne, 54% des patients, soit plus de la moitié, passent plus de deux heures dans un service d'urgence dont 23% d'entre eux attendent plus de quatre heures. Monsieur le Président ne devrait plus jamais connaître ce genre de désagréments, l'eut-il déjà connu ? Lorsque nous faisons appel à la justice et qu'elle ne remplit pas son rôle en laissant des délinquants libres ou en maintenant dans leur lieu de vie originel des enfants maltraités ou négligés au lieu de les confier au parent de bonne foi ou quand cette justice détermine un non-lieu dans l'affaire du sang contaminé, nous avons remarqué que nous n'étions rien.

Un handicapé qui n'a aucune visibilité dans la société n'est rien, bien souvent il consomme peu et ne produit rien car le monde n'est pas adapté à leurs capacités et à leurs besoins. Quand la misère, la précarité deviennent le quotidien d'un rien, quand la survie supplante la vie, que nous reste-t-il, à nous autres, les « rien », nous aurons toujours nos valeurs, notre dignité humaine, le respect et l'espoir de pouvoir être un jour ce que nous désirons être, c'est cela la réussite, ce n'est pas celle du Président MACRON, c'est la nôtre.

Quant à ceux qui ont tenté de faire un parallèle fallacieux avec des paroles similaires qui ont été prononcées par François MITTERRAND en 1993, il mériterait un énorme soufflet à la fois pour avoir tenté de manipuler l'opinion publique et pour leur rappeler qu'un mort ne peut répondre à de telles fadaises. Est-il pertinent de comparer l'inauguration d'un site dédié à l'entrepreneuriat par le Président MACRON et une interview accordée sur Europe 1 par le Président François MITTERRAND, le 19 octobre 1993, abordant le thème de la misère et l'exclusion sociale ? En effet, François MITTERRAND répondait à la question suivante : « Monsieur le Président, j'aimerais savoir la définition que vous donneriez aujourd'hui de la misère » ? Il évoquait la misère et la pauvreté en ces termes :

« C'est-à-dire ceux qui n'ont rien ou qui n'ont pas le moyen de se faire reconnaître, ni pour vivre, ni pour faire vivre ceux qu'ils aiment, ni même enfin pour se développer, bien entendu ; ils ne sont rien, ils restent rien. Cela me paraît être la plus grande misère : n'être rien et ne jamais pouvoir devenir quelqu'un, n'avoir pas d'identité. Ils sont malheureusement de plus en plus nombreux, l'humanité s'accroît et en même temps la société industrielle crée beaucoup de laissés pour compte. Je crois que le nombre de ceux qui ne sont rien, qui ne sont reconnus par rien ».

 

Chacun pourra se faire sa propre opinion mais il apparaît que les contextes n'ont absolument rien en commun et que les propos de feu MITTERRAND ont été dévoyé pour soutenir l'inconséquence du Président MACRON.

Lors d'une réunion du G20 programmée à Hambourg, le 8 juillet 2017, le Président MACRON a été invité à s'exprimer sur le développement de l'Afrique. Face aux journalistes et aux citoyens du monde entier, l'image à l'internationale de la France, le Président MACRON, a exposé divers arguments pour définir les raisons qui ont plongé ce continent et l'ont maintenu dans un retard de développement inique au regard des richesses existantes sur ces terres.

Ainsi, le défi de l'Afrique est différent et beaucoup plus profond, il serait «  civilisationnel  » selon le Président de la République française, il n'existerait alors aucune corrélation avec le colonialisme, l'impérialisme ou l'esclavagisme. Voici comment l'occident pratique le négationnisme et le révisionnisme allègrement sans être inquiété par un quelconque lobby. Ces concepts historiques et authentiques expliquant la situation africaine, le Président MACRON les a remplacé par les « États faillis, les transitions démocratiques complexes et la transition démographique », ce « défi essentiel de l'Afrique  », sans oublier les « multiples routes des trafics (drogue, arme, humain, bien culturel) et le fondamentalisme islamiste ».

C'est à la suite d'une question d'un journaliste, relative à la faisabilité d'un plan de financement pour l'Afrique calibré sur le modèle du Plan Marshall, que le Président a tenu des propos tendancieux dégageant un parfum colonialiste voire discriminatoire. Le précédent des « kwassa-kwassa » était déjà relativement questionnant mais cela venait finalement faire écho aux truculentes analyses de MACRON sur l'Afrique dont voici la teneur :

« Quand des pays ont encore aujourd'hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d'y dépenser des milliards d'euros, vous ne stabiliserez rien ».

 

Des propos approximatifs et singulièrement inexacts puisque si l'Afrique subsaharienne possède le taux de fécondité le plus important au monde, elle possède également le taux de mortalit