13  juillet 2017

 

Kazakhgate: 5 millions d'euros de commissions ont été livrés en cash à Paris

Selon nos informations, une valise contenant 5 millions d'euros en liquide a été livrée à Paris en 2011 dans le cadre du Kazakhgate, sur fond de vente d'hélicoptères, de corruption et de manœuvres orchestrées par des proches de l'ex-président Sarkozy. Cela renforce l'hypothèse de rétrocommisssions dont auraient profité des hommes de l’Élysée.

C’est sans doute l’exemple le plus frappant du parfum de corruption qui régnait à l’Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Selon les informations de Mediapart et du Soir, issues d’éléments inédits du dossier judiciaire du Kazakhgate, 5 millions d’euros en liquide ont été livrés en voiture de Zurich à Paris en décembre 2011, sur fond de corruption pour vendre des hélicoptères au Kazakhstan. De l'argent « pour la France », a précisé l’oligarque qui a fourni les billets. Ce qui renforce la thèse de rétrocommisssions au bénéfice des hommes de l’Élysée.

 

Cette tentaculaire information judiciaire pour « corruption d’agents publics étrangers »porte sur la vente, en juin 2011, de 45 hélicoptères Airbus pour 300 millions d’euros. Il y avait deux conditions pour signer ce juteux marché. L’Élysée devait monter une cellule occulte pour que l’oligarque Patokh Chodiev, grand ami du dictateur kazakh Noursoultan Nazarbaïev, échappe à une condamnation pour corruption en Belgique – ce qui fut fait avec succès, au prix de manœuvres déloyales qui font aujourd’hui scandale outre-Quiévrain. De son côté, Airbus devait verser 12 millions d’euros de pots-de-vin au premier ministre kazakh, par l’intermédiaire de sociétés offshore du même Patokh Chodiev.

Le président Nicolas Sarkozy et son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïev à l'Élysée le 27 octobre 2010, après la signature du premier accord sur la vente des hélicoptères d'Airbus Group © Reuters

Restent les rétrocommisssions. Comme l’avait révélé Mediapart, Patokh Chodiev a remis à son avocate, cinq mois après la vente des hélicoptères, une valise contenant 5 millions d’euros en liquide, dans une chambre d’hôtel à Zurich. On ignorait jusqu’ici où avaient atterri les billets, les protagonistes ayant livré des versions contradictoires aux juges d’instruction Guillaume Daieff et Roger Le Loire. Mais les factures d’essence et d’hôtel de l’homme embauché pour convoyer les fonds montrent qu’il s’est rendu à Paris. 

Derrière cette scène digne d’un roman d’espionnage, il y a deux personnages clés, tous deux mis en examen. L'avocate Catherine Degoul, installée à Nice, était la responsable de l’équipe d’avocats franco-belges de Chodiev. Elle travaillait main dans la main avec le préfet Jean-François Étienne des Rosaies, à l’époque conseiller de Nicolas Sarkozy, qui supervisait à l’Élysée l’opération de lobbying destinée à faire bénéficier Chodiev d’une transaction pénale outre-Quiévrain et lui éviter ainsi la prison.

À en croire Me Degoul, Étienne des Rosaies était très gourmand, au point de réclamer à plusieurs reprises du cash à Chodiev en échange des services fournis par la présidence de la République. Il disait à l’oligarque que s’il « ne payait pas, il y aurait des mesures de rétorsion ou coercitives et qu'“on” se retirerait du dossier », a déclaré l’avocate sur procès-verbal.

Elle assure que le conseiller de Sarkozy a ainsi obtenu un premier versement de 800 000 euros en liquide fin 2010, dont elle a supervisé la livraison au bar du palace parisien Le Bristol, situé à deux pas de l’Élysée. « Les fonds ont été apportés par le chauffeur de M. Chodiev […]. Quelqu'un que je ne connais pas, que je n'ai jamais revu, a été envoyé par M. des Rosaies pour prendre les fonds. »

 

La seconde livraison de décembre 2011, réalisée une fois les hélicos vendus et Chodiev sauvé en Belgique, est d’une tout autre ampleur. Selon Catherine Degoul, l’opération a été de nouveau organisée par des Rosaies – ce que celui-ci dément. L’avocate a rendez-vous avec Chodiev dans le hall de l’hôtel Hyatt de Zurich. Elle est accompagnée d’Éric Lambert, bras droit et patron de la société de sécurité du célèbre barbouze Paul Barril, qui a été recruté pour transporter l’argent.

L'oligarque ouzbeko-belge Patokh Chodiev, copropriétaire, avec ses deux associés, du plus gros groupe minier kazakh, lors d’une fête à Bruxelles en 2009. © Alain Lallemand

Selon l’avocate, il y a eu un quiproquo sur le montant, Chodiev ayant évoqué la somme de 2 millions. Elle a raconté aux juges avoir appelé des Rosaies, qui a précisé : « C'est cinq. » L’avocate monte ensuite dans une chambre, où un collaborateur de Chodiev lui remet des enveloppes contenant 5 millions d’euros en billets de 500, une coupure surnommé le « Ben Laden », car suspectée de servir majoritairement à financer des opérations criminelles et dont la Banque centrale européenne a d'ailleurs annoncé la fin de production pour 2018.

« Quelques dizaines de minutes plus tard, Me Degoul m'a demandé de monter dans une chambre, a confirmé Éric Lambert. Elle était seule et elle m'a remis de nombreuses enveloppes. Elle m'a confié une valise ou une valisette pour mettre l'ensemble de ces enveloppes et j'ai pris la route. » Lors d’une confrontation organisée en mai 2015 dans le bureau des juges, Éric Lambert assure avoir remis l'argent à MDegoul à son cabinet niçois.

L’intéressée dément formellement. C'est elle qui, lors de sa première garde à vue, a spontanément décrit cette remise d'espèces, ce qui cadre mal avec le fait qu'elle les ait empochées. L'avocate assure ignorer l’identité du destinataire, mais livre tout de même deux indices. L’opération a été selon elle organisée par des Rosaies, conseiller de Sarkozy à l’Élysée. Et Chodiev lui a confié que cet argent, « c'était pour la France ».

 

Les factures d'essence, d'hôtel et de péages de Lambert, saisies par les enquêteurs lors des perquisitions, permettent aujourd'hui d'en avoir le cœur net. Le porteur des valises dit avoir mis le cap sur Martigny, passé la frontière française en montagne puis gagné Argentière, Chamonix, Gap, enfin Nice. Il pense que c'était « le 15 ou le 16 » décembre 2011. Les facturettes montrent que ce ne peut être que le 15. Mais Lambert n'est pas allé à Nice, ni le 15 ni le 16, ni plus tard ce mois-là, et il n'a pas quitté la Suisse via Martigny et Vallorcine.

Le trajet réel du porteur de valises et celui qu'il a déclaré à la justice. © Le Soir

Le 14 décembre 2011, Éric Lambert a quitté Paris pour Mulhouse. À 17 h 7, il fait le plein d'essence à la station BP d’Éguilly, près de Dijon. Il dort le soir à l’hôtel, dans la banlieue nord de Mulhouse. Le 15 décembre vers 7 h 30, il quitte Mulhouse et traverse la frontière suisse. À 9 h 47, il fait le plein à la station Esso de Schattdorf, à 80 km au sud de Zurich. Qu’allait-il faire dans le coin ? Mystère. Il remonte ensuite à Zurich récupérer les 5 millions d’euros et regagne la banlieue de Mulhouse pour une nouvelle nuit à l’hôtel.

Le 16 décembre, au lendemain de la livraison, Éric Lambert part de Mulhouse tôt le matin et fait le plein à 10 h 8 dans sa station préférée d’Éguilly, sur l’autoroute A6 qui conduit à la capitale. Bref, Lambert est rentré à Paris. Ce que confirment les factures suivantes, qui montrent que le porteur de valises a effectué un nouvel aller-retour Paris-Mulhouse les 18 et 19 décembre.

Deux ans après avoir livré aux juges une version aujourd’hui démentie par ses propres factures, Éric Lambert n’a toujours pas été à nouveau convoqué. Pourquoi semble-t-il avoir menti sur sa destination ? À qui a-t-il livré les 5 millions en liquide ? Contacté par l'intermédiaire de son avocat, il n’a pas souhaité nous répondre.

Les policiers ont épluché les relevés bancaires de Jean-François Étienne des Rosaies, désigné par Me Degoul comme l’organisateur des remises d’espèces. L'ex-conseiller de Sarkozy possédait bien de nombreux « Ben Laden », avant même la première livraison au Bristol. Dès la mi-mars 2010, il dépose 18 billets de 500 euros au guichet de la banque Neuflize. Six autres sont déposés au guichet par son épouse en septembre 2011. Les époux payent ensuite en coupures de 500 la société de construction qui rénove leur haras en Normandie. En 2014, c'est par dizaines que le préfet les dépose au guichet de la banque Delubac. Mais, au total, les enquêteurs n'ont retrouvé « que » 137 000 euros en liquide du côté de des Rosaies.

Où est passé le solde, soit 5,7 millions d'euros ? A-t-il été redistribué à des proches du président Sarkozy ? Une partie du cash a-t-elle atterri dans les poches d'officiels ou de politiques belges ? Outre le livreur, Éric Lambert, un homme détient la clé du mystère : Patokh Chodiev, l'oligarque belgo-ouzbek qui a fourni les liquidités. Mais il n'a aucune envie de s'expliquer. Il est convoqué aujourd'hui vendredi devant la commission d'enquête parlementaire belge sur le Kazakhgate. Mais il a fait savoir jeudi, par la voix de son avocat, qu'il ne se présenterait pas.

La dichotomie entre le mensonge et la justice

 

Quelques jours seulement après la mise en cause des époux Jacob dans l'affaire Grégory, un cousin germain de Murielle Bolle téléphonait à la gendarmerie pour faire des révélations sur des faits remontant à trente-deux ans et pour lesquels il n'a jamais été entendu... Deux semaines après son audition, Murielle Bolle était mise en examen pour « enlèvement suivi de mort » puis incarcérée à la prison de Dijon. Ce témoin tardif invalide à 80 %, affirme avoir été présent au domicile de la famille Bolle le soir du 5 novembre 1984 : « Je peux vous dire que Murielle s'est fait démonter, je veux dire qu'elle a été frappée par plusieurs personnes, elle a pris une sacrée volée ». Le lendemain, l'adolescente revenait sur sa déclaration en dédouanant son beau-frère, accusant les gendarmes de manœuvres « dolosives ». Maître Jean-Paul Teissonnière a déclaré à l'AFP : « S'il apparaît régulièrement de nouveaux témoins à charge sur des faits [vieux] de 32 ans, qui viennent raconter ce que raconte la radio ou la télévision, et qu'on considère que c'est des témoignages sérieux (...) je suis très inquiet  ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si ce témoignage tardif est la seule preuve, on doit s'interroger. L'intention à l'origine de la narration est peut-être plus importante que ses répercussions. Nous avons tendance à penser que les gens sont soit honnêtes ou malhonnêtes, et qu'il suffit de quelques « ripoux » pour jeter l'opprobre sur toute une famille ou une corporation. Dans les faits, tout le monde a la capacité de mentir, combien d'automobilistes déclarent à l'agent verbalisateur que le feu était à l'orange et qu'il aurait été dangereux de « piler »... Les recherches en science sociale montrent que presque tout le monde triche si l'occasion leur en est donnée. Un clin d'œil trivial à destination de la gent masculine, à la question simulez-vous l'orgasme ? Plus d'un tiers des femmes ont répondu oui.

Si la grande majorité des gens mentent « juste un peu », certains mentent jusqu'au point de perdre leur sens de l'intégrité. « Non, je n'ai pas menti (...) Non, je ne démissionnerai pas. » Propos tenus par Christiane Taubira lors du compte-rendu du Conseil des ministres du 12 mars 2014. Pour Philippe Bilger : « Elle a laissé dire, et ne l’a jamais contesté dans l’espace médiatique, qu’elle avait deux doctorats, l’un en économie, l’autre en ethnologie (...). Pourtant, de ceux-ci, pas le moindre indice, pas le plus petit début de commencement de preuve ! (...) Pour valider un doctorat, il faut soutenir une thèse. Aucune thèse n’a été rédigée par Christiane Taubira  ». Les impératifs moraux varient d'un sous-groupe à un autre. Ce qui est permis dans l'un, peut être rejeté dans un autre. Si «  La vérité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques » (Hannah Arendt).

Pour les moralistes, l’honnêteté reste le socle auquel l’homme doit son développement moral. Chez Kant, le mensonge est toujours moralement répréhensible, car il corrompt la capacité morale de l’homme en empêchant autrui d’agir rationnellement et librement. Chez les pragmatiques, le mensonge ou la vérité repose sur l'avantage à taire ou à dire la vérité. Le mensonge serait-il un jugement de valeur ? Les obligations d'un groupe reposent sur des règles tacites pouvant entrer en contradiction avec les lois écrites. Au sein d'une famille, le jugement du clan l'emporte sur l'autorité de l'État, dès lors, la responsabilité du groupe est engagé à partir de tout acte coupable commis par un de ses membres, phénomène que l'on retrouve à la base des « vendetta ». La famille peut se « serrer les coudes » sans que tout le clan soit responsable des faits incriminés (affaire Dominici).

Le code pénal prend en compte la nature du lien familial, article 434-1 : « Le fait, pour quiconque ayant connaissance d'un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. Sont excepté des dispositions qui précèdent, sauf en ce qui concerne les crimes commis sur les mineurs :

1° Les parents en ligne directe et leurs conjoints, ainsi que les frères et sœurs et leurs conjoints, de l'auteur ou du complice du crime ;

2° Le conjoint de l'auteur ou du complice du crime, ou la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui.

Sont également excepté des dispositions du premier alinéa les personnes astreintes au secret dans les conditions prévues par l'article 226-13. »

Avez-vous déjà essayé d’imaginer ce que serait votre vie si vous ne mentiez jamais ? Si tout ce qui sortait de notre bouche n’était que la pure vérité, nous serions sans doute dans une position sociale peu enviable. Pour Benjamin Constant : « Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était pris de manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. (…) Dire la vérité est un devoir. Qu’est-ce qu’un devoir ? L’idée de devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d’un autre. Là où il n’y a pas de droits, il n’y a pas de devoirs. Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui. »

A côté des réticences et des mensonges destinés à ménager les susceptibilités et à ne pas froisser les orgueils, il y a le mensonge de commodité ou inutile pour lequel il n'y a rien à gagner et que nous faisons semblant de ne jamais le remarquer ; le mensonge de protection : d'autrui, ménager sa propre sensibilité, taire sa honte, un sentiment de culpabilité, éviter une punition, cacher sa responsabilité ; le mensonge faire-valoir, et les mensonges malveillants destinés à servir l’intérêt de celui qui les profère. Les expériences en psychologie sociale conduites par Dan Ariely à l’université de Duke (Caroline du Nord), ont démontré que l’individu n’agit pas vraiment en fonction d’un calcul coûts-bénéfices, dès lors, la sévérité des punitions n'intervient que fort peu. Si c’était le cas, il suffirait de renforcer les sanctions pour que les déviances baissent.

On distingue essentiellement deux formes de mensonges, l'omission dans laquelle le menteur fait tout simplement de la rétention d'information sans rien dire de faux ; la falsification dans laquelle il mêle des contre-vérités afin de tromper l'interlocuteur. Avec la première forme, le menteur ne risque pas en cas de découverte de se faire traiter de menteur, il lui suffit d'invoquer l'oubli ou la non connaissance du fait. Dans le second cas, la personne peut tenter une pirouette en disant avoir été prise de panique par la situation et de ne pas être crue. Le mensonge peut associer ces deux formes en présentant les faits de façon que l'autre n'y croit pas, généralement, même une personne sincère commet de petites erreurs, surtout sur des faits lointains dans le temps. Il est toujours difficile pour le policier de différencier la crainte de l'innocent de celle du menteur qui craint d'être démasqué.

Le contexte d'une gendarmerie ou le cabinet d'un juge d'instruction influence aussi le déroulement d'une l'audition. Chez certaines personnes, mentir n’est pas un acte anodin, proférer un mensonge entraîne un certain malaise, voire des remords, notamment si elle n'a pas eu le temps de se l'approprier ou qu'elle ne l'a pas envisagé. Dès lors, la personne peut se trahir par : la voix - les paroles (aveux) - le regard - son comportement (langage corporel) - ou modifications de paramètres physiologiques. Si des idées préconçues poussent le gendarme ou le juge à penser que la personne entendue est insincère et qu'il ne parvienne pas à l'établir, toute son attention va être dirigée de façon à saisir les moindres anomalies allant dans le sens de ses impressions premières..., avec pour conséquence d'instruire plus à charge qu'à décharge.

Plus le mensonge a été réitéré, plus il devient facile de le maintenir, le policier ou le magistrat instructeur ne peut escompter un effet catharsique. Murielle Bolle âgée aujourd'hui de 48 ans pourrait « charger » Bernard Laroche abattu en 1985, invoquer le droit au silence, non ! Elle s'explique et dit : « avoir déjà donné la version de son retour en autocar sept ou huit fois, s'il faut qu'elle la répète une neuvième fois, il n'y a pas de souci. », assertion qui pose d'autant plus question qu'on la soupçonne de dissimulation et que ses propos sont perçus comme l'affirmation de contre-vérités.

Quel intérêt un menteur a-t-il alors de ne pas revenir sur son mensonge ? L'orgueil, la rancune, ou lorsque ses aveux entrent en contradiction avec : ses intérêts personnels - la crainte d'une découverte incidente - la préservation d'un jardin secret (vie privée) - la sévérité de la peine encourue - la mise en cause d'une autre personne - d'une idéologie - qu'il ne partage aucune valeur avec sa victime - qu'il éprouve un sentiment de honte - qu'il méprise policiers et magistrats - qu'il souffre de troubles psychiques (mythomanie, asociabilité, immaturité) ou d'une atteinte neurologique.

La charge de la preuve appartient au Ministère public et l'affaire est hors norme. Peut-on embastiller pour autant une personne afin de faire pression sur elle dès lors qu'elle ne présente aucun risque pour la société ? La question est d'autant plus sensible qu'il s'agit d'une impécunieuse ne pouvant pourvoir à une mesure d'éloignement sur ses propres deniers, quand à invoquer que sa détention vise à la protéger... De quoi, de qui ? Placée à l'isolement elle a entamé une grève de la faim pour dénoncer les conditions de son incarcération : « elle ne peut pas sortir, elle ne peut pas aller en promenade ni aller à la douche sans recevoir des bordées d'injures et des menaces de mort. (...) Confinée au quartier d'isolement, elle a été coupée de toute relation sociale. Aucun permis de communiquer ne lui a été délivré par l'administration, elle ne peut donc recevoir aucune visite » (Maître Christophe Ballorin).

 

La vérité est probablement plurielle et l'énigme à tiroirs ou à cliquet. La justice trouvera-t-elle le bon cheminement vers la résolution de l'affaire ? En l'état actuel, les enquêteurs et magistrats semblent avoir plus de questions que de réponses, l'injustice ne risque-t-elle pas de répondre à une autre injustice ?

11 juillet 2017

 

Il manifeste en soutien aux migrants et se retrouve au tribunal pour outrage

Nicolas, 43 ans, aide régulièrement les migrants et les soutient en manifestant. En août 2016, dans le XIXe arrondissement de Paris, il filme des policiers lors d'un rassemblement, puis se fait interpeller au motif qu'il les aurait traités de « nazis ». Il reçoit alors des coups de matraque. Ce vendredi, c'est lui qui comparaissait au tribunal.

Le procès commence au troisième étage du Palais de justice de Paris, dans une salle de vidéoconférence trop petite pour contenir la trentaine de militants venus soutenir Nicolas. Sur l’écran apparaissent deux policiers en tenue, actuellement à Toulouse, et qui n’ont pu faire le déplacement. En août 2016, leur compagnie était mobilisée dans le XIXe arrondissement de Paris, pour maintenir l’ordre à l’occasion d’une manifestation de soutien aux migrants. Les deux CRS reprochent au prévenu, Nicolas, de les avoir traités de « nazis », de s’être rebellé et de les avoir violentés. L’audience aurait dû se tenir il y a quelques mois, mais Nicolas avait exigé qu’une confrontation puisse se tenir. Comme attendu, l’échange ne met cependant pas tout le monde d’accord.

La version de Nicolas, 43 ans, est simple. Ce 12 août 2016, jour de canicule, il était venu soutenir les migrants entassés avenue de Flandres, dans le XIXe arrondissement de Paris. Il habite le quartier, est devenu ami avec des Soudanais, des Afghans, leur apporte selon les saisons des couvertures, des tentes, du thé, du café, de l’eau.

 

Ce n’est pas la première fois qu’il manifeste en soutien aux migrants. Et ce n’est pas la première fois qu’il prend des photos et filme. « Il est arrivé que certains policiers me disent qu’il est interdit que je filme. Mais j’ai le droit. Et cette fois, encore, j’ai continué. Puis après avoir pris mes dernières photos, je suis reparti vers chez moi. C’est là que j’ai entendu “Monsieur ! Monsieur !”. Ils ont essayé d’attraper mon téléphone que j’ai mis dans ma poche. Quatre CRS se sont rués sur moi, m’ont mis un gros coup de matraque sur la tête, j’ai aussi eu d’énormes bleus dans le dos. Et j’ai perdu connaissance quelques instants. Alors que je n’ai jamais été agressif. Je ne les ai jamais insultés. »

Le 12 août 2016, avenue de Flandres, à Paris, quelques instants avant les incidents © DR

Comme toujours dans ce genre d’affaires, la version policière diffère du tout au tout. « Il était derrière nous et nous a invectivés. Je lui ai dit de se calmer et de quitter les lieux car ça commençait à devenir fatigant et intolérable », explique le capitaine. Selon lui, Nicolas les a traités de « police de nazis »« à la solde d’un gouvernement nazi ». Puis : « Vous agissez comme en 40 »« Vous êtes des salauds »« Enculés de nazis ».

Le CRS explique que Nicolas a refusé de déguerpir, que le prévenu l’a même repoussé du plat de la main et qu’il a donc fallu lui faire une clef, le mettre au sol et le menotter. Du renfort est alors arrivé et le deuxième CRS, brigadier-chef, qui n’avait rien entendu, explique que la matraque qu’il avait à la main « a atteint l’épaule » de Nicolas, « l'a heurté ». Après la manifestation, un médecin délivrera tout de même une interruption temporaire de travail de deux jours à Nicolas, blessé.

Des photos produites à l’audience montrent la matraque au-dessus de la tête de Nicolas, mais le CRS se défend d’avoir mis un coup. « Je ne suis pas sûre que la matraque doit être à ce niveau-là, avance la présidente du tribunal en regardant la photo. Mais de toute façon, vous n’êtes pas poursuivi pour violences policières, donc on ne va pas aller sur ce terrain-là. »

Pour les deux CRS, Nicolas « a simulé une perte de connaissance ». La preuve ? Ils ont vu « un léger sourire sur ses lèvres ». Les CRS ne voient pas pourquoi se faire filmer les aurait gênés : « LCI était là, BFM aussi, de mémoire. Donc, de toute façon, on était filmés, et en plus par des dizaines de personnes. Donc si je me suis rapproché du prévenu, c’est par obligation, j’avais autre chose à faire ce jour-là. » Le brigadier-chef acquiesce : « Contrairement à ce qui est dit, nous ne l’avons pas ensuite traîné jusqu’au véhicule. D'autant qu’il y avait des témoins. » Sans s’en rendre compte, le CRS vient de dévoiler une déontologie à géométrie variable.

 

Mais après tout, ne serait-il pas possible que les paroles aient été prononcées par un autre manifestant ?, demande Me Irène Terrel, l’avocate de Nicolas. « Il n’y avait pas d’équivoque possible. Il les a réitérées à un mètre de moi », dit un des deux CRS. « Et en route vers le commissariat, il m’a dit que je n’avais pas de neurones, qu’on était des collabos, que j’étais débile d’appliquer les ordres, que j’étais raciste. »

Violette Baranda, maire adjointe du XIXe arrondissement, ici devant la 30e chambre du tribunal correctionnel de Paris, où se tenait l'audience. © MH

Deux femmes sont cependant venues témoigner au tribunal. Et l’identité de l’une d’entre elles semble changer la perception du tribunal. Il s’agit d’une élue, Violette Baranda, présente ce jour-là car elle était d’astreinte. « C’était la canicule. Parmi les migrants, il y avait des adultes mais aussi des femmes avec enfants. Sans eau ni toilettes. On m’a demandé de dégager. J’ai été surprise par la violence des forces de l’ordre, qui donnaient des coups de pied dans les matelas. Nicolas filmait. J’étais à deux ou trois mètres de lui. Et puis j’ai entendu des cris. “Nico ! Nico !” Je me suis retournée. Il avait la face contre le trottoir, et l’autre œil dans le vide. J’ai cru qu’ils l’avaient tué. Je me suis offusquée. On m’a répondu que je n’aurais pas dû être là. Quelqu’un est venu me demander mon identité. Et puis, quelques minutes plus tard, il est revenu me demander mon parti politique. Ça m’a choquée. Je suis élue de la République, c’est tout ! »

Cette adjointe, issue de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE), raconte qu’ensuite, les CRS ont soulevé Nicolas et l’ont conduit jusqu’au véhicule pour l’embarquer. « On n’embarque pas, on interpelle », rectifie un policier. Quelques instants plus tard, poursuit Violette Baranda, un gradé lui demande ce qui s’est passé. La présidente du tribunal s’étonne : « Et il ne vous a pas demandé d’aller tout raconter au poste de police ? » L’élue répond par la négative et raconte qu'elle a par la suite reçu une convocation de police « pour avoir participé à une manifestation délictueuse, non autorisée ». Son avocat parviendra à faire cesser les poursuites : elle était élue de permanence, sur son territoire !

« Ils n’allaient pas s’en prendre à BFM »

De retour dans une salle d’audience plus classique, Nicolas explique une nouvelle fois ne pas avoir compris ce qui lui arrivait. Ce webdesigner de 43 ans, père d’une petite fille d’un mois, a un casier judiciaire vierge. Il n’avait jamais fait de garde à vue jusque-là. Il produit huit témoignages de moralité attestant, dit son avocate, de « son calme », de « son humanité ».

Pour l’avocate des CRS, qui réclame 1 000 euros pour chacun de ses clients, les CRS ont autre chose à faire qu’inventer des histoires de ce type. Et c’est visiblement ce que pense aussi le procureur. Pour lui, tout le débat autour de l’intervention policière a « parasité »l’audience. Car « quand on allègue de violences policières, on peut déposer plainte. Le prévenu a préféré procéder par allusion à l’audience et polluer le dossier ».

À la lecture des procès-verbaux, et après avoir entendu les protagonistes, le procureur reconnaît cependant que les faits de violence sur policiers ne peuvent être retenus contre Nicolas : « L’infraction n’est pas constituée. » En revanche, à aucun moment il ne met en doute la version des policiers. Et donc, puisqu’une main est censée avoir été posée sur le torse de l’un d’entre eux, il y a selon lui rébellion face à l’interpellation.

Le procureur se montre beaucoup plus loquace sur l’outrage. Là encore, bien que Nicolas nie avoir tenu de tels propos, qu’aucun des quatre témoins – dont une élue qui se tenait à deux mètres – ne les confirme et que les policiers n’aient personne pour en attester, il n'interroge pas leur réalité.

Il explique qu’il travaille dans la section des crimes contre l’humanité, qu’il a été amené à entendre de vrais anciens nazis, qu’il a eu à travailler sur le massacre d’Oradour-sur-Glane et à juger d'un ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor. Il appelle donc à « un peu de retenue »« ce n’est pas une question de degré mais une question d’essence »« Simone Veil, morte il y a quelques jours, aurait été choquée de l’utilisation de ce terme ». Il s’agit d’une « faute morale et d’une faute pénale ». D’autant que « s’il y a bien une compagnie à qui on ne peut pas reprocher d’avoir participé à une rafle, ce sont les CRS – Compagnie républicaine, souligne-t-il, de sécurité –, créée après-guerre en intégrant des résistants ».

Après de nouvelles considérations historiques qui exaspèrent les militants de la salle d’audience – « en 68, les prolétaires c’étaient les CRS » –, il change de registre : « Pourquoi ce prévenu aurait-il été le seul à avoir été interpellé ? » « Était-ce bien à lui d’assurer la couverture médiatique ? » Il tient à « tordre le cou à l’allégation selon laquelle les policiers se seraient fait plaisir » et demande une peine de trois mois de prison avec sursis, d’autant qu’il « a étudié l’histoire, il n’en méconnaît pas la réalité ».

Me Irène Terrel, qui défend Nicolas, rebondit sur les propos du procureur et explique qu’il ne servait à rien de porter plainte contre les policiers. Ceux-ci étaient dans son dos, casqués : Nicolas n’aurait pas pu les reconnaître. Et c’est « un tel parcours du combattant » de porter plainte contre la police… « Ça n’aurait jamais abouti ; il a choisi de ne pas y perdre son énergie. Il a un métier, une petite fille, et milite pour la défense des droits humains : il a autre chose à faire. »

L’avocate rappelle le contexte : l’évacuation du camp de La Chapelle en même temps que se tient l’audience et la nécessaire mobilisation des militants, quand l’État lui-même est condamné par le tribunal administratif et rappelé à son devoir humanitaire à Calais. « Pourquoi a-t-il été interpellé ? Parce qu’il filmait. Ils n’allaient pas s’en prendre à BFM. D’ailleurs, on n’a retrouvé aucune trace de ses films dans son téléphone. Aucune vidéo de ces opérations peu glorieuses. » Me Terrel se moque aussi du choc malencontreux de la matraque avec l’épaule du prévenu, « moyennement crédible », tout comme de la formulation que les policiers rapportent avoir employée au moment de l'interpellation dans un « PV très policé : “Monsieur, est-ce que vous voulez bien m’accompagner voir mon collègue ?” Allons, on sait très bien que cela ne se passe pas comme ça. »

 

L’avocate rappelle en outre qu’accuser d’outrage et de rébellion est la réponse classique des policiers qui risquent de se voir reprocher des violences. L’avocate et le prévenu ne contestent pas la bêtise de l’amalgame parfois fait par des manifestants entre CRS et nazis. « Mais effectivement, j’ai fait de l’histoire, dit Nicolas dans sa conclusion. Et c’est pour ça que je ne prononce pas de tels mots. » Pour son avocate, c’est donc « parole contre parole. Mais nous avons des témoins extrêmement crédibles, une élue, une photographe, et deux autres témoins. Le doute doit profiter au prévenu. Ce n’est pas une petite affaire pour lui. C’est l’affaire de sa vie. Vous devez le relaxer ». Le jugement a été mis en délibéré au 6 octobre.

26 juin 2017

 

Un Palestinien est tué, et un Juif est accusé. Qui est coupable ? La balle !

En quittant la petite salle d’audience, le coupable a eu soin de toucher la mezuzah fixée sur le côté de la porte. II venait d’avouer qu’il avait blessé quelqu’un avec circonstances aggravantes et causé sa mort par négligence. Dimanche, au cours de l’audience mettant un point final à une procédure qui s’est étirée sur deux ans et demi, une jeune femme avait tendrement, à plusieurs reprises, caressé le dos du tueur par négligence.

 

Le mort par négligence était Nadim Nuwara, un adolescent de Ramallah. Le condamné est Ben Deri, un ancien membre de la police des frontières, de Rishon Letzion. L’audience a eu lieu au tribunal de district de Jérusalem, dans Jérusalem-Est occupée.

Il s’agit donc d’un nouveau cas d’un Israélien en uniforme qui a pris la vie d’un Palestinien, qui a glissé sous le radar des médias avec une aisance qui n’a plus rien d’exceptionnel. La seule chose qui soit inhabituelle ici – et cela ne fut possible que grâce à la détermination du père endeuillé, Siam Nuwara, et de la présence inattendue de caméras de sécurité et de CNN – c’est qu’il y a eu une enquête suivie d’un procès. Le glissement a ainsi été plus lent que d’habitude.

L’annonce d’un accord entre l’accusé Deri et l’accusation [1] mentionne : “Avant d’ouvrir le feu, l’accusé n’a ressenti aucun danger et savait qu’il n’y avait aucune justification pour tirer”. C’est exactement ce qu’avaient dit les témoins qui se trouvaient à  Bitunya en ce 15 mai 2014, le jour où les Palestiniens commémorent la Nakba, leur “catastrophe” de 1948.

Des jeunes gens approchaient le checkpoint militaire qui sépare Ramallah des villages situés plus au sud, qui rend efficace l’annexion du bloc de colonies [juives] de Givat Ze’ev par Israël. Une compagnie de la police des frontières fut envoyée dans l’enclave palestinienne et se positionna sur un balcon. Les pierres lancées, en signe de protestation, par les jeunes gens alors qu’ils se trouvaient à une distance de 70 à 80 mètres n’étaient qu’un geste symbolique et ne pouvaient atteindre les policiers ou le checkpoint. Lorsque Deri a visé, puis tiré et atteint Nuwara, celui-ci ne tenait même pas une de ces pierres symboliques en main.

Étant donné que le mort était un jeune Palestinien, et que le coupable était un Juif, nous – en tant que nation de vétérans de l’armée entraînés au tir – sommes portés à croire l’histoire concoctée par le procureur d’État avec l’aide de l’avocat Zion Amir, à savoir qu’une “balle réelle” s’était malencontreusement trouvée mélangée avec les balles enrobées de caoutchouc, qui étaient les seules que Déri était autorisé à utiliser. Et c’est pourquoi celui-ci n’a pas été jugé pour meurtre, comme cela figurait initialement dans l’acte d’accusation, mais pour homicide par négligence.

Deri, qui est donc un type négligent, n’a pas vérifié s’il n’y avait pas une unique “balle réelle”, une orpheline égarée par hasard, qui s’était frayée par erreur un chemin jusque dans son arme juste avant qu’il ouvre le feu, afin de frapper un adolescent qui marchait, les bras le long du corps, à 80 mètres de lui. On notera cependant que cette agression préméditée aurait été une violation des ordre reçus même si la balle utilisée avait été enrobée de caoutchouc.

Nous, qui excellons tant dans l’art de lire dans l’esprit des Palestiniens et sur leurs pages Facebook, nous croyons la police et les services du procureur quand ils disent qu’ils ne peuvent pas vérifier comment il se fait que trois autres Palestiniens ont été atteints par des tirs à balles réelles ce même jour, au même endroit, tirées par des hommes appartenant à la même compagnie de la police des frontières que Deri. L’un d’entre eux, Mohammed Salameh, fut tué. Et seuls Deri et un autre membre de la police des frontières présentes sur place avaient l’autorisation de tirer. Et uniquement avec des balles enrobées de caoutchouc.

La mission est maintenant pratiquement terminée. Le spectacle de la loi et de la Justice a été présenté.

Plus tôt, au cours de ce mois de juin, les juges Noam Sohlberg (qui est un des habitants de la colonie de Alon Shvut), Neal Hendel et Anat Baron, de la Cour Suprême, ont rejeté le recours de la famille de la victime contre l’accord de “plaider coupable” [dont a bénéficié Deri]. Tout ce qu’il faut encore attendre, c’est le prononcé de la sentence, qui aura lieu en septembre.

Et, parce que la victime est un Palestinien et que le coupable est un Juif, la famille de Deri, ses amis et l’organisation d’extrême-droite Honenu [déjà évoquée ici à plusieurs reprises – NDLR] qui l’ont accompagné tout au long de la procédure judiciaire, ont d’excellentes raisons de supposer que le juge Daniel Teferberg ne se montrera pas trop sévère avec lui.

Après avoir initialement manifesté leur soutien à Deri, les médias [israéliens] observent un silence qui est calculé. C’est un excellent moyen d’effacer le fait que Deri a agi comme l’ont fait beaucoup de policiers et de soldats avant lui envers des Palestiniens, et de s’assurer que beaucoup d’autres peuvent continuer à agir de même. Le silence est une manière de permettre au juge de rendre une sentence clémente, tout en accordant la plus grande considération aux sentiments de Deri et à la préservation de son avenir.

Amira Hass            


[1]  “plea bargain” : équivalent mutatis mutandis dans la procédure pénale israélienne de la “comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité” dans certains pays européens. L’accusé reconnaît certains faits, la peine est négociée (à la baisse quand il s’agit d’un Israélien, ou pour éviter la prolongation indéfinie d’une détention administrative sans jugement quand c’est un Palestinien). – NDLR

Cet article a été publié par Haaretz le 21 juin 2017, sous le titre “A Palestinian Is Killed and a Jew Is Convicted. The Bullet? An Accident”. Traduction : Luc Delval

Amira Hass est une journaliste israélienne, travaillant pour le journal Haaretz. Elle a été pendant de longues années l’unique journaliste israélienne à vivre à Gaza, et a notamment écrit « Boire la mer à Gaza » (Editions La Fabrique).

Photo: Ben Deri au centre

 

Source: http://www.pourlapalestine.be/un-palestinien-est-tue-et-un-juif-est-accuse-qui-est-coupable-la-balle/

24 juin 2017

Le parquet requiert un non-lieu: l’affaire Rémi Fraisse étouffée

Le procureur de Toulouse requiert un non-lieu pour clore le dossier de la mort de Rémi Fraisse à Sivens, après que toutes les demandes de sa famille auprès de la justice ont été rejetées. S'il rend hommage au jeune homme, le magistrat estime qu'aucune faute pénale ne peut être retenue contre qui que ce soit. Les juges d'instruction doivent bientôt rendre leur ordonnance.

L’enterrement judiciaire de l’affaire Rémi Fraisse, ce jeune pacifiste tué à 21 ans par la grenade offensive d’un gendarme mobile, le 26 octobre 2014 à Sivens (Tarn), se précise. Selon des informations obtenues par Mediapart, le procureur de la République de Toulouse, Pierre-Yves Couilleau, a requis un non-lieu pour clore le dossier. Mediapart a pris connaissance de son réquisitoire, un document de 137 pages, signé le 20 juin. Après avoir repris l’ensemble des expertises, la chronologie des faits et les nombreux témoignages du dossier, le procureur a eu des mots apaisants pour la famille Fraisse, en mettant l’accent sur les qualités de Rémi, « un jeune homme totalement intégré, calme, pondéré et pacifique ».

 

Lire ci-dessous des extraits du réquisitoire :

Il s’agit d’une « affaire dramatique », d’un « enchaînement de faits », d’une « tragédie », écrit le magistrat. Mais malgré les nombreux dysfonctionnements apparus dans la chaîne administrative et militaire dans les heures qui ont précédé la mort de Rémi Fraisse – dont l’absence d’autorité civile la nuit des événements et le manque de clarté des consignes données –, le procureur conclut qu’aucune faute pénale ne peut être retenue contre qui que ce soit. Il n’y a, selon lui, ni « violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité », ni « faute caractérisée exposant autrui à un risque d’une particulière gravité ». Il se prononce donc pour un non-lieu en faveur du gendarme mobile qui avait lancé la grenade offensive mortelle, actuellement placé sous le statut de témoin assisté, et de tous les autres protagonistes du dossier.

Il reviendra maintenant aux juges d’instruction de Toulouse de se prononcer en rendant une ordonnance et de suivre ou non les réquisitions du parquet, mais l’issue du dossier ne fait guère de doute. Aucune mise en examen n’a été prononcée en près de trois ans d’instruction et la justice a mis un point d’honneur à ne pas pousser trop loin les investigations dans cette affaire. La clôture de l’affaire Rémi Fraisse par un non-lieu est plus que probable.

Rémi Fraisse © DR

L’impartialité du tribunal de Toulouse mise en cause

L’ensemble de cette affaire a été maltraité par les services de l’État. Pendant 48 heures après la mort du jeune homme, les pouvoirs publics (préfecture du Tarn, parquet d’Albi, Direction générale de la gendarmerie nationale, ministère de l’intérieur) feignent d’abord d’ignorer les circonstances de la mort de Rémi Fraisse et multiplient des déclarations tendancieuses, alors que les premières constatations effectuées sur place ne laissent aucun doute sur le jet d’une grenade offensive vers le jeune manifestant et l’explosion mortelle de l’engin qui l’a tué à bout touchant.

Le 29 octobre 2014, soit trois jours après le décès de Rémi Fraisse, deux juges d’instruction toulousaines, Anissa Oumohand et Élodie Billot, sont chargées d’une information judiciaire contre X pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Mais une fois saisi, le tribunal de grande instance de Toulouse (compétent pour les affaires militaires) s’illustre par sa volonté de ne pas se fâcher avec la gendarmerie, la préfectorale ou le gouvernement Valls. Pourtant, dès les premières heures de l’enquête, une possible direction est montrée par un lieutenant-colonel de gendarmerie, qui déclare sur procès-verbal : « Le préfet du Tarn nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté »comme le révèle Mediapart le 12 novembre 2014. Les deux juges d’instruction s’abstiendront de s’engouffrer dans cette voie et le ministère de l’intérieur se retranchera derrière des démentis répétés, Bernard Cazeneuve jurant avoir donné des consignes de prudence.

Pendant près de trois ans, les avocats de la famille Fraisse ont demandé aux deux juges d’instruction de remonter la chaîne de responsabilités. Mais les magistrats ont confié les investigations à des gendarmes, qui ne bousculent pas trop leurs collègues et officiers supérieurs (ce qui peut se comprendre), alors qu’ils se montrent parfois désagréables – voire menaçants – avec certains témoins. Sans surprise, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) dédouane ses hommes, qui n’auraient commis aucune faute pendant cette nuit de violences à Sivens, même si le tir en cloche d’une grenade offensive n’est pas réglementaire. L’usage de cette arme de guerre, qui a déjà tué Vital Michalon en 1977, est tout de même interdit par Bernard Cazeneuve. Un minimum.

Debout sur les freins, les juges toulousaines refusent d’organiser une reconstitution sur les lieux du drame, puis d’entendre le préfet du Tarn. La partie civile avait sollicité l’audition de Thierry Gentilhomme, alors préfet du Tarn, ainsi que la transmission de ses communications écrites avec les gendarmes et l’exécutif national la nuit du 25 au 26 octobre 2014, en ciblant Beauvau, Matignon et l’Élysée. Cela aurait permis de retracer heure par heure les ordres donnés cette nuit-là (dont les consignes de fermeté évoquées par un officier), ainsi que les informations dont disposaient les autorités avant et après la mort de Rémi Fraisse. Quant aux demandes d’actes sur la légalité de l’usage des grenades offensives, ou le caractère privé des terrains de Sivens où les forces de l’ordre ont été déployées en masse, elles sont également rejetées, comme toutes les questions qui fâchent.

En revanche, magistrats et gendarmes font preuve d’un zèle étonnant pour décortiquer le passé, la vie privée et les relations du jeune Rémi Fraisse, ce qui heurte profondément ses proches. On ne trouvera, dans ce volet de l’enquête, que des témoignages de ses engagements écologiques et citoyens, mais rien à reprocher à celui qui est – faut-il le rappeler ? – la victime. Quant aux alertes sur l’extrême tension qui régnait sur place, notamment les violences exercées par des agriculteurs et par des membres des forces de l’ordre sur des zadistes, elles figurent dans le dossier d’instruction, mais sans que les juges n’en tirent des conséquences particulières sur les responsabilités du préfet, des officiers de gendarmerie et du ministère de l’intérieur.

L’État s’est braqué sur un projet de barrage très controversé pour montrer sa puissance et il a fait usage d’une force redoutable, de violence froide, pour défendre un bout de terrain. Certes, cette nuit-là, à Sivens, des jeunes ont bombardé les forces de l’ordre avec divers projectiles, mais aucun gendarme mobile n’a été blessé. Et selon le décompte officiel, le nombre d’engins tirés par les militaires est impressionnant : plus de 700 grenades en tout genre. À savoir 312 grenades lacrymogènes MP7, 261 grenades lacrymogènes CM6, 78 grenades explosives assourdissantes F4, 10 grenades lacrymogènes instantanées GLI, 42 grenades offensives OF, ainsi que 74 balles en caoutchouc LBD 40 mm. Les grenades offensives OF, les plus dangereuses, sont lancées à la main, à 10 ou 15 mètres maximum (lire ici les récits des gendarmes présents sur place).

De nouveaux témoins se manifestent auprès des enquêteurs pour mettre en cause le rôle des gendarmes mobiles la nuit du drame, et l’un d’eux déclare sur procès-verbal que Rémi Fraisse s’avançait pacifiquement vers les gendarmes, les mains en l’air, quand il a été tué, comme le révèle Mediapart le 25 mars 2016.

Dans un rapport du 1er décembre 2016, le Défenseur des droits pointe la responsabilité du préfet du Tarn, dont les ordres n’étaient pas clairs. Il « constate le manque de clarté et les incompréhensions entourant les instructions données aux forces de l’ordre par l’autorité civile, préfet et commandant du groupement de gendarmerie départementale, ainsi que les incertitudes sur l’état d’esprit dans lequel elles devaient assurer leur mission : fermeté ou apaisement, entre défense de la zone ou riposte ou retrait des militaires ».

Le Défenseur des droits note également « qu’en l’absence de l’autorité civile, à partir de 21 h 30, le choix de l’adaptation des objectifs et du dispositif à mettre en œuvre, malgré ce flou, a été laissé à la seule appréciation de la hiérarchie opérationnelle sur le terrain ». En clair, les gendarmes ont été placés dans une situation où ils ont fait usage de la force pour défendre une « zone de vie » qui ne présentait pas grand intérêt, jusqu’au drame.

Les juges d’instruction n’en tiennent aucun compte : le préfet ne sera pas inquiété. Elles ne cherchent pas plus à savoir si le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve ou le premier ministre Manuel Valls, dont plusieurs hommes de confiance sont restés en poste après son départ de la place Beauvau, ont pu jouer un rôle dans cette démonstration de force fatale. Il s’agit pourtant du premier manifestant tué sous un gouvernement socialiste depuis Guy Mollet. Aucune mise en examen n’a été prononcée et les juges s’acheminent tranquillement vers une ordonnance de non-lieu. Pour relancer l’enquête, les avocats de la famille Fraisse déposent une plainte pour faux témoignages contre les gendarmes et une autre pour subornation de témoins, le 18 janvier 2017. Quelques jours plus tôt, les juges avaient fait savoir qu’elles avaient achevé leurs investigations.

 

De guerre lasse, la partie civile finit par demander le dessaisissement de la juridiction toulousaine en mettant en cause son impartialité, dans une requête en suspicion légitime déposée le 27 mars à la Cour de cassation. Cette requête a été rejetée sèchement par la chambre criminelle le 16 mai.

22 juin 2017

 

Vidéo-choc : meurtre en direct d’un conducteur noir par un policier au pays de l’Oncle Sam !

Etats-Unis : vidéo choc d’un policier abattant un conducteur noir lors d’un contrôle routier

La vidéo, filmée par la caméra embarquée d’un policier américain montre ce dernier en train d’abattre de plusieurs balles un automobiliste noir. Elle vient d’être diffusée alors que l’officier a récemment été acquitté.

L’année dernière, en moins de 40 secondes, un banal contrôle routier pour un phare arrière cassé a dégénéré en tragédie pour Philando Castile, employé de cantine qui circulait le 6 juillet 2016 avec sa petite-amie et la fillette de cette dernière à Saint Paul, dans le Minnesota. Une caméra embarquée dans le véhicule du policier a filmé la scène : on y voit l’intégralité du drame, du moment où le policier fait arrêter la voiture de Philando Castile jusqu’aux premières minutes suivant les coups de feu.

Diamond Reynolds, la jeune femme qui accompagnait Castile, avait aussi filmé, diffusant en direct sur Facebook Live les images de son compagnon agonisant, le sang imprégnant lentement son t-shirt. Une séquence qui avait profondément choqué les Etats-Unis, où une série d’homicides d’hommes noirs par des policiers ont entraîné de vastes manifestations qui ont parfois tourné à l’émeute.

La vidéo embarquée a été rendue publique le 20 juin en même temps que d’autres documents concernant cette affaire.

 

ATTENTION : LES IMAGES CI-DESSOUS PEUVENT HEURTER LA SENSIBILITE 

Sur la vidéo est visible l’officier s’approchant de la portière du conducteur du véhicule et expliquant l’avoir arrêté à cause d’un phare brisé. Il a en outre affirmé plus tard avoir trouvé une ressemblance entre Castile et le suspect d’un vol à main armé survenu quelques jours plus tôt.

Trente secondes après le début de leur discussion, Castile dit calmement : «Monsieur, je dois vous dire que j’ai une arme à feu sur moi», précisant qu’il a un permis de port d’arme.

«Ne le prends pas», répète à plusieurs reprises le policier, alors que Philando Castile tente de lui expliquer ce qu’il est en train d’attraper. A cet instant, la petite-amie de Castile, Diamond Reynolds, sort son téléphone pour filmer la scène en direct. Elle explique que Castile ne fait qu’attraper son portefeuille pour remettre au policier les papiers d’identité qui lui étaient réclamés.

 

 

C’est alors que partent sept coups de feu de l’arme du policier, qui a précisé plus tard aux enquêteurs avoir craint pour sa vie.

 «[Il] regardait fixement, droit devant, et je devenais putain de nerveux», a expliqué le policier, hors champ. «Je lui ai dit de ne pas le prendre !», a-t-il poursuivi.

La publication de cette vidéo a lieu, alors que le policier a été acquitté il y a quelques jours. Son acquittement pour homicide involontaire et mise en danger de Diamond Reynolds et de sa fille a déclenché de nouvelles manifestations dans le Minnesota. 18 personnes ont été arrêtées le 17 juin. La justice fédérale a affirmé examiner l’affaire, pour donner une éventuelle suite au dossier.

Source:https://francais.rt.com/international/40047-etats-unis-nouvelle-video-policier-abattant-conducteur-noir-controle-routier

 

Au bout de dix ans de siège, Gaza atteint un point de rupture humanitaire et politique

Alors que la bande de Gaza vient de passer la barre des 10 ans du siège israélien de la petite enclave palestinienne, jeudi, la situation humanitaire continue à préoccuper les groupes de défense des droits humains, qui ne cessent de dénoncer les « conditions de vie les plus inhumaines du monde moderne. »

Gaza, qui a souvent été comparée à une « prison à ciel ouvert » pour ses 1,9 million d’habitants entassés dans 365 kilomètres carrés, vient de subir une décennie d’isolement et de privations, aggravée par trois agressions militaires israéliennes dévastatrices et une persistante lutte politique entre deux factions palestiniennes.

 

La décision récente de l’Autorité palestinienne (PA) de demander à Israël de réduire l’approvisionnement en électricité de la bande de Gaza a fait craindre que la situation à Gaza n’atteigne rapidement un niveau de dégradation politique et humanitaire aux conséquences imprévisibles.

Une décennie de restrictions épouvantables

Six mois après qu’Israël a évacué ses colonies illégales dans la bande de Gaza, le mouvement du Hamas a remporté des élections législatives palestiniennes en janvier 2006 avec une victoire écrasante : il a remporté 74 sièges au Conseil législatif palestinien (PLC), tandis que le Fatah, le parti de l’AP au pouvoir, n’en remportait que 45.

Ce « tsunami » comme le Fatah l’a appelé, n’a pas enchanté les responsables du Fatah, et les tensions entre le Hamas et le Fatah se sont aggravées d’autant plus que les israéliens et les Etatsuniens ont décidé d’imposer des sanctions économiques à l’AP, parce qu’ils considéraient le Hamas comme un groupe terroriste.

Les tensions ont abouti à la bataille de Gaza entre le 10 juin et le 15 juin 2007, au cours de laquelle le Hamas a pris le plein contrôle de la côte. Israël a réagi en imposant le blocus militaire total de Gaza.

Depuis 10 ans, les autorités israéliennes restreignent sévèrement la liberté de circulation des Gazaouis, exigeant que tous les Palestiniens – y compris les malades en traitement, les hommes d’affaires et les hommes âgés qui veulent aller prier – aient un permis pour entrer ou sortir des territoires occupés à travers le checkpoint d’Erez.

L’Égypte, le seul autre pays qui partage une frontière avec Gaza, a également intensifié le blocus depuis qu’Abd al-Fattah al-Sisi a renversé le gouvernement dirigé par les Frères musulmans en 2013 et est devenu président.

La plupart des Gazaouis ne peuvent ni sortir de l’enclave côtière assiégée ni y entrer, parfois pendant des mois d’affilée, parce que les autorités égyptiennes n’ouvrent que sporadiquement le poste frontière de Rafah. Selon les Nations Unies, il n’a été ouvert que 44 jours en 2016, et 21 jours en 2015.

L’Égypte a récemment tenté de faire pression sur le gouvernement de Gaza pour qu’il coopère avec ses violentes opérations de « contre-terrorisme » en échange de la fourniture d’électricité dont Gaza a un besoin impérieux.

Israël a également maintenu des restrictions draconiennes sur l’approvisionnement de l’enclave assiégée, arguant que des matériaux de construction comme le ciment pouvaient être utilisés par le Hamas et d’autres groupes de résistance palestinienne à des fins militaires.

Les dossiers du ministère israélien de la Défense publiés en 2012 ont également révélé que les autorités israéliennes ont aussi limité l’entrée de la nourriture dans Gaza ; selon l’ONG juridique Gisha, des produits tels que la cardamome, le chocolat et les chips étaient interdits d’importation dans Gaza en 2010. De plus, le secteur agricole de Gaza a beaucoup souffert des « zones tampons » créées par Israël à la fois sur terre et en mer ; les agriculteurs palestiniens risquent leur vie lorsqu’ils s’approchent trop près de la clôture de la frontière et les pêcheurs lorsqu’ils s’éloignent de la petite « zone de pêche délimitée » (par Israël) au large de la bande de Gaza.

Le profond impact de trois guerres

Israël a inlassablement tenté d’écraser la résistance palestinienne dans la bande de Gaza pendant toutes ces années, en prétendant que les roquettes sporadiquement tirées de la petite enclave palestinienne, ou que les tunnels construits entre Gaza et Israël ou l’Égypte justifiaient ses mesures punitives contre Gaza.

Alors que les tunnels entre Gaza et Israël sont utilisés par des groupes de la résistance pour attaquer Israël, les tunnels vers l’Égypte sont utilisés par le Hamas comme une source de revenus et d’armes et aussi pour faire rentrer des produits de première nécessité pour les Gazaouis, comme de la nourriture, des médicaments et des matériaux de constructions indispensables.

Le blocage déjà rigoureux a vu son impact multiplié par plusieurs attaques militaires israéliennes de grande envergure sur Gaza pendant ces dix ans ; des groupes de défense des droits humains ont accusé Israël d’un usage disproportionné de la force qui s’apparente à des crimes de guerre.

Pendant l’opération « Plomb durci », une guerre de trois semaines qui a commencé à la fin de décembre 2008 et s’est terminée en janvier 2009, 1 391 Palestiniens ont été tués – dont 926 civils – et plus de 5 000 ont été blessés, selon le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR). Dans le même temps, 13 Israéliens ont été tués – quatre d’entre eux par un feu ami – et 518 ont été blessés. En novembre 2012, les frappes militaires israéliennes d’une durée d’une semaine connues sous le nom de « Opération Pilier de Défense » ont tué 160 Palestiniens tués et fait 1 000 blessés, selon le PCHR, tandis que, selon le gouvernement israélien, 6 Israéliens ont été tués et 229 blessés.

Le conflit le plus dévastateur, toutefois, a eu lieu à l’été 2014, lorsqu’une guerre de sept semaines a coûté la vie à 2 310 Palestiniens, 70% d’entre eux des civils selon le ministère de la Santé de Gaza, et en a blessé plus de 10 500 autres. Pendant ce temps, 72 Israéliens, dont 67 soldats, ont été tués et 555 blessés.

Le Hamas n’a pas revendiqué d’attaques de roquette depuis que le cessez-le-feu a été déclaré après la guerre de 2014 et il a même essayé d’empêcher les plus petits groupes de lancer des roquettes. Les officiels israéliens ont néanmoins accusé le Hamas de « préparer » une autre guerre avec Israël et ont mené des opérations de représailles sur toute la bande de Gaza –par des frappes aériennes en 2016 et plus tôt dans l’année notamment. Les autorités israéliennes tiennent le Hamas pour responsable de toutes les attaques contre des cibles israéliennes en provenance de la bande de Gaza.

Une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver

Les trois offensives israéliennes ont causé des dégâts considérables à l’eau, à l’assainissement, à l’énergie et à l’infrastructure médicale de Gaza et ont détruit des milliers de maisons dont La reconstruction a été sérieusement bloquée par les limitations israéliennes imposées à l’importation de matériaux, ainsi que par les retards dans le règlement de l’aide internationale. En août 2016, environ 50% des bâtiments qui ont été complètement détruits pendant la guerre dévastatrice de 2014 attendaient encore d’être reconstruits, et un rapport de l’ONU d’avril 2016 estimait que 75 000 Palestiniens étaient encore sans abri presque deux ans après la dernière guerre.

Souffrant d’un taux de chômage de 44 %, un des plus élevés du monde, environ 80 % de la population de Gaza dépend de l’aide humanitaire.

En 2015, l’ONU a averti que la bande de Gaza pourrait devenir « invivable » d’ici 2020 si rien n’était fait pour améliorer la situation, mais les développements récents font craindre que la détérioration du niveau de vie puisse se produire beaucoup plus vite que prévu.

Alors que Gaza lutte depuis des années avec des pénuries d’électricité du fait de l’accès limité aux carburants et des infrastructures dégradées, la seule centrale électrique de Gaza a fermé en avril, parce que les responsables de l’électricité de Gaza disent qu’ils ne peuvent pas payer la taxe imposée par l’AP sur le carburant diesel, qui a doublé le coût d’exploitation de la centrale.

En conséquence, les Gazaouis sont passés de huit heures d’électricité par jour à trois ou quatre. Et la décision d’Israël de limiter l’alimentation en électricité de Gaza à la demande de l’AP qui accuse le Hamas de ne pas lui transférer l’argent des taxes, pourrait encore réduire de moitié l’accès à l’électricité.

Un groupe de 16 organisations de la société civile a exhorté mercredi les autorités israéliennes à reconsidérer leur décision de restreindre la fourniture d’électricité à Gaza, affirmant que la décision n’avait « pas de rapport avec les besoins concrets de sécurité » et qu’elle était « de nature politique », et que, par conséquent elle violait le droit international.

« Israël ne peut prétendre être un simple fournisseur de services répondant de manière neutre à la demande d’un client. Compte-tenu de son contrôle absolu sur la vie dans la bande de Gaza, Israël a le devoir, en tant que force d’occupation, de faire en sorte que ses habitants aient une vie normale », ont déclaré ces organisations.

« Les dommages que causeraient aux Israéliens et aux Palestiniens de la région dans son ensemble une escalade des hostilités, sont beaucoup plus importants que le bénéfice (politique ou autre) qui peut être retiré de la mise en œuvre d’une telle décision. » L’accès aux soins de santé a été fortement affecté par le blocus, les pénuries d’électricité et les compressions budgétaires de l’AP, et la vie de centaines de malades est en danger.

« Le secteur de la santé ne peut fournir que des soins élémentaires – les hôpitaux sont obligés d’annuler certaines opérations et de réduire l’intendance et ils dépendent des Nations Unies pour le carburant nécessaires aux générateurs de secours », a dit, jeudi, Michael Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés. Lynk a ajouté que, du fait que les stations de traitement de l’eau de Gaza fonctionnent à environ de 15 % de leur capacité en raison de la pénurie d’électricité, les eaux usées se déversent dans la mer Méditerranée, et l’accès à l’eau potable à Gaza devient de plus en plus rare.

Lynk a également indiqué que le prix des denrées de première nécessité, comme la nourriture, augmentait, tandis que l’augmentation des coupures d’électricité obligeait les entreprises à fermer ou à réduire les heures de travail, entraînant encore plus de chômage.

Les rivalités politiques palestiniennes perdurent

Au cours de la décennie, la rivalité entre le Hamas et le Fatah a persisté sans relâche, et les récentes décisions de l’Autorité palestinienne ont encore aggravé les difficiles conditions de vie à Gaza.

Les tensions n’ont fait que s’intensifier au cours des derniers mois à cause de la crise de l’électricité à Gaza ; dans les deux camps, en Cisjordanie et à Gaza, il y a eu des soupçons d’arrestations politiques ; l’AP a réduit les salaires des fonctionnaires de Gaza ; et des élections locales ont été tenues en Cisjordanie, malgré le boycott du Hamas et d’autres partis.

Durant sa décennie au pouvoir à Gaza, le Hamas a été accusé de violations des droits de l’homme, notamment pour l’utilisation de la peine de mort contre les personnes accusées de « collaboration » avec Israël et sa répression des voix dissidentes.

Le journal d’information israélien Ynet a rapporté mercredi que l’AP, dans une déclaration sur les 10 ans de blocus, avait accusé le Hamas d’être responsable de la situation à Gaza.

« La deuxième Nakba qui a frappé notre peuple », disait la déclaration, en faisant référence au déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’état d’Israël en 1948. « Le Hamas a transformé Gaza en un enfer intolérable. »

Lynk, le rapporteur spécial de l’ONU, a dit qu’Israël, l’AP et le Hamas avaient tous « une responsabilité directe dans la crise », et il les a exhortés à agir tous pour le bien-être des résidents de Gaza.

« Je les invite à mettre de côté leur différend, à se montrer à la hauteur de leurs obligations juridiques et politiques, et à s’assurer que les besoins en électricité de la population soient pleinement satisfaits et que les besoins immédiats en matière d’infrastructures indispensables soient pris en compte, » a-t-il déclaré.

« Maintenir Gaza économiquement paralysé et socialement isolé engendre obligatoirement une grande détresse humanitaire et aboutira à un autre conflit dans un proche avenir », a ajouté Lynk. « Les droits de chacun à la liberté et à la sécurité doivent être respectés pour que la paix règne ».

Alors que le coordinateur humanitaire de l’ONU dans les territoires palestiniens occupés, Robert Piper a qualifié mercredi la crise qui s’aggrave sans cesse à Gaza de « conflit palestinien interne » les associations de défense des droits humains en rendent largement responsables le siège et le blocus israéliens.

L’ONG israélienne B’Tselem a accusé le blocus de jeter Gaza « dans les affres d’une catastrophe humanitaire », ajoutant qu’Israël « contraint les résidents de Gaza à vivre dans une pauvreté extrême et dans des conditions inhumaines sans précédent dans le monde moderne. » Et B’Tselem a ajouté : « Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, si cela avait été le cas, Israël aurait probablement envoyé une mission d’aide humanitaire. Au lieu de cela, la réalité à Gaza est l’œuvre d’Israël, le résultat d’une décennie de décisions politiques brutales. »

 Chloe Benoist
Ma’an News 
https://www.maannews.com/Content.aspx?id=777650

Chloé Benoist est une journaliste française ayant vécu au Liban de 2011 à 2016. Elle vit et travaille actuellement en Cisjordanie occupée. Elle y couvre l’actualité politique, mais écrit aussi sur des sujets économiques, sociaux et culturels.

Traduction : Dominique Muselet

Source: Chronique de Palestine

Photo: (AFP/ Thomas Coex, File)

via:http://www.investigaction.net/fr/au-bout-de-dix-ans-de-siege-gaza-atteint-un-point-de-rupture-humanitaire-et-politique/

 

La photographie, une arme politique & sociétale encadrée par la loi

 

La fondatrice du collectif « Urgence notre police assassine » a été interpellée le mercredi 7 juin 2017 après avoir été aperçue en train de photographier une intervention policière à Meaux (Seine-et-Marne), et placée en garde à vue aux motifs de : « divulgation d’un enregistrement obtenu par une atteinte à l’intimité de la vie privée et rébellion ». Ce phénomène de société pose un problème enchevêtré, si la prise de vue peut contribuer à la manifestation de la vérité, elle peut aussi être utilisée pour inciter à la vengeance, voire faciliter un acte criminel, et rien ne prouve que l'image numérique n'a pas été retouchée... Est-on face à une réalité ou à une représentation tendancieuse de celle-ci ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'acte photographique ou le « réflexe » de photographier n'a cessé de se développer et d'évoluer dans notre quotidien avec l'irruption des « Smartphones ». En 2001, Nokia sortait le premier téléphone mobile avec appareil photo intégré, on était alors loin d’imaginer que n'importe quel individu allait pouvoir se «  faire pruner » (se faire photographier à son insu). Les possesseurs d'un appareil numérique allaient très rapidement prendre conscience de la possibilité à rendre compte de l’actualité en diffusant leurs images en temps réel. L'instantanéité allait venir remplacer le talent du photographe. Ces images de mauvaise définition et mal cadrées semblent alors plus fiables et plus crédibles que les tirages sur papier glacé. La possibilité, la photo prise, de la mettre en ligne immédiatement sur Periscope, Facebook Live, etc., ou de la poster à n'importe qui, va être à l'origine d'une nouvelle presse. Des anonymes vont s'improviser « photo journaliste citoyen » ou « snaparazzo », mot construit sur «  snap » (instantané) et celui de paparazzo, du nom d'un photographe qui tourne autour d’Anita Ekberg et Marcello Mastroianni Vitti, qui se déplace en Vespa dans le film de Federico Fellini la Dolce Vita.

Le droit de photographier est limité et encadré par le droit portant sur la protection de la vie privée et de la propriété intellectuelle. Font partie de la sphère privée : les problèmes de santé - la vie familiale - les relations sexuelles - les convictions religieuses - les opinions politiques - les procédures de divorce - les deuils - les détails d’une opération de chirurgie esthétique. La divulgation : d’une adresse personnelle, d’un numéro de téléphone, de l’identité réelle d’une personnalité peuvent faire l’objet de poursuites devant un tribunal. Le magazine VSD a été condamné en 1994 à 15.244 euros de dommages et intérêts pour avoir publié au lendemain de la Saint Sylvestre, le contenu des poubelles de la famille Grimaldi. Par contre, certains actes liés à l’actualité ne sont pas protégés : mariage, enterrement, prestation de serment.

Tout un arsenal législatif encadre la liberté d'expression et l'atteinte à la vie privée. La loi du 29 juillet 1881 dresse à l'encontre de la presse et au fil de ses 25 articles les interdits qui vont : de l'offense au Président de la République et à ses homologues étrangers (offense commise publiquement), au fait de révéler l'identité des fonctionnaires de la police, en passant par les injures dirigées contre la mémoire des morts.

En France, le droit à l'image est un des plus restrictifs, il permet à n'importe quel individu de contester la publication d'une photo. Le droit au respect de la vie privée est inscrit dans le code civil depuis la loi du 17 juillet 1970 et dans l'article 226-1 du Code pénal : «  Est puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende le fait, au moyen d'un procédé quelconque, volontairement de porter atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui :

1° En captant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de leur auteur, des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ;

2° En fixant, enregistrant ou transmettant, sans le consentement de celle-ci, l'image d'une personne se trouvant dans un lieu privé.

Lorsque les actes mentionnés au présent article ont été accomplis au vu et au su des intéressés sans qu'ils s'y soient opposés, alors qu'ils étaient en mesure de le faire, le consentement de ceux-ci est présumé. »

Il convient de faire cependant un certain nombre de distinctions, celles concernant les personnes publiques ou privées- le lieu de la prise de vue (privé ou public) - et l'activité de la personne (publique, privée, ou professionnelle). Une personne publique peut très bien se trouver dans un lieu public à titre privé. D'autre part, certains lieux publics clos nécessitent une autorisation de photographier : musées, châteaux, églises, gares, aéroports, hôpitaux, réserve naturelle, parc national, réserve de chasse, etc. D'autres font l'objet d'une interdiction : salle d'audience, terrains ou matériels militaires. Si les prises de vue dans un lieu public permettent une certaine liberté d'action, il faut différencier les lieux publics par destination qui ont un propriétaire. Le droit de la liberté d'expression et d'information n'autorise pas qu'un photographe puisse s'introduire dans un lieu privé sans une autorisation de ses propriétaires. Peu importe si l'intrusion n'est pas physique, ce principe vaut pour un photographe qui utilise un téléobjectif ou un drone. Dès cet instant, il se rend coupable d'atteinte à la vie privée.

L'article 226-8 à propos de l'atteinte à la représentation de la personne : «  Est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende le fait de publier, par quelque voie que ce soit, le montage réalisé avec les paroles ou l'image d'une personne sans son consentement, s'il n'apparaît pas à l'évidence qu'il s'agit d'un montage ou s'il n'en est pas expressément fait mention.

Lorsque le délit prévu par l'alinéa précédent est commis par la voie de la presse écrite ou audiovisuelle, les dispositions particulières des lois qui régissent ces matières sont applicables en ce qui concerne la détermination des personnes responsables. »

Il est interdit au nom de la présomption d'innocence de publier l'image d'une personne menottée ou participant à une reconstitution judiciaire (secret de l'instruction). Il reste préférable, en général, que la personne photographiée ne constitue pas l'objet principal de la photographie. La personne ne doit pas être individualisée, ce qui revient à faire une photo de groupe ou d'ambiance. En aucun cas la personnalité ne doit être mise en premier plan. Certains photographes ont invoqué le fait que la personne n'avait émis aucune objection et qu'ils avaient opéré de façon visible de l'individu. Les tribunaux ont jugé et condamné les photographes sur le principe de l'absence de consentement. S'il s'agit d'un lieu privé, l'autorisation est indispensable, même pour une photo de groupe. En ce qui concerne les personnages publiques (hommes d'affaires, politiques, etc.), leur vie publique et vie privée sont parfois intimement liées. C'est là tout le paradoxe du débat. Où commence la vie privée et où se termine la vie publique. La vie privée cède seulement le pas devant l’exigence de l’information d’intérêt général pour le citoyen. En conséquence, la prise de vue d'un policier instrumentant sur la voie publique est possible, sauf s'il s'agit de fonctionnaires appartenant à la lutte antiterroriste ou au contre-espionnage, services énumérés dans l'arrêté du 27 juin 2008.

La circulaire du 23 décembre 2008 stipule : « Les policiers ne peuvent donc s’opposer à l’enregistrement de leur image lorsqu’ils effectuent une mission. (...) Il est exclu d’interpeller pour cette raison la personne effectuant l’enregistrement, de lui retirer son matériel ou de détruire l’enregistrement ou son support  ». Quel que soit le lieu où l'on se trouve, public, privé ou semi-privé, tout un chacun ou chacune peut s'opposer à être pris en photo. Si le photographe refuse de s'exécuter et que la personne désire obtenir la destruction du cliché, elle devra en passer par la justice. La destruction ne peut être ordonnée que par un tribunal. L'article 226-6 : «  Dans les cas prévus par les articles 226-1 et 226-2, l'action publique ne peut être exercée que sur plainte de la victime, de son représentant légal ou de ses ayants droits. »

La restriction de prise de vue ne s'applique pas seulement à l'encontre des individus, elle s'applique également en matière de protection des droits d'auteur. Vous ne pouvez en principe, publier la photo d'une maison sans le consentement de son propriétaire ni de l'architecte. Cependant, la photographie n'existe qu'à partir du moment où elle montrée ou publiée. Celle-ci demeure la propriété du photographe, pour autant que la prise de de vue n’a pas été illicite. L’acheteur n’acquiert que le droit de propriété du document et non le droit d’exploitation qui restent réservés.

En principe, la photographie n'existe matériellement que lorsqu'elle est tirée ou diffusée. Les policiers : « ne peuvent par ailleurs s’opposer à l’éventuelle diffusion de cet enregistrement que dans certains circonstances particulières. (...) La liberté de l’information, qu’elle soit le fait de la presse ou d’un simple particulier prime sur le droit au respect de l’image ou de la vie privée dès lors que cette liberté n’est pas dévoyée par une atteinte à la dignité de la personne ou au secret de l’enquête ou de l’instruction.  » 

Rappelons qu'à tout moment, les appareils numériques peuvent être examinés à titre de contrôle par les services de police, de la gendarmerie et des douanes. Ces derniers sont habilités à exiger la présentation des factures. Il y a encore quelques années, l'utilisateur d'un appareil de prise de vue opérant en dehors du spectre visible (infrarouge), se devait de solliciter une autorisation délivrée par le ministère de l'intérieur, cette autorisation valable pour une durée de trois années pouvait être suspendue à tout moment. Ces textes sont tombés dans l'oubli avec la démocratisation de capteurs sensibles aux infrarouges, et l'article classant ce matériel dans la catégorie de matériel de guerre a été abrogé en avril 2015.

La prise de vue par des membres appartenant aux forces de l'ordre relève de l'article L241-1 du Code de la sécurité intérieure : «  Dans l'exercice de leurs missions de prévention des atteintes à l'ordre public et de protection de la sécurité des personnes et des biens ainsi que de leurs missions de police judiciaire, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale peuvent procéder en tous lieux, au moyen de caméras individuelles, à un enregistrement audiovisuel de leurs interventions lorsque se produit ou est susceptible de se produire un incident, eu égard aux circonstances de l'intervention ou au comportement des personnes concernées.

Les enregistrements ont pour finalités la prévention des incidents au cours des interventions des agents de la police nationale et des militaires de la gendarmerie nationale, le constat des infractions et la poursuite de leurs auteurs par la collecte de preuves ainsi que la formation et la pédagogie des agents.

 

Les caméras sont portées de façon apparente par les agents et les militaires. Un signal visuel spécifique indique si la caméra enregistre. Le déclenchement de l'enregistrement fait l'objet d'une information des personnes filmées, sauf si les circonstances l'interdisent. Une information générale du public sur l'emploi de ces caméras est organisée par le ministre de l'intérieur. Les personnels auxquels les caméras individuelles sont fournies ne peuvent avoir accès directement aux enregistrements auxquels ils procèdent. Les enregistrements audiovisuels, hors le cas où ils sont utilisés dans le cadre d'une procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire, sont effacés au bout de six mois. »

18  juin 2017

 

Bernard Laroche à nouveau au centre de l'affaire Grégory

Le grand-oncle et la grand-tante de Grégory Villemin, retrouvé noyé pieds et poings liés dans une rivière des Vosges le 16 octobre 1984, ont été mis en examen vendredi à Dijon pour enlèvement et séquestration de mineur suivis de mort, a annoncé le procureur général Jean-Jacques Bosc.

Marcel et Jacqueline Jacob, deux septuagénaires, étaient des proches de Bernard Laroche, leur neveu, qui fut le premier inculpé et placé en détention dans ce dossier hors norme, avant d’être remis en liberté et abattu d’un coup de fusil par Jean-Marie Villemin, le père de l’enfant de quatre ans.

Le mari, qui nie les faits, et la femme, qui garde le silence ont été placés en détention provisoire dans l’attente d’une délibération, la semaine prochaine, de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon.

Ginette Villemin, la tante de Grégory, qui avait été interpellée mercredi en même temps qu’eux, a été remise en liberté jeudi soir sans qu’aucune charge soit retenue contre elle.

Les époux Jacob semblent avoir été mis en cause par un minutieux travail de reconstitution du dossier plus que par des éléments nouveaux, hormis l’attribution, à Jacqueline Jacob, d’une des trois lettres de menaces envoyée à la famille Villemin en 1983 et sa ressemblance terminologique avec celle revendiquant le crime, ce que dénoncent leurs avocats.

"Le dossier révèle un lien indissociable entre les trois lettres anonymes de 1983, le courrier posté le jour du crime et l’enlèvement", a affirmé Jean-Jacques Bosc, lors d’une conférence de presse.

Un même lien terminologique peut, selon lui, être établi avec les très nombreux appels anonymes du "corbeau" - qui s’avèrera être double, un homme et une femme - qui harcelait et menaçait des membres de la famille Villemin.

PAS D'ALIBI

L’hypothèse qu’ils soient les auteurs de ces appels malveillants « n’a jamais été contredite par un quelconque alibi de leur part ou une impossibilité matérielle de les passer », a précisé le procureur général.

Ils n’auraient pas non plus « d’alibi confirmé » le jour du crime.

Le procureur évoque encore la dissimulation par Marcel Jacob, « contre l’évidence », de ses antagonismes « parfois violents » avec les parents de Grégory, et notamment de Jean-Marie Villemin qu’il appelait « le chef », comme dans les lettres anonymes.

Les avocats des suspects ont annoncé leur intention de contester leur mise en examen, estimant qu'elle ne reposait sur aucun élément nouveau.

"La mise en examen, pour être valable, nécessite l'existence d'indices graves et concordants. On vient de vous dire qu'il n'y avait ni indice, encore moins grave et rien de concordant, on nous a parlé de présomptions, ce n'est pas suffisant", a déclaré Stéphane Giuranna, l'avocat de Marcel Jacob.

"Le procureur général a inversé la charge de la preuve, c'est-à-dire que, les époux Jacob n'étant pas capables de dire où ils étaient au moment des appels, ça fait d'eux les (auteurs des) appels."

Pour Gary Lagardette, l'avocat de Jacqueline Jacob, "la question est de savoir si vous avez entendu aujourd'hui un élément nouveau qui permette de justifier cette mise en examen pour séquestration et enlèvement (...) A mon sens, non !"

Le procureur précise ne pas savoir « aujourd’hui » qui a tué Grégory mais rappelle qu’on « sait que Bernard Laroche aurait participé à l’enlèvement de Grégory ».

Les faits avaient été notamment attestés devant les gendarmes et le juge d’instruction par sa belle-sœur alors âgée de 15 ans, Muriel Bolle, avant ne se rétracte.

D’autres personnes devraient être entendues prochainement, a indiqué le procureur. « On sait que des témoins ont menti, soit par peur, soit par tropisme, soit par peur de représailles, peur des médias », a ajouté le colonel Rémy Lambert, commandant de la section de recherche de la gendarmerie de Dijon.

Après que Christine Villemin, la mère de Grégory, eut elle-même été inculpée du meurtre, l’arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Dijon qui l’a innocentée en 1993 concluait à propos de Bernard Laroche : « Il existe contre (lui) des charges très sérieuses d’avoir enlevé Grégory Villemin ».

 

                     

 

 

·         ENQUÊTE

Penelope Fillon, fantôme de la presse régionale

Absente à l’Assemblée nationale, Penelope Fillon était-elle active en circonscription ? Afin d’évaluer la réalité de son travail dans la Sarthe, le juge d’instruction Serge Tournaire a sollicité en vain, à la fin du mois d’avril, plusieurs médias locaux. Depuis, Mediapart a minutieusement épluché deux décennies d’articles. Le résultat ne pouvait être plus accablant.

 

Et soudain, Penelope Fillon apparaît en une de la presse locale. Le 31 mai 2007, Les Nouvelles de Sablé ouvrent pour la première fois leurs colonnes à l’épouse du petit prince de la Sarthe, qui vient tout juste d’être nommé à Matignon par Nicolas Sarkozy. Un événement. Sur une pleine page, l’hebdomadaire local donne la parole à cette « Lady discrète » qui accompagne si fidèlement François Fillon depuis le début de sa carrière. Deux grandes photographies illustrent l’entretien, avec cette légende : « Penelope Fillon se destinait au métier de notaire ou avocate. Elle a finalement choisi celui de maman et épouse d’homme politique. » En coulisse, la « discrète » vient pourtant d’enchaîner neuf ans de salaires comme assistante parlementaire.

Penelope Fillon dans "Les Nouvelles de Sablé", en 2007 © «Les Nouvelles de Sablé»

Mais d’activités professionnelles, il n’est pas question ici. « La politique n’a jamais été un vrai sujet de conversation à la maison », confie d’ailleurs Penelope à la journaliste. « Est-ce que ça vous arrive de donner des conseils à votre mari ? » relance celle-ci. « De temps en temps, ouiSouvent, je n’ai pas de réactions. » Dix ans plus tard, une fois ses rémunérations d’assistante révélées par Le Canard enchaîné, la même Penelope Fillon assènera exactement le contraire : « J’ai toujours été associée aux choix politiques [de mon mari], il a une confiance totale en moi, pour ma discrétion mais aussi pour ma loyauté », déclare-t-elle au Journal du dimanche à la veille de sa garde à vue, en mars dernier. Cette fois, elle se souvient avoir « rédigé des notes et des fiches sur les manifestations locales de la circonscription, afin que [François] puisse avec [s]es mémos faire ses allocutions ». Des documents qu’elle n’a « pour la plupart pas gardés ».

Pour se défendre de tout emploi fictif, Penelope Fillon se présente aujourd’hui comme une vigie indispensable sur le terrain de jeu de son mari. « Je l’ai accompagné dans tous les villages de sa circonscription, assure-t-elle en mars 2017. C’est là que j’ai commencé à aimer la Sarthe et les Sarthois. Mon rôle était de l’aider dans sa relation d’élu avec les gens. » Une version calée sur celle livrée par François Fillon lui-même aux premiers jours du scandale : « Elle m’a toujours accompagné dans ma vie publique, jure-t-il sur TF1, des trémolos dans la voix. Elle a corrigé mes discours, reçu d’innombrables personnes qui voulaient me voir et que je ne pouvais pas voir, elle m’a représenté dans des manifestations et des associations, et fait la synthèse de la presse. » La défense du couple semble toute trouvée : faute de travail effectif à l’Assemblée nationale, où elle ne disposait ni de badge ni d’adresse mail, Penelope labourait méthodiquement la terre d’élection de François.

Pour jauger cet investissement dans la Sarthe, le juge d’instruction Serge Tournaire, chargé d’enquêter (entre autres) sur des soupçons de « détournements de fonds publics » et d’« escroquerie aggravée », a donc adressé, en avril dernier, une réquisition à plusieurs médias locaux afin d’obtenir « tout article publié évoquant Mme Penelope Fillon et notamment tout article relatant sa participation à des événements locaux (inaugurations, cérémonies officielles, visites d’hôpitaux, de maisons de retraite, vernissages, concours divers, etc.) publié entre 1998 et 2016 ». Une demande restée sans réponse : s’il tient sa collection à la disposition de la justice, le groupe de presse Publihebdos a expliqué au magistrat qu’il n’a pas les moyens de mener ces « recherches colossales » portant sur une période de près de 20 ans. Qu’à cela ne tienne. Mediapart s’est coltiné une bonne partie du travail en se plongeant dans les archives de trois titres de référence dans la 4e circonscription de la Sarthe : l’hebdomadaire Les Nouvelles de Sablé, le quotidien Le Maine libre et l’édition locale de Ouest-France.

Après des heures passées à la Bibliothèque nationale de France, le résultat de nos recherches vient fragiliser encore un peu plus l’argumentaire du couple : Mediapart n’a trouvé que 19 mentions de Penelope Fillon ou « Penelope » tout court. Pire : lorsqu’elle est citée, sa présence est souvent des plus anecdotiques, la salariée discrète étant seulement évoquée en qualité de « femme de », vivant à des années-lumière de l’engagement de son époux.

 

Les rémunérations successives versées à Penelope Fillon par l'Assemblée nationale, telles que déclarées par François Fillon en février 2017 © F. Fillon

La période 2002 à 2007, en particulier, ébranle la défense des Fillon. Quand François abandonne le Palais-Bourbon en 2002 pour devenir ministre des affaires sociales (puis ministre de l’éducation nationale en 2004 et sénateur en 2005), Penelope passe en effet sous contrat avec Marc Joulaud, le suppléant de son mari, qui récupère le siège de député. « Comme il était moins connu, mon travail à ses côtés lui donnait une légitimité », justifie-t-elle aujourd’hui. Or, à l’époque, dans Les Nouvelles de Sablé, Marc Joulaud lui-même semble avoir oublié que l’épouse de son mentor travaille à ses côtés. En mars 2005, en pleine affaire Gaymard, dans un article sur les dépenses des élus, le député affirme ainsi qu’il « salarie deux personnes : l’une travaille à l’Assemblée nationale, l’autre s’occupe de ma permanence parlementaire ». Le trombinoscope de l’Assemblée mentionne précisément les noms de Jeanne Robinson-Behre (à Sablé) et Igor Mitrofanoff (à Paris), personne d’autre. Mais où est donc Penelope Fillon ?

Rarement dans la Sarthe. Car dans son entretien de mai 2007 aux Nouvelles de Sablé, elle confie qu’elle réside à Paris depuis 2002 : « François venait d’être nommé aux Affaires sociales et il s’est rendu compte, avec l’âge, qu’il n’avait pas vu les [enfants] grandir. » Voilà sans doute la raison pour laquelle, sous le quinquennat de Jacques Chirac, le prénom de Penelope apparaît à peine quatre fois dans la presse locale.

Il surgit une première fois en janvier 2004 au détour d’un article d’Ouest - France consacré au « traditionnel repas des associations » de Solesmes, où se trouve le manoir des Fillon. L’événement, qui rassemble « 160 personnes à la salle des fêtes », compte « un invité de marque : François Fillon, ministre du travail, accompagné de son épouse Penelope ». Le 8 mai de la même année, elle est en première ligne des commémorations organisées par les anciens prisonniers de guerre de Sablé, après une messe en l’église Notre-Dame. « Marc Joulaud […] et Penelope Fillon, qui représente son mari retenu par les cérémonies à Paris […], ont déposé les gerbes au monument aux morts », lit-on dans Les Nouvelles de Sablé. Deux photographies immortalisent cette présence, visiblement exceptionnelle, aux côtés de son député-employeur.

La requête signée en avril dernier par le juge Tournaire était adressée au groupe de presse Publihebdos (propriétaire de l’hebdomadaire Les Nouvelles de Sablé), ainsi qu’au journal Le Maine libre, et visait les années 1998 à 2016. Pour notre part, nous avons épluché les articles parus pendant cette période dans les deux quotidiens locaux de référence : Le Maine libre et l’édition locale de Ouest-France, tandis que les archives des Nouvelles de Sablé n’ont été épluchées que sur les années 2002 à 2007, la période clé où Penelope Fillon était salariée de Marc Joulaud. Il est possible que quelques mentions de Penelope nous aient échappé. Mais à l’arrivée, nous n’en avons déniché que 19. La liste complète de ces articles est consultable sous l’onglet Prolonger.

Penelope Fillon, fantôme de la presse régionale

Voici la liste des références :

Le Maine Libre
28‎ ‎avril‎ ‎2005 – Campagne constitution européenne
21‎ ‎mai‎ ‎2007 – « Je suis juste une paysanne » (reprise de l’interview de Penelope Fillon au Sunday Telegraph)
15‎ ‎octobre‎ ‎2007 – Visite du premier bébé du nouvel hôpital Sarthe et Loir
15‎ ‎juin‎ ‎2008 – Déplacement aux 24 heures du Mans
3‎ ‎juin‎ ‎2009 – Invitation au 16e week-end des jardiniers
26‎ ‎août‎ ‎2009 – Présence au festival baroque de Sablé
28‎ ‎novembre‎ ‎2009 – Penelope Fillon fait immatriculer son tracteur en mairie
12‎ ‎mai‎ ‎2010 – L’épouse du premier ministre inaugure une galerie d’art
21‎ ‎mars‎ ‎2011 – Penelope et François votent aux élections cantonales
23‎ ‎août‎ ‎2012 – Parrainage du jumelage Parcé-Raglan
26‎ ‎août‎ ‎2012 – Parrainage du jumelage Parcé-Raglan

Ouest-France
‎8‎ ‎mars‎ ‎1998 – « Vive la campagne… sarthoise »
12‎ ‎avril‎ ‎2002 – Visite de Bernadette Chirac à Nantes
20‎ ‎janvier‎ ‎2004 – Repas des associations de Solesmes
9‎ ‎octobre‎ ‎2006 – Visite des élus du canton au Sénat
8 mars 2009 – Baptême de l’Armorique

Les Nouvelles de Sablé
13 mai 2004 – Cérémonie de commémoration du 8 mai 1945
24 mai 2007 – Penelope accompagne son mari, nouveau premier ministre, pour sa première visite officielle
31 mai 2007 – Entretien pleine page

 

 

Penelope Fillon dépose une gerbe en compagnie du député Marc Joulaud en 2004 © «Les Nouvelles de Sablé»

Puis en avril 2005, en pleine campagne pour le référendum sur la Constitution européenne, Le Maine libre note que « l’épouse de François Fillon, ministre de l’éducation nationale et élu de la Sarthe », elle-même « membre du comité sarthois pour le oui », va conduire une délégation à Paris dans le cadre d’une opération « Les femmes s’engagent pour l’Europe ».

Enfin, à l’automne 2006, Penelope est citée en marge d’une sortie d’élus sarthois dans la capitale. « Cinquante et une personnes, maires, conseillers municipaux et conjoints et quelques secrétaires de mairie ont participé à cette escapade [organisée par une conseillère générale] », recense Ouest-France. Au programme : visite du Sénat et de monuments parisiens. Le quotidien précise : « François Fillon […] ayant été empêché en dernière heure, c’est son épouse qui s’est jointe au groupe. » Et c’est tout.

 

 « Penelope préfère la campagne, la vraie, aux campagnes électorales »

Sur cette « période Joulaud », Mediapart a feuilleté des centaines d’articles sur des manifestations où l’assistante parlementaire aurait pu se trouver (comices agricoles, inaugurations en tous genres, remises de médailles, festivals, cérémonies d’hommage à Joël Le Theule, le mentor de François Fillon, etc.), mais cette passionnée d’équitation reste un fantôme, même lors des grands événements à l’hippodrome de Sablé. Pour assister Marc Joulaud, elle gagnait pourtant plus de 6 000 euros net par mois (soit la majeure partie de l’enveloppe à disposition du député), tirés des caisses de l’Assemblée.

 

À l’époque, en réalité, c’est un autre fidèle de François Fillon qui maintient le lien entre le ministre et son bastion. Son nom : Pierre Molager, collaborateur inépuisable, toujours au four et au moulin, et clairement identifié par les élus de la région. « Quand Marc Joulaud venait dans ma commune, il était accompagné de Pierre Molager, pas de Penelope Fillon », nous déclarait déjà, en mars dernier, un ancien maire de la circonscription, Alain Davaz. En 2002, Pierre Molager est à la fois chef de cabinet de François Fillon à la communauté de communes de Sablé et conseiller technique au ministère, chargé de gérer les affaires sarthoises. En avril 2004, par exemple, c’est lui, avec le député Marc Joulaud, qui accueille des collégiens de Sablé en visite rue de Grenelle et à l’Assemblée. Pas Penelope.

Extraits d'articles de la presse régionale © Mediapart

Malheureusement pour les Fillon, les absences de Penelope ne se limitent pas à la période Joulaud. La collaboratrice figurait tout aussi peu dans la presse sarthoise quand elle était directement salariée par son époux – deux mentions seulement repérées par Mediapart. Pour son contrat d’avril 1998 à mai 2002 d’abord, on tombe sur un article qui rapporte le déplacement de Bernadette Chirac, en pleine campagne présidentielle 2002 : « François Fillon a pris place à l’avant de la voiture » et « sa femme Penelope accompagne Mme Chirac à l’arrière », note sobrement Ouest-France en avril 2002. Puis, dix ans plus tard, alors que Penelope a signé un nouveau contrat avec son mari, qui vient de quitter Matignon, ses origines britanniques en font la marraine du jumelage entre les communes de Parcé, à 10 km de Solesmes, et Raglan, dans son pays de Galles natal. « Tous les matins, quand j’allais à l’école, je passais par Raglan… », Se souvient Penelope dans Le Maine libre. Cette apparition ne devrait toutefois pas intéresser le juge Tournaire, puisqu’à cette date, le député Fillon vient de se faire réélire dans une circonscription de… Paris.

À vrai dire, Penelope Fillon apparaît à peu près à la même fréquence dans la presse quand elle est sous contrat parlementaire et quand elle ne l’est pas, comme entre 2007 et 2012 : « J’aime beaucoup l’ambiance des 24 Heures [du Mans], surtout la nuit, glisse Penelope au Maine libre, en juin 2008, alors qu’elle assiste à la course automobile en compagnie du chef du gouvernement, François Fillon. Mais je suis loin de posséder les connaissances techniques de mon mari. » Quand le quotidien lui demande si la passion de son époux la rend nerveuse, Penelope Fillon répond, « dans un large sourire » : « Je suis toujours inquiète lorsqu’il est au volant, même s’il ne s’agit pas d’une course ! »

En juin 2009, la voilà à nouveau citée dans une brève sur le « Week-end des jardiniers » de Sablé, dans Le Maine libre« Parmi les invités d'honneur […] est attendue Penelope Fillon. Elle pourrait bien assister au 10e palmarès du meilleur livre de jardin et au baptême de la rose “P.-J. Redouté”, samedi après-midi. » Puis, en août 2009, « Penelope Fillon, l’épouse du chef du gouvernement, remplace son mari au pied levé afin d’accueillir Frédéric Mitterrand », à l’occasion du festival de musique baroque de Sablé. Trois mois plus tard, dans un reportage sur Solesmes, « havre de paix » des Fillon, pris d’assaut par les journalistes depuis la nomination de François à Matignon, Penelope paraît toujours aussi éloignée de la politique : « Elle est venue en mairie pour faire immatriculer le tracteur qu’ils viennent d’acheter, je l’ai saluée tout naturellement », raconte le maire au Maine libre.

Déniché par Mediapart, un ultime article, datant d’une époque où Penelope n’est pas salariée, finit de saper la défense des Fillon. Le 8 mars 1998, à l’occasion de la candidature de François aux élections régionales, Ouest-France dresse l’un des rares et précieux portraits de sa compagne, cette « jeune Galloise aux yeux bleus » qui « en [l’] épousant en 1980, ne se doutait pas qu’il deviendrait une des étoiles filantes de la nouvelle génération politique »« Penelope a fait une croix sur ses perspectives de carrière d’avocate pour s’occuper de ses quatre enfants, qu’elle protège comme une mère poule », écrit alors le quotidien. Ouest-France relève surtout qu’« aux campagnes électorales », cette mère de famille « préfère la campagne. La vraie. Les collines en moins, la campagne sarthoise lui rappelle un peu son pays de Galles natal. C’est là, près de Sablé-sur-Sarthe, au pays des moines de Solesmes, que l’épouse de l’ancien ministre d’Alain Juppé trouve équilibre et sérénité. Pendant que François court de Sablé au Mans, du Mans à Paris, Penelope et les enfants galopent dans la campagne sabolienne. »

Si Penelope a beaucoup « galopé dans la campagne », elle a surtout gagné, au fil de trois décennies, une petite fortune : environ 700 000 euros de salaires net pour des activités quasiment intraçable, pendant que la presse locale chroniquait, année après année, des licenciements en pagaille sur ce territoire marqué par la crise (Anthinéa, Satélec, Metalform, Great Wall, etc.).

 

Cette « discrétion » extrême de l’attachée Penelope devrait aujourd’hui alimenter le dossier du juge Tournaire, qui l’a d’ores et déjà mise en examen pour « complicité de détournement de fonds publics et recel », de même que Marc Joulaud pour « détournement de fonds publics » et François Fillon lui-même pour « détournement de fonds publics, complicité et recel ». Entre autres délits.

12  juin 2017

                     

 

 

 

La plus grande catastrophe humanitaire

Le 11 mars dernier, le message suivant de l’agence « Associated Press » ou « AP » est diffusé. Le coordinateur britannique des Nations Unies pour le secours d’urgence Stephen O’Brian tirait la sonnette d’alarme. Dans quatre pays, 20 millions de personnes pourraient mourir de la faim. Peu avant, O’Brien avait visité les zones de crise au Yémen, au Sud Soudan et en Somalie ainsi qu’au Nigeria afin de pouvoir se faire une idée de la situation. Ces quatre pays ont une chose en commun : les conflits. […] « Des hommes vont tout simplement mourir de faim », disait-il le vendredi 10 mars aux diplomates du Conseil de sécurité de l’ONU.

Selon le coordinateur des secours d’urgence un point critique dans l’histoire des Nations Unies semblerait atteint, selon un message de l’ONU. Les Nations Unies seraient confrontées à la plus grande catastrophe humanitaire depuis sa création.

O’Brian a dit textuellement : « La situation humanitaire dans ces pays est atroce et sans une grande réaction internationale cela va empirer. » « Nous aurons besoin de 4,4 milliards de dollars d’ici à juillet », a dit O’Brian devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

En un mot, cela veut dire, que nous avons besoin de 4,4 milliards de dollars qui seront à la charge des contribuables.

Mais pourquoi ni l’ONU, ni les médias de masse occidentaux ne se posent la question de l’origine de cette catastrophe humanitaire depuis 1945. Ce n’est pas un manque d’argent puisque le 16 janvier les principaux médias listaient les noms des 8 personnes les plus riches du monde. Celles-ci posséderaient en 2016, 426 milliards de dollars, soit bien plus que ce que possède la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Selon O’Brian c’est 100 fois plus que ce qui est nécessaire. Au vu de cette énorme accumulation de richesse, ce n’est sûrement pas par manque d’argent que de nos jours, dans un monde si développé techniquement, de telles catastrophes humanitaires existent encore.

L’Allemand Ernst Wolff, est un expert financier qui étudie les origines politiques et économiques de la pauvreté de millions d’hommes. Il a étudié aux États- Unis et travaillé comme journaliste indépendant, traducteur et écrivain. Dans son livre sorti en septembre 2014 « Puissance mondiale FMI – Chronique d’un pillage », il met à la lumière l’histoire du Fonds monétaire international (FMI). Il montre que la politique du FMI provoque une croissance de la famine, de la pauvreté, des pandémies et des guerres alors qu’en même temps un tout petit groupe de personnes super riches s’enrichissent toujours plus comme par exemple les 8 personnes super riches déjà mentionnées.

Dans une interview avec le magazine serbe « Geopolitika » Wolff parle des passages les plus importants de son livre. L’interview est sortie le 7 avril 2015 en allemand, mais face à cette grande catastrophe humanitaire, il est plus d’actualité que jamais. Wolff explique de façon simple le B-A-BA de l’industrie de la finance en décrivant les différentes stratégies du programme du FMI comme la libéralisation, la déréglementation et la privatisation. Wolff explique comment beaucoup de pays africains autrefois autonomes sur le plan alimentaire ont été rendus dépendants de groupes agro-alimentaires internationaux ou comment le FMI a été à l’origine de conflits dans différents pays, en a favorisé d’autres ou même les a provoqués.

Comment dès le début le FMI avait pour objectif d’assurer, en plus de l’hégémonie mondiale économique et militaire des USA, son hégémonie mondiale financière. Selon Wolff le FMI serait l’exécutant de Wall Street et de la Maison Blanche. Regardez maintenant afin de l’étudier vous-même et de la diffuser, l’interview que le magazine « Geopolitika » a faite avec Ernst Wolff où ce dernier a expliqué les raisons les plus importantes de la plus grande catastrophe humanitaire.

L’expert du FMI Ernst Wolff dans l’interview avec le magazine serbe « Geopolitika »

Geopolitika : Monsieur Wolff, d’après les informations sur le FMI, cette organisation a été fondée pour la création et la consolidation d’un système monétaire global sain, pour la stabilisation des taux de change, pour proposer des prêts, pour la surveillance de la politique monétaire ainsi que pour l’aide technique. Le FMI a-t-il rempli sa mission ou le but fixé était-il dès le début au service des grands intérêts ?

Ernst Wolff : Après la Seconde Guerre mondiale les États-Unis étaient économiquement et militairement la première puissance mondiale. Pour autant sa production était plus importante que sa consommation. C’est pour cela qu’ils avaient besoin de nouveaux marchés.

Pour cette raison en 1944 ils ont organisé la fameuse conférence de Bretton Woods. Là ils ont dessiné les grandes lignes d’un système monétaire mondial exclusivement adapté à leurs propres intérêts. Toutes les devises mondiales étaient liées au dollar US et ont permis aux États-Unis d’inonder le marché mondial avec des produits et du capital américains.

Le devoir du FMI était de mettre en place ce système dans le monde entier et de le stabiliser. L’objectif du FMI était dès le début, en plus de l’hégémonie économique et militaire, d’assurer l’hégémonie financière des Etats-Unis.

Geopolitika  : Le FMI compte actuellement 188 Etats membres, dont les droits de vote sont fonction de leur quote-part. les États-Unis est l’Etat membre qui a le plus de droits de vote avec 16,75 %. Par conséquent les États-Unis ont la plus grande influence ? Comment le FMI est-il constitué ?

Ernst Wolff : Le FMI est constitué de la même manière que les autres organisations financières. Il y a environ 2 600 employés, un conseil d’administration et un conseil de gouverneurs. Toutefois les États-Unis ont une minorité de blocage et un droit de veto. Cela veut dire qu’aucune décision ne peut être prise sans leur accord. Mais c’est la domination du dollar partout dans le monde qui est le facteur le plus important de la supériorité des États-Unis. C’est non seulement la monnaie mondiale de référence, mais c’est aussi la monnaie de réserve la plus importante. Toutes les banques centrales du monde maintiennent une grande partie de leurs réserves de devises en dollars. Le monde entier est donc dépendant du dollar, mais le seul pays qui a le droit de l’imprimer, c’est les États-Unis. De cette façon grâce à leur monnaie ils dominent la sphère financière mondiale.

Geopolitika : Le FMI est une organisation partenaire de la Banque mondiale. A quoi ressemble cette coopération dans la réalité ?

Ernst Wolff : La Banque mondiale est essentiellement responsable du financement des grands projets d’investissement comme des lignes de chemin de fer, des ports ou des barrages. Le rôle principal du FMI est d’octroyer un crédit en dernière instance. Le FMI intervient toujours quand un pays est en difficulté de paiement. Il lui propose des crédits, mais avec des conditions très exigeantes qui réduisent la souveraineté du pays, et le soumettent aux intérêts du grand capital international. Au fond le FMI agit comme un préteur sur gages, afin de pouvoir profiter des situations de détresse de ses clients, de façon à les faire céder et ainsi pouvoir s’enrichir.

Geopolitika : Un terme qui est utilisé plusieurs fois dans le contexte du FMI est programme d’ajustement structurel. Comment met-on en œuvre un tel projet ?

Ernst Wolff : Avec les programmes d’ajustements structurels, à la fin des années 70, le FMI a systématisé sa procédure sur la base du néo-libéralisme. Les trois pierres angulaires de cette procédure sont : La libéralisation, la déréglementation et la privatisation.

La libéralisation contient entre autres la limitation des importations. Cette libéralisation conduit la plupart du temps à ce que des producteurs indigènes sont mis en concurrence avec d’énormes multinationales De cette façon beaucoup de pays africains qui se suffisaient sur le plan alimentaire sont devenus dépendants des groupes agro-alimentaires internationaux.

La déréglementation veut dire la suppression de toutes les restrictions pour les investisseurs étrangers. Autrement dit les investisseurs locaux sont mis en concurrence avec les géants de Wall Street et ils sont écrasés.

La privatisation a pour conséquence que les marchandises subventionnées dans le passé comme l’eau, ou l’énergie, sont devenues plus chères après le rachat par des entreprises internationales et sont devenues partiellement inaccessibles pour les faibles revenus. Cela veut dire que les programmes d’ajustement structurel favorisent les grands investisseurs internationaux et nuisent à la population indigène.

Geopolitika : Dans votre livre « Puissance mondiale FMI : Chronique d’un pillage », vous décrivez en quatre points le développement historique du FMI et cela en suivant la piste des guerres, des coups d’Etats et des crises financières des pays. Le récit commence en Amérique latine, en particulier au Chili. Quelles sortes de méfaits le FMI a-t-il commis sur ce continent ?

Ernst Wolff : Le coup d’Etat fasciste au Chili en 1973 a été un tournant dans le développement du FMI. Après avoir pris le pouvoir, le dictateur Pinochet a chargé un groupe d’économistes de la « Chicago School of Economics » sous l’égide de Milton Friedman de réorganiser l’économie de son pays.

Ce groupe connu sous le nom de « Chicago Boys » était constitué d’adeptes du néolibéralisme. L’objectif du néolibéralisme est surtout de tenir l’Etat hors de l’économie et de soumettre l’économie aux lois du marché. Mais le marché est dominé et manipulé par la finance de quelques grandes sociétés et le néolibéralisme représente ainsi les intérêts du capitalisme international.

Avec l’adoption de cette philosophie, une croisade néolibérale du FMI avait commencé au Chili ; elle a continué en Argentine et plus tard pendant la crise des années 80 dans toute l’Amérique latine, ce qui a provoqué l’appauvrissement de millions de travailleurs dans toute l’Amérique du sud.

Geopolitika: Le FMI compte environ 2 600 employés et est composé de 142 Etats. Le FMI n’avait pas le pouvoir de réaliser ce méfait sans l’accord des gouvernements en place et sans l’aide de ses co-employeurs. Comment peut-on trouver autant de traitres dans autant de pays ?

Ernst Wolff : Depuis plusieurs décennies le monde est dominé par la finance. Aucun gouvernement ne peut tenir sans être obligé de se soumettre à la puissance des institutions financières mondiales. Dans la plupart des cas les politiciens sont déjà financés par les donateurs. C’est à cause de cette dépendance du gain que le métier de politiques attire des opportunistes (la fin justifie les moyens) et des gens qui veulent faire carrière. Pour le FMI ces gens sont des partenaires idéaux parce qu’on peut les acheter et qu’ils n’ont aucune conscience.

Geopolitika : La grande Union Soviétique n’a pas été épargnée par le FMI. Quels arguments l’organisation utilise-t-elle là-bas et avec quelles conséquences ?

Ernst Wolff : Suite à l’effondrement de l’Union soviétique, pour la première fois dans l’histoire une centrale a été supprimée pour être remplacée par un système capitaliste (dirigé par le marché). Le FMI s’est vite rendu compte des possibilités qui s’offraient avec les banques et des sociétés occidentales et il a organisé la privatisation de l’économie avec des anciens fonctionnaires et des membres de parti.

Cette coopération a provoqué un grand détournement de biens communautaires de l’ex-Union soviétique et a produit une classe d’oligarques, qui ont mis une grande partie de leurs fortunes dans les banques occidentales. Malgré la promesse du FMI d’un avenir meilleur, l’introduction de l’économie de marché a été une dégringolade sociale catastrophique pour les travailleurs et la population. Encore aujourd’hui le niveau de vie d’un tiers de la population de l’ex-Union soviétique se trouve en dessous du niveau de l’époque de l’économie planifiée.

Geopolitika : Au début des années 90 le FMI a ciblé la Yougoslavie. Un chapitre de votre livre est consacré à ce sujet. Le FMI prétend avoir œuvré pour soutenir la guerre.

Ernst Wolff : Le FMI a intentionnellement déstabilisé la Yougoslavie en empêchant et en évitant le flux de capitaux entre la zone Serbe et le reste des républiques et provinces, et en promouvant ainsi l’émergence de tendances nationalistes. Dans ce contexte la stratégie du FMI en Yougoslavie et l’intérêt des États-Unis étaient de remplacer le régime non-aligné par un régime dépendant des Occidentaux. En plus le FMI a travaillé avec l’Union Européenne, qui voulait incorporer les provinces de l’ex-Yougoslavie.

Les événements en Yougoslavie, comme les événements en Ukraine montrent que par des mesures financières et économiques une organisation financière peut parvenir à pousser systématiquement un pays entier dans la guerre.

Geopolitika :Si on veut détruire un pays sur le plan économique, on devrait faire appel au FMI. La Serbie est le meilleur exemple. Depuis les années 2000 elle est fortement influencée par le FMI .On peut dire que le FMI exploite la politique financière catastrophique du pays. L’influence est si radicale qu’on a même pu dicter au gouvernement serbe une augmentation de 15% du prix de l’électricité en avril. Est-ce que le FMI se présente comme un instrument de domination du grand capital international ?

Ernst Wolff : Très certainement. Avec la hausse du prix de l’électricité le FMI surcharge les employeurs travaillant en Serbie, ceux-ci n’ont vraiment pas la vie facile. La politique d’austérité (restriction et sévérité) du FMI n’est pas différente en Serbie que dans les autres pays du monde. Les super riches ne sont jamais concernés, mais c’est toujours les travailleurs et surtout les classes les plus faibles de la société.

Le FMI aide à l’enrichissement des élites financières mondiales aux dépens du reste du monde. Il favorise ainsi activement le pire développement de notre planète, l’explosion des inégalités sociales. Jamais dans l’histoire de l’humanité la différence entre riches et pauvres n’a été aussi importante qu’aujourd’hui. 

Geopolitika : Le FMI était-il pour quelque chose dans la grande crise financière de 2007/2008, comme en Grèce, en Islande, en Irlande ou à Chypre… ? 

Ernst Wolff : Le FMI n’était pas la cause de la crise, mais sitôt la crise commencée, il a formé la Troïka (surveillance des pays en difficulté) en association avec la Banque centrale européenne et la Commission de l’Union européenne ; ils sont intervenus de façon très dure.

La cause de la crise était la spéculation sans scrupule de la haute finance. Le FMI a toujours contesté cette cause et a prétendu que les pays en crise vivaient au-dessus de leurs moyens et auraient donc dû faire des économies.

Le rôle du FMI était donc de protéger les vrais coupables – les banques – et de se décharger sur la tête des travailleurs des conséquences de leur politique sans scrupule par des programmes d’austérité (c’est-à-dire des restrictions sévères). De cette façon le FMI a contribué à la plus grande répartition de fortune jamais réalisée sur le territoire européen.

Geopolitika : Avec un tel pillage des pays, il devrait y avoir des coupables. Comment s’appellent-ils ?

Ernst Wolff : Les coupables sont tout d’abord les banquiers sans scrupules qui ont spéculé sur les marchés financiers sans tenir compte des conséquences sociales découlant de leurs actions. – Deuxièmement ce sont les politiciens dévoyés aux banquiers qui font payer au peuple les conséquences de l’échec de leurs spéculations.

– Troisièmement ce sont des membres à la tête d’organisations comme le FMI, qui organisent le vol des travailleurs, et cela sur ordre des politiques.

Au final les trois groupes devraient rendre des comptes devant la justice pour violation grave des droits de l’homme.

Geopolitika : Les USA sont de loin le pays le plus endetté. Le FMI va-t-il alors faire mettre les USA à genoux ?

Ernst Wolff : Le FMI est l’exécutant de Wall Street et de la Maison Blanche. Il n’obligera jamais les États-Unis à se mettre à genoux mais il fera tout pour maintenir le pouvoir de Washington.

Puisque le dollar (monnaie de réserve) s’affaiblit de plus en plus et que la puissance économique chinoise devient de plus en plus forte, le FMI se prépare dès à présent à un avenir après la dominance du dollar. Ainsi le Yuan chinois devrait être mis dans le panier monétaire, lequel devrait être utilisé comme base pour des droits spéciaux (une monnaie propre au FMI). Mais tous ces efforts vont être vains car le système monétaire existant ne pourra pas être sauvé.

Liens : http://www.srf.ch/news/international/20-millionen-menschen-droht-der-hungertod
http://www.srf.ch/news/international/acht-maenner-besitzen-so-viel-wie-die-halbe-welt
https://deutsch.rt.com/international/47623-afrika-groesste-hungerkatastrophe-seit-zweitem-weltkrieg-droht/
https://lupocattivoblog.com/2015/04/07/iwf-experte-ernst-wolff-im-interview-mit-geopolitika/
http://www.expresszeitung.ch/redaktion/geopolitik/usa/der-iwf-hatte-von-anfang-an-das-ziel,-neben-der-wirtschaftlichen-und-militaerischen-auch-die-finanzielle-weltherrschaft-der-usa-zu-sichern

 

Source: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

02 juin 2017 

 

 

La France et la Belgique sous-traitent des assassinats de leurs ressortissants

Selon le Wall Street Journal, la France et la Belgique sous-traitent depuis au moins sept mois l’assassinat de certains de ses ressortissants ayant rejoint Daesh.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paris et Bruxelles ont fourni une liste à Bagdad des cibles prioritaires. Soit l’armée irakienne parvient à les arrêter et, dans ce cas, ils sont condamnés à mort et exécutés, soit ils sont tués lors des combats.

Officiellement, la France et la Belgique, comme tous les autres États européens, ne pratiquent pas la peine de mort.

En Irak, des Forces spéciales françaises agissent pour le compte de Paris et de Bruxelles, déguisées en militaires irakiens et utilisant des véhicules maquillés. Elles se rendent dans les hôpitaux et les morgues pour prélever des échantillons d’ADN sur les corps et les cadavres des ressortissants français et belges éliminés et les comparer avec leur base de données. Elles peuvent ainsi tenir à jour leur liste de cibles.

“France Directs Kills of French Fighters in ISIS”, Tamer El-Ghobashy, Maria Abi-Habib & Benoit Faucon, The Wall Street Journal, May 30, 2017.

Photo: Au plus près des forces spéciales françaises en Irak @ Bernard Sidler

 

Source: http://www.voltairenet.org/article196554.html

01 juin 2017 

 

Affaire Karachi: Balladur est mis en examen 23 ans après les faits

L'ancien premier ministre Édouard Balladur (1993-95) a été mis en examen pour « complicité d’abus de biens sociaux et recel » dans le volet financier de l'affaire Karachi, plus de vingt ans après les faits, comme l'annonce Le Canard enchaîné dans son édition du 31 mai. Édouard Balladur est poursuivi devant la Cour de justice de la République (CJR). Mediapart republie une enquête de 2012 sur le crépuscule de cette figure de la vie politique française, rattrapée par les ventes d'armes et l'argent sale [notre dossier complet est à lire ici].

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La princesse a encore éveillé le soupçon des policiers. Elle avait déjà évoqué deux mois plus tôt les voyages en Suisse, les valises d’argent liquide, les paradis fiscaux… Et tout s’est avéré exact. Cette fois, Hélène Karageorgevitch, princesse de Yougoslavie, petite-fille du dernier roi d’Italie (Umberto II), parle d’une « grande maison avec piscine ». Le procès-verbal date du 10 novembre 2011. Il y est question des rapports particuliers que son ex-mari, Thierry Gaubert, entretenait avec l’ancien premier ministre Edouard Balladur.

 

C’est alors qu’elle s’est souvenue : « Je me rappelle que Thierry m’a dit que M. Balladur cherchait à acquérir une maison sur les hauteurs de Deauville (…) Thierry lui a trouvé une maison à Tourgéville. J’en suis certaine car je l’ai visitée. » Et elle ajoute : « Mon amie Nicola (Johnson) pourra également vous le confirmer, ainsi que Ziad Takieddine, car nous étions tous ensemble lors de la visite. »

E. Balladur © Reuters

Ainsi Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, et le marchand d’armes Ziad Takieddine, tous deux soupçonnés d’être des “porteurs de valises”, tous deux mis en examen pour « abus de bien sociaux » et « blanchiment aggravé » par le juge Renaud Van Ruymbeke dans l’affaire des ventes d’armes du gouvernement Balladur, ont joué les défricheurs immobiliers pour l’ancien premier ministre français… Avec succès : Edouard Balladur et sa femme, Marie-Josèphe, ont acquis le 13 juin 1996 la chaumière de Tourgéville (Calvados) pour 7,3 millions de francs, un an après le départ du “cardinal” – c’était l’un de ses surnoms – de Matignon.

Avec ses façades à colombages, la demeure de 650 m2 relève presque du manoir. Il y a treize pièces, dont cinq chambres, presque autant de salles de bains, une salle de projection, un tennis, une piscine carrelée en mosaïque, un terrain de six hectares et, dans ce havre huppé du pays d’Auge, une vue imprenable sur la mer.

Depuis les confidences d'Hélène de Yougoslavie, les policiers de la division nationale des investigations financières (DNIF) enquêtent tous azimuts sur le patrimoine de l’ancien chef du gouvernement. Ils se sont procuré les déclarations d’impôt sur la fortune des époux Balladur, épluchent année après année celles que l’ancien premier ministre a faites devant la Commission pour la transparence financière de la vie politique.

Ils cherchent à déterminer l’origine exacte des fonds ayant permis l’acquisition du petit bijou normand des Balladur. Les principaux intéressés se défendent de toute irrégularité. Ils l’ont fait savoir spontanément au juge Van Ruymbeke dans une lettre détaillant les moyens financiers (prêts bancaires, ventes de SICAV, apports personnels…) utilisés pour acheter la maison. Le courrier a été écrit le 9 novembre 2011, la veille des déclarations de la princesse.

Au moins deux témoins ont confirmé devant les policiers le rôle de Thierry Gaubert comme intermédiaire, ainsi que l’a décrit son ex-épouse.

Le premier est l’ancien propriétaire de la chaumière, Michel S. « Je jouais dans le même club de golf que M. Gaubert, a-t-il indiqué. Au mois de février ou mars 1996, M. Gaubert m’a présenté M. Balladur comme acheteur. Au départ, il m’avait juste dit qu’il connaissait une personnalité qui pourrait être intéressée par notre maison. » « J’ai cru comprendre qu’il était intime de M. Balladur (…) M. Gaubert ne m’a rien demandé pour m’avoir apporté ces acheteurs et je ne lui ai rien donné », a-t-il précisé.

Le second est l’architecte Jean-Yves H. : « J’ai eu l’occasion d’apporter mes conseils à M. Gaubert concernant une propriété à Tourgéville en vue d’acquisition par M. Edouard Balladur. Il m’avait sollicité afin de lui apporter mes conseils sur la structure, pour savoir si c’était un bâtiment de qualité et sur d’éventuels travaux. (...) Il m’a indiqué qu’il intervenait en tant qu’intermédiaire pour la vente de cette propriété ».

L’ancienne femme de chambre et cuisinière des Balladur, Chantal S., a quant à elle rapporté en mars 2012 avoir été rémunérée en espèces par ses employeurs. « Est-ce que vous avez demandé à être payée en espèces ? » lui a demandé le policier. « Non, a-t-elle répondu. C’est eux sans me demander mon avis. Cela m’a d’ailleurs surpris, car tout le monde me paie en chèques. » D’après son témoignage, c’est Edouard Balladur ou l’un de ses gardes du corps qui lui remettait l’argent liquide ; des billets usagés.

L’une des fiches de paie de la domestique a été découverte par les enquêteurs dans les archives de l’Association pour la réforme, une formation politique créée par Balladur après sa défaite à l’élection présidentielle de 1995. « Je ne comprends pas », a réagi la femme de chambre.

 

L’argent liquide, qu’il soit là pour payer les salaires des domestiques ou financer une campagne présidentielle, est le vrai personnage central de l’enquête du juge Van Ruymbeke dans l’affaire Takieddine. Il est partout. Il sort de la bouche des témoins, apparaît sur les relevés des comptes secrets des intermédiaires amis, surgit parfois même à l’improviste, au détour d’un bordereau bancaire de l’association de financement de la campagne d’Edouard Balladur, l’Aficeb.

Pendant la campagne présidentielle de 1995, avec Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua.. © Reuters

D’après les derniers développements de l’enquête, la religion du juge semble faite pour ce qui concerne le financement politique. L’argent, après avoir été blanchi dans une nuée de paradis fiscaux (Luxembourg, île de Man, îles Vierges britanniques, Liechtenstein, Suisse…), provient des commissions occultes des marchés d’armement du gouvernement Balladur avec le Pakistan et l’Arabie saoudite.

L’intermédiaire Ziad Takieddine et son associé Abdulrahman El-Assir, lui aussi mis en examen, apparaissent comme les pivots du réseau de détournement d’argent sur les ventes d’armes françaises. Ils ont été imposés dans les négociations grâce au ministre de la défense, François Léotard, et ont reçu les commissions grâce à celui du budget, Nicolas Sarkozy. Deux soutiens majeurs du candidat Balladur en 1995.

Dans l’ombre, un homme a joué un rôle essentiel : Nicolas Bazire, actuel n°2 du géant mondial du luxe LVMH. Ancien directeur de cabinet puis de campagne d’Edouard Balladur, il est lui aussi mis en examen dans le dossier. Il lui est notamment reproché d’avoir participé à la mise en place, depuis Matignon, du réseau Takieddine.

Les agendas d’un intermédiaire saoudien, le cheik Ali Ben Moussalam, font d’ailleurs apparaître que Nicolas Bazire et Edouard Balladur ont personnellement rencontré les membres du réseau Takieddine avant la signature de juteux contrats avec l’Arabie saoudite, trois au total. Du jamais vu.

Un rapport de janvier 2010 de la police luxembourgeoise cite également le nom de Nicolas Bazire, à côté de celui de Nicolas Sarkozy, comme ayant validé, depuis Matignon, la constitution d’une société-écran de la Direction des constructions navales (DCN), Heine, ayant abrité les commissions occultes du réseau Takieddine dans le marché des sous-marins pakistanais.

Les investigations ont depuis démontré l’absolue inutilité du réseau Takieddine dans la conclusion des contrats, pakistanais ou saoudiens. Si ce n’est pour récupérer du cash, et vite, à quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle. Nicolas Bazire, interpellé, placé en garde à vue, mis en examen, puis entendu à plusieurs reprises par le juge, dément en bloc toute implication personnelle dans les malversations.

Seulement voilà, Hélène de Yougoslavie a fait des déclarations embarrassantes à son endroit s’agissant des voyages en Suisse de son ex-mari et Ziad Takieddine. « Thierry m’a dit qu’il remettait de temps en temps l’argent à Nicolas Bazire. Mon mari et M. Takieddine remettaient les sommes d’argent tous les deux ensemble à M. Bazire et c’est pour cela qu’à la fin, M. Bazire avait peur. Ces remises d’argent avaient eu lieu dans les années 90, c’était à l’époque où M. Balladur était premier ministre », a-t-elle affirmé sur procès-verbal. « Thierry m’a dit que Nicolas Bazire ne voulait plus voir Ziad Takieddine, a-t-elle ajouté, et qu’il avait peur de Ziad et de ces remises d’argent. »

Thierry Gaubert, interrogé à son tour, a reconnu que Nicolas Bazire ne voulait plus voir Ziad Takieddine après la signature du contrat Sawari II (ventes de frégates) avec l’Arabie saoudite. Mais il a nié, devant les policiers, une quelconque valse des mallettes. « M. Bazire ne voulait pas être lié à M. Takieddine. C’est ce qu’il m’a fait comprendre. Il avait une réputation sulfureuse et ne voulait pas le revoir après la conclusion du contrat avec l’Arabie saoudite », a expliqué Gaubert. Bazire, au contraire, a affirmé devant le juge avoir « toujours entretenu des relations cordiales avec M. Takieddine », tout en démentant « formellement toute remise d’argent ».

Balladur, le roi du T-shirt

Durant la campagne présidentielle de 1995, les espèces ont pourtant plu sur le compte de campagne de Balladur : un peu plus de quinze millions de francs auront été brassés par les machines du Crédit du Nord, le plus souvent des grosses coupures. Pour les policiers de la DNIF, « il s’agit du poste le plus litigieux et le plus opaque sur l’origine des fonds ».

 

Les trois quarts de ces espèces ont été déposés en catastrophe, juste avant ou après le scrutin. Le 21 avril, par exemple, une somme de 1,4 million de francs (200.000 euros) a atterri sur le compte, soi-disant constituée de remboursements de billets de train tardifs par les militants. Les policiers jugent l’explication « peu convaincante » dans un rapport de juin 2011.

En 1995. © Reuters

Le 26 avril 1995 surtout, trois jours après la défaite, un versement de 10,25 millions de francs (1,5 million d’euros) est venu combler, comme par miracle, un trou béant dans la comptabilité. Interrogé par les policiers, Alexandre Galdin, assistant du trésorier de la campagne, se souvient avoir trimballé ce jour-là des masses de billets dans « une valise d’environ 1 mètre par 50 centimètres », jusqu’à l’agence du boulevard Haussmann.

L’argent avait été recompté la veille au QG, dans une scène digne d’un film d’Audiard : « Il y avait des coupures allant de 100 à 500 francs, essentiellement des grosses coupures, a raconté aux enquêteurs Evelyne Rauhlac, pilier de la cellule « trésorerie ». Nous avons passé une bonne partie de l’après-midi et de la soirée à compter les billets. (…) Nous les avons mis en tas en les regroupant, et avons fait tenir les liasses au moyen de trombones ou d’élastiques, ou de papiers agrafés. » Son collègue Raymond Huart, qui l’a épaulée, a déclaré sur PV : « Je me souviens que j’étais effaré par la masse de cet argent, je n’en avais jamais vu autant de ma vie. »

À l’été 1995, les rapporteurs du Conseil constitutionnel n’ont pas manqué d’interroger le mandataire de Balladur, Francis Lamy, sur l’origine de ces 10 millions. Outre de supposées collectes « manuelles », celui-ci a insisté sur la vente de tee-shirts, casquettes ou pin’s.

Si les enquêteurs ont bien retrouvé trace d’un achat de 30 000 tee-shirts en février 1995 (pour un montant de 435 000 francs seulement, soit 66.000 euros), ils ont enregistré plusieurs témoignages qui réduisent ce scénario à néant. « À la fin de la campagne, il restait beaucoup de tee-shirts, a par exemple raconté Raymond Huart. Au QG, ils ne savaient pas quoi en faire, et ils en ont donnés à beaucoup de monde. »

Même Nicolas Bazire, directeur de campagne de Balladur, a fini par admettre, lors d’un interrogatoire en novembre 2011, que l’explication fournie à l’époque au Conseil constitutionnel était fumeuse : « Plus que fausse, je la considère insuffisante, a-t-il concédé au juge. Il aurait fallu la compléter… »

Le principal intéressé, Edouard Balladur, a bien “corrigé” la version officielle quant à l’origine de ces 10 millions, devant la mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi: « Les sommes déposées en espèces provenaient des collectes effectuées dans les centaines de réunions publiques qui ont eu lieu à travers tout le pays. » Des dons en billets de 500 francs ? En plein meetings ? « Les montants les plus modestes pouvaient, pour des raisons de commodité, avoir été échangés ou regroupés par ceux qui les rassemblaient », a plaidé l’ancien candidat devant les députés.

Dans la coulisse, c’est la panique. Alors qu’il est fâché avec son ex-trésorier, l’ancien premier ministre prend tout de même soin de lui fournir une note sous forme de “rappel des faits”, comme des éléments de langage en vue des interrogatoires.

Mais les policiers ne croient pas une seconde à la version de Balladur. Toute la cellule “trésorerie” a raconté qu’elle avait pris l’habitude de déposer les espèces collectées au fur et à mesure. Entre le 15 mars et le 24 avril, les enquêteurs ont ainsi retrouvé 23 remises d’espèces au guichet du Crédit du Nord, provenant de quêtes ou meetings, pour une somme de 3,2 millions de francs (500.000 euros). Pour les policiers de la DNIF, le versement du 26 avril « n'est pas justifiable sur le plan comptable ».

Ce fameux dépôt boulevard Haussmann, personne ne veut d’ailleurs l’assumer. « Je n’en ai pris connaissance qu’à l’ouverture de la présente procédure (judiciaire) », a déclaré Nicolas Bazire en novembre 2011, devant le juge Van Ruymbeke.

Le trésorier, René Galy-Dejean, admet avoir escorté plusieurs millions de francs à la banque le 26 avril, mais pas dix millions, seulement trois. Les sept autres brûlent visiblement les doigts. « Cela a été déposé à mon insu », a-t-il lancé aux policiers. « Je n’aurais pas accepté de faire ce dépôt. On ne pouvait pas me faire déposer le montant et la nature du dépôt, tels qu’ils figurent sur le reçu (avec des billets de 100 ou 500 francs), en me faisant croire que cela venait des recettes des meetings. »

Et de suspecter un « double circuit » : « Je pense aujourd’hui à la réflexion qu’on a demandé à Mme Rauhlac de déposer les sept millions. » Qui se cache derrière ce “on” ? « Il n’y avait que deux personnes qui pouvaient le lui demander, a balancé le trésorier : M. Balladur ou M. Bazire. »

Au-delà des recettes en liquide bel et bien déclarées au Conseil constitutionnel (15 millions de francs, soit 2,3 millions d’euros au total), les enquêteurs ont identifié d’autres espèces suspectes : celles qui auraient servi à régler des prestataires “au black”, et n’ont jamais été inscrites dans la comptabilité officielle du candidat.

Le responsable d’une société de sécurité, Olivier Michaud, a notamment reconnu sur procès-verbal, au printemps 2011, qu’il avait touché « entre 5,2 et 5,3 millions de francs » (800 000 euros) en liquide pour assurer la sécurité de plusieurs meetings, à partir de la mi-mars 1995. « À un moment, René Galy-Dejean (le trésorier) m’a dit qu’il ne pouvait plus me payer par chèques », a-t-il rapporté aux policiers. Le trésorier a vigoureusement démenti. Mais dans un procès-verbal de constatations, les policiers relèvent « l’absence de dépenses de sécurité » dans le compte de campagne « à partir de la mi-mars 1995 », « alors que les meetings les plus importants restaient à venir, dont celui du Bourget ».

Certaines dépenses en communication auraient également été dissimulées au Conseil constitutionnel. Cette fois, c’est Nicola Johnson, l’ex-épouse de Ziad Takieddine, qui a mis les policiers sur la piste. En décembre 2011, elle s’est rappelé qu’un certain Paul Manafort, un consultant américain proche des républicains, avait apporté ses lumières à l’équipe de l’ancien premier ministre. « Ziad m’a dit que Paul Manafort intervenait dans la campagne présidentielle pour conseiller M. Balladur, a-t-elle détaillé. Je me rappelle que Paul envoyait des fax à Ziad, en anglais, et Ziad devait les traduire pour le donner au camp Balladur. » Une information démentie depuis par l’entourage du candidat.

Mais Nicola Johnson se souvient très bien avoir rencontré Paul Manafort au domicile parisien d’Abdulrahman El-Assir, associé de son mari et bénéficiaire de dizaines de millions d’euros de commissions. « Qui aurait embauché M. Paul Manafort sur la campagne ? » lui ont demandé les policiers. « J’imagine El-Assir et Ziad. Je pense qu’ils ont payé. »

De fait, d’après Paris Match, le juge Van Ruymbeke a repéré des virements concordants depuis les comptes suisses d’El-Assir : entre septembre 1994 et août 1995, époque de la présidentielle en France, 400 000 dollars sont allés alimenter la société de Paul Manafort aux États-Unis, son propre compte en banque, ou celui de proches. 400 000 dollars invisibles dans le compte de campagne de Balladur.

En 1995, déjà, les rapporteurs du Conseil constitutionnel avaient estimé que 13,3 millions de francs (2 millions d’euros) de dépenses (sondages, imprimeurs, etc.) avaient été dissimulés par l’équipe du candidat, soucieuse de ne pas crever le plafond des dépenses autorisées par la loi (90 millions de francs au maximum). Les rapporteurs ont logiquement recommandé au Conseil de rejeter le compte du candidat.

Présidé par le socialiste Roland Dumas, celui-ci est passé outre, préférant éviter la ruine à Balladur, qui aurait dû tirer un trait sur le remboursement par l’État de ses frais de campagne. Ce faisant, il n’a pas seulement validé des comptes truqués, il pourrait bien avoir aidé au blanchiment de l’argent sale des ventes d’armes.

 

L’Équateur demande une «sortie sûre» pour Assange du Royaume-Uni

La décision de la justice suédoise d’abandonner les poursuites pour viol contre le fondateur du site WikiLeaks a été saluée par l’Équateur qui a ensuite exhorté le Royaume-Uni à le laisser quitter le pays en toute sécurité.

Après que ce matin, le parquet suédois a annoncé l’abandon des poursuites pour viol contre Julian Assange, le ministère équatorien des Affaires étrangères a salué la décision, tout en exigeant pour lui une sortie sûre du pays qui l’abritait, dans l’ambassade d’Équateur à Londres, depuis cinq ans.

 

« Le mandat d’arrêt européen n’est plus valide. Le Royaume-Uni doit fournir une sortie sûre à M. Julian Assange », a souligné le chef de la diplomatie équatorienne Guillaume Long sur son compte Twitter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julian Assange est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis juin 2012 pour éviter une extradition vers la Suède où des accusations de viol sont portées à son encontre, ce qu’il nie. Le fondateur de WikiLeaks affirme craindre que Stockholm ne l’envoie ensuite vers les États-Unis où il devrait répondre de la publication par WikiLeaks des documents militaires et diplomatiques révélés par Chelsea Manning.

Vendredi, le parquet suédois a déclaré qu’il avait retiré le mandat d’arrêt européen contre M. Assange. Contrairement aux premières informations selon lesquelles M. Assange, les poursuites contre lui abandonnées, entendait demander l’asile politique à la France, l’avocat de l’intéressé, Juan Branco, a démenti une telle intention de son client, mais a souligné qu’on saluerait la détermination du gouvernement français à intervenir.

 

Source: https://fr.sputniknews.com/international/201705191031453489-equateur-londres-assange-sortie-securite/

 

Le plan de Tapie pour ne pas rembourser tout de suite

Bernard Tapie va présenter vendredi à ses créanciers, et notamment à l’État, un plan de sauvegarde de son groupe passablement fantaisiste. Objectif : gagner du temps, pour ne rien rembourser à court terme des 440 millions d’euros liés à l'arbitrage.

Il faut reconnaître un formidable talent à Bernard Tapie : à la manière d’un joueur de bonneteau, il parvient parfois à faire des tours de passe-passe si rapides qu’on en vient à ne plus savoir où l’on en est. C’est un peu le sentiment que l’on peut éprouver à la lecture du plan de sauvegarde de son groupe, qu’il va proposer vendredi à ses créanciers et dont Mediapart a pu obtenir une copie.

Voici quelques semaines encore, il ne cessait en effet de pleurer misère, assurant que l’annulation de l’arbitrage le conduisait à la ruine. Mais dans le plan qu’il soumettra vendredi aux créanciers, parmi lesquels figure l’État – qui entend bien récupérer les 404 623 082,54 euros issus de l’arbitrage frauduleux, majorés des intérêts, soit pas loin de 440 millions d’euros au total –, le ton change du tout au tout : Bernard Tapie suggère qu’il pourra rembourser sans la moindre difficulté la somme qu’il doit. Mais pour parvenir à cette conclusion, il est obligé de faire une démonstration accélérée. Ici est le tour de bonneteau : l’ex-homme d’affaires fait des calculs contestables pour essayer de convaincre ses créanciers qu’il faut à tout prix éviter la liquidation de son groupe car il est, selon lui, hautement rentable.

En quelque sorte, Bernard Tapie enjolive ses actifs, minimise son passif et surtout prend le quotidien La Provence en otage, suggérant entre les lignes qu’une liquidation de son groupe menacerait une entreprise de presse hautement rentable. Présentant un plan de sauvegarde sur sept ans, Bernard Tapie cherche, en résumé, à gagner du temps, de sorte que l’État ne le somme pas de rendre tout de suite l’intégralité de son dû.

Pour parvenir à suivre le tour de bonneteau, il faut d’abord prendre connaissance des deux convocations qui ont été adressées aux créanciers du groupe Tapie : l’une pour vendredi 12 mai à 10 heures, adressée aux créanciers des deux structures du groupe Tapie (Groupe Bernard Tapie – GBT – et Financière Bernard Tapie – FIBT) ; l’autre pour vendredi à 11 heures, aux créanciers de la société Dolol (acronyme des prénoms de l’épouse et de l’un des fils de Bernard Tapie, Dominique et Laurent).

20 millions d'euros de dividendes de « La Provence »

Quand on prend connaissance de ces deux documents, un premier constat saute aux yeux : ce plan de sauvegarde ne résulte pas d’une expertise sérieuse commanditée par le tribunal de commerce car, à la demande de ce dernier, un collège d’experts avait été désigné pour faire un état des lieux très précis de l’actif et du passif du groupe Tapie, mais « la décision de justice n’a pas fait l’objet d’une exécution ». C’est donc un cabinet comptable, dénommé Wingate, qui a réalisé ce travail de mise à plat à la demande de Bernard Tapie lui-même. C’est dire si l’exercice est sujet à caution.

D’entrée, le mandataire judiciaire du groupe Tapie refuse donc de se prononcer clairement sur ce plan : « À ce stade et malgré le déroulement de la procédure, les incertitudes demeurent s’agissant du patrimoine et du montant du passif des sociétés notamment du fait des instances civiles et pénales en cours. Faute de disposer de toutes les informations suffisantes et actualisées, il n’est pas possible d’affirmer qu’il existe, ou qu’il n’existe pas, de possibilité de mise en place d’un plan de sauvegarde par la seule capacité de remboursement générée par ce holding », note dans ses observations le mandataire judiciaire. En clair, l’auxiliaire de justice suggère que les chiffres avancés par Bernard Tapie et son cabinet d’audit sont à manier avec des pincettes.

Ces chiffres ont ainsi été calibrés pour faire croire que les actifs dont dispose Bernard Tapie sont supérieurs à son passif – pour faire croire, en somme, que le groupe Tapie est viable. Le plan affiche ainsi 478 millions d’euros d’actifs (y compris la participation de 89 % dans le quotidien La Provence) et ne prend en compte le passif qu’à hauteur de 426 millions d’euros.

Mais le plus surprenant n’est pas là. S’adossant sur ces premiers chiffres, qui tendent à prouver que le groupe n’est pas en déconfiture, le plan suggère qu’un échelonnement des remboursements de la dette du groupe permettrait d’assurer sa survie. Car c’est bien cela que cherche Bernard Tapie : gagner du temps. Il propose ainsi un remboursement sur sept ans, avec une année de franchise, puis des remboursements de la dette de 5 % la deuxième année, 10 % la troisième, 15 % la quatrième puis 20 % les trois années suivantes.

L’exercice apparaît d’autant moins sérieux que, dès que l’on entre dans le détail, on se rend compte que certains chiffres sont pour le moins fantaisistes. Exemple : Bernard Tapie évoque des dividendes en provenance de La Provence de 20 millions d’euros, qui ne sont évidemment pas crédibles – même si l’on ne comprend pas bien sur quelle période un tel magot pourrait être prélevé sur le groupe de presse.

La pérennité de La Provence est donc un argument dont Bernard Tapie joue beaucoup, pour tenter de convaincre ses créanciers de ne pas le sommer de rembourser sur-le-champ ce qu’il leur doit : « Le groupe La Provence emploie directement 826 salariés et 1 150 sous-traitants. Des projets d’acquisition sont à l’étude afin de capitaliser sur l’attractivité locale du groupe de média et évènementiel. L’actuel projet de Monsieur Bernard Tapie vise à développer cet actif industriel dont la valorisation devrait considérablement augmenter dans les années à venir et ainsi contribuer au financement du plan de sauvegarde. Les opérations capitalistiques sur le pôle industriel devraient permettre d’honorer les échéances de plan grâce à des cessions partielles du capital au fur et à mesure du développement du groupe. Compte tenu du projet de développement, cet actif pourra être conservé et les dividendes pourront alimenter la trésorerie pour payer le plan », peut-on lire. Dans le cas du groupe La Provence, qui englobe d'autres titres (Var-MatinCorse-Matin…) et des biens immobiliers, il est donc à noter que Bernard Tapie envisage des « cessions partielles »

Des cessions de certaines des participations logées dans la société Dolol sont aussi évoquées. « En effet, le plan de sauvegarde de GBT est garanti par des cessions d’actifs immobiliers comprenant notamment la cession de l’actif de la société DOLOL », peut-on lire. Mais il se trouve que l’hôtel de Neuilly, valorisé pour 14 millions d’euros, a été mis en location et n’est pas disponible avant 2022/2023. Le plan de sauvegarde propose donc non pas la cession immédiate de ce bien immobilier, mais le remboursement d’une partie de la dette grâce aux… loyers qu’il procure !

Qui Bernard Tapie espère-t-il donc convaincre avec un plan semblable ? Pour l’heure, aucune décision n’est attendue sur ce plan, car la réunion de vendredi ne mettra en présence que Bernard Tapie et ses créanciers, hors la présence des juges du tribunal de commerce.

Mais sans doute est-ce un dernier coup de bluff que tente Bernard Tapie. Car c’est le 18 mai prochain que l’on connaîtra la décision définitive de la Cour de cassation dans le volet civil de cette interminable affaire Adidas/Crédit lyonnais. On saura alors si les sommes considérables que Bernard Tapie doit à l’État sont, ou non, immédiatement exigibles. Dans la perspective d’une décision judiciaire qui lui sera forcément défavorable, Bernard Tapie cherche donc une nouvelle fois, par avance, la protection du très accommodant tribunal de commerce. Pour qu’il le protège, comme cela est si souvent arrivé, des rigueurs de la justice…

Le lendemain de la mise en ligne de notre article, Bernard Tapie nous a joint par téléphone pour contester notre présentation de ce plan de sauvegarde. Il nous a fait valoir que rien ne justifiait que l’on qualifie son plan de « fantaisiste ». Selon lui, le plan qu’il a mis au point présente deux points forts. D’abord, il donne l’assurance à ses créanciers d’être intégralement remboursés. En clair, Bernard Tapie assure que c’est le meilleur moyen pour que l’arrêt de la cour d’appel de Paris le condamnant à rembourser l’argent de l’arbitrage et les intérêts afférents, soit « intégralement » exécuté. Soit pas loin de 425 millions d'euros sur six ans. Et de surcroît, il fait valoir que c’est aussi le meilleur moyen pour que l’avenir du journal La Provence, avec tous les emplois que garantit le quotidien, soit sauvegardé.

Bernard Tapie nous a aussi fait observer que même Serge Tournaire, le juge d’instruction qui a piloté l’enquête du volet pénal de l’affaire, avait lui-même bien pris soin, tout pugnace qu’il soit, de ne prendre aucune mesure de contrainte qui menace l’avenir du quotidien. En conclusion, il nous a fait grief de faire grand cas des décisions de justice, quand elles lui sont défavorables, mais de tourner en dérision les décisions du tribunal de commerce qui ont placé son groupe sous procédure de sauvegarde.