Christian Clavier, l’exilé qui veut toujours moins d’impôts

Installé à Londres depuis cinq ans, le célèbre acteur français a toujours nié être un exilé fiscal. Des mails confidentiels montrent qu’il a pourtant tenté de créer une société à Malte afin d'échapper aux droits de succession en France.

 

Promis, juré, Christian Clavier n’est « pas un exilé fiscal ». C’est ce qu’avait martelé en 2012 son agente, Alexandra Schamis, lorsqu’elle a annoncé que l’acteur s’installait à Londres. Il faut dire que le départ de cette figure de la comédie tricolore (Les BronzésLes Visiteurs), qui incarne à l’écran le héros national Astérix, était un symbole pour le moins fâcheux. 

Officiellement, Christian Clavier est parti parce qu’il a trop « souffert » des critiques visant ses films et son amitié avec Nicolas Sarkozy – laquelle avait fait jaser, en 2008, lorsque le chef de l’État avait limogé le chef de la police corse, à la suite de la brève occupation de la villa de Clavier par des nationalistes. « On paye les mêmes impôts en Angleterre qu’ici. Ça n’est donc pas une question d’économies », insistait l’acteur, fin 2014, sur Europe 1. Il oublie de préciser qu’il échappe désormais à l’ISF. Et que les profits de sa société londonienne, baptisée Farce Limited, sont taxés à 20 % au lieu de 33,3 % en France.

 

Des mails confidentiels issus des Malta Files, analysés par Mediapart et ses partenaires de l’EIC, mettent à mal cette communication bien huilée. Ils montrent que Christian Clavier veut minimiser ses impôts, même lorsqu’il n’est pas directement concerné. Il a en effet tenté de créer une société à Malte pour détenir un bien immobilier espagnol. L’objectif était notamment que sa fille, qui habite Paris, ne paye pas de droits de succession en France.

Christian Clavier, installé à Londres depuis 2012, a toujours indiqué qu'il n'était pas un exilé fiscal. © Reuters

L’histoire commence en 2014. Christian Clavier, qui a vendu sa villa corse depuis l’affaire de l’occupation, veut acheter avec sa compagne, Isabelle de Araujo, un bien immobilier en Espagne. Probablement à Ibiza, puisqu’il fait appel à une avocate installée sur cette île des Baléares, Lourdes Mari.

Selon les documents Malta Files, Me Mari a conseillé à l’acteur de monter une société à Malte « pour des raisons fiscales ». Le montage est le suivant : la propriété sera détenue par une société espagnole, elle-même contrôlée par une holding maltaise qui n’aura « aucun employé ». Puisque Christian Clavier veut louer son bien, il bénéficiera du très faible taux d’imposition maltais sur les sociétés détenues par des étrangers, qui peut tomber à 5 % (lire notre enquête ici).

L’acteur vit à Londres, mais son assistante, Stéphanie[1], est basée à Neuilly-sur-Seine, au siège de sa société française, Ouille Productions[2]. C’est elle qui est chargée de créer la société à Malte, par l'intermédiaire d'un cabinet fiduciaire local.

Mais avant de remplir les papiers, Stéphanie veut s’assurer que le montage va bien réaliser l’objectif fixé par son patron. « Au sujet de la taxe sur les successions, savez-vous si la société maltaise est considérée comme un bien immobilier ? (on pense que c’est très important pour les droits de succession en France) », écrit-elle au cabinet maltais le 28 novembre 2014.

Christian Clavier veut en effet que sa fille unique, qui vit à Paris, ne paye pas d’impôts lorsqu’elle héritera du bien immobilier. « C’est très important pour M. Clavier. Pour la taxe sur les successions, qu’est-ce qui se passe pour sa fille qui est résidente en France ? », insiste l’assistante de l’acteur en conclusion du même mail. 

Le cabinet maltais, pourtant expert en optimisation fiscale, est désemparé par cette requête inhabituelle. Une juriste est chargée de plancher en interne sur le problème. Les conclusions de sa consultation tombent le 3 décembre. Mais cette spécialiste n’a pas pu faire de miracles. Il y a bien une hypothétique possibilité d’optimisation maltaise des droits de succession, via un abattement sur les frais de notaire. Mais puisque la fille de Christian Clavier vit en France, « il semble que les actifs constituant l’héritage seront soumis à l’impôt français », conclut la juriste.

Les échanges contenus dans les Malta Files s’arrêtent là. On ignore donc si Christian Clavier a créé sa société à Malte, et s’il a finalement réussi l’exploit de supprimer les droits de succession applicables à un résident fiscal français. Contacté par l'intermédiaire de son agente, l’acteur n’a pas donné suite.

[1] Le prénom a été modifié.

[2] Ouille Productions, qui coproduit certains des films dans lesquels joue Christian Clavier, est détenue par l'acteur et son ancienne compagne Marie-Anne Chazel, avec qui il a eu sa fille unique.

·         MALTA FILES

 

Le catalogue français de l'optimisation fiscale

On trouve de tout à Malte, du « parrain des parrains » Michel Tomi à l’héritier de Chanel, en passant par le patron des magasins GiFi. Entre optimisation fiscale, affaires et conflits d’intérêts, révélations sur les personnalités françaises qui ont logé leur argent dans la petite île.

 

L’ombre de Michel Tomi plane sur l’île de Malte. Surnommé « le parrain des parrains », ce riche homme d’affaires corse installé en Afrique est multi-mis en examen dans une tentaculaire affaire de corruption, qui porte notamment sur les largesses qu’il a accordées à plusieurs chefs d’État du continent africain (lire nos enquêtes ici et ). L’un des bras droits de Tomi, Marc Gaffajoli, qui dirige sa compagnie aérienne Afrijet, a choisi Malte pour immatriculer l’un de ses avions, un jet privé Falcon 900. Un choix judicieux, puisque Malte est devenue, après avoir dragué fiscalement les propriétaires de yachts, l'un des paradis de l’aviation d’affaires.

Les documents Malta Files, analysés par Mediapart et ses partenaires du réseau de médias EIC, nous ont permis de lever le voile sur les Français qui ont succombé aux charmes financiers de Malte. On y retrouve la trace, aux côtés du « parrain des parrains », d’autres habitués des affaires judiciaires, qui apprécient à sa juste valeur la discrétion de l'île. Lorsque Serge Dassault, mis en examen pour achats de votes, a dû nettoyer le montage financier libanais qui a servi à rémunérer ses hommes de main de Corbeil-Essonnes, sous couvert d’achat d’un Falcon, il a fait appel à l’un de ses amis pour transférer l’avion et le reliquat de l’argent à Malte, dans une société baptisée Eurodiv Limited (lire ici).  

Malte a aussi hébergé certaines des structures offshore utilisées par l’homme d’affaires Alexandre Allard, qui fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale pour avoir dissimulé 67 millions d’euros de commissions lors de l’achat du palace parisien le Royal Monceau (lire notre enquête ici). Idem pour l’avocat parisien Yann Streiff, soupçonné notamment d’abus de faiblesse, et dont l’affaire embarrasse le barreau de Paris (lire ici et ). Pourtant perclus de dettes, Me Streiff a pourtant trouvé les moyens d'investir dans une société maltaise de jeux en ligne, MMBet Gaming, par le biais d'une holding locale baptisée Canopus Holdings Limited. 

Grâce à une législation aussi souple que sa fiscalité, Malte est en effet devenue l’eldorado des jeux et paris. Tous les Français s’y sont précipités pour y monter leurs sites : casinos Partouche et Barrière, Alexandre Dreyfus (ChiliPoker). Mais tous ces poids lourds ont fini par se casser les dents, faute de rentabilité. Y compris un certain Laurent Tapie. À la suite de l’affaire de l’arbitrage du conflit qui opposait le Crédit lyonnais à Bernard Tapie, puis à l'attribution du magot de 403 millions d'euros à l'homme d'affaires, son fils Laurent a monté à partir de 2012 la société d'e-commerce Global Auction International et la structure ISPT Malta, destinée à organiser des méga-tournois de poker dans les stades. « La société a été créée à Malte uniquement car notre activité n’était malheureusement pas légalement possible en France », précise son associé, Prosper Masquelier. Le projet ayant fait flop après un premier tournoi au stade de Wembley, Laurent Tapie n’a quoi qu’il n’en soit pas profité des avantages fiscaux maltais.

D’autres y sont au contraire passés maîtres. Grâce aux documents Malta Files, nous avons pu reconstituer les montages maltais de plusieurs personnalités et institutions venues de tous les horizons. De l’héritier Chanel aux magasins discount GiFi, du roi de la comptabilité Christian Latouche aux mannequins de l’agence Elite, des marchés financiers au rugby amateur, révélations sur les Français qui ont logé leur argent dans l’île aux trésors fiscaux.

·         David Wertheimer : un héritier Chanel de Malte au Panama

David Wertheimer est l’un des héritiers les plus riches du monde. Ce jet-setteur trentenaire est le fils de Gérard Wertheimer, l’un des deux frères qui possèdent et dirigent Chanel, et dont la fortune est estimée à 16,5 milliards d’euros. Malgré l’immense richesse de sa famille, David Wertheimer arrondit ses fins de mois comme consultant via une société maltaise… qu’il détient via une coquille offshore panaméenne.

 

L’héritier de la célèbre maison de luxe est français mais a grandi en Suisse, où Gérard Wertheimer s’est fiscalement exilé. Le 17 mai 2013, il crée à Malte la société DW Consultants (notre document ci-dessous). David Wertheimer déclare vivre à l’adresse de son père, Gérard, dans une somptueuse villa située à Cologny, la banlieue la plus chic de Genève. Officiellement, il n’est que le directeur de DW Consultants. La société appartient en effet à DW Advisor Corp, une société créée en août 2012 dans le sulfureux paradis fiscal du Panama. Elle est officiellement détenue par des avocats locaux du cabinet ABA, qui font office de prête-noms.

Le document d'immatriculation de la société maltaise DW Consultants de David Wertheimer. © Mediapart

Puisque la société maltaise DW Consultants ne publie pas ses comptes (un classique sur l’île), on ignore combien David Wertheimer a touché depuis quatre ans dans ce paradis fiscal. Mais l’existence même de son activité pose question. Le fils du patron de Chanel n’a aucune activité connue au sein de l’empire du luxe. On sait simplement qu’il a fait de la photographie et qu’il a épousé en mars 2016 une Kazakhe, avec qui il a eu une fille.

Pour le reste, il s’est surtout illustré par son goût pour les femmes et les soirées mondaines, à Paris, Milan, Istanbul, ou encore en marge du festival de Cannes, comme lors de cette somptueuse soirée de mai 2016 organisée à l’hôtel du Cap-Eden-Roc par une marque de joaillerie suisse, qui avait exposé un diamant de 404 carats au milieu d’une nuée de mannequins et de célébrités. 

Bref, on peut se demander quels genre de conseils peut bien vendre l’héritier de Chanel. En novembre 2012, peu après la création de sa première société au Panama, il avait confié à une blogueuse exercer comme consultant pour un fonds nommé ION Capital Partners, et avoir été choisi comme « ambassadeur » de VanHan, une agence d’immobilier de luxe à Londres. Qui sont ses autres clients ? Pourquoi un homme aussi riche s'est-il installé dans des paradis fiscaux ? Est-il rémunéré par Chanel via ses sociétés maltaise et panaméenne ? Contactés par l'intermédiaire du service de presse de Chanel, ni la maison de luxe ni David Wertheimer ne nous ont répondu.

 

·         Fiducial : la face cachée de l’empire Latouche

Christian Latouche © DR

C’est l’un des patrons français les plus secrets. Depuis son siège lyonnais, Christian Latouche, 76 ans, a bâti en moins d’un demi-siècle le géant de l’expertise comptable Fiducial. Un empire de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 17 000 salariés, qui s’est diversifié dans les services en tous genres aux entreprises, des fournitures de bureau en passant par les logiciels, les services financiers et la sécurité. Proche du Front national, qu’il a fréquenté au milieu des années 2000, la 76e fortune de France (950 millions d’euros selon Challenges) est aussi un redoutable lobbyiste et un patron de presse, propriétaire de l’hebdomadaire Lyon Capitale et de Sud Radio. 

Les documents Malta Files nous ont permis de découvrir que le roi de l’expertise comptable était aussi un pionnier et un expert en optimisation fiscale, qui contrôle depuis l’origine son entreprise depuis… les Pays-Bas. Tout est parti de ses yachts. Comme d’autres patrons français, Latouche a choisi de les loger à Malte, paradis fiscal de la plaisance (lire notre enquête ici).

Entre décembre 2013 et juin 2014, le patron de Fiducial a créé sur l’île trois sociétés maritimes, baptisées Maltover Seas Co I, II et III. Les sociétés II et III ont chacune acheté un actif, probablement des navires, pour respectivement 675 000 et 606 338 euros. Mais le gros morceau est logé dans Maltover Seas Co I : il s’agit du yacht Kriss, un mastodonte de 43 mètres, immatriculé sous pavillon maltais, certes plus tout jeune (1976) mais très élégant. Selon nos estimations, il aurait coûté environ 8 millions d’euros.

 

Grâce à ces navires maltais, nous avons découvert que Christian Latouche a logé sa fortune dans un réseau de sociétés immatriculées aux Pays-Bas et au Luxembourg. Elles ont changé plusieurs fois de nom (pour brouiller les pistes ?) et publient des comptes tellement abrégés qu’il est impossible de connaître précisément leur patrimoine. Le patron de Fiducial est bien un homme très discret, y compris en matière de chiffres.

Le yacht “Kriss” de Christian Latouche, patron et propriétaire de Fiducial. © D.R.

L’une de ses holdings au Grand-Duché s’appelle Fiducial Financière du Luxembourg (FFL). Christian Latouche en possède près de 100 %, moins cinq actions appartenant à son conseiller fiscal luxembourgeois Guy Urbain, auteur d’un ouvrage de référence sur la taxation des entreprises. Fondée en 1988, FFL est une « société de gestion de patrimoine familial » créée pour détenir des actifs personnels. C’est elle qui contrôle, par l'intermédiaire d'une seconde société luxembourgeoise, les trois sociétés maltaises détenant les yachts. FFL dispose d’une seconde filiale au Grand-Duché, Fiducial Holding. Son ancien nom suggère qu’elle faisait dans le real estate, c’est-à-dire l’immobilier. Elle n’a dans son bilan que des parts de société(s) qui ne sont pas renseignées.

Et ce n’est pas tout. Dès le 19 avril 1973, trois ans seulement après le rachat d'un tout premier (et modeste) cabinet d’expertise comptable, Christian Latouche a créé à Amsterdam la société Findintertrust BV (pour Fiduciary International Trust), qui est devenue la holding de tête du groupe Fiducial. En septembre 2014, Findintertrust a déménagé au Luxembourg et s’est rebaptisée Fiducial International. Le Grand-Duché est-il devenu plus avantageux que son voisin néerlandais ? Pourquoi Christian Latouche entretient-il une passion aussi ancienne que fidèle pour les paradis fiscaux ? Il n’a, sans surprise, pas répondu à notre mail.

 

·         Philippe Ginestet (GiFi) : des bateaux et des jeux

Philippe Ginestet

Ce serait l’un des plus beaux coups de sa carrière. Le 29 mai, Philippe Ginestet, patron de GiFi, saura s’il est choisi par le tribunal de commerce de Bobigny pour reprendre la mythique enseigne de discount Tati. Cette candidature a mis Ginestet sous les projecteurs des médias (lire son portrait ici). Cet autodidacte de 63 ans basé à Villeneuve-sur-Lot, où il a commencé comme vendeur sur les marchés, s’est hissé au 166e rang des fortunes françaises grâce à ses 450 magasins GiFi de décoration à bas prix (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires), réputés pour leur slogan : « Des idées de génie. »

Les documents Malta Files montrent que Philippe Ginestet a aussi de bonnes idées pour optimiser sa fiscalité. Il dispose en effet d’une société à Malte dans laquelle il a injecté au moins 29 millions d’euros, et qui détient ses yachts et sa société de jeux en ligne. Selon nos informations, le patron de GiFi est par ailleurs visé par une plainte pénale, déposée en mars par un ancien associé qui l’accuse d’avoir éludé plusieurs millions d’euros d’impôts de ses holdings françaises.

Tout est parti d’un bateau. Le 29 décembre 2006, Philippe Ginestet crée à Malte la société Blue Navigation Limited, filiale à 100 % de sa principale holding française, GPG. Blue Navigation achète dans la foulée l’Annamia, un luxueux yacht de 43 mètres fabriqué sur mesure par un chantier naval italien pour 13,8 millions d’euros, et immatriculé sous pavillon luxembourgeois. Les comptes de Blue Navigation précisent que le navire a été acheté en « leasing ». S’agit-il d’un « leasing maltais », cet avantage fiscal qui permet de diviser la TVA par quatre (lire notre enquête ici) ? Pourquoi a-t-il créé cette société à Malte ? Philippe Ginestet a refusé de nous répondre, sur ce point comme sur le reste.

Le patron de GiFi apprécie beaucoup la plaisance. Selon nos informations, sa structure maltaise a acheté un second navire un peu plus modeste (29 mètres tout de même), lui aussi sous pavillon luxembourgeois, le Yogi, pour un montant inconnu. Philippe Ginestet semble d’en être séparé récemment : le yacht a été mis en vente pour 9,5 millions d’euros, et a été radié en décembre dernier du registre maritime du Grand-Duché. 

 

Curieusement, Ginestet a aussi utilisé sa structure maltaise Blue Navigation pour porter les 71 % du capital qu’il détient dans Marketluck, une société de jeux en ligne installée en France. Créé en 2014 avec Prosper Masquelier, membre de la famille Partouche, ce site propose toute une palette de jeux gratuits (poker, casino, paris sportifs) financés par des marques, qui rémunèrent les meilleurs joueurs en bons d’achat. Le premier partenaire fut évidemment GiFi, qui a ainsi trouvé un moyen astucieux d’attirer et de fidéliser ses clients.

Le yacht “Annamia” de Philippe Ginestet, patron et propriétaire des magasins GiFi. © D.R.

Le patron de GiFi n’a en tout cas pas profité, à ce stade, des avantages fiscaux maltais pour son activité de jeux en ligne. Marketluck a perdu 900 000 euros en deux ans, et n’a donc versé aucun dividende. Le site a également été accusé par le blog de poker Tablerase d’appâter le chaland avec des jeux gratuits pour les faire basculer vers ceux, payants, des établissements Partouche, à la suite d’un partenariat réalisé l’an dernier entre Marketluck et le groupe de casinos. Prosper Masquelier répond qu’il s’agissait d’une opération ponctuelle, liée au fait que Partouche avait fourni gratuitement son logiciel de poker en ligne. Décidément malchanceuse, Marketluck est également attaquée en justice par La Française des jeux, qui lui réclame 200 000 euros pour « concurrence déloyale » et « parasitisme ».

Philippe Ginestet risque par ailleurs d’autres ennuis judiciaires. Selon nos informations, l’un de ses anciens associés, en litige avec lui, a déposé en mars dernier auprès du parquet d’Agen une plainte pour « abus de faiblesse », « escroquerie » et… « Fraude fiscale ». L’avocat du plaignant a épluché les comptes des holdings françaises de Ginestet, qu’il accuse d’avoir éludé la bagatelle de 25 millions d’euros d’impôts lorsqu’il a donné en nue-propriété 20 % de sa holding GPG à son fils.

Pour faciliter la transmission des entreprises, la loi Dutreil prévoit un abattement de 75 % sur les donations. Mais cette ristourne n’est pas valable pour les sociétés immobilières. Or, Ginestet possède à titre personnel, par le biais de sa holding GPG, de nombreux magasins GiFi qu’il loue aux structures commerciales du groupe. GPG exerce donc « une activité à prépondérance immobilière », comme elle l’indique dans ses comptes officiels. Bref, selon la plainte, Philippe Ginestet a payé 5 millions d’euros de droits de mutation alors qu’il aurait dû en payer 30. Sans oublier les conséquences en matière d’ISF, qui pourraient elles aussi se chiffrer en millions d’euros. Contactée par Mediapart, la procureure d’Agen n’a pas souhaité communiquer sur les suites qu’elle compte donner à cette plainte. Philippe Ginestet s’est lui aussi refusé à tout commentaire. 

·         Elite : des podiums aux paradis fiscaux

Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Cindy Crawford, Karen Mulder, Linda Evangelista, Monica Belluci, Gisele Bündchen, Noémie Lenoir, Constance Jablonsky… Très longue est la liste des stars des podiums qui ont construit la légende d’Elite, l’agence de mannequins la plus célèbre au monde. Les documents Malta Files révèlent que, derrière les paillettes et les beautés longilignes, se cache une histoire nettement moins glamour, faite d’argent planqué dans les paradis fiscaux, au premier rang desquels l’île de Malte.

Elite a été fondée en 1972 par les Français Alain Kittler et Gérald Marie et l’Américain John Casablancas, aujourd’hui décédé. L’agence est installée à Paris, mais ses trois propriétaires logent très vite leur argent dans une société offshore à Gibraltar, poétiquement baptisée Autumn View Holdings.

En 1999, ils créent la société luxembourgeoise Elite Model Management Luxembourg (EMML), qui devient la maison mère de l’empire Elite. Une localisation purement artificielle, puisque les assemblées générales d’EMML se tiennent… à Paris ! Les trois associés troquent dans le même temps leur holding à Gibraltar contre deux sociétés maltaises, Elite Participations et Elite Model Management Malta, qui possèdent EMML au Luxembourg. C’est donc depuis Malte qu’Alain Kittler et ses associés ont détenu l’agence pendant sept ans.

Les hommes entretiennent la même passion pour les montages offshore que pour les mannequins. S’ils détiennent des titres de leurs deux sociétés maltaises en direct, ils sont dans leur majorité logés dans des sociétés-écrans immatriculées à Malte et aux îles Vierges britanniques, et dans une fondation au Liechtenstein. Combien de millions d’euros ont-ils échappé au fisc pendant toutes ces années ? Impossible à reconstituer, vu l’opacité et la complexité de la tuyauterie. Tout juste sait-on qu’Elite Participations, l’une des sociétés maltaises, a distribué 930 375 dollars de dividendes pour la seule année 2004, la dernière où elle a publié ses comptes. 

La saga des trois fondateurs s’arrête en 2006, lorsqu’ils revendent l’agence, alors en pleine déroute financière, à un homme d’affaires marseillais. Les deux sociétés maltaises qui régnaient sur les plus belles femmes du monde sont dissoutes dans la foulée. Aujourd’hui âgé de 73 ans, Alain Kittler, ancien PDG d’Elite et pilier du trio, vit toujours en France, où il coule une retraite paisible en banlieue parisienne. Joint par téléphone, il n’a pas souhaité nous répondre car il est « retiré des affaires ». L’agence Elite est quant à elle toujours contrôlée par la holding luxembourgeoise EMML, créée il y a près de 20 ans par les fondateurs. À un petit détail près : elle s’appelle désormais Elite World, en toute simplicité.

·         Les très chers conseils du patron de Kepler Cheuvreux

Laurent Quirin mène une double carrière. Patron de la firme de courtage boursier Kepler Cheuvreux, il a touché au moins 7 millions d’euros en tant que consultant financier, par l'intermédiaire d'une société offshore à Malte. Ce qui constitue un énorme conflit d’intérêts. Fondé en 1997 et installé à Paris, Kepler Cheuvreux, présent dans 13 pays, est l’un des principaux courtiers indépendants en Europe. Détenu à 37 % par ses dirigeants et ses salariés, le groupe compte parmi ses actionnaires des institutions comme la Caisse des dépôts, le Crédit agricole et le Crédit mutuel. Comme ses concurrents, Kepler Cheuvreux a une influence certaine sur les marchés, puisque ses analystes fournissent aux clients du groupe des notes sur les actions qu’ils conseillent de vendre ou d’acheter.

Cela n’empêche pas Laurent Quirin d’exercer une très lucrative activité de consultant localisée dans un paradis fiscal. En septembre 2008, il a créé à Malte la société LB Management, dont l’activité consiste à fournir des « services de conseil financiers à des clients internationaux ». Il a encaissé la bagatelle de 7 millions d’euros entre 2009 et 2014. Et probablement davantage. Mais on ignore combien, LB Management n’ayant pas publié ses comptes pour les années suivantes.

La société du patron de Kepler Cheuvreux est détenue par une holding maltaise baptisée Boca Management, qui lui appartient à 100 %. Elle est dirigée par un comptable d’un cabinet de gestion de fortune luxembourgeois, probablement celui qui a conçu le montage. Cette structure à deux étages, identique à celle utilisée par la star du PSG Edinson Cavani, permet de bénéficier du plus gros avantage fiscal maltais, un remboursement en fonction des dividendes versés. Lequel peut faire tomber le taux d’imposition sur les sociétés à 5 %, contre 33,3 % en France (lire notre enquête ici). Les comptes de Boca Management montrent en effet qu’elle a bénéficié de centaines de milliers d’euros de remboursement au titre de l’IS.

Sollicité par Mediapart, un porte-parole de Laurent Quirin nous a répondu qu’il « réside depuis 2008 en Suisse » où il « paie ses impôts », et que « l'existence de sociétés à Malte, créées après son départ de France, est en conformité avec les exigences de la réglementation suisse, et validée par les autorités suisses ». Bref, il estime que son montage d’optimisation fiscale est tout à fait légal.

Reste l’épineuse question de sa double casquette. Qui sont les « clients internationaux » à qui Laurent Quirin prodigue ses coûteux « conseils financiers » ? Y a-t-il un conflit d’intérêts avec sa position de patron d’un important courtier actif sur les marchés financiers de plusieurs pays ? « Les organes compétents de Kepler Cheuvreux sont, conformément au droit français, au courant de cette activité de conseil qui est compatible avec le mandat qu’il exerce pour Kepler Cheuvreux », nous a-t-il fait répondre. On n’en saura pas plus. 

·         La boîte à marques du chausseur Monderer

Monderer est une société familiale qui fait dans la chaussure depuis plus de cent ans. Dirigé par Christian Monderer, l’arrière-petit-fils du fondateur, le groupe est spécialisé dans le négoce et la vente de chaussures (notamment au Printemps et aux Galeries Lafayette), mais aussi dans la conception et le design de souliers, à la fois pour d’autres et pour sa propre marque. Une belle PME qui revendique 25 millions d’euros de chiffre d’affaires et 250 salariés.

Jean-Claude Monderer a un petit secret : il a monté à Malte un patent box, en français « boîte à marques et à brevets ». Ce système d’optimisation fiscale, parfaitement légal mais controversé, est très utilisé par les multinationales comme Apple et Ikea. Il consiste à loger les marques dans des sociétés offshores faiblement taxées, qui en facturent l’usage aux différentes entités du groupe.

En février 2009, Jean-Claude Monderer immatricule à Malte la société Fashion Brand Management Limited, détenue par la structure luxembourgeoise Monderer Design SA, dont il est actionnaire à 95 %. Jusqu’à la fin 2012, Fashion Brand Management a perçu 805 878 euros de redevances. On ignore combien elle a touché ensuite, car elle a arrêté de publier ses comptes. On sait simplement que sa maison mère luxembourgeoise, qui a publié ses comptes jusqu’à l’exercice 2015, a perçu 339 074 euros de dividendes en 2014. Contacté, Jean-Claude Monderer n’a pas répondu à nos questions. Son exemple montre en tout cas à quel point il est facile de transférer des fonds dans les paradis fiscaux, même pour une PME.

·         La cagnotte offshore de Rugby Europe

Rugby Europe, anciennement Fédération internationale du rugby amateur (FIRA), est une institution méconnue du ballon ovale. Installée à Paris, elle a été créée en 1934 à l’initiative de la France, qui avait été bannie du Tournoi des Cinq Nations. Cette modeste association rassemble aujourd’hui 48 pays membres (dont la France). Sous l’autorité de la fédération mondiale International Rugby Board (IRB), elle organise notamment le Championnat d'Europe des nations, qualificatif pour la Coupe du monde, et des compétitions de jeunes et de rugby à VII.

Curieusement, c’est à Malte que cette fédération au statut associatif a choisi de toucher les droits télévisés versés par les chaînes pour retransmettre ses compétitions. L’argent transite par la société Oval Broadcasting International, créée en février 2011 et rebaptisée Rugby Europe Enterprises en février dernier. Elle appartient à une seconde société maltaise, Oval Broadcasting Holding, détenue par Rugby Europe et dirigée par son président, le Roumain Octavian Morariu.

Entre 2011 et 2015, la structure maltaise Oval Broadcasting International a encaissé 680 749 euros de droits télévisés. Mais elle n’a réalisé que de maigres profits, puisque la société maltaise a dépensé 526 432 euros, inscrits dans ses comptes comme des « coûts directs liés aux droits télévisés ». À qui a été reversé cet argent ? Pourquoi une association installée à Paris a-t-elle éprouvé le besoin de toucher ses revenus audiovisuels dans un paradis fiscal ? Contactée, Rugby Europe n’a pas donné suite. Idem à la Fédération française de rugby, qui est l’un des membres influents de l’association, dont elle assure l’une des vice-présidences.

 

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En Ariège, un projet minier contesté prospère sur fond de paradis fiscal

La société Variscan Mines a obtenu un permis de recherche exclusif pour trouver du tungstène dans les sous-sols du hameau de Salau. Prié de prendre la porte par l'État, le financeur de l'opération, Juniper Capital Partners, société de capital-risque logée dans un paradis fiscal, est revenu par la fenêtre, grâce à un tour de passe-passe financier. Une enquête de nos partenaires « Mediacités ».

Mediacités-Toulouse.– Le 11 février 2017, en accordant un permis exclusif de recherche minière à la société Variscan Mines pour trouver du tungstène dans les sous-sols de Couflens-Salau, dans les Pyrénées ariégeoises, le désormais ex-premier ministre Bernard Cazeneuve, appuyé par l’ancien secrétaire d’État à l’industrie, Christophe Sirugue, a lancé un formidable signal en direction des prospecteurs de métaux précieux. La France doit redevenir un pays minier. Et tant pis si, dans ce dossier, le financement de l’opération sent le soufre, avec la présence d’une société de capital-risque logée dans un paradis fiscal.

 

Tant pis également si la présence d’amiante avérée sur le site est mise en doute par des experts maison, qui n’ont aucune compétence pour parler de cette problématique. Même s’il a demandé à Variscan une expertise indépendante sur le sujet, l’État nie toujours les cas de morts et de maladies pulmonaires contractées il y a plus de trente ans par d’anciens mineurs qui exploitaient, déjà, le tungstène de Salau…

L'exploitation de la mine qui a fermé en 1986. © BRGM

Petit retour en arrière. À la fin des années 1950, des ingénieurs du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) arrivent dans le hameau de Salau, sur la commune de Couflens. Perdu aux confins de la haute vallée du Salat, à environ trois kilomètres de l’Espagne, le secteur de Salau est connu pour abriter du tungstène. Un gros filon s’étend sur un pan de montagne, entre 1 230 et 1 850 mètres d’altitude.

Ce métal dur formé n’a pas son pareil pour résister aux très hautes températures (jusqu’à 3 400 °C). Idéal pour confectionner des outils de découpe et d’usinage (tournage, fraisage, forage…), il est surtout prisé par l’industrie militaire pour le blindage des chars et, de nos jours, par l’industrie nucléaire qui l’utilise dans la confection des cœurs et parois de réacteurs. Bref, un métal stratégique.

En 1967, la Société minière d’Anglade (SMA), fraîchement créée avec le BRGM comme principal actionnaire, décide d’ouvrir une mine pour exploiter ce tungstène. Une route de 4 kilomètres est creusée à travers la montagne pour relier le village de Salau au filon. 26 kilomètres de galeries sont percés dans la montagne, des bureaux administratifs et des ateliers de stockage sortent de terre. Les mineurs affluent du Calvados, de Lorraine, de Pologne, du Maroc… Au total, 146 personnes, dont la moitié s’installe dans le hameau de Salau qui connaît un développement fulgurant. 

L’employeur fait construire en plein cœur du village 73 logements pour les mineurs et leurs familles. L’école est réhabilitée et affiche complet avec 55 élèves. « Au final, nous avions des salaires que vous ne retrouviez nulle part ici. Si on ajoute à cela les avantages en nature, les conditions de rémunération à Salau étaient très intéressantes », racontait en 2011 l’ancien maire, Henri Dénat, qui travaillait dans un atelier de la mine.

De 1971, date de son ouverture, à 1986, la mine va tourner à plein régime. 12 400 tonnes de tungstène vont sortir des entrailles de la montagne. Et puis subitement, le marché mondial se contracte. Surtout, une concurrence chinoise impitoyable va tirer les prix vers le bas et plomber le cours de ce métal.

La société minière d’Anglade ne voit plus l’intérêt d’exploiter un filon à perte. Fin juillet 1986, Robert Naudi, président du conseil général de l’époque, fait le forcing auprès d’Alain Madelin, le ministre de l’industrie, en l’implorant de mettre la main à la poche. Réponse cinglante de Madelin, le 8 septembre 1986 : « Il n’est pas possible d’assurer en permanence, par des crédits publics, l’équilibre d’exploitation de cette mine. Aucune mesure industrielle n’est envisageable pour les chantiers en voie d’épuisement. Un soutien public a en particulier été apporté à la réalisation de travaux de recherche d’autres gisements de meilleure qualité. » Le 24 décembre 1986, l’industriel ferme la mine, en laissant dans les sous-sols 3 400 tonnes de tungstène et, sur le carreau, les 128 derniers mineurs qui sont licenciés.

« La société des mines d’Anglade a donné six mois à ses employés et à leurs familles pour plier bagage. Et entre le 14 et le 17 juillet 1987, on est passé du village le plus peuplé de la commune avec 250 personnes, à un hameau sinistré où il ne restait plus qu’une dizaine d’âmes. Ce fut un choc terrible », se remémore Henri Richl, actuel maire de Couflens-Salau, lui aussi ancien employé de la mine.

En partant, l’industriel laisse quelques souvenirs. Deux énormes tas de déchets d’un total de 700 000 m3, bourrés d’amiante, arsenic, cuivre, fer, cadmium, zinc, bismuth. Le premier sur le bord de la route qui relie Salau à la mine. Le second, c’est le carreau de la mine, là où se trouvent les ruines des anciens locaux. Et aussi des fibres d’amiante dans les poumons d’anciens mineurs…

L’amiante, le revers de la médaille

 

En 1983, quatre ans avant la fermeture de la mine, plusieurs mineurs de Salau déclarent des asbestoses, une maladie qui détruit les tissus pulmonaires et entraîne une insuffisance respiratoire. Le laboratoire de chimie de la caisse régionale d’assurance maladie d’Aquitaine et le BRGM procèdent à des prélèvements d’air et de poussières. Résultats : « Confirmation de la présence d’actinolite dans l’air sur tous les sites contrôlés. » « De l’actinolite fibreuse classée comme amiante est présente dans les roches de la mine de Salau », écrit en décembre 1983 et janvier 1984, dans deux rapports distincts, Jean-Luc Boulmier, docteur ès sciences physiques et ingénieur au BRGM.

Les déchets d'exploitation en bordure de la route qui mène au site minier. © Eric Dourel

Cette actinolite est une variété d’amiante particulièrement dangereuse qui se dissimule dans le minerai. Même si le directeur de la mine de l’époque reconnaît sa présence à plus de 50 % dans les poussières de la mine, il fait le forcing pour que la Sécurité sociale ignore ces cas d’asbestose qui pourraient donner droit à des reconnaissances de maladie professionnelle.

Les mineurs font alors appel à Henri Pézerat, le physico-chimiste et toxicologue qui allait obtenir quelques années plus tard, en 1997, l’interdiction de l’amiante. Après avoir analysé des échantillons du minerai de Salau, fournis par les mineurs ou prélevés dans les stériles de la mine, il établit, en 1984 et 1985, deux rapports, dans lesquels il identifie à son tour cette actinolite qui se présente sous la forme de « microcristaux de forme allongée, dispersés dans la roche et invisibles à l’œil nu » et conclut que « la dizaine de cas de fibroses, naissantes ou bien caractérisées, observées sur les 100 ou 150 personnes exposées à Salau depuis moins de 15 ans, est due essentiellement à une surexposition aux poussières d’actinolite ».

Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de recherche médicale (Inserm), spécialiste de la santé au travail, était aux côtés d’Henri Pézerat pour aider les mineurs à faire reconnaître leur maladie professionnelle : « En mai 1986, nous avons recensé 14 cas d’atteintes respiratoires. Soit, quatre asbestoses confirmées, dont deux seront au final reconnues en maladies professionnelles, cinq autres asbestoses diagnostiquées, mais non reconnues officiellement, trois cas de silicose, dont deux reconnues en maladies professionnelles et deux décès par cancers broncho-pulmonaires. »

Dans l’air, dans les poussières, dans la roche, l’amiante était présente partout. Avec la fermeture de la mine, la situation va se résoudre toute seule : la majeure partie des mineurs quittent la région ou la France. Leur départ empêche la mise en place de statistiques sur les cas déclarés et reconnus en maladies professionnelles, ou tout bêtement un recensement de victimes…

Mais certains ne vont rien lâcher. Madeline Audoir, 88 ans, ancienne infirmière de la caisse minière qui couvrait les mineurs de Salau, va tenir les comptes : « Après 1986, je connais sept anciens mineurs qui sont morts, essentiellement à cause du cancer du poumon. » Martin Hernandez, qui a travaillé quinze ans à Salau, faisait partie des mineurs ayant fait appel à Henri Pézerat : « On m’a trouvé des fibres d’amiante dans les poumons. » Et d’énumérer les noms de quinze de ses anciens collègues morts des suites d’une asbestose ou d’un cancer des poumons…

Tout ce passé aurait dû rester coincé au fond d’un tiroir. Mais le 9 décembre 2014, la société Variscan Mines dépose une demande de permis exclusif de recherche pour explorer les sous-sols de Salau. Cette start-up de la recherche minière à capitaux australiens a été créée en France en 2010. Elle a aujourd’hui sur le territoire neuf demandes de permis d’exploration minière. À sa tête : Jack Testard, président, ancien responsable des ressources minérales au BRGM, et Michel Bonnemaison, directeur général, ancien chef de service des ressources minérales au BRGM. Deux personnages qui, de par leur carrière, ont eu accès à toutes les informations géologiques du territoire.

Une société logée aux îles Vierges britanniques

À Salau, ce qui les intéresse, c’est le tungstène, mais aussi l’or, l’argent, le zinc, le plomb, le cuivre, le bismuth et l’étain. Et pour eux, même si les sous-sols ont déjà été visités, il ne reste pas 3 400 tonnes de tungstène dans les entrailles de Salau, mais « au minimum 40 000 tonnes, jure Michel Bonnemaison. Et si on prend l’ensemble du potentiel géologique, on est sur 200 000 tonnes. Nous sommes sur le premier gisement de tungstène européen. De quoi assurer l’indépendance de la France ».

 

Ses sources ? « Nos études scientifiques récentes appuyées par une société locale de R&D (e-Mines) et des travaux de recherches universitaires ont en effet montré que ce matériau stratégique est en quantité et qualité suffisantes pour justifier une reprise industrielle », se vantait en janvier dernier Jack Testard. « Ce sont les travaux réalisés par un étudiant dans le cadre de son mémoire qui ont rendu ces estimations possibles. Il a rencontré un ancien géologue de la mine qui avait conservé des sondages et des analyses d’exploitation. Il les a récupérés pour les incorporer dans un modélisateur 3D », renchérit Michel Bonnemaison.

Une large partie de la population locale est totalement opposée à la reprise de l'exploitation minière. © Eric Dourel

Petit hic, cet étudiant avait fait son stage pratique à Variscan Mines. Ses directeurs de thèse sont les enseignants-chercheurs Philippe D’Arco, de l’université Pierre-et-Marie-Curie de Paris, et Éric Marcoux, de l’université d’Orléans. Ce dernier est également consultant-expert dans l’équipe technique de Variscan Mines. Quant à la société e-Mines, qui fait du conseil et de l’expertise dans le domaine minier, elle a été créée en 2011 par Michel Bonnemaison. Pour lancer son permis de recherche, Variscan Mines s’est donc appuyé sur les travaux d’un étudiant chapeauté par un consultant de Variscan Mines, lequel a fait modéliser les infos qu’il a trouvées par la boîte du directeur général de Variscan Mines…

Quant à l’amiante, « c’est du buzz ! Un groupuscule qui agite la peur et qui veut nous faire croire à un Tchernobyl amiantifère », jure Michel Bonnemaison. Là encore, sur quoi se fonde-t-il ? « En 2015, deux universités ont réalisé des études scientifiques très sérieuses. Elles n’ont rien trouvé. » Effectivement, fin août 2015, les deux mêmes profs, Éric Marcoux et Philippe D’Arco, accompagnés de Michel Bonnemaison, ont effectué trois prélèvements aux alentours de la mine. Ces prélèvements ont donné lieu à deux rapports qui concluent de la même manière : « Aucun indice d’amiante n’a été détecté. » Deux rapports rédigés par deux profs qui ne sont en aucun cas des spécialistes de l’amiante, mais qui remettent en cause plus de trente ans de recherches et travaux (dès 1977, le chercheur en géologie Pierre Soler parle d’amiante dans le gisement de Salau)…

Ces données ont jeté le doute jusqu’aux plus hauts sommets de l’État puisque, aujourd’hui, une nouvelle expertise scientifique indépendante (on ne connaît toujours pas pour l’heure le nom des experts), payée par Variscan Mines, est en route pour vérifier s’il y a bien de l’amiante à Salau… « Si l’évaluation conclut à un risque non maîtrisable pour la santé des riverains et celle des travailleurs, l’autorisation de travaux d’exploration miniers ne sera pas accordée et ceci de façon définitive », promet Laurence Danand, à la Direction générale de la santé. « On se croirait revenu au milieu des années 1980, à une époque où les industriels s’obstinaient à faire croire qu’un usage contrôlé de l’amiante était possible », peste Annie Thébaud-Mony.

Pour engager les travaux de recherche, Variscan Mines a promis d’injecter 25 millions d’euros. Cette société de taille modeste se fonde uniquement sur le capital-risque pour financer ses opérations. Elle a tissé un partenariat de joint-venture avec Juniper Capital Partners, une société de capital-risque domiciliée dans les îles Vierges britanniques, l’un des plus beaux paradis fiscaux. C’est donc cette dernière qui doit poser les 25 millions d’euros sur la table. Et d’après le contrat qui lie ces deux sociétés, du moment que Juniper met la main à la poche, elle prend automatiquement le contrôle de la joint-venture et devient donc l’acteur majeur de ce dossier. Ce qui revient à accorder ce permis à une société dont le siège social se trouve dans un paradis fiscal…

« Bien qu’un tel financement soit légal, a expliqué Mélusine Binder, chargée de mission communication au cabinet de Christophe Sirugue, il a été jugé non acceptable par le ministre. Nous avons donc demandé à l’été 2016 à Variscan Mines de trouver un autre financeur. Variscan Mines a trouvé le fonds australien Apollo et nous en a fait part par écrit. »

Sauf qu’en réalité, celui qui a les fonds est encore et toujours Juniper Capital Partners. Et ce, grâce à un tour de passe-passe signé Michel Bonnemaison. En novembre, ce dernier crée Ariège Tungstène, qui participe (à hauteur de 80 %) à la création en janvier de la société Les Mines du Salat. C’est cette dernière qui, à terme, sera propriétaire du permis de recherche. Le 14 mars, Ariège Tungstène est rachetée par Apollo Minerals, le fonds australien, qui devient donc par ricochet actionnaire majoritaire des Mines du Salat.

Apollo Minerals bombarde aussitôt à la tête de Ariège Tungstène deux directeurs : Michel Bonnemaison et un dénommé Ajay Kejriwal, qui apparaît soit en tant que consultant, soit en tant que directeur général, à Juniper Capital Partners. En fait, derrière Apollo Minerals se camoufle Juniper Capital Partners. Prié de prendre la porte par l’État, cette société offshore est donc revenue par la fenêtre. D’ailleurs, Bonnemaison ne s’en cache même pas : « Oui, Juniper est le financier de cette opération. Et si on trouve ce qu’on vient chercher, Apollo Minerals devra payer Juniper. »

Quant aux deux sociétés françaises, que ce soit Ariège Tungstène ou Les Mines du Salat, ce sont deux belles coquilles vides. Toutes deux domiciliées à la même adresse, en Ariège, dans la maison natale de Michel Bonnemaison. Cette adresse abrite également les locaux d’e-Mines, la société de conseil de Bonnemaison. Sauf que si à l’entrée de la demeure, e-Mines a bien une plaque professionnelle, Ariège Tungstène et Les Mines du Salat n’apparaissent sur aucune des boîtes aux lettres. Décidément, il n'a pas bonne figure, « le renouveau minier français » vanté par l'État…

Contrôles au faciès: six Français saisissent la Cour européenne des droits de l'homme

Cinq ans après leur action collective auprès de la justice française, six citoyens ont attaqué le 8 mai 2017 l'État français devant la Cour européenne des droits de l'homme, pour des contrôles d'identité jugés discriminatoires et attentatoires à leurs libertés fondamentales.

Excédés par la pratique des contrôles au faciès, six Français, noirs ou arabes, viennent de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour des contrôles d'identité qu’ils jugent discriminatoires et attentatoires à leur vie privée ainsi qu'à leur liberté de circulation.

« Le profilage racial par les forces de police, omniprésent en France, représente une discrimination illicite fondée sur leur race ou leur appartenance ethnique, (…) portant atteinte à la vie privée et à la liberté de mouvement », indique leur requête, dont l'enregistrement le 9 mai 2017 sous le numéro n° 35844/17 nous a été confirmé par la CEDH. La lettre est partie de New York un jour plus tôt, rédigée en anglais et en français par quatre avocats représentant Open Society Justice Initiative (OSJI), la fondation du milliardaire américain George Soros.

Cette action collective avait été lancée en avril 2012 à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Soutenus par le collectif Stop le contrôle au faciès, le Syndicat des avocats de France et OSJI, 13 citoyens français avaient assigné le ministère de l'intérieur pour pratiques discriminatoires. Au terme d’une longue bataille judiciaire, l’État a été définitivement condamné le 9 novembre 2016 par la Cour de cassation pour « faute lourde » dans trois cas de contrôle. « Un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde qui engage la responsabilité de l’État », avait rappelé la Cour de cassation.

Mais malgré cette condamnation, rien n’a changé. D’après une récente étude du Défenseur des droits, les jeunes hommes noirs ou arabes ont en France « vingt fois plus » de probabilités d’être contrôlés que le reste de la population. Faute de traçabilité écrite, le ministère de l’intérieur ne sait toujours pas combien de contrôles d’identité ont lieu chaque année en France, ni leur efficacité. Une expérimentation menée par la Direction générale de la police nationale entre avril et septembre 2014 dans deux départements (Hérault et Val-d’Oise) suggère qu’elle serait minime. Seuls quelque 4 % des milliers de contrôles réalisés sur des réquisitions du procureur de la République au cours de ces six mois ont mené à des interpellations. Le récépissé, promis par l’ex-président de la République François Hollande lors de sa campagne en 2012, a été abandonné. L’actuel président Emmanuel Macron y est opposé, craignant, affirme-t-il, « un trafic de récépissés », argument balayé en 2012 par les associations portant le projet (la détention d'un récépissé n'empêcherait pas un policier de vous contrôler à nouveau).

« Ce que François Hollande n’a pas eu le courage de faire, la CEDH va le faire, pour la France et le reste des pays européens », affirme Me Slim Ben Achour, l'un des avocats français à l'origine de la requête. « Il n'y a eu aucune réponse appropriée de l’État à la condamnation de la Cour de cassation », poursuit-il. Les requérants espèrent qu’une condamnation européenne obligera la France à créer un récépissé et à modifier l’article 78-2 du code pénal qui encadre les contrôles d’identité, jugé trop flou et propice à l’arbitraire policier. En février, le Conseil constitutionnel a validé ces dispositions, avec toutefois de fortes réserves pour limiter les contrôles discriminatoires. Au printemps 2011, c’était déjà sous les coups de boutoir de la Cour européenne que la France s’était résolue à réformer sa garde à vue, autorisant la présence de l’avocat dès son début et durant tous les interrogatoires.

Sur les treize citoyens qui avaient demandé à l’État de justifier des contrôles subis entre fin 2011 et début 2012, cinq avaient gagné en appel. Les cinq requérants avaient produit des témoignages attestant qu’à chaque fois, seuls des Noirs et/ou des Arabes avaient été contrôlés. L’État s’était pourvu en cassation, de même que les huit perdants. La Cour de cassation a donc eu à examiner les 13 dossiers.

Elle a condamné l’État pour faute lourde dans trois cas et en a renvoyé deux devant la cour d’appel. Elle a en revanche rejeté les 8 pourvois des citoyens, estimant, avec une argumentation contestée, qu’ils n’avaient pas apporté la preuve de l’aspect discriminatoire du contrôle. Six des déboutés ont décidé de porter l’affaire devant la Cour européenne. Sur le fond, la Cour de cassation avait confirmé qu’en matière de discrimination, l’« aménagement de la charge de la preuve », déjà reconnu en droit du travail, concerne également les relations police-citoyen. À la personne contrôlée d’« apporter au juge des éléments qui laissent présumer l’existence d’une discrimination » ; à l’administration « de démontrer, soit l’absence de discrimination, soit une différence de traitement justifiée par des éléments objectifs ».

« C’est une décision admirable, mais qui ne va pas jusqu’au bout de sa logique », regrette Slim Ben Achour. Car pour la Cour de cassation, les statistiques sur les contrôles au faciès ne suffisent pas à constituer ce commencement de preuve nécessaire. Prenons le cas de Mouni S. : cet étudiant noir en école de commerce a été contrôlé le 15 septembre 2011 à la sortie du métro Croix-Marie, à Lille. Il présente sa carte d’étudiant, le ton change, les policiers le laissent repartir en lui souhaitant une bonne journée. Son ami asiatique ainsi que les autres passants n’ont pas été contrôlés. Malgré les statistiques et l'attestation de son ami, la Cour de cassation a estimé qu'il n’apportait pas la preuve de la discrimination.

La jurisprudence de la CEDH va plus loin : des statistiques suffisent à créer une présomption de discrimination et la charge de la preuve incombe alors à l’État. Dans une décision de novembre 2011, les juges européens ont ainsi condamné la République tchèque pour discrimination pour avoir scolarisé des enfants roms dans des écoles destinées aux enfants atteints de déficiences intellectuelles. Ils se sont appuyés sur des statistiques montrant que les enfants roms étaient largement surreprésentés dans ces écoles. Ces chiffres ont été jugés « suffisamment fiables et révélateurs pour faire naître une forte présomption de discrimination indirecte », avait écrit la Cour européenne, qui avait sommé le gouvernement tchèque « de démontrer que cette différence d’effet de la législation était le résultat de facteurs objectifs qui n’étaient pas liés à l’origine ethnique ».

Zones dangereuses

Dans d’autres cas de contrôles manifestement discriminatoires, la justice française a refusé de condamner l’État au motif de la « dangerosité de la zone » dans laquelle le contrôle avait eu lieu. Le 27 septembre 2011, Lyes K. est contrôlé avec son ami Amine D. devant son domicile de Vaulx-en-Velin par 15 policiers. Les fonctionnaires ne donnent aucune justification. Et jamais le ministère de l’intérieur ne cherchera à démontrer, lors des procédures, en quoi les deux jeunes hommes représentaient une menace pour l’ordre public. La cour d’appel avait cependant estimé que « la dangerosité de cette zone » justifiait leur contrôle, rappelant qu’il s’était déroulé dans « un lieu notoirement connu pour être touché par la délinquance, notamment les violences aux personnes et le trafic de stupéfiants » et où « dans les jours précédents, de nombreux véhicules automobiles avaient été incendiés ».  

C’est aussi ce qui s’est passé pour un contrôle qui a eu lieu à Saint-Ouen le 11 novembre 2011. Bocar N. est contrôlé et fouillé alors qu’il sort de chez ses parents avec ses petites sœurs. Les policiers le plaquent contre un mur, lui assènent un coup de pied pour lui faire écarter les jambes, le menacent de le « tazer » puis de lui donner une amende pour « dégradation de bien public » parce qu’il avait posé un pied contre le mur. Là encore, la discrimination n’est pas prouvée pour les juges français, en raison du « contexte de délinquance ». Les juges estiment que dans ce quartier « touché par la délinquance, classé en zone de sécurité prioritaire en 2011, faisant régulièrement l’objet de réquisitions à fin de contrôle prises par le procureur de la République, notamment afin de lutter contre les trafics de drogue », le fait de sortir en courant d’un immeuble en portant une capuche suffisait à caractériser « un comportement suspect » et donc à justifier le contrôle.

Cette distinction est insupportable pour les auteurs de la requête, dont James Goldston, directeur exécutif d’Open Society Initiative qui a déjà porté plusieurs dossiers emblématiques devant la CEDH, comme celui des enfants d'origine rom contre la République tchèque. « Si les tribunaux français ont admis que de tels contrôles pouvaient constituer une discrimination illicite au sein d’une ville à la population mixte, où des Blancs sont présents, ils ont en revanche statué qu’il ne s’agissait pas d’une discrimination lorsque les contrôles étaient effectués dans une ville étiquetée comme “à forte délinquance”, un terme qui renvoie en fait à des villes pauvres caractérisées par une très large proportion de minorités ethniques, souligne leur requête. Cette décision revient à autoriser la police à se livrer à des discriminations dans les banlieues, mais pas dans les centres-villes. »

Les requérants s’appuient aussi sur l’absence de volonté des autorités françaises de repérer et prévenir ces discriminations. « En cela, elles ont manqué à leur obligation positive de mettre en place une législation, des procédures et des pratiques visant à empêcher toute discrimination, soulignent-ils. Le fait que les individus contrôlés ne reçoivent aucun procès-verbal, récépissé ou formulaire de contrôle, ni aucune autre preuve matérielle qu’ils ont subi un contrôle, crée un climat d’impunité dans lequel les agents de police sont libres de discriminer sans subir de conséquences. »

Vu l’engorgement de la Cour européenne des droits de l’homme, l’affaire ne sera sans doute pas tranchée avant deux ans. Plus de 93 150 requêtes étaient pendantes fin avril 2017 devant la Cour, les plus gros pourvoyeurs étant la Turquie, l’Ukraine, et la Hongrie (juste devant la Roumanie, la Russie et l’Italie). Une formation devra d’abord vérifier la recevabilité de la requête (extinction des poursuites au niveau national, etc.), puis la communiquer au gouvernement français qui pourra à ce moment-là déposer des observations. Ensuite, la Cour devra déterminer si la Convention européenne des droits de l’homme a été violée. Priorité est donnée aux « affaires les plus graves ou celles révélant l’existence de problèmes à grande échelle ». Avec plusieurs millions de contrôles potentiellement discriminatoires par an en France, les requérants espèrent entrer dans cette case…

Prolongation de l’état d’urgence, sixième

Après avoir répété, en campagne, vouloir sortir de l’état d’urgence dès que « possible », Emmanuel Macron a choisi de le proroger jusqu’au 1er novembre. Le temps d’examiner un nouveau projet de loi antiterroriste.

La chose est devenue presque habituelle. Au lendemain de l’attentat meurtrier de Manchester (Grande-Bretagne), le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé, ce mercredi 24 mai au matin, que le gouvernement soumettrait en juillet au parlement un projet de loi pour proroger l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre, ainsi qu’un nouveau texte visant à renforcer la lutte antiterroriste. Il s’agira notamment de mieux sécuriser « les grands événements culturels, récréatifs ou sportifs », a précisé le premier ministre, Édouard Philippe.

 

Officiellement, cette décision a été prise à l’issue du conseil de défense et de sécurité nationale qui s’est tenu mercredi matin, mais ne serait pas provoquée par les événements de Manchester. L’Élysée et Matignon n’indiquent pas si la menace terroriste en France s’est aggravée ou non ces dernières heures. « La menace terroriste portée par Daech et Al-Qaïda demeure en Europe, et particulièrement dans nos deux pays, à un très haut niveau », a seulement précisé Philippe. Les services de renseignement sont, en tout cas, à un niveau de mobilisation maximum. Sollicité par Mediapart, un haut responsable du dispositif antiterroriste estime la prolongation de l'état d'urgence « justifiée au regard du niveau de menace actuel ».

Le Conseil de défense du 24 mai. Emmanuel Macron entre le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler (gauche) et l'amiral Bernard Rogel (droite). © Reuters

L’état d’urgence devait s’achever le 15 juillet. Ce sera donc la sixième fois que ce dispositif dérogatoire, qui renforce singulièrement les pouvoirs de police administrative, est prolongé depuis les attentats survenus à Paris, le 13 novembre 2015. Il s’agit pourtant d’un régime d’exception qui n’a pas vocation à durer sans risques réels pour les libertés, comme l’ont déjà rappelé le Conseil d’État, le Défenseur des droits, les députés de la commission des lois, et les organisations de défense des droits de l’homme.

L’état d’urgence met en effet certaines libertés individuelles entre parenthèses, contourne l’avis du juge judiciaire, et déroge à la Convention européenne des droits de l’homme, en offrant de nombreuses facilités à l’administration, notamment en matière d’assignation à résidence, de perquisitions administratives, d’exploitation des données, de fermeture de lieux de culte ou d’interdiction de manifester.

Critiquable en soi, l’état d’urgence est, en outre, devenu moins utile que par le passé avec le renforcement continu des lois antiterroristes (huit fois ces trois dernières années). La prolongation de ce régime d’exception ne s’impose pas, aux yeux de nombreux juristes, qui s’inquiètent parfois de la mise en place insidieuse d’un « état de police ». Selon le ministère de la justice, cité par Le Parisien, 271 assignations à résidence ont été prononcées entre le 14 novembre 2015 et le 25 février 2016. Et 68 personnes faisaient encore l’objet de cette mesure à la mi-mai.

Avant de se résoudre à le prolonger, Emmanuel Macron avait lui-même émis des réserves vis-à-vis de l’état d'urgence. Dans son livre Révolution, paru en novembre 2016, il indiquait vouloir en sortir dès que « cela sera possible », estimant que « sa prolongation sans fin, chacun le sait, pose plus de questions qu’elle ne résout de problèmes ». « Nous ne pouvons pas vivre en permanence dans un régime d’exception, écrivait encore le président de la République. Il faut donc revenir au droit commun, tel qu’il a été renforcé par le législateur et agir avec les bons instruments. Nous avons tout l’appareil législatif permettant de répondre, dans la durée, à la situation qui est la nôtre. »

Également interrogé sur ce point lors du Mediapart Live du 5 mai, Macron avait répété son « souhait » de sortir de l’état d’urgence. « Je ferai le point avec les services de renseignement. S’il est avéré que les perquisitions administratives sont justifiées en raison du niveau de risque, je le maintiendrai. Si ça ne sert plus à rien et que la surveillance des éléments les plus dangereux, les modes d’action hors état d’urgence sont aussi efficaces, je le suspendrai », avait-il précisé.

Du côté de Matignon, on l’assure, la prorogation du dispositif permettra surtout de plancher sur un nouveau texte antiterroriste. « Cette prorogation sera limitée au temps nécessaire à l’examen d’un projet de loi qui inscrira dans le droit commun les dernières mesures de renforcement de l’arsenal existant », a d’ailleurs affirmé Édouard Philippe sur le perron de l’Élysée, entouré de plusieurs ministres, dont celui de l’intérieur, Gérard Collomb, qui avait déjà laissé entendre, plus tôt dans la matinée, sa volonté de maintenir l’état d’urgence au-delà du 15 juillet.

 

Le communiqué envoyé par l’Élysée mercredi matin précise également qu’Emmanuel Macron a « donné des instructions pour la mise en place du centre de coordination des services engagés dans la lutte contre le terrorisme, dont l’organisation sera arrêtée, sous son autorité, par le Conseil de défense et de sécurité d’ici au 7 juin ». Il s’agit de la fameuse « task force » sur le terrorisme, l’une de ses promesses de campagne. « Elle n’aura pas de forces d’intervention ou de forces d’investigation mais devra coordonner au quotidien tous les services compétents », avait assuré le président de la République à Mediapart, le 5 mai. Une structure de coordination Inter-Services existe pourtant, il s'agit de la cellule Allat, rappelle sur Twitter le député (PS) Sébastien Pietrasanta (rapporteur de la commission d'enquête sur les attentats), par ailleurs opposé au prolongement de l'état d'urgence.

Cette énième inflexion sécuritaire n'est pas non plus du goût du Syndicat de la magistrature (SM). « À nouveau, l'émotion légitime suscitée par les attentats britanniques aboutit à une décision politique inadaptée. En annonçant une nouvelle prorogation de l'état d'urgence et une nouvelle loi antiterroriste, le gouvernement se fourvoie. L'état d'urgence ne protège pas contre le terrorisme, mais il installe durablement une logique d'exception et de suspicion dans notre droit et donne lieu à de réelles dérives », déclare Laurence Blisson, secrétaire générale du SM, sollicitée par Mediapart. « La perspective d'une nouvelle loi antiterroriste est tout aussi inquiétante : les textes dérogatoires s'accumulent sans aucune évaluation. »

 

Dans un communiqué, la Ligue des droits de l'homme dénonce pour sa part une décision prise « sans mener aucune réflexion sur la pertinence d'une législation qui n'a pas prouvé son utilité mais qui a restreint nos libertés, créé des situations arbitraires et, énième réflexe pavlovien, qui voit chaque événement suivi d'un nouveau projet répressif ». Par ailleurs, un collectif de onze organisations (dont Amnesty international et le Syndicat des avocats de France) a adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron que l'on peut lire ici.

Le Département d’État : al-Qaïda, ayant été renommée, n’est plus une organisation terroriste

Elle peut donc recevoir des approvisionnements de la CIA.

Le 15 mai 2017

Max Abrams, un professeur qui travaille sur le terrorisme, a proposé cette nouvelle définition du « terrorisme » :

Des acteurs non étatiques qui utilisent la violence contre les civils pour un but politique et qui ne sont pas soutenus par les États-Unis.

 

La partie en italique est « nouvelle » pour ceux qui n’ont pas appris de l’histoire et des nombreuses occasions où les États-Unis ont soutenu des organisations terroristes (généralement d’extrême-droite), comme les « contras » du Nicaragua, les fascistes de l’OUN en Ukraine ou les Moudjahidines djihadistes en Afghanistan. On peut aussi discuter sur le fait que les États-Unis ont créé al-Qaïda ainsi qu’État islamique (EI).

(Le 21 mai 2017 : les présidents étasunien et égyptien sous l'égide du roi séoude cherchent soutien contre le terrorisme auprès d'une boule magique.)

Mais contentons-nous d’être satisfaits que des gens réalisent ce problème.

La remarque du Prof. Adams est venue après qu’un rapport de la radio canadienne (CBC) a constaté que les États-Unis n’ont pas désigné une nouvelle organisation, qui n’est autre qu’al-Qaïda en Syrie après avoir changé de nom, comme « entité terroriste étrangère ».

Les États-Unis ont simplement offert une récompense de 10 000 000 $ (pdf officiel) pour Abu Muhammad al-Joulani, le fondateur d’al-Qaïda en Syrie (alias Jabhat al-Nusra, aka Jabhat Fatah al-Sham). Mais l’organisation, nouvellement renommée, qu’il mène en tant que commandant militaire officiel, Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), ne figure sur aucune liste d’entités terroristes américaines (ni canadiennes) :

La filière syrienne d’al-Qaïda, qui s’appelle actuellement Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), a réussi à échapper à la liste des entités terroristes du Canada, suite à son dernier changement d’identité.

[…]

En janvier de cette année, le groupe a de nouveau changé de nom, se dissolvant nominalement et rejoignant quatre autres groupes djihadistes. Il a changé le mot « Jabhat  » (Front) en « Hay’at  » (Organisation), et « Fateh  » (Conquête) en « Tahrir  » (Libération).

[…]

Le Département d’État a fait une déclaration en mars, en arabe uniquement, désignant HTS comme un groupe terroriste. Mais Nicole Thompson, du département d’État, a déclaré à CBC que c’était une erreur.

«  Bien qu’étroitement affilié à al-Nusra, Hay’at Tahrir al-Sham n’est pas reconnue comme une organisation terroriste  », a-t-elle déclaré dans un courriel. « La déclaration que vous avez trouvée aurait dû dire le Front al-Nusra et a été corrigée ».

Al-Nusra, cependant, n’existe plus.

Cette non-désignation va rendre plus difficile la poursuite des membres et des partisans de l’organisation. Les dons et autres formes de soutien à HTS sont maintenant légaux. Tandis que Nusra et HTS avaient prétendu ne plus faire partie d’al-Qaïda (mais n’ont jamais renié leur serment), les intellectuels de ces organisations plaident fréquemment pour que la connexion soit reconnue publiquement. Aucun professionnel travaillant sur la question ne conteste le fait que HTS fasse partie d’al-Qaïda. Mis à part le Département d’État américain.

CBC spécule alors sur le fait que HTS n’est pas (ou n’est plus) désigné comme terroriste :

Les raisons de cette réticence à mettre la nouvelle formation d’Al-Qaïda sur la liste des organisations terroristes est peut-être en rapport avec l’un de ses nouveaux membres, la Brigade Nour ed-Dine Zenki, un groupe djihadiste du gouvernorat d’Alep.

La Brigade Zenki fut un bénéficiaire précoce et éminent de l’aide étasunienne, allant de la fourniture d’armes à la formation.

Zenki a été abandonnée par le Département d’État, seulement après qu’Amnesty International les a impliqués dans le meurtre de prêtres chrétiens orthodoxes et que ses membres ont publié une vidéo d’eux-mêmes décapitant un jeune garçon.

Une autre raison me semble plus probable.

Fournir un soutien matériel ou des ressources aux organisations terroristes étrangères listées est interdit en vertu du paragraphe 18 du Code des États-Unis § 2339B. Les groupes non listés peuvent être fournis et donc aidés.

Tant que HTS n’est pas désigné comme groupe terroriste, la CIA, et toute autre personne, peuvent lui fournir des armes et de l’argent, sans utiliser des groupes de l’« Armée syrienne libre » (ASL) comme intermédiaire. Ce système a bien fonctionné lorsque de nombreux groupes comme la Brigade Zenki, alors salués comme des héros libérateurs, ont livré les fournitures de la CIA en hommage à Jabhat al-Nusra et EI ou ont combattu à leur côté. Mais le nombre de groupes ASL a diminué. Beaucoup ont fermé leurs magasins, ont fui vers l’Europe ou se sont joints soit à al-Nusra (sous sa forme HTS), soit à l’organisation terroriste Ahrar al-Sham. Une ligne d’approvisionnement directe pour al-Qaïda est plus pratique et entraînera moins de pertes en cours de route.

Tant que HTS n’est pas officiellement désigné comme terroriste, il continuera vraisemblablement d’avoir accès aux missiles antichars TOW et à d’autres fournitures lourdes livrées par la CIA, comme les munitions d’artillerie. L’organisation continuera à préparer de nouvelles attaques contre les forces gouvernementales syriennes et les civils syriens. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent donc rester vigilants face à ce problème et élaborer d’autres moyens pour interrompre ces livraisons

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par M pour le Saker Francophone

 

 

Derrière les fronts : résistances et résilience en Palestine

Ce n’est pas parce qu’ils sont mal informés que nos dirigeants soutiennent ceux d’Israël et leur garantissent l’impunité. C’est parce que cet État surarmé, morceau d’Europe installé au Proche-Orient, capable de contrôler et d’enfermer des millions de personnes, c’est leur État rêvé.

Nous avons souvent entendu lors de nos voyages en Palestine les propos suivants : « cette guerre est née de l’extérieur. De la reconnaissance par la communauté internationale d’un État qui viole en permanence le droit international et de l’impunité dont il jouit. Une solution juste viendra de pressions venues de l’extérieur et des capacités de résistance et de résilience des Palestinien-ne-s. »

C’est cela que traite le documentaire d’Alexandra Dols : informer et analyser les mécanismes qui permettent au peuple palestinien de rester debout.

 

En une série de séquences balayant les dix dernières années, Alexandra Dols fait témoigner :
 Une femme totalement traumatisée après avoir réussi à empêcher l’enlèvement de son enfant par des colons meurtriers
 Un prêtre orthodoxe qui réaffirme la solidarité entre les Palestiniens quelle que soit leur religion
 Un professeur de sociologie de l’université de Bir Zeit
 Une Palestinienne d’Israël « queer »
 Un homme plusieurs fois emprisonné et juste libéré après une nouvelle grève de la faim
 Une femme, membre du FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine) qui a fait de nombreuses années de prison.

 

 

 

 

 

 

 

Elle montre des images prises à Gaza pendant les 52 jours du massacre « bordure protectrice » pendant l’été 2014.

Le personnage principal dont les propos tissent l’unité de ce film est Samah Jabr. Cette femme, médecin psychiatre vivant à Jérusalem Est a écrit depuis des années de nombreux articles sur les effets traumatiques du « sociocide » à l’œuvre. Elle montre comment les Palestinien-ne-s sont en permanence intimidés et humiliés. Elle étudie les conséquences sur les enfants, dans quel état psychique on est en sortant de prison ou pendant le deuil.

On la suit entre Jérusalem et Ramallah et sur les check-points. À partir de la phrase terrible d’une mère apprenant la mort de son fils : (« j’ai dansé comme un poulet dont on vient de trancher la tête »), Samah confronte mots et langage du corps pour proposer l’écoute de la souffrance la plus réparatrice possible.

Réaliser et populariser des documentaires comme Derrière les fronts, c’est faire en sorte que plus personne ne puisse dire : « nous ne savions pas ». C’est empêcher le révisionnisme insupportable de ceux qui présentent Israël comme « la seule démocratie du Proche-Orient ». C’est donner une humanité au peuple palestinien diffamé en permanence.

Pour l’instant, malgré tout ce qu’elle subit, la société palestinienne ne s’écroule pas. 
Le regretté Stéphane Hessel nous demandait de nous indigner. Suivons-le et ne laissons pas faire !

Pierre Stambul (Union Juive Française pour la Paix)

Source: http://www.ujfp.org/spip.php?article5648

 

Les missiles hypersoniques US ne prendront pas les Russes par surprise

Se déplaçant à près de 6 kilomètres/seconde (21 600 kilomètres/heure), les engins hypersoniques US ne sont pas encore assez rapides pour échapper aux yeux d’aigle du système d’alerte russe contre les attaques de missiles.

Les toute nouvelles stations radar russes de classe Voronezh, sont capables de repérer et de suivre l’engin hypersonique US conçu pour échapper au système d’alerte contre les missiles. Jusqu’à très récemment, les trajectoires de ces bolides étaient impossibles à relever, et encore moins à suivre.

À l’heure actuelle, dans le cadre du projet DARPA de Falcon, le Pentagone met au point plusieurs missiles hypersoniques. L’Advanced Hypersonic Weapon, qui a atteint environ 6 kilomètres/seconde lors des essais de vol en 2015 et 2016, est à présent dans sa phase finale de développement.

Dmitry Kornev, rédacteur en chef de Militaryrussia Online, a dit à Izvestia :

Le planeur hypersonique US est envoyé dans l’espace extra-atmosphérique par un propulseur auxiliaire de fusée. Il se sépare du lanceur, accélère, plafonne et plane à environ 160 kilomètres au-dessus du niveau de la mer. Il manœuvre puis, invisible des radars conçus pour repérer les ICBM volant plus haut, descend en piqué sur son objectif.

Les radars russes Voronezh, faits d’antennes en réseau à balayage électronique, travaillent dans la gamme centimétrique et décimétrique. Ils permettent de repérer les objectifs jusqu’à 4 000 kilomètres de distance et jusqu’à 8 000 kilomètres d’altitude.

Lors d’une interview avec Izvestia, Dmitry Stupin, directeur général adjoint de Radio-Technique and Information Systems Concern, a dit :

Nos radars Voronezh sont capables de « voir » à des milliers de kilomètres toute attaque aérospatiale actuelle et future.

Il a aussi parlé de l’impressionnant potentiel de modernisation des stations radar Voronezh, afin d’assurer à 100 pour cent la sécurité dans l’espace aérien du pays.

Une station radar Voronezh est une installation passablement miniaturisée, composée d’un réseau d’antennes en forme de voile et de plusieurs conteneurs pour l’électronique. Construite en seulement 18 mois, elle est servie par une équipe de 15 personnes et revient à environ 1,5 milliard de roubles (26,4 millions de dollars).

Des stations radar de classe Voronezh sont actuellement déployées sur toute la longueur des frontières russes. Celle d’Irkoutsk surveille l’espace aérien allant de la Chine à la côte ouest des USA.

Celle de la région de Kaliningrad couvre une zone allant de la Grande-Bretagne à la côte est des USA, et celle de la région de Krasnodar est capable de détecter les lancements de missiles au Moyen-Orient, en Europe du Sud, dans la Péninsule arabique et en Afrique du Nord.

Les radars Voronezh en cours de construction dans les régions de Krasnoïarsk, d’Orenbourg et près de Mourmansk, protégeront efficacement la Russie contre toute éventuelle attaque de missiles venant du sud-est et de l’Arctique.

 Sputnik International

Original : sptnkne.ws/exVj
Traduction 
Petrus Lombard

 

 

Sécurité internet: il y a 1 an avait lieu le crime parfait: plus de 11 millions d’euros volés en seulement 3 heures

Il y a 1 an, en effet, un  réseau de grand banditisme a réussi le casse du siècle : en seulement 3 heures, ils ont réussi à voler pour plus de 11 millions d’euros en utilisant des cartes bancaires clonées. Preuve s’il en est que la sécurité des données bancaires doit rester une priorité absolue.

Les pirates malintentionnés passent leurs vies à profiter des nombreuses failles des systèmes informatiques afin de trouver quoi que ce soit dont ils puissent profiter : les données privées des utilisateurs, les mots de passe de leurs comptes en banques, et tout type d’informations monnayables…

Ce qui ne veut pas nécessairement dire que les systèmes les plus classiques sont épargnés. Nous apprenions par exemple récemment qu’un nouveau malware permettait de prendre le contrôle des distributeurs de billets et commençait à sévir en Russie et en Europe.

Cette fois-ci, il s’agit pour autant d’une arnaque bien plus simple : en ayant réussi à prendre possession des données bancaires d’une société basée en Afrique du Sud, des centaines de membres d’un syndicat du crime international ont réussi à retirer, entre 5 et 8 heures du matin le 15 mai, pour plus de 11 millions d’euros via pas moins de 14 000 retraits au Japon.

Très organisé, le syndicat a depuis disparu du pays avec cette somme. Aucun individu n’a en effet été interpellé, le crime aura été parfait. De quoi rappeler à tous l’importance de bien protéger non seulement ses comptes en ligne, mais aussi sa simple carte qui pourrait être utilisée à des fins malicieuses.

La lutte contre ce genre de pratique a toutefois désormais deux fronts : les arnaques « classiques », comme celle présentée ci-dessus, et les grandes attaques à base de malware qui ont déjà permis de voler jusqu’à un milliard de dollars aux banques début 2015.

Depuis cette affaire, le travail de sécurisation des systèmes bancaires n’en finit plus de se complexifier pour réussir à tenir la cadence des voleurs, à tel point qu’en tant que consommateur on serait tenté de revenir à l’ancien temps : sous le matelas, bien au chaud.

Michel Duchaine

Source:https://michelduchaine.com/2017/05/22/securite-internetil-y-a-1-an-avait-lieu-le-crime-parfaitplus-de-11-millions-deuros-voles-en-seulement-3-heures/

 

L’Iran consolide son retour

Le président iranien sortant Hassan Rohani a été largement réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle, vendredi passé. Il totalise 58% des suffrages avec 23,54 millions de voix et bat ainsi son principal adversaire, le conservateur Ebrahim Raissi qui obtient un taux de 38,5% avec 15,78 millions d’électeurs. Samedi, l’ayatollah Khamenei – le guide suprême de la révolution – s’est félicité d’une participation populaire exceptionnelle avec 73% des inscrits, soit 40 millions de votants. Il a déclaré : « celui qui a gagné ces élections, c’est le peuple d’Iran. La nation a voté et la sécurité a été garantie (…) Le nouveau gouvernement devra lutter contre la corruption et aider les catégories les plus faibles et défavorisées ». En insistant sur les progrès de l’unification du peuple iranien et de la « démocratie islamique », le Guide a appelé l’ensemble des Iraniens à soutenir l’action des nouveaux responsables. « Force nationale et sagesse internationale » conclut le Guide. L’Iran poursuit et consolide son retour dans le monde. Retours sur images.

Kermanshah, Paweh, Téhéran, 19 mai.

Les dernières pluies abondantes ont verdi les champs et les montagnes du Kurdistan, l’une des trente provinces d’Iran. Au sud de cette région frontalière de l’Irak, la ville de Kermanshah cultive ardemment le souvenir d’une bataille décisive de la fin de la guerre déclenchée par Saddam Hussein contre l’Iran (1980 – 1988). Soutenue et armée par Bagdad et les pays occidentaux, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI), dirigée par la famille Radjavi, a tenté une ultime percée dans la région.

En 1988, après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu avec l’Irak, une colonne de blindés de l‘OMPI a été stoppée au col qui donne accès à Kermanshah. Baptisée Mersad (signifiant embuscade) par le gouvernement iranien, l’opération a opposé 7000 combattants de l’OMPI – soutenus par l’aviation irakienne – aux forces iraniennes du 26 au 30 juillet 1988. L’opération s’est soldée par un cuisant échec pour l’OMPI et les Irakiens. La passe montagneuse où les rebelles ont été neutralisés est aujourd’hui un lieu de pèlerinage où l’on vient de l’ensemble du pays pour honorer les martyrs qui ont défendu pied à pied « la terre de la patrie ».

S’ils aspirent à la reconnaissance d’une certaine autonomie, les Kurdes d’Iran – qui représentent 9% de la population – votent majoritairement pour des candidats réformateurs. En redescendant du monument des martyrs vers le centre ville, les hommes en sarouels (pantalons bouffants) et ceinture d’étoffe s’assurent de l’identité des visiteurs étrangers. Parler directement politique serait mal venu, mais les portraits de Hassan Rohani, fraîchement placardés contre les murs, ne laissent aucun doute quant au soutien massif apporté au président sortant. « Reconduire le président sortant pour le prendre au mot et qu’il réalise enfin ses promesses représente certainement un choix par défaut mais vaut mieux qu’élire un religieux conservateur – haut fonctionnaire de justice – qu’on ne connaissait pas encore il y a six mois », explique discrètement l’un de nos accompagnateurs.

ROHANI PAR DEFAUT

Mêmes visages et sensations à Paweh, où un autre monument et d’autres tombes commémorent le souvenir des affrontements sporadiques mais encore réguliers contre les factions séparatistes du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan). Ici, on vote aussi pour Hassan Rohani, parce qu’ « on est Iranien et entièrement Iranien » affirme un chauffeur de taxi qui en rajoute un peu puisqu’on arrive au siège de la municipalité. En fait, estime un universitaire qui travaille sur les minorités du pays, « rien de comparable avec l’Irak, la Turquie ou même la Syrie. En Iran, la question kurde est relativement gérée et le problème des autres minorités – Azéris, Arabes et Baloutches -, majoritairement sunnites (au moins 15% de la population iranienne) ne donne pas lieu à un irrédentisme sérieux même si celles-ci sont sérieusement surveillées parce que leurs territoires se superposent aux zones d’extraction d’hydrocarbures et d’exportations maritimes de pétrole et gaz iraniens ».

Cela dit, poursuit le même interlocuteur, « les pauvres des campagnes, les gens condamnés à rejoindre la périphérie des villes pour y exercer des petits boulots sont les premières victimes de la rationalisation de l’économie engagée par Rohani. Ces déclassés peuvent être séduits par un vote conservateur visant à sanctionner les promesses d’une embellie économique qui – malgré des annonces répétées – n’a pas suivi la signature de l’accord concernant le programme nucléaire. Une levée partielle des sanctions internationales n’a pas produit la relance économique promise par Hassan Rohani et les critiques fusent contre „les classes moyennes urbaines pro-occidentales qui s’américanisent de plus en plus ».

FÊTES URBAINES

Retour à Téhéran. Avenue Vali-ye Asr est l’artère fémorale de Téhéran et de son agglomération dont la population dépasse désormais 12 millions d’habitants. Du nord au sud, l’avenue fonctionne comme un baromètre social. Au nord, du pied des contreforts de la chaîne de l’Elbourz au musée d’art Moderne du parc Laleh (centre-ville), les beaux quartiers s’affichent entre ministères, universités et centres commerciaux. La journée, les grues de chantier balaient le ciel et rythment l’activité des sociétés, des banques, des administrations et le flux d’embouteillages exponentiels.

Avec le crépuscule, une noria de motos et voitures hérissée de drapeaux violets se met à sillonner les rues en klaxonnant. Des grappes de jeunes filles et femmes, aux voiles improbables, remontent l’avenue en piaffant comme des pies joyeuses. Ambiance sortie d’école et fête de diplôme, elles distribuent des portraits de leur candidat en scandant: « la jeunesse est pour Rohani » et  » Raissi, c’est Reza Pahlavi! » (Traduisez un retour à la dictature du Chah). Quelques motards du camp opposé apportent ponctuellement la contradiction avant qu’un cordon de policiers – en tenue légère et non armure anti-émeute – ne s’interpose fermement mais sans violence. Néanmoins, en dépit de quelques montées de fièvre sporadique, le climat reste très bon enfant, comme une sortie de match de football sans hooligans, atmosphère de 14 juillet ou de 31 décembre.

En descendant Vali-ye Asr vers le sud, les portraits de Rohani disparaissent progressivement. Quelques affiches de Raissi illustrent les carrefours des zones plus populaires : moins de commerces, moins de lumière, peu de grues. Le chauffeur de taxi peste contre les étudiants et la bourgeoisie des quartiers nord. Lui: « travaille presque 20 heures par jour et ne s’en sort pas pour nourrir sa femme et son gosse » alors pas question de voter comme les beaux quartiers et les « pro-américains ». Il faut « poursuivre la révolution islamique le plus fermement possible » lance-t-il enclenchant une compilation de Charles Aznavour dans la radio-cassette.

Retour et remontée vers le nord avec un autre chauffeur. Un portrait du guide Khameneï est scotché sur le tableau de bord: « bien-sûr je vote le Sayed Raissi parce que je travaille dur et que je ne veux pas devenir américain ». Les rues se sont vidées, laissant la place aux nettoyeurs municipaux qui restaurent la grâce des places et des jardins publics, très nombreux à Téhéran. Certains grognent contre ces gamins de la jeunesse dorée, transformés en autant d’agent électoraux de Rohani « qui salopent la ville », d’autres admettent que la campagne électorale ne leur procure pas plus de travail que les fêtes religieuses et le mois du Ramadan… Jeudi, jour de week-end, sera plus calme, les équipes de militants devant s’abstenir jusqu’à l’ouverture du scrutin.

FILES D’ELEGANCE

Vendredi 19 mai. Les bureaux de vote – dans les écoles, les administrations publiques et les mosquées – ouvrent à 8 heures. Aussitôt, la télévision nationale a diffusé les images du Guide en train d’accomplir son devoir électoral dans un lieu non précisé, voulant – à l’évidence – donner l’exemple. 10 heures à l’école primaire de Sadeghiyet (nord-ouest). Une longue queue d’hommes endimanchés et de femmes élégantes – femmes et hommes mélangés – s’étire dans la cour. On commente les derniers soubresauts de la campagne, le débat des six candidats (quatre se sont maintenus), qui a été inhabituellement dur et polémique, notamment sur la question des enrichissements personnels…

« L’élégance de rigueur est d’autant plus soignée » explique un fin connaisseur de la vie politique iranienne, qu’ »en ville la majorité des femmes qui travaillent cherchent à s’affranchir des contraintes vestimentaires pour, non pas singer la femme occidentale, mais tout simplement pour mieux respirer et signifier qu’on peut être croyante, pratiquante et nationaliste iranienne sans forcément adopter un uniforme rigide, triste et très peu adaptée aux contraintes de la vie urbaine “.

Même élégance aussi dans le métro, très propre, où les vendeurs de chaussures et de couvertures traversent les groupes en discussion. Sur la ligne qui mène au Bazar, activités et trafics ressemblent à ceux des jours ouvrables, mais avec une affluence plus dense. Les parcs du centre-ville se peuplent de familles s’apprêtant à pique-niquer. Le grand Pont de la nature qui enjambe l’autoroute périphérique, lui aussi se remplit de promeneurs puisque les locaux de vote sont toujours encombrés et que l’ouverture va sans doute être prolongée jusqu’à minuit.

Mosquée Ebne Zahra (nord-ouest), 23 h 30. La femme responsable du local de vote nous invite à prendre un thé. A l’intérieur, si hommes et femmes votent séparément, tout le monde se retrouve à l’entrée autour d’un thé. Une discussion s’engage avec un groupe de jeunes Bassidj (volontaires de force paramilitaire) qui regrettent le temps de Mahmoud Ahmadinejad qui fut président de la République de 2005 à 2013. Les échanges se propagent au groupe de policiers qui assurent la fluidité des entrées et des sorties: » ils sont marrants les jeunes qui réclament plus de rigueur, de fermeté…Quand ils l’ont, ils font la tête et protestent. Ensuite, ils sont nostalgiques… Faudrait savoir ce qu’ils veulent vraiment » estime le capitaine qui commande l’unité en ajoutant : » une chose est sûre : l’attitude des Etats-Unis et d’Israël pèsent fortement sur cette élection. Les gens redoutent une nouvelle guerre ».

LE GUIDE A GAGNE SON PARI

Samedi midi: l’affaire est entendue! Rohani est réélu avec une avance imposante, plus de vingt points d’avance – environ 7 millions d’électeurs -, même s’il y a eu plus d’un million et demi de vote annulés pour vice de forme. « Depuis l’accord sur le dossier nucléaire, l’Iran a retrouvé une meilleure image sur le plan international » explique un politologue du Centre de recherche New Horizon, « mais en faisant de la levée des sanctions sa marque de fabrique, il a promis le paradis et – bien évidemment – beaucoup déçu ». Comment se fait-il alors qu’il n’ait pas été sanctionné davantage? « Parce que les gens ont effectivement eu peur d’une nouvelle guerre. En reconduisant Rohani, ils ont eu le sentiment de contracter une assurance vie » Il est vrai que la continuité réduit les surprises ! Evoquant Donald Trump, le politologue estime « qu’un seul fou est bien suffisant et qu’il ne s’agissait surtout pas de le défier, même par les urnes ».

D’un autre côté, rétorque son collègue, le nouveau gouvernement Rohani devra changer de tactique et de style: répondre à la demande sociale et ne plus baisser la garde devant les Américains «.

Le Guide avait prévenu: « accord sur le nucléaire mais que sur le nucléaire « , les autres dossiers pendants – Syrie, Yémen et Bahrein notamment – étant loin d’être résolus. Ce rappel des lignes rouges n’implique pas forcément -on peut l’espérer- une nouvelle guerre avec les Etats-Unis ou Israël. Le président américain qui vient d’arriver en Arabie saoudite a bien d’autres préoccupations : tordre le bras des Wahhabites pour qu’ils lâchent les terroristes de l’organisation « Etat islamique » ; garantir et sécuriser le retour des pétrodollars pour l’investissement domestique aux Etats-Unis ; enfin, officialiser la réconciliation Riyad/Tel-Aviv afin de relancer un processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens.

Sur ce dernier dossier, Donald Trump n’agit pas en politique mais en homme d’affaires, cherchant avant tout à réussir là même où son prédécesseur a échoué. En cherchant aussi à aider les Saoudiens à sortir de leur enlisement Yéménite, le président américain veut montrer aux Russes qu’il tient ses alliés et qu’il est prêt à faire preuve de la même rigueur sur le dossier syrien, en vue de collaborer à l’instauration d’une espèce de Yalta proche et moyen-oriental. Comme celle d’Obama, la nouvelle administration américaine nourrit – elle-aussi – l’illusion de détacher Moscou de Damas… Le jour n’est pas venu, tant s’en faut ! En définitive, Washington cherche sans doute à réduire l’influence de l’Iran, qui, d’une manière presque géométrique, est en train de redevenir la puissance régionale dominante au grand dam de la Turquie.

Pour une normalisation avec l’Arabie saoudite, ce sera une autre paire de manches. Souvent cité sur ce dossier, l’ayatollah Khomeini avait coutume de dire que « la crise du Hedjaz1 (appellation évitant de qualifier l’Arabie de « saoudite » du nom de la famille régnante), se réglerait bien après celle de l’entité sioniste ». Par conséquent, à Téhéran, chacun s’accorde à reconnaître l’importance de la visite saoudienne de Donald Trump. Celle-ci n’aura pas que des conséquences économiques mais ouvrira des perspectives géopolitiques « nouvelles » ; ce qui ne signifient pas qu’elles seront forcément constructives…

En attendant, le plus grand gagnant du scrutin est le Guide de la révolution Ali Khamenei : il a su mobiliser son peuple pour une élection présidentielle qui pourrait servir de modèle à bien des pays. On n’ose justement songer à l’Arabie saoudite, grande démocratie-témoin, comme chacun sait ! Le guide a su rester dans sa fonction de superviseur et d’arbitre impartial animé par les seuls intérêts de l’Iran. Enfin, ayant gagné son pari de mobiliser une grande majorité d’Iraniennes et d’Iraniens, il incarne – lui-aussi – de fait, un Iran plus mature qui revient inexorablement sur la scène internationale.

Richard Labévière

1 Le Hedjaz est la région ouest de la péninsule arabique, comprenant notamment les provinces de Tabuk, Médine, La Mecque et Al Bahah ; sa principale ville est Djeddah, mais les cités les plus connues sont les villes de La Mecque et Médine.

Source: https://prochetmoyen-orient.ch/l-iran-consolide-son-retour/

 

 

 

Le vrai coût de fabrication de nos smartphones : pollution, esclavage, conflits armés

Il y a 2 ans seulement, le reportage Cash Investigation, diffusé sur France 2 et ayant pour sujet les dessous les plus choquants de l’industrie smartphone, a fait beaucoup de bruit, levant le voile sur une réalité qui, parfois soupçonnée, est désormais indéniable.

Ces nouvelles technologies étant au cœur de  la vie  de notre site, il n’était pas possible d’ignorer ces informations, c’est pourquoi nous vous avons préparé un dossier faisant le point sur la réalité cachée de nos téléphones portables.

Le décor

Le marché du smartphone a complètement transformé nos vies. Ces appareils ont atteint un tel niveau d’ergonomie, épousent tellement le quotidien pour simplifier la communication, l’accès à l’information, les déplacements et la productivité en générale, qu’on oublie presque leur présence, entrée dans les fibres de nos comportements.

Il n’y a pourtant pas si longtemps, rien de tout cela n’existait, et nos téléphones portables, appelés aujourd’hui les « feature » phones, ne nous permettaient que de téléphoner, ce qui était déjà fascinant à l’époque.

En remontant un peu plus dans le temps, ces mêmes portables n’existaient pas, et nous oublions aujourd’hui qu’il ne fallait pas oublier le code d’un ami pour pouvoir accéder à son immeuble, que nos rendez-vous devaient être calés avec soins pour ne pas se rater, qu’il fallait savoir lire une carte pour se déplacer, et les exemples sont nombreux.

Ce nouveau marché est ainsi devenu une des clefs de l’économie moderne, de nouveaux métiers ont été créés, des empires se sont montés, et la compétition s’est mise à faire rage.

Cette dernière amène les fabricants à vouloir toujours augmenter leurs marges, et certains d’entre eux tentent de parvenir à cela tout en pratiquant des tarifs low cost. C’est ainsi que la course à la production peu onéreuse, quel que soit son prix moral, se développe.

Le reportage Cash Investigation : les secrets inavouables de nos téléphones portables, parle de ce coût réel, humain et écologique, en enquêtant sur la réalité se cachant derrière la fabrication de nos appareils, l’extraction des matières premières, et les économies faites dans la chaine de production en s’appuyant sur des entreprises n’hésitant pas à faire travailler des enfants.

Quoique nos smartphones soient des objets fascinants, une réalité doit aujourd’hui être connue de tous les consommateurs. Si les soupçons concernant l’origine de ces appareils existaient déjà, que d’autres industries nous avaient déjà offert la preuve de ce que les fabricants sont capables de faire pour diminuer les coûts, et que la provenance de certains composants impliquait logiquement des drames humains cachés, les choses n’étaient pas concrètes.

Aujourd’hui, l’enquête délivrée par France 2 fait passer le statut de cette question de simple spéculation à pure réalité.

1 – De quoi sont faits nos portables

Avant que nos smartphones ne soient ces objets artificiels et finalisés que nous connaissons si bien, il y a évidemment des ressources naturelles.

 

Les chiffres concernant la surconsommation humaine, et plus particulièrement occidentale, se multiplient ces dernières années, mais alors que l’information est déjà assez connue du grand public concernant des ressources telles que les terres cultivables, la question des minerais et autres matériaux l’est moins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De quoi est composé votre smartphone

Pourtant, l’explosion de marché des smartphones a boosté l’exploitation d’une quarantaine de matériaux, générant à la fois l’appauvrissement des sols, le traumatisme des écosystèmes alentours, la pollution, et mettant en péril la vie des hommes travaillant dans ces gisements avec des conditions ne respectant souvent aucun standard de sécurité, fréquemment pour le compte de chefs de guerre pour qui la vente des minerais extraits permet l’armement.

Ainsi, l’histoire de la quasi-totalité des smartphones circulant sur le marché est teintée par différents drames humains et environnementaux, impliquant également le travail d’enfants à différentes étapes de la chaîne.

Nous découvrons alors non seulement que derrière le low cost se cachent des économies faites au prix des droits de l’homme, mais que même les produits les plus chers participent à ce système macabre.

 

Enfin, ces matériaux utilisés sont non-renouvelables, c’est-à-dire que nos civilisations ont un stock déterminé de ces différentes ressources, et qu’il n’y en aura pas plus (techniquement, ses ressources se renouvellent aussi, mais leur genèse se fait à une échelle de temps géologique et donc négligeable à l’échelle de la civilisation)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, la production frénétique, que le simple coût humain décrit plus haut serait amplement suffisant à remettre en question, est également problématique en ceci qu’elle se dirige dans un cul-de-sac matériel que l’homme moderne néglige.

2 – Le travail des enfants

 

Le reportage de France 2, lors de son enquête, se rend à l’usine LCE, l’un des fournisseurs d’écrans de plusieurs grands fabricants de smartphones.

Au-delà du fait que les employés doivent avoir une productivité qu’on imagine à peine exécutable, que ces derniers soient numérotés au sens le plus littéral du terme, que les méthodes managériales consistent notamment à leur faire afficher aux murs de l’usine des lettres dans lesquels ils s’excusent pour leurs fautes, au-delà du fait que ces employés vivent dans des dortoirs déplorables, enfin, au moins la moitié d’entre eux sont des enfants.

Employer des enfants plutôt que des adultes offre quelques avantages non négligeables. Cela permet en premier lieu d’avoir une main d’oeuvre à bon prix, dans des pays où cette dernière n’est déjà pas onéreuse à la base. De plus, les enfants sont plus faciles à contrôler.

Ainsi, ce sont des personnes ayant parfois moins de 13 ans que l’on découvre, travaillent 13 heures par jours, avec un jour de congé toutes les deux semaines et deux jours fériés par ans, pour un salaire de 160 euros par mois. Peu d’entreprises échappent au scandale, et Huawei en a fait les frais lors d’une interview musclée de la journaliste de Cash Investigation.

Ce simple fait à lui seul devrait suffire à condamner l’industrie tout entière, assez désolant pour que nos comportements en tant que consommateurs puissent changer, pourtant, il ne s’agit pas du seul secret que renferment nos smartphones.

3 – La pollution

 

Nous avons vu plus haut la diversité des matériaux composant nos téléphones portables. Comme souvent dans le cas des matières premières. Bien entendu, celles-ci doivent être transformées pour obtenir les composants que nous connaissons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le reportage fait un zoom sur les aimants de nos smartphones. Il y en a une dizaine par appareil, et ils sont faits en néodyme, l’élément chimique le plus magnétique du tableau périodique. 97% de la production mondiale est localisée au même endroit, à Baotou, en Chine.

La production de néodyme génère de grandes quantités de déchets, ce qui est d’autant plus dramatique que ces derniers sont particulièrement nocifs. Ainsi, chaque tonne de du matériau fabriquée produit une tonne de déchets et 75 000 litres d’eau polluée.

L’intégralité de cette eau nocive est simplement déversée dans ce qui est littéralement un lac de rejets, recevant 600 000 tonnes annuelles de résidus. Les conséquences sont une radioactivité très élevée dans les environs et une contamination des sols.

 

Le bilan chimique et humain dépasse l’entendement, des villages se vident, l’eau et les récoltes n’étant plus comestibles, l’essentiel des personnes étant restées meurt avant 40 ans, les cancers se développent et le bétail montre des mutations dont l’origine est connue, celles-ci étant caractéristiques de l’empoisonnement au fluoride, un des nombreux produits retrouvés dans le lac.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une analyse de l’eau extraite dans ces sols dévoile un mélange toxique d’Arsenic, Lithium, Manganèse, Strontium et Sodium, de taux d’Uranium 6 fois au-dessus de la norme, et les sulfates 10 fois supérieurs à ce qu’impose la réglementation européenne.

La conséquence, c’est que les hôpitaux locaux ne désemplissent pas de victimes de cancer. Du personnel médical interviewé explique qu’ils traitent plus de 700 patients dans une structure de 200 lits, et que 98 % d’entre eux sont présents pour des cancers. Pour les médecins, la ville de Baotou est en train de mourir, avec des centaines de décès conséquents à l’infiltration dans les sols de ce lac de déchets.

Le groupe exploitant la mine et à l’origine de ce bassin chimique s’appelle Baogang, et fournit une grande partie de l’industrie smartphone dont Sony, et a même un partenariat avec LG.

Il n’est pas évident de savoir qui travaille exactement avec Baogang, notamment en raison de sociétés-écrans dont nous parlerons un peu plus bas, mais au regard du quasi-monopole que le groupe affiche dans le domaine, il est fort probable qu’une majorité écrasante des smartphones que nous avons dans les mains quotidiennement participent en partie au scandale de Baotou.

4 – Le Congo exploité

 

Plus l’on dissèque un smartphone, plus vient la sensation désagréable que chaque pièce le composant est la conclusion d’une histoire terrible, inconnue, et se répétant en permanence, dès qu’un marché représente des milliards.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi ces histoires, celles du tantale et de l’étain, des composants essentiels en électronique mobile, le premier permettant de conserver l’énergie et donc de faire des condensateurs et le second servant aux soudures.

L’extraction des ressources congolaises est problématique en trois grands points ; les conditions de travail des mineurs, la présence d’enfants parmi eux, et ce que l’argent gagné par la production finance. Un des nœuds du problème se trouve encore dans la centralisation de la production en un point donné. C’est au Congo que se trouve 80 % du tantale produit, et le travail dans les mines se fait dans des conditions déplorables.

Dans ces dernières, la sécurité est quasi inexistante et les éboulements sont fréquents. Lorsque cela arrive, les victimes sont laissées sous les gravats et la mine bifurque simplement pour poursuivre le travail.

Au-delà de ces conditions déjà déplorables, il faut considérer la présence d’enfants parmi les mineurs. Ces derniers sont un avantage pour le système, de par le contrôle plus aisé que l’on peut avoir sur eux, comme nous l’avons vu dans le cas de l’usine LCE, mais aussi parce que les enfants n’ayant pas la même notion du danger et de leur vulnérabilité, ils prennent plus de risques que les adultes, optimisant la productivité des exploitants.

 

Tout ceci est d’autant plus problématique que ces richesses ne profitent pas aux locaux. La ville adjacente à ce lieu majeur d’extraction est une des zones les plus pauvres du monde. Par ailleurs, une grande partie des mines de tantale et d’étain sont aux mains de guerriers rebelles, finançant leur conflit avec l’argent produit sur le dos de ces esclaves modernes. Le phénomène est connu sous le nom des minerais de sang, celui des victimes du conflit sévissant au Congo, et celui des mineurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, d’une manière très concrète, les smartphones que nous utilisons quotidiennement sont fabriqués sur le malheur d’autres êtres humains. Il ne s’agit pas de faire dans le sensationnalisme ou l’excès d’emphase. Il n’y a que la réalité ici, le marché doit changer, car les composants de nos appareils nourrissent le conflit armé ayant fait le plus de morts depuis la Seconde Guerre mondiale.

On aimerait penser que la chose reste anecdotique, mais comme précédemment, la proportion de tantale et d’étain venant du Congo est telle qu’il est peu probable que nos machines y échappent. Ici encore, il n’est pas évident de savoir qui exactement profite de ces minerais, mais les noms de RIM (BlackBerry), Nokia et Motorola sont connus, présents dans les clients d’AVX, un acheteur se fournissant auprès de MHI, une entreprise possédant une grande partie des mines.

Imaginer que ces entreprises sont les seules, dans un secteur actuellement aussi concurrentiel que celui des smartphones, serait une erreur. Il faut donc qu’un changement collectif ait lieu, qui ne pourra venir que de la loi, d’une part, et du réveil des consommateurs, d’autre part, qui peuvent, en nombre, imposer de nouvelles exigences à leurs marques fétiches. Encore faudra-t-il qu’ils soient prêts à acheter « idéologique ».

5 – La façade

 

Face à un tel déluge d’informations désolantes, on se retrouve sidérés et curieux. Comment de tels comportements ont pu échapper au monde ? Comment des villes peuvent-elles être décimées par la pollution, des enfants peuvent-ils travailler 28 jours par mois, d’autres être abandonnés dans des mines et comment des euros que nous dépensons dans nos appareils peuvent-ils à terme financer les balles qui tueront des innocents sans qu’on ne l’ait jamais su ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier constat, peut-être le plus terrible, est qu’on le savait. Le travail des enfants, les minerais de sang, et la pollution provoquée par la production de matières premières pour l’électronique sont connus depuis longtemps, mais l’information fonctionnant par vague de prise de conscience, phénomène de mode, et concurrence sordide entre un drame et un autre, personne ne s’y est vraiment intéressé.

Par ailleurs, la question de l’identité des coupables est importante. Savoir que l’extraction des ressources, leur transformation et leur assemblage produisent ces scandales en série est une chose. Mais pour être choqué, pour se soulever et pour que les choses changent, parfois, il faut que l’information devienne « nominative », et que les coupables aient un visage, ou tout du moins un nom.

Cette dernière condition n’est pas évidente à remplir, car des structures se sont montées pour protéger les sociétés. Un principe vieux comme l’économie est celui des sociétés-écrans. Ainsi, il faut suivre les matières premières à la trace pour savoir à qui profite le crime.

 

La chose étant d’une part internationale, les intermédiaires étant nombreux, et les sociétés-écrans faisant leur travail de façade, la tâche est difficile. C’est ainsi que, toujours dans le cadre du reportage de France 2, les journalistes ont pris sept mois à remonter la filière des minerais de sang.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les reporters ont en effet ciblé leurs efforts sur une société étant l’un des plus gros acheteurs des minerais de sang, King Wood. En se rendant au siège social officiel de la société, les journalistes se sont retrouvés face à un simple bureau fournissant des sociétés-écrans à la pelle.

Le cœur du problème est là, dans des petites entreprises produisant des centaines de sociétés fantômes chaque année, derrière lesquelles se cachent les entreprises participant au commerce des terres rares, l’autre nom donné aux différentes ressources utilisées en électronique.

Pourtant, en poussant l’enquête, les journalistes ont réussi à remonter la filière des minerais de sang jusqu’à Apple, et la société n’est certainement pas la seule.

La façade tient également bon grâce aux lobbies. Les plus grands fabricants du monde se réunissent, mettant de côté leur concurrence sauvage, autour d’intérêts communs. C’est ainsi qu’ils peuvent par exemple accorder leurs violons quant à la posture à adopter lorsqu’on les questionne sur des fournisseurs suspects, délivrant alors des réponses identiques à la virgule.

 

Par ailleurs, ces lobbies forment également une entité derrière laquelle les entreprises se retranchent, agissant alors comme un tout, diluant leur responsabilité individuelle dans un ensemble plus grand.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le dernier rouage du mécanisme protégeant les entreprises est la communication de marque. Ainsi, beaucoup d’évènements organisés par des fabricants tels que Samsung sont extrêmement consensuels, la majorité des journalistes sur place ayant été invitée aux frais de la marque, et régulièrement équipée de ses derniers produits.

Ces gestes, simples pour des géants de cette ampleur, évident la plupart des questions de fond. L’ensemble du système, des journalistes aux consommateurs, se satisfait de cette situation.

Lorsque nous attendons le dernier modèle de notre marque préféré, nous ne voulons pas que notre fascination pour la technologie soit dérangée par des pensées venant gêner notre plaisir. Il est très facile de se sentir déresponsabilisé lorsqu’on sait que le changement de notre seul comportement ne changerait rien.

C’est souvent sur la base de ce mécanisme que tous les dérapages de la société de consommation peuvent avoir lieu, des conditions de vie de la viande finissant dans nos assiettes aux textiles utilisés pour nos vêtements en passant, bien sûr, par les smartphones circulant dans nos vies.

 

Pourtant, si l’on se tourne vers les chiffres, une réalité indéniable apparaît. Le site de l’association Ethical Consumer fournit un utilitaire très intéressant notant les entreprises à partir de paramètres tirés dans une base de données colossale d’informations régulièrement mise à jour par l’association. Vous pouvez ainsi faire varier l’importance des paramètres pour voir où se situent les entreprises par rapport au critère observé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion : Ce qui change, ce qu’on peut espérer

Quant à la perspective de changement, notre premier réflexe est de se dire que les jeux sont faits, que le monde est un ensemble d’interactions complexes, d’enjeux financiers nous dépassant, de juridictions ne coopérant pas toujours, et que les autres consommateurs, eux, de toute manière, ne seront pas prêts à faire les mêmes efforts que soi.

La vérité est que tout ceci est assez juste. Pourtant, les choses changent parfois. Comme le commerce équitable s’est mis à cibler une population désirant des produits dont la vente profite plus aux agriculteurs, le marché du smartphone pourrait afficher ce genre de tendance, pour peu que le consommateur exprime se désire, voir même cette condition.

Nous vous présentions, il y a quelques jours, le smartphone équitable Fairphone, un appareil ayant obtenu la note maximum sur le classement d’Ethical Consummer, et surveillant notamment la provenance des matériaux qu’il utilise. Si nous nous tournions vers ce genre de produit, la démarche équitable deviendrait un avantage concurrentiel pour les entreprises, qui s’y adapteraient, si ce n’est par esprit moral, par démarche tactique.

En tout cas, l’espoir existe, et si le Fairphone n’a pas encore été un succès foudroyant, le successeur est déjà prévu pour l’année prochaine. Il n’y a « plus » qu’à faire de cette action la nouvelle norme.

 

Aujourd’hui, les lois évoluent, les fabricants vont devoir peu à peu se manifester avec plus de transparence quant à la provenance de leurs composants et peut-être même aux conditions de travail aux différents points de la chaine. Il ne sera plus alors possible de nier que nous savons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Internet est un outil redoutable dans les mains des consommateurs, et ces derniers savent s’organiser, faire monter des buzz, agir collectivement. Le reportage à l’origine de cet article a fait l’effet d’une petite bombe sur le web, et c’est à nous de tout faire pour que la chose ne soit pas qu’une mode, un sujet du moment qui sera bientôt remplacé par un autre.

Nous aimons nos smartphones, nous sommes passionnés par ces technologies qui ont apporté des avantages formidables, qui peuvent même à terme amener une égalité dans l’accès au savoir, avec des projets comme Android One et la distribution d’internet à travers le monde avec les satellites d’Elon Musk.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de tourner le dos à tous ces avantages et de jeter en bloc cette révolution à laquelle nous assistons depuis dix ans, mais d’augmenter notre niveau d’exigence éthique pour que notre plaisir ne soit plus la cause des pires pratiques que la société de consommation puisse produire.

Michel Duchaine

 

Source:https://michelduchaine.com/2017/05/21/le-vrai-cout-de-fabrication-de-nos-smartphones-pollution-esclavage-conflits-armes/

Florian PHILIPPOT face à Natacha POLONY (17/05) avoue "on avait aucune chance de gagner"

 

Florian PHILIPPOT sans langue de bois avoue que la chance de gagner face au rouleau compresseur du système était quasi nulle.

La Russie pourrait revendiquer la propriété d’un géant du pétrole US

Washington a passé les trois dernières années à essayer de détruire le secteur de l’énergie russe. Aujourd’hui, Moscou est en mesure de saisir la compagnie pétrolière américaine Citgo Petroleum, si la filiale surendettée de Citgo n’arrive pas à rembourser les milliards de dollars qu’elle a empruntés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Karma. Ça existe. Quand le ministre de l’Énergie russe Alexander Novak a annoncé lundi [6 mars 2017, ndt] que le secteur pétrole et gaz du pays avait surmonté les « sanctions » US, il voulait dire sans doute que Moscou était désormais en position de prendre une participation dans une des principales compagnies pétrolières US.

Rosneft, une société pétrolière dont la majorité des actions appartient au gouvernement russe, dit qu’elle a le droit de prendre une participation dans la compagnie pétrolière Citgo Petroleum, si la compagnie-soeur de Citgo qui est à court de liquidités n’est pas en état de rembourser les milliards qu’elle a empruntés, pour faire droit à une demande de saisie récemment déposée par Rosneft dans le Delaware. Si cette action en justice aboutit, Rosneft, qui est dirigée par un des plus proches alliés du président Vladimir Poutine, deviendrait propriétaire d’une tranche considérable d’une des dix plus importantes raffineries de pétrole des États-Unis.

S’il vous plaît ! S’il vous plaît faites-le ! Imaginez-vous une Citgo russe en train de forer au Texas ou ailleurs ? Ah, que ce serait beau !

C’est encore plus formidable si nous nous rappelons ce que Novak a dit en début de semaine ;

« En dépit des sanctions qui ont été imposées à un certain nombre de nos sociétés, notre secteur du pétrole et du gaz a réussi non seulement à surmonter les difficultés ainsi causées mais à démontrer même une dynamique positive. Au cours des deux dernières années, la production de pétrole russe a augmenté de 400 000 barils », a-t-il annoncé.

« L’état financier de nos sociétés est beaucoup, beaucoup meilleur que celui de nombreuses compagnies étrangères » a-t-il encore dit. « Elles sont peu endettées, leur ratio dette/EBITDA est inférieur à 1 et leur endettement de crédit est faible.

Ah, les joies simples d’un « faible endettement » !

 

Voici comment un artiste de Russia Insider voit le proche avenir (avec les compliments de MS Paint).

Les fans des Red Sox vont adorer.

 

P.S. – Oui, on le sait que Citgo est une filiale de PDVSA [Petróleos de Venezuela SA, ndt] Mais Citgo elle-même est aussi américaine que la tarte aux pommes et les Twinkies frits.

Le dindon de la farce, terme qui convient parfaitement au président turc ! Près de six ans après s’être engagé corps et âme dans un conflit syrien qui n’a rien apporté à la Turquie, si ce n’est l’insécurité, la méfiance de ses voisins, le ralentissement de l’économie nationale, le président Erdogan se trouve confronté à la dure réalité: l’allié américain a jeté son dévolu non pas sur lui, mais sur les Kurdes.

En Syrie, les Américains ont annoncé soutenir fermement les Kurdes qu’ils ont commencé à armer d’armes lourdes, de chars, de missiles voire de chasseurs bombardiers.

Les Unités de défense populaire kurdes (YPG) ont la faveur de Washington pour « reprendre la ville de Raqqa aux terroristes de Daech », ce qui reste ni plus ni moins « un couteau empoisonné planté en plein cœur de Erdogan ».

Raï al-Youm qui revient sur le choix américain et la déception que ce choix a suscité, évoque « l’importance que revêt les YPG au sein de l’état-major des Kurdes »:  » C’est l’épine dorsale de toutes les milices kurdes de Syrie que les États-Unis ont chargée de libérer la ville de Raqqa en les équipant d’armements lourds. C’est d’ailleurs le porte-parole du Pentagone, Jeff Davis, qui l’a annoncé très solennellement. L’arsenal contient d’ailleurs des chars, des véhicules blindés, de l’artillerie lourde et des bulldozers à quoi s’ajoutent des missiles anti-blindés et des armes légères. Mais personne n’est dupe, encore moins les Turcs: cet impressionnant arsenal n’est pas destiné à une simple milice, il y a là de quoi faire naître une « armée régulière ». Les États-Unis cherchent à l’évidence à constituer le noyau principal « d’une armée qui devrait soutenir un État kurde », lui aussi à naître sur les frontières syro- turques. »

Le journal voit à travers cette démarche de Washington « un véritable défi lancé à Erdogan » alors qu’il se prépare à se rendre le 16 mai à Washington et qu’il a beaucoup misé sur cette visite.  » Erdogan passe des heures difficiles quand il voit les patrouilles kurdo-américaines le long des frontières avec la Syrie. Il se sent sans doute déçu, frustré et surtout lâché par un allié américain qui a très clairement choisi les Kurdes au détriment d’Ankara, par ailleurs membre actif de l’Otan « , ajoute le journal.

Mais pourquoi Washington a-t-il jeté son dévolu sur les Kurdes au lieu de la Turquie d’Erdogan ? Raï al-Youm répond: » Il existe deux raisons qui président un tel choix: les Kurdes, comme chacun le sait, sont des combattants endurcis. Mais plus important, est la volonté de Washington et de ses partenaires occidentaux de provoquer le démembrement des pays du Moyen-Orient suivant les accords de Sykes-Picot de 1920. Les États-Unis et l’Europe se reprochent de ne pas avoir à l’époque, préparé l’émergence d’un État kurde et c’est à ce « projet déterré » qu’ils travaillent en ce moment. Quant aux Kurdes de Syrie, ils ont qualifié d’historique la décision américaine de les armer, donnant entièrement raison aux Américains de leur avoir fait confiance plutôt à eux qu’aux Turcs. Car « face aux terroristes, les Américains feraient mieux de faire confiance aux Kurdes qu’aux Arabes et aux Turcs ».

Mais dans toute cette histoire, ce qui met encore plus en colère Erdogan, c’est que les Kurdes bénéficient non seulement du soutien américain mais aussi de l’appui russe ! Face à l’émergence d’un État kurde sur ses frontières avec la Syrie, Erdogan ne peut rien, en l’absence de deux grandes puissances sur le soutien desquelles il avait tant compté. La perspective d’une longue guerre à venir contre les Kurdes qui auront bientôt « une armée », terrorise « le sultan ». Une armée qui pourrait bénéficier de l’appui aérien des États-Unis dans sa bataille contre Raqqa.

Six ans de soutien aveugle aux plans divisionnistes de Washington pour la région n’a valu à Erdogan que disgrâce et abandon: on est porté à se demander où sont ces hordes takfiristes que le président turc a prise sous ses ailes, six année durant, pour lui venir en aide dans une situation historiquement inédite en Turquie ?

 

Source: http://parstoday.com/fr/news/middle_east-i36178-erdogan_le_dindon_de_la_farce_!

Al-Araqib, exemple de l’acharnement du pouvoir israélien contre ses propres citoyens !

Israël, seul Etat démocratique du Proche-Orient, selon ses défenseurs et promoteurs, n’hésite pas à recourir à des traitements très spéciaux contre ses propres citoyens. La semaine dernière, le gouvernement Netanyahou a fermé purement et simplement sa radio historique, Kol Israël et sa 1ère chaine de télévision (publique) sans aucun préavis et en plein Mabat, le journal de 20 heures. On a pu voir Geoula Cohen, la présentatrice apprendre la nouvelle en direct… Selon Haaretz, cette fermeture brutale était une sorte de réponse aux critiques que les journalistes avaient pu faire de l’action du gouvernement et de Benjamin Netanyahou en particulier.

Peu de médias s’en sont fait écho en France et aucune des grandes voix de nos intellectuels défenseurs des libertés ne s’en est émue…

Pas étonnant dans ce contexte que personne ne s’est ému de la 113ème démolition d’Al Araqib. Ce village bédouin, dont des documents attestent de son existence depuis l’Empire ottoman est devenu la cible privilégiée de ce même gouvernement israélien. Pourtant les Bédouins sont des citoyens israéliens ; pourtant leur village, situé en pleine zone désertique, au nord de Beer Shéva, la « capitale » du désert du Néguev, ne gêne personne… Et pourtant il a été démoli, disons le mot, rasé, pour la 113ème fois hier.

 

Al Araqib était un petit village de 300 habitants. Un petit village assez prospère vivant principalement de l’élevage (caprin et ovin) entouré de champs lui fournissant les céréales et le fourrage nécessaire à son activité.

Al Araqib au début des années 2000 (photo Aziz Al Turi)
Cette photo qui nous montre un village tout à fait « classique »

Cette photo qui nous montre un village tout à fait « classique » avec, aux premiers plans, ses champs, a été prise alors qu’à l’impulsion du Jewish National Fund américain se mettait en place un plan destiné à attirer 500 000 Juifs en Israël en 10 ans, principalement anglo-saxons. Ce plan, « Blueprint Negev » avait un projet ambitieux afin d’attirer de jeunes Juifs urbains, religieux ou non, en leur proposant un environnement familier : parc paysager et de loisir avec pistes cyclables, amphithéâtre de plein air (le « River Park »), centre commercial gigantesque, aménagement de la vieille ville turque de Beer Shéva, lotissements et même des fermes…

 

Seul problème, ce projet s’étend sur les terres où l’Etat d’Israël a regroupé les Bédouins du Néguev dès la fin de la guerre de 1948. Une zone que les Bédouins ont surnommé le « Siyag », le nom qu’ils donnent à l’espace clos où ils gardent les bêtes). Un problème ? Quel problème ? La plupart des villages bédouins n’apparaissent même pas sur les cartes ! Le « Blueprint Néguev » s’est donc mis en place par le gouvernement sous différents noms (Prawer, Begin, Shamir …) en commençant par chasser la majorité des 100 000 Bédouins vivant dans le Néguev.

Al Araqib, le 27 juillet 2010 (photo Aziz Al Turi)

On peut comprendre la fureur et le désespoir qui a saisi les habitants d’Al Araqib quand ils ont vu arriver la colonne de véhicules impressionnante qui a détruit ce village en quelques heures. Celle-ci s’est transformée en une lutte pacifique : à peine leurs maisons détruites ceux-ci l’on rebâti le jour même avec l’aide d’autres Bédouins et de militants israéliens.

Le gouvernement s’est alors véritablement acharné sur ce village et ses habitants le détruisant à nouveau et le rasant même, ne laissant debout que le cimetière. Cimetière où les habitants ont dû chercher refuge à de nombreuses occasions.

 

Hier, 17 novembre, ce qui reste du « village », c’est-à-dire quelques tentes et des véhicules utilisés comme abri a été une nouvelle fois rasé : c’était la 113ème fois ! Les images ci-après, tirées de la page facebook d’Aziz Al Turi nous montrent encore l’unité de police Yo’av (créée spécialement pour maintenir l’ordre israélien dans le Néguev) en pleine action.

Salim, un des habitants d’Al Araqib en a fait cette courte vidéo

Mais l’acharnement du gouvernement ne s’arrête pas là. Les soutiens des Bédouins du Néguev sont aussi touchés comme, par exemple le Dukium, le Forum pour la coexistence et l’égalité des droits dans le Néguev (une association israélienne). La municipalité de Beer Shéva leur a écrit pour les informer de leur intention de « réexaminer » l’attribution de l’abri anti-aérien (inoccupé), le Multaqa-Mifgash, où le Dukium a établi un centre culturel arabo-juif et où sont organisées des visites des villages bédouins menacés..

Haia Noah, la directrice du Dukium nous écrit :

« Le Multaqa-Mifgash à Beersheba, le centre culturel arabo-juif, où depuis 2006 le NCF organise des évènements culturels, des ateliers, des cours de langues, de fêtes communes est en danger.

Depuis quelques années la municipalité critique ces activités, demandant à de nombreuses reprises d’annuler des projections de films, de limiter nos activités ou d’avertir des événements (je pense à l’engagement avec Umm Al-Hiran et Al-Araqib).

Cette tentative de limiter nos actions et finalement de supprimer nos locaux pour les empêcher fait partie des restrictions plus importantes sur la liberté d’expression et est un autre témoignage de la diminution de nos droits civils.

Selon l’avis de la municipalité, nous devons répondre aux arguments mentionnés dans la lettre dans un délai de sept jours dans le cadre du processus de révision. Nous rejetons totalement ces arguments et nous leur répondrons en détail dans les prochains jours. Nous avons l’intention de continuer à exploiter le Multaqa-Mifgash dans l’abri municipal qui nous a été attribué et nous travaillerons de toutes les façons possibles pour assurer notre mission. »

Michel Ouaknine, UJFP

Photo: Activestills.org

 

Source: http://www.ujfp.org/spip.php?article5643

Comment, au nom du climat, la France cherche à imposer ses intérêts et ses entreprises à l’Afrique

L’Initiative africaine pour les énergies renouvelables, lancée lors de la COP21, devait être un projet exemplaire porté par les Africains pour les Africains, permettant d’assurer l’accès de tous à l’électricité sur le continent tout en préservant le climat. Mais la Commission européenne et la France cherchent aujourd’hui à s’approprier l’Initiative pour lui faire financer des projets énergétiques douteux, qui répondent davantage aux intérêts de leurs entreprises qu’aux besoins des populations. Responsables africains et société civile dénoncent un passage en force.

Ce devait être un projet pour les Africains et par les Africains. L’« Initiative africaine pour les énergies renouvelables » (IAER) fait partie de ces quelques belles idées annoncées au moment de la COP21 à Paris. Ce programme devait être doté de 10 milliards d’euros, apportés par les pays du Nord, mais mis en œuvre par les Africains eux-mêmes, en partant des besoins des gens sur le terrain, plutôt que des souhaits des grandes entreprises. L’objectif est de créer au moins 10 milliards de watts de capacité de production d’électricité renouvelable d’ici 2020, et d’assurer l’accès à l’électricité de tous les Africains d’ici 2030. Le tout en minimisant les impacts sociaux et environnementaux des projets financés, en respectant les droits des populations et en évitant les phénomènes d’accaparement de terres.

C’était sans compter sur l’Europe et en particulier sur la France. Suite à la dernière réunion de l’Initiative, qui s’est tenue à Conakry en mars dernier, son concepteur et haut responsable, le Malien Youba Sokona, a démissionné avec fracas, accusant les Européens et tout particulièrement Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement sortante, d’avoir imposé aux Africains « leur » liste de projets à financer. Des projets qui ne sont ni nouveaux, ni vraiment « verts », et souvent portés par des multinationales ou des hommes d’affaires européens.

Passage en force

Selon le compte-rendu du site Climate Home (traduit en français ici), lors de la réunion de Conakry, de nombreux responsables africains ont émis des réserves sur les projets proposés et sur une décision prématurée qui ne respectait les principes fondateurs de l’IAER ni sur la forme ni sur le fond. Les Européens ont pu compter sur le soutien des présidents tchadien et guinéen Idriss Déby et Alpha Condé, deux proches alliés de Paris, pour passer en force. Immédiatement après la réunion, la Commission européenne s’est empressée de proclamer sur son site que l’Initiative avait effectivement validé 19 projets, pour un montant de 4,8 milliards d’euros.

Les projets approuvés incluent plusieurs infrastructures de réseaux, qui serviront aussi bien aux énergies « sales » qu’aux énergies renouvelables. La liste inclut également une série de projets de centrales solaires ou de barrages. Une centrale solaire au Tchad, par exemple, est portée par des entreprises basées à Londres et à Paris (la Compagnie des énergies nouvelles ou CDEN) qui semblent s’être constituées exclusivement pour profiter des nouvelles opportunités « vertes » en Afrique. La liste mêle projets à petite échelle et initiatives de très grande envergure, sans que la répartition des fonds alloués soit précisée. Autant d’ouvrages qui risquent de profiter directement (en tant que constructeurs ou concessionnaires) ou indirectement (en tant que financeurs, consultants, fournisseurs ou clients) aux grandes entreprises européennes ou autres.

Le climat, une opportunité économique pour la France ?

La COP21 avait été explicitement vue comme le gouvernement français comme une occasion de promouvoir et vendre l’expertise de ses champions nationaux, à commencer par Engie et EDF, dans le domaine des énergies « vertes ». Ce dont témoignait le choix des sponsors officiels de l’événement (lire notre enquête à l’époque) ou encore l’organisation du salon « Solutions COP21 » (lire ici). Cette ligne politique s’est maintenu une fois la Conférence de Paris passée, et l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables est rapidement apparue comme une cible prioritaire.

En septembre 2016, Ségolène Royal a signé un rapport « proposant », en tant que présidente officielle de la COP, une liste de 240 projets à l’IAER. Un véritable fourre-tout incluant de nombreux mégaprojets très controversés, à l’image du grand barrage Inga 3 en République démocratique du Congo, dans lequel sont impliqués des cabinets d’ingénieurs français. Les deux seuls projets concrets proposés pour le Cameroun sont le barrage de Nachtingal, un projet d’EDF, ainsi qu’un kit solaire « pay as you go » également proposé… par EDF. Inutile de dire que les considérations sociales et environnementales – et plus largement démocratiques – qui présidaient à la conception initiale de l’IAER sont superbement ignorées. Le rapport, tout à la gloire de Ségolène Royal, comprend plusieurs dizaines de photos d’elle en train de rencontrer des dirigeants africains.

L’Afrique au centre des convoitises

Suite à la réunion de Conakry et à la démission de Youba Sokona, un collectif d’organisations africaines a publié une déclaration dénonçant vigoureusement le « détournement » de l’Initiative africaine par la France et l’Europe. « Nous en appelons à tous les États, leaders et peuples africains pour qu’ils exigent une énergie renouvelable véritablement centrée sur les besoins et les droits des gens en Afrique, sur la base du modèle formidable esquissé par l’IAER et validé par tous les pays africains », proclament ces organisations. Elles accusent également les Européens de mentir sur leur niveau réel d’investissement dans l’IAER, en affichant le chiffre de 4,8 milliards alors que la somme réellement apportée serait au mieux de 300 millions, dans des conditions imprécises.

Ces tensions autour de l’IAER ne sont que l’une des facettes d’une lutte d’influence plus large. L’Afrique apparaît en effet comme un terrain de choix pour les multinationales souhaitant développer de grandes infrastructures très profitables, d’autant plus qu’aux financements internationaux dédiés au « développement » s’ajoute désormais la manne de la finance verte. Le groupe Engie, par exemple, s’est positionné sur le marché africain à travers son partenariat avec la famille royale marocaine, via la holding SNI et sa filiale Nareva. Dans le cadre de la COP22, les deux partenaires ont signé un accord stratégique visant à développer de nouveaux projets énergétiques au Maroc et dans le reste du continent africain (Égypte, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana et Cameroun).

Dans le cas de la France, cette attirance pour les marchés des infrastructures et de l’énergie verte en Afrique se double de relents de paternalisme et de néocolonialisme. L’ancien ministre Jean-Louis Borloo avait ainsi lancé, peu avant la COP21, une fondation pour « électrifier l’Afrique en dix ans », avec le soutien de l’Élysée. Parmi les partenaires de l’initiative, on retrouvait déjà toutes les grandes entreprises du CAC40, à commencer par EDF, Engie et Total. Les représentants officiels africains ont choisi de privilégier plutôt la création de l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables, précisément parce que celle-ci était directement pilotée par les Africains. Jean-Louis Borloo a fini par jeter l’éponge, tout en revendiquant la « paternité » de l’IAER. Mais la bataille des Africains contre les convoitises de la France et de l’Europe est loin d’être finie.

Olivier Petitjean

Photo : IIP Photo Archive CC

 

Source:http://www.mondialisation.ca/comment-au-nom-du-climat-la-france-cherche-a-imposer-ses-interets-et-ses-entreprises-a-lafrique/5590999

De grands scientifiques étasuniens confirment un plan américain de conquête de la Russie

Par Eric Zuesse –Source UNZ Reviewhttp://lesakerfrancophone.fr/de-grands-scientifiques-etasuniens-confirment-un-plan-americain-de-conquete-de-la-russie

Le Bulletin des scientifiques atomiques a publié une étude, le 1er mars 2017, qui commence ainsi :

« Le programme de modernisation des forces nucléaires des États-Unis a été présenté au public, comme un effort pour assurer la fiabilité et la sécurité des têtes nucléaires de l’arsenal nucléaire américain, plutôt que pour améliorer leurs capacités techniques. En réalité, ce programme va utiliser de nouvelles technologies révolutionnaires, qui augmenteront considérablement la capacité de ciblage de l’arsenal américain de missiles balistiques. Cette augmentation de capacité est étonnante. Elle augmente d’un facteur d’environ trois, le pouvoir global de destruction des forces existantes des missiles balistiques américains et cela crée exactement ce à quoi l’on s’attend, si un État possédant le nucléaire prévoyait d’avoir la capacité de combattre et de gagner une guerre nucléaire, en désarmant les ennemis grâce à une première frappe surprise. 

L’étude continue ainsi :

 

« Parce que les innovations dans les super-fuze apparaissent aux yeux des non-techniciens comme mineures, les décideurs politiques hors du gouvernement des États-Unis (et probablement à l’intérieur du gouvernement) ont complètement négligé leur impact révolutionnaire sur les capacités militaires et leurs importantes implications pour la sécurité mondiale. »

Cette étude a été coécrite par trois grands scientifiques américains spécialisés dans l’analyse des armes et surtout dans l’équilibre géostratégique entre les pays : Hans Kristensen, Matthew McKinzie et Theodore Postol [Le même chercheur qui a démonté le rapport officiel étasunien sur l’attaque au sarin à Khan Shaykhun, NdT]. Leur rapport se poursuit ainsi :

« Cette vaste augmentation de la capacité de ciblage nucléaire aux États-Unis, largement dissimulée au grand public, a de sérieuses implications pour la stabilité stratégique et pour la perception par les adversaires de la stratégie et des intentions nucléaires américaines.

Les planificateurs russes considéreront presque certainement cette avancée de la capacité de ciblage, comme augmentant le risque d’une frappe nucléaire préventive de la part des États-Unis – un risque qui obligerait la Russie à préparer des contre-mesures, qui accroîtraient encore le niveau d’alerte, déjà dangereusement élevé, des forces nucléaires russes. Les postures nucléaires tendues, basées sur des hypothèses de planification déjà les plus défavorables, entraînent la possibilité d’une réponse nucléaire à un faux signal d’attaque. La nouvelle capacité de destruction engendrée par le super-fuze augmente la tension et le risque que les forces nucléaires américaines ou russes soient utilisées en réponse à l’alerte précoce d’une attaque, même si l’attaque ne s’est pas réellement produite. »

Les auteurs expliquent ensuite pourquoi le départ accidentel de la troisième guerre mondiale, c’est-à-dire un anéantissement mondial, serait plus probable de la part de la Russie que des États-Unis :

« La Russie ne dispose pas d’un système d’alerte précoce satellite fonctionnel, mais repose principalement sur des radars d’alerte précoce, posés au sol pour détecter une attaque de missiles américains. Comme ces radars ne peuvent pas voir plus loin que l’horizon, la Russie dispose de deux fois moins de temps d’alerte précoce que les États-Unis. (Les États-Unis disposent environ de 30 minutes, la Russie 15 minutes ou moins).

En d’autres termes : alors que Trump disposerait d’environ 30 minutes pour déterminer si Poutine a lancé une frappe préventive, Poutine aurait moins de 15 minutes pour déterminer si Trump l’a fait. Et si, au bout de cette période, de chaque côté, il n’y a aucune certitude qu’aucune attaque nucléaire préventive n’a été lancée par l’autre, alors cette personne serait obligée de riposter contre l’autre, en supposant que ne pas le faire aurait non seulement pour résultat une planète toxique condamnée à un hiver nucléaire et une famine universelle, mais aussi une humiliante et scandaleuse absence de représailles contre l’auteur d’un tel acte. Ce qui serait une humiliation en plus d’un anéantissement, et donc un partage de la faute avec le vrai criminel, qui résultera, quel que soit le temps d’existence qui pourrait rester à le vivre, en une honte insupportable et se traduira rapidement en suicide, si les compatriotes survivants de ce pays ne l’exécutent pas avant que lui ne se tue.

Inévitablement, la moralité personnelle et l’image de soi du dirigeant de la nation, dans ce type de situation, sont des facteurs différents des conséquences mondiales très publiques qui détermineront la décision de la personne. Mais, avec seulement (au plus) 15 minutes pour décider du côté russe, et 30 minutes pour décider du côté américain, il y a une chance fortement élevée maintenant, qu’une guerre nucléaire mette fin à la vie de tous ceux qui existent actuellement et qui ne mourront pas rapidement de causes ordinaires avant le drame. Même les projections les plus désastreuses des dangers dus au réchauffement climatique sont loin du danger nucléaire.

La question, maintenant, est : comment le monde en est-il arrivé à ce niveau extraordinairement sinistre ? Les co-auteurs se réfèrent à plusieurs reprises au secret, gardé par le gouvernement américain comme une source essentielle, telle que « … qui a été largement dissimulé au public en général… » et «  … que les décideurs politiques en dehors du gouvernement américain (et probablement à l’intérieur du gouvernement ont complètement négligé… ». Ces passages se réfèrent à un phénomène ordinaire dans les conspirations au sommet de grandes opérations criminelles comme la criminalité du monde des affaires, où seul un très petit cercle d’individus, communément une demi-douzaine ou même moins, sont conscients de l’objectif stratégique principal de l’opération et des principaux moyens tactiques qui sont mis en place afin d’exécuter le plan. Dans ce cas particulier, il n’inclurait pas le chef de chaque cabinet ministériel, ni rien de si large que cela. Mais il est clair que puisque la décision clé, la mise en œuvre des « super-fuze » sur « toutes les ogives placées dans les sous-marins balistiques américains » a été prise par Obama, il est la principale personne responsable de cette situation. Cependant, Trump, en tant que personne qui a hérité cette situation de son prédécesseur, n’a toujours pas montré de signe comme quoi il désirait abandonner l’objectif stratégique américain actuel de conquête de la Russie. Plus le temps passe sans que Trump annonce au public qu’il a hérité de cette opération moralement répugnante de son prédécesseur et qu’il retire tous les super-fuzes, plus cela indique que Trump a décidé de poursuivre le plan d’Obama. Habituellement, dans une telle situation, le dirigeant qui a hérité d’un tel plan serait assassiné, s’il donnait une indication claire de son intention de changer de plan ou de l’annuler (les initiés clés sont généralement obsédés par le « succès », en particulier à une étape aussi tardive ). Et donc, si Trump essayait de le faire, il tenterait presque certainement de cacher ce fait, jusqu’à ce que le plan hérité soit déjà désactivé et ne soit plus une menace.

Le point tournant clé qui a mené à la crise actuelle a été l’acceptation progressive et croissante, du côté américain, de la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire pour conquérir, plutôt que seulement pour la dissuasion – le système antérieur, celui de la dissuasion, ayant été appelé «  MAD » [fou, NdT], acronyme de Mutually Assured Destruction(destruction mutuelle assurée), exprimant l’idée que si les deux superpuissances nucléaires se déclaraient la guerre, le monde entier serait détruit de manière catastrophique et rendrait l’idée d’un « gagnant » et d’un « perdant » du conflit une distorsion grotesque de la réalité. La seule réalité étant l’anéantissement mutuel et une planète invivable. Un événement historique, dans le processus de re-conceptualisation qu’une telle guerre peut être considérée comme étant « gagnable », a été la publication, en 2006, de deux articles dans les deux revues les plus prestigieuses de relations internationalesForeign Affairs et International Security, introduisant officiellement le concept de « Primauté nucléaire », c’est-à-dire la (prétendue) opportunité pour les États-Unis de planifier une conquête nucléaire de la Russie. Jusqu’à ces deux articles (tous deux co-écrits par les deux mêmes auteurs), une telle idée était considérée comme farfelue, mais depuis lors, elle est devenue populaire. Comme l’explique le dernier lien ci-dessus (l’article en lien précédent), l’origine, avant même George W. Bush, remonte au 24 février 1990 lorsque son père, alors également président américain, a secrètement lancé une opération dont le but final est de conquérir la Russie. Dans cet article, se trouvent les liens aux documents-sources sur les origines d’un plan qui nous mènera à une guerre nucléaire de fin du monde. Remonter aux causes originelles de la progression régulière, après le 24 février 1990, dans la direction d’une conquête de la Russie par les États-Unis (assisté de ses alliés) peut maintenant être fait par les historiens, même si ce n’est que maintenant que l’information est finalement révélée au public, 27 ans après la très fatale décision de George Herbert Walker Bush, qui a déjà coûté aux contribuables américains des milliards de dollars, un vrai gaspillage, et dont le résultat risque d’être un anéantissement total.

Cet article est soumis gratuitement à tous les médias, pour publication, dans l’espoir que le président actuel des États-Unis va le commenter publiquement, même si c’est pour s’en moquer afin d’éviter d’être assassiné pour y avoir fait référence. Nous sommes à un moment extrêmement dangereux dans l’Histoire, et Donald Trump est maintenant sur un siège très chaud, ce que toute personne intelligente et bien informée reconnaît être le cas. Si jamais le monde avait besoin d’un grand dirigeant courageux, c’est maintenant ; parce que, sans cela, nous pourrions entrer bientôt en enfer. L’éviter, 27 ans après que le gouvernement américain s’est lancé sur cette pente savonneuse, sera extrêmement difficile, mais pas encore totalement impossible. C’est là que nous en sommes à l’heure actuelle et, depuis le coup d’État en Ukraine en 2014, les achats de bunkers « à l’épreuve du nucléaire » ont augmenté de façon conséquente.

Ce danger extrême est la nouvelle réalité mondiale. Si l’élimination de la menace ne vient pas de la Maison Blanche, l’apothéose de la menace viendra, qui que ce soit qui frappera le premier. La décision – soit d’envahir la Russie, soit d’annuler et de condamner la préparation des États-Unis à le faire depuis plus d’une décennie – ne peut être prise que par le président américain. S’il reste silencieux sur la question, Poutine peut raisonnablement continuer à supposer qu’il devra être le premier à frapper. Il ne s’est pas placé lui-même dans cette position ; le régime étasunien l’aura forcé. Espérons que les États-Unis vont diminuer la menace, dès maintenant.

Eric Zuesse

 

Traduit par Wayan, relu par Michèle pour le Saker Francophone

Sénateur russe: le contrôle US sur des ports russes signifierait une déclaration de guerre

Un nouveau paquet de sanctions contre la Corée du Nord, voté hier par la Chambre des représentants des États-Unis, prévoit la possibilité d’établir un contrôle sur l’observation du régime des restrictions dans les ports russes de Nakhodka, de Vanino et de Vladivostok. L’initiative a été violemment fustigée par un sénateur russe.

Un projet de loi voté hier par la Chambre des représentants des États-Unis destiné à couper les sources du financement de la Corée du Nord porte une sérieuse atteinte à la souveraineté de la Russie, affirme le sénateur russe Konstantin Kossatchev.

« J’espère que ce projet de loi ne sera jamais adopté, car il prévoit un scénario militaire avec inspection forcée de tous les bateaux par les navires américains », a-t-il indiqué, commentant l’initiative américaine de contrôler l’observation du régime de sanctions contre Pyongyang dans les ports étrangers.

« Un scénario de ce type dépasse l’entendement, car il signifie une déclaration de guerre », a poursuivi le sénateur, ajoutant que le projet de loi contredisait le droit international.

Selon M. Kossatchev, « aucun pays du monde ni organisation internationale, encore moins l’Onu, n’a donné aux États-Unis de mandat pour contrôler la réalisation d’une quelconque résolution du Conseil de sécurité de l’Onu ».

Le sénateur russe estime également que la «manœuvre » des législateurs américains n’a en réalité rien de nouveau et que ces derniers cherchent ainsi à « instaurer la supériorité de leur législation au-dessus des normes internationales », ce qui porte atteinte au droit international.

Le texte adopté par la Chambre requiert de l’administration de Donald Trump qu’elle présente tous les cinq ans un rapport concernant les ports et les aéroports qui « violent les résolutions du Conseil de sécurité de l’Onu à l’égard de la Corée du Nord. » Le document cite entre autres plusieurs ports et aéroports situés en Chine, en Iran, en Syrie ainsi que les ports russes de Vladivostok, de Nakhodka et de Vanino, et a pour but, selon Washington, de contrôler le respect de la résolution de l’Onu visant à limiter le commerce avec Pyongyang.

 

Le projet de loi ayant été approuvé par 419 voix contre 1, il doit désormais être examiné au Sénat, la chambre haute du Congrès.

Source: https://fr.sputniknews.com/international/201705051031247557-coree-nord-sanctions-us/

 

Un étudiant infiltré dans une usine d’iPhones explique pourquoi l’emploi ne sera pas rapatrié

Il faudra bien plus que du béton et des machines pour fabriquer des iPhones aux États-Unis. CNBC s’est récemment entretenu avec Dejian Zeng, un jeune diplômé de la NYU’s Wagner School of Public Service, qui a passé l’été dernier à fabriquer des iPhones chez Pegatron, l’un des fournisseurs d’Apple. D’ailleurs, de vous à moi, quand on relocalise une usine aux États-Unis ou en Europe, ce sont les machines et l’automatisation à outrance qui prennent le relais afin d’assurer la compétitivité !

Cela signifie que les relocalisations se font essentiellement sans création d’emploi. Le phénomène est donc bon pour les balances commerciales et les déséquilibres financiers mais peu ou pas favorable pour l’emploi.

Je vous propose donc cette traduction pour vous, et vous allez découvrir les conditions des travailleurs chinois, les différences, et ce que l’on attend de vous : vous taire et baisser vos salaires et autres avantages sociaux.

 

Charles SANNAT

De retour de son voyage, qui fut organisé par son école et l’association China’s Labor Watch, Zeng affirme qu’il est convaincu que les travailleurs américains ne peupleront pas les usines qui fabriquent les iPhones de sitôt.

Comment un étudiant d’une université américaine prestigieuse s’est-il retrouvé en Chine, assis sur son tabouret, à insérer les composants d’iPhones un à un ? Zeng a expliqué à CNBC sa décision de passer 6 semaines dans une usine à travailler 12 heures par jour du lundi au samedi, essentiellement durant la nuit, et ce qu’il a découvert dans l’aventure.

« Je me suis juste présenté »

Se faire engager dans une usine fabriquant des iPhones n’est apparemment pas du tout compliqué.

« Ils m’ont simplement fourni l’adresse de l’usine et je me suis rendu sur place, simplement. Lorsque j’ai vu une file avec des gens et leurs bagages, j’ai pris mon tour », a déclaré Zeng.

« Lorsqu’il est arrivé, on m’a demandé ma carte d’identité, de présenter mes mains et on m’a demandé de réciter l’alphabet anglais. J’ai ensuite été engagé. Cela a pris moins de 30 secondes. Pas besoin de défendre une candidature ou d’avoir des compétences particulières. »

Zeng s’est rendu dans cette usine car China Labor Watch y anticipait une grève. L’association désirait avoir des yeux sur place pour savoir exactement comment cela se passerait.

Si les salaires de Pegatron ne sont pas catastrophiques, l’usine est en train de réduire certains avantages offerts aux travailleurs, par exemple sur la nourriture, ce qui signifie en bout de course que le salaire baisse. Selon Zeng, Pegatron tente d’exploiter les failles du système pour faire des économies tout en respectant le Code du Travail. Zeng a également été témoin de plusieurs violations, comme les heures supplémentaires obligatoires, qu’il a dénoncées dans une lettre ouverte à Apple en mars.

Pourquoi c’est impossible aux États-Unis

Maintenant qu’il sait comment fonctionne une usine qui fabrique des iPhones, Zeng ne croit pas qu’Apple ou toute autre société sera en mesure de construire des usines compétitives aux États-Unis, peu importe les souhaits politiques.

« D’un point de vue du travail, la première chose qui me vient à l’esprit ce sont les salaires, qui sont inacceptables pour les travailleurs américains. À l’usine, je recevais un salaire d’environ 3100 yuans, soit 450 $ par mois. Je ne pense pas qu’une telle rémunération est acceptable pour les travailleurs américains sur base des conditions de vie et des prix ici », a-t-il déclaré.

« Même s’ils transfèrent les usines aux États-Unis, les travailleurs seront remplacés par des robots », a-t-il ajouté. Pegatron utilise déjà selon ses dires des robots pour monter les appareils photo des iPhones ou encore pour l’insertion de la batterie. Selon Zeng, les robots sont plus précis que les humains, alors que la précision est cruciale pour ces deux composants.

Selon lui, la seule raison pour laquelle la main-d’œuvre est encore employée est à chercher du côté du coût, encore inférieur dans certains cas.

« En Chine, on utilise la main-d’œuvre plutôt que les machines car les ouvriers sont moins chers que l’entretien des machines. Si vous déménagez les usines aux États-Unis, vous devez penser à la gestion des travailleurs », a-t-il expliqué.

Zeng n’a jamais assisté à la grève anticipée, mais il pense que ce genre de débrayage pourrait facilement avoir lieu aux États-Unis. « Il n’y a pas de syndicats en Chine, alors qu’ils sont puissants aux États-Unis, cela pourrait provoquer beaucoup de soucis à la direction. » Il a ajouté que les rotations importantes de personnel et le manque de leadership rendent les grèves très improbables en Chine.

« Le taux de rotation du personnel est très élevé, les gens s’en vont après deux semaines ou un mois. » (…)

Même la Chine devient trop cher

Simultanément, Zeng affirme que des usines commencent à voir le jour dans d’autres pays où le coût de la main-d’œuvre est encore moins cher qu’en Chine.

« La Chine se développe. Les prix de l’alimentation et de l’immobilier augmentent, donc les salaires doivent évoluer en conséquence. C’est le gouvernement qui définit le salaire minimum, donc le coût du travail augmente. Dans d’autres pays, comme au Bangladesh, les salaires sont vraiment bas. Ils ferment des usines en Chine pour les délocaliser où le coût de la main-d’œuvre est moins cher. Les usines étaient auparavant aux États-Unis, elles ont ensuite déménagé en Chine, mais maintenant elles sont délocalisées au Vietnam ou au Bangladesh. »

Si le président Trump veut que les iPhones soient fabriqués aux États-Unis, Apple devra répercuter l’augmentation du coût de la main-d’œuvre américaine, ce qui signifie que les consommateurs devront payer plus. Ou alors il faudra avoir recours aux machines, ce qui ne crée pas d’emplois. »

Article de Todd Haselton publié, sur Yahoo Finance

 

source: https://www.insolentiae.com/un-etudiant-infiltre-dans-une-usine-diphones-explique-pourquoi-lemploi-ne-sera-pas-rapatrie/

Les USA préparent la doctrine d’une guerre avec la Russie et la Chine.

Les militaires américains planchent sur un document intitulé « Consignes de préparation et de réalisation d’opérations militaires » ou, autrement dit, sur le règlement sur le service en campagne. Selon le Pentagone, ce document est indispensable dans le cadre d’une guerre éventuelle avec la Russie ou la Chine ».

Cependant, les militaires affirment que cette doctrine est un moyen généraliste et sera applicable à la lutte contre l’organisation terroriste État islamique (EI ou Daech) qui utilise des moyens de renseignement et des armements modernes. Les fonctionnaires de l’armée américaine sont en train d’examiner le document. Il devrait être prêt en automne 2017.

Selon le document, les États-Unis doivent être en mesure d’affronter la Russie et la Chine qui développent des chasseurs dernier cri et des systèmes de défense antiaérienne. Le texte précise que ces pays disposent de missiles antinavires de longue portée qui seraient destinés à détruire les porte-avions américains.

Les experts russes sont convaincus que les États-Unis ne frapperaient jamais un fort adversaire. C’est pourquoi ils n’ont pas encore porté un coup contre la Corée du Nord. Selon l’expert militaire Viktor Iessine, l’administration a pris en compte les conséquences éventuelles d’un tel coup. Ils ont compris qu’il n’est pas exclu que Pyongyang puisse recourir à ses missiles balistiques afin de frapper les troupes américaines déployées en Corée du Sud et au Japon.

« S’il y a un risque de réponse, ils (les USA) contiennent leurs élans », a souligné l’expert.

Auparavant, les spécialistes du Centre d’action préventive au sein du Conseil américain des relations internationales (Council on Foreign Relations – CFR) ont établi la liste de menaces principales pour les États-Unis en 2017. Selon eux, la confrontation entre la Russie et les pays de l’Otan, provoquée par « la politique agressive de Moscou en Europe de l’Est », est la menace la plus importante.

Source: http://www.pravdafrance.com/news/international/04-05-2017/1304240-INTERNATIONAL-0/

 

Chasseurs USA F-35 en Estonie et Bulgarie. Déployés dans les bases à quelques minutes de vol de la Russie.

Deux chasseurs F-35 étasuniens sont arrivés le 25 avril dans la base aérienne d’Ämari, en Estonie, pour leur « premier déploiement d’entraînement en Europe » », c’est-à-dire pour leur premier exercice de guerre en Europe. Peu après, le 28 avril, deux autres chasseurs sont arrivés avec le même objectif dans la base aérienne de Graf Ignatievo en Bulgarie. Ils font partie du groupe de six F-35A Lightning II transférés le 15 avril des Etats-Unis à la base anglaise de Lakenheat.

C’est le premier « déploiement d’entraînement » de F-35 étasuniens outre-mer, communique la U.S. Air Force, en soulignant qu’il « renforce la sécurité de nos alliés Otan et partenaires européens et démontre notre engagement pour la sécurité régionale et mondiale ». Le ministre estonien de la défense Tsahkna a déclaré, à la cérémonie de bienvenue, qu’ « héberger un avion aussi avancé constitue une reconnaissance de l’important rôle joué par cette base ». Ämari est en effet la principale base de la mission Otan de « surveillance aérienne » de la Baltique, où des chasseurs-bombardiers fournis par roulement par les membres de l’Alliance (Italie comprise) sont prêts au décollage vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour « réagir rapidement aux violations de l’espace aérien ». La base se trouve à environ 200km du territoire russe et à environ 400km de l’enclave russe de Kaliningrad, qu’un chasseur peut rejoindre en quelques minutes. Stratégiquement importante aussi Graf Ignatievo, une des quatre bases USA en Bulgarie, a à peine plus de 500km du territoire russe.

Le choix de ces bases pour le premier exercice des F-35 en-dehors du territoire étasunien a de multiples objectifs. Avant tout celui de renforcer la « European Reassurance Initiative », l’opération lancée par les Etats-Unis en 2014 pour « rassurer » les alliés Otan et partenaires européens face à « une Russie qui veut de plus en plus s’imposer avec ses actions agressives ». Pour cette opération, dans laquelle entre le déploiement de la 3ème Brigade blindée US en Pologne, ont été attribués 3,4 milliards de dollars pour l’année fiscale 2017.

L’exercice des F-35 sert en même temps à « intégrer le nouveau chasseur de 5ème génération dans l’infrastructure Otan ». Pour le moment, communique la U.S. Air Force, on ne prévoit pas d’utiliser le F-35 dans la « surveillance aérienne » de la Baltique, mais « si nécessaire, le chasseur pourrait être utilisé au combat ».

Un autre objectif de l’exercice, effectué aux frontières de la Russie, est celui de tester la capacité du F-35 d’échapper aux radars russes. C’est en substance un essai d’attaque nucléaire : le nouveau chasseur est de fait destiné à être le principal vecteur de la nouvelle bombe nucléaire B61-12 par laquelle les USA vont remplacer les actuelles B-61 à partir de 2020. L’Italie disposera à la fois des F-35 et des B61-12, utilisables dans des opérations sous commandement USA.

Un objectif ultérieur de l’exercice est de démontrer que le nouveau chasseur de Lockheed Martin, malgré les nombreux problèmes techniques, est désormais « combat ready » (prêt au combat), en démentant les prévisions de ceux qui pensaient qu’il ne volerait jamais. Le 26 avril, Lockheed Martin a reçu un contrat de 109 millions de dollars pour l’upgrade (modernisation) d’un des nombreux software du chasseur. Le 1er mai, la société a reçu un autre contrat d’une valeur de 1,4 milliards de dollars, pour la production initiale de 130 F-35 Lightning II du lot 12, destinés aux Etats-Unis et à d’autres pays.

Il est maintenant essentiel que le chasseur « combat ready » soit utilisé dans une guerre pour être déclaré « combat proven », testé au combat. Dans l’attente, il est envoyé en Estonie et Bulgarie combattre la nouvelle guerre froide contre la Russie pour nous « rassurer », nous Européens.

Manlio Dinucci

Edition de il manifesto

https://ilmanifesto.it/cacciabombardieri-usa-f-35-schierati-in-estonia-e-bulgaria/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

La source originale de cet article est ilmanifesto.info

via:http://www.mondialisation.ca/chasseurs-usa-f-35-en-estonie-et-bulgarie-deployes-dans-les-bases-a-quelques-minutes-de-vol-de-la-russie/5588615

 

Venezuela : Ce que cache le Commandement Sud des Etats-Unis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le plus haut fonctionnaire des Etats-Unis pour l’Amérique latine a présenté le jeudi 7 avril dernier au Sénat un rapport avertissant que le Venezuela pourrait être un facteur de « déstabilisation » dans la région.

La vérité est que les Etats-Unis ont traditionnellement été et continuent à être le principal facteur de déstabilisation de la région et du monde et que le Venezuela a été et est le principal facteur de stabilité politique, économique et énergétique de l’Amérique du Sud.

Nous ne parlons pas de la geste indépendantiste lors de laquelle le Venezuela a offert, en échange de la gloire, du sang de ses grands hommes pour libérer celles qui sont devenues aujourd’hui cinq autres nations souveraines : la Colombie, le Pérou, l’Equateur, la Bolivie et ce qui est aujourd’hui le Panamá.

Nous ne parlons pas non plus du fait que le Venezuela n’a jamais entrepris, dans toute son histoire, une guerre autre que la guerre d’indépendance. Nous ne parlons pas du rôle de paix et d’union du continent que le Venezuela a joué pendant toute son histoire.

Le Venezuela a intégré pendant ces vingt dernières années un contingent de personnes déplacées pour des raisons économiques et politiques provoquées par l’impérialiste Plan Colombie estimé entre 6 et 8 millions de Colombiens. S’il ne l’avait pas fait, une grande partie de ceux-ci aurait été condamnée à la mendicité, à la délinquance, à la traite d’êtres humains ou éventuellement à la mort par inanition.

Sans compter les dizaines ou les centaines de milliers d’Argentins, de Chiliens, de Péruviens, de Boliviens et même de Brésiliens et de ressortissants d’Amérique Centrale et des Caraïbes que nous avons reçus au moins pendant plusieurs décennies après la bestiale attaque de la région qui s’est développée pendant le Plan Cóndor entre 1960 et 1990.

D’autre part, l’amiral Kurt Tidd affirmait récemment que « le Venezuela traverse cette année une période importante d’instabilité due à la pénurie généralisée de médicaments et de nourriture, à une incertitude politique constante et à l’aggravation de la situation économique. »

La vérité est que l’instabilité que nous traversons est provoquée essentiellement par la force d’occupation déployée par les Etats-Unis grâce à l’utilisation de ses corporations transnationales, de ses protocoles et de ses actions de renseignement, de la formation, du financement et de l’entraînement de pseudo hommes politiques mercenaires et du paiement systématique de centaines de médias de masse mercenaires de désinformation et d’aliénation.

Ce qui est sûr, c’est que le Venezuela est soumis à la plus brutale attaque de guerre impérialiste de IV° génération. Comme le dit l’analyste géopolitique Rosso Grimau, la guerre de IV° génération est « une guerre diffuse dans laquelle l’impérialisme fait usage de tous les mécanismes d’attaque possibles contre les peuples du monde qu’il souhaite dominer pour exploiter leurs ressources ». 

Le présupposé géopolitique central de l’hégémonie de l’empire a toujours été que toute colonisation économique impérialiste d’un pays ou d’une région soit précédée par le déploiement d’une force militaire capable de garantir la permanence dans le temps de son schéma de soumission.

Les relations de la Russie, de la Chine et de l’Iran avec les pays de la région ne représentent pas une menace pour les intérêts du pays du nord. Ce qu’elles représentent, c’est une certaine concurrence qui exigera de lui d’optimiser ses sacro-saints schémas de compétitivité du soi-disant « marché libre ». Ni la Chine, ni la Russie, ni l’Iran n’envisagent aujourd’hui d’être socialistes ou communistes. Ils jouent, et d’une façon extraordinaire, avec les règles du capitalisme.

Il est clair que ce que défendent les Etats-Unis est ce qu’ils considèrent comme leur zone économique exclusive : l’Amérique latine. C’est pourquoi, en dehors de leurs partenaires de l’Union européenne et du Japon, ils traitent toute concurrence internationale éventuelle comme des étrangers ou des ennemis.

Cette politique économique et commerciale expansionniste place l’offensive des Etats-Unis contre la région sur un plan d’antagonisme potentiellement militaire envers le reste du monde, ce qui a précédé toutes les guerres mondiales.

Le Pape François a raison quand il dit que nous vivons l’époque de la III° guerre mondiale mais par étapes.

Dans ce contexte, le prétexte politique et discursif de l’intervention est basé sur la crise humanitaire pour manque d’aliments, de médicaments et sur la paupérisation du salaire réel.

Il est vital, par conséquent, d’accélérer la normalisation de ces trois variables en tant que stratégie d’évitement d’une invasion sous prétexte de crise humanitaire.

Face à une remontée imminente et importante du prix du brut et des matières premières sur le marché international dans les deux prochaines années qui représenterait une certaine bouffée d’oxygène financier pour l’Amérique latine et surtout pour le Venezuela, il serait sensé d’envisager une politique de moratoire du paiement des intérêts de la dette afin de relâcher la pression politique et sociale.

L’Occident appelle à une politique d’asphyxie économique, financière et commerciale du Venezuela pour placer la majorité du peuple dans une situation favorable à la démoralisation et à l’explosion sociale.

Il est essentiel de redéfinir l’effondrement du salaire réel et la pénurie de biens essentiels (aliments, médicaments, produits d’hygiène) comme des stratégies capitalistes et impérialistes destinées à détruire notre moral rebelle et notre voie vénézuélienne de progressisme et de socialisme.

La dame qui fait la queue pour acheter du pain ou des vivres, l’enfant à la maison qui mange de la soupe de viande au lieu d’un aloyau, la gamine qui fait du savon maison ou qui sème dans son jardin au lieu d’acheter à une transnationale, tous construisent la résistance concrète dans leur environnement familial. Et il est essentiel de rendre visible et d’honorer cette lutte.

De même, toute personne, tout fonctionnaire ou toute entreprise qui contribue à aggraver la guerre économique contre le peuple doit être jugé dans cette situation comme traître à la patrie.

Nous terminons avec ces 2 phrases inspirées de notre Père Bolívar:

« La justice est la reine des vertus républicaines et sur elle s’appuient l’égalité et la liberté. »

« La liberté du nouveau monde est l’espoir de l’univers. »

 Luis Delgado Arria

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos
Source : Mision Verdad

 

via: http://www.investigaction.net/venezuela-ce-que-cache-le-commandement-sud-des-etats-unis/#sthash.kcxNlELU.dpuf

Les ennemis sont toujours des dictateurs – parler avec eux n’est pas digne d’un président

Indubitablement, Trump fonctionne à l’affectif. Un affectif de parrain mafieux, mais de l’affectif quand même. Par exemple, au-delà de la politique étrangère (un domaine qu’il maîtrise d’ailleurs fort mal), il semble approuver Rodrigo Duterte. Mais pas pour les bonnes raisons, pas parce que Duterte tente de tirer sa population de la misère. Si Trump aime bien le président philippin, c’est pour sa tactique d’éradication du trafic de drogue par le vide ; précisément, donc, pour ce qui fait frémir les militants des droits de l’homme. De la même façon, Trump a parlé de rencontrer un jour le leader de la Corée du Nord, probablement pas dans un souci quelconque de diplomatie, mais parce que ses « cojones » ont dû l’impressionner.

Mais, psychologie trumpienne ou pas, du côté des médias et de l’État profond des USA, les élans d’affection du président n’amusent personne. C’est que l’esprit mafieux s’y manifeste autrement : on peut et on doit être l’ami de dictateurs, certes, mais uniquement s’ils servent les intérêts américains. Ce qui n’est le cas ni de Duterte, ni a fortiori de Kim Jong-un.

***

Par b.
Cet article est paru sur 
Moon of Alabama sous le titre Enemies Are Always Dictators – Talking With Them Is Unpresidential

 

Accueillir et soutenir des dictateurs qui agissent dans l’intérêt des USA est le comportement habituel des présidents des États-Unis. Et les médias américains suivent le mouvement.

Obama accueille le dictateur héréditaire de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev

Mais quand Trump décide d’appeler ou de rencontrer un chef d’État qui travaille dans l’intérêt de son propre pays, il viole une loi d’airain de la politique internationale des USA. Dans les cercles des affaires étrangères, « parler avec l’ennemi » est sincèrement vu comme un crime. Trump a invité le président légalement élu des Philippines, Rodrigo Duterte, et a vaguement avancé l’idée de rencontrer le chef de l’État nord-coréen, Kim Jong-un. Ces deux derniers sont considérés comme insuffisamment déférents envers les diktats des USA.

De sorte que quelqu’un, à Washington DC, a ordonné une campagne médiatique dénonçant Donald Trump comme un « ami des dictateurs ».

Le Washington Post a répondu avec un article d’opinion et une « analyse ». Tous deux confinent à la satire :

Trump fait l’éloge d’hommes forts internationaux, et alarme les militants des droits de l’homme

Alors qu’il s’installe au pouvoir, l’affection du président Trump pour des leaders totalitaires dépasse le président de la Russie pour s’étendre à d’autres hommes forts sur la planète.

Dans un tournant indéniable de la politique étrangère américaine, Trump noue des liens avec des leaders autoritaires, l’un après l’autre, dans un effort pour reprendre des relations après une ère d’ostracisme et d’humiliations publiques infligés par Obama et ses prédécesseurs.

Chaque président américain, depuis les années 70 au moins, a utilisé son mandat [au moins occasionnellement*] pour se faire le champion des droits de l’homme et des valeurs démocratiques dans le monde.

Le sénateur L. Cardin (Maryland) le démocrate de plus haut rang du comité sénatorial des relations étrangères, a dit, « C’est un homme qui s’est ouvertement vanté de tuer ses propres citoyens, » à propos de Duterte. « Les USA sont uniques dans le monde parce que nos valeurs – le respect des droits de l’homme, le respect de la loi – sont nos intérêts. Ignorer les droits de l’homme ne fera pas avancer les intérêts des USA aux Philippines ou ailleurs. Au contraire. »

[*Les mots « au moins occasionnellement » ont été ajoutés après que l’article ait suscité des moqueries sur Twitter et ailleurs.]

Certes, les USA, bien sûr, n’ont jamais ignoré les droits de l’homme [1] aux Philippines (/sarcasme)

Il y a certainement quelque chose d’unique dans le comportement politique mondial des USA, mais ce n’est certes pas leur engagement envers les « droits de l’homme ». C’est exactement l’inverse. Comme l’avait remarqué le président Franklin D. Roosevelt à propos d’un dictateur sanguinaire : « Somoza est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute. »

Le New York Times s’est joint à la campagne contre Trump/contre Duterte avec un éditorial et une BD raciste.

Les États-Unis se sont longtemps vus comme un phare de la démocratie et un défenseur mondial des droits de l’homme et du respect de la loi. Ils ont failli à cette mission, parfois gravement, en attaquant des leaders dont les vues ne correspondaient pas à leurs objectifs stratégiques et en les remplaçant par des despotes obéissants. Mais la plupart du temps, les présidents américains, Républicains comme Démocrates, ont pensé que les États-Unis devaient apporter une boussole morale au monde, et encourager les populations à se battre pour leurs droits à l’autonomie, à la dignité humaine et au rejet de leaders étrangers qui manquent à leurs devoirs.

Qui peut croire à ces fadaises pour campagne de marketing ? Le fait est que les USA ont toujours été très amis avec des dictateurs, tant qu’ils font ce qu’on leur demande. Clinton, Bush, Obama, ont tous accueillis des cheikhs théocratiques et des dictateurs meurtriers à la Maison-Blanche. Depuis la Deuxième Guerre Mondiale, les USA ont tenté ou réussi des « changements de régime » à plus de 50 reprises. Que ces pays aient été des dictatures ou des démocraties comme la France ou l’Australie n’avait aucune importance. Aucune des ces ingérences illégales n’était motivée par les « droits de l’homme ». Nombre d’entre elles ont réussi à éliminer des démocraties progressistes pour installer des régimes fascistes sanguinaires à leur place.

Bush a envahi l’Irak en se basant sur des mensonges complaisamment colportés par le New York Times et le Washington Post. Obama a ordonné des assassinats de citoyens américains par drones, sans procédure légale. La police des USA tire sur des douzaines d’innocents chaque année, mais quand des dealers de drogue se sont tuer au cours de raids de la police philippine, son président élu est traité « d’homme fort » . Alors que dans le même temps, la guerre contre la drogue des USA au Mexique a tué des milliers de gens.

Il est évidemment utile aux intérêts américains que leurs présidents rencontrent et parlent avec ceux qui ne sont pas totalement du côté des USA. On fait la paix avec ses ennemis, pas avec les amis. Mais cette logique ne marche pas dans les esprits déconnectés des « élites » américaines.

Un chef d’État non aimé par les élites américaines est traité « d’homme fort », de totalitaire, d’autocrate ou de dictateur. La vraie raison de ces caractérisations n’a rien à voir avec la démocratie, les élections ou les « droits de l’homme ». C’est plutôt, comme un impérialiste américain le dit, le « comportement de voyous anti-américains » de certains leaders qui est en cause. Un « comportement de voyou anti-américain » est automatiquement attribué à tous les chefs d’État qui travaillent principalement dans l’intérêt de leurs pays.

A quoi pensent les journalistes et éditorialistes comme ceux cités ci-dessus quand ils colportent ces mythes ? Ils doivent bien savoir qu’ils sont contredits par des faits parfois même rapportés par leurs propres publications.

George Orwell appelait ça « la double pensée », la capacité à penser deux choses contradictoires en même temps, à les croire et à les accepter toutes deux. Mais, n’est-ce pas juste une autre forme de folie ?

Traduction Entelekheia
Photo : Ferdinand Marcos, dictateur philippin soutenu par les USA. 
A dirigé le pays (et détourné des millions de dollars) de 1965 à 1986. Crédit photo.

[1] NdT : Le lien pointe vers un excellent article sur les crimes de guerre des USA aux Philippines.

 

source: http://www.entelekheia.fr/les-ennemis-toujours-dictateurs-parler-avec-eux-nest-pas/

Superbombe US sur l’Afghanistan : Stratégie pour avoir encore plus …

Le 14 avril 2017 les médias établis ont annoncé que l’armée américaine avait largué sa plus puissante bombe non-atomique au cours d’une intervention militaire en Afghanistan. La bombe de type GBU-43/B est appelée « Massive Ordnance Air Blast » (MOAB), en français « bombe à effet de souffle massif » ou « mère de toutes les bombes ». Elle contient 8 tonnes d’explosif, provoque un cratère de 150 mètres et coûte 16 millions de dollars pièce !

Le ministère de la Défense afghan a rapporté que lors de l’attaque un centre de commandement de l’armée terroriste Etat Islamique (EI) aurait été complètement détruit. La bombe aurait anéanti 300 mètres de tunnels et tué 94 présumés combattants de l’EI. Aucun civil n’a été blessé.

Les anciens des tribus ont relaté que des troupes afghanes avaient évacué les habitants avant que la bombe ne soit larguée. L’EI a démenti que des partisans de la milice terroriste auraient été tués ou blessés lors de l’attaque.

La signification militaire de la bombe est controversée. Du fait de sa taille et de son énorme onde de choc, elle sert plutôt comme moyen de guerre psychologique. Le commandant des troupes US en Afghanistan, le général John Nicholson, a justifié l’utilisation de la bombe en disant que c’était la « munition adéquate » pour balayer des postes de défense qui abritaient des explosifs de l’EI.

Le président américain Donald Trump a parlé d’une mission « à très, très grand succès ». A la question de savoir si l’utilisation de la bombe servirait aussi de mise en garde adressée à la Corée du Nord, Trump a répondu que cela n’avait aucune importance.

Citation :

« Je ne sais pas si cela contient un message pour la Corée du Nord. Et peu importe, si c’est le cas ou non. La Corée du Nord est un problème. Le problème sera résolu. »

Pourquoi l’armée américaine utilise-t-elle son plus grand obus conventionnel précisément maintenant contre l’EI, qui n’est apparu en Afghanistan qu’en 2015 et n’a apparemment jamais eu plus de 3 000 combattants là-bas ?

 https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

Notre documentaire « Comment fonctionnent les guerres modernes ? » donne les clés pour comprendre les stratégies de guerres impérialistes. Il explique comment celui qu’on appelle l’attaquant réussit à affaiblir des régions et des pays entiers comme objets cibles et à les faire chuter dans le chaos total. Ensuite il se présente comme sauveur et vainc tous ses plus grands adversaires.

L’attaquant est toujours comparable à un « empire ». Dans l’histoire il y a souvent eu de telles attaques menées par des Etats constituant des empires. Car ils étaient toujours plus puissants et influents que tous les autres pendant un temps limité. L’historien suisse et chercheur sur la paix Daniele Ganser utilise le terme d’« empire USA » pour désigner les réels rapports de pouvoir depuis 1945. D’après lui, les USA sont la plus grande puissance économique, devant la Chine, et possèdent la monnaie de réserve mondiale, qu’ils peuvent imprimer eux-mêmes. D’un point de vue militaire, la suprématie des USA est grande : plus de 700 bases militaires dans au moins 42 pays étrangers. La Russie en revanche n’entretient que 30 bases militaires dans 9 pays étrangers. Sur la carte qui s’affiche, vous pouvez voir les bases russes en rouge et les bases américaines en bleu. Selon Daniele Ganser les empires ont souvent essayé d’utiliser leur position de force pour avoir encore plus d’influence et de pouvoir. Et ce sont précisément ces stratégies pour gagner encore plus d’influence et de pouvoir qu’expose le documentaire « Comment fonctionnent les guerres modernes ? ». Les différentes troupes de mercenaires et de terroristes, qui sont armées, financées et instrumentalisées par l’attaquant, y jouent un rôle clé. Il est connu que le réseau terroriste « islamiste » a été créé par l’appareil des services secrets des Etats-Unis lors de la guerre d’Afghanistan contre l’Union Soviétique en 1979. Depuis lors, des prétendus groupes djihadistes violents – qui n’ont rien à voir avec la religion pratiquée de l’Islam – comme l’« Etat Islamique » (EI), « al-Qaïda », etc. sont instrumentalisés de manière ciblée par les USA et d’autres Etats à des fins politiques. Un document des USA resté secret a été publié le 18 mai 2015 et prouve que les USA, la Turquie et les Etats du Golfe ont consciemment soutenu l’« Etat Islamique » pour mettre la pression sur le gouvernement syrien et endiguer l’influence de l’Islam. Vous en trouverez les détails dans les émissions qui s’affichent : www.kla.tv/7136, www.kla.tv/7146, www.kla.tv/7885.

Selon notre documentaire, une stratégie essentielle de l’attaquant (dans ce cas l’« empire USA ») est que les « héros », qui ont auparavant été instrumentalisés – mais qui maintenant ne sont plus nommés que des « terroristes » – doivent être éliminés par une « intervention radicale ». De cette manière, l’attaquant peut totalement accaparer le pays plongé dans le chaos, ainsi que ses ressources et « se faire fêter comme sauveur ». Il parait évident que la superbombe récemment larguée contre l’EI est une « intervention radicale ». Regardez maintenant le documentaire « Comment fonctionnent les guerres modernes ? »  et étudiez ces schémas récurrents.

Liens : SOURCES : https://www.srf.ch/news/international/super-bombe-toetet-ueber-90-is-kaempfer
http://www.t-online.de/nachrichten/ausland/krisen/id_80899200/us-luftangriff-in-afghanistan-mutter-aller-bomben-toetete-94-is-kaempfer.html
https://de.wikipedia.org/wiki/GBU-43/B_Massive_Ordnance_Air_Blast
https://deutsch.rt.com/newsticker/49226-us-superbombe-toetete-mindestens-94-islamisten/
http://alles-schallundrauch.blogspot.ch/2017/04/die-kleine-atombombe-ist-eine.html
Ganser, Daniele.
Illegale Kriege: Wie die NATO-Länder die UNO sabotieren. Eine Chronik von Kuba bis Syrien (German Edition) (Kindle-Positionen5759-5764). Orell Füssli Verlag.

 

via: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

 

 

Les Etats-Unis doivent au monde presque 3 fois plus d’or qu’il n’en existe mondialement

 « Les Etats-Unis se trouvent plus ou moins à l’aube d’une guerre civile » dit l’écrivain et expert financier Ernst Wolff. D’après lui la raison en serait la grande inégalité sociale aux Etats-Unis et aussi la charge énorme des dettes du pays. Nous en avons parlé dans notre émission du 26 mars 2017 en allemand USA : Qu’est-ce qui viendra d’abord, un krach ou une guerre ? (www.kla.tv/10207)

Egon von Greyerz, expert financier et fondateur de « Matterhorn Asset Management AG » et de « GoldSwitzerland », domicilié à Zurich, décrit dans son article du 27 mars 2017 combien les Etats-Unis sont endettés et comment c’est arrivé :

« Pendant que des analystes du marché se soucient de ce que la FED (banque d’émission des Etats-Unis) va faire par la suite […], personne ne voit que les Etats-Unis se trouvent sur le chemin de la ruine totale, parce qu’ils ont fait des déficits depuis plus d’un demi-siècle et qu’ils présentent un déficit commercial depuis plus de 40 ans. […]

Par exemple ce n’est sûrement pas la preuve d’une économie forte, que les Américains achètent des quantités énormes de nouvelles voitures […], en particulier parce qu’ils le font au moyen de dettes subventionnées […] qui ne seront jamais remboursées. La même chose se passe pour […] les salaires en baisse, pour le chômage réel de 23% et pour le Real-PIB en baisse (c’est-à-dire le produit intérieur brut, qui représente la valeur ajoutée de tous les biens et services produits). Une seule raison a permis aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens pendant plus que 50 ans, c’est parce que le dollar est la monnaie de réserve mondiale. Mais comment le monde peut-il faire confiance à une monnaie de réserve qui repose sur la création de dettes et de monnaie illimitées ? […]

La seule raison pour laquelle le dollar existe encore est qu’il est pris comme monnaie commerciale, en particulier pour le pétrole. Au début des années 1970 les Etats-Unis ont conclu un accord avec l’Arabie Saoudite, qui était de loin le plus grand producteur de pétrole du monde à l’époque. Contre des armes américaines et la protection l’Arabie Saoudite vendrait son pétrole en dollars, ce qui signifierait que le monde entier ferait le commerce en dollars. C’était le début du Pétrodollar. […]

Jusqu’en 1970 les Etats-Unis avaient un excédent sain de leur balance commerciale annuelle. Puis à cause du ralentissement de l’économie et de l’importance des dépenses pour la guerre du Vietnam, le dollar a commencé à chuter. Le Président français Charles de Gaulle avait perçu les problèmes économiques des Etats-Unis et en conséquence avait réclamé que les dettes des Etats-Unis soient payées en or.

La couverture en or du dollar signifiait que chaque Etat souverain pouvait revendiquer le paiement en or, mais le Président Richard Nixon a compris que l’or des Etats-Unis s’en irait rapidement et il a résilié le Bretton Woods-System (le système de la couverture par l’or) qui était valable depuis 1944. En conséquence les Etats-Unis ne paient plus leurs dettes nationales en or mais avec des dollars qui se dévalorisent.

Depuis ce jour fatidique d’août 1971 les Etats-Unis se trouvent dans un état de détérioration continu. Les dettes ont dégénéré et la monnaie s’est effondrée, accompagnées d’un train de vie qui ne se basait plus depuis longtemps sur la productivité mais sur des crédits. […]

Entre 1999 et 2017 le déficit commercial cumulé était de près de 12 billions de dollars.

Seulement peu de personnes comprennent ce que « 12 billions de dollars » signifie effectivement. […] On peut peut-être mieux comprendre le déficit commercial de 12 billions de dollars entre 1999 et aujourd’hui, si on le mesure avec l’or […]. Tout l’or qui n’a jamais été exploité dans l’histoire est évalué à 170 000 tonnes. Si les Etats-Unis devaient équilibrer vis-à-vis du reste du monde leurs dépenses et leurs achats inconsidérés avec de l’or, il leur faudrait 2,7 fois tout l’or qui n’a jamais été exploité. Au lieu de cela le gouvernement des Etats-Unis a trouvé une méthode beaucoup plus commode. Il imprime des morceaux de papier sans valeur en forme de billets de dollars […]. Les conséquences sont que celui qui tient des dollars […] n’a finalement rien du tout dans sa main […]. C’est le résultat absolument garanti de ce prétendu « système monétaire » actuel. Des gouvernements, des banques centrales et des banquiers ont détruit l’économie mondiale par leurs actions de ces cent dernières années. Les masses ne s’en rendent absolument pas compte. […] »

Ce sont les mots de l’expert financier Egon von Greyerz. De son côté, Konrad Hausener de la plateforme sur Internet « The Intelligence » poursuit ainsi cette pensée : « La situation mondiale est tendue. « Krach ou guerre ? » – qu’est-ce que l’avenir (proche) va apporter ? La Deuxième Guerre Mondiale n’est-elle pas sortie d’une crise similaire, du moins sous l’angle des Etats-Unis ? Des mesures d’économie ne sont-elles pas vite oubliées, si une guerre oblige à remilitariser ? Une destruction n’est-elle pas toujours suivie d’une reconstruction – donc d’un redressement de l’économie ? » Dans son interview avec « Sputnik » l’expert financier Ernst Wolff a également mis en garde dans ce contexte contre l’énorme danger d’une grande guerre à la suite de la crise. Ernst Wolff dit littéralement : « Je suppose que les Etats-Unis saisissent le moyen de la guerre, à savoir au Proche-Orient, pour conjurer la très grande crise. » Et il ajoute : « Je suppose que la guerre au Proche-Orient sera énormément étendue […]. Je pense, dit-il, que les perspectives d’un danger sont réelles en ce moment. » (www.kla.tv/10207)

Liens : http://n8waechter.info/2017/03/egon-von-greyerz-die-usa-schulden-der-welt-fast-3-mal-mehr-gold-als-es-auf-der-welt-gibt/
http://www.theintelligence.de/index.php/politik/kommentare/4596-ist-krieg-ein-ausweg-aus-der-wirtschaftskrise.html
https://de.sputniknews.com/wirtschaft/20170316314914330-crash-krieg-krise-usa/

source: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

 

La Chine qualifie la situation en péninsule de Corée de « critique »

Bien que les tensions sur la péninsule coréenne aient atteint leur « point critique », la Chine estime que le dialogue et les négociations sont le seul moyen « pratique » de régler la situation.

Intervenant jeudi au Conseil de sécurité de l’Onu, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a constaté que la situation en péninsule de Corée continuait à s’aggraver.

« À l’heure actuelle, la situation [sur la péninsule de Corée, ndlr] est à un point critique », a déclaré le chef de la diplomatie chinoise.

En même temps, il a souligné qu’aucune solution militaire ne pourrait régler cette crise.

« Nous devons nous engager dans la voie du dialogue et de la négociation. L’utilisation de la force ne résout pas les conflits, cela conduit à une catastrophe encore plus grande. Seuls le dialogue et les négociations sont le choix raisonnable pour toutes les parties », a indiqué le ministre.

En outre, le diplomate a appelé les États-Unis et la Corée du Nord à s’abstenir d’exercices militaires.

« La Chine appelle toutes les parties à réduire la tension sur la péninsule, à rester calme et à faire preuve de retenue, à renoncer aux mots et aux actes de provocation », a-t-il ajouté.

Il a rappelé que l’expérience passée montrait qu’il était possible de progresser sur la question coréenne par la voie de la négociation.

Côté américain,  le secrétaire d’État américain Rex Tillerson  a affirmé, dans une interview à la radio publique américaine NPR que « son pays envisage la possibilité de négocier directement avec la Corée du Nord sur le programme nucléaire de Pyongyang ».

D’après le secrétaire d’État américain Rex Tillerson, les États-Unis n’excluent pas un dialogue direct avec le gouvernement nord-coréen à propos de son programme nucléaire, qui est au cœur des débats ces derniers temps.

« Clairement, ce serait la manière dont nous aimerions résoudre cela. Mais la Corée du Nord doit décider si elle est prête à négocier avec nous sur un agenda approprié, et un agenda approprié aujourd’hui ce n’est tout simplement pas rester où ils sont actuellement pour encore quelques mois ou quelques années et puis reprendre les choses. C’était l’agenda des 20 dernières années », a-t-il affirmé, interrogé à la radio sur d’éventuelles négociations directes avec la Corée du Nord.

Et d’ajouter que « l’objectif des États-Unis coïncide avec celui de la Chine, à savoir dénucléariser la péninsule coréenne ».

L’intensification des essais de missiles par la Corée du Nord a entraîné ces derniers mois une aggravation des tensions avec les États-Unis, dans le contexte du début de la présidence de Donald Trump qui s’est dit déterminé à régler la question nord-coréenne.

Il y a quelque temps, Washington a envoyé vers la péninsule coréenne un groupe naval, dirigé par le porte-avions Carl Vinson.

Source: Avec Sputnik

via: http://french.almanar.com.lb/378314

 

La Corée du Nord demande la médiation de l’ASEAN pour éviter un «holocauste nucléaire»

Sur fond de tensions croissantes dans la péninsule coréenne, Pyongyang a demandé le soutien de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est pour empêcher un «holocauste nucléaire». Donald Trump a lui, mis en garde contre un «conflit majeur».

Dans une lettre au Vietnamien Le Luong Minh, président de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho s’est alarmé des actions et de la rhétorique de Washington qui poussent selon lui la région au «bord de la guerre».

«Comme vous pouvez le constater, les actions belliqueuses des Etats-Unis et de la Corée du Sud dans la péninsule coréenne mènent à une situation totalement hors de contrôle», peut-on lire également dans cette lettre du diplomate nord-coréen, datée du 23 avril dernier et que s’est procurée l’AFP.

 

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 «Il est clair pour tous que le déploiement nucléaire que les Etats-Unis et la Corée du Sud mènent actuellement dans la péninsule coréenne peut conduire à une véritable hécatombe en quelques secondes. La nature de ces « exercices » n’est en aucun cas défensive», a ajouté Ri Yong-ho.

L’appel de Pyongyang à l’ASEAN a précédé de peu le 30e Sommet de l’organisation qui s’est déroulé à Manille aux Philippines du 26 au 28 avril. La Corée du Nord y a justifié ses efforts pour développer son propre arsenal nucléaire comme seul moyen de dissuasion contre les Etats-Unis.

 

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Le ministre nord-coréen des Affaires étrangères a exhorté le chef de l’ASEAN à informer ses homologues de l’organisation «sur la situation extrêmement grave» dans la région et à élaborer une «proposition appropriée» pour la préservation de la paix dans la péninsule coréenne.

«Nous attendons de l’ASEAN, qui attache une grande importance à la paix et à la stabilité régionales, qu’elle s’intéresse à la question des exercices militaires conjoints entre les Etats-Unis et la Corée du Sud à partir d’une position équitable et joue un rôle actif dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité», a déclaré Ri Yong-ho dans sa lettre.

Ce n’est pas la première fois que Pyongyang envoie une lettre à l’organisation régionale composée de dix nations membres mais dont la Corée du Nord ne fait pas partie. L’agence de presse officielle nord-coréenne, KCNA, a annoncé que son ministère des Affaires étrangères avait déjà envoyé une requête au secrétariat de l’ASEAN le 4 avril dernier au sujet des manœuvres militaires de Washington et Séoul.

Ce plaidoyer de la Corée du Nord est adressé l’ASEAN alors que la péninsule est en proie à de vives tensions. Au cours de la semaine dernière, les armées sud-coréenne et américaine ont effectué des manœuvres conjointes à Pocheon, dans le nord de la Corée du Sud. Elles ont fait suite à des exercices nucléaires nord-coréens qui avaient eu lieu la veille à Wonsan, au bord de la mer du Japon.

Les Etats-Unis ont de leur côté procédé, le 26 avril, au lancement d’un missile Minuteman III pour démontrer leurs «capacités nucléaires». En outre, un sous-marin nucléaire américain armé de missiles téléguidés a fait une escale portuaire en Corée du Sud le 25 avril et le navire de guerre USS Carl Vinson a été envoyé dans la région.

Le 28 avril, le ministère de la Défense de Corée du Sud a annoncé que les Etats-Unis envisageaient de continuer à déployer leurs armes «stratégiques» dans le pays, selon l’agence sud-coréenne Yonhap.

«Washington et Séoul ont convenu de poursuivre la mise en œuvre de toutes les mesures disponibles, y compris le déploiement régulier d’actifs stratégiques américains», a déclaré le ministre coréen lors de la réunion de deux jours entre la Corée et les Etats-Unis sur la question de la défense qui s’est tenue à Washington DC.

La Corée du Nord pour sa part a promis de répondre si nécessaire par une frappe nucléaire sur le territoire américain et a même diffusé la vidéo d’une simulation de tir de missile balistique frappant les Etats-Unis. Pyongyang a en outre assuré être prêt au combat, et a affirmé pouvoir couler le Carl Vinson en une seule frappe.

Washington se prépare au pire, tandis que Pékin, Moscou et Tokyo appellent à une solution diplomatique

Dans le même temps, alors que les Etats-Unis continuaient de renforcer leur présence militaire dans la région, la Chine et la Russie ont appelé à rechercher une solution diplomatique à la montée des tensions dans la péninsule coréenne.

Pékin tente de convaincre Pyongyang de renoncer à effectuer un sixième essai nucléaire. La Chine craint en effet qu’une telle manœuvre puisse déclencher des mesures de représailles de la part de Washington.

Le 27 avril, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a déclaré que la Chine avait accepté le principe de sanctions unilatérales contre Pyongyang si la Corée du Nord effectuait un nouvel essai nucléaire. En février dernier, la Chine avait déjà interdit les importations de charbon en provenance de Corée du Nord et évoqué la possibilité de restreindre ses exportations de pétrole vers cette dernière.

«Nous allons discuter des prochaines étapes qui pourraient être nécessaires à l’augmentation de la pression [économique] sur le régime [nord-coréen]», a déclaré Rex Tillerson. «Nous ne cherchons pas à changer le régime en Corée du Nord. Nous voulons la même chose que la Chine : une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne», a-t-il ajouté.

Donald Trump, quant à lui, a déclaré à l’agence Reuters qu’il y avait «une possibilité de conflit majeur» dans la région. «Nous aimerions résoudre les choses de manière diplomatique, mais c’est très difficile», a-t-il déclaré.

 

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Plus tôt dans la journée, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe ont préconisé une solution diplomatique à la crise coréenne. «Nous appelons tous les Etats impliqués dans les affaires de la région à s’abstenir d’employer une rhétorique militaire et à chercher un dialogue pacifique et constructif», a déclaré Vladimir Poutine après avoir rencontré son homologue japonais au Kremlin.

La veille, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, avait estimé que les pourparlers entre les six parties (Etats-Unis, Corée du Sud, Corée du Nord, Russie, Chine, Japon) devraient être relancés.

«Il existe bien un mécanisme de pourparlers à six et il convient parfaitement à la Russie. Il faudrait demander aux Etats-Unis pourquoi ils rejettent ce mécanisme conçu pour améliorer la situation dans la péninsule coréenne», a déclaré Maria Zakharova. «Nous devrions utiliser tous les efforts diplomatiques et toutes les possibilités qu’offre le droit international [dans la situation actuelle de la région]», a ajouté la responsable russe.

Ces pourparlers à six (Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, Etats-Unis, Russie et Japon), ont commencé en 2003, dans le but d’une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne. Ils ont capoté dès 2008 après le lancement d’une fusée par la Corée du Nord.

Source:https://francais.rt.com/international/37666-coree-nord-demande-mediation-asean-pour-eviter-holocauste-nucleaire

 

Pyongyang procède à un essai balistique

La Corée du Nord vient de procéder, aujourd’hui vendredi 28 avril 2017, à un essai de tir de missile balistique réussi.

Ce tir intervient dans un contexte extrême de guerre nucléaire annoncée par Washington et dont l’impact et les conséquences seront certainement catastrophiques à l’échelle de la planète.

Pyongyang ne peut se laisser intimider par les menaces US, car le moindre recul sera perçu comme une faiblesse et par conséquent le prélude à une agression.

Nous vivons en ce moment l’un des moments les plus critiques de l’histoire:  la guerre nucléaire à grande échelle est une possibilité tangible…

En Iran, l’état-major militaire vient d’annoncer sa volonté de faire tout ce qui est possible de faire pour reporter une confrontation militaire directe avec Washington tout en soulignant qu’Israël vit en ce moment une très grave crise identitaire et existentielle rendant possible toutes formes de dérives.

Source: https://strategika51.wordpress.com/2017/04/28/pyongyang-procede-a-un-essai-balistique/

 

 

Corée du Sud : début de l’installation du bouclier antimissile américain en pleine contestation

Il ne fait pas l’unanimité. En Corée du Sud, l’arrivée de 6 camions contenant les premiers éléments du bouclier antimissile américain ce mercredi 26 avril a provoqué de violents heurts entre les forces de l’ordre et les habitants de Seongju, au nord de la région de Gyeongsang. Ce déploiement est aussi au cœur des débats de l’élection présidentielle du 9 mai prochain.

« Le dispositif devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année. » Voilà l’essentiel du communiqué de presse diffusé ce mercredi 26 avril par le ministère sud-coréen de la Défense. Le site de Seongju où a commencé l’installation du bouclier antimissile américain THAAD (Terminal High Altitude Area Defence) devra être évacuée « rapidement » indique l’agence Yonhap citée par le Korea Times. Une évacuation pas du goût des résidents locaux qui se sont opposés violemment aux forces de l’ordre. Une dizaine d’habitants ont été blessés, ajoute le Korea Herald. Séoul et Washington travailleront « main dans la main » pour l’évacuation et la poursuite de l’installation du THAAD.
Des lanceurs, un radar, 48 intercepteurs, une unité de contrôle et de lutte contre le feu, 20 remorques, un générateur d’énergie et un refroidisseur sont ainsi arrivés dans la nuit de ce mardi à mercredi en Corée du Sud, précise le Korea Herald.

Selon le ministère sud-coréen de la Défense, le déploiement total du bouclier antimissile sera effectif à la fin de l’année. « Il reste maintenant à relier les lanceurs à un autre système de support. […] La mesure d’aujourd’hui vise à sécuriser la capacité opérationnelle en déplaçant certains des composants THAAD disponibles sur le site », précise le ministère à Séoul. Le bouclier n’est qu’un « système d’arme défensive » contre la Corée du Nord, insiste de son côté le Pentagone. Washington admet qu’il s’agit d’une « mesure critique” visant à protéger la Corée du Sud, dans le contexte du dernier test de tir balistique par Pyongyang début avril.

Cependant, les habitants de Seongju ne sont pas les seuls à être troublés par l’arrivée du dispositif américain. Les avis divergent également parmi les candidats à la présidentielle sud-coréenne, indique le Korea Herald dans un autre article. Salué par les conservateurs, le THAAD est critiqué par les libéraux. L’équipe de campagne de Moon Jae-in, le candidat du parti démocratique libéral favori de la présidentielle, a immédiatement dénoncé cette installation imprévue, regrettant qu’elle ne prenne pas en compte l’avis du peuple. Selon Moon, le prochain président élu devrait être autorisé à prendre la décision finale sur le déploiement du THAAD après les élections du 9 mai. Ce déploiement a eu lieu avant même que « l’enquête environnementale ne soit menée », reproche par ailleurs le porte-parole d’Ahn Cheol-soo, du Parti du Peuple (centre gauche). Ce n’est pas l’avis de la droite sud-coréenne : « Nous espérons que le déploiement de THAAD arrivera à son terme sans compromis, grâce à la coopération entre la Corée du Sud et les États-Unis pour sa pleine capacité opérationnelle au cours de l’année », a lancé Kim Myung-Yeon, porte-parole du candidat conservateur Hong Joon-Pyo.

Alors que le sujet fait débat à Séoul, Pyongyang continue de s’activer, mais sans mettre à exécution ses menaces les plus graves. Comme lors du 105eme anniversaire de Kim Il-sung le 15 avril dernier (lire notre article), Kim Jong-un n’a pas ordonné d’essai nucléaire pour les 85 ans de la création de l’armée nord-coréenne hier mardi 25 avril. A la place, un exercice d’artillerie « exceptionnellement réussi : les sous-marins ont submergé rapidement des attaques de torpilles sur les vaisseaux de guerre ennemis et les bombardiers fonctionnent », vante l’agence de presse nord-coréenne KCNA. « Transformer 10 millions d’armes à feu en 10 millions de bombes », telle est encore la promesse de l’armée nord-coréenne à Kim Jong-un pour lui démontrer sa loyauté.

Sarah Suong Mazelier

 Photo: Manifestants et policiers s’opposent alors que des camions militaires transportant les premiers éléments du bouclier antimissile américain THAAD entrent sur le site de Seongju, le 26 avril, 2017. (AFP PHOTO / YONHAP / YONHAP)

Source: https://asialyst.com/fr/2017/04/26/coree-du-sud-americains-installent-bouclier-antimissile/

 

Ministère russe de la Défense: le ciel syrien totalement contrôlé par la Russie

Les troupes des Forces armées de la Fédération de Russie basées en Syrie scrutent l’ensemble du ciel syrien. Des mesures supplémentaires ont été prises pour assurer une protection optimale des Forces armées russes suite à la frappe aérienne américaine.

Un système de gestion multi-niveaux est déployé en Syrie afin de contrôler l’intégralité de l’espace aérien de la Syrie, a annoncé mercredi le lieutenant-général Sergeï Rudskoï, chef de la Direction principale des opérations de l’État-major général des Forces armées russes lors de la conférence de Moscou sur la sécurité internationale.

« Pour guider les combats en Syrie, un système de gestion multi-niveaux a été mis en place. Ce dernier permet au commandement des troupes russes à l’aérodrome de Hmeimim de contrôler la situation aérienne sur tout le territoire de la Syrie depuis cette même base », a souligné M. Rudskoï.

La Russie a suspendu le mémorandum sur la prévention des incidents et la sécurité des vols de l’aviation le 7 avril après le tir de plus de près de 50 missiles de croisière américains contre l’aérodrome syrien de Chayrat, dans la province de Homs. Les États-Unis ont annoncé avoir agi en représailles à l’incident impliquant un prétendu usage d’arme chimique en Syrie.

En suspendant le mécanisme de prévention des incidents dans le ciel syrien, la Russie a clairement laissé entendre qu’elle ne permettrait pas aux États-Unis de prendre des décisions unilatérales et non concertées en Syrie.

Moscou a ranimé le mémorandum le 13 avril à la demande du secrétaire d’État américain Rex Tillerson, en soulignant que cette démarche américaine avait été dictée, avant tout, par un besoin des États-Unis de coordonner les actions dans le ciel syrien.

Le 13 avril déjà, c’est-à-dire au lendemain de la visite de Rex Tillerson à Moscou, le porte-parole du département d’État américain Mark Toner a annoncé que le mécanisme de prévention des incidents avait été rétabli.

Source:https://fr.sputniknews.com/international/201704261031105353-ministere-russe-defense-ciel-syrien-totalment-controle-par-russie/

 

Pékin/Moscou en état d’alerte

Consécutivement aux tensions qui ne cessent de monter dans la péninsule coréenne et aux menaces croissantes des États-Unis, les forces russes et chinoises ont été mises en état d’alerte. À en croire le quotidien britannique Express, le déploiement du système de missiles THAAD en Corée du Sud et les exercices navals conjoints de Washington, de Tokyo et de Séoul dans la région risquent à tout moment de déclencher une confrontation militaire d’envergure et d’embraser toute la péninsule.

Les États-Unis dont l’armada opère déjà depuis plusieurs jours dans les eaux de la péninsule ont prétexté les tests de missiles nucléaires nord-coréens pour justifier le déploiement des missiles THAAD (Terminal High Altitude Area Defense). Pyongyang a de son côté critiqué les ingérences américaines dans ses affaires intérieures et réitéré sa « détermination à poursuivre ses tests de missiles balistiques et nucléaires » et ce, en dépit des menaces US. La Corée du Nord n’a même pas écarté la possibilité d’une attaque nucléaire préventive  » capable de réduire en cendres les villes américaines ».

Pour la Chine et la Russie, le nouvel aventurisme US dans la péninsule coréenne s’inscrit dans le sens des politiques bellicistes qui, depuis l’investiture de Trump, caractérise la politique étrangère de la Maison Blanche. La Chine a mis en état d’alerte ses forces dans la région et a rallié la flotte russe qui opère depuis le début de la campagne américaine dans les eaux nord-coréennes.

Deux semaines après avoir frappé la Syrie à coup de missiles Tomahawk, les Américains ont envoyé leur flotte composée de plusieurs navires de guerre au large de la Corée du Nord. Réticente au début, la Chine s’aligne désormais totalement sur la Russie. Les forces chinoises et russes se trouvent en état d’alerte « pour défendre la Corée du Nord » sur fond d’informations qui font état d’une seconde série d’exercices militaires tenus par le Japon et les États-Unis en moins d’une semaine. Ces exercices aériens et maritimes se dérouleront dans l’ouest de l’île d’Okinawa. Sputnik évoque la présence de deux navires de guerre japonais, de deux F-15 japonais, de F-18 américains et ces appareils accompagneront l’USS Carl Vinson. Ces exercices auront lieu mercredi trois jours après les premiers exercices navals entre les deux pays.

Source: http://parstoday.com/fr/news/world-i34958-pékin_moscou_en_état_d’alerte

 

 

Quand Washington perd le Nord en Corée

L’administration Trump est-elle en train de découvrir l’(Extrême) Orient compliqué ? Le nouveau président américain pensait peut-être qu’après un entretien téléphonique avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, l’annonce tonitruante du retrait du Traité transpacifique (TPP), une poignée de main ferme (et douloureuse) au Premier ministre japonais Abe Shinzo et une chanson traditionnelle chinoise interprétée par sa petite-fille devant un Xi Jinping visiblement peu impressionné, un discours musclé face à la Corée du Nord suffirait à faire de lui un dirigeant fort et résolument engagé en Asie-Pacifique. Mais la diplomatie asiatique est un jeu subtil et difficile, les déconvenues américaines s’y sont multipliées ces dernières années, et l’administration Trump ne semble pas bien armée pour faire face à la complexité des dossiers.

Nous assistons pourtant depuis quelques semaines à une hausse des tensions entre Washington et Pyongyang, sur fond de rhétorique très agressive, et de visites à répétition de hauts responsables américains en Corée du Sud. D’abord le secrétaire à la Défense James Mattis, puis le Secrétaire d’État Rex Tillerson, et enfin le vice-président Mike Pence, Donald Trump n’ayant pour sa part pas encore effectué de visite à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir. A chaque fois, le ton est monté d’un cran. « L’ère de la patience stratégique est révolue », a ainsi annoncé depuis Séoul Mike Pence, comme pour signifier que la politique nord-coréenne de Washington va devoir changer. Mais que révèle ce soudain intérêt pour le dossier nord-coréen, sinon d’importantes carences dans l’appareil décisionnel de la politique étrangère américaine ?

Une inquiétante et coupable méconnaissance du dossier coréen

La Corée du Nord est le plus ancien ennemi des États-Unis encore debout. Bien avant que Castro ne prenne le pouvoir à La Havane, que l’Iran n’expérimente sa révolution islamique, que Saddam Hussein ne montre des crocs, ou que l’état-major américain découvre l’Afghanistan sur une carte du monde, la dynastie des Kim contrôlait déjà la moitié nord de la péninsule coréenne, avec un anti-américanisme à la mesure de ce régime totalitaire, et une guerre d’une rare violence entre 1950 et 1953. En clair, les membres de l’administration Trump ont toujours connu la Corée du Nord comme l’un des principaux ennemis des États-Unis, sorte de résilience de la Guerre froide, de résidu d’un monde que certains crurent révolu après la disparition de l’Union soviétique. Autant dire qu’il s’agit là d’un dossier connu, et pour lequel de multiples stratégies ont été envisagées, avec les résultats médiocres que l’on sait, et que la survie du régime de Pyongyang ne fait que rappeler à ceux qui l’oublieraient. Pourtant, la gestion du dossier nord-coréen par l’administration Trump met en relief une étonnante méconnaissance de la réalité de la péninsule. A moins que ce ne soit une « tactique », visant à modifier les rapports de force en jetant un pavé dans la mare. On peut en douter, tant il y a peu de suivi au-delà des déclarations.

 Dans ces conditions, pourquoi cet intérêt soudain pour la dynastie des Kim ? Qui est le personnage qui a eu l’idée soudaine de hausser le ton face à Pyongyang ? Quel est ce Docteur Folamour au sein d’une administration qui ne semble pas très experte des questions asiatiques ? Parmi les conseillers au National Security Council (NSC) supposés apporter leur expertise sur le dossier nord-coréen et placés sous la direction du général McMaster, se trouve le général Joseph Dunford, surtout connu pour avoir servi en Afghanistan ; l’ancien sénateur d’Indiana Dan Coats qui n’a aucun antécédent sur l’Asie ; Christopher Ford, assistant-spécial sur les questions de non-prolifération nucléaire, qui a publié quelques travaux sur la Chine (mais pas sur la Corée) ; Matthew Pottinger, assistant-spécial sur l’Asie, ancien journaliste couvrant la Chine et Marine ayant servi en Afghanistan ; ou Victoria Coates, assistante-spéciale sur les questions stratégiques, ancienne consultante et conseillère de campagne de Ted Cruz. Parmi les autres membres du NSC légèrement plus expérimentés, mentionnons Kathleen McFarland (qui va devenir ambassadrice à Singapour) ou Dina Powell (plus connue pour ses antécédents économiques chez Goldman Sachs). Si on ajoute à cette liste les secrétaires (ministres) qui participent aux réunions du NSC, Mattis, Tillerson, et le Secrétaire à l’Énergie Rick Perry, en plus de Mike Pence et du clan Trump, force est de constater qu’il ne se dégage dans l’entourage du président américain pas un expert pointu de la Corée du Nord, ni même d’ailleurs des questions de prolifération et de contrôle des armements. C’est peut-être justement là le problème : après avoir essayé la fermeté sous l’administration Bush, puis le dialogue sous l’administration Obama, mais à chaque fois en imaginant des scénarii et en cherchant à percer les mystères de la Corée du Nord, la Maison-Blanche se risque au jeu du hasard. Si une telle approche des relations internationales peut, au détour d’un coup du sort, fonctionner dans certains cas, elle est très déplacée face à un adversaire qui a fait la démonstration de ses capacités de négociation et de chantage. Mais gageons que l’administration Trump va très vite faire l’apprentissage de ce qu’est l’énigme nord-coréenne. Mieux vaudrait en tout cas.

Les États-Unis déterminés, mais à quoi ?

« Toutes les options sont sur la table », « une action militaire n’est pas exclue », « le régime nord-coréen est sous étroite surveillance »… A plusieurs reprises au cours des dernières semaines, les responsables américains ont claironné leur détermination face à la Corée du Nord. Certes, la détermination est une vertu, à condition toutefois de savoir pourquoi elle est invoquée, ce qui n’est pas le cas ici. Ainsi, à quoi sont donc déterminés les membres de l’administration Trump ? A empêcher que la Corée du Nord ne se dote de l’arme nucléaire, alors que ce pays a procédé à cinq essais depuis 2006, narguant ainsi deux administrations américaines successives ? A éviter une guerre, alors que celle-ci n’est pas plus imminente aujourd’hui qu’hier, et que personne ne semble la souhaiter ? A renverser le régime, perpétuant ainsi les prophéties d’un autre âge des « experts » de la Corée du Nord à Washington qui, depuis 1991, nous en annoncent l’effondrement imminent et ne craignent pas le ridicule en revenant systématiquement à la charge ? Ou alors à éviter que Pyongyang ne se serve de son chantage nucléaire pour marchander sa survie, ce que le régime parvient à faire depuis plus de vingt ans (les accords de la KEDO remontent à 1994) ? Il y a lieu de s’interroger.

 Dans tous les cas, il semble y avoir un grand écart entre la détermination et la capacité à la confirmer par des actes. Et cet écart traduit la difficulté de plus en plus grande qu’éprouvent les États-Unis à imposer leurs objectifs stratégiques dans le monde, et tout particulièrement en Asie. Les rapports de force ont évolué, et si Washington était il y a deux décennies au centre de toutes les attentions, et donc du règlement de tous les nœuds politico-stratégiques, l’émergence de la Chine s’est traduite par un retrait progressif. De quels leviers dispose ainsi désormais l’administration Trump face à la Corée du Nord ? Le régime des sanctions est un échec, la recherche du dialogue n’a jamais fonctionné, et l’option multilatérale est désormais (depuis 2003) entre les mains de Pékin. Dans ce contexte, peut-être faut-il dès lors entendre cette détermination comme une volonté farouche de vouloir rester présent sur un dossier qui échappe de plus en plus à Washington. Et l’histoire des relations internationales nous enseigne que quand une puissance sur le déclin, relatif mais réel, cherche à préserver ses acquis et réaffirmer son leadership, elle devient potentiellement déstabilisante. C’est le scénario auquel nous assistons actuellement.

A la recherche d’interlocuteurs légitimes

L’équipe Trump a désormais bien compris que la Corée du Sud est un allié. C’est déjà un premier pas, quand on se souvient que le candidat Trump considérait la possibilité de se désengager militairement de la péninsule (ce que les États-Unis firent une fois, en 1949, avec les conséquences qu’on connaît). Mais les conseillers du président américain ont sans doute oublié de mentionner que ce pays est confronté à une très grave crise politique, qui s’est soldée le mois dernier par la confirmation de la destitution de la présidente Park Geun-hye, qui est même désormais incarcérée en l’attente de son jugement pour corruption et confits d’intérêts. Il serait plus avisé pour James Mattis, Rex Tillerson et Mike Pence – et donc pour l’administration qu’ils représentent – d’attendre que l’élection présidentielle sud-coréenne livre son verdict que de s’afficher avec le président sud-coréen par intérim (ancien Premier ministre de Park et très hostile à la Corée du Nord) Hwang Kyo-ahn, qui n’a aucune crédibilité aux yeux de l’opinion publique sud-coréenne, et dont il convient de rappeler qu’il n’est pas élu. Et pourtant, c’est bien Hwang que les trois hommes ont rencontré successivement, comme pour lui afficher un soutien sans faille. Les Sud-Coréens vont désigner un nouveau président de la République en mai, et tourner définitivement la page de la présidence désastreuse de Park Geun-hye. D’ailleurs, le grand favori de cette élection est Moon Jae-in, candidat malheureux en 2012. Il souhaite renouer le dialogue avec Pyongyang mais aussi repenser la pertinence des missiles THAAD, que Madame Park avait choisi de déployer. Sur ces deux points, il semble peu en phase avec la ligne de l’administration Trump.

 De quoi donc s’interroger sur la finalité des pressions américaines dans la péninsule, moins tournées vers Pyongyang que vers Séoul, et accessoirement vers Pékin, comme une doléance à prendre des initiatives. Si ces pressions sont assez logiques, voire légitimes, à l’égard de la Chine, elles ont de quoi surprendre dès lors qu’elles ciblent un allié historique des États-Unis. Conséquence, les manœuvres américaines ont tout pour inquiéter les Sud-Coréens, sans doute plus encore que les gesticulations de Pyongyang dont ils sont de toute façon familiers depuis que la péninsule est coupée en deux, et avec lesquelles ils ont depuis longtemps appris à vivre. Si l’administration Trump cherche des interlocuteurs légitimes et des alliés solides, elle devrait peut-être revoir sa copie dans les signaux qu’elle envoie actuellement à Séoul.

Un commandant en chef des forces armées privé de forces

Reste le problème lié aux moyens. Et une question qui blesse : mais où est donc passé l’USS Carl Vinson, ce porte-avion annoncé avec force par le président américain, et accessoirement commandant en chef des forces armées, comme faisant route vers la péninsule coréenne pour mettre la pression sur Pyongyang ? Aux dernières nouvelles, le bâtiment et la flottille l’accompagnant ont été aperçus dans le détroit de la Sonde, entre Java et Sumatra, en route vers l’Océan indien, à environ 6 000 km au sud des côtes coréennes. Erreur de navigation, tentative de prendre la Corée du Nord par derrière (…) ? Non, tout simplement un ordre de mission respecté à la lettre, avec pour destination l’est de l’Océan Indien où il doit participer à des manœuvres navales avec la marine australienne. Il aurait depuis fait demi-tour, direction la Corée…

De deux choses l’une : soit Donald Trump bluffait quand il affirmait que le bâtiment se dirigeait vers la Corée, auquel cas il devrait s’assurer d’avoir de meilleures cartes dans son jeu avant de faire une annonce aussi risquée ; soit il ne savait pas de quoi il parlait. On ose à peine croire à cette seconde hypothèse, et pourtant. La rumeur enfle à Washington : les officiels du Pentagone n’ont pas osé signaler à leur président que l’USS Carl Vinson ne se dirigeait pas vers la Corée. Pour ne pas le contrarier ? Ou alors en se disant que l’affaire passerait inaperçue ? Le commandant en chef des forces armées ne serait ainsi pas informé de l’état et de la disponibilité des forces sur lesquelles il entend s’appuyer pour rendre sa politique étrangère et de défense crédible ? Voilà qui est, au-delà de l’amateurisme dans la gestion de cette nouvelle crise nord-coréenne, extrêmement inquiétant.

 Cent jours après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le constat est sans appel et soulève nécessairement de vives inquiétudes. Rarement la politique étrangère des États-Unis fut à ce point hésitant. Rarement la politique asiatique de Washington fut aussi peu pensée et coordonnée. Et jamais sans doute la politique coréenne d’une administration américaine ne fut à ce point marquée par un tel niveau d’incompétence, élevé au rang de doctrine. Il parait que le ridicule ne tue pas. Mais il peut en revanche être très blessant et laisser de profondes cicatrices, et c’est exactement ce que les hésitations coréennes de l’administration Trump risquent de provoquer.

 Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences à l’Université Catholique de Lille, Directeur de recherche à l’IRIS où il est responsable du pôle Asie-Pacifique, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les enjeux sécuritaires et les questions politiques en Asie orientale. Son dernier livre, Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima, est paru chez Lemieux éditeur.

Photo: Le vice-président américain Mike Pence en visite au village de Panmunjon dans la zone démilitarisée (DMZ) à la frontière de la Corée du Sud avec le Nord le 17 avril 2017. (Crédits : AFP PHOTO / JUNG Yeon-Je)

Source:https://asialyst.com/fr/2017/04/25/quand-washington-perd-nord-en-coree/

 

Les USA évacueront leurs citoyens de la Corée du Sud

Les citoyens américains se préparent à être évacués de la Corée du Sud. En cas d’une aggravation du conflit, les Américains quitteront la péninsule, relate le journal Daily Express.

230 000 Américains devraient quitter le pays. Les autorités américaines considèrent cette évacuation comme une opération spéciale. Les Américains seront évacués de Séoul et des autres villes sud-coréennes.

L’évacuation sera réalisée en cas d’aggravation des tensions entre Washington et Pyongyang. La capitale sud-coréenne est située à 60 km de la frontière avec la Corée du Nord. Elle est menacée par 12 000 pièces d’artillerie de l’Armée nord-coréenne.

Les experts militaires américains estiment que Pyongyang tirerait environ 500 000 engins sur la Corée du Sud pendant la première heure de l’affrontement en question. Il n’est pas exclu que ces engins soient remplis de substances toxiques, affirme Daily Express. Le fait que les civils sud-coréens pourraient être touchés par cette attaque semble ne pas intéresser les États-Unis.

Les préparatifs de l’évacuation seront terminés en juin.

Auparavant, Pravda.Ru a annoncé que le Japon se préparait à évacuer ses citoyens de la Corée du Sud en raison des tensions autour la Corée du Nord. « Cela se produira en cas de nécessité. La tâche principale du gouvernement et de protéger les civils », a déclaré le secrétaire général du Cabinet des ministres Yoshihide Suga.

Source: http://www.pravdafrance.com/news/international/25-04-2017/1304209-INTERNATIONAL-0/

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La Russie prête à déployer des troupes au sol

Alors que les États-Unis, la Jordanie et Israël s’apprêtent à lancer une offensive contre le sud de la Syrie et que les forces spéciales US se trouvent déjà positionnées à Raqqa et à Deir ez-Zor, des informations font état de l’intention de la Russie d’envoyer des contingents terrestres en Syrie ». 

Le pays qui détient déjà une base navale à Tartous et une base aérienne à Lattaquié, n’écarte plus la possibilité d’expédier des troupes au sol en Syrie, cible désormais d’une possible invasion terrestre des États-Unis par armée israélienne et jordanienne interposées.

Selon le journal Al Quds al Arabi, Moscou a informé Damas de « sa disponibilité à déployer ses troupes au sol en Syrie » si le gouvernement syrien en fait la demande. Cité par le journal, le ministère russe de la Défense a annoncé être « totalement » prêt  à  » expédier des forces spéciales terrestres en Syrie » pour qu’elles participent aux combats face aux terroristes et « réduire ainsi la pression sur l’armée syrienne et ses alliés.

Il va sans dire que cette annonce s’inscrit dans le droit fil d’une nouvelle configuration de force qui irait s’installer en Syrie « si les États-Unis, la Jordanie et Israël intervenaient militairement dans le sud du pays ».

Le ministère russe de la Défense a également fait part de sa « parfaite disposition » à « transférer forces, armes et munitions en Syrie » aussitôt après que l’ordre en serait émis par le président Poutine, commandant en chef des forces armées russes.

La présence militaire russe s’est réduite jusqu’ici au niveau des officiers et des conseillers militaires.

Parallèlement au journal arabe, le journal israélien Yediot Aharonot a repris cette information et y a jouté quelques éléments : ainsi outre les forces russes, « les forces terrestres iraniennes seraient elles aussi prêtes à s’engager en Syrie ». Cette information n’a été confirmée d’aucune source officielle en Iran.

 

Source: http://www.presstv.com/DetailFr/2017/04/24/519240/Soldats-russes-en-route-pour-la-Syrie