Fidel Castro

le Lider Maximo est mort

 

La dernière star politique du 20 ème siècle est décédée. Fidel Castro encensé par les uns, détesté par les autres a une place particulière dans l'histoire contemporaine en tant que leader d'un petit pays révolutionnaire qui a eu un rôle exceptionnel hors de ses frontières et qui a transformé durablement la société cubaine avec des succès incontestables dans l'éducation, la santé. Régis Debray a caractérisé "le castrisme, une action empirique et conséquente, qui a rencontré le marxisme sur son chemin, comme sa vérité".

Les années de formation

Le père Castro, émigré espagnol pauvre à la fin du 19ème siècle, s'est constitué une finca, grosse exploitation agricole dans le Cuba dominé par les banques américaines qui possèdent 80% de la production de sucre, qui ont le monopole dans les chemins de fer, l'électricité, le téléphone.

Le fils nait avant la grande crise mondiale de 1929, reçoit une éducation au collège puis au lycée jésuite, avec l’éthique, l'anti-américanisme qui caractérisent les jésuites cubains des années 30.

Grand sportif, étudiant il obtient ses diplômes en droit et sciences sociales à l'université de la Havane à la fin de la seconde guerre mondiale.

Il adhère à la nouvelle ligue anti-impérialiste des étudiants latino-américains, il fonde le mouvement étudiant pour l'action dans les Caraïbes, il préside la fédération des étudiants de l'université. On remarque déjà ses talents d'orateur.

En 1948 il participe à l'insurrection du Bogotazo en Colombie.

Il lit Marx Engels Lénine.

En 1950 il est docteur en droit après s'être spécialisé dans la législation du travail et le droit diplomatique. Il devient avocat au bénéfice des plus pauvres.

En 1951 il se présente aux élections pour le Partido Orthodoxo et il crée en son sein l'Action radicale orthodoxe.

La lutte contre Batista

En 1952 à la suite du coup d'état de Fulgencio Batista, Castro exige l'arrestation du dictateur et entre dans la lutte clandestine et la préparation d'un projet révolutionnaire. Après l'attaque de la caserne de la Moncada et l'assaut repoussé par les troupes gouvernementales, Castro est arrêté et lors de son procès il dénonce la misère des cubains et propose un programme politique avec le partage des terres, le logement, la santé, l'éducation pour les plus pauvres, la nationalisation des trusts, la création des coopératives agricoles. La publication de "l'histoire m'absoudra" fera connaitre ce discours aux références nombreuses : Rousseau, la république romaine, St Thomas d'Aquin, Martin Luther, Montesquieu, José Marti.

Il est condamné à 15 ans de prison, sur l'île des Pins, avec 20 de ses compagnons. C'est pendant sa détention qu'une véritable école révolutionnaire sera mise en place, avec pragmatisme, formation intellectuelle et entrainement physique au programme. Une loi d'amnistie en mai 1955 le fera sortir de prison. Il crée alors le Mouvement révolutionnaire du 26 juillet. Il s'exile au Mexique, rencontre Che Guevara médecin argentin, continue à s'entrainer à la lutte avec ses compagnons, collecte des fonds au USA.

Quittant le Mexique, il va à bord du Granma, avec 81 hommes armés, débarquer à Cuba, et mener à partir de décembre 1956 la guérilla dans la Sierra Maestra. 2 années de lutte contre le régime de Batista, mais aussi 2 années de discussion programmatique pour l'après Batista et la création d'une administration civile du territoire libéré au fur et à mesure.

Nuevo Cuba

En fin 1958 les troupes castristes balayent le pays d'est en ouest, les populations se ralliant à elles. Et le 8 janvier 1959 Fidel Castro est à la Havane où il installe le nouveau pouvoir en mettant en place une vie spartiate des différents protagonistes. Le Nuevo Cuba est né. Se retrouve au pouvoir une majorité de ministres réformistes, le M-26-7, le parti de Castro apparait à peine. Très vite le gouvernement mis en place se trouve face à une double pression, celle des cubains qui cautionnent les messages politiques du M-26-7 et celle des castristes. Le Parti communiste cubain est ensuite associé au pouvoir. Le gouvernement est remanié, y restent quelques indépendants. L'effervescence révolutionnaire côtoie la justice révolutionnaire qui punit lourdement petits et grands tenants de l'ancien régime. Un million de cubains choisit l'exil. Les réformes annoncées sont appliquées : baisse des loyers, contrôle des prix, salaire minimum, réforme agraire, nationalisations des entreprises américaines, de la santé, construction de logements cédés en usufruit à chaque famille. Des comités de défense de la révolution sont créés.

Dans le pays d'anciens compagnons de Castro se rebellent contre le nouveau cours pris par la révolution ; l'église catholique manifeste et regroupe des centaines de milliers de personnes pour la liberté et la propriété. Des groupes de rebelles se forment.

Fidel Castro avait fait un voyage d'explications aux USA auprès des médias, des associations amies, mais le gouvernement américain ne peut tolérer le nouveau régime jugé trop proche des communistes et les nationalisations heurtent le business.

Le rapprochement avec l'Union Soviétique a lieu sur la base du "Cuba si, Yanquis no" alors qu'en octobre 1960 les premières mesures du "bloqueo" sont prises par les Etats-Unis qui ferment leur ambassade en janvier 1961.

En avril de la même année c'est l'invasion américaine de la Baie des cochons qui échoue avec la mobilisation de l'île contre "l'impérialisme américain". 1961 c'est aussi l'année de l'éducation cubaine avec la grande "ley de nacionalizacion general y gratuidad de la ensenanza" et l'affirmation dans le domaine artistique : " nous apprécierons toujours la création au travers du prisme du cristal révolutionnaire".

Ernesto Guevara avocat de la planification économique proclame : " l'homme socialiste doit travailler pour la société et non pour un gain personnel". L'agriculture devient la priorité des priorités pour nourrir la population, en comptant sur les propres forces de l'île.

En octobre 1962 c'est la crise des missiles au cours de laquelle le monde a bien cru au déclenchement d'un conflit nucléaire, les soviétiques ayant installé des rampes de lancement de missiles nucléaires. Grâce à l'intervention des 2 K Kennedy et Khrouchtchev, la crise s'achèvera.

1962-1989 Cuba état communiste

Même si Castro a toujours jugé le modèle soviétique trop bureaucratique, l'économie et la politique cubaine s'inspirent largement des recettes de l'Union soviétique. Dans l'agriculture, le secteur d'état représente 63% des terres cultivées. En octobre 1965 Castro crée le PCC parti communiste cubain. En occident des listes de centres de détention à régime sévère pour les opposants, circulent. En août 1968 Castro approuve l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie. Ce qui n'empêche pas les 2 dirigeants européens le suédois Olof Palme et l'allemand Willy Brandt de reconnaitre en 1969 les avancées sociales de la révolution castriste notamment dans l'éducation et la santé.

En 1970 la zafra, la récolte de la canne à sucre, devait dépasser le chiffre record de 10 millions de tonnes ; elle se terminera par un chiffre inférieur de 8,5 millions.

En 1972 Cuba rejoint le Conseil d'assistance économique mutuelle qui regroupe l'URSS et les pays communistes d'Europe de l'est.

En 1976 Castro à la tête du conseil d'état cumule les fonctions de chef de gouvernement et de chef d'état. Mais contrairement à l'Union Soviétique, aucun culte de la personnalité, pas une école, pas une usine, pas une rue, pas un hôpital, ne porte son nom. Il n'y a pas de statue à son effigie, pas de portrait officiel.

A l'été 80 une crise migratoire forte touche Cuba avec les marielitos qui veulent rejoindre les Etats-Unis. Des actions terroristes sont menées par des exilés cubains enrôlés par la CIA.

En 1976 pour desserrer quelque peu une économie très corsetée, le gouvernement autorise les vendeurs ambulants et en 1980 on voit poindre une libéralisation des marchés agricoles pour l'amélioration de l'approvisionnement alimentaire des cubains.

En 1986 une campagne est menée pour rectifier "les erreurs et déficiences" du système.

En juillet 89 le général Ochoa, le colonel Tony de la Guardia sont condamnés à mort pour un trafic de drogue à grande échelle et exécutés. Fidel Castro accuse le coup, car il s'agit là de la trahison de très proches responsables.

1962-1989 Cuba leader du tiers-monde

Dans cette période qui voit Cuba se développer en tant que pays communiste, Fidel Castro fait de l'île un des leaders du tiers-monde, des pays pauvres et en voie de développement.

Des guérillas se développent en Afrique, au Congo, en Amérique latine, au Pérou, en Bolivie, en Argentine. Le rôle de Cuba et de Che Guevara (abattu en 1967) est attesté dans l'ensemble de ces mouvements. La Havane devient le siège de l'organisation tricontinentale de solidarité des peuples, de l'organisation latino-américaine de solidarité.

En 1972 Cuba ratifie la convention internationale sur l'élimination de la discrimination raciale. En 1974 Fidel Castro soutient en Angola le mouvement populaire de libération MPLA face à l'UNITA soutenu par les USA et l'Afrique du sud, le pays de l'Apartheid. Il a apporté son aide à la révolution sandiniste au Nicaragua. En 1979 à la Havane se tient le sommet du mouvement des non-alignés. En 1985 c'est la conférence internationale sur la crise de la dette du tiers-monde, toujours à la Havane.

1989-2005 la période spéciale

En 1989 Fidel Castro reçoit Mikhaïl Gorbatchev. Il est très dubitatif sur le nouveau cours donné par ce dernier à la transformation de l'URSS et de ses alliés. La chute du mur de Berlin, l'exécution de Ceausescu en Roumanie, la fin de la révolution sandiniste, la fuite d'Ethiopie de Mengistu, l'effondrement de l'URSS, vont provoquer un véritable séisme à Cuba.

En 1990 Castro ouvre" la période spéciale en temps de paix", pour faire face à l'urgence avec la défection dramatique du bloc de l'est, de ses exportations et de ses importations.. De 1992 à 1994 le PIB cubain chute de 35%, les salaires de 25%, la consommation de 27%. Des cultures hors-sol sont pratiquées pour nourrir les villes. Les cubains ont faim, les restrictions tous azimuts touchent le pays.

En 1994 la fuite des balseros sur des embarcations de fortune montre une situation très dégradée, voire catastrophique.

Aux Etats-Unis la loi Torricelli en 92, puis la loi Helms-Burton en 96 accentuent, aggravent le bloqueo. En 97 une série d'attentats à la bombe touche l'île.

Fidel Castro trouve une nouvelle alliance économique en se tournant vers le Venezuela de Chavez (du pétrole contre des médecins et des enseignants) et la Chine communiste, pour remplacer l'URSS défaillante. Les énergies renouvelables sont appelées à la rescousse avec le solaire. 200 instituts scientifiques sont boostés pour la recherche biologique, pharmaceutique, le génie génétique. Une université des sciences informatiques est lancée, des produits pharmaceutiques sont créés.

Parallèlement, ces années voient par la volonté de Fidel Castro des changements politiques : en 1992 les premières élections municipales au suffrage universel direct ; en 93 les premières législatives au suffrage universel pour la moitié de l'Assemblée nationale. Au plan économique, en 93, les marchés libres paysans sont autorisés, le travail pour son propre compte est toléré. L’ouverture de l'économie aux investissements étrangers est actée. Tous ces changements pour éviter le naufrage et permettre une amélioration de la vie quotidienne des cubains, tout en maintenant le régime né de la révolution.

En janvier 1998 le pape Jean-Paul II est en visite à Cuba. En 2000 Castro rencontre le président Clinton à un sommet de l'ONU. En 2002 il invite l'ancien président Carter à la Havane mais le président G W Bush inscrit Cuba sur la liste noire des pays dangereux.

Alors que Fidel Castro a prédit une crise économique mondiale provoquée par la spéculation, les récessions, le saccage de l'environnement, en mars 2005 il annonce la fin de la période spéciale avec des résultats économiques meilleurs que prévus. Ce qui ne l'empêche pas de critiquer vertement les nouveaux riches parmi les cadres dirigeants du parti et de l'état. L'année suivante il crée avec Chavez, Evo Morales pour la Bolivie, l'ALBA Alternativa Bolivariana para las Americas.

Une succession familiale

Le 26 juillet 2006 lors de la commémoration de l'assaut de la Moncada il est pris d' "une crise intestinale aigüe avec saignements permanents". Le 31 juillet il organise une délégation de pouvoirs à son frère Raul Castro. Il va perdre jusqu'à 18 kg !

En 2008 Raul Castro devient président du Conseil d'état.

Fidel continuera à alimenter la politique de son pays avec ses "Reflexiones". Il avait dit :" nous avons besoin d'efficacité, de rentabilité. Nous avons démontré que nous ne sommes pas de bons gestionnaires". En bon praticien, pragmatique. Il a aussi écrit ses Mémoires.

"Le tacticien, le praticien" a maintenu officiellement l'essentiel du socialisme cubain. Alors que le blocus nord-américain sévissait, l'état a ouvert l'économie pour sa survie, aux investissements étrangers, en préservant l'éducation, la santé et l'armée. Fidèle à son objectif de créer et maintenir contre vents et marées un Cuba révolutionnaire et socialiste, Fidel Castro peut dire :" ce que j'ai fait personne d'autre ne l'a fait".

Il est décédé.

El comandante Fidel hé mortu

Il nous a quittés vendredi 25 novembre, après une longue maladie. Il avait quatre-vingt-dix ans. C’était un personnage hors du commun qui a profondément marqué la dernière moitié du 20e siècle. Un homme qui n’a jamais laissé quiconque indifférent. Il y avait ceux qui le haïssaient, le détestaient, le combattaient sans lésiner sur les moyens. Ainsi, par exemple, la célèbre Cia a tenté plus de six cents fois de le faire assassiner, en vain. L’impérialisme nord-américain ne s’est jamais résolu à accepter que Cuba, ensuite la majorité des pays d’Amérique latine échappent à son emprise, à ses prétentions hégémoniques. Alors le champion de la démocratie, de la liberté a utilisé tous les moyens contre ceux qui osaient contester sa suprématie. Et de quelle manière ? Si ce n’est la manière forte. Contre Cuba avec par exemple un embargo total, pour asphyxier le pays rebelle ou encore la tentative avortée de la Baie des cochons. D’autres exemples peuvent être cités : le coup d’Etat contre Allende et son gouvernement, démocratiquement élus, avec ses dizaines de milliers de morts, de disparus et d’exilés, l’appui à peine caché aux dictatures brésiliennes et argentines, aux régimes corrompus de Colombie et d’Amérique centrale. Ce champion de la démocratie et de la liberté, comme il se définit sans vergogne, a l’outrecuidance de dire que Fidel Castro et le régime cubain avaient et ont du sang sur les mains. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. Combien de morts à mettre au bilan des Etats-Unis d’Amérique dans leurs multiples agressions contre les peuples à travers l’histoire récente. N’ayons pas la mémoire courte : Les millions de bombes qui se sont déversées sur le Vietnam en sont un exemple flagrant. Résultat des centaines de milliers de morts, autant de blessés. Un pays ravagé. On pourrait ajouter l’Afghanistan, l’Irak, sans pour autant clore la liste. Et qu’en est-il de la situation intérieure américaine. A-t-on dans ce pays résolu définitivement le problème du racisme anti-noir et anti-latino ? A-t-on résolu le problème de la pauvreté ? La récente élection de Donald Trump le tonitruant et milliardaire ne laisse en rien augurer d'une évolution positive.

Il y a aussi ceux qui se sont réjouis de la mort du Lider maximo. Certains ont fait la fête en Floride. Sordide. Des exilés cubains, des nostalgiques de la période faste du régime du général Batista, avant la conquête du pouvoir par les barbudos. Cette époque glorieuse qui se caractérisait par un bien-être pour une poignée d’individus. Elle a surtout profité à la mafia italo-américaine dirigée par Lucky Luciano. Cuba était réputée pour être le bordel de l’Amérique. L’immense majorité de la population vivait dans la misère la plus complète. La révolution cubaine a permis, malgré ses limites et ses imperfections et surtout à cause de l’adversité de donner à cette majorité l’accès au travail, à la santé et à l’éducation, n’en déplaise à tous les laudateurs français et autres de la première puissance militaire mondiale. D’ailleurs que n’a-t-on pas entendu dans les media les discours méphitiques de certaines sphères de droite et parfois de gens qui se prétendent de gauche. Merci patrons.

Fort heureusement, il a aussi ceux qui se sont inclinés dignement devant Fidel Castro. Ils ont soutenu depuis le début la révolution cubaine, parfois pour certains de manière critique. L’essentiel, c’est que cette révolution, initiée par El comandante et ses partisans, a permis à Cuba de sortir de la misère. Comparons ce qui est comparable. Où en sont aujourd’hui des pays des Caraïbes, comme Saint Domingue et Haïti ? Pour notre part nous ne crierons pas avec les loups. Nous soutenons Cuba. Son avenir ne passe pas par le retour des mafia de tout poil et de l’impérialisme nord-américain.

Cuba si Yankee no.

Anghjulu Leonetti

Vive Fidel et la Révolution cubaine! Message du Parti communiste brésilien (PCB)

Vive Fidel et la Révolution cubaine!

Communiqué du Parti communiste brésilien, traduction MlJ pour « Solidarité internationale PCF – Vivelepcf », 28 novembre 2016


Nous avons perdu Fidel Castro. Le principal leader de la Révolution cubaine est mort. Le dirigeant, l'homme d'État, le guérilléro est mort. Le communiste est mort.

Le Parti communiste brésilien déplore profondément la mort d'une des plus grandes références du mouvement communiste, non seulement du 20ème siècle, mais de toute l'histoire de la lutte des opprimés et les travailleurs du monde entier. Fidel a été l'une des figures qui a le plus inspiré tous ceux qui luttent pour un monde de justice, d’égalité et de fraternité, un monde sans exploitation de l'homme par l'homme, sans oppression et sans classes, un monde communiste.

Fidel Castro a osé diriger la construction d'une société nouvelle, démocratique, au service de la grande majorité de la population et de la classe ouvrière, à quelques kilomètres seulement des États-Unis, une audace qui lui a coûté cher. Il y a eu des centaines d’attentats à sa vie, l'embargo économique criminel sur Cuba, les tentatives d'invasion, de sabotage et d’encerclement. Cependant, l'expérience de la construction socialiste entreprise par les révolutionnaires cubains a été défendue avec vigueur par le peuple depuis le moment où le Mouvement du 26 juillet a quitté les montagnes et est arrivé à La Havane, a initié un processus de construction de la nouvelle société qu’il poursuit à ce jour comme une conquête à défendre les armes à la main si nécessaire.

Cuba socialiste a survécu à toutes les pressions de l'impérialisme nord-américain. Il a été en mesure de surmonter les énormes difficultés causées par l'effondrement des régimes socialistes d'Europe de l'Est, avec lesquels il avait établi des relations de coopération économique très avantageuses, en particulier avec l'Union Soviétique. Quand tout le monde donnait pour certaine la fin de l'expérience socialiste cubaine dans les années 1990, Fidel et le Parti communiste cubain ont appelé la population de Cuba à affronter avec obstination les temps de pénurie et à rester debout. La révolution a triomphé, une fois de plus.

Cuba socialiste et Fidel Castro ont été attaqués, insultés, sabotés et calomniés par les agents et les alliés de l'impérialisme, par les pays les plus puissants de la planète et même par une partie de l’extrême-gauche, mais ils sont restés fermement sur le chemin de la construction de l'une des sociétés les plus justes et égalitaires de la planète.

Le socialisme cubain a obtenu des succès reconnus même par les instances internationales liées à l'ONU. Cuba est deuxième en Amérique Latine pour l’indice de développement humain (IDH) et premier pour le système éducatif. L’analphabétisme a été éradiqué en 1961, deux ans après la victoire de la Révolution et le niveau d'alphabétisation atteint maintenant le taux impressionnant de 99,9%. Le système de santé, sur la base d’une santé préventive et collective, est un modèle exporté dans le monde entier, avec une mortalité infantile pratiquement réduite à zéro parce qu'aucun enfant ne souffre de la faim à Cuba. Le pays est le deuxième le moins violent et celui où l'espérance de vie est la plus élevée (79 ans) de l’Amérique Latine.

La mort de Fidel ne marque pas la fin d'un cycle ou d'une phase pour l'humanité. Au contraire, elle laisse comme héritage, à travers l’exemple de sa vie et de son dévouement absolu à la construction de la société socialiste, toute l’actualité de sa lutte et la démonstration que l'utopie communiste est pleinement réalisable.

Le PCB cherchera toujours à honorer cet héritage en apportant sa solidarité militante avec la Révolution cubaine, le Parti communiste cubain et le gouvernement dirigé aujourd’hui par Raul Castro. En mémoire de Fidel et de tous les révolutionnaires cubains, nous nous inclinons devant leurs vies, exemples à suivre par tous ceux qui luttent pour le renversement du capitalisme et la construction du pouvoir populaire, dans la direction de la société socialiste et du communisme.

Camarade Fidel Castro, nous répondons présents! Maintenant et pour toujours!

 

 

 

 

Chroniques Latines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFP

Jean Ortiz

Samedi, 26 Novembre, 2016 - 09:01

Fidel Castro est mort.

L’histoire retiendra qu’il fut l’un des géants politiques du XXe siècle, et que la faune de tous les anti-castristes est bien petite à côté de ce colosse. Son combat a permis l’avènement d’une Amérique latine nouvelle. De son vivant, Fidel était déjà entré dans l’histoire. L’Amérique latine perd un Libérateur, un référent, une légende.

26 novembre 2016

 

Je pleure. Pour mesurer la dimension du personnage, il faut le contextualiser. Cuba est une petite île ; elle n’est pas un morceau de l’ex-empire soviétique  qui s’acharne à survivre sous les tropiques. Les Etats-Unis sont intervenus plus de 190 fois en Amérique du sud, une seule expédition a échouée, celle de 1961 à Cuba. L’invasion mercenaire de la Baie des Cochons, pour tenter de renverser Fidel Castro. Les archives de la CIA l’attestent : Fidel a été victime de plus de 600 tentatives d’assassinat de la part des Etats-Unis. Pendant 50 ans, il leur a tenu la tête haute.

 

Fidel est le libérateur, l’émancipateur, le fédérateur, il a permis l’affirmation d’une nation. Le castrisme naît d’une revendication d’indépendance nationale ; la Révolution a été le fruit d’une histoire nationale. Fidel a en quelque sorte inventé Cuba. Il est donc historiquement le fondateur, le ciment, il porte une légitimité historique que nul ne lui conteste.

Il y a eu Cuba, c’est vrai, forte personnalisation du pouvoir, résultat du charisme de cet homme exceptionnel, et du rôle qu’il a joué dans le processus historique, de sa relation directe avec le peuple, de l’agression permanente des Etats-Unis.

 

Cuba a inventé des structures de « pouvoir populaire », A Cuba, le parti unique est le produit de la Révolution, d’un processus long et conflictuel de la fusion des trois organisations révolutionnaires. A Cuba, c’est la Révolution qui a fait le parti, et non l’inverse.

 

S’il y a des hommes qui jouent des rôles irremplaçables, dans des processus historiques donnés, Fidel Castro est de ceux-là.

 

L’histoire retiendra qu’il fut l’un des géants politiques du XXe siècle, et que la faune de tous les anti-castristes est bien petite à côté de ce colosse. Son combat a permis l’avènement d’une Amérique latine nouvelle. De son vivant, Fidel était déjà entré dans l’histoire. L’Amérique latine perd un Libérateur, un référent, une légende.

 

 

¡ Hasta la victoria siempre, Comandante Fidel !

Fidel Castro est mort

 

JEAN ORTIZ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IC Rapoport

Fidel Castro est mort, vendredi 25 novembre à La Havane, à l'âge de 90 ans. Celui qui a défié la superpuissance américaine pendant plus d'un demi-siècle, avait cédé le pouvoir à son frère Raul à partir de 2006 après une hémorragie intestinale.

C'est d'ailleurs ce dernier qui a annoncé son décès à l'antenne de la télévision nationale.

Nous republions ici  "Fidel Castro. De l'école jésuite à la révolution marxiste", une lecture, par Jean Ortiz, de l'itinéraire du leader cubain qui permet de comprendre comment Castro était devenu Fidel.

 La mythification, comme la guerre idéologique, déforme toujours l’itinéraire complexe du leader cubain. Pour beaucoup, ce « communiste souterrain » aurait caché son jeu pour « trahir la révolution ». L’hypothèse ne résiste pas à l’analyse historique. L’étude de la jeunesse du « Comandante », né il y a 90 ans en août 1926, s’avère incontournable pour déceler à la fois la cohérence et les contradictions de ses engagements, pour comprendre comment Castro est devenu Fidel...

Il avait tout pour être un « héritier » ; il est un transfuge de sa classe. Fidel Alejandro Castro Ruz naît hors mariage, le 13 août 1926. Ce troisième fils d’un père espagnol, Angel, venu combattre les partisans de l’indépendance de l’île, et de sa servante cubaine, Lina Ruz, épouse illégitime, a tout pour devenir lui-même un oligarque, un grand propriétaire terrien comme papa, à Birán, actuelle province de Holguín. Dix mille hectares. Ils seront en partie confisqués par la révolution, puis « cédés » par la famille Castro.

Le garnement joue dans les dépendances de la « finca » avec les fils des paysans pauvres qui triment sans répit pour son père (300 familles). Le solide gaillard se rend vite compte que ses copains vivent misérablement, sont maltraités ; les relations avec le patriarche, sa brute de père, se tendent. Castro confiera à Ignacio Ramonet qu’il devint révolutionnaire à partir précisément de cet environnement d’enfance. Doué, le jeune Castro étudie, comme tous les fils de bonne famille, chez les Jésuites, d’abord à Santiago, ensuite au collège Belén à La Havane. Ses maîtres l’éveillent, dirait-on aujourd’hui, à la citoyenneté.

À l’automne 1945, il s’inscrit à la fac de droit de La Havane. Rebelle sans cause précise, il fait le coup de poing et de feu contre les bandes d’ultras. Il se politise à grande vitesse, acquiert une conscience révolutionnaire et prend souvent la parole dans le patio ou sur les escaliers de l’université. Le 6 novembre 1947, il y proclame une sorte de programme patriotique ; la frustration d’une pseudo-indépendance nationale, de surcroît tardif (1899), le hante. Le jeune étudiant marche en tête des manifestations contre le gouvernement corrompu et « vendu » de Grau San Martin. Dans ce chaudron idéologique, il lit Marx et se familiarise avec ses idées. Faire la révolution. Orateur hors pair, il milite à la puissante Fédération des étudiants universitaires (FEU), et se fait rapidement connaître, à tel point que « trois ans plus tard, il sera déjà un homme politique en vue à Cuba. À La Havane, Castro était déjà Fidel » (1).

Castro s’engage dans la vie publique en 1947 ; il rejoint le très anticommuniste, petit-bourgeois et populiste Parti du peuple cubain (PPC), plus connu sous le nom de Parti orthodoxe. Son leader, Eduardo Chibas, au programme social progressiste, dénonce la corruption et jouit d’une grande popularité. Chaque semaine, il s’adresse aux Cubains dans une émission à Radio CMQ. Fidel reste « orthodoxe » pendant huit ans, y compris après le suicide en direct à la radio, en 1951, du charismatique Chibas, destiné à « réveiller » le peuple. En 1948, présent à Bogota pour un congrès étudiant, Castro participe au Bogotazo, le soulèvement populaire provoqué par l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, candidat « libéral » favori aux élections à venir. De retour à Cuba, candidat du PPC à la députation, le jeune juriste semble promis à une carrière politique chez les « orthodoxes ».

Le coup d’État militaire de Fulgencio Batista, pour le compte de Washington, le 10 mars 1952, à trois mois d’élections que le PPC allait sûrement gagner, modifie toute la donne. Bogota, La Havane, l’intervention des États-Unis renforcent Castro dans son anti-impérialisme. Dès l’installation de la sanglante dictature (20 000 morts entre mars 1952 et décembre 1958), Castro part en guerre contre elle. La voie électorale se ferme. Peu à peu, il s’oriente vers une stratégie insurrectionnelle, de guerre de guérilla, dans le droit fil de l’histoire cubaine, de l’héritage des deux guerres d’indépendance.

Castro a conscience de prolonger la pensée et l’action du « héros national » José Marti, son inspirateur et modèle mort au combat le 19 mai 1895. À cette époque, Castro est d’abord « martinien », porteur d’un « nationalisme » radical hérité du patrimoine historique cubain, teinté de « socialisme utopique ». Pour José Marti, les États-Unis constituaient déjà, au XIXe siècle, « le pire danger qui menace notre Amérique ». La formation – incomplète – de la nation cubaine, dans ce contexte, acquiert une dimension anti-impérialiste. Le « fidélisme » apparaît alors comme « une synthèse pragmatique, un mélange d’un peu de Marx, de Engels, de Lénine, assez de Che et beaucoup de José Marti » (2). Sur cet « avant 1959 », Castro dira qu’il « avait peut-être deux millions de préjugés petits-bourgeois » (3).

Le 26 juillet 1953, sous les ordres de Castro, 131 jeunes partent à l’assaut de la symbolique forteresse militaire, la caserne de Moncada à Santiago. L’opération, destinée à provoquer un soulèvement populaire, échoue et la petite troupe est décimée : 6 morts au combat, 49 survivants torturés, puis massacrés. L’acharnement des tortionnaires et le courage inouï de ces jeunes confèrent à l’action un impact national, émotionnel et politique considérable. Le Parti socialiste populaire (PSP, communiste) qualifie, lui, l’assaut de « tentative de putsch aventuriste ». Le PSP traîne une réputation entachée de collaboration depuis le gouvernement de Front populaire avec Batista, dans lequel il eut deux ministres de 1942 à 1944.

Le 16 octobre 1953, Fidel Castro, avocat, assume lui-même sa défense lors du procès des assaillants. Sa célèbre plaidoirie-programme devient historique sous le titre « L’histoire m’acquittera ». Durant deux heures, l’accusé défend une cause collective et s’attribue le rôle d’accusateur, accable le tyran, démonte les mécanismes néocolonialistes d’exploitation, de domination, plaide pour un « gouvernement révolutionnaire », se pose en héritier de José Marti, qu’il qualifie d’« auteur intellectuel de l’assaut à la Moncada ». Il avance des réformes sociales inspirées du programme réformiste « orthodoxe », en appelle à saint Thomas d’Aquin pour légitimer le droit du peuple à démettre un tyran (4). Le discours, improvisé, est reconstitué et circule clandestinement. Il vaut à son auteur une large reconnaissance politique, notamment celle, unanime, de la communauté intellectuelle.

Castro, plus populaire que jamais, écope de 15 ans de prison. Un fort mouvement populaire arrache une loi d’amnistie et obtient, au bout de 21,5 mois, la libération de celui qui, pour les Cubains et bien au-delà, est désormais « Fidel ». En août 1955, il publie le premier manifeste du Mouvement du 26 juillet (mouvement créé après l’assaut) : réforme agraire, industrialisation, rétablissement de la Constitution de 1940, construction de logements, baisse des loyers, réformes économiques et ­sociales progressistes, nationalisation des services publics…

La répression oblige, en janvier 1956, Fidel et les militants les plus marqués à émigrer au Mexique. Ils y préparent une expédition armée pour renverser Batista. Au Mexique, il se définit comme « un marxiste en pensée », ce que contestera implicitement le Che. Dans une lettre de la Sierra à René Ramos Latour (Daniel), dirigeant « santiaguero » du Mouvement du 26 juillet, datée du 14 décembre 1957, Che écrit : « J’ai considéré Fidel comme un authentique leader de la bourgeoisie de gauche. »

Le 2 décembre 1956, sur le « Granma », un vieux rafiot exigu, 82 hommes embarquent pour « libérer Cuba ». Une traversée infernale de 7 jours et un débarquement catastrophique sur la côte orientale. Repéré par l’armée, le petit groupe est quasiment anéanti. Fidel, une nouvelle fois, et son frère Raul, s’en sortent. Ils parviennent à gagner la Sierra Maestra et mettent en place la guerre de guérilla.

C’est autour de cette Armée rebelle (fidéliste), le vecteur le plus révolutionnaire, le moins anticommuniste, que se forge une sorte de front antidictatorial, scellé au mois de juillet 1957 par le manifeste de la Sierra, puis par le pacte de Caracas (juillet 1958). En régime de monoculture en crise, les couches rurales se sont prolétarisées, la petite-bourgeoisie s’est radicalisée ; la classe ouvrière n’a pas « dirigé » le processus mais lui a servi de base. Les préjugés anticommunistes freinent. Le Mouvement du 26 juillet lui-même voit l’Armée rebelle, selon Fidel, « comme des agitateurs ». En mai 1958, il déclare au journaliste nord-américain Jules Dubois : « Je n’ai jamais été et ne suis pas communiste. Si je l’étais, je serais suffisamment courageux pour le proclamer » (5).

La guerre de guérilla dure 25 mois ; 300 guérilleros affrontent 12 000 soldats. L’opération militaire de Batista (« Fin de Fidel ») tourne à la débâcle. Le 8 janvier 1959, en pleine guerre froide, Fidel et sa légende entrent dans La Havane, acclamés par une « marée humaine » (6). Fidel le fédérateur, le libérateur, symbole de nation.

Le 16 avril 1961, à La Havane, la foule se presse aux obsèques des victimes des raids aériens ennemis. Les bombardements de la CIA clouent au sol la petite aviation cubaine, tandis que se prépare l’invasion de la baie des Cochons par 1 400 exilés mercenaires, écrasés en 66 heures. Dans son discours des funérailles, Fidel appelle à défendre « notre révolution socialiste ». Il a attendu deux ans et demi après la victoire de l’Armée ­rebelle pour se réclamer du socialisme. Le long mûrissement du leader, l’expérience, vécue, de la nature de l’impérialisme, l’évolution des conditions objectives et subjectives, les enjeux et problèmes de l’époque ont « radicalisé » Fidel. En devenant communiste, il a contribué à son tour à radicaliser le processus révolutionnaire. L’agression des États-Unis a accéléré cette interaction dialectique. La révolution répond à chaque mesure hostile de Washington par l’approfondissement des changements. Un exemple : la loi 851 du 6 juillet 1960 réplique à la suppression de la quote-part d’importation de sucre cubain par la nationalisation des propriétés et des banques nord-américaines à Cuba.

Lorsque Kennedy impose le blocus total de l’île, l’aide de l’Union soviétique permet à Cuba de tenir. Y avait-il une alternative aux liens avec l’URSS, à l’entrée en 1972 dans le Comecon ? Ils lui offrent les moyens d’un développement social, éducatif, sanitaire, remarquable, mais ne remettent pas en cause la monoculture. Cuba est désormais réserve sucrière du « camp socialiste ». En 1991, Fidel déclare : « Nous avions déifié l’Union soviétique. » Il porte désormais un regard critique sur une période ambivalente.

Les discours politiciens sur « la trahison » de Fidel ou sur son « communisme souterrain », son « machiavélisme », relèvent de la propagande et occultent l’évolution fascinante du « Comandante » Fidel.

(1) « Les Quatre Saisons de Fidel Castro », de J.-P. Clerc, Éditions du Seuil, 1996.

(2) « Fidel », de V. Skierka, éditions Martinez Roca, 2002.

(3) « Le Socialisme à la cubaine », de J. Ortiz et G. Fournial, Éditions sociales, 1983.

(4) « L’histoire m’acquittera », de F. Castro, traduit et annoté par J.-F. Bonaldi, Éd. le Temps des cerises, 2013.

(5) « Journal de la révolution cubaine », de C. Franqui, Éditions du Seuil, Paris, 1976.

(6) Castro, Fidel, « les Chemins de la victoire. Mémoires », Éditions Michel Lafon, 2012. À consulter également : « Biographie à deux voix », F. Castro, I. Ramonet, Fayard/Galilée, 2007.

 

 

Fidel Castro : un géant du XXe siècle

 

JOSÉ FORT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fidel Castro et Ernesto Che Guevara. Photo Cubadebate/AfP/Archives-Roberto Salas

Un récit de José Fort. Rarement un révolutionnaire, un homme d’Etat aura provoqué autant de réactions aussi passionnées que Fidel Castro. Certains l’ont adoré avant de le brûler sur la place publique, d’autres ont d’abord pris leurs distances avant de se rapprocher de ce personnage hors du commun. Fidel Castro n’a pas de pareil. 

Il était « Fidel » ou le « Comandante » pour les Cubains et les latino-américains, pas le « leader maximo », une formule ânonnée par les adeptes européo-étatsuniens du raccourci facile. Quoi qu’ils en disent, Fidel Castro restera un géant du XXe siècle.

Le jeune Fidel, fils d’un aisé propriétaire terrien, né il y a 90 ans à Biran dans la province de Holguin, n’affiche pas au départ le profil d’un futur révolutionnaire. Premières études chez les Jésuites, puis à l’université de La Havane d’où il sort diplômé en droit en 1950. Il milite dans des associations d’étudiants, tape dur lors des affrontements musclés avec la police dans les rues de la capitale, puis se présente aux élections parlementaires sous la casaque du Parti orthodoxe, une formation se voulant « incorruptible » et dont le chef, Chivas, se suicida en direct à la radio. Un compagnon de toujours de Fidel, Alfredo Guevara, fils d’immigrés andalous et légendaire inspirateur du cinéma cubain, dira de lui : « Ou c’est un nouveau José Marti (le héros de l’indépendance), ou ce sera le pire des gangsters ». 

 

Le coup d’Etat du général Fulgencio Batista renverse le gouvernement de Carlos Prio Socarras et annule les élections. Voici le jeune Castro organisant l’attaque armée de la caserne Moncada, le 26 juillet 1953. Un échec. Quatre-vingts combattants sont tués. Arrêté et condamné à 15 ans de prison, Fidel rédige « l’Histoire m’acquittera », un plaidoyer expliquant son action et se projetant sur l’avenir de son pays. Libéré en 1955, il s’exile avec son frère Raul au Mexique d’où il organise la résistance à Batista. Son groupe porte le nom « Mouvement du 26 juillet ». Plusieurs opposants à la dictature rejoignent Fidel. Parmi eux, un jeune médecin argentin, Ernesto Rafael Guevara de la Serna. Son père me dira plus tard : « Au début, mon fils le Che était plus marxiste que Fidel ».

 

Fidel communiste ? Fidel agent du KGB ? Fidel Castro à cette époque se définit comme un adversaire acharné de la dictature, un adepte de la philosophie chère à Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis, et adhère au projet de Lincoln de coopération entre le capital et le travail. Raul et plusieurs de ses compagnons sont nettement plus marqués à gauche.

 

Le 2 décembre 1956, Fidel monte une expédition avec 82 autres exilés. Venant du Mexique à bord d’un bateau  de plaisance, le « Granma », ils débarquent après une traversée mouvementée dans la Province Orientale (sud-est de Cuba). La troupe de Batista les y attend. Seuls 12 combattants (parmi lesquels Ernesto Che Guevara, Raul Castro, Camilo Cienfuegos et Fidel) survivent aux combats et se réfugient dans la Sierra Maestra. Commence alors une lutte de guérilla avec le soutien de la population. Fidel Castro apparaît au grand jour dans les journaux nord-américains et européens, accorde des interviews, pose pour les photographes, parle sur les radios. A Washington, on ne s’en émeut guère lassés des frasques d’un Batista peu présentable. Après l’entrée de Fidel dans La Havane, le 9 janvier 1959, on observe avec intérêt ce « petit bourgeois qui viendra à la soupe comme tout le monde », ricane-t-on au département d’Etat. Même le vice-président Nixon mandaté pour le recevoir afin de vérifier s’il est communiste soufflera à Eisenhower : « C’est un grand naïf, nous en ferons notre affaire ».  Tant que Fidel ne s’attaque pas à leurs intérêts économiques, les dirigeants étasuniens ne s’alarment pas. Lorsque la révolution commence à exproprier des industries nord-américaines, la United Fruit par exemple, la donne change brutalement.

 

Le premier attentat dans le port de La Havane, le 4 mars 1960, sonne le prélude à une longue liste d’actes terroristes : le cargo battant pavillon tricolore, La Coubre, qui avait chargé des munitions à Hambourg, Brème et Anvers explose dans le port de La Havane faisant plus de cent morts, dont six marins français. Ulcéré, le général de Gaulle donne l’ordre d’accélérer la livraison des locomotives commandées du temps de Batista. Elles font l’objet d’étranges tentatives de sabotage. Les dockers CGT du port du Havre surveilleront le matériel jusqu’au départ des navires.

 

Une opération de grande envergure se préparait du côté de Miami : le débarquement de la Baie des Cochons. En avril 1961, au lendemain de l’annonce par Fidel de l’orientation socialiste de la révolution, le gouvernement des Etats-Unis missionne la CIA pour encadrer 1400 exilés cubains et mercenaires latino-américains en espérant, en vain, un soulèvement populaire. Fidel en personne dirige la contre-attaque. La tentative d’invasion se solde par un fiasco. Les Etats-Unis signent là leur déclaration de guerre à la révolution cubaine. Pendant des dizaines d’années, ils utiliseront toute la panoplie terroriste pour tenter d’assassiner Fidel, jusqu’à la combinaison de plongée sous-marine enduite de poison, faciliteront le débarquement de groupes armés, financeront et manipuleront les opposants, détruiront des usines, introduiront la peste porcine et des virus s’attaquant au tabac et à la canne à sucre. Ils organiseront l’asphyxie économique de l’île en décrétant un embargo toujours en vigueur. « El Caballo » (le cheval) comme l’appelaient parfois les gens du peuple, ce que Fidel n’appréciait pas, aura survécu à Eisenhower, Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Ford et assisté aux départs à la retraite de Carter, Bush père et Clinton. Il dira de Bush fils « celui-là, il finira très mal. »  

 

Tant d’années d’agressions, tant d’années de dénigrement et de coups tordus, tant d’années de résistance d’un petit pays de douze millions d’habitants face à la première puissance économique et militaire mondiale. Qui fait mieux ? Lorsqu’on évoque le manque de libertés à Cuba, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question : un pays harcelé, étranglé, en guerre permanente, constitue-t-il le meilleur terreau pour favoriser l’épanouissement de la démocratie telle que nous la concevons en occident et que, à l’instar de George Bush, certains souhaiteraient calquer mécaniquement en d’autres endroits du monde, particulièrement dans le Tiers monde? Lorsque dans les salons douillets parisiens, on juge, tranche, condamne, sait-on au juste de quoi on parle ?

 

La crise des fusées ? Lorsque l’URSS dirigée par Nikita Khrouchtchev décide en 1962 d’installer à Cuba des missiles afin, officiellement, de dissuader les Etats-Unis d’agresser l’île, la « patrie du socialisme » répond à une demande de Raul Castro mandaté par Fidel. La direction soviétique fournit déjà à Cuba le pétrole que lui refuse son proche voisin. Elle met deux fers au feu : dissuader les Etats-Unis d’agresser Cuba, afficher un clair avertissement à Washington sur l’air de « nous sommes désormais à proximité de vos côtes ». La tension atteint un point tel qu’un grave conflit mondial est évité de justesse. Les missiles soviétiques retirés, Fidel regrettera que le représentant de l’URSS à l’ONU n’ait pas reconnu la réalité des faits. « Il fallait dire la vérité », disait-il. Il fut bien obligé de se plier à la décision finale de Moscou même si dans les rues de La Havane des manifestants scandaient à l’adresse de Khrouchtchev : « Nikita, ce qui se donne ne se reprend pas. »

Entre Moscou et La Havane, au-delà des rituels, les relations ont toujours été conflictuelles. Pas seulement, pure anecdote, parce que des « responsables » soviétiques ignorants faisaient livrer des chasse-neige à la place des tracteurs attendus. Les Soviétiques voyaient d’un mauvais œil le rôle croissant de Fidel dans le mouvement des non-alignés, l’implication cubaine aux côtés des mouvements révolutionnaires latino-américains puis l’aide à l’Afrique. Ils ne supportaient pas la farouche volonté d’indépendance et de souveraineté de La Havane et ont été impliqués dans plusieurs tentatives dites « fractionnelles » reposant sur des prétendus « communiste purs et durs », en fait marionnettes de  Moscou, pour tenter de déstabiliser Fidel. Une fois l’URSS disparue, les nouveaux dirigeants russes ont pratiqué avec le même cynisme abandonnant l’île, coupant du jour au lendemain les livraisons de pétrole et déchirant les contrats commerciaux. Quel autre pays aurait pu supporter la perte en quelques semaines de 85% de son commerce extérieur et de 80% de ses capacités d’achat ?  L’Espagne, ancienne puissance coloniale, a laissé à Cuba un héritage culturel, les Etats-Unis son influence historique et ses détonants goûts culinaires comme le mélange de fromage et de confiture. Mais la Russie ? Rien, même pas le nom d’un plat ou d’un cocktail.

 

L’exportation de la révolution ?  Fidel n’a jamais utilisé le mot « exportation ». Ernesto Che Guevara, non plus. Ils préféraient évoquer la « solidarité » avec ceux qui se levaient contre les régimes dictatoriaux, créatures des gouvernements nord-américains. Doit-on reprocher ou remercier Fidel d’avoir accueilli les réfugiés fuyant les dictatures du Chili et d’Argentine, de Haïti et de Bolivie, d’avoir ouvert les écoles, les centres de santé aux enfants des parias de toute l’Amérique latine et, plus tard, aux enfants contaminés de Tchernobyl ? Doit-on lui reprocher ou le remercier d’avoir soutenu les insurrections armées au Nicaragua, au Salvador et d’avoir sauvé, face à l’indifférence des dirigeants soviétiques, l’Angola fraîchement indépendante encerclée par les mercenaires blancs sud-africains fuyant, effrayés,  la puissance de feu et le courage des soldats cubains, noirs pour la plupart ? Dans la mémoire de millions d’hommes et de femmes d’Amérique latine et du Tiers monde, Fidel et le Che sont et resteront des héros des temps modernes.

 

Les libertés ? Fidel, un tyran sanguinaire ? Il y eut d’abord l’expulsion des curés espagnols qui priaient le dimanche à la gloire de Franco. Complice de Batista, l’église catholique cubaine était et demeure la plus faible d’Amérique latine alors que la « santeria », survivance des croyances, des divinités des esclaves africains sur lesquels est venue se greffer la religion catholique, rassemble un grand nombre de noirs cubains. Les relations avec l’Eglise catholique furent complexes durant ces longues années jusqu’au séjour de Jean Paul II en 1998 annoncée trop rapidement comme l’extrême onction de la révolution. Ce n’est pas à Cuba que des évêques et des prêtres ont été assassinés, mais au Brésil, en Argentine, au Salvador, au Guatemala et au Mexique.

Il y eut la fuite de la grande bourgeoisie, des officiers, des policiers qui  formèrent, dès la première heure, l’ossature de la contre révolution encadrée et financée par la CIA. Il y eut ensuite les départs d’hommes et de femmes ne supportant pas les restrictions matérielles. Il y  eut l’insupportable marginalisation des homosexuels. Il y eut les milliers de balseros qui croyaient pouvoir trouver à Miami la terre de toutes les illusions. Il y eut la froide exécution du général Ochoa étrangement tombé dans le trafic de drogue. Il y eut aussi ceux qui refusaient la pensée unique, la censure édictée par la Révolution comme « un acte de guerre en période de guerre », les contrôles irritants, la surveillance policière. Qu’il est dur de vivre le rationnement et les excès dits « révolutionnaires ». Excès? Je l’ai vécu, lorsque correspondant de « l’Humanité » à La Havane, l’écrivain Lisandro Otero, alors chef de la section chargée de la presse internationale au Ministère des Affaires étrangères, monta une cabale de pur jus stalinien pour tenter de me faire expulser du pays. 

 

Ceux qui osent émettre une version différente d’un « goulag tropical » seraient soit des « agents à la solde de La Havane », soit victimes de cécité. Que la révolution ait commis des erreurs, des stupidités, des crimes parfois n’est pas contestable. Mais comment, dans une situation de tension extrême, écarter les dérives autoritaires? 

 

A Cuba, la torture n’a jamais été utilisée, comme le reconnaît Amnesty international. On tranchait les mains des poètes à Santiago du Chili, pas à la Havane. Les prisonniers étaient largués en mer depuis des hélicoptères en Argentine, pas à Cuba. Il  n’y a jamais eu des dizaines de milliers de détenus politiques dans l’île mais un nombre trop important qui ont dû subir pour certains des violences inadmissibles. Mais n’est-ce pas curieux que tous les prisonniers sortant  des geôles cubaines aient été libérés dans une bonne condition physique ?

Voici un pays du Tiers monde où l’espérance de vie s’élève à 75 ans, où tous les enfants sont scolarisés et soignés gratuitement. Un petit pays par la taille capable de produire des universitaires de talent, des médecins et des chercheurs parmi les meilleurs au monde, des sportifs raflant les médailles d’or, des artistes, des créateurs.  Où, dans cette région du monde, peut-on présenter un tel bilan ?

 

Fidel aura tout vécu. La prison, la guérilla, l’enthousiasme révolutionnaire du début, la défense contre les agressions, l’aide internationaliste, l’abandon de l’URSS, une situation économique catastrophique lors de la « période spéciale », les effets de la mondialisation favorisant l’explosion du système D. Il aura (difficilement) accepté l’adaptation économique avec un tourisme de masse entraînant la dollarisation des esprits parmi la population au contact direct des visages pâles à la recherche de soleil, de mojito, de filles où de garçons. Comment ne pas comprendre les jeunes cubains, alléchés par l’écu ou le dollar, et regardant avec envie les visiteurs aisés venus de l’étranger ? Il aura, enfin, très mal supporté  le retour de la prostitution même si dans n’importe quelle bourgade latino-américaine on trouve plus de prostituées que dans  la 5 ème avenue de La Havane. Alors, demain quoi ?

 

Fidel mort, la révolution va-t-elle s’éteindre ? Il ne se passera pas à Cuba ce qui s’est produit en Europe de l’Est car la soif d’indépendance et de souveraineté n’est pas tarie. Les adversaires de la révolution cubaine ne devraient pas prendre leurs désirs pour la réalité. Il y a dans cette île des millions d’hommes et de femmes – y compris de l’opposition – prêts à prendre les armes et à en découdre pour défendre la patrie. Fidel avait prévenu en déclarant : « Nous ne commettrons pas l’erreur de ne pas armer le peuple. » Le souvenir de la colonisation, malgré le fil du temps, reste dans tous les esprits, les progrès sociaux enregistrés, au-delà des difficultés de la vie quotidienne, constituent désormais des acquis. Il y a plus. La révolution a accouché d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes refusant le retour au passé, des cadres « moyens » de trente à quarante ans très performants en province, des jeunes dirigeants nationaux aux talents confirmés. Une nouvelle époque va s’ouvrir et elle disposera d’atouts que Fidel n’avait pas. L’Amérique latine, ancienne arrière-cour des Etats-Unis, choisit des chemins progressistes de développement, l’intégration régionale est en marche, le prestige de la révolution cubaine demeure intacte auprès des peuples latino-américains. Cuba, enfin, peut respirer.

Il n’y aura pas de rupture à Cuba. Il y aura évolution. Obligatoire. Pour qu’elle puisse s’effectuer dans les meilleures conditions, il faudra que les vieux commandants de la Révolution rangent leurs treillis vert olive, prennent leur retraite et passent la main. Les atlantes du futur, de plus en plus métissés, sont prêts. Ne sont-ils pas les enfants de Fidel ?

José Fort

José Fort est un internationaliste passionné du monde, journaliste, ancien chef du service monde de l’Humanité.

Dix formules légendaires de Fidel Castro

Célèbre pour ses discours qui pouvaient durer plusieurs heures, le dirigeant cubain a marqué l’histoire par certaines formules fortes.

Le dirigeant cubain Fidel Castro, mort vendredi 25 novembre à l’âge de 90 ans, a prononcé des milliers de discours. En 1968, l’un d’eux a duré 12 heures… F. CASTRO n’a jamais eu besoin de recourir à un porte-parole ou à un conseiller presse.

Depuis octobre 1953, à son procès après l’assaut manqué, jusqu’à son dernier discours en avril 2016, sept mois avant sa disparition, à la clôture du VIIe congrès du Parti communiste cubain, nombre de ses formules sont entrées dans l’histoire.

·         « Condamnez-moi, peu importe. L’histoire m’absoudra »

Le 16 octobre 1953, Fidel Castro est jugé pour l’assaut contre la caserne Moncada à Santiago. Il lance à ses juges :

« Condenadme, no importa. La historia me absolverá. »

·         « Tout dans la Révolution ; hors de la Révolution, rien »

Cette phrase est prononcée le 13 mars 1966 sur les marches de l’Université de La Havane à l’occasion du neuvième anniversaire de l’assaut contre le Palais présidentiel.

·         « Nous allons faire notre possible pour être bref »

Le 26 septembre 1960, pour son premier discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, Fidel Castro promet d’être bref :

« Nous allons faire notre possible pour être bref et exposer ce que notre devoir nous dit d’exposer ici. Nous allons aussi parler lentement, pour permettre aux interprètes de faire leur travail. »

Mais, au total, il parlera pendant 4 h 29, établissant un record. Il prend pour cible les Etats-Unis, le capitalisme et le colonialisme :

« Le capital financier impérialiste est une prostituée qui ne parviendra pas à nous séduire. »

« Que disparaisse la philosophie du pillage, et la philosophie de la guerre aura disparu. »

·         « Patria o muerte »

Le dirigeant cubain l’utilisait pour conclure ses discours. Il a prononcé pour la première fois la phrase « Socialismo o muerte, patria o muerte, venceremos » (« Le socialisme ou la mort, la patrie ou la mort, nous vaincrons »), le 5 mars 1960 lors des obsèques des victimes de l’explosion du navire français La Coubre dans le port de La Havane, alors qu’il apportait des armes au régime.

 

Elle fait écho au slogan utilisé par les indépendantistes lors de la guerre contre les Espagnols : « Independencia o muerte » (« L’indépendance ou la mort »).

 

·         « Dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison »

Fidel Castro justifiait la répression en ayant recours à cette phrase de Saint Ignace de Loyola.

·         « L’Empire »

C’est de cette manière que Fidel Castro désignait l’ennemi américain (« El imperio »). Une formule reprise par son disciple, le président vénézuélien Hugo Chavez.

·         « Ils ont internationalisé le blocus, nous avons internationalisé la guérilla »

Par cette phrase, Fidel Castro justifiait l’aide apportée aux guérillas dans le monde.

·         « La révolution, c’est changer tout ce qui doit être changé »

En 2000, Fidel Castro résume ce que doit être la révolution selon lui.

·         « Un des hommes les plus nobles, les plus extraordinaires, les plus désintéressés que j’aie connus »

De son compagnon d’armes, l’Argentin Ernesto « Che » Guevara.

·         « Bientôt j’en aurai fini comme tous les autres. Notre tour viendra, à tous »

 

Fidel Castro intervient à la clôture du VIIe congrès du Parti communiste cubain le 19 avril 2016 : « C’est peut-être la dernière fois que je parle dans cette salle », dit-il d’une voix chevrotante, au Palais des conventions de La Havane.

50 vérités sur Fidel Castro

Le leader historique de la Révolution cubaine a marqué à jamais l’Histoire de Cuba et de l’Amérique latine, faisant de son pays un symbole de dignité et de résistance.

1. Issu d’une fratrie de sept enfants, Fidel Castro est né le 13 août 1926 à Birán dans l’actuelle province d’Holguín, de l’union entre Angel Castro Argiz, un riche propriétaire terrien espagnol originaire de Galice, et Lina Ruz González, cubaine de naissance.

 

2.  A l’âge de sept ans, il part pour la ville de Santiago de Cuba et réside chez une institutrice chargée de son éducation. Celle-ci l’abandonne à son sort. « J’y ai connu la faim », se rappellera Fidel Castro et « on avait trompé ma famille ». Un an plus tard, il intègre le collège religieux des Frères de la Salle en janvier 1935 en tant qu’interne. Il quittera l’institution à l’âge de onze ans pour le collège Dolores, en janvier 1938, après s’être rebellé contre l’autoritarisme d’un enseignant. Il poursuit ensuite sa scolarité chez les jésuites au collège de Belén de La Havane de 1942 à 1945. Après des études brillantes, son professeur, le Père Armando Llorente, écrit dans l’annuaire de l’établissement : « Il s’est distingué dans toutes les matières littéraires. Excellent et rassembleur, il a été un véritable athlète, défendant toujours avec courage et fierté le drapeau du collège. Il a su gagner l’admiration et l’affection de tous. Il poursuivra des études de droit et nous ne doutons pas qu’il remplira de pages brillantes le livre de sa vie ».

Fidel Castro durant un événement à Cuba, le premier mai 2005

3. Malgré son exil à Miami en 1961 suite aux tensions entre le gouvernement révolutionnaire et l’Eglise catholique cubaine, le Père Llorente a toujours conservé un souvenir nostalgique de son ancien élève : « On me reproche souvent de dire du bien de Fidel. Moi, je ne peux pas dire du mal du Fidel que j’ai connu. De plus, un jour, il m’a sauvé la vie et ce sont des choses qu’on ne peut jamais oublier ». Fidel Castro s’était jeté dans un fleuve pour sauver son professeur qui était emporté par le courant.

4. En 1945, Fidel Castro entre à l’Université de La Havane où il entreprend une carrière de droit. Elu délégué de la Faculté de Droit, il participe activement aux manifestations contre la corruption du gouvernement du Président Ramón Grau San Martín. Il n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement les bandes armées du BAGA liées aux autorités politiques. Max Lesnik, alors secrétaire général de la Jeunesse Orthodoxe et camarade de Fidel Castro, se remémore cet épisode : « Le comité ‘30 Septembre’ [créé pour lutter contre les bandes armées] avait pris la décision de dénoncer le gouvernement et les gangsters durant la session plénière de la Fédération des étudiants. Dans le salon, plus de 300 étudiants des diverses facultés se pressaient pour écouter Fidel quand quelqu’un cria […] : ‘Celui qui parlera trop, parlera pour la dernière fois’. Il était clair que la menace s’adressait à l’orateur. Fidel s’est levé de sa chaise et d’un pas posé et ferme marcha vers le centre du grand salon. Après avoir demandé une minute de silence en souvenir des martyrs […], il s’est mis à lire une liste officielle avec les noms de tous les membres des gangs et des dirigeants de la Fédération estudiantine universitaire stipendiés par le gouvernement ».

5. En 1947, à l’âge de 22 ans, Fidel Castro participe avec Juan Bosch, futur Président de la République Dominicaine, à une tentative de débarquement de Cayo Confite pour renverser le dictateur Rafael Trujillo, alors soutenu par les Etats-Unis.

6. Un an plus tard, en 1948, il participe au Bogotazo, soulèvement populaire déclenché par l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán, leader politique progressiste, candidat aux élections présidentielles en Colombie.

7. Diplômé de droit en 1950, Fidel Castro exerce en tant qu’avocat jusqu’en 1952 et défend les petites gens, avant de se lancer en politique.

8. Fidel Castro n’a jamais milité au sein du Parti Socialiste Populaire (PSP), parti communiste de la Cuba prérévolutionnaire. Il était membre du Parti du Peuple Cubain, également appelé Parti Orthodoxe, fondé en 1947 par Eduardo Chibás. Le programme du Parti Orthodoxe de Chibás est progressiste et se base sur plusieurs piliers : la souveraineté nationale, l’indépendance économique par la diversification de la production agricole, la suppression des latifundios, le développement de l’industrie, la nationalisation des services publics, la lutte contre la corruption et la justice sociale avec la défense des travailleurs. Fidel Castro revendique son appartenance à la pensée de José Martí, de Chibás et anti-impérialiste. Orateur de grand talent, il se présente aux élections parlementaires en tant que candidat du Parti du Peuple Cubain en 1952.

9. Le 10 mars 1952, à trois mois des élections présidentielles, le général Fulgencio Batista brise l’ordre constitutionnel en renversant le gouvernement de Carlos Prío Socarrás. Il obtient le soutien immédiat des Etats-Unis qui reconnaissent officiellement la nouvelle dictature militaire.

10. L’avocat Fidel Castro dépose plainte contre Batista pour rupture de l’ordre constitutionnel : « Si des tribunaux existent, Batista doit être sanctionné, et si Batista n’est pas sanctionné […], comment ce tribunal pourra-t-il ensuite juger un citoyen pour sédition ou rébellion contre ce régime illégal produit de la trahison impunie ? » La Cour Suprême, inféodée au nouveau régime, juge la demande irrecevable.

11. Le 26 juillet 1953, Fidel Castro prend la tête d’une expédition de 131 hommes et lance une attaque contre la caserne Moncada de Santiago de Cuba, seconde forteresse militaire du pays, et contre la Caserne Carlos Manuel de Céspedes de la ville de Bayamo. Le but était de prendre le contrôle de Santiago – berceau historique de toutes les révolutions – et de lancer un appel à la rébellion dans tout le pays afin de renverser le dictateur Batista.

12. L’opération est un échec sanglant et de nombreux combattants – 55 au total – sont assassinés après avoir été brutalement torturés par l’armée. En effet, seuls 6 d’entre eux avaient perdu la vie lors des combats. Quelques-uns réussissent à s’échapper grâce au soutien de la population.

13. Fidel Castro, capturé quelques jours plus tard, doit sa vie au sergent Pedro Sarría, qui refuse de suivre les ordres de ses supérieurs et d’exécuter le leader du Moncada. « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! On ne tue pas les idées », s’était-il exclamé face à ses soldats.

14. Durant sa plaidoirie historique intitulée « L’Histoire m’acquittera », Fidel Castro, qui assure sa propre défense, dénonce les crimes de Batista et la misère dans laquelle vit le peuple cubain et présente son programme pour une Cuba libre basé sur la souveraineté nationale, l’indépendance économique et la justice sociale.

15. Condamné à 15 ans de prison, Fidel Castro est libéré deux ans plus tard, en 1955, suite à une amnistie accordée par le régime de Batista. Il fonde le Mouvement 26 Juillet (M 26-7) et fait part de son projet de poursuivre la lutte contre la dictature militaire avant de s’exiler au Mexique.

16. Fidel Castro y organise l’expédition du Granma, en compagnie d’un médecin nommé Ernesto Guevara. Fidel Castro n’a aucun mal à convaincre le jeune argentin qui se souvient : « Je l’ai connu durant une nuit fraîche à Mexico, et je me souviens que notre première discussion tourna autour de la politique internationale. Quelques heures plus tard – au petit matin – j’étais l’un des futurs expéditionnaires ».

17. En août 1955, Fidel Castro publie le premier manifeste du Mouvement 26 Juillet qui reprend les points essentiels de sa plaidoirie « L’Histoire m’acquittera ». Il y est question de réforme agraire, d’interdiction des latifundios, de réformes économiques et sociales en faveur des déshérités, d’industrialisation de la nation, de construction de logements, de baisse des loyers, de nationalisation des services publics de téléphone, gaz et électricité, d’éducation et de culture pour tous, de réforme fiscale et de réorganisation de l’administration publique pour lutter contre la corruption.

18. En octobre 1955, afin de récolter des fonds nécessaires à l’expédition, Fidel Castro réalise une tournée aux Etats-Unis et se réunit avec les exilés cubains. Le FBI met sous étroite surveillance les clubs patriotiques M 26-7 fondés dans les différentes villes.

19. Le 2 décembre 1956, Fidel Castro embarque dans le port de Tuxpán au Mexique à bord du bateau Granma d’une capacité de 25 personnes. Les révolutionnaires sont 82 au total et mettent le cap sur Cuba avec l’objectif de déclencher une guerre de guérilla dans les montagnes de la Sierra Maestra.

20. La traversée se transforme en cauchemar en raison des conditions climatiques. Un expéditionnaire tombe à la mer. Juan Almeida, membre du groupe et futur commandant de la Révolution, se remémore l’épisode : « Fidel nous a dit la chose suivante : ‘Tant que nous ne l’aurons pas sauvé, nous ne bougerons pas d’ici’. Cela a ému tout le monde et a éveillé notre combativité. On s’est dit qu’avec cet homme, personne ne serait abandonné. On mettait pourtant en péril l’expédition. Mais on l’a finalement sauvé ».

21. Après une traversée de sept jours, au lieu des cinq prévus, le 2 décembre 1956, la troupe débarque « dans le pire marécage jamais vu » selon Raúl Castro. Elle est dispersée par les tirs de l’aviation cubaine, et pourchassée par 2 000 soldats de Batista qui attendaient les révolutionnaires.

22. Quelques jours plus tard, à Cinco Palmas, Fidel Castro retrouve son frère Raúl et 10 autres expéditionnaires. « Maintenant, nous allons gagner la guerre », déclare le leader du M 26-7 à ses hommes. La guerre de guérilla débute et durera 25 mois.

23. En février 1957, l’interview de Fidel Castro réalisée par Herbert Matthews du New York Times permet à l’opinion publique étasunienne et mondiale de découvrir l’existence d’une guérilla à Cuba. Batista avouera plus tard dans ses mémoires que grâce à ce scoop médiatique « Castro commençait à devenir un personnage de légende ». Matthews nuance cependant l’importance de son interview : « Aucune publicité, si sensationnelle qu’elle fût, n’aurait pu donner quoi que ce soit plus tard si Fidel Castro n’avait pas été précisément l’homme que j’avais décrit ».

24. Malgré les déclarations officielles de neutralité dans le conflit cubain, les Etats-Unis ont apporté leur soutien politique, économique et militaire à Batista, et se sont opposés à Fidel Castro jusqu’aux ultimes instants. Le 23 décembre 1958, à une semaine du triomphe de la Révolution, alors que l’armée de Fulgencio Batista est en déroute malgré sa supériorité en hommes et en armes, a lieu la 392ème rencontre du Conseil de sécurité nationale, en présence du Président Eisenhower. Allen Dulles, directeur de la CIA, exprime clairement la position des Etats-Unis : « Nous devons empêcher la victoire de Castro ».

25. Malgré le soutien des Etats-Unis, ses 20.000 soldats et une supériorité matérielle, Batista ne put vaincre une guérilla composée 300 hommes armés lors de l’offensive finale durant l’été 1958 qui mobilisa plus de 10 000 soldats. Cette « victoire stratégique » révèle alors le génie militaire de Fidel Castro qui avait anticipé et mis en échec l’opération Fin de Fidel lancée par Batista.

26. Le 1er janvier 1959, cinq ans, cinq mois et cinq jours après l’attaque de la caserne Moncada du 26 juillet 1953, triomphe la Révolution cubaine.

27. Lors de la formation du gouvernement révolutionnaire en janvier 1959, Fidel Castro est nommé ministre des Forces armées. Il n’occupe ni la Présidence, dévolue au juge Manuel Urrutia, ni le poste de Premier Ministre, occupé par l’avocat José Miró Cardona.

28. En février 1959, le Premier Ministre Cardona, opposé aux réformes économiques et sociales qu’il juge trop radicales (projet de réforme agraire), présente sa démission. Manuel Urrutia fait alors appel à Fidel Castro pour occuper le poste.

29. En juillet 1959, face à l’opposition du Président Urrutia qui refuse de nouvelles réformes, Fidel Castro démissionne de son poste de Premier Ministre. D’immenses manifestations populaires éclatent alors à Cuba, exigeant le départ d’Urrutia et le retour de Fidel Castro. Le nouveau Président de la République Osvaldo Dorticós le nomme de nouveau Premier Ministre.

 

30. Les Etats-Unis se montrent immédiatement hostiles à Fidel Castro en accueillant les dignitaires de l’ancien régime, dont plusieurs criminels de guerre qui ont dévalisé les réserves du Trésor Public, emportant dans leur fuite 424 millions de dollars.

31. Pourtant, dès le départ, Fidel Castro fait montre de sa volonté d’entretenir de bonnes relations avec Washington. Néanmoins, lors de sa première visite aux Etats-Unis en avril 1959, le Président Eisenhower refuse de le recevoir et préfère aller jouer au golf. John F. Kennedy exprimera ses regrets à ce sujet : « Fidel Castro fait partie de l’héritage de Bolivar. Nous aurions dû faire un accueil plus chaleureux au jeune et fougueux rebelle lors de son triomphe ».

32. Dès octobre 1959, des pilotes en provenance des Etats-Unis bombardent Cuba et retournent en Floride sans être inquiétés par les autorités. Le 21 octobre 1959, une bombe larguée au-dessus de La Havane fait deux morts et 45 blessés. Le responsable du crime, Pedro Luis Díaz Lanz, retourne à Miami sans être inquiété par la justice et Washington refuse de l’extrader à Cuba.

33. Fidel Castro ne se rapproche de Moscou qu’en février 1960 et n’acquiert des armes soviétiques qu’après s’être heurté au refus des Etats-Unis de lui fournir l’arsenal nécessaire à sa défense. Washington a également fait pression sur le Canada et les nations européennes sollicitées par Cuba afin de l’obliger à se tourner vers le bloc socialiste et ainsi justifier sa politique hostile vis-à-vis de La Havane.

34. En mars 1960, l’administration Eisenhower prend la décision formelle de renverser Fidel Castro. Au total, le leader de la Révolution cubaine réchappera à non moins de 637 tentatives d’assassinat.

35. En mars 1960, le sabotage par la CIA du navire français La Coubre chargé d’armes dans le port de La Havane fait plus d’une centaine de morts. Dans son discours en hommage aux victimes, Fidel Castro lance le slogan « La Patrie ou la mort » inspiré de celui de la Révolution française en 1793 « Liberté, égalité, fraternité ou la mort ».

36. Le 16 avril 1961, suite aux bombardements des principaux aéroports du pays par la CIA, prélude de l’invasion de la Baie des Cochons, Fidel Castro déclare le caractère « socialiste » de la Révolution.

37. Lors de l’invasion de la Baie des Cochons par 1400 exilés financés par la CIA, Fidel Castro monte au front et se retrouve en première ligne de combat. Il inflige une sévère défaite aux Etats-Unis en écrasant les envahisseurs en 66 heures. Sa popularité atteint alors des sommets à travers le monde.

38. Durant la crise des missiles d’octobre 1962, le général soviétique Alexeï Dementiev était aux côtés de Fidel Castro. Il raconte ses souvenirs : « J’ai passé aux côtés de Fidel les moments les plus impressionnants de ma vie. J’étais la plupart du temps avec lui. Il y eut un moment où nous avons considéré comme proche l’attaque militaire des Etats-Unis et Fidel a pris la décision de lancer l’état d’alerte. En quelques heures, le peuple était en position de combat. La foi de Fidel en son peuple était impressionnante, et la foi de son peuple et de nous-mêmes, les soviétiques, en lui également. Fidel est, sans discussion aucune, l’un des génies politiques et militaires de ce siècle ».

39. En octobre 1965, le Parti Communiste Cubain (PCC) est créé en remplacement du Parti uni de la Révolution socialiste (PURS) né en 1962 (qui substitua les Organisations révolutionnaires intégrées – ORI – créées en 1961). Fidel Castro est nommé Premier secrétaire.

40. En 1975, Fidel Castro est élu pour la première fois à la Présidence de la République suite à l’adoption de la nouvelle Constitution. Il sera réélu à ce poste jusqu’en 2006.

41. En 1988, à plus de 20 000 kilomètres de distance, Fidel Castro dirige depuis La Havane la bataille de Cuito Cuanavale en Angola, au cours de laquelle les troupes cubaines et angolaises infligent une cuisante défaite aux forces armées sud-africaines qui avaient envahi l’Angola et qui occupaient la Namibie. L’historien Piero Gleijeses, professeur à l’Université Johns Hopkins de Washington, a écrit à ce sujet : « Malgré tous les efforts de Washington [allié au régime de l’Apartheid], Cuba changea le cours de l’histoire en Afrique australe […]. La prouesse des Cubains sur le champ de bataille et leur virtuosité à la table des négociations s’avérèrent décisives pour contraindre l’Afrique du Sud à accepter l’indépendance de la Namibie. Leur défense victorieuse de Cuito Cuanavale fut le prélude d’une campagne qui obligea la SDAF à quitter l’Angola. Cette victoire eut des répercussions au-delà des frontières de la Namibie ».

 

42. Observateur lucide de la Perestroïka, Fidel Castro déclare au peuple dans un discours prémonitoire du 26 juillet 1989 qu’en cas de disparition de l’Union soviétique, Cuba devra résister et poursuivre la voie du socialisme : « Si demain ou un autre jour nous nous réveillons avec la nouvelle qu’une grande guerre civile a éclaté en URSS, ou même si nous nous réveillons avec la nouvelle que l’URSS s’est désintégrée […], Cuba et la Révolution cubaine continueraient à lutter et à résister ».

Fidel avec l’ex-président du Brésil, Lula

43. En 1994, en pleine Période Spéciale, il rencontre pour la première fois Hugo Chávez avec lequel il noue une forte amitié qui durera jusqu’à la mort de ce dernier en 2012. D’après Fidel Castro, le président vénézuélien était « le meilleur ami qu’a eu le peuple cubain ». Tous deux mettent en place un partenariat stratégique avec la création en 2005 de l’Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique qui regroupe désormais huit pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe.

44. En 1998, Fidel Castro reçoit la visite du Pape Jean-Paul II à La Havane. Ce dernier demande « au monde s’ouvrir à Cuba et à Cuba de s’ouvrir au monde ».

45. En 2002, l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter réalise une visite historique à Cuba. Il intervient en direct à la télévision : « Je ne suis pas venu ici pour m’immiscer dans les affaires internes de Cuba, mais pour tendre une main amicale au peuple cubain et offrir une vision du futur pour nos deux pays et pour les Amériques […]. Je veux que nous soyons amis et que nous nous respections mutuellement […]. Etant donné que les Etats-Unis sont la nation la plus puissante, c’est à nous d’effectuer le premier pas ».

46. En juillet 2006, suite à une grave maladie intestinale, Fidel Castro est contraint de se retirer du pouvoir. Conformément à la Constitution, le Vice-président Raúl Castro lui succède.

47. En février 2008, Fidel Castro renonce définitivement à tout mandat exécutif. Il se consacre alors à la rédaction de ses mémoires et publie régulièrement des articles sous le titre de « Réflexions ».

48. Arthur Schlesinger Jr., historien et conseiller spécial du Président Kennedy, a évoqué la question du culte de la personnalité après un séjour à Cuba en 2001 : « Fidel Castro ne fomente pas le culte de la personnalité. Il est difficile de trouver une affiche ou même une carte poste de Castro à La Havane. L’icône de la Révolution de Fidel, visible partout, est le Che Guevara ».

49. Gabriel García Márquez, écrivain colombien et Prix Nobel de littérature, est un ami intime de Fidel Castro. Il a en dressé un bref portrait et souligne « la confiance absolue qu’il place dans le contact direct. Son pouvoir est à la séduction. Il va chercher les problèmes là où ils sont. [...] Sa patience est invincible. Sa discipline est de fer. La force de son imagination le pousse jusqu’aux limites de l’imprévu. »

50. Le triomphe de la Révolution cubaine le 1er janvier 1959 dirigé par Fidel Castro est l’événement le plus marquant de l’histoire de l’Amérique latine du XXe siècle. Fidel Castro demeurera comme l’une des figures les plus controversées du XXe siècle. Néanmoins, même ses plus farouches détracteurs reconnaissent qu’il a fait de Cuba une nation souveraine et indépendance respectée sur la scène internationale, aux indéniables réussites sociales dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la culture, du sport et de la solidarité internationale. Il restera à jamais comme le symbole de la dignité nationale qui s’est toujours aligné aux côtés des opprimés et qui a apporté son soutien à tous les peuples qui luttaient pour leur émancipation.

Salim Lamrani

 

Article original en portugais :

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/reportagens/33239/50+verdades+sobre+fidel+castro.shtml

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité (Paris, Editions Estrella, 2013) et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

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La source originale de cet article est Opera Mundi

Copyright © Salim LamraniOpera Mundi, 2014

 

 

10 choses

 

 

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Fidel Castro

 

L’ancien leader cubain Fidel Castro a été l'une des personnalités politiques les plus marquantes du 20e siècle.

Son parcours et ses politiques parfois controversées ont alimenté diverses rumeurs à son sujet.

Voici 10 faits inusités sur Fidel Castro, décédé le 26 novembre 2016.

  1. Sur la scène internationale, on le surnommait le Lider maximo mais les cubains ont toujours préféré l’appeler El Comandante. Ou tout simplement Fidel.
  2. Il a été condamné à 15 ans de prison après avoir tenté une première fois de renverser le régime du dictateur Baptista en 1953. Il a finalement été libéré en mai 1955. 

AFP

  1. Fidel Castro est venu à Montréal une première fois en avril 1959. Soit quelques mois après sa prise du pouvoir.  Il avait été interviewé par René Lévesque, alors journaliste.
  2. Il fit une entrée dans le livre des records Guinness en 1960 pour avoir prononcé le plus long discours en public. El Comandante pris alors la parole pour une durée de 4 heures 29 minutes le 29 septembre. Il a battu son propre record en 1986 avec un discours-fleuve de 7 heures 10 minutes lors du Congrès du parti communiste cubain. Et le 24 février 1998, il parla pendant 7 heures 30 minutes devant l’assemblée le reportant au pouvoir pour 5 ans.
  3. Castro entretenait une relation particulière avec l’ancien premier ministre du Canada Pierre-Elliott Trudeau. Ce dernier avait été le visiter à La Havane en 1976. Lorsque Pierre-Elliott est décédé en 2000, le leader cubain est venue à Montréal pour assister à ses funérailles. 

REUTERS

  1. Selon le général Fabian Escalante, ancien chef des services secrets cubains, Fidel  aurait été la cible de plus de 638 tentatives d’assassinat. La plupart fomentées par la CIA.
  2. Sur son album Longue distance paru en 1976, Robert Charlebois lui a consacré une chanson intitulée Mon ami Fidel
  3. Le magazine Forbes avait affirmé en 2003 que Fidel Castro détenait une fortune «d’au moins 110 millions de dollars ». Trois ans plus tard, d’anciens fonctionnaires de l’État cubain prétendaient que le dirigeant avait amassé environ 900 millions de dollars US. Le principal intéressé a toujours démenti l'existence d'une telle fortune personnelle.
  4. Sa fille, Alina Fernández, a quitté Cuba en 1993. Elle s’est toujours opposée aux politiques de son paternel.
  5. Son frère aîné, Ramon Castro Ruz, est aussi décédé en 2016. Il avait 91 ans.

 

 

 

Pourquoi les funérailles de Fidel Castro auront lieu à Santiago de Cuba et pas à La Havane

En faisant du cimetière de Santa Ifigenia à Santiago de Cuba sa dernière demeure, Fidel Castro confirme son héritage indépendantiste et révolutionnaire.

Où reposera Fidel Castro? L'emblématique dirigeant cubain, décédé ce samedi 26 novembre sera, selon ses dernières volontés, incinéré dans les heures qui suivront sa mort. Ses cendres seront, elles, conservées dans le cimetière Santa Ifigenia, à Santiago de Cuba, selon de nombreux journaux cubains. Les funérailles auront lieu dans cette ville, le 4 décembre, et non pas à La Havane, la capitale cubaine.

Ces dernières années, alors que les rumeurs sur sa mort se sont multipliées, les informations sur la dernière demeure de Fidel Castro ont souvent été évoquées au conditionnel. Mais c'est finalement le cimetière de Santiago de Cuba qui a été choisi, comme semblaient l'indiquer de nombreux travaux lancés par les autorités ces dernières années.

 

Dès 2012, en effet, un site cubain faisait état de "niches de marbre rose" à proximité du mausolée de José Marti, fondateur du Parti révolutionnaire cubain. En janvier 2015, des journalistes du Nuevo Herald sur place évoquaient de leur côté une "zone de terrain adjacent au mausolée" et gardée par des officiers. Toutefois, ces informations n'ont jamais été confirmées par les autorités.

"Le cimetière de Santa Ifigenia, à Santiago de Cuba, où repose la dépouille du héros national de Cuba, José Marti."

Le choix de Santiago de Cuba, et plus précisément du cimetière Santa Ifeginia ne doivent rien au hasard. Qualifiée de "berceau de la révolution" par Fidel Castro lui-même, la ville de Santiago de Cuba a été le théâtre du premier assaut lancé par Castro contre le dirigeant Batista, le 26 juillet 1953. Elle est aussi la ville où son père, propriétaire terrien, a fait fortune.

Le cimetière, classé site national en 1979, abrite quant à lui plusieurs grands noms de l'histoire de l'indépendance cubaine, comme Carlos Manuel de Céspedes, figure de la "Guerre de Dix ans" (la première tentative cubaine pour s'affranchir de la domination espagnole), ou encore José Marti, qui a repris le flambeau quelques années plus tard et est présenté encore aujourd'hui comme le héros national.

Ecrivain et homme politique cubain, José Marti fut en effet dès 1869 un fervent partisan de l'indépendance de l'île, alors sous le joug espagnol. Déporté en Espagne puis exilé dans plusieurs pays -et notamment aux Etats-Unis- il fonda le parti révolutionnaire cubain en 1862. En 1895, il mena la deuxième guerre d'indépendance contre l'Espagne, dans laquelle il perdit la vie. Pour autant, son nom resta à jamais gravé dans l'histoire cubaine comme celui d'un héros national, symbole de la lutte pour l'indépendance.

En faisant conserver ses cendres dans ce lieu emblématique de l'indépendance cubaine, Fidel Castro laisse donc un message clair: à l'image du "héros national" Marti, il s'est également battu pour l'indépendance de son pays, et se hisse donc tout naturellement au même niveau. Mais rien ne garantit que les Cubains garderont de l'homme au treillis kaki une image aussi unanimement positive.

 

 

Dans nos cœurs et nos luttes, TU VIVRAS, COMMANDANTE ! #Fidel

Le président Raul Castro vient d’annoncer la triste nouvelle du décès de Fidel Castro. Les communistes, les vrais progressistes sont en deuil mais déjà les chiens de garde médiatiques de l’anticommunisme et de l’anti castrisme primaires aboient sur toutes les radios du capital et du prétendu « service public ».

Pour sa part, le secrétariat national du PRCF est certain d’exprimer les sentiments unanimes des militants du Pôle en déclarant que ce 25 novembre 2016 restera comme une date noire pour Cuba socialiste, pour le Mouvement communiste international, pour tous les peuples en lutte et pour l’ensemble des militants franchement communistes et progressistes de France.

Dès sa jeunesse Fidel Castro Ruz a mis ses talents d’avocat et d’intellectuel antifasciste et anti-impérialiste au service du peuple cubain férocement opprimé par Batista, le proconsul étatsunien qui faisait de Cuba le lupanar de l’Empire. La plaidoirie de Fidel intitulée « l’Histoire m’acquittera » à l’issue de laquelle notre camarade fut condamné, incarcéré puis exilé, restera un jalon inoubliable dans l’histoire mondiale des luttes antifascistes et anti-impérialistes.

Avec ses compagnons Ernesto Guevara, Camilo Cienfuegos, Célia Sanchez, avec Frank Pais, assassiné par les séides de Batista, Fidel allait lancer une lutte armée révolutionnaire ponctuée par l’assaut de la Moncada et par l’épopée du Granma. Initialement portée par un très petit nombre de combattants, la guérilla reçut l’appui des communistes cubains, puis de l’écrasante majorité du peuple des villes et des campagnes. Pour des millions de Cubains, la proclamation triomphale de la Révolution à La Havane le 1er janvier 1959 restera marquée comme le plus beau jour de leur vie.

Aussitôt, l’impérialisme américain et l’oligarchie mafieuse cubaine, dont les immenses possessions sur l’île furent expropriées au bénéfice du peuple, commencèrent à comploter pour renverser le régime progressiste et permettre l’invasion de l’Ile par les USA : mais la riposte immédiate que le peuple cubain, Fidel en tête, apporta aux envahisseurs, ruina les espérances contre-révolutionnaires à Playa Giron, l’analogue cubain de Valmy. A la suite de quoi, la direction révolutionnaire cubaine proclama le caractère socialiste de la Révolution, ce qui souleva un énorme enthousiasme militant en Amérique latine et dans le monde.

Méprisant à la fois la démocratie et la souveraineté du peuple cubain, l’impérialisme américain riposta par le blocus économique, par la guerre idéologique et par de nouvelles tentatives d’invasion, voire d’assassinats ciblés contre Fidel. Face à cette entreprise de strangulation d’un peuple tout entier, l’URSS se solidarisa avec Cuba. A l’issue de la crise de 1962, l’URSS accepta de retirer ses missiles destinés à protéger Cuba de l’invasion imminente. En échange de quoi, les USA, qui avait pu mesurer l’unanimité contre eux du peuple cubain prêt à tous les sacrifices (les mots d’ordre « la patrie ou la mort », « le socialisme ou mourir ! » ponctuaient tous les discours de Fidel devant des foules immenses) renoncèrent à envahir la tête de pont du socialisme et du pouvoir populaire que constituait Cuba dans l’hémisphère occidental.

Malgré le cruel blocus yanqui qui empêche Cuba depuis des décennies de commercer librement avec le monde (un blocus qu’Obama n’a toujours pas levé), le socialisme a liquidé la faim et l’analphabétisme à Cuba, il a créé un système de santé publique, d’éducation, d’université et de recherche biomédicale, sans le moindre équivalent en Amérique latine. Jusqu’à nos jours, la mortalité infantile est bien plus basse à Cuba que dans le riche Empire voisin, où 35 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ; et quand un ouragan tropical ravage les Antilles et la Floride, c’est hélas en Haïti, demeuré capitaliste, ou dans la riche Louisiane, qu’il fait des dizaines, voire des centaines de morts parmi les populations pauvres que les autorités locales, contrairement au Poder popular cubain, ne veulent ni ne savent protéger contre les éléments déchaînés…

Pendant toute la durée de son alliance avec l’URSS et le camp socialiste, Fidel, Raul et le PC de Cuba ont été à la tête du Mouvement anti-impérialiste mondial, Fidel présidant même le Mouvement des non-alignés à la fin des années 70. C’est notamment grâce à Cuba et à son contingent internationaliste en Angola que l’armée raciste de Pretoria, lourdement armée par les Etats-Unis et soutenue par Thatcher, fut vaincue à Cuito Carnevale, ce qui ouvrit la voie à la défaite des racistes et à la libération du Zimbabwe, de la Namibie et de l’Afrique du Sud : c’est ce qu’a toujours reconnu Mandela, dont la première visite comme chef d’Etat fut réservée à Fidel.

Quand le liquidateur Gorbatchev eut accédé à la direction de l’URSS et qu’il eut, avec Eltsine, commencé son œuvre de désintégration du camp socialiste au nom d’une fausse conception de la paix et de la démocratie, c’est Fidel qui, le 26 juillet 1989 sonna le rappel de la résistance cubaine et mondiale à la contre-révolution dans son discours historique de Camaguey : aux opportunistes, aux révisionnistes, aux « mutants », futurs mutants et autres pseudo- « rénovateurs » capitulards de tous les pays, le marxiste-léniniste Fidel Castro lançait au visage sa cinglante formule de classe : « Il y a la démocratie des riches et il y a la démocratie des pauvres, il y a la paix des riches et il y a la paix des pauvres ! ».

Malgré le double blocus, celui, continu et aggravé, des USA (loi Burton-Helms), et celui, inavouable, du contre-révolutionnaire Eltsine, Cuba socialiste tint bon. Privée de matières premières, plus que jamais menacée d’invasion et de subversion, le PC de Cuba organisa la « période spéciale » qui fut une très rude époque de privations partagées, mais où l’essentiel, le droit de manger, de travailler, de se soigner, d’être logé, d’être éduqué, fut préservé pour tous.

Mieux, au bout des années 90, un début de croissance économique se redessinait à Cuba. Le mouvement bolivarien prenait de l’ampleur sur le continent sud-américain. Fidel nouait avec Chavez, puis avec les dirigeants progressistes de la Bolivie, de l’Equateur, etc., l’Alliance Bolivarienne des Amériques. Face à l’ALENA impériale et néolibérale, la nouvelle ALBA voulait dessiner une alternative faite de souveraineté nationale, de coopération internationale et d’échanges mutuellement profitables en lieu et place de la ruineuse « concurrence libre et non faussée » propre aux Traités supranationaux du capital.

Frappé par la maladie à l’issue d’une vie militante haletante, Fidel a quitté le pouvoir mais il ne s’est pas replié pour autant. Durant les dernières années de sa vie, le vieux sage de la Révolution a fustigé le caractère exterministe du capitalisme, qui mènera l’humanité à la mort si le socialisme ne reprend pas le dessus dans le monde. On doit aussi à Fidel une réflexion pionnière sur les questions écologiques, Cuba ayant plusieurs fois été mise à l’honneur par l’ONU pour sa contribution d’avant-garde à la lutte contre la dégradation de l’environnement, dégradation dont la quête éperdue du profit est la cause principale.

En un sens, les deux magnifiques formules de Fidel « patria o muerte », « socialismo o morir » résument les tâches des communistes de la planète entière : par-delà le caractère héroïque de ces proclamations, il faut saisir qu’à notre époque la lutte révolutionnaire passe par la défense patriotique de l’indépendance nationale face aux Empires fascisants qu’a consolidés la re-mondialisation de l’exploitation capitaliste. Face à l’exterminisme impérialiste, auquel conduit sur tous les plans (militaire, économique, environnemental, sociétal…) le capitalisme pourrissant de notre temps, le socialisme est la seule issue vitale pour l’humanité ; si bien que le Mouvement communiste renaissant devra de plus en plus défendre, non seulement la justice sociale propre à une société sans classes, mais tout simplement, le droit de l’humanité à la vie et au développement.

Salut à Raul, aux communistes et au peuple cubains, à M. l’Ambassadeur de Cuba en France, à M. l’Ambassadeur du Venezuela bolivarien, à tous les révolutionnaires qui pleurent la mort de Fidel et qui honoreront sa mémoire en redoublant de combativité anti-impérialiste. Le PRCF, qui a joué un rôle moteur en novembre 2005 pour organiser avec d’autres le grand meeting de solidarité avec Cuba socialiste à St-Denis, rappelle la parole du président-fondateur du Pôle, le député franchement communiste Georges Hage : « à notre époque, tout progressiste a deux patries : la sienne et Cuba socialiste » !

Honneur à Fidel, l’un des plus grands révolutionnaires patriotes et internationalistes que la terre ait portés ! Honneur à ce passeur d’histoire révolutionnaire incomparable qui a transmis jusqu’à nous, dans la nuit sombre de la contre-révolution, le flambeau de la Révolution française, de Toussaint Louverture, de la Commune de Paris, de la Révolution d’Octobre, de Stalingrad, des Révolutions chinoise, cubaine, vietnamienne, africaines du 20ème siècle, et dont le prénom évocateur fait vibrer en nous la justesse de ces deux paroles immortelles,
« ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » (Victor Hugo)

Et aussi

« Les contre-révolutions sont des parenthèses de l’histoire, l’avenir appartient aux révolutionnaires » (Georges Dimitrov, 1935).

 

Tu vis dans nos cœurs, et plus encore dans nos luttes pour la renaissance communiste et pour la résistance populaire, Commandante !

HASTA LA VICTORIA SIEMPRE, PATRIA O MUERTE, SOCIALISMO O MORIR, VENCEREMOS !

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/dans-nos-coeurs-et-nos-luttes-tu-vivras-commandante/


Par ailleurs, le secrétariat national du PRCF appelle les membres et les sympathisants du Pôle et des JRCF à organiser dans un esprit unitaire un maximum de célébrations décentralisées de la mémoire de Fidel, et à se joindre aux manifestations de sympathie et de condoléances qui seront organisées par l’Ambassade de Cuba et par les autres amis de Cuba socialiste.
Le PRCF invite à verser largement à la souscription ouverte par le PRCF pour la solidarité avec les victimes de l’ouragan qui a récemment frappé Cuba en écrivant au président du PRCF, Léon Landini, 8 rue du Clos Lapaume, 92220 Bagneux, et en précisant « solidarité Cuba ».

www.initiative-communiste.fr

 

 

 

Fidel Castro, les chiens de garde et les Cubains

Fidel nous a quittés.

Les chiens de garde, tous les laquais du Système, tous les Kouchner, sont là, prêts à pourfendre le « tyran », le « dictateur », et prêts aussi à dévorer la belle île, l’île libre, l’île de la joie, l’île où tous ont un toit chatoyant, où tous sont bien soignés, où la mortalité infantile est éradiquée, où les bibliothèques poussent plus que les supermarchés, où l’on fait la fête ensemble plutôt que de rester prostré, en se gavant de repas Mac Do, devant sa télévision (aux Etats-Unis, il y en a une dans chaque pièce)… Les chacals proclament que Cuba va « s’ouvrir à la liberté, va s’ouvrir au monde », en se réjouissant que bientôt ses habitants soient juste obsédés par la consommation, les mirages de la mondialisation, la soumission au dollar-roi. La prostitution consentante. Les chacals prétendent aussi que Cuba « est prête au changement ». Quel changement ? Celui que les Yankees imposent, l’Américan way of live… invivable ? Foutaises ! Fichez-le-camp, chiens de garde, on vous a assez vus, on vote contre vos favoris, vous avez voulu la Clinton et le néo-con Juppé, bah non, on les a mis dehors… Et le phénomène va s’étendre !

C’est quoi, le changement que les chacals espèrent ? Une Révolution Orange avec les exilés cubains, avec de pseudos associations pour la démocratie, pour les droits de l’homme ? Une passion soudaine des Cubains pour ce qu’Obama appelle « choisir son gouvernement » ? Choisir entre deux partis identiques, flanqués d’un troisième à la Macron-Rothschild pour faire encore plus illusion ? Bah oui, les Cubains vont préférer leur parti unique au service du peuple, plutôt qu’une myriade de partis les piétinant… Et ils ont gagné quoi, avec la visite d’Obama ? La levée des sanctions ? Non, une ambassade qui va observer leurs faits et gestes et ceux de la Russie envisageant d’établir une base à Cuba. Imposture, tout est imposture ! Et les Cubains ont appris à fleurer les mauvais coups…

Castro a mis en prison les opposants ? Mais qui étaient ces « opposants » ? Des agents de la CIA, des laquais du Système ne songeant qu’à déstabiliser le pays, à priver les habitants de leurs conquêtes, à provoquer une Révolution Orange au profit de la Finance vampire ? Alors, oui, on ne va pas pleurer sur leur sort ! Fidel a eu raison de mettre hors d’état de nuire les ennemis des Cubains libérés.

 

Castro était communiste ? Mais quand on voit la barbarie de la mondialisation broyant libertés, emplois, vie de famille, solidarités, idéaux… on devrait tous l’être ! Qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai été en URSS avant son écroulement sous les coups entre autres, de Reagan et du pape Polonais Jean-Paul 2. Alors qu’aujourd’hui la mondialisation malfaisante génère chômage, mal logés, misère, éclatement des familles, désespoir…, le communisme soviétique avait fourni un emploi pour tous, un toit pour tous, des produits subventionnés, des transports quasiment gratuits, des vacances payées, des soins payés, une éducation gratuite de la crèche à l’université, des loisirs variés payés, bref chaque besoin des citoyens était pris en charge, de la naissance à la mort ! Et il n’y avait pas un sans-abri, pas un mendiant, pas un clochard ! Aujourd’hui, en Amérique s’érigeant en modèle pour le monde, bien des citoyens vivent dans leur voiture !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Castro, je t’aime, nous t’aimons, car tu as risqué ta vie pour libérer ton peuple d’une dictature effroyable, car tu as rendu leur souveraineté, leur dignité, leur fierté aux Cubains,  car tu as restitué les terres volées aux paysans et éradiqué la misère, car tu as appris à lire et à écrire à tous avec une armée de volontaires, car tu as créé le meilleur système de Santé du monde et quasiment éliminé la mortalité infantile… et ce Système de Santé, tu l’as exporté un peu partout avec des bénévoles, en redonnant espoir même aux aveugles ! Ton armée à toi, est une armée bienfaisante, qui redresse, relève, libère ; et si elle a pris les armes, c’était pour aider d’autres peuples à se libérer de l’impérialisme prédateur ! Toi, un dictateur ? Toute ta vie tu as servi ton peuple, jusqu’au bout de tes forces : ainsi, tandis que Bush a refusé un barrage protecteur à la Nouvelle-Orléans, et qu’il a livré la ville à la souffrance d’une gigantesque inondation, n’apparaissant auprès des sinistrés, au bout de huit jours, que quelques minutes devant les caméras, toi, Fidel le bien-nommé, oui toi, à 80 ans, déjà affaibli, tu es resté deux jours et une nuit, sans interruption, pour protéger ton peuple des effets de la pire tempête annoncée. Commandante ! Veillant sur tout, prévoyant tout, et finalement, grâce à toi, il n’y eut pas un seul mort, PAS UN SEUL ! Fidel, merci, merci pour tout ! Et par-dessus tout, tu as préservé ton peuple des fourches caudines de l’Amérique arrogante, dominatrice, castratrice !

Et ton dernier acte d’amour a été pour le monde entier : du haut de ta tour d’ivoire, rongé par la maladie, mué en prophète, tu as lancé un cri déchirant : pas de nouvelle guerre mondiale, NON, pas de guerre mondiale nucléaire ! Elle débouchera sur un hiver nucléaire, où plus rien ne pourra pousser !

Libérés de la dictature de l’argent, les Cubains ont tous eu accès au logement, à la santé, à l’éducation, à la culture, à la fraternité de la diversité, à la libération du patriarcat. Libérés du joug de l’ogre américain, ils ont multiplié les initiatives, donné libre cours à leur créativité, et ils ont triomphé des sanctions, des embargos, du blocus…

Merci Fidel d’avoir refusé le désordre mondial, d’avoir affronté l’Amérique mortifère, l’impérialisme oppresseur, les ploutocrates suçant le sang des peuples, les puissances de l’argent, avec toi le David Cubain a tenu tête victorieusement au Goliath yankee malgré les sanctions, l’isolement, plus de trois cents tentatives d’assassinat émanant de la « démocratie » américaine ne supportant que ceux qui lui sont soumis ! Fidel, les Cubains te sont reconnaissants. Et nous, nous avons vu. Et le monde a besoin de dirigeants comme toi pour résister aux oppressions ! Ce n’est pas sans raison que le Président Assad, confronté à la pire armada, t’a rendu hommage : tu t’es dressé, seul, face à ceux qui voulaient dévorer ton peuple !

Les voyous qui dirigent les pays et les chiens de garde du Système peuvent te traiter de tyran, dénigrer, crier, hurler, nous savons, nous tous, que tu es Fidel le libérateur, et que tu marqueras à jamais l’histoire du monde.

Merci Fidel, nous t’aimons.

Chantal Dupille (dite eva R-sistons)

Source: http://chantal-dupille.eklablog.com/fidel-castro-je-t-aime-par-chantal-dupille-dite-eva-r-sistons-a127630348

La fin d'une époque: Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, est mort © Flickr/ Las Razones de Cuba

INTERNATIONAL 06:31 26.11.2016 (mis à jour 17:27 26.11.2016) URL courte Dossier: Décès de Fidel Castro (17) 1896338946 Le père de la révolution cubaine Fidel Castro est décédé vendredi soir à La Havane à l'âge de 90 ans, a annoncé son frère Raul, qui lui a succédé au pouvoir en 2006. Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, qui a tenu son île d'une main de fer et défié la superpuissance américaine pendant plus d'un demi-siècle avant de céder le pouvoir à son frère Raul, est mort vendredi soir à l'âge de 90 ans. « Le commandant en chef de la révolution cubaine est décédé à 22h29 ce soir », a annoncé Raul Castro sur l'antenne de la télévision nationale. Le président Raul Castro n'a pas révélé les causes du décès, mais il a précisé que sa dépouille serait incinérée, indique l'AFP. Fidel Castro avait abandonné en avril 2011 ses dernières responsabilités officielles, en cédant son poste de premier secrétaire du Parti communiste de Cuba (PCC) à Raul, numéro deux du parti depuis sa fondation en 1965. Sur les réseaux sociaux, l'annonce de la mort de Fidel Castro ce samedi matin a provoqué un déluge de réactions. « Une révolution, ce n'est pas un champ de roses… une révolution, c'est un combat jusqu'à la mort entre le futur et le passé », a écrit un internaute sur Twitter, rappelant une des citations les plus célèbres du chef de la révolution cubaine. Dans toutes les langues, les twittos rendent hommage à Fidel Castro Fin de l'époque de #Fidel Castro. Une véritable inspiration. Repose en paix, camarade. Que ton héritage vive toujours.   Les internautes n'ont en outre pas manqué l'occasion de rappeler que l'ancien chef de Cuba était entré dans le Livre Guinness comme « la personne qu'on a le plus souvent tenté d'assassiner ». Quand la CIA tente 638 fois de t'assassiner et que tu vis jusqu'à 90 ans et meurs d'une mort naturelle. Même Fidel Castro n'a pas survécu en 2016. Cette année à réussi à le tuer alors que la CIA a échoué 638 fois.  

En savoir plus: 
https://fr.sputniknews.com/international/201611261028880043-fidel-castro-mort/

 

La fin d'une époque: Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, est mort


Le père de la révolution cubaine Fidel Castro est décédé vendredi soir à La Havane à l'âge de 90 ans, a annoncé son frère Raul, qui lui a succédé au pouvoir en 2006.

Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, qui a tenu son île d'une main de fer et défié la superpuissance américaine pendant plus d'un demi-siècle avant de céder le pouvoir à son frère Raul, est mort vendredi soir à l'âge de 90 ans.

« Le commandant en chef de la révolution cubaine est décédé à 22h29 ce soir », a annoncé Raul Castro sur l'antenne de la télévision nationale.

Le président Raul Castro n'a pas révélé les causes du décès, mais il a précisé que sa dépouille serait incinérée, indique l'AFP. Fidel Castro avait abandonné en avril 2011 ses dernières responsabilités officielles, en cédant son poste de premier secrétaire du Parti communiste de Cuba (PCC) à Raul, numéro deux du parti depuis sa fondation en 1965.

Sur les réseaux sociaux, l'annonce de la mort de Fidel Castro ce samedi matin a provoqué un déluge de réactions.

« Une révolution, ce n'est pas un champ de roses… une révolution, c'est un combat jusqu'à la mort entre le futur et le passé », a écrit un internaute sur Twitter, rappelant une des citations les plus célèbres du chef de la révolution cubaine.

Dans toutes les langues, les twittos rendent hommage à Fidel Castro

 

Fin de l'époque de #Fidel Castro. Une véritable inspiration. Repose en paix, camarade. Que ton héritage vive toujours.   

Les internautes n'ont en outre pas manqué l'occasion de rappeler que l'ancien chef de Cuba était entré dans le Livre Guinness comme « la personne qu'on a le plus souvent tenté d'assassiner ».

 

Quand la CIA tente 638 fois de t'assassiner et que tu vis jusqu'à 90 ans et meurs d'une mort naturelle.

 Même Fidel Castro n'a pas survécu en 2016. Cette année à réussi à le tuer alors que la CIA a échoué 638 fois. 


¡ Hasta la victoria, siempre !

Par VICTOR

 

 

Au bistro de la toile :

 

 

 

 

 

Buenas dias, Victor. Que quieres beber ? Un Cuba libre ?

- Pourquoi ? Pour fêter la mort de Castro ? Donne-moi plutôt un rouge. « Cuba libre », c’est de la propagande imbuvable. C’est le rhum de Cuba saccagé par la saloperie du Coca-cola yankee. Ce pays héroïque a réussi à vivre, à survivre diront certains, malgré la terrible pression étasunienne et son blocus. On entend depuis samedi les bavards de France Inter et autres machines à bruit cracher sournoisement sur le pays libéré par Fidel. Oh ! Pas directement, mais insidieusement, en ne faisant parler, surtout et le plus longtemps, que de pseudo-opposants qui rêvent de vendre leur pays aux multinationales yankees. Quant aux étranges lucarnes, elles ont surtout montré les collabos parasites « réfugiés « en Floride, buvant, chantant et bambochant pour fêter la mort du Commandante ! Je dois te dire que ça m’a rappelé un épisode pas très lointain et dont je ne puis être fier : j’ai moi-même festoyé pour célébrer la mort Franco.

Dans les radios, sur les télés, pratiquement pas un mot sur l’excellence de l’enseignement dans ce pays où il y a bien moins d’analphabètes que chez nous, où tout le monde est très bien éduqué et soigné. Le régime de Fidel Castro offre aux Cubains une éducation pour tous, obligatoire et gratuite. Pas un mot sur cette parfaite réussite qui fait que le taux d’alphabétisation est de 99,8 % (chiffres du PNUD - Programme des Nations unies pour le développement).

Pas un mot sur le boom des énergies renouvelables imposées par le blocus, ni sur la recherche biologique, pharmaceutique, le génie génétique.

Pas un mot sur les centaines de médecins que Cuba a envoyé en Afrique de l’Ouest pour combattre, l’an passé, l’épidémie d’Ebola tandis que les USA envoyaient… des troufions !

Par contre on entend de grandes déclarations sur les « milliers de Cubains opposants au régime et qui sont emprisonnés ». Mais pas un mot sur Guantánamo, cette portion du territoire cubain volé et colonisé par les Étasuniens et transformé en centre de détention arbitraires et de torture mise au rang de pratique ordinaire…

- Eh ! Victor, le Fidel, s’était pas un ange tout de même. Liberté de la presse ? Nada. Prisonniers politiques ? Muchos. Liberté de circulation ? La « Targeta blanca » nécessaire pour sortir du pays. Et les dissidents en taule, les partis d’opposition interdits. La peine de mort toujours dans la constitution…

-… mais aboli dans les faits depuis 2003. « Une révolution, ce n’est pas un champ de roses… Une révolution, c’est un combat jusqu’à la mort entre le futur et le passé » disait le lider maximo qui a, c’est vrai, tenu son ile d’une main de fer mais a aussi tenu tête à la superpuissance étasunienne pendant un demi-siècle. Et rien que ça mérite le plus grand respect et la plus grande admiration. A Cuba, les choses vont vers la normalisation : moins de détentions arbitraires, plus de liberté. Mais les bien-pensants crachent toujours sur Cuba. Pourtant les mêmes sont plus discrets devant la dictature sordide qui s’installe à notre porte, en Turquie… T’as idée de ce que ça implique d’être coupé du reste du monde par la seule volonté vindicative, criminelle des États-Unis ?

- Ils ont peut-être eu quelques raisons de se méfier de Fidel les Yankees : Cuba, il y a quelques décennies, était devenu le porte missile de l’URSS. Les fusées nucléaires de Moscou à 150 km des États-Unis. Et ça a failli mener à une guerre atomique, ne l’oublions pas.

- N’oublions pas non plus que c’est le blocus des USA qui a jeté Cuba dans les bras de l’Union soviétique. Ceci à la suite de la tentative d’invasion par les branquignoles de la CIA à la Baie des cochons. Où ils ont pris une sacrée branlée d’ailleurs ! Puis Cuba a subi les innombrables actions terroristes fomentées par la CIA et exécutées par les exilés cubains. Le terrorisme durcit le régime. C’est ce qui se passe chez nous en ce moment, non ?

- Bon. Paix à son âme…

- D’autant plus qu’il a été coriace le vieux lion : Il est mort à 90 vendanges. Après avoir été le recordman mondial des tentatives d’assassinats : 638 tentatives ! Les méthodes utilisées pour le tuer ont été multiples, mais toutes ont échoué : des snipers, des explosifs dans ses chaussures, du venin injecté dans un cigare, jusqu’à une petite charge explosive dans une balle de base-ball, entre autres…

- Alors je sors le Baccardi et on va trinquer à sa mémoire !

¡Hasta la victoria, siempre !

 

Illustration : merci au regretté Chimulus

Chant à Fidel

Poème dédié à Fidel écrit par Ernesto Che Guevara en 1956

Auteur: Granma | internet@granma.cu

23 août 2016 12:08:23

Poème dédié à Fidel écrit par Ernesto Che Guevara en 1956

 

Partons,

 

Ardent prophète de l’aurore,

 

Par les sentiers obscurs et isolés,

 

Libérer le vert crocodile que tu aimes tant.

 

 

Partons,

 

Vaincre les outrages, le front

 

Couvert d’étoiles insurgées de Marti,

 

Jurons de triompher ou de mourir.

 

Quand retentira le premier coup de feu et que s’éveillera

 

Dans un virginal étonnement le maquis tout entier,

 

Là-bas, à tes côtés, combattants sereins

 

Nous serons là.

 

 

Quand ta voix répandra aux quatre vents

 

Réforme agraire, justice, pain, liberté,

 

Là-bas, à tes côtés, avec les mêmes accents,

 

Nous serons là.

 

 

Et quand viendra la fin du voyage

 

La salutaire opération contre le tyran

 

Là-bas, à tes côtés, attendant la dernière bataille

 

Nous serons là

 

 

Le jour où le fauve se léchera le flanc meurtri

 

Par la flèche de la nationalisation,

 

À tes côtés, le cœur fier,

 

Nous serons là.

 

 

Ne pense pas que les puces décorées armées de cadeaux

 

Pourraient affaiblir notre fermeté ;

 

Nous demandons un fusil, des balles et une montagne.

 

Rien de plus.

 

 

Et si le fer se dresse sur notre route,

 

Nous demandons un suaire de larmes cubaines

 

Pour couvrir les os des guérilleros

 

Sur le chemin de l’histoire américaine.

 

Rien de plus.

 

 

Ernesto Guevara de la Serna (Che)

 

« Y en eso llegó Fidel », une autre chanson de Carlos Puebla

 

 

Quel plus bel hommage que de se souvenir de la chanson de Carlos Puebla ? Moins connue que celle dédiée au Che, elle n'en fixe pas moins, avec son rythme entrainant, la mémoire de la Révolution dans sa dynamique libératrice, éternellement vivante pour tous ceux qui ne renoncent pas à lutter, en ces temps de retour à l'obscurantisme !!

Dans cette autre vidéo, illustrée par des images vivantes de l'époque, Carlos Puebla nous explique lui-même le pourquoi de sa chanson...

A la suite, un bref texte d'hommage, qui nous a été communiqué par un camarade chilien, réfugié en France depuis l'époque du dictateur Pinochet, et les paroles de la chanson de Carlos Puebla...

 

Comandante Fidel, Hasta la victoria siempre !

Le grand leader de la révolution cubaine et figure du mouvement anti impérialiste mondial Fidel Castro est mort.

Fidel Castro a été pour presque 50 ans une source d’inspiration de tous ceux qui tant en Amérique Latine et dans le monde luttent contre l’exploitation et l’oppression exercée par l’impérialisme nord-américain.

Avocat de profession, issue des classes moyennes cubaines, il a tout laissé tomber, carrière, famille, pour se consacrer d’abord à combattre le dictateur imposé et soutenu par les américains et ensuite devenir le symbole même de la lutte de tout le continent latino-américain pour son indépendance nationale.

En conséquence, son dévouement aux idées d’un développement indépendant du diktat impérialiste l’a transformé en figure à abattre, en une cible de tous sortes d’attaques calomnieuse, des tentatives nombreuses d’assassinat, et de la haine de toute la réaction mondiale et des laquais à sa solde.

Contraint par un blocus criminel qui dure depuis plus de 40 ans il a dû se tourner vers l’Union Soviétique pour assurer un développement national de type social dans une île isolée des échanges internationaux. Tous ses efforts ont été destinés à assurer le bien-être du peuple cubain et à apporter une aide conséquente à tous les mouvements révolutionnaires latino-américains ou dans d’autres pays qui luttaient pour ces mêmes objectifs.

Lors de la chute de l’URSS, les impérialistes ont pu croire qu’on le verrait céder à la pression énorme que signifiait le fait de tenir haut le drapeau cubain face à la victoire hégémonique imposante de l’impérialisme US.

Mais Fidel était d’une autre trempe que les Gorbatchev et Eltsine. Il a mis en marche, avec le concours du peuple cubain et la solidarité de tous ceux qui luttent partout dans le monde, un plan draconien de sacrifices, non pas pour un désir quelconque de garder le pouvoir, mais pour sauvegarder la dignité et l’honneur du peuple cubain et avec lui des peuples de toute l’Amérique Latine et des nations et peuples opprimés.

La réaction mondiale lui a voué une haine sans merci et elle a fait maintes efforts pour le liquider tant physiquement que politiquement. Mais Fidel était trop ancré dans les cœurs de tous les latino-américains qui y ont une lueur de fierté et de dignité, et leurs calomnies glissent sur la conscience anti-impérialiste des peuples du monde.

D’autres pointaient ses erreurs politiques. C’était un révolutionnaire qui avait compris, déjà homme formé l’importance de la théorie marxiste-léniniste. Cette conscience nécessaire tant pour la lutte de la classe ouvrière comme pour celle des peuples opprimés par l’impérialisme. Il a pu commettre quelques erreurs mais tant son intention profonde comme ses efforts étaient dirigés à briser la mainmise impérialiste sur le continent d’abord, et sur le monde, également.

Aujourd’hui, ce géant est tombé terrassé par une longue maladie. L’impérialisme qui a tant des fois essayé de l’assassiner n’a pas eu le dernier mot. Il est mort accompagné non seulement par la douleur des cubains mais celle de tous ceux qui luttent pour un monde meilleur.

 

Comandante Fidel, Hasta la victoria siempre !

Patria o muerte, Venceremos !

 

**************************************

 

Y en eso llegó Fidel

 

Aquí pensaban seguir
ganando el ciento por ciento
con casas de apartamentos
y echar al pueblo a sufrir

Y seguir de modo cruel
contra el pueblo conspirando
para seguirlo explotando...
y en eso llegó Fidel

Se acabó la diversión,
llegó el Comandante
y mandó a parar (Bis)

Aquí pensaban seguir
tragando y tragando tierra
sin sospechar que en la Sierra
se alumbraba el porvenir

Y seguir de modo cruel
la costumbre del delito
hacer de Cuba un garito...
y en eso llegó Fidel

Se acabó la diversión,
llegó el Comandante
y mandó a parar (Bis)

Aquí pensaban seguir
diciendo que los ratreros,
forajidos bandoleros
asolaban al país

Y seguir de modo cruel
con la infamia por escudo
difamando a los barbudos...
y en eso legó Fidel

Se acabó la diversión,
llegó el Comandante
y mandó a parar (Bis)

Aquí pensaban seguir
jugando a la democracia
y el pueblo que en su desgracia
se acabara de morir

Y seguir de modo cruel
sin cuidarse ni la forma
con el robo como norma...
y en eso llegó Fidel

 

Se acabó la diversión,
llegó el Comandante
y mandó a parar (Bis)

De la Sierra Maestra à la politique internationale, la résistance du peuple cubain semble liée à la personnalité de Fidel Castro, mais avant lui, elle l'était à celle de Céspedes, Marti, et tant d'autres... Dont les amoureux de la culture cubaine sauront retrouver les traces, notamment à Santa Ifigenia, ce "Père Lachaise" de Santiago de Cuba où sera la dernière demeure de Fidel.

Santiago de Cuba et la Sierra Maestra, berceaux de cette culture, que Donald Trump prétend à nouveau réduire et diluer dans le dollar et le coca-cola...

Berceau où demain naîtront d'autres têtes dures, héritières de cette mémoire... "Al que asome la cabeza duro con él Fidel, duro con él..."

 

Autre chanson de Carlos Puebla...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

Caballeros no hay razón,
que no hay razón caballeros
de que se le pongan peros
a nuestra revolución

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

Quien piense seguir aquí
conspirando a todo tren
que recuerde por su bien
que el paredón sigue ahí

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

Quien piense en algún mañana
mejor que lo piense bien
que aquí sabe cada quien
el que vive en su manzana

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

Y para la gusanera
de una solitaria toalla
tendrá ya mucha metralla
para la conspiradera

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

Aquí el que conspire tanto
por el bien de su bolsillo
que piense en el
de la canción que le canto

Al que asome la cabeza duro con él
Fidel, duro con él (Bis)

*********

Carlos Puebla

 

************************************

 

Sources :

Y en eso llegó Fidel de Carlos Puebla

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/26/y-en-eso-llego-fidel-de-carlos-puebla/

 

Comandante Fidel, Hasta la victoria siempre !

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/26/comandante-fidel-hasta-la-victoria-siempre/

 

La cabeza duro con él Fidel

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/26/la-cabeza-duro-con-el-fidel/

Fidel Castro - Thomas Sankara, Cuba - Burkina, des liens encore méconnus

 

·         PAR BRUNO JAFFRÉ

 

La mort de Fidel Castro a entrainé une forte émotion aussi en Afrique. Si l’on connait la déception du Che parti rejoindre les maquis au Congo, et l’engagement de Cuba aux côtés des pays de la ligne du Front face à l’Afrique du Sud, les liens avec le Burkina Faso révolutionnaire n’ont pas été évoqués. Ils méritent bien pourtant qu’on s’y attarde.

Thomas Sankara et Fidel Castro, des relations solides

 

Lorsque nous avons appris, la sortie du livre interview de Fidel Castro par Ignacio Ramonet, en 2007[1], nous nous sommes jetés dessus en pensant y trouver au moins une question sur Thomas Sankara. Il n’en est rien bien que la politique africaine de Cuba soit largement abordé. Une recherche rapide sur le net après le décès de Fidel Castro, ne révèle rien sur le sujet dans la presse française.

Fidel Castro reçoit Sankara à la Havane en septembre 1984

Nous ne disposons pas aujourd’hui de paroles directes de Fidel Castro. Tout juste savons-nous  qu’il avait apprécié Thomas Sankar et qu’à Cuba, les responsables des relations avec l’Afrique dans ce pays gardaient de lui une excellente image. Nous n’en doutions point.

Un ami, Antonio Mele, a rapporté de Cuba en 2009, des coupures de presse qui nous permettent d’en savoir plus.  Bien le merci à  lui. Nous ne perdons pas espoir de recueillir d’autres informations, des paroles de Raúl Castro, par exemple, qui a aussi travaillé avec Sankara, ou des notes personnelles de Fidel. Nous espérons que ces documents seront mis à la disposition des chercheurs et que les archives de Cuba seront facilement accessibles.

Une première rencontre avant même que Thomas Sankara ne soit Président.

C’est au 7ème sommet des pays non-alignés, du 7 au 12 mars à New Delhi 1983, que Thomas Sankara rencontre Fidel Castro pour la première fois.  Il y représente son pays comme premier ministre, position acquise grâce au rapport de forces favorable au camp progressiste au sein de l’armée. Il en sera écarté le 17 mai 1983, sous la pression de la France, et mis en résidence surveillée, avant de prendre le pouvoir le 4 août 1983.

A Delhi, Thomas Sankara fait un discours remarqué, réfutant le non-alignement comme une position équidistante entre le bloc dit « socialiste » autour de l’Union soviétique et le bloc des pays occidentaux[2]:  « Contrairement à l’interprétation restrictive et simpliste que l’impérialisme veut nous imposer comme définition du non-alignement, celui-ci n’a rien à voir avec une équidistance arithmétique des deux blocs qui dominent le monde ou un équilibrisme ridicule des traumatisés entre ces deux blocs (..) le non-alignement doit être compris d’abord comme notre autonomie permanente de décision et pour la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, mais (..) nous ne confondons pas le non-alignement avec la complicité de la passivité devant les crimes de l’impérialisme contre l’indépendance et la liberté des peuples, ni la non-ingérence avec l’aveuglement devant les crimes des forces réactionnaires contre la liberté de leur peuple et le respect de leurs droits ».

Bien qu’il multiplie les rencontres avec de nombreux dirigeants, les journalistes soulignent surtout ses rencontres avec Fidel Castro, Daniel Ortega, Kérékou, le président du Bénin qui se réclame du marxisme-léninisme, le Premier ministre de Grenade Maurice Bishop, et le président du Ghana le capitaine Jerry Rawlings.

Thomas Sankara et Fidel Castro  vont passer une partie d’une nuit à discuter ensemble. Jean Ziegler en rapporte ce témoignage : « J’apprendrai deux ans plus tard, à la Havane, combien a été forte l’impression produite par Sankara sur Fidel Castro. C’est Carlos Raffael Rodriguez, premier vice-président du Conseil d’Etat cubain et observateur subtil des fissures et craquements du tiers-monde, qui me fit le récit de cette nuit » [3].

A propos de cette rencontre, Thomas Sankara a déclaré de son côté : « Pour moi cela a été une rencontre très importante dont je me souviens encore. Je me rappelle qu’il était très sollicité, entouré de beaucoup de monde et comme il ne me connaissait pas j’ai pensé alors que je n’aurais pas la possibilité de lui parler. Mais, finalement, j’ai pu le rencontrer. Lors de cette première conversation, j’ai compris que Fidel a une grand humanité, une intuition très aiguë, et qu’il était conscient de l’importance de notre lutte, des problèmes de mon pays. Je me souviens de tout cela comme si c’était hier. Je le lui rappelle chaque fois que je le revois. Et nous sommes devenus de grands amis, grâce notamment aux processus révolutionnaires qui se développent dans nos deux pays » [4]

Les deux hommes se rapprochent et prennent date pour l’avenir.

 Un premier séjour à Cuba d’une importante délégation dirigée par Thomas Sankara en 1984

La première visite se déroule du 25 septembre au 1er octobre 1984. Elle précède le discours fameux de Thomas Sankara à l’ONU [5]. Il citera d’ailleurs Fidel Castro dans ce discours.

A la tête d’une importante délégation, Thomas Sankara va visiter différentes réalisations de la Révolution cubaine, occasionnant de nombreuses rencontres.

 

Il se rend d’abord  à l’Ile de la Jeunesse à la rencontres d’élèves de différents pays, dont de nombreux  namibiens , avant d’assister à une fête dans laquelle se produiront des enfants burkinabè, probablement le groupe des Petits Chanteurs au Poing Levé, un orchestre d’enfants créé par Thomas Sankara, pour l’accompagner lors de ses séjours à l’étranger. Il se rend à Santiago et visite ensuite des sites historiques, des centres de production, une école où il échange avec les enseignants.

Fidel Castro décore Thomas Sankara de la médaille de l'ordre de José Marti en septembre 1984

De retour dans la capitale il poursuit les visites et reçoit de la main de Fidel Castro la médaille de l’ordre José Marti, la plus haute distinction cubaine.

Des conversations bilatérales ont lieu au plus haut niveau, présidées conjointement par Fidel Castro et Thomas Sankara. Le communiqué conjoint qui en sortira exprime le soutien des deux pays au Nicaragua, l’inquiétude face à la crise économique mondiale et ses effets sur les pays du Tiers-Monde, et dénonce l’impérialisme. Les deux pays affirment  leur soutien conjoint au peuple sahraoui, leur solidarité révolutionnaire avec le peuple de Vietnam, condamnent l’apartheid et la politique expansionniste d’Israël. Ils soulignent l’importance de l’Organisation de l’unité Africaine. Enfin les deux délégations se félicitent du climat d’entente entre les deux pays.

Thomas Sankara fera de nouveau escale à Cuba de retour de New York où il est de nouveau reçu par Fidel Castro. On trouvera des coupures de presse couvrant ce voyage à http://thomassankara.net/?p=821.

Sur la nature de leur relation, Etienne Zongo, l’aide camp de Thomas Sankara, récemment décédé  nous avait confié cette anecdote. Après avoir insisté sur la multiplication des rencontres il raconte : « On a été à Cuba en 1984. Avec Fidel Castro, ils se sont embrassés. Il est beaucoup plus grand. Avec Fidel Castro on a visité pas mal de réalisations. On a beaucoup discuté.  Et puis quand ils se voient, après l’accueil ils parlent un peu et puis on les amène en résidence. Ils se sont arrêtés sur un fleuve, sur un pont. Je me rappelle on est resté près de 40 à 50 minutes pendant lesquels Fidel a parlé du bien fait que pourrait apporter la culture du soja au Burkina. J’étais impressionné de voir une telle force de conviction. IL connaissait tout sur le soja. Et quand on est revenu, Thomas Sankara a encouragé les gens à cultiver le soja ».  

Une deuxième visite de Thomas Sankara à Cuba en novembre 1986

Thomas Sankara s’arrête de nouveau à Cuba en provenance du Nicaragua où il a participé aux festivités du 25ème anniversaire du Front sandiniste de libération national (FSLN). C’est lui qui a été choisi pour prononcer  le  discours au nom de toutes les délégations étrangères.

Les sandinistes ont pris le pouvoir à la suite d’une insurrection victorieuse contre la dictature de Somoza. Mais le Nicaragua subit sans relâche les agressions des « Contras » soutenus par les Etats-Unis, qui déstabilisent le pays empêchant le nouveau pouvoir de réaliser son programme social. Sankara s’est montré l’un des plus actifs dirigeants des non-alignés dans le soutien au Nicaragua, proposant par exemple qu’une conférence du mouvement se tienne à Managua, la capitale de ce pays.

 

A Cuba, il est cette fois reçu par Raúl Castro, en même temps que Gerardo Iglesias, alors secrétaire général du Parti Communiste espagnol. Après avoir une rencontre au ministère des forces armées, Thomas Sankara se rend à l’île de la jeunesse où sont formés 600 jeunes burkinabè. Il les exhorte à être disciplinés et assidus afin de rentrer au pays muni d’une formation solide dans des domaines techniques vitaux pour le Burkina.

Thomas Sankara et Fidel Castro à l'Ile de la Jeunesse au milieu des jeunes Burkinabè

Lors de son départ il est de nouveau accompagné par Raúl Castro. A l’aéroport, Jorge Risquet  membre du Bureau Politique du Parti communiste de Cuba et spécialiste des questions africaines), ,  rend hommage que Thomas Sankara saluant en lui « un jeune infatigable, engagé de toutes ses forces aux côtés pauvres pour le développement de son pays ». On trouvera les coupures de la presse cubaine rendant compte de ce voyage à 

http://thomassankara.net/visita-de-thomas-sankara-a-cuba-en-noviembre-de-1986/?lang=es .

Une coopération différenciée

Grâce aux relations de confiance, installées dès mars 1983, à la conférence des non-alignés, un accord-cadre instituant une commission mixte de coopération entre le Burkina et Cuba est signé le 21 décembre 1983. Il est suivi d’un accord de coopération en juillet 1984, dans les domaines de l'industrie sucrière, la santé, l'agriculture, l'éducation, les transports. Il prévoit que les Cubains participeront à l’agrandissement de l’aéroport de Bobo-Dioulasso. Un nouvel accord est encore signé en 1987, dans les mêmes domaines, mais étendus à la solidification du chemin de fer et la création d’un centre de production de céramique.

Voilà ce qu’en dit Thomas Sankara en 1987 : « La coopération entre Cuba et le Burkina Faso a atteint un niveau très élevé et nous lui accordons une grande importance car nous pouvons, par ce biais, être en contact avec une révolution-sœur. Cela nous donne confiance ; personne n’aime se sentir isolé. Et pour nous, le fait de pouvoir compter sur Cuba représente un atout important. Quant à la coopération économique, nous avons beaucoup de programmes dans les domaines comme la canne à sucre, qui est une spécialité de Cuba, la céramique, etc. D’autre part, des spécialistes cubains ont réalisé des études dans différents secteurs : le transport ferroviaire ; la production de traverses pour les lignes de chemin de fer et les éléments préfabriqués pour la construction de maisons.

Il y a aussi le secteur social : la santé et l’éducation. De nombreux coopérants cubains réalisent ici des tâches liées à la formation de cadres. Nous avons également beaucoup d’étudiants à Cuba.  » 

Les cubains se désengagèrent de l’aéroport de Bobo Dioulasso qui n’est toujours pas construit à ce jour. Nous n’en connaissons pas la raison exacte, mais l’hypothèse la plus probable est l’engagement croissant  de Cuba en Afrique australe notamment aux côtés du MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) pour faire face à la guerre que livre l’Afrique du Sud à ce pays nouvellement indépendant[6].

Pour rappel, le Burkina avait essuyé un refus des bailleurs de fond traditionnels, FMI et Banque mondiale, à la demande de financement du prolongement du chemin de fer vers le nord du pays. Il décide alors de se lancer seul dans ce chantier gigantesque, notamment en amenant la population à venir à tout de rôle poser des rails. L’aide de Cuba fut donc bienvenue.

Dans le domaine de la sécurité, on ne connait pas en détail le rôle effectivement joué par Cuba au Burkina. Etienne Zongo, dont un des rôles était aussi de veiller à la sécurité du Président, nous a confié[7] qu’il rencontrait très régulièrement  quatre conseillers cubains, mais que ces derniers travaillaient surtout avec Vincent Sigué, un proche de Thomas Sankara, qui fut un temps responsable de la sécurité intérieure.  Vincent Sigué est ensuite parti en formation à Cuba vers la fin de la Révolution. Il devait prendre la direction de la FIMATS (Force d’intervention du ministère de l’administration territoriale et de la sécurité), afin que ce ministère dispose de sa propre force d’intervention indépendante de l’armée, contrôlée en grande partie par Blaise Compaoré. Le ministre lui-même Ernest Nongma Ouedraogo,  cousin du président burkinabè, parti en formation en 1987, était rentré quelques temps avant l’assassinat de Thomas Sankara.

600 élèves accueillis à Cuba [8]

Un autre accord portait sur l’envoi de 600 jeunes Burkinabès, parmi  lesquelles 135 filles, pour effectuer leurs études. La formation avait pour objectif de « former des cadres politiques, idéologiquement et techniquement compétents ». Ils furent choisis parmi les orphelins et les élèves les plus pauvres du niveau de CM2 à travers tout le pays, dans toutes les provinces.

Ils y restèrent 7 ans, et acquirent pour ceux qui rentrèrent les premiers des diplômes de techniciens supérieurs. Les meilleurs sur le plan scolaires purent poursuivre leurs études plus longtemps.

A la mort de Thomas Sankara, les formations militaires et idéologiques furent supprimées. Les dirigeants du Front Populaire, qui prirent alors le pouvoir,  choisirent les spécialités vers lesquels  orienter ces jeunes à leur retour au pays.

En avril 2015, les membres de l’Association de solidarité et d’amitié Burkina Faso-Cuba (ASA – BC) ont organisé une conférence de presse [9] pour témoigner de leurs difficultés. Il a donc fallu que Blaise Compaoré soit chassé du pouvoir pour qu’ils prennent la parole. Un comité interministériel avait fait des propositions pour leur réinsertion. Certains ont donc pu être réintégrés, mais de nombreux blocages ont empêché les autres de trouver un emploi. Selon le président de l’association Stanislas Damiba : «certains ministres ont tenu des propos qui resteront gravés dans nos mémoires pour toujours tels que – si vous saviez ? Ce que la révolution a fait de moi, vous ne seriez pas venus dans mon bureau pour me parler de votre problème d’emploi, ou encore, – tant que je serai là, vous ne serez jamais reclassés ».

M. Damiba a par ailleurs produit ce bilan précis : « le bilan est triste avec 44 décès dont 5 suicides, 6 malades mentaux, et 9 promotionnaires partis en aventure. Tout calcul fait alors, des 600 diplômés, 263 ont eu la chance d’être intégrés dans leurs ministères de tutelle ou admis à des tests de recrutement, et 293 sont encore et toujours au chômage ».  L’association avait tenté sans succès de rencontrer Blaise Compaoré. Après de nombreuses démarches, Ils se sont entendus dire que le problème était purement politique ! Il semble aussi que certains aient créé leur propre entreprise [10].

Sankara et le Che, le romantisme révolutionnaire ?

Aux environs de 2007, est apparue l’expression le qualificatif de « Che africain » accolé au nom de Thomas Sankara, notamment lors de la sortie du film « Thomas Sankara l’homme intègre » de Robin Shuffield. 

Quelques traits communs importants m’avaient frappé lors de la lecture de la biographie du Che.  Rappelons que le Che a été ministre avant de repartir faire la guérilla. Tous les deux étaient d’une très grande exigence avec leurs collaborateurs qu’ils malmenaient sans état d’âme, leur imposant des rythmes de travail très durs, des délais quasiment impossibles à tenir. Leurs collaborateurs sont à leurs yeux des privilégiés. Si ce sont des révolutionnaires, ils ont de la chance d’être au cœur du changement dans une période historique et doivent donc tout donner. Il est urgent de soulager le peuple de la misère. Le reste passe après. Et le Che était d’ailleurs semble-t-il tout aussi dur avec les maquisards autour de lui en Bolivie, exceptés ceux dont il était très proche, venus avec lui de Cuba.

 Tous les deux vouaient une confiance aveugle en leur peuple. Une confiance qu’on pourrait qualifier d’idéaliste. Mais en réalité, pour eux, les conditions de vie et les mentalités se nourrissent de façon dialectique. Il suffit d’améliorer les conditions de vie du peuple pour que les mentalités changent vers plus de solidarité et d’humanité. Et le changement de mentalité est tout autant indispensable pour aller de l’avant et amener la révolution au succès.

Enfin tous les deux  se sont donnés jusqu’au sacrifice suprême, pour le bonheur de leur peuple, pour leurs idées.

Le 8 octobre 1987, le Burkina organisait à Ouagadougou une cérémonie honorant la vie de Che Guevara tué 20 ans plus tôt. Une délégation cubaine comprenant Camilo Guevara March, le fils du Che, y assistait. Thomas Sankara y prononça un hommage à Che Guevara dont voici un extrait ; 

« Le Che pour nous, c’est d’abord la force de conviction, la conviction révolutionnaire, la foi révolutionnaire dans ce que tu fais, la conviction que la victoire nous appartient, que la lutte est notre recours.

Le Che c’est aussi l’humanisme. L’humanisme : cette générosité qui s’exprime, ce don de soi qui a fait du Che non seulement un combattant argentin, cubain, internationaliste, mais aussi un homme, avec toute la chaleur.

Le Che c’est aussi l’exigence. Exigence de celui-là qui a eu la chance de naître dans une famille aisée… mais qui a su dire non à ses tentations, qui a su tourner le dos aux facilités, pour au contraire s’affirmer comme un homme qui fait cause commune avec la misère des autres. L’exigence du Che : voilà ce qui doit nous inspirer le plus.

C’est pourquoi conviction, humanisme, exigence font de lui le Che. »[11]

 Autre point commun, leurs tee-shirts se vendent bien! Surtout en Afrique pour ceux à l’effigie de Thomas Sankara.  Pourtant en termes de pure image, celle que l’on adore du Che en Europe, c’est un homme aux cheveux longs, avec un barbe mal rasée, un uniforme plutôt utilitaire que bien repassé,  finalement une grande décontraction alors qu’il est rare de voir des images de Thomas Sankara autrement que dans un uniforme impeccable.

Tous les deux ont aussi pour eux leur jeunesse, celle qui amène à penser que tout est possible. Et ils sont adoptés par les jeunes, qui les sentent proches, qui en font des modèles.

Le Che personnifie le romantisme révolutionnaire, mais celui des grands espaces, de la lutte armée portée aux nues au lendemain de l’entrée à l’extrême gauche d’une génération d’étudiants. Il veut porter la révolution dans le monde entier, créer des fronts contre l’impérialisme dans le monde entier, pour l’affaiblir et le battre définitivement. Thomas Sankara a prononcé aussi des discours appelant les peuples des pays voisins à la révolution. Mais les réactions n’ont pas manqué qui ont mis le pays en difficulté et il est redevenu plus mesuré.

Thomas Sankara personnifie aussi un certain romantisme révolutionnaire mais finalement de façon bien différente, plutôt dans le rêve d’un pays pauvre qui retrouve sa fierté et son intégrité grâce à ses réussites dues au travail acharné de tous.

Valère Somé, un des proches de Thomas Sankara nous a  confié un jour avoir suggéré un jour, alors que  les idées révolutionnaires étaient en repli, de créer un maquis, ce que Thomas Sankara a refusé. Le rêve de Thomas Sankara était de sortir son peuple de la misère  et pour ce faire, « tout ce qui sort de l’imagination de l’homme est réalisable par l’homme » avait-il coutume de dire. Thomas Sankara avait développé une forte solidarité avec les peuples en lutte. Mais son combat et la réalisation de son rêve ne pouvaient se faire qu’à la tête de son pays.

Ils ne se sont jamais croisés.  Thomas Sankara est mort presque 20 ans jours par jour après le Che.

Cuba s’est défendu  avec ses armes, fusillant ceux qui tentaient d’agresser son pays, souvent directement financés par les Etats-Unis.  Fallait-il le faire ? Nous nous garderons d’opinions définitives.  La mort de Fidel Castro a donné l’occasion largement à de nombreux médias de s’appesantir sur les droits de l’homme. Mais Cuba est restée debout et fière. Thomas Sankara n’a pas voulu éliminer son ami qui complotait contre lui avec de nombreuses complicités. Il est mort assassiné. La Révolution du Burkina est morte ce jour-là.

Bruno Jaffré

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[1] Ignacio Ramonet, Fidel Castro : Biographie à deux voix, février 2007, Fayard, 700 pages

[2] Voir l’intégrale du discours à http://thomassankara.net/discours-prononce-au-sommet-des-non-alignes-de-new-delhi-en-mars-1983/ 

[3] Jean Ziegler La Victoire des vaincus, Le Seuil Points Actuels, 01/1988, 351 pages

[4] Interview de Thomas Sankara à Radio Habana par Claude Hackin, correspondant de Radio Havane à Ouagadougou et publiée le 4 août 1987 par Granma, le quotidien du Parti communiste cubain (voir http://thomassankara.net/nous-pouvons-compter-sur-cuba-1987/).

[5] Voir http://thomassankara.net/discours-de-sankara-devant-lassemblee-generale-de-lonu-le-4-octobre-1984-texte-integral/

[6] La bataille de Cuito Cuanavale, dans le sud-est de l’Angola (janvier 1988), est le point culminant de treize années d’agressions sud-africaines contre la plus riche des anciennes colonies portugaises. Conscient de jouer son destin en Angola, Pretoria choisit l’escalade. Et Fidel Castro relève le défi. En accord avec les dirigeants angolais, il décide l’envoi de troupes supplémentaires et convainc le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev de livrer des armements plus sophistiqués. En août 1988, l’Afrique du Sud se retire et accepte le plan des Nations unies pour l’indépendance de la Namibie. Cuba peut alors rapatrier ses troupes. Nelson Mandela considère l’échec sud-africain comme « le tournant dans la libération du continent du fléau de l’apartheid ». Voirhttps://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/CONCHIGLIA/50867

[7] Entretien en septembre 2000

[8] On trouvera une interview d’un ancien de Cuba à http://thomassankara.net/les-bourses-cubaines-ont-ete-une-aubaine-pour-le-burkina-faso-la-quatrieme-republique-a-tout-simplement-deshonore-a-son-engagement-a-notre-egard-pour-des-interets-politiques-partisans-interview/

[9] http://thomassankara.net/cadres-burkinabe-formes-a-cuba-des-morts-des-suicides-des-sans-emplois-depuis-1992/

[10] Voir le témoignage de l’un d’eux à http://www.lobservateur.bf/index.php/editorial/item/5810-christophe-ilboudo-ancien-de-l-ile-de-la-jeunesse-au-nom-de-dieu-de-sankara-et-de-castro

[11] http://thomassankara.net/hommage-a-che-guevara-8-octobre-1987/

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Cuba, Fidel, sous les

cendres, la braise !

Aujourd’hui on estime que plus de 4 millions de Cubains sont descendus dans les rues, sur le parcours des cendres, pour cet hommage à Fidel Castro.

(Sur une population à peine supérieure à 11 millions, au total...)

Ceux qui n’ont pas pu y venir, dans les endroits trop éloignés du parcours, lorsqu’ils ont pu s’exprimer sur les médias occidentaux qui les ont visités, sont allés également dans ce sens, sans nier pour autant les difficultés qui ne sont pas encore surmontées.

Dans chaque quartier, dans chaque localité, il y a les Comités de Défense de la Révolution, où les cubains ont la possibilité de discuter de ces problèmes concrets et de faire remonter leurs revendications en matière de besoins sociaux.

En somme, ce genre de « dictature » qui se préoccupe des conditions de vie des plus humbles, et tente d’y répondre au mieux avec les moyens disponibles, ne serait-ce pas une forme de ce que Marx appelait précisément la « dictature du prolétariat » ?

C’est le fond du débat sur ce point. Sur les diverses formes qu'elle peut prendre selon les conditions concrètes de chaque pays, ce n'est que l'histoire qui tranchera le débat, et en ce qui concerne Cuba, on voit bien que la messe est loin d'être dite, en dépit des diverses visites papales...

Après une brève mise en sourdine, après quelques bémols remarquables, dont celui de Ségolène Royale, le chœur des cris d'orfraies a repris, pour crier "à la dictature", au mépris de la volonté affirmée par le peuple cubain, qui a en quelque sorte massivement "voté", et plus sûrement encore avec ses millions de pas au long des routes cubaines, que nous ne pourrions le faire avec notre "démocratie" spectaculaire-guignolesque, chassant le dernier locataire de l’Élysée pour mieux se plaindre du prochain, six mois après son élection...

Une démocratie formelle, où tout le monde est sensé pouvoir dire à peu près n’importe quoi, mais où on voit bien qu’elle se trouve rapidement des limites, en pratique, et même carrément des œillères, pour empêcher de faire passer sur les grands médias ce qui dérange la pensée unique, qui est celle du capitalisme, même si elle déguise parfois ses clones en clowns "de gauche"...

Et des limites, et des œillères, surtout, pour déformer les faits grossièrement, comme on le voit à cette occasion, lorsqu’ils ne rentrent pas dans le cadre du tableau...

Lorsqu’une voix reconnue s’élève pour simplement rappeler une évidence, comme vient de le faire Ségolène Royal, tous lui tombent dessus pour tenter de reboucher la brèche...

Cet hommage populaire est un instant de vérité que les capitalistes/impérialistes ont manifestement du mal à avaler, ainsi que les roquets médiatiques et politiques qui aboient pour leur faire de l’écho...

Mais la caravane est passée, c’est le cas de le dire !

Pour autant, il n’y a pas de modèle universel pour le socialisme, et ce sont les grandes leçons que l’on peut tirer de chaque expérience historique qui permettent de faire avancer la suivante positivement.

Pour tous ceux qui refusent de chercher à comprendre, et qui veulent encore appliquer à Cuba des recettes qui ne fonctionnent déjà plus chez nous, face à la crise, il n'y a sans doute pas grand-chose à dire, mais pour ceux qui veulent simplement comprendre le paradoxe apparent de Cuba, qui selon les premiers se résumerait à l'histoire d'un peuple féru de dictature, alors qu'il s'agit simplement de la conscience du chemin parcouru, dans des circonstances autrement plus difficiles que les nôtres, il suffit donc, pour les autres, d'écouter et de lire le dernier discours d'adieu de Raul Castro à son frère, sur la Place de la Révolution à Santiago de Cuba.

Contrairement à ceux de Fidel, les discours de Raul sont brefs, à la fois analytiques et synthétiques, reflétant sa formation marxiste-léniniste ancienne, ce qui ne les empêche pas d'être également charismatiques, émaillés d'anecdotes qui symbolisent et rendent vivants les tournants de l'histoire, les remettant en perspective, dans le temps, et dans la signification globale de son analyse.

C'est aussi pourquoi le "C'est possible" de Raul Castro n'a rien à voir avec le "Yes we Can" de Barack Obama, dont on attend en vain les effets, huit ans après son élection, et alors que son tour de piste dans le cirque politique de l'Oncle Sam est déjà terminé... Ce "C'est possible" n'a évidemment rien à voir, non plus, avec le tonitruant "Moi Président" ânonné par notre baudruche nationale François Hollande, déjà dégonflée par le bilan d'un seul tour de piste...

Ce "C'est possible", au contraire, résume l'histoire des obstacles immenses déjà surmontés, et montre donc que ceux à venir peuvent aussi être franchis !

Compte tenu de la difficulté relative des obstacles, ici et à Cuba, on ferait bien mieux de s'en inspirer, plutôt que de mépriser et dénigrer sans connaître.

 

Luniterre

 

***********************************

Le discours de Raul Castro

à Santiago de Cuba

 

(Traduction de la version sténographique du Conseil d’État.

Voir la VO en espagnol, en copie PDF, ici : Raoul-a-Santiago___Discours 

 

 

 

 

Chers chefs d’État et de gouvernement,

Éminentes personnalités qui nous accompagnent,

Compatriotes, qui êtes présents ici en représentation des provinces orientales et de Camagüey,

Santiagaises et Santiagais,

Cher peuple cubain,

 

Dans l’après-midi d’aujourd’hui, après son arrivée dans cette ville héroïque, le cortège funèbre contenant les cendres de Fidel, qui a réédité, en sens inverse, le trajet de la Caravane de la Liberté de 1959, a parcouru des sites emblématiques de Santiago de Cuba, le berceau de la Révolution, où, comme dans le reste du pays, il a reçu les témoignages d’amour des Cubains.

Demain, ses cendres seront déposées, au cours d’une simple cérémonie au cimetière de Santa Ifigenia, très près du Mausolée du Héros national José Marti, de ses compagnons d’armes de la Moncada, du Granma et de l’Armée rebelle, de la lutte clandestine et des missions internationalistes.

Il reposera à quelques pas des tombes de Carlos Manuel de Céspedes, le Père de la Patrie, et de la légendaire Mariana Grajales, la mère des Maceo, et j’irai même jusqu’à dire la mère de tous les Cubains et les Cubaines.

Non loin de là se trouve également le tombeau où reposent les restes de l’inoubliable Frank Pais Garcia, jeune Santiagais assassiné par les sbires de la tyrannie de Fulgencio Batista, âgé d’à peine 22 ans, un mois après la mort au combat dans cette ville de son frère cadet Josué. L’âge de Frank ne l’empêcha pas d’avoir eu un parcours exemplaire dans la lutte contre la dictature, dans laquelle il se distingua comme chef du soulèvement armé de Santiago de Cuba, le 30 novembre 1956, visant à appuyer le débarquement des membres de l’expédition du yacht Granma, ainsi que dans l’organisation de l’envoi décisif d’armes et de combattants à la naissante Armée rebelle dans les montagnes de la Sierra Maestra.

Depuis l’annonce, tard dans la soirée du 25 novembre, du décès du leader historique de la Révolution cubaine, la douleur et la tristesse se sont abattues sur le peuple qui, profondément ému par sa perte physique irréparable, a fait preuve de courage, de fermeté, de conviction patriotique, de discipline et de maturité en se rendant massivement aux activités d’hommage qui ont été organisées, et en faisant sien le serment de fidélité au concept de Révolution énoncé par Fidel le 1er Mai 2000. Les 28 et 29 novembre, des millions de compatriotes ont apposé leur signature en soutien à la Révolution.

Au milieu de la douleur de ces journées, nous nous sommes sentis réconfortés et fiers, une fois de plus, par la réaction impressionnante des enfants et des jeunes Cubains, qui réaffirment leur engagement à être les fidèles continuateurs des idéaux du leader de la Révolution.

Au nom de notre peuple, du Parti, de l’État, du gouvernement et des proches, je tiens à vous réitérer ma reconnaissance la plus profonde pour les innombrables témoignages d’affection et de respect envers Fidel, envers ses idées et son œuvre, qui continuent à affluer de tous les coins du monde.

Fidel qui cultivait l’éthique de José Marti selon laquelle « Toute la gloire du monde tient dans un grain de maïs », le leader de la Révolution rejetait toute forme de culte à la personnalité et a été conséquent avec ce principe jusqu’aux dernières heures de sa vie. Il a insisté pour qu’après son décès, ni son nom ni son image ne soit jamais donné à des institutions, des places, des parcs, des avenues, des rues ou autres sites publics, ni que soit érigé en sa mémoire aucun monument, buste, statue ou autre forme d’hommage.

Conformément au vœu du camarade Fidel, nous présenterons à la prochaine période de sessions de l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire les propositions législatives qui s’imposent en vue de respecter de sa volonté.

Notre cher ami Bouteflika, le président algérien, avait parfaitement raison lorsqu’il affirmait que Fidel possédait la capacité extraordinaire de voyager dans le futur et de revenir pour l’expliquer. Le 26 juillet 1989, dans la ville de Camagüey, le commandant en chef avait prédit, deux ans à l’avance, la disparition de l’Union soviétique et du camp socialiste, assurant devant le monde que si ces circonstances venaient à se produire, Cuba continuerait de défendre les drapeaux du socialisme.

L’autorité de Fidel et ses liens profonds avec le peuple ont été déterminants dans la résistance héroïque du pays, dans les années dramatiques de la période spéciale, lorsque notre Produit intérieur brut a chuté de 34,8%, que l’alimentation des Cubains s’est considérablement détériorée, que nous avons enduré des coupures de courant de 16 à 20 heures par jour et qu’une grande partie de notre industrie et des transports fut paralysée. Malgré tout, nous sommes parvenus à préserver la santé publique et l’éducation pour toute notre population.

Je me souviens des réunions du Parti dans les provinces : dans l’est de l’Île, à Holguin ; dans le centre à Santa Clara et dans l’ouest, dans la capitale de la République, La Havane, tenues en juillet 1994 pour discuter comment affronter avec davantage d’efficience et de cohésion les défis de la période spéciale, le durcissement du blocus impérialiste et les campagnes médiatiques destinées à répandre le désenchantement parmi les citoyens. De ses réunions, y compris celle de l’ouest qui fut présidée par Fidel, nous sommes tous sortis convaincus qu’avec la force et l’intelligence des masses unies en rangs serrés sous la conduite du Parti, il était possible, et cela fut possible, de transformer la période spéciale en une nouvelle bataille victorieuse dans l’histoire de la patrie.

Rares étaient à l’époque ceux qui dans le monde misaient sur notre capacité de résistance pour vaincre l’adversité et le renforcement du siège ennemi.

Cependant, notre peuple, sous la conduite de Fidel, a donné une leçon inoubliable de fermeté et de loyauté aux principes de la Révolution.

En évoquant ces moments difficiles, il me paraît juste et pertinent de répéter ce que j’ai dit de Fidel le 26 juillet 1994, l’une des années les plus dures, à l’Île de la Jeunesse, il y a 22 ans, et je cite : « L’enfant le plus brillant de Cuba de ce siècle, celui qui nous a prouvé qu’il était possible de tenter la conquête de la Caserne Moncada ; qu’il était possible de transformer le revers en victoire », ce que nous avons réussi cinq ans, cinq mois et cinq jours plus tard, lors du glorieux 1er Janvier 1959, – ceci ajouté aux paroles que j’ai prononcées à cette occasion (Applaudissements).

Il nous a prouvé « qu’il était possible d’atteindre les côtes de Cuba à bord du yacht Granma, qu’il était possible de résister à l’ennemi, à la faim, à la pluie et au froid, et organiser une armée révolutionnaire dans la Sierra Maestra après la débâcle d’Alegria de Pio ; qu’il était possible de créer de nouveaux fronts de guérilla dans la province d’Oriente, avec les colonnes d’Almeida et la nôtre ; qu’il était possible de vaincre avec 300 fusils la grande offensive de plus de 10 000 soldats  ». Une fois cette armée mise en déroute, le Che écrivit dans son journal de campagne que cette victoire avait brisé l’épine dorsale de l’armée de la tyrannie ; « qu’il était possible de rééditer l’épopée de Maceo et de Gomez en étendant la lutte à l’ouest de l’Île avec les colonnes du Che et de Camilo ; qu’il était possible de vaincre, avec le soutien de tout le peuple, la tyrannie de Batista appuyée par l’impérialisme nord-américain.

Celui qui nous a appris qu’il était possible de vaincre, en 72 heures, voire moins, « l’invasion mercenaire de Playa Giron tout en poursuivant la campagne destinée à éradiquer l’analphabétisme en un an », que nous avons parachevée en 1961.

« Qu’il était possible de proclamer le caractère socialiste de la Révolution à 90 miles de l’empire, alors que ses navires de guerre avançaient sur Cuba derrière les troupes de la brigade mercenaire ; qu’il était possible de maintenir fermement les principes inébranlables de notre souveraineté sans céder au chantage nucléaire des États-Unis pendant les journées de la Crise des missiles de 1962.

« Qu’il était possible d’envoyer de l’aide solidaire à d’autres peuples frères qui luttaient contre l’oppression coloniale, l’agression extérieure et le racisme.

« Qu’il était possible de vaincre les racistes sud-africains et préserver l’intégrité territoriale de l’Angola, forçant l’indépendance de la Namibie et assénant un rude coup au régime de l’apartheid.

« Qu’il était possible de transformer Cuba en une puissance médicale, de réduire la mortalité infantile au plus faible taux du Tiers monde, d’abord, et de l’autre monde riche ensuite, car sur ce continent, pour le moins, nous affichons un taux de mortalité d’enfants de moins d’un an inférieur à celui du Canada et des États-Unis eux-mêmes (Applaudissements), tout en élevant considérablement l’espérance de vie de notre population.

« Qu’il était possible de transformer Cuba en un grand pôle scientifique, avancer dans les domaines modernes et décisifs de l’ingénierie génétique et de la biotechnologie ; de nous insérer dans la chasse gardée du commerce international des produits pharmaceutiques ; de développer le tourisme en dépit du blocus nord-américain ; de construire des routes sur la mer pour faire de Cuba un archipel de plus en plus attractif et obtenir une source croissante de devises grâce à nos beautés naturelles.

« Qu’il est possible de résister, de survivre et de nous développer sans renoncer aux principes ni aux conquêtes du socialisme dans le monde unipolaire marqué par la toute-puissance des transnationales qui a émergé à la suite de l’effondrement du camp socialiste d’Europe et de la désintégration de l’Union soviétique.

« C’est possible, tel est l’enseignement permanent de Fidel. Il nous a montré que l’homme est capable de surmonter les conditions les plus dures s’il reste inébranlable dans sa volonté de vaincre, s’il fait une évaluation correcte de chaque situation sans renoncer à ses justes et nobles principes », fin de citation.

 

Ces paroles que j’ai prononcées voici plus de dix ans sur celui qui, après le désastre du premier combat à Alegria de Pio, dont nous fêterons après-demain le 60e anniversaire, n’a jamais perdu la foi en la victoire, et 13 jours plus tard, dans les montagnes de la Sierra Maestra, un 18 décembre de cette même année, après avoir réuni sept fusils et une poignée de combattants, s’exclama : « Maintenant, nous avons gagné la guerre ! » (Applaudissements et exclamations de : « Fidel, Fidel ! Ça c’est Fidel ! »).

C’est le Fidel invaincu qui nous convoque avec son exemple et avec la preuve que c’était possible, que c’est possible et que ce sera possible ! (Applaudissements et exclamations de « C’est possible ! »). Autrement dit, je répète qu’il a prouvé que c’était possible, que c’est possible et que ce sera possible de surmonter n’importe quel obstacle, menace, turbulence dans notre ferme effort pour construire le socialisme à Cuba ou, ce qui revient au même, préserver l’indépendance et la souveraineté de la patrie ! (Applaudissements).

Devant les restes de Fidel sur cette Place de la Révolution Major-général Antonio Maceo, dans la ville héroïque de Santiago de Cuba, jurons de défendre la patrie et le socialisme (Exclamations de « Nous le jurons ! »), et, ensemble, réaffirmons la sentence d’Antonio Maceo, le Titan de Bronze : « Quiconque tentera de s’emparer de Cuba recueillera la poussière de son sol baigné de sang, s’il ne périt pas dans la bataille ! » (Exclamations).

Fidel ! Fidel ! Hasta la Victoria (Exclamations de « Siempre ! »). (Exclamations de « Raul est Fidel ! » et de « Raul, rassure-toi, le peuple est avec toi ! »

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Sources de l’article :

 

TRIBUNE MARXISTE-LÉNINISTE :

https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/12/09/cuba-fidel-sous-les-cendres-la-braise/

 

SOLYDAIRINFO :

https://solydairinfo.wordpress.com/2016/12/09/cuba-fidel-sous-les-cendres-la-braise/

 

http://fr.granma.cu/hasta-la-victoria-siempre/2016-12-04/cest-possible-tel-est-lenseignement-permanent-de-fidel

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Et le discours "live" sur la Place de la Révolution :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abdallah d’Arabie

saoudite et Fidel Castro :

traitements médiatiques

antagonistes

 

Nous avons vu que l’Arabie Saoudite est le premier sponsor du salafisme wahhabite à l’origine de l’endoctrinement des jihadistes qui terrorisent la Libye, la Syrie, l’Irak et maintenant l’Europe. Pour rappel : l’Arabie saoudite est un pays pratiquant régulièrement la peine de mort, en augmentation de 200% en 2015. Selon The Death Penalty Worldwide, il y a eu en Arabie Saoudite 26 ou 27 exécutions en 2010, au moins 82 en 2011, au moins 76 au 2012, au moins 79 en 2013, au moins 90 en 2014, et au moins 153 exécutions en 2015. En 2016, il y a eu au moins 134 exécutions. Les motifs étaient : l’homicide, la sorcellerie, l’adultère, l’homosexualité et le renoncement à l’islam.

 

 

Janvier 2015, François Hollande présente ses condoléances à la famille régnante à Ryad.

Le bilan de l’Arabie saoudite dans le domaine des droits humains est un des pires de la planète.

 

Décembre 2016, Ségolène Royal s’exprime aux funérailles de Fidel Castro

·     20 Minutes : Ayrault désavoue Royal en affirmant que Fidel Castro était « un dictateur »

 

Rappel : Les droits de l’homme dans les deux pays (Cuba et Arabie Saoudite)

Pour se convaincre qu’en matière des droits de l’homme, il n’existe pas de « symétrie » entre Cuba et Arabie Saoudite, il suffit de comparer les rapports d’Amnesty International :

Pour Cuba, le rapport 2015/2016 d’Amnesty International nous donne les titres des différents paragraphes suivants : Liberté d’expression et d’association – Arrestations et détentions arbitraires – Prisonniers d’opinion – Surveillance internationale.

Pour l’Arabie Saoudite, le rapport 2015/2016 d’Amnesty International nous donne les titres des différents paragraphes suivants : Conflit armé au Yémen – Liberté d’expression, d’association et de réunion – Défenseurs des droits humains – Lutte contre le terrorisme et sécurité – Arrestations et détentions arbitraires – Torture et autres mauvais traitements – Discrimination – minorité chiite – Droits des femmes – Droits des migrants – Châtiments cruels, inhumains ou dégradants – Peine de mort.

Amnesty International est une ONG dont le siège se trouve à Londres. Elle reçoit des subventions du Royaume – Uni, du Department for International Development, de la Commission européenne et du Département d’État des États-Unis. Il est peu probable qu’elle ait été indulgente avec Cuba qui n’est pas, contrairement à l’Arabie saoudite, partenaire économique et militaire du bloc occidental.

 

On notera qu’une tentative de bilan nuancé du régime de Castro a été effectuée par l’AlterJT.

« Ce qui a été omis à la mort de Fidel Castro »

Interviewé par l’Humanité Dimanche, le linguiste Noam Chomsky a confié ses impressions sur cette attitude du « deux poids deux mesures ». En résumé il nous dit : « Aux États-Unis, l’ambiance générale a été résumée par le premier titre du « New York Times », lequel indiquait en substance : « Le dictateur cubain est mort ». Par curiosité, j’ai jeté un œil aux archives de ce journal pour voir combien de fois ils avaient qualifié le roi d’Arabie saoudite de « dictateur ». Sans surprise, il n’y avait aucune occurrence…  »

«  Il y a également un silence absolu sur le rôle joué par les États-Unis à Cuba, la manière dont Washington a œuvré pour nuire aux velléités d’indépendance de l’île et à son développement, dès la révolution survenue en janvier 1959. L’administration Eisenhower a tenté de renverser Castro, puis, sous celle de Kennedy, il y a eu l’invasion manquée de la baie des Cochons, suivie d’une campagne terroriste majeure. »

 

« Des centaines, voire des milliers de personnes ont été assassinées avec la complicité de l’administration américaine et une guerre économique d’une sauvagerie extrême a été déclarée contre le régime de Fidel Castro. Cette opération, baptisée opération « Mangouste », a culminé en octobre 1962 et devait aboutir à un soulèvement à Cuba auquel Washington aurait apporté son appui ».

Le leader de la révolution cubaine, Fidel Castro, a soutenu des luttes indépendantistes sur le continent africain. De l’Algérie à l’Afrique du Sud, en passant par l’Angola, cet engagement lui vaut jusqu’à ce jour la reconnaissance de nombreux pays. En ce sens sa participation à la lutte anti-impérialiste en a fait l’homme à abattre pour les puissances coloniales. Et les néoconservateurs sont parmi les premiers à tirer à boulets rouges sur Cuba et ses dirigeants. Comme les autres pays de l’Amérique latine, qui sont encore chasse gardée des États-Unis, Cuba a payé très cher la farouche volonté d’indépendance politique en opposition totale avec l’implacable hégémonie américaine prônée par l’idéologie néo conservatrice. L’histoire nous rappelle qu’en 1898 les États-Unis déclaraient déjà la guerre à Cuba et que près de 120 ans plus tard ce n’est pas tant des problèmes démocratiques que les enjeux géopolitiques qui font de Cuba une cible des puissances coloniales conservatrices.

Conclusion

Rendons-nous à l’évidence : la classe politico-médiatique dans sa grande majorité a plus de respect pour le roi fondamentaliste d’une pétromonarchie qui finance le terrorisme et pratique l’exécution publique par décapitation que pour l’ex président d’une petite ile des Caraïbes qui vie sous la contrainte d’un embargo économique, commercial et financier extrêmement violent depuis 1962.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Arabie saoudite est le plus gros acheteur d’armes made in France

 

 

Évidement si Cuba était le plus gros acheteur d’armes françaises comme l’est l’Arabie Saoudite, nous pouvons facilement imaginer que les rôles seraient inversés. Nous verrions alors Manuel Valls en « VRP » défendre bec et ongle un Cuba pourvoyeur d’emplois avec une indulgence envers les atteintes aux droits humains proportionnelle aux contrats d’armements.

Légende d’une photo mythique

La chance voulut que la possibilité de bousculer les grandes lignes de la politique internationale prenne la forme de la révolution cubaine. En septembre 1960, Fidel Castro, le Premier ministre cubain, doit en effet participer à New York à l’assemblée générale annuelle de l’Organisation des Nations Unies. La nouvelle de son voyage imminent provoque une grande excitation parmi les dirigeants de la gauche noire de Harlem qui organise rapidement un comité de bienvenue auquel Malcolm se joint. La délégation cubaine est logée au Shelburne Hotel sur Lexington Avenue à la hauteur de la 37e Rue. De fortes tensions apparaissent rapidement ; les 85 membres de la délégation cubaine se sentent insultés par le Département d’État qui a restreint leur liberté de déplacement à l’île de Manhattan; ensuite, un différend éclate au moment du règlement de la note. Furieux, Castro accuse la direction de l’hôtel de «demandes inacceptables de paiement en liquide» et menace d’installer la délégation dans Central Park: «Nous sommes des montagnards, explique-t-il fièrement, nous avons l’habitude de dormir à la belle étoile.» Le secrétaire général des Nations Unies, Dag Harnmarskjöld, se dépêche alors de trouver un hôtel au centre-ville, le Commodore, Mais il est trop tard: Malcolm et le comité d’accueil de Harlem se sont empressés d’inviter les Cubains à s’installer au Teresa Hotel sur la 7e Avenue au niveau de la 25e Rue. Installé sur onze étages, l’hôtel dispose de 300 chambres : la délégation cubaine en occupe 40, ainsi que deux suites dont l’une est réservée à Fidel.

Un journaliste du Washington Post écrit alors que « Castro, qui a fait des avances aux dirigeants noirs américains pour qu’ils soutiennent sa révolution de gauche, tente de faire avec cette affaire le plus de propagande possible». Le Premier ministre soviétique, Nikita Khrouchtchev, qui participe à la même session de l’ONU, comprend immédiatement qu’il y a là une occasion pour lui: dans les heures qui suivent, il se rend dans le nord de la ville et rencontre Castro pour la première fois. Pendant ce temps, des milliers de Harlémites convergent vers l’hôtel pour assister aux allées et venues de la délégation et des dignitaires internationaux. Très rapidement, divers groupes politiques se joignent à la foule sur leurs propres bases: des nationalistes noirs qui défendent la cause de l’ex-premier ministre congolais Patrice Lumumba, des militants pour les droits civiques favorables à la déségrégation, des manifestants castristes et même quelques beatniks venus de Greenwich Village. Sur une pancarte, on pouvait lire: « Les gars comme nous kiffent les mecs comme Fidel. Lui il sait c’qui est dans le coup et c’qui fait chier les bourgeois.»

L’appartenance de Malcolm au comité d’accueil le place dans une position privilégiée pour transformer la visite des Cubains en occasion politique favorable. Le 19 septembre, tard dans la soirée, Castro accorde un entretien d’une heure à Malcolm et à quelques lieutenants de la Nation. On ne connait le contenu de leur conversation que dans les grandes lignes. Benjamin 2X Goodman racontera ultérieurement que Malcolm avait tenté de « pêcher » Castro, en l’invitant à rejoindre la Nation. Il est cependant possible que Malcolm ait compris que toute relation officielle avec les Cubains, tout en étant utile, serait pour lui source de grandes difficultés avec les autorités américaines. Un rapport suggère qu’à la suite de cette rencontre, Malcolm fut invité à maintes reprises à se rendre à Cuba mais qu’il ne donna jamais suite. Quoi qu’il en soit, il est manifeste que Malcolm ait été impressionné par Castro et qu’il considère cette relation comme une ressource diplomatique exploitable pour la Nation. Le 21 septembre, Malcolm demande aux membres du Fruit of Islam de la Mosquée n° 7 de rester en  « alerte 24 heures sur 24 » aussi longtemps que Castro résidera à Harlem et ajoute que Castro est  «amical» envers les musulmans. Un informateur du FBI rapporte que les militants du Fruit of Islam «ont été mobilisés pour aider Castro en cas de manifestations anti-castristes»…

[Manning Marable, Malcolm X, une vie de réinventions]

 

Source: http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2016/11/legende-dune-photo-mythique.html