Irakiens, la démocratie américaine s’invite chez vous

Le département d’État américain s’apprête à envoyer en Irak des spécialistes militaires chargés de la propagande des idées démocratiques et des principes de politique étrangère de Washington auprès de la population irakienne.

Ils seront également chargés de former des représentants publics grâce à une bourse spéciale du gouvernement américain. Certains observateurs en déduisent que les États-Unis ont peur de perdre le contrôle du pays qu’il a commencé à détruire il y a plus de 10 ans.

Via leur ambassade à Bagdad, les USA recherchent des ONG qui pourront présenter avant le 28 février 2017 un projet pour apprendre à la société irakienne les « valeurs démocratiques américaines ». Avant cela, le département d’État avait déjà financé la formation de spécialistes irakiens au journalisme « indépendant » et alloué des fonds pour le « business des femmes irakiennes ».

L’organisation qui décrochera la bourse enverra à Bagdad des spécialistes américains qui prendront en charge la promotion des principales valeurs américaines et instruiront les étudiants irakiens.

D’après le cahier des charges, l’ambassade américaine recevra en Irak entre 8 et 10 conférenciers, payés chacun jusqu’à 350 000 dollars. De plus, entre 10 et 15 spécialistes suivront une préparation spéciale et travailleront avec les Irakiens par internet.

Le document stipule également que les spécialistes envoyés en Irak collaboreront avec les centres américains à travers le pays — Bagdad, Maysan, al-Najaf, Dahuk, ainsi qu’au Kurdistan irakien (Erbil, Souleimaniye). Les experts américains doivent organiser des conférences pour les étudiants irakiens, parler des valeurs démocratiques et de la politique des USA, former une nouvelle élite politique et créer un réseau d’interaction entre les spécialistes des deux pays.

Le département d’État accorde régulièrement des bourses aux organisations pour travailler avec la société irakienne.

Le 5 janvier, les États-Unis ont signé un accord avec le gouvernement irakien pour lui prêter 1 milliard de dollars.

Gilles Munier

Source : Sputnik

Photo: Vue de Nadjaf après l’invasion de 2003

via: http://www.france-irak-actualite.com/2017/01/irakiens-la-democratie-americaine-s-invite-chez-vous.html

 

L'armée irakienne poursuit ses opérations dans l'est de Mossoul

 

Par Isabel Coles et John Davison

 

Reuters21 janvier 2017

Un soldat de la force de réaction rapide irakienne. Les forces spéciales irakiennes ont avancé mardi en direction d'une poche de l'est de Mossoul encore contrôlée par le groupe Etat islamique, avec l'objectif d'achever la reconquête de la partie orientale de la grande ville du nord de l'Irak. /Photo prise le 16 janvier 2017/REUTERS/Alaa Al-Marjani

Par Isabel Coles et John Davison

MOSSOUL, Irak/BAGDAD (Reuters) - Les forces spéciales irakiennes ont avancé mardi en direction d'une poche de l'est de Mossoul encore contrôlée par le groupe Etat islamique, avec l'objectif d'achever la reconquête de la partie orientale de la grande ville du nord de l'Irak.

Dans la soirée, le Premier ministre Haïdar al Abadi a annoncé que des troupes avaient commencé à "faire mouvement" dans l'ouest de Mossoul, toujours sous l'emprise de l'EI. Il n'a pas donné de détails sur les actions des militaires.

Des unités de l'armée régulière affrontaient également les insurgés pour le contrôle de la base militaire de Kindi, dans le nord de la ville.

Dans un communiqué, l'armée a déclaré que les hommes du Service de contre-terrorisme (CTS) avaient pénétré dans les quartiers est de Ninive-Est et Souk al Ghanam, qui sont entourés de zones tenues par l'armée régulière.

Ils se sont également emparés du quartier d'Al Mohandissine, près de 5 km au nord-ouest, à une courte distance du Tigre, qui coupe Mossoul en deux du nord au sud.

Après trois mois de campagne militaire, les forces irakiennes semblent sur le point de déloger totalement les combattants de l'EI de la rive orientale du fleuve, ce qui leur permettra de passer à l'étape suivante de l'offensive, la reconquête de sa partie ouest.

Un porte-parole du CTS, Sabah al Nouman, a déclaré à la télévision irakienne que plus de 60 quartiers de l'est de Mossoul, sur un total d'environ 80, avaient été repris depuis le déclenchement de l'offensive le 17 octobre dernier.

La progression des forces gouvernementales s'est accélérée ces dernières semaines grâce à une meilleure coordination entre unités et à une adaptation de la tactique de progression pour neutraliser les nombreuses et meurtrières attaques kamikazes à la voiture piégée.

Au sud, les unités spéciales de la police fédérale ont sécurisé la plus grande partie de la rive gauche du Tigre.

Les djihadistes fuient par bateau vers la partie ouest en se servant de civils comme boucliers humains, a dit un porte-parole de ces forces de réaction rapide.

La bataille de Mossoul a fait plusieurs milliers de victimes civiles.

A mesure que l'armée irakienne progresse, les habitants pris au piège peuvent quitter la ville. Selon les Nations unies, ils ont été 32.000 à le faire ces deux dernières semaines, ce qui porte à plus de 160.000 le nombre total de déplacés.

A Bagdad, un attentat à la voiture piégée a fait au moins sept morts dans un quartier chiite du sud de la ville.

(John Davison et Saif Hameed, Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi Salaün)

 

Au plus près des forces

 

spéciales françaises

 

engagées contre l'Etat

 

islamique en Irak

Mis à jour le 20/01/2017
publié le 20/01/2017

Dorothée Olliéric a pu suivre les forces spéciales françaises à Mossoul. Elles soutiennent la lutte contre les membres de l'organisation jihadiste.

 

Ce sont des images rares, diffusées par France 2 dimanche 15 janvier. Celles des forces spéciales françaises engagées depuis plus de deux ans aux côtés des soldats d'élite irakiens. Leur mission : faire du renseignement. Jamais loin de la ligne de front, les Français aident à identifier les cibles. Leur devise : voir sans être vu, leur anonymat doit donc être conservé. Ces forces conseillent les combattants kurdes et irakiens.

La cache d'un sniper

 

Nous sommes aux portes de Mossoul, les forces irakiennes de contre-terrorisme investissent un quartier repris au groupe Etat islamique. Cette opération, ils la mènent avec les forces spéciales françaises. Ils vont s'enfoncer dans les ruines potentiellement minées. Les pièces sont encombrées, le danger est partout. Ils évoluent dans un labyrinthe de tunnels, de maisons éventrées. Le parcours est fléché et des indications précisent sont sur les murs. En suivant les fils électriques, les Français vont découvrir un endroit stratégique, la cache d'un sniper. Le drone d'observation est devenu indispensable dans cette guerre contre l'EI.

Irak: les forces anti-EI reprennent l'université de Mossoul

AFP

 

16 janvier 2017 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des membres des forces irakiennes dans le sud de Mossoul, le 13 janvier 2017. - © Mahmoud AL-SAMARRAI

Les forces irakiennes ont repris samedi l'université de Mossoul au groupe Etat islamique (EI), dans leur progression en vue de reconquérir la totalité de l'ouest de la deuxième ville d'Irak, bastion irakien des djihadistes, ont indiqué des responsables.

"Nous pouvons dire que l'université a été libérée", a déclaré à l'AFP Maan al-Saadi, un commandant des unités du Service du contre-terrorisme (CTS), fer de lance de l'offensive des forces irakiennes contre les djihadistes de l'EI. Le vaste campus universitaire, l'un des plus grands d'Irak, se situe dans le nord de Mossoul, sur la rive orientale du Tigre qui divise la ville en deux.

Le général Taleb Cheghati al-Kenani, commandant en chef des CTS, a pour sa part affirmé que la reprise totale de la partie est de Mossoul se ferait dans les 10 jours. "Nous avons accompli le plus dur (...), nous pourrions reprendre la totalité de la partie orientale dans les 10 prochains jours", a-t-il assuré à la chaîne gouvernementale Iraqiya en s'exprimant depuis l'université. Selon lui, les forces irakiennes ont reconquis désormais 85% de la partie est de la ville depuis le début le 17 octobre d'une vaste offensive destinée à reprendre aux djihadistes leur principal fief irakien, qu'ils occupent depuis 2014.

Résistance acharnée

Des dizaines de milliers de membres des forces irakiennes, appuyés par la coalition internationale sous commandement américain, participent à l'opération. Dans un premier temps, ils ont pris le contrôle de plusieurs secteurs dans l'est de la ville, avant de rencontrer une résistance acharnée de la part des djihadistes, qui mènent notamment des attentats suicide à la voiture piégée.

Très modestes à la fin du mois de décembre, les progrès ont été plus conséquents depuis le début de l'année après une meilleure coordination entre les CTS et d'autres forces sur le terrain. Acculé sur la rive gauche du fleuve Tigre, l'EI contrôle encore la totalité de la rive droite, où se trouvent notamment l'aéroport international et la vieille ville. Les ponts de la ville ont tous été rendus hors d'usage par les bombardements de la coalition internationale, ce qui complique l'acheminement des combattants djihadistes et de munitions de l'ouest vers l'est.

 

Dimanche dernier, les forces spéciales irakiennes ont atteint le fleuve pour la première fois depuis le début de l'offensive. Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi avait initialement promis que Mossoul tomberait à la fin de l'année 2016 mais il a récemment évoqué une échéance de "trois mois" supplémentaires.

La bataille de Mossoul a déplacé plus de 144 500 personnes

 

14 janvier 2017

Revue de presse : Centre d’actualités de l’ONU -13 janvier 2017*

Près de trois mois après le début des opérations militaires contre l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL/Daech) à Mossoul, plus de 144500 Irakiens ont été déplacés et ont besoin d’une assistance humanitaire, a indiqué vendredi l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mercredi, une équipe de l’OIM s’est rendu dans la ville de Gogjiali, où les Irakiens qui fuient Mossoul arrivent. Des familles qui ont été séparées par l’occupation de la ville par l’EIIL s’y retrouvent souvent pour la première fois, a noté l’agence onusienne dans un communiqué de presse.

Depuis qu’elle a été reprise le 1er novembre, cette ville stratégique, à la lisière du secteur oriental de Mossoul, a vu passer des milliers d’Irakiens déplacés. Certains se dirigent vers des sites et des camps d’urgence pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays. D’autres restent à Gogjiali, en raison de sa proximité de Mossoul, mais les conditions y sont désastreuses.

La plupart ont déclaré avoir quitté leurs quartiers pour échapper aux obus tirés au hasard par l’EIIL et parce qu’ils craignent d’être enterrés sous les décombres.

La Coordonnatrice humanitaire en Irak, Lise Grande, a souligné que la possibilité d’un siège dans le secteur occidental de Mossoul était « très réelle », ajoutant que cela aurait d’énormes conséquences pour les civils pris au piège.

La planification de l’intervention humanitaire qui a débuté en février dernier a permis aux travailleurs humanitaires d’atteindre 500 000 personnes, a-t-elle ajouté.

Le chef de mission de l’OIM en Irak, Thomas Lothar Weiss, a souligné pour sa part que « l’aide humanitaire est essentielle pour la survie des milliers de familles déplacées par les opérations de Mossoul qui ont tout laissé pour sauver leur vie »« L’OIM est heureuse de fournir cette assistance, en coopération avec le gouvernement et les partenaires humanitaires, mais le financement et les efforts humanitaires doivent être intensifiés afin de soutenir les programmes humanitaires actuels et se préparer à faire face à davantage de déplacements ».

Au début des opérations militaires pour reprendre la ville, 1,5 million de civils vivaient à Mossoul. Avec la reprise de près de 80% du secteur oriental de la ville, près de 400 000 civils ne sont plus sous le contrôle de l’EIIL.

Le site d’urgence sur la piste d’atterrissage d’Al-Qayara, établi par l’OIM en coopération avec le ministère irakien des déplacements et des migrations, accueille actuellement plus de 15900 personnes déplacées. La semaine dernière, l’OIM a ouvert le site d’urgence à Haj Ali.

Pour aider les Irakiens déplacés par les opérations de Mossoul, l’OIM fournit une aide humanitaire de base, notamment des abris, du carburant, et des services de santé à plus de 240 000 personnes dans les zones reprises, ainsi que dans les camps et sites d’urgence.

Gilles Munier

*Source : Centre d’actualités de l’ONU

via: http://www.france-irak-actualite.com/2017/01/la-bataille-de-mossoul-a-deplace-plus-de-144.500-personnes.html

 

 

 

Mossoul: «Dans toutes les guerres menées par les Américains, les civils ont été sévèrement touchés»

 

13 janv. 2017

Des membres des forces irakiennes répondent aux attaques des combattants de Daesh pendant l'offensive dans l'est de Mossoul.

Le général Jean-Bernard Pinatel, expert en géopolitique, revient sur l'avancée des combats à Mossoul, après les lourdes pertes subies par l'armée irakienne. Il fustige l'hypocrisie de croire que cette guerre urbaine peut épargner les civils.

Général Jean-Bernard Pinatel est expert en questions géopolitiques, en gestion des risques et communication, chef d'entreprise et auteur de plusieurs ouvrages dont Carnet de guerres et de crises. Il tient également le blog Géopolitique et géostratégie.

RT France : L'armée irakienne a annoncé mercredi 11 janvier avoir repris 80% de la partie Est de Mossoul, après plus de trois mois d'offensive. Qu'en est-il en réalité ?

Jean-Bernard Pinatel (J.-B. P.) : Aujourd'hui l'armée irakienne a repris 40-45% de la ville de Mossoul selon la carte de leur avancée qui date du mardi 10 janvier. Il est certain qu'aux alentours de Mossoul, des zones étaient tenues par les combattants de Daesh mais aujourd'hui, l'encerclement de la ville atteint ses faubourgs. Dans la ville elle-même, la Division d'or, soit les forces spéciales irakiennes à 80% chiites, a repris un peu plus de la moitié de la partie la plus ouverte et la plus moderne de la ville, située à l'Est du Tigre. En revanche, dans toute la partie Ouest et dans la vieille ville, les combats n'ont pas encore commencé. Cette zone est bouclée mais rien n'a été repris. Si on est optimiste, on peut dire que 45% de la ville a été reprise mais de mon point de vue, je dirais plutôt 40%. 

Une division occidentale quand elle a 30% de pertes, on la retire du front et on la met en récupération. La Division d'or a perdu quasiment 50% de ses effectifs mais n'arrêtera pas le combat

RT France : Sur le terrain comment les forces sont-elles réparties ?

J.-B. P. : Il y a des troupes qui assurent essentiellement le bouclage de toutes les zones reprises [à Daesh]. Ils assurent le nettoyage et la sécurité dans l'ensemble des territoires reconquis. Ils sont 85 000 à s'en charger. Mais il n'y a que 15 000 hommes de la Division d'or qui, depuis le 17 octobre, conduisent l'assaut de la ville. Ce sont des forces spéciales qui ont été formées, équipées et entraînées au combat urbain par les Américains. En trois mois, 4 000 de ses membres ont péri, 3 000 autres ont été blessés. Elles ont donc vu leur potentiel militaire divisé par deux. Cela explique la pause d'un mois dans l'offensive. Mais ce sont des troupes excessivement motivées. Les chiites, qui représentent 80% des combattants de cette division, agissent dans le cadre d'une fatwa du grand Ayatollah Sistani. Ce dernier a déclaré que Daesh était l'ennemi public numéro un. Une division occidentale quand elle a 30% de pertes, on la retire du front et on la met en récupération. La Division d'or n'arrêtera pas le combat même si elle n'a plus le même potentiel qu'au début de l'offensive, sachant que la situation va devenir de plus en plus difficile. 

Du côté de Daesh, on estime qu'au début de l'offensive ils devaient être entre 3 000 et 5 000 combattants. Mais personne n'a de chiffre exact et on ne connaît pas non plus les pertes qu'ils ont pu subir. Je pense qu'ils sont plutôt près de 5000 au regard de leur résistance mais personne ne le sait, pas même les Irakiens.

Il ne faut pas croire qu'il y a d'un côté des guerres sales et barbares menées par les Russes et, de l'autre, des guerres propres menées par les Occidentaux

RT : L'ONU s'est alarmé que depuis le début de l'offensive 47% des blessés étaient des civils alors que d'ordinaire, selon les Nations unies le ratio de civils touchés est plutôt de 20%. Y a-t-il une spécificité dans la bataille de Mossoul qui explique cette catastrophe humanitaire ?

J.-B. P. : Non aucune. Il faut simplement comprendre que Mossoul est une ville qui compte 1,5 million d'habitants. Dans ce genre de cas, les pertes civiles sont impossibles à éviter. Et encore les combats jusqu'à présent ne touchaient pas les zones les plus habitées. Mais vous savez, c'est assez formidable que quand les Russes attaquent Alep, on multiplie par deux ou par trois le nombre de victimes et de blessés et que quand les Américains soutiennent les Irakiens, on parle de guerre propre. Ce n'est pas vrai. La guerre urbaine est une guerre dans laquelle les civils sont durement touchés. D'autant plus ici, qu'ils sont prisonniers des combattants de Daesh. Dans toutes les guerres qu'ont menées les Américains, les civils ont été sévèrement touchés. Il y a un rapport qui est sorti aux Etats-Unis le 15 décembre et qui fait le point sur les civils tués entre 2001 et 2011 par les Américains en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. Il estime qu'il y en a eu de 1,2 à 2 millions. Il ne faut pas croire qu'il y a d'un côté des guerres sales et barbares menés par les Russes, et de l'autre des guerres propres menées par les Occidentaux. Quand on fait la guerre dans une zone urbaine avec une forte présence civile, immanquablement, les civils trinquent.

Dans tous les combats urbains, il y a des pertes civiles supérieures aux pertes militaires.

RT France : Dans une ville où les civils et les combattants de Daesh sont extrêmement mélangés, le soutien de la coalition internationale par voie aérienne n'est-il pas incompatible avec la protection des civils ?

J.-B. P. : Il faut bien comprendre, pour qu'il n'y ait pas de confusion : il n'y a pas de bombardements aériens sur Mossoul, les frappes aériennes ou les coups de canon sont donnés sur des cibles militaires précises et totalement identifiées. Bien sûr, cela ne veut pas dire qu'avec les combattants, cachés dans les sous-sols ou juste à côté, il n'y a pas de civils qui malheureusement seront touchés. On ne peut jamais dire dans un combat urbain qu'on ne traite que des objectifs militaires. C'est de la rigolade. De Stalingrad à Beyrouth, dans tous les combats urbains quand les civils n'ont pas été correctement évacués ou s'ils ont été gardés prisonniers comme c'est le cas à Mossoul, il y a des pertes civiles supérieures aux pertes militaires.

Ce n'est pas parce qu'on aura repoussé l'Etat islamique militairement à Raqqa que le problème du wahhabisme s'arrêtera

RT France : Croyez-vous, comme plusieurs experts et responsables de pays voisins de l'Irak, qu'après la reprise de Mossoul, la dispersion des combattants et de leur idéologie deviennent un problème sécuritaire majeur ?

J.-B. P. : Il est évident que les gens qui combattent pour Daesh sont des convertis au wahhabisme. Ce ne sont pas des radicalisés que l'on peut déradicaliser, ce sont des convertis. Comme au temps des premiers chrétiens qui mourraient sur la croix pour ne pas renier leur foi, les wahhabites font pareil. Ils sont persuadés que leur mort les emmènera au paradis près d'Allah. C'est ce qui explique leur résistance farouche. Quand on a quelques kamikazes, on peut dire que ce sont des gens qui ont été manipulés mais quand, comme c'est le cas aujourd'hui, des personnes se font sauter tous les jours on est dans une autre dimension. Il est évident que cela posera problème après l'offensive. Ce n'est pas parce qu'on aura repoussé l'Etat islamique militairement à Raqqa que le problème du wahhabisme s'arrêtera. On a laissé faire pendant trop longtemps cette prédication en France ou ailleurs. La Russie connaît ce problème au Daghestan ou en Tchétchénie. Ce sont des gens qui se sont infiltrés car on a laissé prêcher des imams wahhabites radicaux. On a laissé les Frères musulmans s'installer alors que, même si leurs méthodes peuvent paraître plus «douces», ils poursuivent le même but. Tout cela ne se réglera pas avec la reprise de Mossoul.

Mossoul : La coalition internationale expérimente ce qui était reproché à la Russie à Alep

 

12 janv. 2017

Des irakiens portent des blessés touchés lors des combats dans l'est de Mossoul.

Alors que le sort des civils bloqués à Mossoul inquiète les ONG et l'ONU, les combats contre Daesh s'intensifient. Pour Nicolas Dhuicq la coalition internationale ne pourra éviter un lourd bilan humain dans cette offensive étonnamment peu médiatisée.

Nicolas Dhuicq est député de la 1re circonscription de l'Aube, membre du parti Les Républicains (LR) et du collectif parlementaire de la droite populaire.

RT France : 150 000 civils ont réussi à quitter Mossoul et ses environs et ont rejoint différents camps d'accueil. L'OMS s'attend d'ici à la fin de l'offensive à plus de 700 000 déplacés. Pour l'instant un million de civils sont coincés à Mossoul. Se dirige-t-on vers une catastrophe humanitaire ?

Nicolas Dhuicq (N. D.) : Oui mais c'était prévisible. Le siège n'est pas totalement bouclé, les alentours de la ville ne sont pas totalement tenus. Il y a peut-être une hésitation de la part de l'armée irakienne majoritairement sunnite à faire intervenir les Kurdes ou les milices chiites. Les civils ont certainement peur de représailles. Il faut comprendre que, comme ça a été le cas à Alep, malgré le danger, les habitants préfèrent, s'ils le peuvent, rester chez eux, que de fuir vers les camps. Mais la crise humanitaire était prévisible car les guerres font malheureusement des morts et nous sommes ici dans des combats de rue qui rendent la situation bien plus difficile que ce que les Etats-majors avaient prévu au départ.

Les Américains sont en train de faire l'expérience de ce que les Syriens et les Russes ont vécu à Alep et personne n'en parle

RT France : Selon l'ONU, 47% des blessés de Mossoul sont des civils là alors que dans ce type d'offensive urbaine on tourne autour de 20% des blessés. Il y a quelques semaines, la Défense américaine a reconnu avoir bombardé un hôpital près de Mossoul. La coalition internationale a-t-elle échoué à éviter les pertes civiles ?

N. D. : Malheureusement oui. Les Américains sont en train de faire l'expérience de ce que les Syriens et les Russes ont vécu à Alep : les islamistes se cachent dans les hôpitaux, dans la ville. Dans le cas de l'hôpital que vous mentionnez, l'armée américaine a dû frapper ce qu'elle pensait être une cible djihadiste et se sont rendus compte après coup que c'était un hôpital. C'est assez triste de voir que ce qui était reproché aux Russes à Alep, est expérimenté en ce moment par la coalition internationale et personne n'en parle Sur les pertes civiles, à terme il faudra faire la différence entre ceux qui ont été tués pendant les combats et ceux qui auront été assassinés à dessein par Daesh. Je suis persuadé qu'on trouvera à Mossoul, des charniers comme c'était le cas à Alep. Daesh, en position difficile, doit terroriser encore plus la population civile et mener des exactions et exécutions sommaires dans sa fuite des zones reprises. Il est difficile pour l'instant de voir clair dans la situation, mais il est évident qu'il y aura un certain nombre de civils tués exprès par l'Etat islamique.

Ces gens qui ne peuvent pas aller dans les secteurs tenus par les islamistes sont les premiers à répercuter leur propagande

RT France : Comment expliquer, comme vous le relevez, qu'il y ait une si faible couverture médiatique sur les conséquences des combats et sur cette crise humanitaire là où les médias ont été très volubiles sur la bataille d'Alep ? 

N. D. : A mon sens, il y a deux phénomènes qui expliquent ce silence. La sécurité des journalistes est difficile à assurer dans certains lieux où ils ne peuvent de fait pas pénétrer, en particulier dans les zones tenues par les islamistes. On le voit par exemple avec Idlib en Syrie. Il y a donc une véritable difficulté de couverture médiatique à Mossoul. L'autre point, c'est que l'idéologie dominante a été tellement forte pour dire que Bachar el-Assad était un tyran qui massacrait son peuple, que les gens qui se sont trompés pendant des années ont du mal à le comprendre et à l'accepter. Parler de Mossoul, ce serait l'accepter. D'autant que ces gens qui ne peuvent pas aller dans les secteurs tenus par les islamistes sont les premiers à répercuter leur propagande. Daesh en particulier est très puissant en matière médiatique. Daesh envoie même des drones qui filment l'explosion de leurs bombes ou voitures suicides.

A Mossoul, l'intrication entre la population générale et les combattants djihadistes est certainement beaucoup plus forte qu'elle ne l'était à Alep

RT France : La plupart des civils qui fuient Mossoul ont vécu pendant plusieurs années sous le joug de l'Etat islamique, certains jeunes enfants n'ont rien connu d'autres. Doit-on craindre d'une partie des civils évacués de Mossoul un soutien plus ou moins tacite aux djihadistes ? Comment l'en empêcher ? 

N. D. : C'est une vraie problématique. Je pense que la situation sera différente, en un sens même pire, avec les civils de Mossoul qu'avec ceux d'Alep. A Alep vous aviez un maximum de combattants étrangers qui occupaient la partie est de la ville, entre 8 à 12 000. A Alep, en quelque sorte, les combattants islamistes étaient plus considérés comme des étrangers que comme des Syriens. A l'inverse à Mossoul, le gouvernement irakien et l'attitude américaine lors de l'invasion en Irak de mettre au chômage tous les cadres de l'armée de Saddam Hussein ont donné des recrues faciles à Daesh. Cela rend à Mossoul, l'intrication entre la population générale et les combattants djihadistes certainement beaucoup plus forte. Ce qui explique les précautions prises par les combattants kurdes et des milices chiites. 

Mais c'est une préoccupation régionale. J'en ai parlé avec le Premier ministre libanais qui m'a confirmé qu'une majorité des réfugiés syriens dans son pays étaient des femmes et des enfants. C'est aussi le cas dans les camps des évacués d'Alep et ailleurs à l'intérieur du pays. Par exemple lors de l'attaque dont nous avons été victimes à l'aéroport d'Alep - qui était très organisé et pour laquelle l'armée syrienne a combattu pendant trois heures et demies - les dernières informations, c'est-à-dire notre minute d'arrivée à l'aéroport, ont été données par des gens du camp que nous avions visité juste avant. Parmi les évacués, on peut trouver des femmes qui sont encore des combattantes dans l'âme, d'autres qui sont sous influence et chantage car les islamistes ont en otage des membres de leurs familles et menacent de les tuer si elles ne coopèrent pas y compris à l'extérieur. Il est donc difficile de faire la part des choses car tout cela n'est pas verbalisé.

Le sentiment national syrien est réel, alors que celui irakien s'est délité

C'est un risque sécuritaire majeur qui sera très long à gérer dans un premier temps avec les adultes mais également dans dix ans avec les réactions psychologiques des enfants. Comment un enfant dont le père a été tué parce qu'il combattait du côté des islamistes et qui est vu comme un héros va-t-il sortir du cycle de la haine? C'est une grosse interrogation, pour laquelle je n'ai pas de solution mis à part une vigilance extrême. Cette problématique va se poser aussi à Mossoul où je pense que l'intrication entre les djihadistes et les civils est plus forte. Je pense que le sentiment national syrien est réel, alors que celui irakien s'est délité. On le voit avec la situation des Chrétiens d'Orient. En Syrie, ils tiennent à se dire minoritaires démographiquement mais se revendique comme syriens à part entière. En Irak, ils ont dû souvent changer de lieu de résidence ces quinze dernières années et sont épuisés. Je pense qu'à terme ils quitteront l'Irak. La situation des Chrétiens d'Orient est bien plus désespérée en Irak qu'en Syrie.  

ONU : 47% des blessés de Mossoul sont des civils

 

12 janv. 2017

Des civils fuient les violences à Mossoul

La coordinatrice des opérations humanitaires de l'ONU en Irak, Lise Grande, a dévoilé une statistique selon laquelle, près de la moitié des personnes hospitalisées à Mossoul sont des civils blessés lors de l’offensive entamée par les Etats-Unis.

«Parmi ceux qui ont reçu des blessures d’armes à feu depuis le début de l’offensive, 47% sont des civils. Lors d’offensives similaires, la proportion de blessés parmi les civils atteint d’habitude 20%, à Mossoul nous constatons que ce chiffre se situe au niveau de 50%», a fait savoir Lise Grande, la coordinatrice des opérations humanitaires de l'ONU.

Elle a notamment précisé que lors de la seule première semaine de janvier, dans l’est de Mossoul, au moins 683 personnes aveint été hospitalisées. Le 31 décembre, 817 personnes se trouvaient dans les hôpitaux de Mossoul.

 

Même si le gouvernement irakien et les militaires américains déclarent prendre des mesures préventives lors de leur offensive contre Daesh à Mossoul, les pertes civiles sont importantes, déplore encore Lise Grande. «De plus, les combattants de Daesh utilisent les civils comme boucliers humains. On leur tire dessus lorsqu'ils essayent de quitter la ville, quand ils tentent de recevoir de la nourriture», signale-t-elle encore.

 

D’après les estimations de l’ONU, au moins 750 000 personnes se trouvent toujours sur le territoire contrôlé par les terroristes dans l’ouest de la ville. Quelque 450 000 autres se trouvent à l'est de la localité. «Nous ne sommes pas sûrs à 100% mais la partie est de la ville peut être bloquée un jour. Et si cela arrive, les conséquences seront épouvantables», a averti la coordinatrice des opérations humanitaires de l'ONU en Irak.

Précédemment, le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, avait déclaré que cette opération à Mossoul avait déjà contraint un grand nombre d'habitants à se déplacer compte tenu de la situation humanitaire «difficile à plusieurs égards» car la «reconstruction des villages ainsi que le déminage du territoire prendront beaucoup de temps».

L’opération terrestre de libération de Mossoul a été initiée le 17 octobre par les forces gouvernementales irakiennes, des militants chiites et des combattants kurdes Peshmerga. La coalition dirigée par les Etats-Unis, quant à elle, leur fournit un soutien aérien. 

 

 

Vengeance et pétrole : «La guerre en Irak était la solution pour éviter d'instaurer une démocratie»

 

11 Janvier 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview de Subhi Toma (revue de presse : RT en français – 30/12/16)*

RT France : Vous étiez militant irakien de gauche et un opposant à Saddam Hussein. Vous avez été emprisonné à ce titre. Plus tard, après votre arrivée en France, vous vous êtes néanmoins mis à militer contre les embargos et contre l'intervention américaine en Irak. Que représentait Saddam Hussein pour vous?

Subhi Toma (S. T.) : Je me suis engagé contre l'arrivée au pouvoir de Saddam Hussein et du parti Baas dès le premier jour. Je m'y opposais car Saddam Hussein s'appuyait sur les forces armées pour régler les problèmes politiques. Saddam Hussein était d'ailleurs assez connu en Irak pour être quelqu'un de violent qui n'hésitait pas à recourir à la force. Nous étions dans les années 1968 et ma génération avait d'autres aspirations pour l'Irak. On souhaitait sortir de l'infernal cycle de coups d'Etat qui propageait une violence aveugle dans le pays. Nous avons alors organisé des grèves dans le milieu universitaire et syndical pour nous opposer à lui. C'est dans ce contexte que j'ai été emprisonné un an dans la prison célèbre à l'époque qu'on appelait le «palais de la fin» et où beaucoup de militants sont morts. Après ma libération, j'ai quitté l'Irak où je ne pouvais plus étudier ou avoir d'activité professionnelle. Je suis alors arrivé à Paris et je me suis occupé de l'association des étudiants irakiens de l'opposition en France. J'ai failli être arrêté dans l'ambassade irakienne en France. Ils ont fini par m'enlever mon passeport. Je n'avais plus la possibilité d'aller en Irak. En 1991, lorsque l'Irak a envahi le Koweït, j'ai commencé à militer contre l'embargo total décidé par la résolution de l'ONU. Je me suis senti concerné car je savais que cette décision allait surtout toucher les catégories d'Irakiens les plus fragiles : les pauvres, les enfants, les vieillards... J'ai voulu essayer de sensibiliser le monde au sort de cette population avec l’association «La coordination pour la levée de l'embargo imposé à l'Irak».

« Je considérais que ce choix de renverser Saddam Hussein ou non devait revenir aux Irakiens eux-mêmes. »

Durant plusieurs années, cette association a joué un rôle important auprès de la communauté internationale et m'a permis de me rendre en Irak dans le cadre d'une délégation européenne pour l'évaluation des besoins de populations souffrant de l'embargo. Lors de cette visite, les autorités irakiennes se sont montrées plutôt intéressées par notre action, même s'il s'agissait de personnes de l'opposition comme moi. Mais, à mes yeux, tout cela n'avait rien à voir avec le destin de Saddam Hussein, ni avec sa survie ou sa chute. Ce qui comptait pour moi, c'était le peuple irakien. Or, il n'a plus eu de pouvoir sur le sort de Saddam Hussein à la seconde où la communauté internationale et les pays les plus puissants du monde ont déclenché la guerre. Saddam Hussein ne pouvait plus être renversé par quelqu'un d'autre que ces grandes puissances. En tant qu'Irakien, je considérais que ce choix devait revenir aux citoyens eux-mêmes.

«George W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu'il était la raison qui avait empêché la réélection de son père »

RT France : Etait-ce aussi pour vous une erreur que de renverser le régime de Saddam Hussein ? Quelle solution aurait-été préférable ?

S. T. : Tous ceux qui ont participé à la guerre, en partant des responsables américains et britanniques, considèrent aujourd'hui qu'ils ont commis une erreur fatale en la déclenchant. Tony Blair a été contraint de présenter ses excuses au peuple irakien. Même s'il défend ce qu'il a fait, il a reconnu que cette guerre mal préparée a eu pour résultat de propager le terrorisme à l'échelle planétaire. L'ex-secrétaire de la Défense américain et l'ex-responsable de la CIA le reconnaissent aussi. De mon côté, je m'y suis opposé immédiatement par le biais de comités anti-guerre et du collectif d'intellectuels européens et américains «Pas en notre nom». Là aussi notre propos n'était pas de savoir s'il fallait faire avec ou sans Saddam Hussein, mais de dire que leur guerre entraînerait l'apparition d'un chaos généralisé. Pourquoi ont-ils été aussi pressés de faire cette guerre ? De renverser Saddam Hussein ? Ils étaient aveuglés par d'autres motivations. George W. Bush avait une haine viscérale contre Saddam Hussein car il considérait qu'il était la raison qui avait empêché la réélection de son père à la présidence. Il a donc tout fait pour aller punir l'Irak.

« C'est une parfaite imbécillité que de s'imaginer qu'on peut par la violence, en tuant un peuple signer des contrats pétroliers »

Il y avait aussi des considérations économiques et géostratégiques : la possibilité de maîtriser 80% de la production du pétrole du Moyen-Orient. Cette mainmise était vitale pour la communauté internationale. Le complexe militaro-industriel américain était intéressé par le résultat de la guerre et les perspectives de nouveaux contrats de construction et d'armement dans un pays totalement détruit. Cela s'est vu dès la première année de guerre lorsque le contrôle des concessions d'exploitation des gisements de pétrole a été placé sous la tutelle des grands groupes pétroliers américains, retirant au peuple irakien la maîtrise de cette richesse. Si la communauté internationale avait été sincère et fidèle à ses valeurs, elle aurait dû utiliser d'autres moyens. Elle aurait dû aider les véritables démocrates irakiens pour qu'ils soient eux-mêmes capables de changer leur gouvernement. Mais ils ont choisi cette solution pour éviter d'instaurer une démocratie en Irak. Selon moi, le pétrole et la démocratie sont incompatibles. On ne peut pas gérer l'exploitation de pétrole de manière parfaitement démocratique et transparente. Leur objectif était motivé par de la pure vengeance contre Saddam Hussein et l'envie de s'accaparer la richesse du pays. Ils étaient convaincus que c'était la seule solution. Pour moi, c'est une parfaite imbécillité que de s'imaginer qu'on peut par la violence et en tuant un peuple signer des contrats pétroliers. En démantelant l'Etat irakien, ils ont menacé non seulement le peuple irakien, mais aussi le peuple européen, car de cette guerre a résulté une grande partie des tragédies que l'Europe a connues.

« C'est donc un fonctionnaire de George W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens »

RT France : Treize ans après l'intervention américaine, dix ans après la mort de Saddam Hussein, l'Irak est toujours dans une situation chaotique. Vous qui êtes originaire de Mossoul, vous connaissez les dégâts de Daesh dans cette ville. Que faut-il faire pour sortir de cette crise à la fois politique et confessionnelle ?

S. T. : Personne n'avait préparé la suite. Personne ne la prépare aujourd'hui. Après la guerre, lorsqu'on était amené à réfléchir sur le destin de l'Irak, je pensais que pour trouver une issue plus pacifiée à l'Irak, la communauté internationale allait prendre ses responsabilités. Il incombait au Conseil de sécurité et à l'ONU, avec des intentions sincères, d'organiser les discussions et pourparlers autour du processus démocratique de sortie de crise. Il fallait mettre en place un projet de reconstruction du pays en compagnie de l'ensemble des factions et communautés du pays. Les Américains n'ont pas voulu de cette solution et ont choisi de nommer une sorte de «proconsul de l'empire» Paul Bremer. C'est donc un fonctionnaire de George W. Bush qui a décidé du sort des Irakiens. Le résultat a donné cette guerre confessionnelle que l'on connait encore aujourd'hui.

« Les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh »

Mossoul est symptomatique de ce choix de ne rien préparer. Aujourd'hui, les responsables américains déclarent que la lutte contre Daesh à Mossoul prendra six mois, voire peut-être 24, parce qu'ils n'étaient pas assez préparés, n'avaient pas pris en compte l'après libération de Mossoul. Ils n'ont toujours rien prévu pour le destin de cette ville à la fin de l'offensive. Tout cela nous indique quand même que les Américains ne semblent pas très pressés de chasser Daesh. Daesh est devenu un instrument supplémentaire de manipulation et de domination de la région. On peut utiliser Daesh contre ses voisins. Les terroristes étaient indispensables à leur arrivée à Mossoul car les Etats-Unis négociaient fermement avec l'Iran leur accord sur le nucléaire. Daesh pouvait être une menace éventuelle contre Téhéran. C'est devenu un instrument comme un autre dans la guerre politique américaine. Il faudra voir maintenant ce que fera Donald Trump. Il a promis lors de sa campagne qu'il mettrait en place un plan de libération de Mossoul et Raqqa dès le premier mois de son mandat. Attendons de voir cela.

« Le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix »

RT France : Etes-vous optimiste pour l'avenir de votre pays ?

S. T. : Malheureusement non. Ce qui est certain c'est que la coalition internationale arrivera à chasser Daesh. Mais depuis treize ans, le tissu social a été tellement abimé et l'Etat totalement démantelé. Je ne vois pas dans leur plan comment les problèmes des différentes communautés et minorités vont être réglés. Ce que le peuple yézidi a subi, ce que les petites communautés ont vécu ne sera pas oublié. Tous les groupes religieux ne pourront pas être appelés à revivre ensemble en un instant à la seconde où Daesh sera chassé. Il reste des questions importantes à régler : quel sera l'avenir des Kurdes ? Que deviendront les communautés qui ont été chassées de leurs terres ? Je ne suis pas très optimiste. Si leur projet s'avère être celui de la partition de l'Irak en trois ou quatre états – un Etat kurde, un sunnite, un chiite – la situation s'aggravera. Cela pourrait déclencher des conflits supplémentaires avec les pays voisins. Je pense que le temps est encore long avant que nous ne connaissions une véritable paix.

Subhi Toma est spécialiste du Moyen-Orient. Ancien opposant au régime baasiste, il a milité au sein de nombreux comités anti-guerre en Irak, en France et en Europe.

Source : RT en français.

«C’est une honte que les Américains ne soient pas arrivés à libérer Mossoul»

 

10 janv. 2017

Des personnes déplacées quittent Mossoul, décembre 2016.

Le commandement américain fait traîner à dessein l'opération de libération de Mossoul afin de nuire au président élu Donald Trump, estime le politologue Bassam Tahhan, qui met en garde contre la dispersion de Daesh vers d'autres régions.

Bassam Tahhan est un politologue franco-syrien, spécialiste des questions internationales, un islamologue et un professeur de lettres arabes.

RT France : La situation à Alep commence à s'améliorer alors qu'à Mossoul les opérations se poursuivent sans qu'on n'en voie la fin. Ces batailles sont-elles comparables ?

Bassam Tahhan (B. T.) : La Russie a terminé la bataille d’Alep assez rapidement alors qu’à Mossoul, selon les dires de François Hollande, il reste encore des semaines, voire des mois de combats. On se demande comment la coalition internationale avec l’aide de l’armée irakienne, des volontaires et de plusieurs pays qui participent aux bombardements aériens n’arrive pas à libérer Mossoul.

Pendant la bataille d’Alep, il y a eu une campagne mensongère sur des massacres commis à Alep et une fois la bataille conclue, on s’est rendu compte que ceux qui avaient commis les massacres étaient les terroristes qu’on a évacués. C’est l’Occident qui a fait des pieds et des mains pour les évacuer. Le responsable des négociations pour les terroristes concernant Alep lui-même a dit que les différents groupes djihadistes n’étaient pas d’accord entre eux, se disputaient les provisions et donnaient cet argument pour expliquer leur défaite à Alep.

RT France : A Mossoul, quel est le problème principal ?

B.T. : C’est que les Américains imposent toujours leur diktat, leurs ordres et consignes au Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, ou au chef des armées irakiennes. En attendant, les Américains ont permis à beaucoup de combattants de Daesh de quitter Mossoul par le côté ouest afin de rejoindre les villes syriennes de Deir ez-Zor et de Raqqa. L’attaque contre Palmyre s’est faite avec l’aide de combattants de Daesh venus de Mossoul. Les Irakiens et leurs alliés, dans la bataille de Mossoul, ne sont pas maîtres du jeu.

D’ailleurs, il faut rappeler que quand Haïder al-Abadi a vu que la libération de Mossoul traînait, il y a un an, il a menacé les Américains de faire appel à la Russie pour libérer la ville. Cela a été un grand affront pour les Américains.

Mossoul est aussi une ville à majorité sunnite. De grandes parties de sa population ont probablement soutenu Daesh au début. Actuellement, la population est plus partagée. Certains se sont rendus compte de leurs erreurs, d’autres, qui ont fait des compromis avec les djihadistes de Mossoul, ne savent plus quoi faire. Cela explique le nombre de quartiers, de maisons, de matériel électroménager miné pour empêcher l’avancée des troupes irakiennes et éventuellement le retour de ceux qui ont fui.

Les Américains veulent causer des problèmes à Donald Trump parce qu’ils voient qu’il s’entend avec la Russie, qu'il veut lutter contre le terrorisme

RT France : Pourquoi les forces de la coalition ne parviennent pas à libérer Mossoul ?

B.T. : C’est quand même une honte que les Américains avec toute leur puissance ne soient pas arrivés à libérer Mossoul, alors que c’était une bataille plus facile que celle d’Alep. Cela montre que les Américains veulent causer des problèmes à Donald Trump parce qu’ils voient qu’il s’entend avec la Russie, qu'il veut lutter contre le terrorisme. C’est une fin de règne dramatique et tragique pour les populations locales, mais en même temps qui montre une décadence des Etats-Unis. Nous sommes là à un tournant décisif de l’histoire : le monde unipolaire et commandé par les Etats-Unis est révolu.

Rien qu’à voir le changement de ton dans les médias concernant le problème syrien et le président Assad. Hier encore, il a parlé avec les médias français, chose qui n’était pas autorisée auparavant. Nous sommes à nouveau dans un monde bipolaire et tant mieux pour le monde entier.

Plus la libération de Mossoul traîne, plus on donne la chance aux combattants de Daesh d’attaquer ailleurs en Irak

RT France : Vous pensez que le commandement américain fait exprès de faire traîner l’opération à Mossoul pour saboter l'arrivée au pouvoir de Donald Trump ?

B.T. : Exactement. Plus la libération de Mossoul traîne, plus on donne la chance aux combattants de Daesh d’attaquer ailleurs en Irak. Regardez, par exemple, tous les attentats à Bagdad, regardez comment Daesh s’est attaqué à d’autres villes. En même temps, ce temps de flottement peut favoriser la fuite de Daesh vers la Syrie. C’est le rêve américain que cette force de Daesh ne soit pas massacrée par la coalition mais qu’elle aille se battre contre les Russes et l’armée syrienne.

Evidemment, ils ont fait quelques opérations commando à Deir-ez-Zor pour assassiner quelques chefs mais on se demande pourquoi ils ne l’ont pas fait avant ? C’est tout simplement pour cacher par ailleurs tout ce qu’ils organisent contre l’armée syrienne et les Russes en Syrie, l’attitude ambiguë envers les Kurdes et la Turquie – tout cela donnera du fil à retordre à Donald Trump une fois qu'il sera au pouvoir.

On voit que les alliés des Américains dans la région sont en train de perdre

Barack Obama fait tout son possible pour faire échouer les premiers mois de gouvernance de Trump. Cependant, on voit que les alliés des Américains dans la région sont en train de perdre parce que ni le Qatar, ni le Royaume saoudien, ni les Emirats ou le Koweït ne sont dans une bonne position pour aider le sunnisme ultra-orthodoxe dont ils redoutent un retournement contre eux. Une fois la guerre en Syrie terminée, le printemps arabe va frapper le Royaume saoudien et les monarchies pétrolières.  

Le chef d'Al-Qaïda accuse le leader de Daesh de «mensonges»

 

6 janv. 2017

Ayman al-Zawahiri a accusé le 5 janvier le chef de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, de mentir au sujet de la lutte djihadiste que mène Al-Qaïda. Il a également appelé une nouvelle fois ses partisans à combattre les Etats-Unis et les chiites.

Dans un message audio cité et traduit en anglais par le centre américain de surveillance des sites djihadistes (SITE), l'Egyptien Ayman al-Zawahiri, leader d'Al-Qaïda, s'en prend à la «campagne de déformation des faits, de peur et d'intimidation [...] à laquelle a malheureusement participé Ibrahim al-Badri [Abou Bakr al-Baghdadi, le leader de l'Etat islamique]».

«Il [Al-Baghdadi] a proféré des mensonges sur nous, prétendant que nous ne dénonçons pas la tyrannie [...] et que nous louons [l'ancien président égyptien déchu] Mohamed Morsi [...]», proteste Ayman al-Zawahiri, selon la transcription anglaise de son message.

Il dénonce également le fait qu'Al-Baghdadi aurait accusé Al-Qaïda d'appeler les chrétiens à être des partenaires : «Ce que j'ai dit, c'est qu'ils sont des partenaires dans des domaines tels que la terre, l'agriculture, le commerce et l'argent, et dans cette mesure nous préservons leur vie privée conformément à la charia.»

 

«Nous ne sommes pas infaillibles, nous sommes des êtres humains, nous vivons des victoires et des échecs. Nous devons écouter les conseils», a admis al-Zawahiri, tout en rejetant les allégations d'Al-Baghdadi à propos d'Al-Qaïda.

 «Ce que nous [les membres d'Al-Qaïda] voulons, c'est créer et gérer un dialogue entre ceux qui œuvrent pour l'Islam, les combattants du djihad à leur avant-garde, autour de la meilleure méthode et des techniques les plus sages pour apporter la victoire finale à la religion islamique», a-t-il déclaré.

Le chef d'Al-Qaïda, qui a succédé à Oussama Ben Laden après que ce dernier a été tué par un commando américain au Pakistan en mai 2011, conteste aussi les allégations d'Abou Bakr al-Baghdadi accusant son organisation de ne pas combattre les musulmans chiites.

«Dans l'un de mes discours [...] j'ai donné l'ordre par écrit d'attaquer les forces militaires, de police et de sécurité irakiennes, qui sont pour la plupart chiites, ainsi que les miliciens chiites», argumente ainsi Ayman al-Zawahiri.

Enfin, l'homme s'en prend une nouvelle fois à l'Amérique: «Nous appelons les moudjahidine [...] à faire du djihad contre l'Amérique et ses alliés leur priorité où qu'ils puissent agir [...] Dites à l'Amérique, que nous ne nous agenouillons que devant Allah, devant autre qu'Allah nous ne nous agenouillons pas.»

Les deux organisations considérées comme «terroristes», l'Etat islamique et Al-Qaïda, sont des groupes rivaux aux tactiques et aux stratégies djihadistes différentes, notamment dans les attaques menées en Syrie, en Irak ou au Yémen.

Longtemps numéro deux d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri a été propulsé à la tête du groupe en 2011. Mais son règne a été marqué par un déclin important de l'organisation, tandis que l'Etat islamique a suivi une trajectoire inverse, conquérant de vastes territoires en Irak et en Syrie et multipliant les attentats dans le monde.

 

L'une des dernières apparitions en public d'Ayman al-Zawahiri remonte à juillet 2015. Des experts estiment qu'il vit reclus dans la zone frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan. L'étendue de son influence réelle sur Al-Qaïda est difficile à évaluer.

«La mort de Saddam Hussein a été planifiée au lendemain du 9/11», affirme un ancien membre de la CIA

 

6 janv. 2017

Dans une interview à la BBC, un ancien membre de la CIA qui travaillait en tant qu'interrogateur lors de la capture de Saddam Hussein a vivement critiqué l’intervention américaine en Irak, soutenant que cette guerre n'était absolument pas justifiée.

«Vous savez, ils avaient déjà tout manigancé depuis longtemps. Et juste après le 11 septembre, c'est là qu'ils ont signés l'arrêt de mort de Saddam Hussein.»

Tels ont été les mots de John Nixon, ancien agent de la CIA qui a notamment pris part à l'interrogatoire de Saddam Hussein après sa capture en 2003.

 

S'exprimant dans l'émission 4's Today Programme, sur la BBC, à propos des premiers jours du mandat de l'administration George W. Bush, l'ancien agent de la CIA a ajouté : «Nous avons eu l'impression qu'ils [l'administration Bush] considéraient l'Irak comme un "travail inachevé [...]. Nous n'avons pas vraiment compris ce que "travail inachevé" signifiait, mais nous savions que quelque chose se préparait.»

Saddam Hussein's death warrant signed 'on day one' after 9/11, former CIA analyst reveals

George W Bush's administration saw Iraq as "unfinished business" and had their "minds made up from day one," a former CIA analyst has said. John Nixon, who questioned Saddam Hussein after he was...

independent.co.uk

 

John Nixon a également affirmé que lors de son interrogatoire avec Saddam Hussein, il avait très vite compris que ce dernier n'avait développé aucune arme de destruction massive que ce soit.

Toutes les choses que nous avons voulu apporter à l'Irak se sont effondrées les unes après les autres

Il s'est aussi prononcé contre la guerre en Irak à maintes reprises, affirmant que les Etats-Unis avaient commis une très grave erreur au sujet de l'intervention et que l'exécution de Saddam Hussein était «la dernière goutte qui a anéanti toute justification de cette guerre». 

 

L'exécution de ce dernier a été selon lui comme une sorte de tribunal populaire, ajoutant que le chef d'Etat irakien était «la personne la plus digne dans la pièce». 

CIA agent who grilled Saddam Hussein says US was wrong about him

In his book, Debriefing The President: The Interrogation Of Saddam Hussein, CIA analyst John Nixon says the ruthless dictator of Iraq, 'turned our assumptions upside down'.

dailymail.co.uk

 

Saddam Hussein a été exécuté en 2006, trois ans après avoir été capturé près de sa ville natale de Tikrit.

Commentant la vidéo de l'exécution, il a ajouté : «J'ai été terrifié, choqué, dégoûte par cette vidéo.»

«Nous sommes allés en Irak pour trouver des armes de destruction massive, pour aider à reconstruire l'Irak, pour établir un état de droit, pour donner au peuple irakien la démocratie. Et toutes ces choses se sont effondrées les unes après les autres», a conclu John Nixon. 

John Nixon publie ses mémoires dans les jours à venir, Debriefing The President : The Interrogation Of Saddam Hussein, dans lesquelles il revient notamment sur l'interrogatoire de Saddam Hussein, un des plus marquants de sa carrière. 

Mossoul ne sera pas libérée avant deux ans

 

6 Janvier 2017 

Maytham al-Zaïri, superviseur général de la mobilisation populaire irakienne

Dossier Mossoul, par Sputnik (revue de presse: 5/1/17)*

 

À en croire un superviseur général de la mobilisation populaire irakienne, interviewé par Sputnik, il est indispensable de présenter un front uni contre les djihadistes pour libérer la ville de Mossoul, ce qui pourrait d’ailleurs durer plus longtemps que prévu.

 

Dans une interview accordée à Sputnik, Maytham al-Zaïri — superviseur général de la mobilisation populaire irakienne, communément appelée«milice chiite » par les médias mainstream — explique pourquoi la bataille de Mossoul sera plus longue que ne le prévoyait la coalition internationale.

 

En guise de préambule, le superviseur a rappelé que la dénomination « milice chiite » était erronée à bien des égards, la mobilisation populaire partageant les mêmes objectifs que le reste du monde et participant à une guerre unie contre le terrorisme et l'organisation terroriste État islamique (EI, Daech).

 

« Les milices luttent contre les gouvernements, contrairement à nous qui luttons aux côtés des forces gouvernementales », a-t-il expliqué.

 

Concernant l'opération de libération de Mossoul, M. Zaïri a particulièrement insisté sur la nécessité de présenter un front uni contre les djihadistes qui y avaient pris leurs quartiers :

 

« Je ne pense pas qu'à elle seule l'armée irakienne soit capable de libérer la ville de Mossoul, malgré ses grandes qualités. Ainsi, elle a besoin du soutien de tous, que ce soit la mobilisation populaire ou les Peshmergas kurdes. La résolution du conflit ne peut passer que par des forces irakiennes. »

 

Le superviseur a également touché à la question épineuse d'une coopération avec la coalition internationale sous la houlette des États-Unis et souligné que la mobilisation populaire ne disposait pas de « relations directes avec aucune entité étrangère » et ne traitait qu'avec le gouvernement irakien.

 

Et de conclure : « Je suis persuadé que nous vaincrons. Nous avons tout ce qu'il faut pour cela. Cependant, nous avons besoin d'une longue période. Il ne faut pas écouter ceux qui disent que la victoire est pour bientôt. Nous espérons que la bataille contre Daech ne s'étendra pas au-delà de 2018. »

 


*Source : 
Sputnik

Bagdad : neuf personnes tuées dans un attentat à la voiture piégée (VIDEO)

 

5 janv. 2017

© Capture d'écran du compte Twitter @AbangPoltak

Une voiture piégée a explosé près d'une mosquée à Bagdad

Une voiture piégée a explosé aux abords d'une mosquée de la banlieue est de Bagdad, en faisant six morts et 15 blessés. L'attentat n'a pas encore été revendiqué.

 

Une explosion s'est produite dans le quartier majoritairement chiite d'Al Obaïdi près d’une mosquée. D’après le bilan des services médicaux, au moins neuf personnes ont été tuées, plus de 15 blessées.

Cette attaque s'ajoute à celles qui se sont produites de la semaine dernière en Irak, lors desquelles quelque 60 personnes ont trouvé la mort. La majorité de ces attentats ont été revendiqués par les terroristes de Daesh qui perdent de plus en plus le contrôle de Mossoul, leur ancien plus grand fief en Irak.

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REPORTAGE

 

Les forces irakiennes sont

 

à la peine dans le bourbier

 

de Mossoul

PAR JÉRÉMY ANDRÉ

Entamée en fanfare, l’offensive contre l’État islamique est désormais embourbée dans l’immensité de la deuxième ville d’Irak, où les victimes civiles et les pertes militaires s’accumulent. L’accès des journalistes étrangers a été drastiquement restreint, tandis que les soldats américains sont de plus en plus présents au sol.

Région de Mossoul (Irak), envoyé spécial.–  Un président ne devrait pas dire ça. Ce lundi 2 janvier 2017, François Hollande a donné quelques mois aux troupes irakiennes pour finir le travail à Mossoul. « Nous pourrions atteindre cet objectif, autant qu'il sera possible, au printemps, en tout cas avant l’été », a-t-il promis lors de sa visite à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, espérait éliminer l’État islamique avant la fin de l’année 2016. Il a été forcé, le 27 décembre, de reconnaître qu’il ne tiendrait pas parole, assurant désormais qu’il ne faudrait plus que trois mois avant la victoire finale. En évoquant l’été 2017, François Hollande admet que la prédiction du gouvernement irakien est encore trop optimiste.

 

Cette déclaration, aussi vague soit-elle, aborde un sujet ultrasensible en Irak. Après un début de bataille où le ban et l’arrière-ban de la presse internationale étaient invités à observer de près la percée des forces irakiennes, les journalistes étrangers ont été interdits d’accès à Mossoul tout le mois de décembre. Impossible de franchir le point de contrôle des forces spéciales irakiennes devant Bartella, banlieue chrétienne à l’est de l’agglomération, du 3 décembre à la veille de Noël. « C’est un ordre des plus hautes autorités », expliquaient les officiers, invoquant une décision du premier ministre.

Des membres des forces spéciales irakiennes aux abords de Bartella, à l'est de Mossoul, le 19 octobre 2016. © REUTERS/Azad Lashkari

 

À l’occasion de la dernière offensive, des médias triés sur le volet ont retrouvé un accès limité aux zones de combat. L’annonce avait été retardée de plusieurs jours. Mercredi 28 décembre, le major-général Najim al-Jibouri, chef des opérations dans la province de Ninive, a enfin pu lancer ses troupes dans « la seconde phase de l’opération visant à libérer Mossoul ». La formule cache en fait une profonde remise en cause de l’ordre de bataille, pour débloquer la situation et précipiter la chute de la partie est de la ville.

Il aura fallu près de deux mois aux Irakiens pour réviser leur stratégie. Pourtant, dès les premiers jours de la bataille, les officiers de terrain dénonçaient l’absurdité des ordres. Mi-octobre, les forces irakiennes s’élançaient dans la plaine de Ninive avec une confiance étonnante, deux ans après s’être effondrées face aux combattants de l’EI. Pour les vétérans du bataillon de Mossoul, cette bataille ne serait par exemple jamais pire que celle de Baiji, ville sur la route de Bagdad où, encerclés au printemps 2016, ils avaient perdu 35 hommes.

Avant la guerre, cette unité de la fameuse Division d’or, surnom des services antiterroristes irakiens (Iraqi Counter-Terrorism Services, ICTS, en anglais, aussi appelés Iraqi Special-Operation Forces, Isof), était basée dans la deuxième ville d’Irak. Au petit matin du premier jour de novembre, la colonne d’une vingtaine de blindés du lieutenant-colonel Muntadhar al-Shammari se mettait en ordre de marche, prête à fondre sur la zone industrielle entre Bazwaya et Gogjali, les faubourgs à l’entrée est de l’agglomération.

Cette cavalerie blindée avait remonté patiemment depuis Bagdad jusqu’à la grande ville du Nord. C’était la dernière fois qu’elle manœuvrait à son aise. Les combattants de l’organisation s’étaient repliés et, dès le 2 novembre, le major Salam, l’officier star de la Division d’or, clamait avoir mis le pied dans Mossoul.

«Nous aurions préféré que les gens quittent la ville»

Dans les jours qui suivirent, le combat allait radicalement changer. Vendredi 4 novembre, le premier jour d’assaut à l’intérieur de Mossoul tournait déjà au fiasco. Les hommes de Muntadhar devaient abandonner le terrain gagné dans le quartier d’Al-Quds, pour effectuer une mission de sauvetage. Un autre bataillon était pris au piège à trois kilomètres à l’intérieur de la ville, avec une équipe de journalistes dont certains de la chaîne américaine CNN. « J’y serais allé quoi qu’il arrive pour sauver mes amis », assurait le lieutenant-colonel dans les jours suivants. « Mais le commandant en chef [le premier ministre Haider al-Abadi – ndlr] m’a appelé et m’a dit de sortir CNN de là. »

Les jours suivants, le bataillon de Mossoul renonçait à opérer une percée et s’installait donc dans le quartier de Samah, des pâtés d’habitations clairsemées à la limite est de la ville. Et découvrait l’ampleur du défi : face à eux, un océan de petites ruelles ; dans chaque maison, des familles entassées et affamées ; et au milieu de ça, l’État islamique qui les harcèlerait avec ses snipers, de petites escouades et surtout ses véhicules piégés. « Le niveau des frappes aériennes est beaucoup plus bas qu’auparavant », regrettait surtout le commandant de l’unité.

Le matin du 8 novembre, les hommes de Muntadhar avait capturé une de ces voitures couvertes de blindages artisanaux et remplies de TNT. Les soldats avaient averti les maisons voisines, évacuant les familles trop proches. Le tank de l’unité avait tiré dessus, faisant détoner la charge. L’explosion montait à plusieurs dizaines de mètres, ébranlait les murs des constructions voisines, projetait d’énormes éclats à plusieurs centaines de mètres. Un civil resté dans la rue à observer était légèrement blessé. Le lieutenant-colonel Muntadhar, d’un regard de mauvais garçon, dédaignait les plaintes des habitants en panique.

 

« Du point de vue de la stratégie militaire, nous aurions préféré que les gens quittent la ville, pour être libres de frapper nos cibles », maugréait-il dans sa base. Le plan de bataille plongeait l’officier dans le doute. La mission des forces spéciales irakiennes était de s’avancer aussi profondément que possible dans la ville, sur un seul axe, depuis l’entrée est. Dans le même temps, la 9e et la 16 e division de l’armée irakienne étaient supposées pénétrer Mossoul respectivement par le sud-est et par le nord. Or, aucune des deux n’en semblait capable. Elles restaient, et resteront deux mois durant, à la frange de la ville, ne parvenant pas à s’y ancrer solidement.

Un habitant blessé lors de combats contre l'Etat islamique est pris en charge par des soldats irakiens, le 13 novembre 2016, dans le quartier de Samah, à l'est de Mossoul.

La semaine suivante, le 12 novembre, l’unité de Muntadhar avait avancé dans les quartiers de Saddam et de Bakr, un à deux kilomètres plus à l’est. Devant leur base avancée – une maison de cheikh décorée de vases chinois –, des vagues ininterrompues de civils fuyant la zone de combat se faufilaient, enfants en tête agitant des drapeaux blancs. « Nous avons imposé des restrictions aux mouvements à cause des opérations en cours », assurait pourtant le commandant, dont la moustache toujours finement taillée était bordée d’une barbe de trois jours. « Désormais, ce sont des quartiers interconnectés, remplis de civils. L’État islamique se cache dans des mosquées, des églises, ou sur les toits de maisons habitées. De loin, il est très difficile de faire la différence entre ses combattants et les civils. »

La Division d’or a continué ainsi tout le mois de novembre à s’user pour résoudre cette équation impossible. Le total des pertes des forces spéciales irakiennes, les plus exposées au combat dans Mossoul, reste inconnu, le commandement se refusant à communiquer un chiffre.

L’Onu a d’ailleurs provoqué la colère des Irakiens en affirmant, début décembre, que 1 959 membres des forces irakiennes avaient été tués au cours du mois de novembre. Sous la pression des Irakiens, les humanitaires ont reconnu que « ce chiffre était largement non vérifié ». Pour ceux qui ont pu se rendre sur le terrain, il n’est effectivement pas réaliste. L’unité de Muntadhar n’a par exemple perdu que trois hommes dans la même période. Cependant, plus de 120 de ses hommes ont été blessés, d’après un de ses soldats, dont une vingtaine ont été amputés.

Le plus lourd tribut a cependant été payé par les civils. Malgré la décision de limiter autant que possible l’exode, 115 000 personnes ont été déplacées avant la fin décembre. Entre le 17 octobre et début décembre, plus de 1 600 ont été hospitalisées à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, à 80 km à l’est. « Ce n'est que la partie émergée de l’iceberg », avertit l’OMS, la plupart des blessés n’étant pas pris en charge par les hôpitaux dont sont issues ces statistiques. Plus inquiétant encore, après la mise en place de la restriction de l’accès des médias internationaux début décembre, l’Onu notait que le nombre de blessés civils avait grimpé en une semaine de 30 %. À l’abri des caméras étrangères, les forces irakiennes se montraient moins délicates.

 

« Dans les quartiers populaires, nous ressentons l’hostilité de la population »

Le 6 décembre 2016 à Mossoul. © REUTERS/Ahmed Jadallah

Le 6 décembre, la 9e division blindée a tenté une première fois de relancer la bataille. Elle s’est enfoncée de 3 km sur l’axe sud-est, et s’est barricadée dans l’hôpital Salam, le principal sur la rive est, déserté par les équipes médicales depuis le 3 novembre. Cette offensive éclair a cependant tourné au fiasco quand, en fin de journée, six voitures piégées ont foncé sur les positions irakiennes simultanément. La voie de repli n’ayant pas été suffisamment sécurisée, une centaine de soldats irakiens se sont retrouvés piégés. L’équipe de Muntadhar a encore une fois été chargée de la mission de sauvetage. Abandonné à l’ennemi, l’hôpital a été ensuite en partie détruit par des frappes.

D’après un infirmier militaire, 27 soldats de la 9e sont morts, une quarantaine ont été blessés. Plusieurs autres ont disparu, probablement capturés par l’EI. Le 10 décembre, le commandement a admis pour la première fois des « difficultés » dans un communiqué annonçant l’envoi de renforts sur ce front est. Les jours suivants, les routes de la plaine de Ninive ont été balayées par les colonnes de renforts de l’armée, de la police fédérale, mais aussi de troupes américaines.

Vendredi 23 décembre, le lieutenant-colonel Muntadhar, avec son écharpe quadrillée et son uniforme au camouflage brun, sort d’un immeuble de Bartella, qui sert toujours de quartier général à la Division d’or. Tous les autres, son supérieur, le colonel d’état-major Falah, grand, fin et élégant, et les autres commandants de bataillon, sont en uniformes noirs, et évitent soigneusement la boue et les flaques en longeant les murs. Deux soldats américains, reconnaissables entre mille malgré leur drapeau irakien scratché à l’épaule, entrent dans la maison voisine, où ils ont leurs quartiers. Falah donne les derniers ordres à l’état-major : « Préparez les drones d’observation pour l’assaut ! » Puis il se retire dans sa chambre, allume une cigarette et zappe sur sa petite télévision avant de s’arrêter sur BeIn sport.

C’est un secret de polichinelle, le lendemain, les forces irakiennes sont enfin censées lancer la grande offensive sur plusieurs fronts qui débloquera la situation. Officiellement, tout se déroule comme prévu, et il est encore des officiers pour clamer qu’ils sont « en avance sur le calendrier ». Chaque jour, les communiqués irakiens énumèrent les nouveaux quartiers libérés, plus de 40 à les croire, soit 50 % de la rive est de la ville.

Fin décembre, certains quartiers en sont ainsi à leur troisième ou quatrième « libération » du mois. Une vingtaine sont en fait réellement contrôlés par les Irakiens, les autres sont des lignes de front mouvantes. Pour le colonel d’état-major Falah, trois semaines seront encore nécessaires pour atteindre le Tigre.

« Mossoul est une ville immense. Nous avons besoin de forces pour tenir le terrain conquis », réclame-t-il, d’un air peu convaincu. Pour lui, la nouvelle stratégie n’apporte pas un véritable changement. « Chaque fois que nous avançons, l’armée ou d’autres forces viennent prendre position. » Depuis le début de la bataille, l’ennemi reste le même et joue l’usure. « La seule nouvelle tactique de Daech, explique-t-il, ce sont des drones Phantom, qui transportent une grenade de 40 mm et la lâchent sur nos forces. »

Une nouvelle catastrophe a cependant montré, la veille, les failles du plan irakien. Trois voitures piégées ont explosé dans le marché du faubourg de Gogjali. 8 policiers fédéraux et 15 civils sont morts. Ce quartier, « libéré » dès le 1er novembre, paraissait pourtant à l’abri d’une telle attaque. D’après le colonel d’état-major Falah, les véhicules de l’EI seraient venus du district voisin d’Al-Quds, celui abandonné par Muntadhar près de deux mois plus tôt. Les flancs de la percée irakienne sont ainsi encore dégarnis à l’entrée de la ville. L’offensive du nouvel an aura comme premier succès la prise de cette poche d’Al-Quds.

Une pluie torrentielle tombe à la veille de Noël. Venu visiter les églises en ruine de Qaraqosh, autrefois la plus grande ville chrétienne d’Irak, à 25 km à l’est du centre de Mossoul, le major Firas ne décolère pas. Cet officier de la force d’intervention rapide du ministère de l’intérieur fait partie des fameux renforts, et était censé prendre d’assaut un quartier du sud-est de Mossoul. La météo a donné prétexte à un nouveau retard. « Les progrès de nos forces sont freinés sur instruction des Américains ! Ils nous considèrent comme des milices, contrairement aux forces spéciales, qu’ils accompagnent au sol et dans les airs. »

À quelques rues de là, la maison d’un notable est miraculeusement intacte dans cette cité chrétienne où un tiers des 6 000 maisons ont été incendiées. La police de la province de Ninive, dont Mossoul était autrefois la capitale, y a installé son quartier général. Depuis son imposant bureau, le colonel d’état-major Wathaq al-Hamdaniyah, directeur adjoint de cette police régionale, relativise l’attentat de l’avant-veille : « Ils avaient essayé d’attaquer 15 fois depuis la libération de Gogjali. La nouveauté, c’est d’avoir réussi à faire passer des voitures piégées. Et hier encore, ils ont tenté d’en envoyer deux ! »

Les événements ont été suivis d’une vague d’arrestations dans Gogjali même, 18 personnes ayant été capturées ou tuées par la police régionale. Melting-pot de minorités, cette banlieue était censée accueillir les forces irakiennes à bras ouverts. Elle s’est révélée aussi radicalisée que les villes et quartiers arabes sunnites. « À Qaraqosh et à Bartella, il n’y avait que des chrétiens et des Shabaks chiites, rappelle-t-il. Mais à Gogjali, il y a trop d’ingrédients : des Shabaks sunnites, des Kurdes, des Arabes… Les chefs de la tribu des Rashid, une importante tribu arabe qui soutient l’État islamique, y étaient installés. »

Dans les plans des Irakiens, ces zones de faubourg devaient poser peu de problèmes. Seuls les quartiers arabes plus denses du centre, en particulier sur la rive ouest, paraissaient devoir opposer une résistance farouche au gouvernement central, pas les quartiers périphériques. En fait, « les quartiers favorisés plus au centre accueillent les soldats avec du chocolat et des fleurs. Ce sont dans ces quartiers populaires extérieurs que nous ressentons le plus d’hostilité de la population », analyse le chef policier. « L’État islamique a construit une société dans laquelle un billet de 50 dollars est un rêve. Les jeunes hommes pouvaient gagner beaucoup d’argent en devenant combattant. Et les autres recevaient de plus petites sommes pour montrer leur soutien. Si j’ai bien appris quelque chose en travaillant dans l’antiterrorisme depuis 13 ans, c’est que le terrorisme se nourrit en recrutant de jeunes hommes pauvres et désœuvrés. »

Jérémy André est un journaliste indépendant basé depuis plusieurs mois à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Pour ce reportage, il s'est rendu à plusieurs reprises en décembre 2016 dans la région de Mossoul.

 

 

COMBATS PRES DU BARRAGE DE MOSSOUL: La vie d'un million et demi de personnes en jeu

 

4 Janvier 2017

La ville de Mossoul menacée de disparition définitive (revue de presse : Sputnik - 3/1/17)* 

L’opération de libération de la ville de Mossoul du joug de Daech se poursuit. Cependant, comme l’affirment des experts, un danger plus sérieux que les terroristes plane sur la ville – le risque de la destruction du barrage. Si ce scénario se confirme, la ville tout entière disparaîtra sous les eaux.

Soutenus par les États-Unis, les troupes irakiennes poursuivent leur offensive sur Mossoul, ville occupée par les terroristes de Daech. Toutefois, les experts craignent que l'opération de libération de la ville n'engendre un problème extrêmement grave qui risque d'anéantir la ville toute entière.

Il s'agit du barrage de Mossoul, le plus grand d'Irak, dont l'état laisse d'ores et déjà à désirer. Actuellement, les combats pour son contrôle battent leur plein. L'offensive pourrait déboucher sur sa destruction, ce qui aurait des conséquences néfastes pour le pays dans son ensemble.

Quatrième plus grand barrage au Proche-Orient, celui de Mossoul est situé à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de la ville et retient une énorme quantité d'eau. La digue se détériore progressivement. Si le barrage cède, la ville de Mossoul sera anéantie en l'espace de quelques heures seulement.

La vie d'un million et demi de personnes est en jeu. Les scientifiques comparent les éventuelles conséquences de la destruction du barrage à ceux de l'explosion d'une bombe nucléaire.

Comme l'indique à RT Adel Darwich, journaliste et experte des questions du ravitaillement en eau, la situation à Mossoul est extrêmement dangereuse.

« L'état du barrage nécessite des travaux de maintenance impliquant des équipements lourds. La situation est risquée. Si la sécurité des ingénieurs n'est pas garantie, ceci tournera au drame et entraînera des victimes. Il est indispensable de suspendre les combats, de circonscrire cette zone et de mettre en place tous les moyens pour assurer la sécurité des ingénieurs afin de consolider le barrage », indique-t-il, ajoutant qu'il est en outre indispensable d'évacuer la population des zones à risque.

La bataille de Mossoul, qui mobilise quelque 100 000 soldats irakiens, combattants kurdes et membres de milices chiites pour reconquérir la grande ville du nord aux mains de l'EI depuis juin 2014, a été déclenchée le 17 octobre.

Après une pause de plusieurs semaines due à des problèmes logistiques et de coordination, une seconde offensive est lancée. Les unités d'élite ont repris un quart de la ville mais leur avancée est lente et difficile à cause des tireurs embusqués, des véhicules suicides et de la présence massive de civils, majoritairement sunnites, dans la ville. Une « refonte opérationnelle » a été mise en place au début du mois, marquant la première pause importante de la campagne de Mossoul.

 

 

Source : Sputnik (3/1/17)

Ancien du Pentagone : il faudra au moins un an avant que Daesh ne soit vaincu à Mossoul

 

3 janv. 2017

Un soldat américain prend un selfie dans la base militaire irakienne de Qayyara à quelques kilomètres de Mossoul.

Pour Michael Maloof, l'offensive sur Mossoul s'annonce plus longue et difficile que prévue. Le destin des civils présents dans la ville inquiète également l'ancien fonctionnaire américain à l'heure où l'on ne parle plus qu'en «dommages collatéraux».

Michael Maloof est un ancien expert en politique de sécurité du secrétaire à la Défense des Etats-Unis. Il est actuellement journaliste sur le site g2bulletin.wnd.com.

RT : Après la sortie du rapport montrant que la coalition menée par les Etats-Unis avait tué près de 200 civils depuis le début des opérations en Syrie et en Irak, des voix se sont élevées pour minimiser ces morts en évoquant des dommages collatéraux. Les «dommages collatéraux» sont-ils devenus inévitables dans ce genre de guerre ?

Michael Maloof (M. M.) : Malheureusement oui. C'est tragique mais c'est la réalité. C'est vrai pour tous les camps. Le problème c'est que les Etats-Unis sont censés vérifier deux fois, voire trois, avant toute frappe pour s'assurer qu'il n'y aura pas de mise en danger des civils. Mais étant donné la situation sur le terrain, il y a bel et bien des morts civils. Mais pour moi, le vrai problème est d'entendre la Défense américaine parler de «sources non vérifiables». Cela veut clairement dire qu'ils n'ont pas assez d'informations pour déterminer s'il y a bien eu, ou non, des civils tués comme dommages collatéraux. Cela veut dire que nous n'avons pas de renseignements sur le terrain. Nous ne devrions pas bombarder des zones où nous manquons de renseignements fiables. C'est devenu un problème majeur, d'autant plus depuis que les rebelles se sont mêlés à la population civile pour se protéger. Mais tout cela, c'est la réalité en temps de guerre, notamment de guerre urbaine.

Le Pentagone tend à considérer que dans une zone où la situation est aussi critique, il y aura forcément des civils comme dommages collatéraux

RT : Peut-on voir dans la publication de ce rapport le 2 janvier un choix tactique ? La Défense espérait-elle que le public passe à côté de cette information dans cette période de festivités ?

M. M. : C'est toujours le cas. A chaque fois qu'ils veulent publier quelque chose de controversé, ils choisissent soit un vendredi soir, soit un moment pendant une longue période de vacances comme ils l'ont fait ici. Le rapport lui-même évoque 188 morts civils. C'est absolument inacceptable. Je pense qu'ils veulent éviter que les grands médias y portent de l'attention. Pour l'instant, je n'ai vu cette information dans aucun des médias de référence américains. Je suppose qu'on est en train d'accepter cette réalité. J'ajouterais d'ailleurs que le Pentagone tend à considérer que dans une zone où la situation est aussi critique, il y aura forcément des dommages collatéraux. C'est assumé. Alors oui ce ne sont pas des gens de leurs familles, mais ce sont des personnes innocentes qui ont été tuées pour toucher une «cible de grande valeur» comme ils disent.

Quand vous êtes face à une ville comme Mossoul, où les civils vont être pris en otages, la situation est extrêmement difficile

RT : Le haut-commandant américain en Irak a exprimé son espoir d'achever l'offensive contre l'Etat islamique à Mossoul assez rapidement. Partagez-vous son optimisme ?

M. M. : Pas du tout. Ils ne sont même pas encore dans la ville. Ils se cantonnent aux abords de Mossoul. Ils sont grosso modo à 50 km. Ils n'ont pas pu pénétrer la ville où vivent encore plus d'un million de personnes. Ils vont devoir agir maison par maison, quasiment pièce par pièce. Cela va probablement prendre toute une année. Ils avaient planifié que l'offensive ne prendrait que quelques semaines, puis quelques mois. Pour moi, c'est évident que cela prendra près d'une année entière, et encore c'est s'ils arrivent à tenir et s'ils ont l'endurance pour le faire. Quand vous êtes face à une ville comme Mossoul, où les civils vont être pris en otages, la situation devient extrêmement difficile.

L'armée irakienne n'a pas suffisamment de soldats expérimentés pour gérer ce genre de combats

D'autant plus que l'Etat islamique a une stratégie bien rodée dans ce genre de cas. Ils vont aller attaquer d'autres zones du pays, comme ils l'ont fait ces derniers jours à Bagdad. C'est un moyen pour diviser l'armée irakienne. Cela fait partie de leur stratégie et cela va rendre l'offensive encore plus compliquée. Cela entraînera une diversion vers d'autres zones du pays et cela forcera les forces spéciales à se répartir. Et honnêtement, l'armée irakienne n'a pas suffisamment de soldats expérimentés pour gérer ce genre de combats. Je ne sais pas quelle longévité aura l'Etat islamique à Mossoul. Il faudra voir ce que prévoira l'administration de Donald Trump. Il pourra décider- je ne dis pas qu'il va le faire, c'est une possibilité - de donner un rôle plus actif aux forces américaines sur le terrain. Peut-être que les troupes que nous avons là-bas vont ouvertement participer aux combats. Ils sont suffisamment nombreux pour agir de manière efficace.

Selon les autorités britanniques, Daesh compte lancer des attaques chimiques massives au Royaume-Uni

 

1 janv. 2017

Des terroristes de Daesh (photographie d'illustration)

Alors que la menace terroriste reste extrême en Europe, le ministre de la Sécurité britannique a averti que l'Etat islamique ferait tout son possible pour tuer un maximum de personnes au Royaume-Uni – éventuellement au moyen d'armes chimiques.

«Les ambitions de l'Etat islamique, ou Daesh, sont clairement de lancer des attaques touchant un nombre massif d'individus», a prévenu le ministre de la Sécurité britannique, Ben Wallace, dans une interview au Sunday Times, le 1er décembre, avant d'ajouter que l'organisation djihadiste souhaitait «faire mal et terroriser autant de personnes que possible».

Pour s'y prendre, a assuré le membre du gouvernement, les djihadistes de Daesh pourraient utiliser des armes chimiques contre la population civile, n'ayant aucune objection morale à cela. Et pour illustrer ses propos, le haut responsable a rappelé que le démantèlement d'une cellule de l'Etat islamique au Maroc avait révélé des projets de ce type-là, ciblant l'Europe.

Le Royaume-Uni, en particulier, pourrait constituer une cible privilégiée pour les combattants de Daesh, en raison du nombre élevé (800, selon les chiffres officiels) de ressortissants britanniques partis rejoindre les terres du djihad syro-irakiennes. «Notre grande crainte est que si Mossoul [en Irak] et d'autres bases de Daesh tombent, un nombre important de Britanniques combattant pour Daesh [...] voudront certainement rentrez chez eux», a confié Ben Wallace. En outre, les aspirants djihadistes vivant au Royaume-Uni, qui se sont vus refuser l'accès aux territoires syrien ou irakien, pourraient selon lui voir leur frustration croître... et représenter une menace terroriste d'autant plus grande pour la société britannique.

 

Cette annonce peu rassurance survient moins de deux semaines après une attaque meurtrière sur le marché de Noël de Berlin, le 19 décembre dernier, qui a été revendiquée par l'Etat islamique.